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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 10:08

Controverse à propos de l’Enez-Eussa (premier du nom)

 

Dans un article de ce blog en mars 2009,  concernant le vapeur mis sur la ligne Brest-Ouessant en 1924, j’ai repris l’opinion jusque là admise que le bateau était :

 

« Un yacht royal saisi comme prise de guerre

Ferdinand 1er de Saxe-Cobourg, né à Vienne en 1861, fut prince régnant de Bulgarie de 1887 à 1908, puis tsar de Bulgarie de 1908 à 1918. Lors de la première guerre mondiale, la Bulgarie choisit le camp allemand, elle capitulera quelques semaines avant l’armistice du 11 novembre 1918.

Comme tous les pays vaincus par les Alliés, la Bulgarie est soumise au paiement de dommages de guerre, et à la confiscation de navires. Le yacht personnel de Ferdinand 1er  devenu ravitailleur de sous-marins allemands,  fait partie des bateaux saisis, 

Ce vapeur, le Yoskil (peut-être un prénom d’Europe Centrale), a été construit en Ecosse en 1905, aux chantiers Loebnitz  C°, de Renfrew près de Glasgow. C’est une unité de 39 mètres de long, pour 6,30 mètres de large et 3 mètres de tirant d’eau, propulsée par une machine à vapeur de 250 hp  .etc… » 

Monsieur Jean Michel Thévenin que je remercie de son intervention, m’apporte ce 15 janvier 2015, un éclairage différent sur les origines du bateau « construit à Renfrew en Ecosse, mais sous le nom de Beryl  pour le compte de la Compagnie Mexicaine de Vapeurs, enregistré à Vera Cruz et destiné au transport de passagers. En 1915 il est rebaptisé Yoskyl par son nouveau propriétaire la Compagnie Anglo-Mexicaine des Pétroles et basé à Nassau aux Bahamas.

En 1917 il est racheté par le gouvernement français qui a besoin de petites unités pour la surveillance des côtes. Le navire est alors affecté à Brest dans la 5e Escadrille de patrouille du port sous le nom de Coccinelle…. »

 

Dans le but de corriger mon écrit j’ai donc fait de rapides recherches :

 

Si on consulte le site web : http://www.clydeships.co.uk/view.php?ref=11277 et différents sites liés à la famille Pearson :

Le début de carrière du navire est bien confirmé : lancé le 25 janvier 1906 par Löbnitz and Co Renfrew, comme Beryl sous pavillon mexicain pour Compania Mexicana de Vapor del Aquila Mexico-City, port d’attache Veracruz,  qui deviendra la Mexican Eagle Petroleum and Co, une des sociétés de la compagnie Samuel Pearson and son, Ltd, London.

 

La S. Pearson est alors une multinationale qui construit des chantiers navals, des ports, des voies de chemin de fer n’importe où dans le monde et qui exploite des champs pétrolifères.au Mexique  A l’époque qui nous occupe, le manager en est Weetman Dickinson Pearson, son fils Weetman Harold Pearson s’est marié en 1905 avec Agnès Beryl Spencer-Churchill, (petite fille du 6ème duc de Marlborough) d’où le premier nom du vapeur. Le couple en 1906 a eu une fille Daisy Yoskyl Consuelo Pearson, second nom du bateau en 1908 ou 1915 ( ?)

Au début de la Première Guerre Mondiale, Weetman Dickinson Pearson est en Angleterre, en janvier 1917 Lloyd George lui confie la présidence du « Air board ».

A cette date le Yoskyl doit être revenu en Angleterre, c’est sans doute alors que la marine française en fait l’acquisition pour la 5e Flottille de Patrouilleurs sous le nom de Coccinelle 1  (ex anglais)….

