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7 août 2009 5 07 /08 /août /2009 18:40

LA POINTE SAINTE-BARBE

Autour de la Pointe Sainte-Barbe.

 

A l’extrémité ouest du domaine de La Rochedurant, famille Mol, se dressait une petite chapelle privée dépendant du manoir, qui lui, se trouvait près de la pointe Saint-Christophe, lieu-dit Trémichel.

Cet édifice avait été dédié à sainte Barbe, comme la chapelle de la pointe à Roscoff, sans doute parce que la martyre chrétienne était censée protéger les habitants riverains de la mer des incursions ennemies.

 

Ci-dessous : la carte de Jérôme Bachot de 1624, mentionne bien chapelle Ste-Barbe et pointe Ste-Barbe.


Bachot---Copie.jpg

















Batterie et corps de garde

 

J’ai déjà eu l’occasion par ailleurs de mentionner la batterie de la pointe Sainte-Barbe, établie au cours du XVIIe siècle, réaménagée par Vauban à la fin de ce même siècle et rénovée au milieu du XVIIIe par le duc d’Aiguillon, gouverneur de Bretagne. J’en reparlerai à propos des garnisons au Conquet sous la Révolution et l’Empire.

Les batteries côtières de ce type ont été désarmées en 1823, puis l’inspection militaire les a déclassées en 1857, avant de les remettre aux Domaines qui les ont plus tard mises en vente.

 

L’hôtel Sainte-Barbe

 

 Le tourisme estival et le goût des bains de mer commencent  à séduire une population aisée qui cherche à la fin du XIXe siècle à résider  en villégiature sur les côtes.

 

Au Conquet c’est un nommé Guillaume Quiniou de Brest, qui fait l’acquisition du corps de garde Sainte-Barbe en 1891, pour y ouvrir un hôtel-restaurant, tout en sollicitant en avril 1892, l’autorisation d’établir des cabines de bain sur la plage de Portez.

Pour faciliter l’accès à son établissement, il demande à la municipalité l’amélioration du chemin qui conduit de la place du Marché à la pointe Sainte-Barbe. Le maire Hippolyte Levasseur accepte l’idée mais à condition que les propriétaires riverains partagent les frais des travaux. Le ton monte entre l’ancien magasinier de la Marine et le maire. En février 1893, Levasseur se plaint au procureur de la République en se disant « outragé par le sieur Quiniou, qui est venu depuis peu ouvrir une espèce de café-restaurant à la pointe Sainte-Barbe, a fait une mauvaise spéculation, s’en est aigri, et s’en prend à tout le monde. »

Il faut préciser que sous prétexte d’éviter des accidents, le maire venait de prendre un arrêté interdisant sur le chemin vicinal N°2, la circulation des voitures suspendues. L’accès à l’hôtel ne pouvait donc se faire pour les clients qu’à pied !




 
















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HOTEL SAINTE-BARBE

A l’entrée du port du Conquet

LE SEUL HOTEL SUR LA PLAGE

TH. QUINIOU, propriétaire

Splendide panorama sur l’océan, vue sur les îles Molène, Béniguet, Ouessant et les phares des Pierres-Noires, de Kermorvan, d’Ouessant etc…

ETABLISSEMENT POUR BAINS DE MER

Cabines sur la grève et dans la propriété

TABLE D’HOTE A MIDI ET A SIX HEURES DU SOIR

Déjeuner 2 FR – Dîner 2 FR 50

CONSOMMATIONS DE CHOIX

REPAS DE NOCES ET DE SOCIETE

ECURIES ET REMISES

Routes neuves de 6 et 7 mètres de largeur conduisant à l’entrée de l’établissement

 

 

En 1898, Louis Besson, déjà propriétaire de l’hôtel de Bretagne, prend la suite de Quiniou. Le 17 février 1899, il étend son bien à un vague communal près de l’hôtel, que lui cède la mairie.

(Je publierai prochainement, Louis Besson et les morts mystérieuses de l’hôtel de Bretagne).




















Après le décès de la jeune veuve Paul Besson, née Marie Roué, l’hôtel Sainte-Barbe sera acquis je crois par un monsieur Tresneau.

 





















Des travaux d’agrandissement sont effectués après la guerre 14-18, puis dans les années 1970 et enfin 1990 nous a légué la verrue actuelle.



 ART-0119.jpg
 
            Agrandissement des années 1920, vu de la rue.



Vue depuis la corniche Sainte-Barbe















 Le hall

















Etat vers 1980-90
(photo JPC)
















Etat actuel, août 2009, bâtiment à l'abandon après un projet immobilier avorté. Photo JPC








L’ancien vivier, débarcadère de basse-mer.

 

Avant la construction d’un vivier en maçonnerie, l’accostage des petits bateaux était possible par beau temps, auprès du rocher nommé « la Pierre Glissante ». Mais faute d’un chemin praticable pour parvenir en haut de la pointe, les manutentions de marchandises ou les embarquements-débarquements de personnes étaient fort limités.


Sous la pointe Sainte-Barble deux petits sloups attendent sans doute le flot pour entrer dans le port. Derrière eux le rocher de la Pierre Glissante.













Vers 1865-70, les mareyeurs paimpolais ont édifié un vivier-bassin pour y stocker langoustes et homards pêchés localement, avant de les embarquer, pour la vente,  sur des sloups à destination généralement de Cherbourg.





RIV-3868.jpg

L'ancien vivier et sa rampe d'accès (vers 1920)














Le vivier très exposé aux vagues, a dû être souvent détérioré et les crustacés blessés ou dispersés. En 1875, il est mentionné « abandonné ». Délaissé par les pêcheurs, il est devenu pour de nombreuses décennies « débarcadère de basse-mer », prolongé par un petit quai qui permettait l’accostage de canots et relié au sommet de la pointe par un chemin d’accès d’une largeur d’environ deux mètres.

Jusqu’à la construction du quai Vauquois, on en distinguait encore quelques traces sous la cale de lancement du canot de sauvetage.

 

Accident de mer :

1922, dans le Courrier du Finistère du 14 janvier. Le sloup Notre Dame de Lourdes qui assure le service entre le continent et Quéménès quittait le port du Conquet le 3 janvier par un fort vent. Ne pouvant atteindre l’île, le sloup rebroussa chemin. Il allait rentrer au port quand une saute de vent le jeta sur les rochers de la Pierre Glissante où il se brisa. L’équipage composé des matelots Yves Marie Paugam et René Jaouen fut sauvé par le canot de sauvetage Lieutenant Pierre Géruzez, le patron Eugène Floc’h avait pu regagner seul la terre ferme.

Bateau perdu plus 1 500 Francs de marchandises.

 

Inscription Maritime Le Conquet : Notre Dame de Lourdes : 4,74 tonneaux, 8 ans, bornage, équipage 2, du Conquet sur Quéménès avec des vivres, naufrage le 3 janvier à la pointe Sainte-Barbe, par tempête de noroît, a été désemparé de sa grand-voile, navire perdu équipage sauf.

 

  

 

La première digue Sainte-Barbe

 

Aussi loin qu’on remonte dans l’histoire marititime du Conquet, la question de la protection de la rade est évoquée, mais n’aboutit jamais. Un premier pas a été franchi avec l’édification du môle Saint-Christophe en 1873-76, mais en dépit de projets pharaoniques envisagés surtout dans la première moitié du XIXe siècle, la rade du Conquet au début du XXe, reste toujours ouverte aux vents et aux vagues.

Le journaliste Charles Léger publie dans « La Dépêche » du 18 avril 1921 - sous le titre :

- Le Port du Conquet

- Un problème dont la solution se fait attendre

-Deux siècles de discussions stériles  -

Un rappel des projets et contre-projets qui ne se sont jamais concrétisés et fait le point sur une avancée notable récente.

« Le ministère des Travaux Publics a pris en considération la construction d’un môle partant de la pointe Sainte-Barbe et se dirigeant vers le nord-ouest, qui nécessiterait une dépense de 180 000F environ. Le conseil municipal, par délibération du 14 juillet 1920 a voté une contribution de 45 000F. Par suite le conseil général du Finistère a voté une subvention de 45 000F pour l’exécution du projet dont le service départemental d’Ouessant sera le premier à tirer profit. L’Etat doit couvrir le reste des frais.

Ainsi donc, pour le plus grand bien du Conquet, voici des travaux d’amélioration qui pourront, semble-t-il, être entrepris très prochainement ! Oui mais, il faut encore compter sur ceux que cela ne satisfait point…car la race n’en est point éteinte !!! Toute la question est là, la Pierre Glissante sera-t-elle en-dedans ou au-dehors du môle ? Depuis plus de six mois on s’efforce vainement de s’entendre, au grand dam des intéressés. »

 

Les travaux finalement ne débuteront qu’en 1923, en 1925 ils n’ont pas beaucoup avancé, ils s’achèveront en 1926. A cette époque la flottille de pêche du Conquet se compose de 75 bateaux pour un total de 470 tonneaux.


Le môle Sainte-Barbe en cours de construction

 












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Les travaux n'avancent pas vite, photo prise le 29 août 1925. Quelques barres et piquets de fer émergent à marée haute.
Au fond on distingue bien la villa de Toul al Louarn









Accident de mer : 1926, naufrage de la Sonde le 2 juin. Trois bâtiments de l'Etat faisant de l'hydrographie mouillent sur rade du Conquet, vers trois heures du matin les vents tournent au noroit en tempête, le vapeur Sonde chasse sur ses ancres et vient se jeter à l'ouest de la nouvelle jetée dite "Pierre Glissante", sa coque est trouée. Le vapeur l'Utile lui envoie une remorque et fait "en avant", la Sonde glisse du rocher où elle s'est échouée, mais aussitôt en eau libre, coule à pic. Le canot de sauvetage du Conquet est sorti mais les hommes de la Sonde ont été récupérés par les autres bâtiments de l'Etat.



 L'Enez-Eussa (1) doit rester à l'extérieur du port et envoyer ses canots transborder les passagers au débarcadère de l'ancien vivier.







Môle et débarcadère.









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A l'extrémité du môle
















L'Enez-Eussa doit rester à l'extérieur du port et envoyer ses canots transborder les passagers au débarcadère de l'ancien vivier.

Puis après 1932 à la cale du canot de sauvetage.






Août 1944, destruction partielle du môle Sainte-Barbe par les soldats allemands

 

Le 7 août 1944, Les Allemands dynamitent les ouvrages portuaires du Conquet,  les quais du Drellac’h s’effondrent,  le môle Saint-Christophe présente une brèche à l’enracinement, le môle Sainte-Barbe est ouvert par deux grandes brèches, l’abri du canot de sauvetage s’écroule sur le canot Nalie-Léon-Drouin, la cale de lancement est sévèrement touchée.

 



Les deux brèches causées par les soldats allemands.































Réparation des ouvrages portuaires

 

Les remises en état tardent : on peut lire dans le registre des délibération du Conseil Municipal, à la date du 14 avril 1946  « … les pêcheurs du Conquet sollicitent la réparation de la cale de débarquement du port, l’obstruction des brèches des deux digues, dégâts causés par les évènements de guerre, la construction d’une cale d’accostage, le prolongement de la digue Sainte-Barbe sur une longueur de 100 mètres environ, allant vers le noroît de cette digue, ainsi que le prolongement d’une vingtaine de mètres par une petite digue, de la falaise partant de Kermorvan et venant recouvrir la basse aux Filets, pour assurer l’abri aux bateaux de fort tonnage et leur permettant de se livrer à une pêche plus intensive.

 

La situation n'évolue pas, les transbordements de passagers au Conquet se font toujours par canots, pour le deuxième  Enez Eussa mis en service en 1962


Allongement de la digue Sainte-Barbe avec plate-forme d'accostage

Le 2 juin 1967, on pouvait lire dans Le Télégramme un article de Louis Jestin sous le titre « Le projet d’allongement de la digue Sainte-Barbe est entré dans une phase décisive. Les travaux pourraient commencer bientôt ». 
Notre correspondant local y écrivait : « 
Les navires de pêche, petits caboteurs, les viviers à crustacés, les nombreux yachts et plaisanciers, trouveront sur notre rade un abri absolument sûr par tous les temps »

Débutés fin mars 1969, les travaux ont été réalisés par l’entreprise Marc une quinzaine de mois, le môle initial de 70 m avait été prolongé de 140 mètres, tel que nous le voyons aujourd’hui.




Une route d'accès pour les engins a été établie depuis la rue Sainte-Barbe, par derrière et à hauteur du toit de l'abri du canot de sauvetage.
Les travaux peuvent commencer. (Article du Télégramme)
Printemps 1969. 











Photo Louis Jestin, les travaux sont déjà bien avancés, une grue place les cubes de bétons de protection externe de l'ouvrage











Jour de l'inauguration, photo Louis Jestin pour Le Télégramme
















Le 15 avril 1970, jour de l’inauguration par le préfet du Finistère, la plupart des pêcheurs du Conquet, dont trois conseillers municipaux, se sont refusés à pavoiser et à assister à la cérémonie. La profession ainsi que nombre de Conquétois étaient hostiles à un projet du maire : un barrage routier qui aurait remplacé la passerelle du Croaé, (J’en reparlerai).

 

Inauguration de la digue Sainte-Barbe, photo Louis Jestin pour Le Télégramme









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Les travaux de la digue Sainte-Barbe sont terminés, le baliseur Georges de Joly est venu relever la bouée qui marquait provisoirement l'entrée sud du port.
Photo JPC









L'Enez-Eussa (2) s'apprête à accoster au bout de la nouvelle digue.














A marée basse de vives eaux, le"courrier"  ne peut accéder à l'éperon du môle. Les transferts de passagers se font par les deux canots du bord à partir de la cale de lancement du canot de sauvetage.


Photo JPC















 Photo vers 1975, JPC. L'Enez (2) est mouillé à l'extérieur de la digue.














Avec l'arrivée Bugel Eussa puis du Fromveur (1977), les accostages à toute heures de marées deviennent possibles à l'extrémité de la digue, sauf par tempête.



Photo JPC
















Une protection jugée insuffisante et encore des projets


Depuis, il a bien fallu se rendre à l’évidence que, si la digue Sainte-Barbe protège en partie la rade du Conquet, par tempête de sud à ouest, et fort coefficient, elle n’arrête que peu la houle du large et quasiment pas le ressac renvoyé par les falaises en pente de la presqu’île de Kermorvan
.


Une tempête en 2008, photos JPC

















 


















Donc, depuis bientôt trente ans, la protection du port du Conquet est un sujet d’actualité … au point mort !


Fin provisoire de rédaction , je rajouterai des photos et commentaires ultérieurement. JPC. Août 2009.
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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 14:06
DETRESSE ET SAUVETAGE DE L'OY TRADER  1975-76


AJOUT DE DEUX ANNEXES EN FIN DE DOCUMENT  9 MARS 2010 / JPC 


Un caboteur norvégien en détresse

 

Le 11 septembre 1975, à 18h40 gmt, le pétrolier français Bretagne informe Radio-Conquet qu’il aperçoit par 48.30N et 05.21W, (nord-ouest d’Ouessant),  un caboteur norvégien l’ By Trader, qui présente 40° de gite, et qui lance des fusées rouges. Quelques instants plus tard, l’équipage est vu quittant le navire.

(En fait il s’agissait de l’Oy Trader, le « O » scandinave comportant une barre horizontale le faisant ressembler à un « B »)

 

Sauvetage de l’équipage

 

L’opérateur de Radio-Conquet utilise alors la procédure habituelle pour diffuser l’avis de détresse. La zone est très fréquentée, plusieurs navires se déroutent pour prêter assistance, l’équipage de l’Oy Trader est vite récupéré. Les marins seront transférés sur le canot de sauvetage d’Ouessant, Patron François Morin,  et ramenés à terre, sains et saufs, tous les 7.

 

L’Oy Trader, 200 tonneaux, 40 m de long,  est abandonné à son sort, avec son chargement de  grosses pièces métalliques et de céréales, qui s'est désarrimé dans la tempête.  A 21h30 gmt il dérive dans le 306 et à 6 milles du Stiff.

 

Les tentatives de remorquage échouent

 

Le remorqueur Simson de la Bugsier-Hamburg, en station à Brest, a appareillé dès réception du message de Radio-Conquet et à fait route pour tenter de récupérer l’épave. Mais la mer est très grosse et dans la nuit il ne peut que suivre l’Oy Trader de loin. Le caboteur norvégien, très facétieux, se joue des rochers et ne se laisse pas attraper par son poursuivant. Dans la nuit du 11 au 12 septembre, puis dans la journée du 12, l’Oy Trader a fait le tour d’Ouessant, puis il a folâtré dans le Fromveur, montant et descendant au gré du vent et du courant. Après quelques tentatives infructueuses de passage de remorque par un canot pneumatique, le commandant allemand du Simson abandonne la partie et rentre à Brest. L’Oy Trader flirtait alors avec les Pierres Vertes,  il semblait évident qu’il allait s’échouer sur Bannec.



 Le remorqueur allemand Simson entrant à Brest. photo JPC

















En fin de journée du 12, le remorqueur Rhinocéros dépêché par la Marine Nationale essaya à son tour, mais sans succès, de crocher dans le Norvégien. Il dut se contenter de suivre son errance, le balisant de ses feux pour le signaler aux navires de passage.


25 sept 2009 : Je me fais un plaisir d’insérer  cette contribution d’un Conquétois,  témoin direct, Roger Coguiec, embarqué sur le remorqueur de haute-mer Rhinocéros de la Marine Nationale

 

"Bonjour Jean Pierre

 

Je viens de lire avec beaucoup d'intérêt le récit concernant l'Oy Trader.

 

Il se trouve qu'à l'époque j'étais embarqué sur le RHM Rhinocéros, ce qui m'a permis de  participer à cette opération. Je te joins les photos prises à cette époque RHINO-001-1-.jpg

 

Le remorqueur de haute mer Rhinocéros.
Photo collection Roger Coguiec










Nous étions remorqueur d'alerte à Brest et avons dans un premier temps quitté l'alerte à quatre heures d'appareillage pour passer à une heure (tout l'équipage à bord, moteurs réchauffés, autonomie électrique). Nous avons donc appareillé sur ordre du COM lorsque le RHM allemand a décidé d'abandonner.

Nos tentatives de prise de remorque visaient à déhaler le caboteur au large dans le Noroît d' Ouessant; mais mauvaise météo et endroit mal pavé n'ont pas permis de passer la remorque.

Ce n'est pas une gabare ni un remorqueur de la DP que l'on voit sur tes photos mais ceux du service renflouement de la DCAN de l'époque, de même que la tonne à couple du caboteur après son relevage. Ces deux moyens ont été depuis désarmés et remplacés par la Dora. Pour ce qui est de la gabare,

Je vais aller voir un copain du service plongée DCN pour obtenir les noms de ces engins".




Collection Roger Coguiec
 

 














Collection Roger Coguiec



















Collection Roger Coguiec













L’intervention du Pax Vobis 

 

Le petit chalutier de 12 mètres, immatriculé  à Douarnenez (mais avec un patron et équipage de l’île de Sein), était en relâche à Molène attendant une accalmie dans la météo pour retourner en pêche. Le patron Jos Guilcher, qui avait suivi sur la fréquence radiomaritime de détresse, toutes les péripéties que je viens de résumer, décida en soirée d’aller voir sur place.

 

René Pichavant (article de presse) a recueilli les commentaires du patron sénan : [arrivés près du caboteur] … ça remuait quand même dur, j’ai fait en avant toute et aussitôt marche arrière, pour amener le cul [du Pax Vobis] sous l’étrave. C’était impressionnant. Tu parles ! Ce nez énorme au-dessus du portique, qui menaçait de l’écraser à toutes les embardées de la houle ! Il ne fallait pas traîner. Du premier coup on a réussi à passer l’aussière en nylon par l’écubier. Un nœud d’agui vite. On le tenait le sauvage ! Il était 18h45, vendredi, à la sortie du Fromveur, à toucher Men Korn…

 

Dans la nuit, le Pax Vobis commence à tirer sur le caboteur qui accuse une gite de 70 degrés sur bâbord. La plage des Blancs-Sablons était  la destination visée, mais la remorque cassera quatre fois, dont une dans une position dangereuse près des Platresses.












































Finalement le 13 vers 4h du matin, le convoi entre dans l’anse de Kerhornou-Porsmoguer où l’Oy Trader  talonne de l’arrière et s’échoue.



Le 13 en milieu de matinée, l'Oy Trader est posé sur le fond, le Pax Vobis n'a pas largué sa remorque.
(Photo JPC)

















En milieu d’après-midi, avec la basse-mer, le caboteur se couche complètement sur bâbord.

 


Photo prise le 14 ou le 15 septembre 1975. JPC















Le Pax Vobis abandonne alors sa prise et vient faire escale au Conquet pour les formalités administratives.