 

Le site « clydeships » cité plus haut  propose des photos du navire, dont deux sont extraites de mon blog 

Pour la suite voir le Blog « Recherches historiques Le Conquet du 02.03.2009 »

 

Complément :

On peut trouver à l’adresse Web :  http://channelislandsshipping.je/page72.html une évocation et des photos de l’Enez-Eussa au temps où il s’appelait Celuta

 

Reste à savoir pourquoi et comment un lien a pu être fait entre l’Enez-Eussa et l’archiduc Ferdinand de Bulgarie. Une des premières mentions que j’en ai se trouve dans les Cahiers de l’Iroise d’avril-juin 1961, « Ouessant au bout du monde », article de Michel Geistdoerfer.

Et dans « Ouessant l’île sentinelle »  1997, l’auteure, Françoise Péron précise que l’archiduc devenu tsar, utilisait son yacht sur le lac Léman.

Entre temps de nombreux articles ont repris cette « prétendue ( ?) » origine.

 

 Le-Conquet-001.jpg

Photo communiquée par monsieur Priol. L'Enez entre 1950 et 60.

 

Monsieur Thévenin que je remercie une nouvelle fois a le mérite de nous faire rectifier une légende, qui sûrement est venue de quelque part. Je compte sur les lecteurs de ce blog pour poursuivre l’enquête.

 

                                                                                   JPC : 3 février 2015

 

PS. Je demande aux lecteurs qui laissent des commentaires dans les espaces prévus sur ce blog de m'y communiquer leur ads mail, sinon je suis dans l'incapacité de leur répondre. Merci. JPC

28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 12:02

Il y a quelques semaines, monsieur Guillaume Appriou né au Croaé en 1930, évoquant ses souvenirs conquétois, m’a parlé d’une « Notre-Dame de Boulogne » et de son passage au Conquet dans l’immédiat après-guerre.  Il se souvenait d’une impressionnante procession et des hommes, en particulier des pêcheurs, dont son père François Appriou, patron  du Reder-Mor, suivant pieds-nus la statue de la Vierge.

 

J’ai voulu en savoir plus. Internet propose un grand nombre de sites traitant « du grand retour de la statue de Notre-Dame à Boulogne-sur-Mer »

 

En résumé l’histoire est celle-ci.

Au VIIe siècle, une barque conduite par une statue en bois à l’image de la Vierge aurait fait côte près de Boulogne. Pour abriter cette statue les riverains ont construit une église à l’endroit de l’accostage sous le vocable Notre-Dame de Boulogne.

En 1938, les catholiques ont tenus un congrès marial à Boulogne pour célébrer le tricentenaire de la consécration de la France à la Vierge Marie par Louis XIII.

Un artiste boulonnais a pour l’occasion sculpté une statue de la Vierge debout à la proue d’un bateau fixé sur un plateau à roues.

notre_dame_boulogne-1-.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo extraite du site www.chamonix.fr    

     

Pendant  la guerre cette œuvre a quitté Boulogne pour le sud de la France et aurait traversé la ligne de démarcation cachée dans un camion de légumes, pour arriver finalement à Lourdes.

Puis les autorités ecclésiastiques, ont décidé de son retour vers Boulogne, ainsi que de celui de trois copies, par des voies différentes. Le départ a eu lieu le 28 mars 1943. La progression du chariot et de sa statue d’environ 600 kg, traînés à bras d’hommes fut très lente car dans chaque paroisse le convoi était ralenti ou arrêté par des manifestations populaires de dévotion. Notre-Dame dite aussi du « Grand retour » était très sollicitée pour la libération des prisonniers de guerre.

 

La statue empruntant la voie de l’ouest circulait dans les paroisses autour de Nantes en juin/juillet 1944, le 6 avril 1945 elle était à Rennes. Pour finir le périple jusqu’à Boulogne-sur-Mer seulement en août 1948.

 

Donc le passage au Conquet pourrait se situer fin 1944, tout début 1945. Merci à ceux qui s’en souviennent ou qui en ont entendu parler de m’en faire part pour compléter cet article.