 

L’épave dans la baie de Porsmoguer-Kerhornou

 

Pendant plusieurs mois, la situation ne va pas évoluer. Au fil des tempêtes,  des pièces métalliques (panneaux Mac-Gregor), différents apparaux et autres éléments ont été enlevés de l’épave et sont venus s’échouer sur la plage, inquiétant mairie et population de Ploumoguer. De plus, en dépit d’un balisage constitué d’un mât portant les marques de danger isolé, plusieurs plaisanciers locaux ont heurté le navire immergé. Pendant ce temps le dossier administratif entre sauveteur et assureurs norvégiens n’évolue pas.

 

En haut de plage, une baleinière de l'Oy Trader, arrachée de ses potences,  est venue s'échouer.
Photo JPC













Je me souviens avoir rencontré à cette époque, (courant 1976),  Jos Guilcher au Conquet, l’Etat français lui demandait de prendre en charge les frais d’enlèvement de l’épave : renflouement ou démolition sur place. Il me semble que finalement (à vérifier), le sénan ait dû faire abandon de ses droits de sauveteur.


***Voir en fin du document d'origine, des précisions et compléments concernant le travail de la DCAN. Roger Coguiec m'ayant procuré un extrait du journal de la DCAN "Le Flot" N°42 de janvier 1977, titré "Le renflouement de l'Oy Trader." Ce document appartient à monsieur Gaby Lalouer, de l'équipe de renflouemement DCNS, (je le remercie de nous en faire profiter).

Les travaux de renflouement

 

Plus tard, c’est la D.C.A.N, qui a été chargée des travaux. Ils ont duré de longs mois. Progressivement le caboteur a été débarrassé des 25 tonnes de gasoil de ses soutes, et de sa cargaison de panneaux métalliques, les céréales s’étaient dispersées au gré des tempêtes. Une gabare et  un remorqueur, ont mis en œuvre citernes, motos-pompes, scaphandriers, et finalement un jour, l’Oy Trader a retrouvé une position verticale.




En cours de travaux :  le caboteur se redresse progressivement, la perche avec une boule noire que l'on distingue sur le côté était la marque de danger qui émergeait verticale lorsque le navire était complétement couché sur bâbord.
Photo JPC





 

Les conditions météorologiques dans cette baie ouverte mettaient souvent les sauveteurs en difficultés. Une nuit de tempête, la gabare a été rafalée à la côte. Heureusement le bateau à fond quasiment plat n’a pas souffert. Remis à flot dans la journée, il a repris son service sans délai.



La gabare  Pélican échouée à la côte, son mouillage ayant cédé dans la tempête.
Photo JPC






 



 

 




   Le renflouement est en bonne voie, l'épave a été redressée et rapprochée du rivage.




A gauche, un scaphandrier de l'équipe des travaux, puis le Pélican puis le caboteur, puis une citerne ayant servi à redresser le navire, au second plan le  remorqueur
Cormoran

Photo JPC










Enfin, stabilisé et étanché, le caboteur norvégien est prêt à être remorqué à Brest




Photo prise peu de temps avant le départ en remorque vers Brest. JPC.


















Epilogue

Remorqué à Brest, l’Oy Trader a subi quelques travaux complémentaires, puis a été mis en vente par les Domaines. Il a trouvé acquéreur, je ne me souviens pas si c’était pour être ferraillé ou remis en état. Un patron-pêcheur du Conquet, Yves Le Gall a obtenu le contrat de remorquage et, avec la Flèche Blanche, a convoyé l’ex-Norvégien, jusqu’au Havre il me semble.

 




La Flèche Blanche
au Conquet à une époque plus récente que l'évènement décrit ici. Photo JPC













Quand au Pax-Vobis, il a eu une fin dramatique, puisque en septembre 1980, le bateau s’est perdu corps-et-biens en Manche avec son patron Jos Guilcher et ses deux matelots.


ANNEXE NR 1
Extraits du journal  Le Flot de la DCAN cité plus haut.

La DCAN a été sollicitée en août 1976 pour réaliser le renflouement du caboteur.
A la mi-septembre 1976 débuta l'opération effective qu'il était prévu de mener en trois phases :
1/ Redresser le bâtiment en le laissant reposer toujours sur le fond
2/ Faire flotter le bateau en profitant d'une grande marée et le rapprocher du rivage
3/ Remettre le chargement dans l'axe du bateau pour le maintenir en position droite stable, en prévision d'un remorquage ultérieur.

Le 13 septembre, le Pélican et le Cormoran amène sur les lieux de l'échouage, les matériels nécessaires à l'opération : objectif immédiat préparer le retournement.
-Assurer l'étanchéité des parties hautes
-préparer l'installation du flotteur, citerne de 150 tonnes qui devra assurer le retournement
-ceinturer le bâtiment de deux élingues doublées de 60 mm de diamètre et les capeler sur le flotteur

Le 8 octobre à 17 heures, l' Oy Trader sortait doucement de l'eau, la gîte était réduite de 90° à 22°
Profitant de la marée basse de 23h, les équipes (tous les personnels étaient volontaires pour continuer le traail de nuit), réussirent à reprendre l'amarrage du flotteur. Le samedi 9 au matin la gîte n'était plus que de 15°. Le chantier était alors suspendu jusqu'à la grande marée suivante du 22 octobre.

Nuit de lundi 11 à mardi 12 octobre : violente tempête, le mouillage du Pélican cède, l'équipage lance le moteur pour éviter d'aller à la côte, mais un filin se prend dans l'hélice du bateau qui est drossé dans les rochers. A marée basse les dégâts constatés semblent irréversibles : le gouvernail qui n'a plus de gouvernail que le nom, l'hélice qui lui fait concurrence, la ligne d'arbre qui se prend pour une sinusoïde. Et pourtant en une semaine tout est paré grâce à la collaboration de nombreux services de l'Arsenal, dont les Bâtiments en Fer, l'Atelier des Machines, le poste 8, les Mouvements Généraux et l'Atelier des Gréements. Le jeudi 21 octobre à 15h15, le Pélican flotte à nouveau, aidé en cela par la gabare de la DP La Prudente. Puis il est remorqué à Brest par l' Utile.

Le Pélican est de retour sur le site le 24 octobre à 13 heures. En soirée l'élingue du flotteur qui est coincé sous l'épave se brise. La citerne revient en surface, c'est un échec pour l'équipe de travaux.

La semaine suivante est consacrée au pompage du gasole dans différentes soutes et compartiments  de l' Oy Trader. A l'arsenal à Brest on prépare un nouveau flotteur et de nouvelles élingues.

Les travaux reprennent le 15 novembre. Le 22 tout est en place à 11h pour un nouvel essai de renflouement.
-Le flotteur se remplit d'air
-11h15, début du pompage
-11h45, une secousse
-12h, la gîte n'est plus que de 5°, mais l'épave pique du nez
-Au fur et à mesure que l'eau de la cale est évacuée, le nez se relève
-15h, assiette nulle et gîte de 20°, le caboteur a atteint les conditions optimales qui permettront de l'amener sur la plage.
-17h30, le Cormoran a échoué l' Oy Trader à l'étale de pleine mer, l'épave est désormais sauvée. Deux brèches sont ménagées dans la coque pour éviter que le bateau ne reflotte.

Après des travaux de sécurisation complémentaires qui ne sont pas décrits dans l'article, le 16 décembre 1976 à 11 heures, l'épave remise à flot est prise en remorque par le Valeureux de la DP et amarrée en rade-abri à 20h.


REMERCIEMENTS DE PLOUMOGUER /

Quelques temps plus tard, le maire de Ploumoguer? monsieur Martin ?a réuni à la mairie, pour une cérémonie conviviale, les équipes du Chantier R ayant collaboré au relevage de l'épave de Kerhornou et a remercié très chaleureusement l'ensemble du personnel de la DCAN pour le travail réalisé dans des conditions souvent très pénibles.


ANNEXE 2, par l'intermédiaire de Roger Coguiec, monsieur Roland Grard que je remercie, nous a fait parvenir une photo de l' Oy Trader au temps où il s'appelait Frendo et une photo aérienne  du caboteur en mauvaise posture.

Frendo_2-1-.jpg

















Le Frendo petit cargo caboteur, de 570 tx pour une longueur de 45 mètres, propulsé par un moteur Stork de 660 hp à une vitesse maximale de 10,6 noeuds, appartenait à l'armement A/S Frendo de Bergen en Norvège avant de devenir l' Oy Trader.


Oy-Trader-1-.jpg


















Seconde photo fournie par monsieur Grard, l' Oy Trader en errance avant d'être pris en remorque par le Pax Vobis (Photo d'origine journal "Ouest-France" selon le donateur)

                                                     Fin de mise à jour JPC 9 mars 2010

                                                    

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21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 19:45

UN CAVEAU FUNERAIRE AU CIMETIERE DE LOCHRIST

MISE A JOUR EN COURS 15  JANVIER  2014

 

Le cimetière de Lochrist, pourtant créé au milieu du XVIIIe siècle, ne recèle aujourd'hui que très peu de tombes anciennes. Parmi les rares monuments funéraires intéressants, se distingue le caveau de la famille Le Vessel du Tertre, Jayet de Gercourt, Ferey.

 

On y recense les plaques de plusieurs membres de ces familles.



 











































Il existe au Conquet et dans la région, aux XVIIe XVIIIe plusieurs familles Vessel ou Le Vessel
Cette branche qui nous intéresse aujourd'hui vient de Saint-Renan. Au XIXe elle noue des alliances avec les Ferey, et les Jayet de Gercourt. Ce qui explique leur mausolée commun.

Liste  des plaques :
Claude Le Vessel, ancien juge de paix, époux de Marie Josèphe Trobert, décédée en 1845, qui est mort à 74 ans le 11 octobre 1848.    

Eugène Le Vessel né en 1807, capitaine d'artillerie de terre, décédé à 46 ans le 28 septembre 1853
Emile Le Vessel, cité plus loin
Jean Marie Ferey et Marie Jeanne Page (négociants brestois), parents de Marie Félicité Ferey, citée plus loin,
Emilie Marie Le Vessel, citée plus loin
Berthe Marie Claudine Le Vessel,  soeur d'Emilie, née au Conquet en 1854, morte à 21ans  en 1875.
François Albert Jayet de Gercourt, époux d'Emilie, voir plus loin

Comtesse Bruno de Gercourt, née Magdeleine Olmi. 1824-1891

 

Un des fils du couple Claude Le Vessel, Marie Josèphe Trobert,  Emile François Claude Le Vessel, né en 1810, qui était aussi juge de paix du canton de Saint Renan, puis membre du Conseil d’arrondissement, et président de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés, a épousé Marie Félicité Ferey, fille de négociants brestois.  Il est mort le 21 juillet  1869, en son domicile de la Grand-Rue au Conquet.

 









Cadastre de 1841.
En hachuré vert, la propriété d'Emile Le Vessel. En rouge sur la Grand-Rue la maison principale, en rouge parcelle 88, un"pavillon de jardin" qui domine les maisons et le port du Drellac'h. En rouge sur le quai du Drellac'h une petite maison. Entre le jardin 290 et la maison du Drellac'h, une venelle cadastrée 277 permet à la famille Le Vessel de passer de la Grand-Rue au port sans sortir de sa propriété.




La fille du couple Le Vessel - Ferey,  Emilie Marie Le Vessel, née en 1844, s'est mariée avec François Albert Jayet de Gercourt, lieutenant de vaisseau, chevalier de la Légion d’Honneur, mort à 39 ans le 16 février 1871. Emilie Le Vessel, avait repris l’ancien titre « du Tertre ». Elle est décédée en 1917, sur sa plaque funéraire est gravé :  Emilie Le Vessel du Tertre, comtesse Jayet de Gercourt.

 


Au-dessus de la porte du caveau, sous une couronne comtale, les armoiries décrites par Michel Mauguin :
pour les Le Vessel du Tertre : «  d’argent à une croix fleurdelisée de sable »


(à traduire, sur fond blanc, une croix noire dont les extrémités des bras se terminent en motifs de fleurs de lys stylisées).


(La transposition sur la
pierre des couleurs est
codifiée, le fond uni est
"argent", le motif en
quadrillage serré de la 
croix est "sable".)
 















Concernant la famille Jayet de Gercourt,  Michel Mauguin et Paul François Broucke, dans leur ouvrage « L’armorial de l’ancienne grande paroisse de Plougonvelin » nous précisent qu’elle est originaire du canton de Vaud en Suisse et se serait implantée en Bretagne par un Antoine Jayet de Gercourt, lieutenant de vaisseau mort à Brest en 1805.

 

 

Toul al Louarn :

 

Vers la fin du XIXe siècle, c’est une madame veuve Jayet de Gercourt, née de Gestas qui achète le site de la batterie de la pointe des Renards et y fait construire en 1890, une maison avec écurie et remise.


La maison des Renards
(Toul al Louarn)
La photo du bâtiment semble-t-il assez décati, m'a été donnée par Daniel Kermaïdic (+) qui fut un grand collectionneur de cartes postales du Conquet.






En cette même fin de siècle,  un jeune couple réside au Conquet, lui Emmanuel Emile Jayet de Gercourt est dit propriétaire,  il a 24 ans quand, son épouse Hortense Marie Julie Mège, âgée de 20 ans met au monde en 1892 une fille, Madeleine Marie Jayet de Gercourt, celle-ci aura une petite sœur le 21 mars 1894, Germaine Hélène Joséphine Marie Jayet de Gercourt.

 

VENTES DE TERRAINS : au cadastre de 1841, aucun Jayet de Gercourt n'est mentionné dans les propriétaires  de la commune du Conquet-Lochrist. Mais le 1er mars 1898, madame Jayet de Gercourt vend aux Tissier, plus de 40 parcelles cadastrées à Mezou Poulfos, Croas ar Veyer, Kernaffrant, Keronvel, Le Bilou, Porsliogan, Kervouroc, Penzer et Lochrist et une maison à Kernaffrant. Un petit nombre de ces terrains appartenaient en 1841 à Laurent Le Vessel de Saint-Renan, ainsi que la maison vendue pour 43 000 francs. Cette madame Jayet de Gercourt ne peut être qu'Emilie Le Vessel.
 

J’ai déjà évoqué à plusieurs reprises l’usine d’iode du Conquet. Hippolyte Levasseur son directeur, aussi maire du Conquet, est décédé en 1915. Hortensius Tissier a alors pris la direction de l’usine, puis deviendra à son tour maire du Conquet.


Le 3 décembre 1917, on assiste à un mariage célébré par François Le Roy, adjoint-maire du Conquet, celui de  Charles Bernard Girou, directeur technique de l’usine d’iode Tissier, né en 1891 à Aurillac dans le Cantal, avec Madeleine Marie Jayet de Gercourt, née en 1892 au Conquet, fille de Emmanuel Jayet de Gercourt, propriétaire, domicilié au Conquet et de Hortense Julie Marie Mège, domiciliée à Roscoff.  Hortensius Tissier était présent à la cérémonie.

 

Charles Girou, va fonder après la guerre 14-18, avec deux associés l’usine d’iode Girou-Cougny-Lefèvre, concurrente de l’usine Tissier, à Poulconq-Izella. (Voir plus loin)


A propos des "Girou"  : par décret publié au Journal Officiel du 15 juin 1953, un descendant, Bruno Jean Baptiste Girou, né à Neuilly en 1925, et son fils mineur Robert Jean Marie Girou, sont autorisés à s’appeler désormais « Girou Jayet de Gercourt ».

 

Le Monument aux Morts du Conquet porte pour l’année 1914, le 5 octobre, le décès de René Jayet de Gercourt  du 19e Régiment d’Infanterie, qui avait ses quartiers caserne d’Estrées (château de Brest). René Jayet de Gercourt,  sergent à la 4e compagnie,  a été tué aux combats du château de Tiepval (Somme). Il était né à Brest le 14 mai 1873. Le jugement de décès a été enregistré à Brest, il figure au Monument du Conquet.

 

Un lecteur m'a informé (courant 2013)  que René Jayet de Gercourt avait aussi son nom inscrit sur le monument aux morts situé dans le cimetière de Dirinon, ce que j'ai pu constater.

Ce correspondant me précisait que la famille Jayet de Gercourt exploitait une briqueterie à Dirinon et habitait le quartier de la Gare. Cette dernière mention me paraît douteuse.

Des Jayet de Gercourt aux Lahalle.

 

La famille Lahalle au début du XIXe siècle est localisée dans la région de Roscoff-Morlaix.

 

Pierre Nicolas Lahalle, né en 1772, fils de paysans normands, navigue au commerce dès ses 14 ans, puis entre comme novice dans la Marine en 1789, dix ans plus tard il est lieutenant de vaisseau, puis capitaine de frégate en  1803. Chevalier de la Légion d'honneur en 1804. Après un combat malheureux de sa frégate Topaze, aux Antilles, il se retrouve en 1809, prisonnier des Anglais. libéré sur paroles, il rentre à Brest en 1811. On lui donne alors le commandement de la frégate Hortense en 1812, Parti de Brest le 7 décembre 1812, il fait une dernière croisière en Atlantique sud, Açores...  et est de retour le 15 février 1813 après avoir détruit 5 bateaux de commerce ennemis et fait 72 prisonniers.

Il cesse de naviguer en 1814, capitaine de vaisseau de 2e classe, il est attaché au port de Brest. Dès les premières semaines de la Restauration, Louis XVIII le fait chevalier de l'Ordre de Saint-Louis. Officier de la Légion d'honneur en 1821, il passe capitaine de 1ère classe en 1822 et prend sa retraite le 29 décembre 1824. On lui octroie alors le grade de "contre-amiral à titre honorifique".

 

Pierre Nicolas Lahalle s'est marié une première fois avec Perrine de Kermerchou de Kerautem dont il a eu 5 enfants. Elle est décédée vers 1820, il s'est remarié le 25 juillet 1821 avec Adèle (Marie Adelina) Bagot, trois enfants naîtront de cette union, dont deux garçons, Frédéric Henry Lahalle, que nous allons suivre, et Ernest Adolphe Lahalle né en 1817, enseigne de vaisseau, disparu avec la corvette La Sémillante dans les Bouches de Bonifacio le 15 février 1855 (704 victimes). 

Pierre Nicolas Lahalle est décédé à Roscoff le 5 août 1828. Laissant une veuve et huit enfants, dont cinq mineurs.

Frédéric Henry est né à Roscoff en 1822, comme son père il a fait ses premières navigations au grand cabotage puis est entré volontaire dans la Marine, en 1840 sur la corvette l'Embuscade, puis  il a monté rapidement les grades pour être enseigne de vaisseau au port de Brest en 1849. Sous-lieutenant de vaisseau, puis lieutenant de vaisseau, la guerre de Crimée le trouve embarqué successivement sur le brick Victor, puis sur l'aviso à vapeur le Rôdeur, sur la corvette l'Egérie et sur la frégate l'Iphigénie. La guerre finie, il épouse à Morlaix le 10 novembre 1856, Marie Elisabeth Barazer-Lannurien. Frédéric Henry Lahalle prend sa retraite en 1867 et décède à Roscoff en 1872, il était chevalier de la Légion d'honneur.

Le couple entre temps a eu plusieurs enfants, l'aîné, Frédéric Marie Charles Lahalle est né à Brest, rue Saint-Louis, le 27 septembre 1857. Contrairement à ses grand-père et père qui ont gravi les grades en partant de rien, Frédéric Charles entre élève à l'Ecole Navale, sur le Borda, le 17 octobre 1873 et en sort aspirant le 1er août 1875. Enseigne de vaisseau en 1879, attaché au port de Brest en 1881, lieutenant de vaisseau en 1884, à la division navale du Tonkin en 1884-85, second sur la canonnière Surprise, il revient au port de Brest où il est fait chevalier de la Légion d'honneur en 1886.

 

Domicilié à Brest, 4 bis rue Voltaire, le 14 décembre 1887, il a 30 ans et se marie, sa mère Marie Elisabeth Louise Barazer de Lannurien, est présente et consentante. La jeune épousée, elle a 17 ans, habite aussi au 4 bis rue Voltaire, elle se nomme Isabelle Louise Marie Jayet de Gercourt, fille de feu Alfred Jayet de Gercourt et de Françoise Isabelle Clémentine de Gestas de Lesperoux, présente et consentante.

Témoins : Ernest Marie Emile Lahalle, lieutenant au 5e régiment d'infanterie en garnison à Caen, frère du contractant, de Charles Auguste Marie Lahalle, sans profession, aussi frère du contractant... d'Aymar Charles Marie Clément, comte de Gestas, propriétaire, oncle de la contractante..etc...