 

On peut trouver une étude de cet évènement religieux sous la plume de Louis Perouas dans les Annales de Bretagne et des Pays de L’Ouest, www.persee.fr. et dans des sites plus locaux à l’occasion du passage de la statue dans certaines villes et villages. La photo présentée est extraite d’un sujet sur la traversée de Chamonix par une des copies. www.chamonix.fr

 

                                           JPC/ Novembre 2014

  

A la suite de cet article j'ai reçu d'un lecteur qui signe "J", et que je remercie, la précision suivante:

Le passage de "Notre-Dame de Boulogne" à Plougonvelin fait l'objet d'une relation dans un ouvrage "Plougonvelin au XXe siècle" paru en 2002, aux pages 99-100-101.

 

La statue a traversé la paroisse le 27 novembre 1944 dans la matinée et vers 14h30 les paroissiens du Conquet ont pris le relais à la hauteur du Goazel.

 

Je conseille donc aux personnes intéressées la lecture de cet ouvrage, ce que je ferai moi-même à la première occasion. En attendant je suis preneur de toute information sur le séjour conquétois de cette statue. JPC

11 juin 2014 3 11 /06 /juin /2014 21:51

 

FROSTIN ADOLPHE FREDERIC LOUIS

 

 

  mam-ct.jpg

                         Le premier au Monument aux morts du Conquet 

 

Né à Audierne le 18 novembre 1878.

Le jeune homme fait ses études au lycée de Lorient, ville où résident ses parents, et se destinant à une carrière militaire intègre « Saint-Cyr » en 1897.

(Travail de recherche en cours sur les anciens élèves du lycée de Lorient, communiqué par madame Evelyne Cattin).

Lieutenant au 62e régiment d’Infanterie, il devient conquétois par alliance en épousant la fille du maire Levasseur.

Le mariage est célébré au Conquet en grandes pompes le 15 octobre 1902 et rapporté ainsi sur le registre d’état-civil :           

 

Frostin Adolphe Frédéric Louis, 23 ans, lieutenant d’infanterie, est autorisé à contracter mariage par décision du général commandant le XIe corps d’armée, en date du 30 juin 1902. Demeurant à Lorient, fils de Frédéric Marie Frostin, commissaire principal de la Marine en retraite, chevalier de la Légion d’honneur et de Julia Augustine Mayaud son épouse, tous deux domiciliés à Lorient.

Avec :

Levasseur Céline Eugénie Jeanne Alexandrine, célibataire, sans profession, 21 ans, née au Chevain dans la Sarthe, fille de Hippolyte Honoré Levasseur, manufacturier, officier d’académie, et de Marie Alexandrine Rousselin de Corbeau de Saint-Albin.

Mariage en présence de nombreuses personnalités  et de Charles Bizard, colonel au 62e RI, de la comtesse de Kergariou demeurant en son château de Trébabu, de Charles Victor  Berger, maire de Brest, d’Isidore Marfille président du Tribunal et de la Chambre de Commerce (promoteur de la ligne du tramway électrique en cours de réalisation entre Brest et Le Conquet). Mariage célébré par François Le Roy, adjoint-maire.(Le maire Levasseur ne pouvant officier pour le mariage de sa propre fille)

 

Le couple Frostin-Levasseur est domicilié d’abord au Conquet puis à Brest, paroisse Saint-Louis, Adolphe Frostin était alors lieutenant au 19e régiment d’Infanterie, caserne d’Estrées (château de Brest). Des enfants naissent : une fille en 1907, un garçon en 1908, une fille en 1912.

 

 

adolphe-frostin.jpg

  Photo d'Adolphe Frostin, publiée avec l'aimable autorisation de monsieur

Hubert Cottin. (Site Généanet)

 

Une carte postale du 24 août 1913 expédiée par Louis Mathieu Petton de Plougonvelin à sa famille, présente au recto la compagnie du capitaine Frostin (118e régiment d’Infanterie) et au verso, le jeune conscrit a écrit au retour d’une manœuvre d’exercice avec le 116e R.I de Vannes dans la région d’Auray : « 396 jours à faire et la fuite au galop … le capitaine (Frostin) n’est pas méchant mais il nous a passé  salement en revue pendant que nous étions là-bas. J’ai entendu dire que la femme du capitaine est du Conquet, peut-être vous la connaissait, c’est la fille de monsieur Le Vasseur… »  Document association « Phase », pour l’exposition sur la guerre 14-18 présentée à Plougonvelin en 2008.

  Carte-postale-de-Quimper.jpg

  (Louis Petton ne reverra pas Plougonvelin, il sera tué à La Boisselle dans la Somme la veille de Noël 1914).

 

A la veille de la guerre, Adolphe Frostin est donc bien capitaine au 118e régiment d’Infanterie en caserne à Quimper.

N° matricule au corps 650, classe 1898 Versailles

N° matricule 365 au recrutement de Quimper

La devise du régiment est : « Peg ebarz » « Croche dedans »

    

Mobilisation et départ pour le front :

 

Historique du 118e RI, et les détails de la bataille de Maissin  voir la version  numérisée par Julien Prigent.

 Résumé...

« Le 118e RI  est cantonné à Quimper pour les 1er et 2e bataillons, à Landerneau pour le 3e. Aux ordres du colonel François il embarque dans des trains le 8 août et débarque les 9 et 10 août dans les Ardennes à Autry et Challerenge. Il se compose de 55 officiers, 3 320 hommes plus 12 éclaireurs montés du 2e Chasseurs de Pontivy et possède 186 chevaux.

22e DI du XIe corps d’armée, 44e brigade avec le 19e RI

 

Le 2e bataillon est commandé par le chef de bataillon Bouvier, la 7e compagnie est commandée par le capitaine Frostin.

Cantonnements : le 10 à la Croix-aux-Bois,  les 11-12-13 à Saint-Pierremont, le 14 à Berlière, à Buiton le 15 et arrive à Francheval le 16. Du 16 au 20 il occupe la croupe 289 en liaison avec le 116e RI vers 280, chemin de Francheval à Pourru-aux-Bois. Le 21 août il progresse par Dohan, Les Hayons, jusqu’à Auby en Belgique où il cantonne (au-delà de la Semoy, nord-est de Bouillon)

Le 22 août le bataillon quitte Auby à 4h45 et entre à 8h30 dans la colonne formée par la division (22e DI) à Bellevaux. Le 19e RI est en avant-garde, le 118e est en tête du gros de la colonne. Par une forte chaleur les soldats atteignent Paliseul à midi.  Deux kilomètres plus loin le bruit de la fusillade est pour la première fois entendu. A 12h17 le 2e bataillon du 118e est dirigé vers la ferme de la « Réunion des Laboureurs », en soutien du 19e RI qui est arrêté par des feux violents à la sortie sud du village de Maissin. Le combat s’engage, c’est le baptême du feu. Les officiers chargent sabre au clair, les soldats à la baïonnette. Ils  se heurtent à des positions ennemies défendues par des fils de fer et des mitrailleuses. Le 19e  subit de grosses pertes et ne peut dépasser la ferme de Bellevue. Cependant avec l’aide de l’artillerie et la venue de renforts, les Français sont maîtres de Maissin à 16h, mais l’ennemi se reprend, à 17h30 l’ordre est donné de battre en retraite vers Paliseul ».

 

Le 2e bataillon compte ses morts, ses blessés, ses disparus présumés morts ou prisonniers, le bilan est très lourd.

 

Adolphe Frostin pour qui c’était aussi le premier jour au feu, est mort à la tête de sa compagnie ce 22 août 1914. Un document où Maissin est remplacé par Ethe, le signale « disparu ». A l’état-civil du Conquet c’est Maissin qui est porté (la régularisation de 1920, rend officielle sa disparition) et dans l’historique du régiment c’est bien « tué » qui figure. ..       Alors??

 

Jugement de décès rendu le 6 mai 1920 à Brest

Transcrit au Conquet, dernier domicile connu, le 7 mai 1920.

ETAT-CIVIL LE CONQUET : Régularisation.