 

Le 15 mai 1892, le couple Lahalle-Jayet de Gercourt toujours domicilié 4 bis rue Voltaire, salue la naissance d'un fils, Jean René Lahalle, déclaration faite par Albert Jayet de Gercourt son oncle et par Frédéric Clérec, avocat, bâtonnier.

 

Frédéric Charles poursuit sa carrière, Au premier janvier 1894, il est embarqué sur le cuirassé Victorieuse, aide de camp de l'amiral Barrera, commandant la 2e division de l'escadre du Nord., Au premier janvier 1896, il passe sur le croiseur Amiral Charner constituant l'Ecole Supérieure de Guerre. Ensuite, au premier janvier 1897, il est sur le cuirassé Bayard, aide de camp auprès du contre amiral Lucien Gigault de la Bedellière, commandant en chef de la division navale d'Extrême Orient.   A SUIVRE

 

 

Frédéric, , a épousé Louise Jayet de Gercourt, le couple était domicilié à Brest quand  lui est né en 1892,  Jean René Marie Lahalle  dont je nesais rien de la jeunesse. Il a reçu la croix de guerre lors du conflit de 14-18, puis en 1924, il a épousé à Lanriec (Finistère-Sud) Anne Marie Berthe Urvoy de Portzamparc, originaire de Beuzec-Conq. Le couple est venu aussitôt s’installer dans la maison de la pointe des Renards, dénommée « propriété de Beg al Louarn » ou « villa Toul al Louarn », maison, je l’ai dit, rebâtie par madame veuve Jayet de Gercourt, née de Gestas en 1890, sur le site de l’ancienne batterie côtière.

 


Une carte postale qui vient à point
 : Bernard Hily, collectionneur conquétois, m’a communiqué ce document écrit par un F… Lahalle à Mme Baronne Lahalle, villa des Renards, Conquet par Brest, Finistère. Le timbre à date mentionne Toulon sur Mer, (Var) et la date du 21 août 1902.  La photo au recto représente la caserne Gouvion St-Cyr qui a abrité jusqu’en 1905 le 8e Régiment d’Infanterie Coloniale. Le texte qui fait référence à une date de baptême et à une période de congés pour ce F… ne nous renseigne pas plus. Qui est ce proche parent de la "baronne" qui lui envoie "mille choses affectueuses"?

 







Collection Bernard Hily














                                                                                                                                    

Collection Bernard Hily
















Reste à découvrir aussi l’identité de cette baronne Lahalle qui vivait à la pointe des Renards en 1902. S'agirait-il de Louise Jayet de Gercourt ?

  

Le couple Jean René Lahalle -  Anne de Portzamparc a eu plusieurs enfants dont  René Marie Frédéric Lahalle, né à la pointe des Renards le 22 juillet 1925, (il épousera à Lannilis en 1955, Hélène Henriette de Poulpiquet de Brescanvel),  puis la famille Lahalle ira vivre à Kernaffrant Vraz, où naîtront Jacqueline Marie Charlotte Lahalle en 1927 et Michel Jean Marie en 1930.

 

Jean René Lahalle, qui se disait "baron Lahalle", a été maire du Conquet de 1945 à 1953, il est décédé en 1974.  

 

 

 

Document :

 

USINE GIROU – COUGNY – LEFEVRE puis USINE COUGNY

ou USINE DE POULCONQ-IZELLA (aucune photo en ma possession)

 

En 1914, Girou travaille déjà à l’usine Tissier quand il rencontre au hasard de la guerre Cougny à Clermond-Ferrand. Des projets d’association naissent entre les deux hommes qui se retrouvent après la guerre et décident de construire leur propre usine d’iode au Conquet.

Le 6 avril 1921 les travaux de construction commencent, l’installation de deux unités sera achevée fin mars 1922 et une extension pour un troisième bâtiment surviendra en 1924.

Lefèvre s’est joint aux deux promoteurs mais les quittera pour passer ingénieur chez Tissier un peu plus tard (c’est alors Hortensius Tissier qui est le directeur de l’établissement familial).


La différence essentielle entre les deux entreprises réside dans le fait que chez Tissier on s’arrête à la phase « iode en paillettes », tandis que le laboratoire Girou-Cougny effectue une étape supplémentaire pour produire « l’iode des pharmaciens ».

L’usine s’approvisionne en soude auprès des goémoniers des îles et de la côte dans la région de Trézien. Puis avec la raréfaction de la matière première locale, Girou-Cougny décident d’importer de l’iode chilien mono-sublimé en tonnelets. Il faut préciser que pour éviter l’envahissement et l’effondrement du marché par les importations d’iode du Chili, c’est le Syndicat des Producteurs d’Iode qui règlementait lui-même les quantités d’importation autorisées pour chaque usine.

 

En 1938, Cougny rachète les parts de son associé et continue seul… après la seconde guerre mondiale il est devenu évident aux industriels qu’une usine se consacrant exclusivement à la production d’iode et à quelques sous-produits (iodure de sodium, iodure de potassium etc.)  était condamnée à court terme, d’où la recherche par Cougny de diversification.


L’usine prospecte alors du côté des farines d’algues, la matière première étant le petit goémon ou « pioca ». Il arrive à l’usine égoutté et grossièrement séché par les collecteurs ; le travail consiste à le déshydrater complètement, le broyer et le tamiser. Cette poudre appelée « Vitalgue » est vendue à la société Guyomarc’h qui l’incorpore dans les aliments pour bétail qu’elle commercialise. Cette activité inaugurée en 1948 cesse en 1958 lorsque monsieur Cougny part en retraite et ferme son usine.
A une époque l’usine Cougny s’est essayée mais sans succès à la fabrication d’un cirage à base d’algues, (la pâte appliquée sur les chaussures ne séchait pas complètement). J'ai su mais j'ai oublié, le "slogan publicitaire" pour ce cirage. Qui s'en souvient?


Le personnel de l’usine était composé de quelques ouvriers employés à l’année et surtout de travailleurs saisonniers pendant l’époque de  production de la soude et de la cueillette du petit goémon.

(Informations recueillies au Conquet auprès de monsieur Jacques Cougny, fils du fondateur de l’usine, JPC, avril 1985).

Cet article contient des interrogations, et peut-être des erreurs de filiations entre les différentes familles, merci de compléter mes manques et de rectifier les inexactitudes.   JPC.

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10 juillet 2009 5 10 /07 /juillet /2009 17:47
La maisonnette de la pointe des Renards.

Après la fermeture de Radio-Conquet, de nombreuses personnes cherchaient à savoir si la « petite maison de la Pointe» serait à vendre.
Certains l’auraient voulue, pour la garder intacte et y venir contempler et entendre la mer, d’autres pour la transformer en une résidence plus ou moins vaste selon les rêves des interlocuteurs.


Invendu, situé en zone protégée, le bâtiment est resté en l’état, puis le pylône qui le domine a été réduit d’une dizaine de mètres. L’ensemble héberge aujourd’hui un relais de radiotéléphonie mobile.


 


Le relais de téléphonie mobile.
(photo, juillet 2009, Jpc)





































A quoi  donc a servi ce bâtiment inhabitable et jamais habité ?

 

Après la Libération de 1944, les liaisons téléphoniques avec les îles par câbles sous-marins, étaient sujettes à de nombreux incidents, interrompant tout conctact entre elles et le continent.  
L’administration des Postes – Télégraphes et Téléphones décida pour remédier aux coupures,  d’établir des circuits de secours par radiotéléphonie, en « Ondes Très Courtes (OTC) », donc Très Hautes Fréquences, (VHF, pour Very High Frequencies en anglais). Ce fut le cas pour Sein, Molène et Ouessant.

 

Des équipements d’essais ont été installés en 1948 dans le grenier de la poste du Conquet, rue Poncelin.  Leur fonctionnement donnant toute satisfaction, l’exploitation a pu commencer le 21 novembre 1948 pour Conquet-Molène, et le 13 juin 1949 pour Conquet-Ouessant.

  

Des améliorations ont été apportées par la suite à la qualité des liaisons: concernant la liaison Brest-Molène (par Le Conquet), on lit dans le « Bulletin des Services Radioélectriques d’octobre 1951 » : liaison Brest-Molène, mise en service le 31 août, à titre d’essai, d’un matériel VHF fonctionnant en veille sous 48 volts, avec un débit de 500 milliampères. Fonctionnement correct depuis sa mise en service, le rapport signal bruit a été amélioré de 6 décibels.

 

Même si les équipements du Conquet, fonctionnant comme un simple relais téléphone/radio, ne nécessitaient pas de personnel d’exploitation, le grenier de la poste ne pouvait être qu’un lieu d’accueil temporaire. C'est pourquoi, dans le cadre de la construction du centre radiomaritime de la pointe des Renards, un bâtiment avait été prévu pour les héberger

 

Toujours en 1951, le bâtiment destiné à abriter l’ensemble des équipements des liaisons VHF avec Ouessant, Molène et prochainement l’île de Sein est pratiquement terminé, son aménagement a été entrepris au cours du mois de septembre. Ainsi donc est née ce que les opérateurs du Conquet appelaient :  la cabane des OTC.


 

















La "cabane des OTC", dans son état d'origine














Liaisons  avec les îles du littoral
 
: la  liaison continent-île de Sein a été équipée au cours du mois d’octobre de matériel analogue à celui pour les liaisons avec les îles Chausey.  Ouessant, Molène et Yeu sont déjà pourvues.

L’installation de Sein est alimentée par la centrale de l’administration des Ponts et Chaussées et par le fait qu’il a été possible de fixer l’antenne sur un des pylônes du radio-phare, les équipements terminaux ont pu, du côté continent, être installés à la station radiomaritime de la pointe du Renard au Conquet et dans le local qui abrite déjà les équipements qui desservent Ouessant et Molène.

Pour l’instant, l’ensemble du circuit est exploité à partir de Brest, il semble que, pour l’avenir l’exploitation doit être effectuée à partir de Quimper, la majorité des communications avec Sein provenant de cette dernière ville ou de villes très voisines (Audierne). (Ndlr, c’est ce qui a été bientôt fait)

 

En 1957, les liaisons sont sensiblement améliorées en transférant tous les échanges radios avec les îles dans la bande des 80 Mc/s  (80 mHz, environ 4 mètres de longueur d’onde, c’est toujours de la VHF), pour éviter les contestations avec la télévision.

 

Un service de secours, donc épisodique.

 

Lorsque la liaison par câble sous-marin fonctionne, la liaison radio est en veille, inactive.


N’oublions pas que le téléphone automatique en France, ne se généralisera (lentement) qu’à partir du début des années 1970. Exemple : un abonné en France ou ailleurs, arrive sur le pupitre de l’opératrice de Quimper, qui appelle « la dame du téléphone » de l’île de Sein et lui demande un numéro dans l’île. La connexion entre demandeur et demandé se fait par un jeu de « jacks » à enficher.

En cas de problème sur le câble sous-marin, la liaison radio par Le Conquet est activée. Pour les deux abonnés au téléphone, demandeur et demandé, en apparence rien de changé, sauf que toute personne disposant alors d’un « transistor à bande marine » pouvait écouter à la radio, les communications privées.

 

Une ligne directe entre les standards téléphoniques de Sein, Molène et Ouessant arrivait sur les pupitres des opérateurs du Conquet, permettant aux dames des PTT de signaler tout dérangement avec le continent.

 



1965, une violente tempête a plié plusieurs pylônes dont celui-ci qui a enjambé le toit des OTC.

















On aperçoit à droite, côté mer,  une construction en béton, sans toit, ce fut pendant de longues décennies, "l'incinérateur". Toutes les archives y étaient brûlées, passé le temps officiel de conservation.  Lorsque c'était la dame qui s'occupait de l'entretien de la station qui assurait ce travail, elle devenait bien entendu la "vestale". Il va sans dire que nombre de formules télégraphiques, à demi calcinées ont atterri sur la plage de Portez emportées par un vent de sud facétieux.

Un élément incontournable du décor.



Photo Pet T, de 1988 semble-t-il.


































Je ne me souviens pas quand, -mais sans doute lorsque les liaisons téléphoniques câblées  avec les îles, ont été doublées par des faisceaux  hertziens- les émetteurs-récepteurs de la cabane des OTC ont été démontés. La maisonnette est restée vide pendant de très longues années.

Même si la maintenance des équipements OTC n’était pas assurée  par les personnels  de la station radio, mais par des techniciens d’autres services des PTT, en particulier par un monsieur Masson, Raymond Coz,  Conquétois, responsable technique à FFU durant plusieurs décennies, doit se souvenir du démontage de ces installations de secours téléphonique avec les îles.
Ci-dessous, en 1996, le bâtiment est vide de tout équipement.


                                                                                      
                                                                                                        
Anecdote : Remontant un après-midi de la plage de Portez, à l'époque du tournage de la série télévisée "Dolmen", j'ai assisté à ce scénario amusant. Le grillage entourant le pied du pylône désaffecté, était ouvert en plusieurs endroits. Un adolescent était déjà grimpé à mi-hauteur du pylône, un autre le suivait un peu plus bas. Soudain, le second garçon se mit à interpeller à grands cris et gestes son compagnon, l'incitant à descendre au plus vite. Il venait d'apercevoir au-dessus de l'entrée de l'ancienne salle d'exploitation de Radio-Conquet le panonceau bleu-blanc-rouge, marqué "Gendarmerie", ainsi que les véhicules (utilisés pour les besoins du film). Quelques minutes plus tard, les deux jeunes gens filaient à toutes jambes par le sentier côtier.



La gendarmerie et les véhicules.
Tournage de la série "Dolmen"
Photo Jpc 2004.












                                                                                   

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8 juillet 2009 3 08 /07 /juillet /2009 18:24

HÔPITAL, SERVICE DE SANTE, MALADIES

Pièces pour une étude de la vie quotidienne au Conquet, hygiène, santé, soins.

Hôpital du Conquet :
1624, mention d’une donation faite en 1624 à l’hôpital près de la chapelle Saint-Christophe. Caserne de l’hôpital : souvent citée à l’époque du Directoire, exemple 13 brumaire an VII. (Chapitre à compléter).
Sachant que l'on considère généralement le pan de mur avec des baies soulignées de briques rouges, sur la gauche au bout de la corniche de Sainte-Barbe, avant d'arriver à la place Saint-Christophe, comme un reste du bâtiment de l'hôpital du Conquet).

 

 

 

 







X, reste de mur présumé, de l'ancien hôpital de la Marine











Officier de santé / Noyés

 Lettre du maire du Conquet au substitut du procureur impérial à Brest, 8 thermidor an XIII :

Je vous fais passer ci-joint un procès-verbal constatant le genre de mort de Vincent Péron, noyé près Le Conquet. N’ayant point de chirurgien dans cette commune, il m’a fallu faire visiter le cadavre par monsieur Dufaur, officier de santé. Je crois qu’il n’y a que les chirurgiens qui soient compétents ad-hoc. Néanmoins on ne peut s’en procurer qu’en ayant recours à ceux de Brest et qui souvent se refusent à de pareilles commissions, vu l’éloignement.

Le 10 décembre 1809, le maire du Conquet écrit : il fait ici défaut de chirurgien, d’officier de santé, de chirurgien accoucheur. Nous n’avons que le sieur Dufaur, âgé de 75 ans, impotent.

(En 1813, la situation de carence est confirmée, le port du Conquet et les troupes du cantonnement font affluer dans cette ville et commune, divers malades qui se trouvent privés des premiers secours de l’art)

 

6 mai 1810, je profite dit le maire, de l’occasion du bateau Le Glaneur, patron Laudrein qui est à Brest, afin de faire prendre la boîte contenant les drogues nécessaires pour rappeler à la vie les noyés.

 

27 mai 1810, le maire du Conquet aux membres de la commission d’administration de l’hospice civil de Brest : « j’ai l’honneur de votre lettre… par laquelle vous m’avisez que, d’après l’ordre de monsieur le Préfet, vous tenez à ma disposition une fourniture pour l’ameublement d’une chambre destinée à recevoir les noyés et établie au Conquet. Je charge Yves Le Bian, commissaire du Conquet, de prendre cette fourniture sous récépissé.


Maladies et soins, au XIXe siècle.
 

Petite vérole :
L’an XII ont été vaccinés contre la petite vérole, plus de 110 enfants, dont 12 gratuitement. Ces vaccinations ont été faites à la maison presbytérale. 1811, 31 enfants de la commune ont été vaccinés cette année.

 

 

Gale:
9 août 1810, lettre au sous-préfet à Brest : conflit entre le maire du Conquet et le chef de bataillon du 24e régiment, commandant le 4e arrondissement du Conquet. Ce dernier veut faire traiter des galeux dans une chambre au Conquet au lieu de les faire diriger sur l’hospice de Brest

 

Fièvre jaune :

1821, une épidémie de fièvre jaune venue des Antilles, sévit cette année-là en Espagne. De nombreuses restrictions sont appliquées aux navires venant de ces pays, pour la libre-pratique des ports français.

Le 18 décembre 1821, le maire de la commune du Conquet, a été  informé qu’un navire chargé d’oranges a péri la nuit dernière dans l’Iroise, près de la pointe de Penzer et que le matin de ce jour-ci, on a vu un pont de navire qui passait au gré des flots, du sud au nord, par le chenal du Conquet et qu’il y paraissaient trois ou quatre hommes qu’on a en vain tâché de sauver par une embarcation de ce port.

Le maire, considérant qu’il paraît à la côte de cette commune et même dans le port du Conquet, des oranges que l’on ne peut recueillir, vu les mesures sanitaires prescrites par l’arrêté de monsieur le préfet du Finistère du 25 octobre dernier, arrête :

- qu’il est interdit de toucher aux fruits

- que des poursuites seront engagées sur les contrevenants

- qu’il est interdit de toucher à tout autre effet provenant du naufrage

- que nul n’est censé ignorer l’arrêté du préfet.

 

La défense expresse de recueillir à la côte rien de ce qui pourrait provenir du dit naufrage, est publiée à son de caisse sur la place du  marché, et dans les lieux habituels des annonces municipales.

 

Le 20 décembre à 9 heures du matin, en présence du maire, de l’administrateur des classes, du contrôleur de la brigade des Douanes de Laberildut, ont été brûlées à Portez, 6 caisses d’oranges et un coffre contenant des hardes (mot synonyme de  vêtements à l’époque). Un autre coffre contenant des lettres et des livres a été examiné côté nord du port du Conquet. Il a été brûlé avec ses livres. Les lettres passées au vinaigre pour être examinées par l’officier de santé Guillaume Colin, ont semble-t-il été mises de côté.

Guillaume Colin, né au Conquet le 27 février 1790. A été reçu dans sa charge à Brest le 28 septembre 1818, par le jury médical. Il réside au Conquet.

 

La Douane, accompagnée de Jean Ely, sergent de police, a ensuite perquisitionné un peu partout, pour découvrir dans divers lieux, une assez grande quantité d’oranges, qu’ils ont détruites.

 

Le maire ayant renseigné le sous-préfet de Brest, celui-ci fait répondre le jour-même, 20 décembre, concernant les vêtements et objets divers qui pourraient être apportés par les flots au rivage : « on allumera du feu sous le vent des dits objets et on les y attirera au moyen de longues perches armées de crocs ». Quant aux dépouilles de marins, la procédure est similaire. Il est défendu de s’en approcher, il faut creuser sous le vent du cadavre une fosse d’une profondeur suffisante, et l’y attirer au moyen de longues perches munies de crocs. La fosse doit être comblée immédiatement, toujours en se tenant au vent.

 

Vaccination
A cette époque 1821, une note municipale indique que la vaccination (contre quoi ?) des enfants semble régulièrement effectuée. Un médecin de Saint-Renan se déplace au Conquet à cet effet. Pour octobre 1821, les séances gratuites sont prévues le mercredi matin à 9 heures.

 

 Affirmation contredite les années suivantes : en 1823, « malgré la publicité, aucun enfant ne s’est présenté à la vaccination, les 20 juin, 28 juin et 6 juillet 1823, signé Rolland. (Il doit s'agir toujours de la vaccination contre la petite vérole).

 

Choléra :

1832, menace d’une épidémie de choléra. Le mal sévit à Brest, le maire du Conquet écrit au sous-préfet, le 15 juillet : le progrès toujours croissant du choléra à Brest, et la promptitude avec laquelle ce fléau se propage, … me portant à croire… que ma commune ne peut tarder à être atteinte par la contagion, [m’incitent à solliciter] de disposer d’une somme de 150 ou 200 francs pour acheter des médicaments et autres choses utiles au traitement de cette maladie,

Le maire demande au colonel du Génie à Brest de pouvoir utiliser les corps de garde se trouvant dans les batteries de Sainte-Barbe, des Renards et de Pors-Fontaine, où l’on pourrait disposer et soigner les indigents qui viendraient à être atteints de la maladie.

 

Juillet 1832, délibération municipale pour venir au secours des indigents qui seraient atteints du « Choléra Morbus ». Vote de 400 francs sur le budget.  Ces 400 francs se répartissent en ceintures de flanelle, briques, bois de lit, paillasses, matelas, couvertures de laine, draps, traversins de balle, médicaments et pour 105 francs de sangsues.

 

Le choléra appelé par les musulmans « mordechim » (mort d’entrailles, devenu mort de chien), serait venu de l’Inde en 1781-82, puis à nouveau en 1817, pour apparaître à Paris en 1832.

 

Quarantaine :

Le maire au président de l’intendance sanitaire à Brest, le 22 août 1833

Un sloup a heurté des roches au large de la terre le 20 au soir. Un pilote s’est rendu à bord et l’a conduit dans la rade foraine de Lochrist (Porsliogan).

Le sloup venant de Lisbonne a été consigné par risque de maladie. Des vivres lui ont été fournis dans un canot qu’il avait filé au bout d’une amarre.

Le pilote du Conquet a dû rester à bord jusqu’au Havre, destination du sloup, pour y être assigné en quarantaine.

(Sur ce sujet, en 1842, le conseil municipal délibère, sur l’utilité d’avoir au Conquet une commission sanitaire. Le port étant un lieu de relâche pour les navires étrangers qui se trouvent forcés d’y toucher pour réparations et autres  motifs urgents.

 

Choléra (suite)

 1849, l’épidémie de choléra qui se propage dans l’Ouest a fait au 14 juin, 113 morts à Lorient (202 en août). Cherbourg qui en 1832 avait déploré 168 victimes voit l’épidémie se répandre à nouveau.


Dans le journal l’Océan, on peut lire : « Conseils si on se sent quelques dérangements : diète absolue, prendre du repos, se mettre dans un lit chaud, prendre des infusions légères de thé, de mélisse ou de tilleul. C’est dans la nuit des dimanches aux lundis que les attaques de choléra sont les plus fréquentes. »

A Cherbourg on place dans les rues des images de la Vierge, les habitants font des neuvaines pour obtenir du ciel la cessation du fléau qui les décime. »

 

Publicité de la Gazette des Hôpitaux du 28 juillet 1849 :

Contre le choléra : utiliser le vinaigre de Jean Vincent Bailly.

-Il a des propriétés anti méphitiques

-Employé en frictions il rappelle la chaleur à la peau et active la circulation du sang

-Vaporisé sur des briques chaudes, il produit une fumigation énergétique qui ramène la transpiration en curation par excellence.

 

 Le 1er août 1849, le docteur Blanchart, praticien du Conquet quitte la ville. (En 1840, la commune du Conquet se flattait d’être pourvue d’un médecin chargé de traiter les indigents, à qui elle allouait une somme de 150 Francs, prélevée sur le budget)

La municipalité s’exprime : « un docteur qui se fixerait au Conquet, y trouverait une clientèle, grâce au port de relâche pour les bâtiments de commerce, grâce au passage pour les îles, et grâce aux nombreux  ouvriers employés aux travaux de fortifications.

 

Le Finistère est touché  par le choléra à l’automne, Brest (Lambezellec), Douarnenez, (véritable épidémie en octobre), Quimper… Dans les Côtes du Nord, le 23 octobre, 20 décès à Pontrieux, recrudescence à Brest en novembre..

 

Décembre 1849, registre municipal du Conquet : « mademoiselle Marie Bureau de la Salle, élève sage-femme à la maternité de Lorient, est décédée au Conquet d’une attaque de choléra. Elle était arrivée depuis quelques jours de Nantes pour des vacances. Depuis que le docteur Blanchard a quitté la ville, il n’y a plus de médecin au Conquet ».

 

Le choléra cadavérise celui qui en est atteint, et qui souffre de douleurs insupportables d’entrailles, de crampes qui crispent les jambes, de douleurs cyanosées, d’enfoncement des yeux et d’absorption de la partie colorante du sang. En France on a remarqué que les charbonniers (qui dans les forêts fabriquent le charbon de bois par combustion lente de bûches sous des tumulus de terre, métier dur dans la chaleur du feu, avec selon les saisons la canicule, le froid, la pluie ou la neige),  semblaient ne pas être atteints par le choléra.

 

D’où une préconisation médicale : « réduire 40 grains de charbon en poudre, les délayer dans 2 litres d’eau ordinaire, et administrer au malade la potion en clystère. Réduire simultanément 20 grains de charbon dans un verre d’eau chaude, à faire boire par le patient en même temps que le lavement.

Efficacité soit disant garantie.

 

30 novembre 1853, le maire du Conquet : « depuis quelques semaines, il s’exhale  de plusieurs tombes du cimetière de Lochrist des émanations fétides qui incommodent beaucoup les fidèles et peuvent être dangereuses.

J’ai visité le cimetière sans pouvoir préciser la cause du mal qu’il serait pourtant nécessaire de connaître et d’effacer, au moment où le gouvernement vient d’indiquer l’invasion probable et assez prochaine du choléra ».

 

1893, journal  le Finistère, jeudi 24 août : « Ile de Sein – le médecin, le maire de l’île et le syndic viennent de faire afficher un arrêté en vertu duquel tous les bâtiments provenant du Conquet et de Molène devront être mis en observation. Cette mesure sanitaire a déjà été appliquée à un bateau de pêche qui voulait aborder l’île.

La quarantaine est appliquée à l’île de Molène, mais pas un seul décès n’a été constaté depuis une dizaine de jours, par contre au Conquet : un mort a été signalé vers la mi-septembre. »

 

Novembre 1893, remerciements au docteur Pethiot, et à la sœur Marie pour leur dévouement pendant l’épidémie cholérique.

Etat des dépenses faites par la commune : désinfectants, pulvérisateur, objets brûlés dont il faut rembourser la valeur, cercueils pour les indigents décédés, salaire du fossoyeur.


LE CHOLERA AUX ILES 1893

 

L’épidémie de « Choléra morbus » a sévi à Molène pendant l’été 1893, provoquant le 15 août la mort de 7 personnes puis de 37 autres dans les dix jours suivants. Le bois manquait pour la confection des cercueils, le recteur a démonté le toit du préau de l’école pour avoir des planches nécessaires à cet usage.

En même temps le mal s’attaquait à l’île Trielen, deux morts le 15 août, cinq morts le 17 août dont les patrons de la ferme : François Corre et sa femme Marie Jeannie Causeur, ainsi qu’un  jeune cousin Copy, qui faisait des études de séminariste à Pont-Croix et passait des vacances à Trielen. Trois morts le 18 août, un mort le 19 août, et trois morts le 20 août dont un autre cousin Copy, jeune homme de 14 ans, aussi en vacances. Donc 13 morts au total.

Le choléra avait tué François Corre et sa femme Marie Jeannie Causeur mais avait épargné leur fillette Estelle Corre et la grand-mère Louise Quellec (veuve d’un Jean Marie Causeur)

Curieusement le mal qui avait fait au Conquet une quinzaine de victimes ne touchait pas les autres îles, mais revenait en octobre et seulement à Béniguet provoquant en trois jours la mort de quatre domestiques

Au Conquet, sans pouvoir préciser qui est mort du choléra ou d'autre chose, on dénombre en 1893, 73 décès, contre 55 en 1892 et 38 en 1894.

 

Fièvres typhoïdes :

 

24 mai 1890, lettre du maire au sous-préfet de Brest. « Les fièvres typhoïdes et fièvres muqueuses peuvent être considérées comme endémiques dans notre localité. Il en existe toujours quelques cas et cette année il ne semble pas que ces cas doivent être plus nombreux que les années précédentes. Depuis plusieurs semaines on a constaté un seul malade, un enfant fréquentant l’école des garçons. Le dénouement a été fatal, mais ce triste évènement peut être attribué en bonne partie à un défaut d’hygiène et à des imprudences et, d’autre part au peu de ressources dont pouvait disposer la famille du jeune malade. Il n’y a donc pas lieu de s’alarmer ».

 

Fièvres muqueuses :

 

24 mai 1890  A signaler « plusieurs cas de fièvres muqueuses, pas plus nombreux que l’année dernière. Ils sont dus comme ailleurs, au défaut d’hygiène des habitants, à la misère, au manque de propreté de certaines habitations. Comme aussi au défaut d’aération de certains quartiers de la ville que la municipalité se propose d’assainir, aussitôt que l’autorité préfectorale l’aura autorisée à contracter l’emprunt de 5 000 Francs pour des travaux de voierie. »

 

Influenza :

Février 1895 :  il y a deux ans,  la population a été décimée par le choléra, aujourd’hui c’est l’influenza qui règne, mais heureusement avec un caractère bénin. L’influenza (grippe) est une infection du nez, de la gorge et des poumons. (Voir articles spécialisés sur Internet).


Fin provisoire, article à compléter

 

 

 

 

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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 19:22

UN LIEU-DIT  DU CONQUET : PORTEZ (francisé en Portaise)

 

 

Signification du nom : Aucune traduction valable à ce jour, sinon que, comme le pour le « Portez » de Locmaria-Plouzané, on y note la racine « portz », qui signifie, anse, baie, crique… Portez est en effet une anse peu profonde entre les pointes de Sainte-Barbe et du ou (des) Renard(s), aujourd’hui bien ensablée. Les photos du début du siècle et jusqu’à la prolongation de la digue Sainte-Barbe (1970), nous montrent un
estran rugueux fait de roches et de galets, impropre au mouillage de bateaux, même petits.
.

 



Extrait du cadastre de 1841.



Parc ar exercis :
ancien terrain de manoeuvre des soldats de la batterie de Sainte-Barbe















543 : cette parcelle  "Ar Balizen", devait son nom à un amer dont je n'ai trouvé nulle part une autre mention. 













Une des photos les plus anciennes de la grève de Portez. Vers 1900, une seule maison construite entre la descente à la "plage" et l'hôtel Sainte-Barbe.









Jusqu’à la fin du XIXe siècle, Portez est connue par sa source et son lavoir, d’une part et par les carrières de pierres de schiste qu’on y exploite d’autre part.

 

Au hasard des documents municipaux et autres :

 

1732, au cours de l’enquête concernant un procès fait à Laurens Mazé-Launay, « à la fontaine de Portez, plusieurs femmes en parlent en lavant du linge au doué ». Le lavoir était alors assez vaste pour que plusieurs lavandières s’y trouvent en même temps.

 

1806, registre municipal : il importe de mettre un tuyau quelconque dans le conduit de la source de Portaise.

 

1829, registre municipal : l’eau de ruissellement qui descend du Cruguel s’est perdue en de multiples filets a travers les couches de schistes : «  il est urgent que l’on travaille à recouvrer et réunir une source qui a pris différentes directions depuis peu de temps et qui prive les habitants d’une eau saine. Cette source se trouve au lieu-dit Portaise, contre la grève. A la pleine mer des grandes marées, on ne peut y puiser de l’eau ».  Le conseil municipal vote un crédit de 200 Francs pour les travaux.

 

1832, registre municipal :  "considérant que les carriers exploitent depuis longtemps les carrières de Portaise pour les pierres dites du Conquet, il serait juste d’y appliquer une taxe. Les pierres font de 5 à 8 pieds de long".

 

1835, registre municipal  : "les décombres et immondices répandus dans les rues ainsi que dans les venelles et routes, seront déposés en la grève de Portaise ou sur le terrain vague qui avoisine cette grève"

 

1839, registre municipal,  3 novembre : "il sera ouvert sur les terrains incultes, situés aux lieux-dits Pors-Fontaine (Le Bilou), et Portaise, des carrières pour extraire les pierres plates, dites du Conquet, et servant à la confection de pavés et de dalles".

 

La municipalité (Charles Lombard, maire) qui manque toujours autant de ressources pour venir en aide aux nombreux malheureux du Conquet pense alors à ouvrir de nouvelles carrières de pierres plates (schistes), dans les terrains incultes de Pors Feunteun (Le Bilou) et de Portez qui lui appartiennent. Double but : faire entrer de l’argent pour subvenir aux besoins des pauvres en vendant les pierres aux communes environnantes et fournir du travail aux carriers qui seront payés pour les pierres de 25 cm à 1,25 m, un centime par pièce ou un franc par cent et pour celles de 1,25 m et au-dessus, deux centimes par pièce. On accusera plus tard les carriers d’avoir complètement détruit le relief rocheux naturel prolongeant en mer la pointe Sainte-Barbe  et offrant au Conquet un rempart contre la houle de sud-ouest.


La reculée de falaise verticale qui forme la petite grève dite du « Paradis » est le résultat de l’exploitation de la principale carrière en ce lieu.
"Beaucoup de petites plages sont appelées "Paradis" en divers lieux, en raison de l'abri du vent que l'on peut y trouver, et peut-être d'un meilleur ensoleillement ou d'un sable plus fin".



Sous l'ancien corps de garde transformé en hôtel, la falaise verticale d'une des carrières de schiste conquétoises.

On remarque des cabines de bains à gauche de l'escalier taillé par les carriers pour descendre dans la grève du Paradis à basse mer.




1860 : la carrière du Paradis a dû être abandonnée, car un arrêté municipal est pris "contre les ordures qu'il est prévu de jeter dans la carrière délaissée, située sur la grève de Portaise, près de la batterie de Sainte-Barbe. 


1863 : Concernant la baignade.

"L'an 1863, le 20 août, nous, maire de la commune du Conquet (Finistère), vu les dispositions de l'article 8 du titre 2 de la loi  du 19 juillet 1791 et de l'article 46 du titre 1er de la même loi. Vu la loi du 18 juillet 1837.
Considérant qu'il est dans nous attributions de déterminer les endroits où nul individu ne peut se baigner sans être vêtu, de prévenir et de réprimer toutes obcénités de la part des baigneurs et de déférer aux tribunaux compétents ceux qui commettraient quelques actions contre la décence publique, avons arrêté et arrêtons ce qui suit :
-article 1er, il est défendu à toute personne de se baigner dans le port du Conquet ni ses abords, depuis le Croaé jusqu'à la grève de Portèze, sans être vêtue d'un costume complet. Il est pareillement défendu de sortir et de montrer nu hors de l'eau.
-article 2, les contraventions au présent arrêté seront constatées par procès-verbaux et leurs auteurs poursuivis devant les tribunaux pour être punis conformément aux lois.

Sera le présent arrêté, publié au son du tambour et affiché dans toute l'étendue de la municipalité, afin qu'aucun n'en prétende cause d'ignorance.

                            Signé François Podeur.

1888, registre municipal  novembre :  "un éboulement considérable s’est produit à la source de Portez". C’est sans doute après cet incident que la source a été retrouvée et captée à son emplacement actuel, et qu’ont été faits le chemin  pour y descendre et le « quai » dallé qui permet d’y accéder par toute marée. Le petit lavoir aujourd’hui quasi comblé par quelques grosses pierres et galets, date de la même époque.

 


Au début du XXe, un couple bien élégant revient de la source de Portez.
















Dans les dernières années du XIXe, la ville du  Conquet est devenue une station de bains de mer très fréquentée l’été. Dès 1888, la municipalité à travers son maire Hippolyte Levasseur, appelle les pouvoirs publics à réaliser « un chemin de fer économique dans l’arrondissement de Brest » et qui desservirait bien sûr Le Conquet.(
Le tramway électrique sera inauguré en 1903 seulement, voir cet article)

 


Conquétoises en costume local et élégantes à grands chapeaux posent pour le photographe.
A droite en haut, la villa "Bellion".










--



1891-92 Le corps de garde de Sainte-Barbe mis en vente par l'administration des Domaines, pour le transformer en hôtel-restaurant et, par la même occasion demande l’autorisation d’implanter des cabines de bains sur la plage de Portez.

 

1899, le conseil municipal de la commune du Conquet prend à la date du 7 mars 1899 une délibération tendant à l’établissement d’un droit fixe de 10 Francs sur les cabines de bains installées à la grève de Portez.
Le ministère des Travaux Publics intervient dès juin, pour signifier à la commune du Conquet qu’elle n’est pas qualifiée pour percevoir un droit quelconque sur le domaine public maritime.

Je ne sais pas comment l’affaire s’est terminée, mais je présume que l’administration des Travaux Publics a détourné la perception de la taxe à son profit.



Les cabines de bains, installées sur un talus en haut de grève. Au second plan, la résidence de monsieur Petit-Cuenot, Ker an Aod.

Dans les cabines de bains, les estivants remisaient leurs matériels de plage, chaises longues, parasols... et de pêche, épuisettes, paniers...


Début XXe :

On assiste  progressivement à la construction de villas-résidences d’été, le long de la corniche de Sainte-Barbe.


La grève de Portez dans les années 1920-30. Des villas commencent à garnir "la corniche". Cette photo de qualité médiocre, a le mérite de montrer l'estran "caillouteux", un petit sloup échoué dans les roches (à gauche en bas), ne sera pas "à l'aise" au flot s'il y a le moindre clapot.
 





Après 1920, l'hôtel Sainte-Barbe a connu une première extension et les cabines de bains gagnent de plus en plus sur le haut de grève








-


La villa "Bellion", construite selon son propriétaire actuel entre 1905 et 1910

Vue depuis
la grève.











Jeunes filles du Conquet au bain, sans doute à Portez, vers 1920. Trois d'entre elles portent les ceintures de sauvetage en liège toilé, en usage sur les bateaux de pêche à l'époque.









Portez : les défenses du mur de l'Atlantique - 1940-44 (article à compléter).
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Après la guerre 39-45


Cp, éditions Jos Le Doaré, entre 1955 et 1960,
Le sable a gagné sur l'estran, sans doute depuis l'édification de la première digue Sainte-Barbe en 1925, mais tout le haut de grève n'est que blocs de roches et galets. Les cabines de bains en nombre plus restreint sont haut perchées, hors d'atteinte des grandes marées.




Ci-dessous, autre vue de la même époque, à marée haute, la zone sablonneuse n'existe plus.

A mi-côte, un pan de mur neuf, les Allemands avaient ouvert une brèche dans le mur précédent et dégagé un espace pour la manoeuvre de leurs camions lors de la construction des blockhaus. L'excavation est visible sur la carte postale précédente.



L'abandon de la source de Portez.

Quant à la source de Portez, son eau a été déclarée "non potable" dans les années 1980 à la suite d'analyses bactériologiques. Ainsi a cessée la noria des promeneurs remontant de la source avec leur précieuse bouteille d'eau, ou même, pour les Brestois venus en week-end,  le casier de six litres pour la semaine.

Dans les toutes dernières années, l'escalier en béton construit par les Allemands pour descendre à la source de Portez s'est effondré, et des gros cailloux ont rempli le petit lavoir marin.



Les escaliers "allemands" écroulés", au bout du sentier dallé, l'eau de la source coule toujours, tandis que la roche suintante se verdit de mousses.

Etat actuel (fin juin 2009) Photo JPC.









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Le joli petit lavoir encombré de grosses pierres, qu'il serait bon de pouvoir enlever. Les carriers d'antan n'auraient pas été longs à les concasser pour les extraire. Photo JPC













-- Pour en finir provisoirement : une vue de la plage de Portez, fin juin 2009, photo JPC







Et un souvenir de mars 2008 : mais où est donc passée la plage? Photo JPC.



















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16 juin 2009 2 16 /06 /juin /2009 21:59

SEMAPHORES

Quand on parle aujourd’hui de sémaphore au Conquet, cela fait référence à la "vigie sémaphorique" de la Marine Nationale à la pointe Saint-Mathieu (Plougonvelin).

 

 

Faisons un retour dans le temps.

 

« Sémaphore » est un mot issu du grec ancien qui signifie porteur de signe ou de signal.

 

A l'origine, les sémaphores ont dans la Marine, désigné des mâts plantés sur des points dégagés du littoral, bien visibles de la mer. La combinaison de pavillons hissés aux drisses de ces mâts composait des messages simples, lisibles par les bateaux passant à proximité.

En temps de guerre, les messages « codés » étaient déchiffrables par les seuls navires « amis ». Des boules (globes), pouvaient également être utilisées pour des significations particulières, souvent de dangers. Elles le sont toujours pour annoncer des alertes météorologiques (coups de vent – tempêtes).

 

Saint-Mathieu :

 

A l’époque de la Révolution et de l’Empire, il y avait bien sûr un mât sémaphorique à la pointe Saint-Mathieu

Un gardien déterminé :

Le 24 messidor an 11, le maire du Conquet écrivait au sous-préfet de Brest : «  Je vous annonce citoyen que dans la nuit dernière, environ 20 Anglais sont descendus à terre près les signaux de Saint-Mathieu situés sur la commune de Plougonvelin, et à distance d’une petite lieue du Conquet. Ils ont voulu entrer dans le corps de garde des signaux, sous prétexte de patrouille. Sur le refus formel du gardien, ils ont brisé une fenêtre comptant sans doute entrer par là. Mais le gardien menaçant avec une hache à la main, de couper le col au premier qui entrerait, aucun n’a osé se mettre en but à sa fermeté. Ils ont fini par couper les drisses et drailles du télégraphe et ont emporté les trois globes. »

Le maire du Conquet  en profite pour demander l’octroi de 50 fusils et 1 000 cartouches pour équiper un service de nuit de la garde nationale aux points menacés.