 

P1060341.JPG

 

P1060346.JPG

 La première partie du document porte la signature de Joseph Taniou adjoint-maire

 La seconde partie porte celle d'Hortensius Tissier, maire, et de fait beau-frère du défunt par sa demi-soeur Céline Levasseur.

 

Dans le cimetière franco-allemand de Maissin regroupant les tombes individuelles ou communes de plusieurs milliers de combattants de la 1ère guerre mondiale, tombés là les 21-22 août 1914, juste après le « calvaire du Tréhou », une croix porte le nom Frostin, capitaine, 62e RI.

 

A-2014-DEBUT-1335.JPG

Cimetière de Maissin, les stèles au second plan sont celles de soldats allemands. (Photo JPC 2008)

 

Il n’y a pas eu d’autre capitaine Frostin tué à l’ennemi en ce lieu ce même jour qu’Adolphe Frostin qui fut un temps lieutenant au 62e RI. Réputé disparu sur le champ de bataille, on peut imaginer que son corps a été retrouvé plus tard, et identifié à tort comme du 62e RI régiment qui combattait aussi à Maissin ce jour-là.

 

Sont morts le même jour à Maissin les Conquétois : Jean Marie Podeur, aide-cultivateur à Lochrist, du 118e  RI et Jean Marie Auffret cultivateur à Kernaffrant, du 19e RI, j'en reparlerai.

  

ANNEXES  :  

 

La mort d'Adolphe Frostin a suivi seulement de quelques jours celle de sa belle-mère..

 Alexandrine Marine Rousselin de Corbeau de Saint-Albin, née à Paris le 27 mai 1840 de Marie Philibert Hortensius Rousselin de Corbeau de Saint-Albin et de Céline Louise Alexandrine Le Bouvier-Duhameau , veuve en première noce de Fréderic Tissier et épouse en seconde noce de Honoré Levasseur, décédée le 19 août 1914 en son domicile rue Poncelin au Conquet. Certificat de décès par François Le Roy, adjoint-maire.

  rue-PONCELIN.JPG

(Rue Poncelin) La maison à volets bleus construite en 1866 par l'architecte A. Marie, pour  Frédéric Tissier)

 

La Dépêche du samedi 22 août 1914 : vendredi ont eu lieu les funérailles de madame Levasseur, née Marie de Saint-Albin, femme du maire du Conquet, président honoraire de la chambre de commerce de Brest. Tous les hommes non mobilisés et les femmes de toutes classes se pressaient dans le cortège. En temps de paix, l’église eut été trop petite. On peut dire en toute vérité que tout Le Conquet et particulièrement les nécessiteux de la région ont perdu une admirable bienfaitrice qui, au moment de Noël, des hivers rigoureux, et des maladies, distribuait d’une main large, des vêtements et des secours d’argent. Les officiers de la région se sont unis au deuil général et ont présenté leur sympathie douloureuse à monsieur Levasseur et à la famille Tissier. Le corps traversant Brest s’acheminera sur le château du Chevain (Sarthe) où se fera l’inhumation dans un caveau de famille.

 

En fait elle n'a été inhumée au Chevain que le 15 mai 1915, soit peu de temps avant le décès de son époux, Hippolyte Levasseur, de plus en plus absent du Conquet et mort  en cours de mandat en 1915, à 78 ans, dans son château du Chevain dans la Sarthe.

 

 

A propos du château du Chevain (Sarthe), il a été habité par Alexandre Charles, Omer,  Rousselin de Saint-Albin, commissaire de la Convention à Troyes, grand-père de madame veuve Tissier, épouse Levasseur, qui en avait vraisemblablement hérité. Le père d'Alexandrine, Hortensius, Marie, Philibert Rousselin de Corbeau de Saint-Albin député de la Sarthe, décédé en ce fameux château en 1878, hors la politique s'était fait connaître par un ouvrage "poétique" publié en 1862, intitulé "Les tablettes d'un rimeur" que l'on peut consulter sur Internet.

  

220px-Chateaux_du_chevain-1-.jpg

Le château du Chevain dans la Sarthe, image Wikipédia.

Actuellement mairie et école du village (637 habitants)

 

 

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Céline Levasseur-Frostin  n'était sans doute plus au Conquet en cette fin août 1914. Pour mémoire, on sait qu'elle a mis en location pour servir de bureau de poste à la commune du Conquet la grande maison au bout sud de la rue Poncelin, un bien qui lui avait été donné en dot par son père l'année de son mariage. Elle a fini par vendre le bâtiment à la municipalité en 1928,. son demi-frère Hortensius Tissier étant  maire du Conquet à cette époque.

Elle est décédée à Paris en mai 1938 et repose au cimetière de Bayeux. 

 

Fin provisoire de l'article, je renouvelle mes remerciements à madame Evelyne Cattin et à monsieur Hubert Cottin.

J'y ajoute ma reconnaissance à monsieur Henri Saint-Cernin, conseiller municipal au Chevain qui m'a communiqué de précieux et indispensables renseignements.

 

Le nom d'Adolphe Frostin, quasi inconnu des Conquétois, figure aussi dans l'église du Chevain sur une plaque commémorative des morts de 1914-18.

 

Un "plus", madame Monique Toulminet du Lycée de Lorient, vient de localiser la fiche militaire de synthèse de la carrière d'Adolphe Frostin aux archives départementales du Morbihan. Merci à elle de nous en avoir communiqué les références.

 

Registres matricules de Lorient  (numérisés), année 1898, registre 1215, vue 262.

En voici une syntèse :

                                              

 Frostin Adolphe Frédéric Louis

- .Né à Audierne, canton de Pont-Croix le 28 novembre 1878 

- Engagé volontaire pour trois ans du 28 octobre 1897, élève à l'Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr, canton de Versailles Seine et Oise.

- Elève de 1ère classe du 28 mars 1899

- Promu sous-lieutenant au 62e RI, (régiment caserné à Lorient), par décret du 9 septembre 1899,

- Rayé des contrôles de l'Ecole le 1er octobre 1899, jour de sa sortie, 312e sur 528

- Lieutenant au 62e RI au 1er octobre 1901.

- Passé à Brest au 19e RI le 24 mars 1905, toujours lieutenant.

- Nommé capitaine le 23 juin 1913 et affecté au 118e RI à Quimper le même jour

 

Disparu à Maissin (Belgique) le 22 août 1914, avis 4093F du 9 novembre 1914

 

                                                                                JPC / juin 2014.

 

Concernant l'usine d'iode Tissier et les maires du Conquet (trois "Tissier", Levasseur...), il y a  d'autres articles sur ce blog.                                                

 

Prochainement divers articles concernant les Conquétois et la guerre 14-18.  "Les morts de la guerre" et les "înscrits-maritimes" du Conquet face à la mobilisation".

 

 

 

  

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 13:39

J'ai commencé à enquêter sur les "Conquétois" morts pendant la  Guerre 14-18 courant année 2006. Ce travail s'est poursuivi en 2007-2008 dans le cadre de l'Association "Phase" de Plougonvelin, il  s'est concrétisé dans une exposition à l'Hippocampe au mois de novembre 2008 dont le thème était la guerre 14-18 Plougonvelin - Le Conquet - Trébabu et Locmaria-Plouzané.

 

J'ai repris mon enquête fin 2012 et je souhaite la mener à son terme rapidement. (Avant le 11 novembre 1918 ! ) 

 

Le Monument aux Morts du Conquet recense 59 noms, certains non identifiables au Conquet ou dans un périmètre élargi aux communes environnantes et à Brest. Par contre différents documents nous apportent l'identité d'environ 70 conquétois morts à la guerre, mais pour certains domiciliés dans d'autres communes au moment de leurs décès.

 

Pour sortir des documents administratifs je recherche photos (service militaire, mariages...), cartes postales, lettres, carnets... papiers divers de familles, aussi bien relatifs à des soldats ou marins morts de faits de guerre qu'à des soldats ou marins revenus fort heureusement sains et saufs. (Nés au Conquet ou domiciliés au Conquet)

 

Lors de l'exposition de 2008 ces types de témoignages avaient été recueillis en grande quantité sur la commune de Plougonvelin, et en nombre insignifiant pour Le Conquet, Trébabu et Locmaria.