 

 Les Renards :




Cadastre de 1841, plan de situation du mât sémaphorique du Cruguel à la pointe des Renards.




                                                   

A la pointe des Renards, un peu sur la hauteur, au lieu-dit le Cruguel (la butte), se dressait aussi un grand mât, destiné à transmettre des avis aux navires de passage dans le chenal du Four et surtout à informer les convois en attente sur rade du Conquet, sous la protection des batteries côtières, de la présence ou non des vaisseaux anglais en Iroise, faisant le blocus de l’accès à Brest.

 




Ci-dessus : détail de la carte de Beautemps-Beaupré 1816,


Lever de côte de Beautemps-Beaupré 1817





Ce sémaphore du Conquet est signalé sur la carte de Beautemps-Baupré et sur les levers de côtes du même hydrographe. Le sémaphore était servi par un « gardien des signaux » qui logeait dans une maisonnette tout près du mât. Un petit chemin entrecoupé d’escaliers, lui permettait de descendre directement à la source de Portez pour se ravitailler en eau. Lorsqu’il y avait menace anglaise à l’entrée du chenal du Four, un marin de la division des péniches et canonnières gardes-côtes montait la garde au Cruguel, prêt à descendre au port donner l’alerte.


Le socle du mât des signaux est  toujours en place dans le jardin d’une maison particulière de la pointe des Renards.

 

 

Les mâts Dupillon :  

 

L’officier-artilleur Dupillon s’inspirant du système des frères Chappe, fait adopter vers 1805, un mât de sa conception à trois ailes, qui permet de presque tripler les combinaisons possibles de signaux. Ce dispositif complète le mât à pavillon qui reste en place. Sur les tracés de Beautemps-Beaupré, on distingue les ailes du télégraphe Dupillon.

 



Mât Dupillon reconstitué, près de Carteret (Cotentin). Photo JPC





































Les postes électro-sémaphoriques :

 

En 1861, l'Etat prend la décision de construire une ligne de postes électro-sémaphoriques pour remplacer l'ancien système de signaux Chappe devenu obsolète.   44 postes sont édifiés dans le deuxième arrondissement maritime dont Créach'meur, Saint-Mathieu, Les Renards, Corsen, Landunvez…

 

Un électro-sémaphore a en fait deux fonctions : un rôle de communication avec les navires par signaux optiques (mât Dupillon et signaux par pavillons), et un rôle de bureau télégraphique pour la transmission des messages reçus des bateaux et l'acheminement des télégrammes privés déposés au guichet du sémaphore par des usagers « terriens », à destination des bureaux télégraphiques du réseau français.






 

Les guetteurs sémaphoristes utilisaient à l'émission et à la réception vers le réseau général, des appareils "Breguet" à cadrans, ce qui obligeait le premier bureau récepteur de l'administration des Télégraphes à reprendre le texte en « Morse », pour l'acheminer vers sa destination à travers le réseau national. Plus tard (1866) les guetteurs de la Marine se mirent au « Morse » et le service y gagna en souplesse et en rapidité.




 Le sémaphore des Renards, agrandissement d'un détail de carte postale vers 1900-05














Fermeture du poste des Renards :

 

Ouvert en 1862, le poste des Renards sera fermé en 1881, en même temps que Le Minou. mais restera entretenu pour une réouverture éventuelle.

Le rapport d'inspection annuelle de 1895 indique que le mât commercial est toujours en place mais serait à re-haubanner, le reste du gréement avec les parties supérieures de la mâture, plus les roues, ailes, disques et chaînes sont à l'abri à l'intérieur du bâtiment, mais se dégradent. Les huisseries, planchers, toiture de la maison sont à refaire...

 

Le sémaphore mis en vente 5 000 Francs en 1899 est acquis par un nommé Fernand (ou Ferdinand) Ferron qui le transforme  en une coquette maison où il s'installe en 1901.

 



Carte d'Etat-Major de 1907 : X, emplacement de l'ancien sémaphore devenu maison de monsieur Ferron.













L'occupation allemande 1940-44 :

 

L'armée allemande investit Le Conquet le 19 juin 1940, les maisons de la pointe des Renards sont immédiatement réquisitionnées,  dont l'ancien sémaphore devenu "manoir du Cruguel", appartenant à monsieur Keraudy, habitation de 10 pièces et dépendances, close de murs, pour une superficie totale de 25 000 m².

L'installation de DCA, radars, gonios, projecteurs, canons et blockhaus, conduit à partir de 1943 les Allemands à faire table rase de tout point de repère identifiable par  les aviateurs anglais. Fin mars 1943, sur ordre la Feldkommandantur 752, l’ancien sémaphore est détruit à l’explosif.




 Sur cette vue aérienne de qualité médiocre, on distingue bien la forme en T du sémaphore "explosé" par la troupe allemande;














Plan américain dressé lors de la prise du site des Renards par les "Rangers", le 9 septembre 1944.
(J'en reparlerai)

Le sémaphore, quoiqu'en ruine y est figuré en noir au centre.















Pour la suite du sémaphore du Cruguel, voir l'article sur la Radiomaritime (Le Conquet)



Saint-Mathieu :

Le déplacement du sémaphore de Saint-Mathieu :


 


Le poste électro-sémaphorique de Saint-Mathieu. Mât Dupillon et mât des signaux.













Après la fermeture du sémaphore des Renards,  il fallut bien se rendre à l'évidence que le sémaphore de Saint-Mathieu, entre la pointe et les Rospects, n’avait aucune visibilité sur le chenal du Four. Les navires qui s’y engageaient, devaient attendre le travers de Corsen pour communiquer par signaux avec la terre.

La construction d’un nouveau sémaphore à la pointe Saint-Mathieu, avec le visuel sur la mer de l’est-sud-est jusqu’au nord,  maintes fois envisagée, maintes fois remise, fut quand même réalisée. On lit dans le « Courrier du Finistère » du 3 septembre 1904 : « La direction des constructions hydrauliques a chargé monsieur Salaun, entrepreneur à Brest des travaux de construction du nouveau sémaphore de  Saint-Mathieu. On édifie en ce moment les cabanes à outils pour le chantier ».

 

Le nouveau sémaphore, en forme de tour, a été remis à la marine en 1906. L’ancien, loué à un particulier, puis occupé par les services de la météo et enfin par les Allemands, a été rasé en 1985. Sur le site, le bâtiment circulaire en pierres, que l’on prend souvent pour les ruines d’un moulin, était en fait la base d’un radar. (Consulter à ce sujet le livre Littoral d’Iroise, édité par « Phase » :  Plougonvelin, Histoire et Avenir, Souvenirs et Ecoute en 2005).


Le phare de Saint-Mathieu allumé en 1835, et l'abbaye avant la construction du nouveau sémaphore.











Mauvaise photo (carte postale) mais qui montre un mât Dupillon semble-t-il provisoire, avant la construction du nouveau sémaphore.













le nouveau sémaphore en cours de construction 1905














Le sémaphore de Saint-Mathieu terminé, avec son mât Dupillon














Le sémaphore de Saint-Mathieu aujourd'hui (à compléter)

Autres postes électro-sémaphoriques du second Empire.


Sémaphore de Créach-Meur (Plougonvelin) avec le fort Augereau, aujourd'hui disparu













Sémaphore d'Ouessant, le Créac'h ou le Stiff
















Sémaphore de Corsen.
















On remarque sur ces mâts, une aile, la première à partir du toit du bâtiment, prolongée par un disque sombre. Cette aile est fixe, elle indique aux navires en mer "la face parlante du mât". C'est à dire sous quel angle il faut lire les combinaisons de positions des aîles supérieures.


Sémaphore de Molène ( à compléter).


Fin provisoire de rédaction . JPC.

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9 juin 2009 2 09 /06 /juin /2009 19:18

LES PRESBYTERES DE LOCHRIST ET DU CONQUET

 

Ethymologie : du latin ecclésiastique « presbyterium » qui désigne l’ordre des prêtres, le sacerdoce, puis le lieu où se tiennent les prêtres. Le mot a d’abord désigné la partie du sanctuaire réservée au clergé dans les anciennes basiliques, puis l’habitation du clergé dans une paroisse (1456-57) . Sens qui s’est imposé. (Le Robert, dictionnaire historique de la langue française, Alain Rey.)

 

 

LE PRESBYTERE DE LOCHRIST

 

Du temps où l’église se trouvait à Lochrist, le presbytère y était attenant. Vendu comme bien national pendant la Révolution, il devient la propriété de la famille Provost. En l’an XII avec le retour des prêtres, Joseph Provost loue le presbytère à la commune pour y loger le desservant de l’église de Lochrist, Jacques le Gall, pour 90 francs/an. En 1808, le loyer du vicaire est payé à madame Provost. Le bâtiment sera quelques années plus tard racheté par la commune et mis en vente en 1859 pour couvrir les frais d’achat du nouveau presbytère de la rue Kerdacon. L’ancien presbytère de Lochrist est aujourd’hui une résidence privée.

                                                                                                                             

Extrait du cadastre de 1841.
Lochrist, l'église et le presbytère

















LES PRESBYTERES DU CONQUET

 

Lorsque l’église est transférée au Conquet, il faut héberger à proximité les prêtres qui vont la desservir à partir d’avril 1858.

Un don à la municipalité (François Podeur, maire) de mademoiselle Marie Margueritte Launay en 1859 (4 septembre)  permet l’achat d’une maison qui deviendra le presbytère. Mademoiselle Launay a offert 3 000 francs, le reste du solde a été apporté par la vente du presbytère de Lochrist.

(Mademoiselle Marie Margueritte Mazé-Launay était la fille de Noël Mazé-Launay et de Marie Créac’h. Née au Conquet, elle y est décédée à 78 ans, propriétaire, vivant de ses rentes, en 1870)

 

 

La maison du presbytère, rue Kerdacon (actuelle rue de Verdun) :

 

Cette maison et ses dépendances, répertoriée au cadastre de 1841, appartient alors aux quatre enfants héritiers de Louis Marie Désiré Jacolot, notaire, et de sa femme demoiselle Désiré Victoire Marie Provost (belle-sœur de Jean Marie Le Guerrannic fils, alors maire du Conquet). La propriété est vendue pour 5 000 f en 1842 à Charles Bérubé, percepteur des impôts à Lambézellec, demeurant au Conquet.

 

Sollicités par la municipalité du Conquet en 1859, les propriétaires Bérubé, père et fils et madame Caroff acceptent de vendre leur bien pour 4 997 F 50, valeur estimée par l’expert Stanislas Poullaouec de Ploumoguer. Une note du 25 novembre 1859 nous indique que le curé du Conquet est déjà locataire dans la susdite maison.

 

L’acte de vente du 11 juin 1860, donne une description assez complète des lieux :

 

Une maison couverte d’ardoises, avec un rez-de-chaussée composé d’une cuisine au bout sud et d’une salle au bout nord et séparée par une entrée ayant une porte à l’est sur la rue Kerdacon et une autre à l’ouest sur l’arrière. Le premier étage est fréquenté par un escalier de pierre et composé de deux chambres à feux (chambres avec cheminées), une à chaque bout et d’un cabinet au milieu. Un grenier est fréquenté par un escalier en bois. La maison fait 12 mètres sur la rue et 6 mètres de profondeur.

A l’ouest, autre maison couverte d’ardoises avec rez-de-chaussée et un étage.

Une maison à buée (buanderie) ayant une porte au sud, cour close, puits, petit appentis, crèche ayant une grande porte sur la rue Kerdacon.

 

Tout ce qui précède est au cadastre sous le numéro 168

Jardin entouré de murs de trois mètres, cadastré numéro 169

Courtil terre labourable, cadastré numéro 170

 

La propriété est bornée au sud par une terre à mademoiselle Mazé-Launay, à l’ouest par une terre à la famille Le Bourc’h et au nord par la propriété de monsieur Charles Morain.

 

En 1902, le presbytère de la rue Kerdacon est dans un tel état de délabrement qu’il est à peine habitable. En 1904, les discussions sur le bâtiment et son éventuelle reconstruction ou sa donation à la fabrique, n’aboutissent sur rien de concret. A une date que j’ignore, la maison a été vendue à des particuliers, a été restaurée, et a pris le nom de  villa « Les Tamaris ». Une plaque émaillée sur la façade en témoigne toujours.

 

 

 Un hébergement provisoire :

 

Des locaux de l’école Dom Michel accueilleront pendant quelques temps, le domicile des prêtres qui ont abandonné la rue Kerdacon.

 

Le presbytère de la rue Lieutenant Jourden (ex Grand-Rue)

 

Actuel n° 24. Au cadastre de 1841, c’est une maison qui appartient à madame Marie Jeanne Claudine Guéguen, veuve Jean-Marie Le Vessel, et à ses enfants. La façade donne sur la Grand-Rue. Côté nord, un grand jardin se prolonge en surplomb du Drellac’h.

Devenue propriété du notaire Prosper Marie Michel*, la demeure a été donnée à la cure par madame Michel, après le décès de son mari, en 1916.


 












Le presbytère, rue Lieutenant Jourden
(2009)














En 2009 c’est toujours le presbytère, occupé par le recteur de la paroisse, Jean Paul Gélébart.


 Note :
 Le Courrier du Finistère, 16 septembre 1916. "Nous avons eu le regret d'apprendre la mort de monsieur Prosper Michel, ancien notaire, décédé lundi matin. Les obsèques ont eu lieu mercredi, au milieu d'une foule de parents et d'amis que l'église pouvait à peine contenir, et par le maintien de cette nombreuse assistance, par son recueillement, on sentait l'hommage respectueux rendu à l'homme de bien dont toute l'existence a été, pour ses concitoyens, un modèle de bonté, de droiture et de vie chrétienne.
Monsieur le chanoine Grall, curé de Ploudalmézeau, présida à la levée de corps, la messe fut célébrée par monsieur le chanoine Lejacq, curé de Crozon. Monsieur le chanoine Cozic, curé de Lesneven donna l'absoute et conduisit le corps au poétique cimetière de Lochrist, où il repose à côté du monument à Le Gonidec.
En monsieur Michel, le Courrier du Finistère perd un ami affectueux de toujours et la société de la presse libérale du Finistère un administrateur aussi dévoué qu'éclairé.

 

 

 

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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 18:33

DE LA FIN DU XIXe à la GUERRE 1914-18

 

                                 LA PÊCHE AU LARGE

 

Texte complété, extrait de la monographie « Le Conquet, Histoire du Port de Pêche » que j’ai proposée au concours « Patrimoine des côtes et fleuves de France »  organisé par le Chasse-Marée, à l’occasion de Brest 96 et qui a obtenu une mention du jury.


Ce chapitre fait suite à celui sur les Paimpolais au Conquet. 

L'abandon forcé de la pêche à Sein n'a pas contraint les pêcheurs à désarmer, ils ont simplement déplacé leur champ d'action vers  les Pierres-Noires, Molène ou Ouessant. A Ouessant les plus grosses unités séjournent le temps d'une morte-eau et vont livrer langoustes et homards à Argenton, Le Conquet ou Camaret.

 

LES EXPEDITIONS "LOINTAINES"

 

ROCHEBONNE :

Camaret en cette fin de siècle est en pleine effervescence. On vient de découvrir que le plateau de Rochebonne regorge de langoustes. Le journal "Le Finistère" s'en fait l'écho :

19 février 1899 -Camaret- ".. une vingtaine de bateaux à viviers se préparent ici pour la pêche de la langouste à Rochebonne. Ces bateaux sont de 15 à 20 tonneaux de jauge, quelques uns vont jusqu'à 25, des bateaux sans pont  s'y rendront également, mais ceux-ci courent de grands risque à s'y aventurer..."

22 mars 1899    -Camaret- " les nombreux cotres à viviers construits à Camaret cet hiver arment au fur et à mesure de leur achèvement et partent aussitôt prêts pour Rochebonne. Nous y avons déjà une douzaine de bateaux d'une vingtaine de tonneaux. Il parait que c'est un vrai Pérou! "

 

Dès l'abandon de Sein, quelques Conquétois se sont délibérément tournés vers les « gros » tonnages : Pierre Marie Le Goaster et Yves Marie Lucas se sont fait construire en 1897 à Camaret "la" Saint-Michel, sloup ponté de 10 tonneaux *. Jean Marie Gendrot a acheté en février 1899 à Camaret le Cosmopolite, grosse unité de 20 tonneaux, d'autres patrons les imiteront un peu plus tard. La tradition orale rapporte que ces Conquétois ont travaillé autour de Rochebonne, livrant leur pêche aux Sables d'Olonne ou à la Rochelle.

*Jean Marie Lucas, né à Ploubazlanec, fils de Jean Louis et de Marie Yvonne Hello, marié à Jeanne Marie Grovel, a été projeté à la mer par la voile du Saint-Michel, dans le Fromveur, le 12 avril 1897. Porté disparu, son corps n’a pas été retrouvé.


 drellach-avec-douanier.jpg


Premier plan à gauche, LC 1709, "Confiance en Dieu", armateur Gendrot, commandé par Menguy Jean François.
A gauche second plan, LC 1290 "Saint Michel"
Au centre, la Mouette, gabare des Ponts et Chaussées



BELLE-ILE : Le Cosmopolite a eu l'occasion de faire au moins une saison de pêche à Belle-île, son rôle en porte trace:

28 mai 1900 : Expédié à Belle-Ile, équipage 4, passagers 9 (la famille du patron).

Patron :      Jean Marie   Gendrot, né à Ploubazlanec en 1852

Matelots :  Yves Marie   Gendrot, né au Conquet      en 1880

                   Emile Joseph Gendrot, né à Sein               en 1885

Le retour au Conquet s'effectue le 20 octobre 1900: équipage 4, passagers 9...

Le langoustier a passé cinq mois sur les lieux de pêche, y retourne-t-il l'année suivante? Aucune certitude. Les femmes et les enfants ont séjourné dans l’île, sans doute « en location ».

 

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Le "Cosmopolite" debout sur ses béquilles, en arrière plan la gabare de Job Causeur, "l'Espérance"











CÔTES ANGLAISES : Quand les Conquétois ont-ils commencé à pêcher la langouste dans les eaux anglaises? Au tout début du siècle certainement. Louis Coudurier écrit dans un ouvrage "De Brest au Conquet par le Tramway Electrique" en 1904: ..."Une industrie qui assure l'existence à bon nombre de pêcheurs du Conquet est la pêche à la langouste qui, depuis quatre ou cinq ans, est pratiquée par eux sur les côtes d'Angleterre, à la belle saison, de Pâques à septembre. Chaque année, le lundi de Pâques, a lieu la bénédiction de la flottille de langoustiers, c'est un spectacle très pittoresque et très touchant auquel les Brestois se rendent en foule. La première année, les Anglais voyaient d'un très mauvais oeil l'arrivée des pêcheurs bretons, bien que ceux-ci se tinssent très rigoureusement à la limite des eaux territoriales. Aujourd'hui, les Anglais sont revenus de leurs prétentions et ils accueillent avec beaucoup d'amabilité nos compatriotes lorsqu'îls sont obligés de relâcher pour se ravitailler. Ils pratiquent la pêche aux casiers garnis avec de poissons pris sur les lieux de pêche : dorades, grondins, lieus.  Il leur faut lever ces casiers toutes les deux heures, mais ce qui augmente la tâche, ce qui fatigue le pêcheur au-delà de ce que l'on peut imaginer, c'est la veille constante de jour et de nuit qu'il est obligé de faire pour ne pas être coupé par les grands steamers. Une fois les casiers levés, on place les langoustes dans les bateaux aménagés en viviers. La langouste anglaise a la chair plus fine que la langouste espagnole, elle se vend mieux par conséquent. Chaque campagne moyenne rapporte de 8 à 900F par bateau. .."


 GB--0129.jpg



Quai du Drellac'h, LC 1709,
"Confiance en Dieu"















Les unités les plus importantes arment de février à octobre, d'autres plus petites et généralement non pontées ne font au large que les marées d'été. Tous les bateaux sont équipés de viviers. A la fin de la grande marée commence la pêche de l'appât, les bateaux vont autour des Pierres Noires, de Sein ou même jusqu'à Penmarc'h pêcher à la ligne les grondins qui seront pour une part conservés vivants dans le vivier. Avant de les remonter à bord, on leur ferme la bouche et on les décroche de l'hameçon sous l'eau pour éviter le gonflement de la vessie natatoire qui les asphyxierait). L'autre part est conservée dans des bailles de bois remplies de sel.

 fetes-port-a-sec.jpg

Les grands sloups de la pêche au large attendent la bénédiction du clergé avant le départ de la première campagne de l'année.










Chaque navire a un équipage de quatre ou cinq hommes, un patron, deux ou trois matelots et un mousse. Chaque marin apporte sa douzaine de casiers (six seulement pour le mousse). Les casiers à langoustes sont des cylindres en lattes de châtaignier, confectionnés l'hiver par les marins eux-mêmes. Ils sont longs d'un mètre à un mètre vingt, pour un diamètre de moitié environ. Les deux bases circulaires sont fermées par des filets à grosses mailles laissant un passage oblique pour l'entrée des langoustes attirées par l'appât. L'habitude consistant à utiliser comme boëtte un demi-grondin frais associé à un demi-grondin salé. Les casiers lestés par des pierres, sont mouillés par paires, on leur fixe un orin qui, soutenu par une ou plusieurs bouées de liège (dont une au moins porte un pavillon pour le repérage), permet le relevage.

Les casiers sont remontés et ré-appâtés toutes les deux heures au plus. En fin de marée la pêche est vendue à Argenton, Le Conquet, Camaret, Douarnenez ou même parfois Roscoff ou Cherbourg! Généralement le patron fait d'abord escale au Conquet où sa femme le renseigne sur les cours pratiqués ici ou là.

 

Une preuve que le Cosmopolite pêchait sur les côtes anglaises.

Vers le 23 juin 1908, le bateau à viviers douarneniste Saint-Louis, en pêche aux grondins pour appâts, a touché sur les Seven Stones dans la brume et a coulé. Les naufragés ont été recueillis par le Cosmopolite qui les a débarqués  à Sainte-Mary’s aux Scillies, d’où ils ont été rapatriés à Brest par le dundee Reinder.

 

 

En 1903-1904, au regard des rôles et en fonction de leur tonnage, les navires suivants sont aptes à faire la pêche au large :

Deux-Frères, 11,21 tx

Cosmopolite, 20,36 tx

Reine de France, 15,15 tx

Notre-Dame des Flots, 8,64 tx

Confiance en Dieu, 8,48 tx

Etoile de la Mer, 10,36 tx

Saint-Michel, 10,01 tx

Dom-Michel, 17,20 tx

Germaine, 9,03 tx

Ave Maria, 8,64 tx

Sainte-Anne d’Auray, 9,10 tx

 

 

DOCUMENT :                                        LA  "BASSE à JEAN"

Extrait de : Récits de mon père par François Le Boité.

La scène se passe en 1911 ou 1912,  Jean François Le Boité est patron du Vierge de Massabielle, l'été il fait la pêche aux îles Scillies.

La Vierge de Massabielle est un bateaux creux, construit en 1910 par Belbéoc'h, charpentier de marine au Croaé. Jauge 12.16 tonneaux. La pêche aux Scillies dure huit jours, le temps de la morte-eau.

La journée du départ est consacrée aux préparatifs: embarquement des vivres, paniers d'appâts (grondins), cordages, bouées de casiers, casiers (une quarantaine). A mi-marée de flot, en fin d'après-midi, les voiles sont hissées et le bateau, casiers empilés sur le pont, laissant juste le passage nécessaire à la bôme, quitte Le Conquet, cap au nord.

Ce jour de juillet, le temps était beau, la mer belle, le vent favorable. Sortis du Conquet vers 17 heures nos pêcheurs estimaient à 8 noeuds de moyenne, pouvoir mettre en pêche le lendemain matin vers 7 heures.

C'est sans doute ce qui se passa, arrivé près des Scillies dans son "coin" habituel, Le Boité fit préparer les casiers et en fin de jusant mouilla ses premiers paniers.

La marée fut décevante à tel point que le patron décida de rentrer un jour plus tôt.

 

SUR LE CHEMIN DU RETOUR. Vers deux heures du matin, Jean François Le Boité laisse la barre à son fils et va se reposer sous le tillac.... Son fils n'a que 17 ans mais étudiant à l'école de formation au long-cours de Paimpol et embarqué régulièrement pendant les vacances c'est un marin déjà confirmé.

Vers 5 heures la brume tombe, un matelot prépare la sonde, il lance le plomb, le patron qui est revenu sur le pont s'attend à voir le fil descendre jusqu'à la marque des 90 ou 100 mètres, surprise, le plomb touche vers 50 mètres. Le Boité s'empare du plomb vite remonté, le retourne et constate que des fragments de maërl sont collés au suif. Le cap suivi depuis les Scillies vers Ouessant n'a pas varié, voilà un haut-fonds non marqué sur les cartes. L'instinct pêcheur prend le dessus, les voiles sont affalées, la Vierge de Massabielle met en pêche, juste pour voir...

En quelques heures, au rythme de 6 ou 7 langoustes par casier, le vivier se remplit vite... A regret il faut partir.... Le Boité laisse une ancre avec un pavillon sur "sa basse" puis remet en route.

 

CRUEL DILEMME : Le Boité sait que les autres langoustiers n'ont pas fait une meilleure marée que lui aux Scillies, alors comment rentrer au Conquet vivier plein, sans être obligé d'avouer sa découverte?  Une seule solution filer sur Camaret.

A Camaret, il envoie un télégramme à sa femme pour éviter toute inquiétude puis il vend au mieux sa pêche en prétendant qu'elle n'est pas seulement sienne, mais qu'il amène en fait celle de plusieurs bateaux du Conquet. La morte-eau suivante, nouvelle chance, il retrouve sa bouée, nouveau pactole.

 

PERTE DES MARQUES: il n'y aura pas de récidive, courants, mauvais temps ou cargo... La bouée n'est plus à sa place au troisième voyage. Sans alignements, impossible de retrouver la "basse", de multiples sondages retardent la route et s'avèrent infructueux...

 

ESPAGNE ET PORTUGAL: Journal "La Dépêche", mai 1905... " -Camaret- Tentative hardie, trois de nos patrons pêcheurs, Pierre et François Douguet et Pierre Le Garrec se dirigent aujourd'hui vers l'Espagne et le Portugal où ils vont tenter avec leurs bateaux de 15 à 18 tonneaux la pêche à la langouste. Nous avons tenu à signaler cet essai qui se fait pour la première fois..."

Les Camarétois ayant connu quelques bonnes fortunes, quatre  patrons conquétois se lancent dans l'aventure en 1910. Ce sera leur seule et unique tentative.

Le Cosmopolite, patron Gendrot et la Reine de France, patron Pierre Marie Le Goaster partent en avril, l'un escale au Guilvinec, l'autre à Lorient, pour acheter l'appât. Ils arrivent sans encombre dans le nord des Berlingues,  aux îles Farilhoes Retour au Conquet à la mi-juin avec chacun environ 800 kg de langoustes et homards.. Aussitôt la pêche livrée, ils repartent du Conquet accompagnés cette fois de la Germaine, patron Aristide Lucas* et du Saint-Michel, patron Théophile Bernugat.

*Aristide Lucas a pris la barre de la Germaine à la suite du décès de son père Yves Marie Lucas, surnommé "Pupil", tombé du quai le 6 décembre 1909 à 6 heures du matin,  alors qu'il préparait l'armement du bateau.

Portugal - Autour des Farilhoes (Berlingues), la langouste abonde, mais il faut s'infiltrer dans les eaux territoriales portugaises. Henri Minguy me racontait: "... les eaux étaient peu profondes et claires, on mouillait les casiers sans bouées en surface puis on s'éloignait vers le large. On revenait un peu plus tard et on retrouvait facilement nos engins en laissant traîner un grappin sur le fond..."

 

L'aventure va tourner court pour deux raisons, d'abord excepté le Cosmopolite, les bateaux sont trop petits : la jauge nette de la Germaine n'est que de 9 tonneaux!  Ensuite l'hostilité grandissante des pêcheurs et des autorités portugaises va générer des conflits. Les Français, en particulier les Camarétois et les Douarnenistes sont trop nombreux, des incidents éclatent pendant cet été 1910, le ministre français de la Marine doit intervenir.


 

En octobre, le Cosmopolite commence sa troisième marée dans la zone des Berlingues. Par défaut de pêche ou pour éviter le conflit avec les Portugais, Gendrot décide avec seulement 250 langoustes dans son vivier, de remonter vers le nord. Au large de La Corogne, il mouille ses casiers. L'opération est à peine terminée que Gendrot voit s'approcher la canonnière garde-côtes de la marine espagnole. Le Hernan-Cortès aborde le Cosmopolite et le déroute vers Le Ferrol. Les langoustes sont saisies, le patron est condamné pour pêche illégale à 120 pesetas d'amende, les 36 casiers mouillés au large sont perdus. Après 13 jours d'attente à quai, le Cosmopolite peut repartir. Au retour du bateau en France, l'affaire devient politique, Gendrot affirme que son navire a été saisi alors qu'il louvoyait et non en délit de pêche dans les eaux réservées. Le député du Finistère Le Bail et le ministre de la Marine Pichon amplifient l'affaire. Nous sommes fondés déclarent-ils, à réclamer du gouvernement espagnol, non seulement la remise de l'amende payée par monsieur Gendrot, mais aussi la réparation du préjudice qu'il a subi (5 300F). L'indemnisation interviendra bien  le 11 août 1912, mais seulement pour 1 000F.

 

Lettre d’Emile Gendrot à sa mère, publiée par le journal « La Dépêche ».

Chère mère,

Tout d’abord je dois te dire que nous sommes en bonne santé, mais il faut ajouter que notre situation n’est pas des meilleures. Nous sommes en ce moment prisonniers des Espagnols et cela depuis la Toussaint.

Ce jour-là, après avoir mouillé nos casiers en dehors de la limite exigée pour les pêcheurs étrangers, nous dirigions fuyant le mauvais temps vers le port de Cedeira (baie profonde au nord-est du Ferrol).

Un torpilleur espagnol qui tirait des coups de canons avait bien fixé notre attention, mais croyant qu’il faisait des exercices, on ne s’en était pas autrement occupé. Cependant comme il venait sur nous à toute vitesse et qu’il cornait, il nous fallut bien comprendre que c’était notre bateau qu’il visait.

Quand il nous accosta, le commandant me fit signe de monter à son bord. Là il me demanda où j’allais. Je lui répondis que je me dirigeais vers Ceidera, mais il ne voulut pas me croire, disant que je pêchais dans des limites interdites. Un officier revint avec moi sur le sloup et fouilla le bateau sans rien découvrir.

Je suis retourné à bord du torpilleur pour expliquer au commandant que mes casiers étaient restés en dehors des six milles qui représentent la limite exigée. Cet officier ne voulut rien savoir. Il m’obligea à prendre la remorque de son navire.

Nous avons été conduits à El Ferrol, où on nous a pris nos papiers, sans même nous permettre d’aller faire notre rapport au consul. Depuis ce moment nous sommes prisonniers. Des marins espagnols restent jour et nuit dans notre bateau. Pour comble de malheur nous n’avons plus ni lard, ni graisse, ni pommes de terre. Nous faisons nos repas avec du biscuit et du café.

On nous dit que nous devrions payer 120 pesetas avant de partir et notre pêche serait confisquée, pourtant nous l’avons prise au Portugal. Chaque jour nous demandons à quitter El Ferrol, mais on nous retient en disant qu’il faut avant de nous laisser libres, avoir retrouvé nos casiers.

Pour cela j’ai proposé bien des fois de conduire les pêcheurs espagnols chargés de leur recherche, mais on a toujours refusé cette offre, qui est cependant logique car ils peuvent bien puisqu’il n’y a pas de témoins, prétendre avoir retrouvé nos engins dans un endroit défendu.

En tout cas, ce n’est pas une raison pour nous retenir indéfiniment. Si pourtant nos casiers étaient emportés par la tempête, je me demande si on nous retiendrait pendant longtemps.

Il est inadmissible que l’on garde prisonniers des hommes qui n’ont rien fait de mal. C’est une grosse perte pour nous. Dès que nous serons libres, je t’enverrai un télégramme pour t’annoncer notre retour.

                           Embrasse toute la famille.  Emile.

 

 

 

 

LA GUERRE 1914-1918

 

La guerre 14-18 porte un coup d'arrêt à l'expansion de la flottille conquétoise. Les pêcheurs sont mobilisés sur les navires de l'Etat, les bateaux désarmés au fond de l'aber entre le Croaé et Poulconq, se dégradent vite...

Un texte de l'écrivain Georges Toudouze, publié dans la Dépêche du 2 octobre 1916, décrit la détresse de la flottille bretonne.

"... Un peu partout sur le littoral, et plus spécialement dans nos ports bretons, les barques de pêche dans la proportion de 3 sur 5, se trouvent abandonnées par la force des choses. Patrons et pêcheurs ont dû le 2 août 1914, pour répondre à l'appel aux armes, les laisser là sur place, telles qu'elles rentraient du large. Et depuis cette date, elles sont demeurées au corps-mort ou sur le galet, virant sur leurs chaînes au gré du vent ou au gré de la marée, flottant tant bien que mal et râpant de leur quille vase grasse et cailloux.

Voilà bien huit cents jours et huit cents nuits que toutes humides de leur dernière course au large, elles sont prisonnières et souvent abandonnées. L'eau de mer et l'eau de pluie, les herbes et les coquillages, les tarets, le vent, le soleil et la rosée sont autant de forces destructrices coalisées contre ces pauvres barques. Coques, ponts, ferrures, mâts, haubans.. sont attaqués ensemble, les membrures décalfatées s'entrouvrent peu à peu, les ferrures mangées tombent en poussière, les béquilles plient ou cassent.. ce seront demain des bateaux en décomposition... les laisser pourrir, c'est désarmer nos pêcheurs pour le jour du retour..."

 

 saint-michel-echoue.jpg

     Le "Saint Michel", désarmé et abandonné au Croaé pendant la guerre 14-18.           










 
L'ENTRE DEUX GUERRES, DE 1918 A 1939.

 

                                     PÊCHE AU LARGE

 

Elle se pratique dans les eaux britanniques des Scillies ou de la pointe de Cornouaille.

En 1921, ils sont cinq navires à participer à l'ensemble de la campagne. Les "croisières" se déroulent d'avril à octobre. Elles durent soit une morte-eau, environ 8 jours, soient deux mortes-eaux, environ trois semaines, pendant la semaine de vives-eaux, les navires restent au mouillage près des lieux de pêche ou dans un port anglais.

Les bateaux sont alors : le Gloire à Dieu, patron Jean Lucas, l’Intrépide, patron Joseph Le Boité, la Jeanne d’Arc, patron Théophile Menguy, le Talisman, patron Jean Marie Bernugat, le Notre Dame des Flots, patron François Abiven.

La première marée débute cette année 1921 vers le 8 avril, retour le 20 avril.

Deuxième marée, départ le 27 avril, retour le 9 mai

Troisième marée, départ les 10/11 mai, retour le 19 mai

Etc..

Quelques chiffres,

Deuxième marée :

                Gloire à Dieu, langoustes 100 kilos, homards 200 kilos, congres 50 kilos

                Talisman, langoustes 300 kilos, homards 150 kilos

               Notre Dame des Flots, langoustes 150 kilos, homards 300 kilos, congres 50 kilos

                   

 

La vente des crustacés se fait toujours en France, les cours sont assez élevés en début de campagne, ils baissent quand les apports augmentent l'été et remontent en fin de campagne. Les écarts de prix proposés par les mareyeurs sont souvent importants et les pêcheurs y sont attentifs.

En 1921, les langoustes sont à 12 francs le kilo en avril, pour 10 francs fin mai et 6 francs fin juillet. Pour les homards, 7 francs en avril, 4,50 francs en mai et 4 francs en juillet. Puis remontent début septembre, 8 francs le kilo pour les langoustes, 7 francs pour les homards.

 

Le 15 septembre 1921: le Gloire à Dieu, le Talisman et le Notre Dame des Flots  rapportent chacun de 4 à 500 langoustes. De retour au Conquet, Jean Lucas, apprend qu'à Douarnenez les mareyeurs offrent 50 centimes de mieux du kilo: 8,50F au lieu de 8F, les matelots du Gloire à Dieu rétablissent les voiles et en route. En fait le déplacement s'avère bénéfique car une hausse inattendue survient et Lucas écoule sa pêche à 9,25F du kilo.

La presse considère cette année 1921 comme rémunératrice pour les bateaux pratiquant la pêche dans les eaux anglaises.

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Un jour de fête de la mer à la pointe Sainte-Barbe. Au second plan à droite, le "Talisman", LC 3169 construit chez Belbéoc'h en 1912 pour Félix Laurent de Paris. Patron en 1919 Jean Marie Bernugat. Vendu à Sein en 1927



Une autre mention concernant le Gloire à Dieu, le 1er juillet 1921. Le patron Lucas, venant du large a vendu 400 langoustes, 200 homards, et une centaine de crabes et d’araignées. Ce qui est remarquable c’est que le voilier a fait son retour à une moyenne de 8 nœuds, ce qui selon la presse est un record.

 

L’hiver, les grands sloups restent à la côte faire la pêche à la palangre. Puis comme l’indique cet article de La Dépêche du 26 février 1922, le Talisman, le Notre Dame des Flots et l’Oiseau des Mers vont commencer leurs préparatifs pour la pêche au large des langoustes et des homards.

 



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Au premier plan, LC 3296, "l'Oiseau des Mers", construit par Belbéoc'h au Croaé en 1913 ( 16 tx, longueur 10 mètres).  Patron Jean François Minguy, puis son fils Louis Minguy. Vendu vivier pourri à Biel Jourden à Tal a Bail en 1928, qui n'en a rien fait. Le bateau est resté mourir au Croaé. 

On lit sur le rôle de l’Eugène-Hélène, patron Jean Lucas, écrit de la main du syndic : « expédié aux Sorlingues le 27 juillet 1922, avec son lest et ses casiers, 4 hommes à bord, plus un passager français, Louis Armand, 25 ans, hypnotiseur, domicilié à Pleine-Fougère (Ille-et-Vilaine). Débarqué au Conquet le 8 août 1922.

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Au premier plan, LC 4011, Eugène-Hélène. Construit à Camaret en 1903. Inscrit au Conquet le 7 juillet 1922, patron Jean Lucas.
Désarmé en juillet 1926, dépecé le 18 janvier 1927.





 fréquence des marées :

 

En 1923,  3 langoustiers        pontés font chacun 12 voyages au large

                4 langoustiers non pontés  font chacun   2 voyages au large


Cette année là entrent en flotte, soit par renouvellement, soit par augmentation, trois bateaux d'occasion :

          Chevalier d'Assas      construit en 1909, 19,50 tx, armateur  Emile Lombart

                Anna                    construit en 1901, 11,16 tx, armateurs Gouarzin et Vaillant

                Bien-Hoa             construit en 1906,  14,30 tx, armateurs Pierre et Yves Le Goaster

 

Et un bateau neuf :

                Aline, bocq à vivier, 22,83 tx, construit à Paimpol pour Oulhen, mareyeur à Labervrac'h, et armé au Conquet par le patron  Joseph Le Boité. (Première marée: février 1924).

 

Pour mention la flottille locale en 1923, tous navires confondus, se monte à 86 bateaux.


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Le "Chevalier d'Assas" devant le Cosquiès, le bateau peint en blanc, sans numéro ni nom, a été vendu à Gonzague de Kergariou et est en cours d'armement à la plaisance.









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La Jeanne d'Arc, LC 3307, sloup construit à Camaret pour Théophile Minguy en 1914. semble avoir appartenu un moment à Jacques Riou. Désarmé en 1924.









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Le "Chevalier d'Assas" acquis par Gonzague de Kergariou, aménagé au chantier Belbéoc'h, passe à la plaisance.









Raz de marée de la nuit du 8 au 9 janvier 1924.


Cette nuit-là une mer furieuse dévaste Penmarc’h et cause de nombreux dégâts sur les côtes du Finistère. Au Conquet, les grands sloups à viviers désarmés ou en réparations dans le Toul ar Blantoc et au Croaé, subissent des avaries, en particulier les langoustiers Egalité et Chevalier d’Assas. L’Egalité qui vient d’être acheté par Minguy est rapidement réparé et arme le 24 janvier. L’Eugène-Hélène, monté sur la grève par le raz de marée, a pu être remis à flot et réparé. Le sloup est prêt à prendre la mer le 3 février.