 

Mes fiches par ordre chronologique du décès de 1914 à 1919

 

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ADOLPHE

PODEUR

JEAN MARIE

AUFFRET

JEAN MARIE

FALHON

FRANCOIS

RAGUENES

FRANCOIS

KERSAUDY

MATTHIEU

MASSON

JEAN FRANCOIS

CLOAREC

LOUIS JOSEPH

LEAUSTIC

PIERRE MARIE

TALIDEC

JEAN

JAYET DE JERCOURT

RENE

FLOCH

(JEAN) LOUIS

LE GUEN

RENE

ROUYER

CELESTIN JUST

QUERE

JEAN MARIE

GILLET

JEAN

LE GOASTER

JEAN LOUIS

AUFFRET

FRANCOIS

LE CORRE

LOUIS

AGOMBART x

AUGUSTE

CAM

YVES

CHARRETTEUR

ARMAND

LE GUEN

JEAN YVES

QUERE

ARISTIDE

RONDEAU x

ERNEST

MASSON  x

EDMOND

MENGUY

EMILE MARIE

GELEBART

PIERRE

GENDROT

EMILE JOSEPH

KERMAIDIC x

JEAN MARIE

LALLA

FRANCOIS

DEHOUX

JOSEPH VICTOR

GILLET

FRANCOIS

OMNES

DENIS MARIE

PROVOST

FRANCOIS

DE RODELLEC

DU PORTZIC

YVAN ALEXIS

MARTIN

JOSEPH

GABILLARD

PIERRE GEORGES

GIRARD

ARMEL JOSEPH

MADEC

JEAN RENE

PONCIN

JOSEPH MARIE

LEOSTIC

JEAN RENE

COLIN

FRANCOIS

GENDROT

THEODOSE

PERROT x

FRANCOIS

RIOU x

CHARLES

LE BORGNE

JOSEPH

L HOSTIS

FRANCOIS

THIERCELIN

JULES

MAZE

YVES MARIE

GILLET

FRANCOIS

MENGUY

JEAN LOUIS

POULLAOUEC

HERVE

MOREL

FRANCOIS

LE BORGNE

VINCENT

PODEUR

FRANCOIS

LE TREUT

OLIVIER MARIE

GILLET

SEBASTIEN

LE GAC

RENE MARIE

TASSIN

PIERRE

LANNUZEL

LOUIS

FLOC’H

RENE MARIE

BEURET

MICHEL EUGENE

COZIEN

MICHEL

PODEUR

RENE MARIE

GILLET

JEAN RENE

QUELLEC

JEAN MARIE

KERMAIDIC

JOSEPH

LE BREC

EUGENE

LAINE

FRANCOIS

LE MEUR

JOSEPH MARIE

GOARZIN

YVES MARIE

PASCOET

JEAN LOUIS

 

 

J'ai établi une fiche pour chacun à l'exception de ceux marqués d'une  x

 

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POULLAOUEC HERVE

 

Né au Conquet le 13 mars 1897

Fils de Poullaouec Christophe cultivateur demeurant Feunten Toch et de Le Guerrannic Ambroisine, 4e enfant sur 6, en 1911 il est aide-cultivateur à la ferme.

 

Célibataire

 

Matricule N°09999 au corps, classe 1917

Matricule N°2239 au recrutement de Brest

 

248e Régiment d'Infanterie    17e Compagnie.

Le 248e RI était le régiment de réserve du 48e RI caserné à Guingamp. Il a été constamment au front : bataille de la Marne 1914,  bataille de Champagne 1915, reprise des forts de Douaumont et de Vaux (Verdun) 1916 –1917, combats dans l’Aisne 1918.