  

 

                          DECLIN ET ABANDON DE LA PECHE AU LARGE

 

Le déclin s'amorce dès 1925, les causes sont multiples : les arraisonnements par les gardes-côtes anglais se multiplient, le Chevalier d'Assas, l'Aline, le Bien-Hoa et d'autres sont arrêtés pour pêches illégales et les patrons condamnés à des amendes. Il faut ajouter que la plupart des bateaux sont vieux et fatigués. Leur remplacement n'est pas à la portée des pêcheurs eux-mêmes, les armateurs étrangers à la profession, ne sont pas disposés à investir des capitaux dans ce type d'activité où les bénéfices ne sont jamais assurés et surtout, raison majeure les Conquétois ne veulent plus aller au large. Les jeunes ne sont plus attirés par la pêche au large. La marine marchande, mais plus encore la marine militaire ont leur préférence. En conséquence, faute d'équipages, les bateaux sont désarmés ou vendus...

 

p-lar--bien-hoa.jpgSur ce cliché sombre, un seul langoustier est identifiable par son numéro LC 4084, le "Bien-Hoa", construit à Camaret en 1906, inscrit au Conquet le 14 février 1923, à Pierre-Yves Le Goaster, vendu à Audierne le 24 août 1926.






Document : 5 mai 1925, procès pour pêche illégale contre les patrons du Bien-Hoa et de l’Aline.

Magistrats : major A.A Dorrien-Smith D.SO, F.R Ward, esquire, W.B Addison, esquire et J.H.P Sandrey esquire.

Pierre Goaster, patron du bateau de pêche français Bien-Hoa, LC 4084, du Conquet et Le Boette, patron du bateau de pêche français Aline, LC 4127, ont été ce jour cités et accusés suivant information de John Moat, officier de district des Gardes Maritimes de Sa Majesté et un officier des pêcheries maritimes, pour le fait qu’eux, le dit Pierre Goaster et le dit Boette, le troisième jour du mois de mai courant, étant à bord de leurs bateaux de pêche susnommés en qualité de patrons de ces bateaux, avec d’autres personnes à bord, ont pêché ou essayé de pêcher, alors que les dits bateaux restaient dans les limites exclusives de pêche des Iles Britanniques et en violation avec la section 7 de la loi de 1883 sur la pêche maritime.

L’accusation et les renseignements de l’officier des pêcheries maritimes furent traduits aux défendants qui ont déclaré qu’ils comprenaient ce qui leur avait été lu et traduit et tous les deux plaidèrent « non coupables ».

Ces renseignements qui montraient que les navires de pêche français ont été surpris pêchant des langoustes entre Seal Rock et Illiswilgig, à environ 1 mille de Bryher, dans l’après-midi du dimanche trois mai, ont été corroborés par les témoignages sous serment de William Mead et Frank E. Richards, gardes-maritimes en résidence à Bryher et par Norman J. Jenkins, un pêcheur habitant Bryher, et ces bateaux de pêche ont été surveillés jusqu’à ce qu’ils arrivent dans le port de New Grimsby le même soir, où leurs numéros d’immatriculation et leurs noms ont été confirmés être ceux mentionnés ci-dessus.

On a déféré le serment aux deux défendeurs, et ils ont déposé qu’ils se rendaient en des lieux de pêche au N.O de Bishop, mais qu’ils ont été surpris par la brume, que le courant a entraîné leurs bateaux vers les rochers et qu’ils ont procédé à des sondages, mais n’ont pas pêché.

Il a été jugé que le dit Pierre Le Goaster et le dit Boetté étaient tous deux coupables d’une violation de la loi de 1883 sur la pêche en mer et ils ont reçu l’ordre de payer la somme de dix livres chacun, y compris les frais.

Et il fut de plus ordonné que le poisson et les engins de pêche maintenant à bord des deux bateaux ci-dessus, fussent confisqués et vendus, et qu’à défaut de paiement, les deux bateaux ou l’un d’entre eux, soient détenus dans le port de Scilly, pendant la durée de trois mois du calendrier.

 

En note : amendes payées le 6 mai 1925

                                                                         Signé Arthur A. Dorrien-Smith. 

Après ces déboires, l'Aline et le Bien-Hoa ne sont plus retournés dans les eaux anglaises.
 
                                                                                                                                                                                             
 Ci-dessous :
Le tri des langoustes s'effectue bateau à sec, sur béquilles,  au Drellac'h. Les enfants des marins se font aussi photographier sur l'Aline.                                                                                     

 

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A bord de l'Aline, le patron Le Boité et son équipage, accompagnés  d'un enfant.
                                                                                                                  


Une tentative non renouvelée : 1925, l'expédition  de la Traviata en Tunisie :

 

Le 27 janvier 1925, un dundee blanc sort du port du Conquet et met cap au sud. Il s'agit de la Traviata, navire de 26 tonneaux, armé à Binic mais avec un équipage conquétois, commandé par Théophile Minguy, avec pour équipage: Michel Guillimin et François Le Meur matelots, Joseph Goarzin et Job Abily mousses. Le langoustier et le Mistinguett de Paimpol font route Port-Vendres pour ravitaillement, avant de rejoindre les lieux de pêche près de La Galite en face des côtes tunisiennes.

Le débarquement des langoustes s'effectuant sur slipway à Marseille, l'opération trop coûteuse n'a pas été renouvelée.                                                                                                        

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Cul à quai, le gros dundee blanc derrière le Chevalier d'Assas "LC 4066", est sans doute la Traviata, immatriculé à Paimpol.










Les derniers voyages vers les Iles Britanniques :

 

En 1930-1935, seuls trois équipages conquétois persistent à fréquenter les Scillies:

Le Clocher du Village, patron Henri Minguy, Théophile Bernugat avec la Rose du Carmel,  et Jean Lucas avec le Lutin puis la Frégate, de l'armement Oulhen.

Les marées durent deux mortes-eaux, donc environ trois semaines. Pendant la grande marée, les bateaux restent en relâche dans l'archipel des Scillies, fréquentant différents mouillages suivant les vents et vont à Sainte-Agnes par beau temps. Là un paysan un peu charron, était sollicité pour les réparations les plus urgentes. Par vents de sud, mouillage sous Tresco (Cromwell castle) et  par vents d'ouest, abri dans le sud-est de Saint-Martin's, derrière des roches surnommées "Serroux" par les Conquétois (Chimneys sur la carte). De ce dernier endroit, si le temps le permettait, les équipages partaient à la rame avec le canot du bord mouiller et relever les 40 casiers "juste à l'extérieur des trois milles réglementaires", dans le nord-est de Saint-Martin's. Henri Minguy qui m'a rapporté cet épisode, affirmait avoir en une seule levée sorti 110 langoustes de cette façon, et il riait en renchérissant « mais oui, à l’extérieur des trois milles » ! Henri Minguy ajoutait que parfois en relâche, « pour se faire un peu d’argent de poche, les marins conquétois s’embauchaient sur les chalutiers anglais à quai, pour coaltarer leurs chaluts. L’ennui, c’était que toutes les heures on voulait leur faire boire du thé au lait! »

 

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Bateau blanc, le Lutin LC 3736, construit à Paimpol en 1903. Inscrit au Conquet en 1920, appartient à François Oulhen, mareyeur à Landéda patron Jean Lucas. Passe au quartier de Paimpol en 1927
Remplacé au Conquet par la Frégate.

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Autre vue du "Lutin", béquillé, en second plan la "Sainte-Marie". La gabare avec une charrette le long du bord est probablement le "Pierre-Marie" ou le "Paul-Georges".







 Aux Scillies, les bateaux conquétois travaillent ensemble, un avantage pour Henri Minguy. Le vivier du Clocher du Village ne peut contenir que 300 à 400 kg de langoustes. L'excédent trouve alors place dans celui beaucoup plus vaste de la Frégate. Pour s'y reconnaitre au débarquement, les "plumes" de la queue des langoustes du Clocher étaient savamment découpées.


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Le "Clocher du Village", sloup langoustier construit à Carantec en 1929 pour Eugène Roignant, puis commandé par son beau-fils Louis-Henri Minguy. Le bateau a été vendu à Molène en 1935.
Désarmé et dépecé en 1959. Il avait alors un moteur de 10 cv.




Lors d'un voyage en 1933 avec la Frégate, Jean Lucas est arraisonné par un garde-côtes anglais. Ses casiers sont à l'intérieur des trois milles. Ordre lui est donné de ramasser son matériel, de faire passer un "otage" sur le patrouilleur, et de mettre le cap sur Newlyn. Lucas obtempère pour la première partie du programme, puis en cours de route vire de bord et s'enfuit vers Le Conquet. L'otage, Auguste Lucas ("Jean Luc"), fils du patron reste détenu sur le Dart pendant une quinzaine de jours, jusqu'au jugement. Ensuite il trouve passage sur un langoustier camarétois qui le ramène au Conquet. "Jean Luc" ajoutait qu'en entrant au Conquet, il avait croisé son père qui sortait du port pour une nouvelle marée.

 

Cette anecdote marque pratiquement la fin des voyages  aux Scillies. En 1934, le mareyeur Oulhen propose à Jean Lucas un bateau neuf, mais par manque d'équipage le patron conquétois doit refuser. Une autre explication donnée par "Jean Luc": les tourteaux et les araignées en abondance, envahissaient les casiers à peine mis à l'eau, empêchant les langoustes et homards d'en approcher. Les crabes non commercialisés étaient considérés comme des nuisibles par les langoustiers car de peu de valeur marchande.


La Rose du Carmel était un sloup construit à Camaret en 1930, dont Théophile Bernugat était patron-armateur. On raconte qu'un jour revenant des Scillies par gros mauvais temps, la Rose du Carmel et la Couronne de Marie de Molène, ont manqué Ouessant et ont dû fuir cap au sud. Les patrons n'ont reconnu la terre qu'à l'île de Ré.  Au retour par temps plus clément, l'un des deux bateaux pris dans la boucaille aurait failli se perdre sur Pen Bilioc au bout de Béniquet.



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En 1935, Théophile Bernugat clôture cette époque avec la Rose du Carmel.

 

Théophile Bernugat, collection Pierre Daniel













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L'équipage de la "Rose du Carmel", collection Pierre Daniel



















p-a-la-theo-bernugat--ROSE-D-C.jpgLa "Rose du Carmel" "à la cale Saint-Christophe. Collection Pierre Daniel
















EDITION PROVISOIRE. J'apporterai quelques compléments et modifications dans les jours prochains. JPC.


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25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 18:37

L’église de Lochrist, trêve de la paroisse de Plougonvelin.

 

Le village d’origine s’étant installé sur une hauteur en retrait de la côte, c’est tout naturellement qu’on y trouva au XIe ou XIIe siècle la première église, dédiée à la « Sainte-Croix ». Bâtiment sommaire puis reconstruit moult fois, l’origine de celui qui nous intéresse ne m’est connu que par une mention dans un registre d’état-civil. (Voir aussi article sur Lochrist)


« L'édifice dont la construction a commencé vers l'an 1500, deux cents ans plus tard, ne possède toujours pas de flèche de clocher, faute d’argent. »

 


Ajout de la flèche :

 

Le monument est achevé grâce à une généreuse donatrice et au concours bénévole de certains paroissiens : l'évènement est rapporté par le recteur de l'époque dans le registre de l'état-civil de 1727 : "La même année que dessus, a été finie la tour de l'église de Lochrist qui était imparfaite, puisqu'elle était élevée seulement jusqu'à la première chambre, et est demeurée dans cet état plus de deux cents ans, et elle a été rendue dans l'état où elle est à présent sans qu'il n'en ait rien coûté à la fabrique de Lochrist,  ni aux habitants du Conquet.

Les tréviens de la campagne, plus zélés, ont fait le charroi gratis et cela par les soins du recteur qui régnait en ce temps et les deniers d'une personne dévote qui mérite qu'on prie pour le repos de son âme.

                                 Resquescat in pace"

 


Dessin de Le Guennec, d'après Lesage, vers 1848


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Sépulture de Dom Michel Le Nobletz :

 

Après sa mort le 5 mai 1652 au Conquet,le corps de  Dom Michel Le Nobletz, exposé un temps dans la chapelle Saint-Chrisophe,  fut inhumé dans l’enfeu de la famille du Halgouët, en l’église de Lochrist.  Le 25 juin 1701, en présence de monseigneur Le Neboux de La Brosse, évêque et comte de Léon, ses restes furent transférés dans un tombeau en marbre situé dans le chœur.  En 1750, Caffieri sculpta la statue en pierre blanche du missionnaire agenouillé en prière, placée sur le tombeau.

Le tombeau de Dom Michel Le Nobletz dans l'église du Conquet a été classé "monument historique" par arrêté du Ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts  du 10 novembre 1906.

Confrérie du Rosaire : Archives de Léon, B1686, document disparu.
Aveu fourni par Paul Siviniant et Tanguy Le Drast, marguilliers de l'église de Lochrist, au nom de la dite église de la Confrérie du Rosaire qui y est érigée et du général de la paroisse de Plougonvelin pour les maisons presbytérales de Lochrist et de Plougonvelin, les halles et étaux situés à Lochrist et diverses terres.

L'organisation de la trêve :

 

Elle a à sa tête le recteur, assisté de plusieurs prêtres, elle est administrée par le « général de paroisse », composé du recteur et de plusieurs laïcs.

 

Pour donner un exemple, en 1763 le « général de la trêve de Lochrist-Le Conquet » se compose de :

Guillaume Carquet,    recteur                  
René François Le Verge, marguillier               

Maître Noël François Le Gléau,  procureur fiscal de St Mathieu

 Laurent Créac'h, Marc Du Bosq, Francois Provost, Joseph Lamour, Guillaume Siviniant, Corentin Lannuzel, Pierre Floc'h, Jacques Podeur, Guillaume Le Scao, François Menguy,   membres, tous anciens marguilliers ou syndics.

(Syndic: il désigne le représentant de la communauté, élu pour un an, chargé de défendre les intérêts de ses concitoyens auprès du seigneur suzerain. Le marguillier est lui aussi élu pour un an, il est chargé de la gestion financière et de la défense des intérêts de l'église.)

 

Les marguilliers sont au Conquet généralement des bourgeois, gens de mer. Si par exemple on regarde la liste des marguilliers de 1755 à 1763:

     1755...  François Provost

     1756...  Michel Helcun

     1757... Yves Masson

     1758... Yves Le Hir

     1759... Hervé Morain

     1760... Joseph Lamour

     1761... Pas de candidat (temps de guerre)

     1762... Pas de candidat (temps de guerre)

     1763... René François Le Verge

Tous sont capitaines de commerce, ayant des parts dans des barques.

 

Les réunions du conseil de paroisse se tiennent le dimanche matin après la grand-messe, dans une salle au-dessus de la sacristie. Le registre des délibérations se trouve dans un coffre fermé par trois serrures : le recteur a une clé, le marguillier une autre et l'un des membres du conseil la troisième.

 

On peut préciser que si en période calme la fonction de marguillier ou de syndic est acceptée comme un honneur pour celui qui est élu, en période troublée (en particulier occupation du Conquet par des troupes en temps de guerre), la charge est fuie par tous comme génératrice d'innombrables soucis. Pendant la guerre de 7 ans, (1756-1763), en janvier 1762, Philibert Le Hir, bourgeois et armateur, élu à son insu, syndic du Conquet s'est retrouvé emprisonné dans le colombier de Sainte-Barbe, par ordre de monsieur de Woarem, brigadier des armées du Roi, commandant au Conquet, pour n'avoir pas fourni les chevaux nécessaires à monsieur de Serrou, officier au corps royal d'artillerie au  Conquet.

 

Les prêtres :

 

Les différents prêtres de la paroisse, tirent une partie de leurs revenus de fondations faites par des particuliers à l’église. Pour exemple :

Nomination d’un prêtre à Lochrist :

Le 24 mars 1730, comparaît maître Jean François Fyot , sous-diacre, demeurant au Conquet, lequel nous a exposé que le jour-même, noble et discret messire Guillaume Carquet, recteur de Lochrist, discret messire Hervé Le Bris, prêtre curé de Lochrist, messire Jean Baptiste du Mescam, prêtre de Lochrist, et les sieurs Yves Cleirec, Allain François Provôt, François Le Bars, Ollivier Prigent, François Ollivier, Corentin Lannuzel et Barthelemy Ely, tous habitants et composant la « maire-voye » et corps politique de la dite trêve de Lochrist, lui ont accordé par délibération du dit jour, pour lui servir de titre clérical, les revenus de 9 livres de rente à prendre annuellement sur la fondation de 60 livres de rente annuelle léguée par fond d’héritage à l’église de Lochrist par demoiselle Marie Anne Mareau le 23 mars 1720. A charge de dire ou de faire dire pendant sa vie durant, chaque année, à l’autel marqué par la dite fondation, 6 messes à chant.

Pour la prise de possession, il est entré dans l’église,  a pris de l’eau bénite, et a adoré le Saint-Sacrement de l’autel.

 

Epoque de la Révolution, interdiction du culte, prêtres réfractaires et assermentés :

 

A l’époque de la Révolution, l’église est fermée au culte, et utilisée un temps comme atelier salpêtrier, étape dans la production de poudre à canon. Je traiterai une autre fois de l’exercice du culte au Conquet sous la Révolution et l’Empire).

 

Le transfert de l’église au Conquet :

 

L’édifice se dégrade. Au milieu du XIXe siècle son état est tel qu’il faut décider, ou bien le détruire et le reconstruire sur place ou bien le transférer au centre de la population agglomérée la plus nombreuse, c’est-à-dire en ville du Conquet.

 

Dilemme qui va pendant de longues années agiter les séances du conseil municipal. La municipalité du Conquet est traditionnellement coupée en deux, et cela était vrai aussi sous l'ancien régime. Il y a ceux de la campagne pour qui Lochrist est le lieu de ralliement, et ceux de la ville pour qui devoir faire les deux kilomètres qui séparent l'église du  centre du Conquet, est un pensum.

 

Si l'église est trop dégradée, excellente occasion pensent le maire Jean Marie Le Guerrannic (fils) et cinq de ses conseillers pour en faire construire une neuve en ville. Les sept conseillers « paysans » y sont farouchement opposés. En novembre 1850, la crise atteint son paroxysme, le maire et ses partisans démissionnent, puis reprennent leurs fonctions, pour défendre avec encore plus d'acharnement leur position.

1851: Les héritiers de mademoiselle Lannuzel de Kerraret offrent un terrain au-dessus du port pour y construire une église, à condition que les travaux  soient engagés avant le 1er mars 1853. Aucun accord municipal n'étant survenu, le legs s'est trouvé annulé, la date limite dépassée.

 

Enfin, le 4 avril 1855, à la faveur ou la défaveur de démissions, le vote du conseil à 6 voix contre 5 impose la construction d'une nouvelle église ... en ville.

Les intéressés voudraient une église pouvant accueillir 1 200 fidèles, pour un coût de construction inférieur à 70 000 francs. Ce qui est impossible de l'avis de l'architecte du département Jugelet.

 

 

Alors se met en place un scénario semble-t-il mûri d'avance : Le Guerrannic, maire du Conquet, marchand de vins et armateur, se propose de vendre pour 5 000 F, à Tissier directeur de l'usine d'iode, le 14 juillet 1855, un terrain en ville du Conquet ce qui est fait le 20 du même mois, par acte établi devant maître Le Roy, notaire au Conquet. Par un autre acte notarié, le même jour, en présence de Michel Patrice Marchand, lieutenant de vaisseau en retraite, et Félix Penfrat syndic des gens de mer,  Tissier offre à la ville du Conquet représentée par l'adjoint-maire François Marie Podeur, le terrain en question pour y construire une église. Le terrain a quarante mètre trente cinq d'ouverture sur la rue Poncelin, et il est mitoyen au nord avec celui de madame Le Coat de Saint-Renan.
Depuis ce jour et à perpétuité, la famille Tissier est titulaire de quatre places réservées dans l'église du Conquet.


 

La construction de l’église : le 25 septembre ,  Jézéquel, menuisier-entrepreneur au Conquet est adjudicataire des travaux. Aussitôt l'église de Lochrist lui est livrée pour démolition et on l'advise qu'il pourra disposer de la chapelle Saint-Christophe pour la démonter le 1er février 1856.

Le 29 janvier 1856, en présence du recteur Le Gloaguen, pose de la première pierre. Le plan du bâtiment a été dressé par l'architecte du département, monsieur Bigot, il est de "style ogival", dans le genre de celui de Landéda récemment achevé.

Les charrois sont faits gratuitement par des paysans ou par des particuliers disposant d'attelages, aidés par des paroissiens bénévoles. Les pierres proviennent de la démolition de l'église de Lochrist, de la chapelle Saint-Christophe et de carrières ouvertes aux Blancs-Sablons et à Laberildut.

Pendant les travaux qui durent 2 ans, la messe est dite dans les chais à vins de Le Guerrrannic, mis à la disposition du clergé et des fidèles.

 

Le coût des travaux s'est élevé à  62 380 Francs,  ainsi financés :

 Souscription populaire       31 932  F

 Fonds de la fabrique           4 000 F

 Secours départemental        3 000 F

 Emprunt                            15 000 F

Complément de l'Etat           8 448 F

 

Cette facture ne tient pas compte du mobilier. Le nouvel édifice, ouvert au culte en 1858,  a reçu deux tableaux : l'un "Assomption de la Vierge" par monsieur Paris Persenet, don du ministère de l'Intérieur, et l'autre "Adoration des bergers" offert par le ministre de l'Instruction Publique et des Cultes.

 

Consécration de l’église du Conquet, translation des restes de Dom Michel Le Nobletz.


Le marché du Conquet se tient "historiquement" tous les mardis. Mais à circonstance exceptionnelle, décision exceptionnelle : en raison de la consécration de l'église le 20 avril 1858, le marché a été décalé au 21.
 

Compte rendu de Jean Marie Le Guerrannic, maire du Conquet...

 

Nous, maire de la commune du Conquet, Finistère....Rapportons que pour consacrer notre église paroissiale, monseigneur Sergent, évêque de Quimper et de Léon était attendu le 19 avril, veille de cette fête brillante et, dès le matin les autorités du Conquet et les "étrangers de destination qui s'y trouvaient" (sic), ont été convoqués pour aller au premier son de cloches recevoir monseigneur l'évêque à son arrivée au Conquet.

Vers trois heures de l'après-midi, Monseigneur fut annoncé. Aussitôt le cortège réuni accompagna le dais, la croix, les bannières et le clergé jusqu'à l'entrée de la ville où le prélat venait de mettre pied à terre. Monsieur Gloaguen, recteur du Conquet, lui adressa une allocution touchante et après une de ces réponses improvisées et pénétrantes de monseigneur, il fut conduit processionnellement à la chapelle où reposaient les restes de Michel Le Nobletz. Monseigneur y pria quelques temps au pied du cercueil et, après avoir donné sa bénédiction, annonça la consécration pour le lendemain.

Puis la procession, musique en tête comme au moment de son arrivée, l'accompagna au presbytère où il reçut aussitôt toutes les autorités locales.

Le mardi 20 avril, la cérémonie protégée par un temps magnifique, commençait à 7 heures 1/2.

Un clergé composé de plus de cinquante prêtres entourait Monseigneur. Le curé archiprêtre de Châteaulin, malgré la distance, s'était joint aux curés de Brest, Saint-Renan, Ploudalmézeau, Ouessant, Plouguerneau etc..

Monseigneur (?), protonotaire apostolique, monsieur Evrard, chanoine secrétaire de l'évêché et monsieur l'abbé Téphany, pro-secrétaire assistaient le pontife consécrateur.

Monsieur le sous-préfet de Brest, le directeur des Douanes, le consul et le vice-consul anglais, monsieur Mével, membre du conseil général, monsieur Miorcec de Kerdanet, secrétaire de la commission nommée pour l'exhumation et la reconnaissance des restes de Michel Le Nobletz, monsieur Bigot, architecte du département, et monsieur L'Ermite de Saint Gonvel, accompagnaient le maire et les autorités du Conquet.

Tout le peuple s'était réuni devant l'église. La Douane et la Gendarmerie étaient sous les armes ayant à leur tête le capitaine et le lieutenant de Bertheaume. Les cérémonies préliminaires une fois terminées, tout le monde entra dans l'église. La musique se fit entendre et pendant un intervalle de suspension du chant religieux, un morceau d'ensemble fut exécuté à la tribune. Monseigneur fit alors la consécration du grand autel (la pierre d’autel est un don de François Tissier, elle porte une dédicace en bas à droite en regardant la nef)  et des douze croix, de murs et des piliers, puis la messe commença. Le pontife officiait et pendant la messe basse, les chants les plus harmonieux se firent entendre. Après le Domine Salvum, monsieur le curé de Brest est monté en chaire, puis la messe terminée, un Te Deum a complété l'auguste cérémonie. A une heure de l'après-midi, monsieur le recteur Gloaguen a réuni à un banquet dans le vaste local de l'église provisoire abandonnée, les 110 personnes qu'il avait invitées à l'honneur de dîner avec Monseigneur l'évêque. Pendant ce temps, le bateau à vapeur et les voitures publiques et particulières avaient répandu dans la ville une foule immense d'étrangers.

A trois heures, le nombreux clergé, le cortège des autorités et la population entière suivirent processionnellement Monseigneur jusqu'au lieu d'où devait partir le corps de Michel Le Nobletz, pour être transféré à l'église.

Des prêtres portaient le cercueil et se renouvelaient de distance en distance, les coins du poêle étaient tenus par messieurs les curés de St Renan, de Ploudalmezeau, d'Ouessant et par monsieur Yven, ancien curé de Plogoff. Le cercueil arrivé à l'église fut déposé entre la chaire et le monument. Quelques instants après, le curé de la paroisse natale du grand missionnaire, monsieur Rivoalen, monta en chaire. L'évêque monta après lui et son allocution terminée, il a fait l'absoute. On a enlevé les cachets qui scellaient la bière, la chape a été découverte, et on a pu voir les traits de Michel Le Nobletz qui étaient exactement reproduits par l'enveloppe de plomb qui contenait ses ossements. Puis le corps a été déposé dans le monument et la cérémonie religieuse s'est ainsi terminée. La musique avant de se séparer est allée donner une sérénade à monsieur le sous-préfet, à monsieur l'évêque et au maire.

Le lendemain, il restait deux autels à consacrer et une dernière solennité devait servir de complément à la fête religieuse. Cette consécration a eu lieu avec les mêmes cérémonies, Monseigneur (?) prélat apostolique et monsieur Mercier, curé de Saint-Louis de Brest ont eu les prémices des deux autels, en y célébrant aussitôt et en même temps le sacrifice de la messe. Puis Monseigneur l'évêque s'est disposé à donner la Confirmation aux personnes qui s'éaient préparées à recevoir ce sacrement et qui ont eu la communion de sa main, à la fin de la messe épiscopale.

Durant ces trois jours les édifices et les maisons particulières étaient pavoisés. Le mardi, jour de la consécration, le navire de l'Etat Le Capelan fut envoyé par ordre de l'amiral préfet maritime, en rade du Conquet. Par une salve il salua l'ouverture de la fête et en même temps on le vit se couvrir de pavillons des formes et des couleurs les plus variées.

Enfin, le soir du même jour, il y eut dans la ville de brillantes illuminations. Ainsi s'est terminée cette fête brillante qui laissera dans les coeurs des impressions ineffaçables.

       Au Conquet le 25 avril 1858

                                                         Le maire : Jean Marie Le Guerrannic.


Un don à l'église :
Par legs testamentaire du 9 mars 1869, Rose Félicité Lombard donne 2 000 francs à l'église du Conquet, à charge qu'il y soient célébrées douze messes par an à perpétuité.

 
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L'église du Conquet, par Maurice Utrillo.

Musée de Sannois.










Un inventaire difficile 1903-1906

L’église au début de ce siècle allait vivre des années lourdes de menaces. Sans doute ces années-là, la paroisse étant dans l’aisance avait-il été question de la doter d’un "Suisse" qui relèverait encore le faste des offices. Sans doute, pour la première fois avait eu lieu le 15 mars 1903, la bénédiction de la mer, cérémonie émouvante, mais la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, allait brusquement rompre les rapports de bon voisinage entre autorités civiles et religieuses. En arriverait-on à fermer les églises ?

En 1905, le maire avait voulu dresser l’inventaire de l’église du Conquet, on l’en empêcha. Il fut ensuite prévu pour le 14 mars 1906 à 9 heures, mais dès l’aube, femmes et enfants avaient pris place dans l’église qui fut refermée ensuite, les hommes entourant le recteur resté à l’extérieur pour attendre l’agent des Domaines qui fut contraint de s’en retourner sans avoir pu pénétrer à l’intérieur. Le lendemain mais par surprise, il fut plus heureux et mena tant bien que mal son inventaire. Malgré cette situation tendue, la messe de minuit de l’année 1906, la seule de la région sera célébrée avec une ferveur inaccoutumée. (Notes Le Boité, secrétaire de mairie).

*Suisse : employé d'église en grand uniforme, chargé d'organiser les cortèges et de veiller au bon déroulement des cérémonies.
 

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A propos des cloches :

 

La plus grosse est aussi la plus âgée, elle a été faite à Brest en septembre 1831 pour l’église de Lochrist, la moyenne et cadette a vu le jour en 1868, la benjamine est jeunette encore puisqu’elle a été baptisée le 15 juillet 1888, c’est sans doute cette cloche qui remplaça celle qui vit le jour au lendemain de la Révolution dans les circonstances suivantes. Le premier messidor an 12, le maire du Conquet écrivait à Caffarelli, préfet maritime à Brest sous le Consulat et l’Empire, pour l’informer que l’une des cloches fondue en 1699 « Jeanne Françoise », était actuellement fêlée et ne pouvait plus appeler les habitants aux armes en cas de débarquement de l’ennemi.

Une cloche neuve est donc fondue et le 17 thermidor an 12 : «  nous, maire de la commune du Conquet, rapportons avoir fait fondre à Brest une cloche pesant 1 285 livres pour servir à la desserte du culte catholique de l’église succursale de cette commune, et a été ce jour bénite par monsieur Poullaouec, curé de Saint Renan et a été de suite mise en place en la tour de l’église dite de Lochrist. Que cette cloche a été d’après une pétition par nous adressée à monsieur Joseph Caffarelli, préfet maritime à Brest, grand officier de la Légion d’Honneur, fondue par le citoyen Beurriée aux dépends de l’Etat, payée en matières délivrées au dit Beurriée par la bienveillance du dit Caffarelli et ce attendu qu’en cas de tentative de descente de l’ennemi ou d’incendie, la dite cloche doit servir pour assembler le peuple qui portera des forces de secours, qu’elle est enfin, une propriété communale.

 

Dans le clocher (1991) :

Cloche côté port :

Faite à Brest en septembre 1831,

Parrain Jean Marie Le Guerrannic, maire

Marraine madame Angelique Marie Jeanne Renée Provost, veuve Pitot (maire).

Monsieur François Tuviser, Recteur

Monsieur  Robert Marie Mazé, trésorier

Faite par Alphonse Viel à Brest

Cloche côté opposé :

En l’honneur de Saint Joseph j’ai été faite pour la paroisse du Conquet en 1868, mon parrain a été monsieur Dominique Masson, ma marraine madame Anne Massé

Monsieur Charles Gras, recteur

Monsieur Alexis Tanniou, trésorier

Faite à Brest par Briens aîné, fondeur.

Il existe au-dessus ce ces deux là, une troisième cloche plus petite.

 

1933 : installation des vitraux, (voir article Micheau-Vernez)  relatant la vie de Dom Michel (Recteur l’abbé Le Chat)

 

Le temps de la guerre 1939-45 :

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Flèche détériorée, toit crevé.





































Le 8 mai 1941, un obus éclate dans la cour de la maison Raguénès, le vitrail de Dom Michel est criblé d’éclats.

1er septembre 1944, un obus frappe le transept, un autre la nef, le troisième endommage le vitrail du chœur.

Dans les jours suivants, le toit de l’église est crevé, le clocher très abîmé. Dans la joie de la Libération, il restait à panser de terribles blessures. Quelques jours plus tard, la flèche qui menaçait ruine est abattue à la hâte. Trop rapidement, puisqu’une pierre tomba, passa à travers le toit et alla briser les fonds baptismaux en marbre rose des Pyrénées.


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Eglise du Conquet, photo prise sans doute, vu la neige exceptionnelle, le 1er mai 1949.















Février 1955 : le vitrail du chœur, représentant la passion du Christ,  est remis en place après avoir été restauré.

La flèche du clocher est reconstruite d’avril à septembre 1955. On a profité des travaux pour électrifier les cloches.

 

Les transformations :

 

Déplacement du tombeau de Dom Michel Le Nobletz (mars-avril 1970)egl-sarcophage-de-dmichel.jpg

 

Rapport de monsieur Le Goaster, recteur :

 

Dans le projet initial, ce déplacement devait s'opérer en même temps qu'on installait l'autel face au peuple (autel des Trépassés), c'est-à-dire en mars 1969. En réalité, la mission paroissiale obligea les ouvriers à scinder  les travaux en deux. Ce n'est que le mardi 31 mars à 18h30 que monsieur Jean Louis Kerguiduff, artisan marbrier à Taulé, me téléphona que ses ouvriers devaient arriver le lendemain. Je n'eus que le temps d'avertir monsieur le maire du Conquet qui ne jugea pas bon d'entrer en relation avec les Beaux-Arts comme prévu, (le tombeau et la statue étant monuments historiques), et avec l'évêché en la personne de monsieur Théodore Gélébart, notaire de l'Officialité Diocésaine. Par ailleurs je pus communiquer avec Monsieur Pierre Kervennic, vicaire général. Toute confiance me fut accordée, moyennant rédaction d'un rapport à faire signer par les témoins.

Donc le mercredi 1er avril 1970, à 13h30, les ouvriers de l'entreprise Kerguiduff de Taulé, à savoir messieurs Jean Kerguiduff, Gilbert Kerguiduff et Jean Quéré, tous trois de Taulé, commencèrent leurs travaux.

L'enlèvement de la statue à l'aide d'un palan fut une opération délicate, mais menée à la perfection. A 16h la dalle supérieure (plus d'une tonne) fut descellée et déposée sur le sol. On découvrit alors  une excavation parfaitement régulière, au fond de laquelle reposait, la tête appuyée sur une traverse de bois, la châsse de plomb contenant les restes de Dom Michel.

 

La châsse sortie, les personnes présentes constatèrent qu'elle répondait exactement à la description faite dans le "Journal de la Paroisse", lors de la reconnaissance canonique des restes en 1902 (pages 10 et 11 : le recteur d'alors, monsieur Henri Le Bihan y écrit..."Je fis alors (après le travail des soudeurs), adapter à la châsse un long cordon rouge qui l'enveloppa de manière qu'aucune ouverture ou section ne puisse se produire, sans que la violation de la sépulture soit évidente, si elle s'opérait jamais, et, à chaque extrémité de ce cordon, j'ai fixé une capsule en étain au fond de laquelle j'ai imprimé sur de la cire rouge le sceau de monseigneur l'évêque de Quimper. De plus sur le plomb même de la châsse, j'ai marqué deux soudures du même cachet, l'un du côté droit sur l'épaule, l'autre du côté gauche, au-dessus du genou de ce cercueil à forme humaine..."

Le 1er avril, nous trouvâmes les cachets, et les capsules d'étain intacts, mais le cordon rouge était pourri.

 

Description de la châsse :

Je rappelle d'abord les vicissitudes de la dépouille mortelle de Dom Michel..... Mort en odeur de sainteté le 5 mai 1652, à l'âge de 75 ans, dans une petite maison devenue la sacristie de l'actuelle chapelle, Dom Michel fut inhumé à Lochrist. C'est en 1701, que monseigneur Pierre Le Neboux de la Brosse, évêque et comte de Léon, fit tirer les reste du cimetière pour les faire déposer en sa présence dans ce cercueil de plomb, qu'il fit ensuite poser sous un tombeau de marbre en l'église de Lochrist. En 1856, l'église fut démontée et pierre après pierre, reconstruite au Conquet. En 1858, le tombeau contenant la châsse de plomb encore intouchée depuis 1701, fut transféré en l'église du Conquet et fixé dans le prolongement du dernier pilier droit de la nef. En 1902, on procéda à l'enlèvement de la statue et de la dalle supérieure, et à la reconnaissance canonique des restes, dans le cadre du procès de béatification. Assèchement de l'intérieur de la châsse, remise dans le sarcophage des restes enveloppés de soie, remplissage du volume restant par du charbon de bois, soudure hermétique: toutes les phases de l'opération sont minutieusement décrites dans le "Journal Paroissial" et certainement dans les pièces jointes en 1902 au dossier de béatification. C'est cette châsse qui fut extraite du tombeau le 1er avril 1970.

Dimensions de l'intérieur du monument: longueur 1,43m, largeur 0,50m, hauteur 0;80m (du sol à la face inférieure de la plaque supérieure). La châsse est de plomb, de forme humaine, sans bras ni jambes, simulant un corps mort "enseveli à la manière des Juifs". La tête était tournée vers l'autel, le visage plus grand qu'un visage naturel ressemble à celui de la statue du monument. La longueur totale est de 1,45m, la largeur de 0,30m au ventre, et de 0,25m à l'extrémité inférieure. Le reste de la châsse entre ces deux extrémités étant un peu aplati et affaissé comme dans un corps mort.

Il est évident pour tous les témoins que la châsse depuis 1902, est restée inviolée. Etaient présents: monsieur l'abbé Charles Le Goaster, recteur,  monsieur Charles Minguy  maire, monsieur Laurent Auffret sacristain, monsieur Jean Kerguiduff marbrier, monsieur Gilbert Kerguiduff marbrier, monsieur Jean Quéré marbrier, tous trois de Taulé, monsieur Louis Jestin officier de police en retraite, correspondant  local du journal "Le Télégramme" et monsieur Prévost secrétaire de mairie, correspondant local du journal "Ouest-France".

Le premier avril 1970, à 20h, j'ai eu l'idée de demander aux deux quotidiens régionaux de faire paraître une annonce dans les éditions du 2, prévenant les Conquétois que le cercueil de Dom Michel serait exposé toute cette journée. Il est venu une foule considérable, du Conquet et d'ailleurs... flashes toute la journée.                                                                  

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Inhumation définitive ?

Le 3 avril, un vendredi à 9 heures, le cercueil réintégra son mausolée, à quelques mètres de l'emplacement précédent, dans l'ancienne chapelle dite "des Trépassés", en présence de monsieur L'abbé Charles Le Goaster, recteur, monsieur L'abbé Pierre Loaëc, curé doyen de Saint Renan, monsieur l'abbé Albert Villacroux, chanoine honoraire, recteur de Plougonvelin, monsieur Charles Minguy, maire du Conquet, monsieur Pierre Laurent, ingénieur général de l'E.D.F, monsieur Louis Jestin du "Télégramme", les trois marbriers et le sacristain.

Le mausolée est désormais scellé dans la direction nord-sud. Le cercueil fut transporté par messieurs Le Goaster, Loaëc et Villacroux prêtres, et par monsieur Minguy, maire. Il fut descendu à l'aide de deux cordelettes au fond de l'excavation, gisant sur deux traverses de bois, la tête au nord.

Le cordon rouge qui entourait le cercueil et unissait les capsules d'étain étant détruit, les sceaux de monseigneur Dubillard étant décollés, je ne jugeai pas utile de replacer ces objets dans le tombeau. Ils se trouvent dans le coffre-fort du presbytère.


(Détail de la tête du sarcophage, photo JPC)

 

Rapport rédigé par monsieur Le Goaster, recteur ;  en foi de quoi tous les témoins ont signé:

      À  Le Conquet, le 30 avril 1970.

 

A la fin des opérations, Charles Minguy ne put s’empêcher en matière de provocation, de claironner en face de mademoiselle Causeur, farouche admiratrice de Dom Michel, « E finita la comedia ! » (Vieille histoire Copy-Causeur).       

 

A propos des statues de la façade

La façade ouest de l'église est ornée de quelques statues intéressantes. Dans l'angle de gauche, un petit saint Yves, dont la tête semble avoir été refaite. Saint Yves était avocat, défenseur des pauvres et des causes difficiles.  Dans l'angle droit, une statue de sainte Barbe,portant sa tour,  sans doute du XVIe siècle, et provenant de la chapelle Sainte-Barbe, proche de la pointe du même nom. Au centre un Christ de pitié, ou Christ aux liens, attendant la mise en croix. De part et d'autre de la porte, une statue féminine non identifée. Ce personnage tient dans sa main une sorte d'écharpe. Un enfant agenouillé, peut-être un ange, à demi couvert par les plis de la robe, tient l'extrémité du large ruban. A droite de la porte, une très belle statue de saint Jean, l'Evangéliste, tenant un livre. A ses pieds, son attribut habituel, un aigle, et devant lui un encrier. Depuis deux ans environ, Jean est "sans tête". A la suite de travaux d'entretien, la tête qui menaçait de se détacher, a été déposée et se trouve dans un local de la mairie. Je pense que la dépense ne serait pas bien grande, pour rendre à saint Jean cet élément essentiel de sa personnalité. D'autant plus que dans l'histoire sainte, c'est saint Jean Baptiste qui a eu la tête tranchée et non pas l'Evangeliste.



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                                  Saint Yves 

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                              Statue  féminine non identifée























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       Saint Jean (avec sa jolie tête bouclée)

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La statue de saint Jean aujourd'hui sans tête.( Restaurée courant 2010)


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                                       Sainte Barbe avec sa tour


                                                                  


                                                                                                             



FIN PROVISOIRE DE REDACTION / JPC

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