 

Détail :

6 mai 1917, Bussy-le-Château, fin du repos. Le régiment se porte au front, à l’est d’Auberive, vie quotidienne dans les tranchées, les boyaux, sous les bombardements ennemis. Nombreux coups de mains contre les positions allemandes. Lorsqu’il est relevé le 27 juin, le régiment aura perdu 47 tués, 200 blessés, 57 disparus. Du 28 juin au 1er juillet le 67e va cantonner à La Veuve et à Recy. Le 13 juillet embarquement à Saint-Hilaire-au-Temple pour divers cantonnements autour de Bar-sur-Aube. 31 juillet retour à Brienne-le-Château pour  Saint-Hilaire-au-Temple d’où les soldats rejoignent Mourmelon-le-Petit et le bivouac de la Pyramide de Baconne. Le 2 août, occupation d’un secteur du Mont-Cornillet constamment bombardé par l’ennemi. Le 10 août et les jours suivants, attaques et contre-attaques se succèdent. Le régiment en une dizaine de jours perd 1 officier tué et 3 officiers blessés, 57 hommes tués et 193 blessés, 45 hommes sont portés disparus.

 

Hervé Poullaouec est mort de ses blessures de guerre le 12 août 1917 à l’ambulance 7/4 SP71  de Billy le Grand (Marne) "Camp Dilleman", près des Petites Loges, canton de Suippes, à 5h15 du matin


Billy est sur le canal de l’Aisne à la Marne, près du camp de Mourmelon, le décès de Hervé Poullaouec a été constaté par l’administrateur de l’ambulance 7 - 4

 

Acte transcrit au Conquet le 8 janvier 1918

 

Hervé Poullaouec, repose dans la nécropole nationale de Sept-Saulx (Marne), tombe individuelle N° 1211

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Si la collecte d'illustrations, documents, objets?, est suffisante, on peut envisager une exposition avant la fin de l'année 2014. Merci de votre participation.



                   Jean Pierre Clochon

                                                              jean.pierre-clochon@wanadoo.fr



 

 

 

 

 

 

 

28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 14:35

Le fondateur du domaine, Jules Alexandre Petitcuénot

 

A l’entrée du cimetière de Lochrist un caveau de famille accueille le visiteur arrivant par la place du hameau. Sur son fronton rien, à l'intérieur une plaque : Petitcuénot

Le monument est bien entretenu, cependant le souvenir de cette famille semble avoir disparu de la mémoire conquétoise.

C’est dans le passé de Ker an Aod qu’il faut enquêter.

 CAVEAU.JPG

Le cadastre de 1841 sur la hauteur à gauche depuis Portez jusqu’à la pointe des Renards, comporte une collection de champs, pâtures et terres labourables, relevant de différents propriétaires. La batterie des Renards sur la pointe restera le seul « bâti » jusqu’à l’édification du sémaphore du Cruguel en 1861.

 

Vers la fin du XIXe siècle, Le Conquet, écrit le maire Hippolyte Levasseur en 1888, « est une station de bains de mer très fréquentée dans l’été ». En effet des Brestois mais aussi des « Parisiens » commencent à y édifier des villas,  par exemple « Ker Mor Vraz »  près de Sainte-Barbe, la première bâtie sur la corniche, c’est aussi le cas de Jules Alexandre Peticuénot qui, par l’acquisition de parcelles au-dessus de Portez vers    KER-MOR-VRAS.jpg 

 

 la pointe des Renards, se constitue un vaste domaine (achat à Hortensius Tissier  en octobre 1890 des numéros 530, 531, 538, 563, 571, 572), sans doute pour compléter un ensemble de terrains déjà en sa possession car la vaste demeure qui vient d’être construite, désormais baptisée Ker an Aod, (maison de la plage), héberge au recensement de 1891, Jules Petitcuénot, 55 ans, propriétaire, son épouse Jeanne 38 ans, leur fille Marie 14 ans, plus Eulalie Bailly, institutrice, une jeune anglaise Mona Gertrude Somers 17 ans, deux cuisinières Mathilde Forment et Adélaïde Agombart et, un domestique Jean Marie Lainé.

En 1892, un mur de clôture est construit, enserrant le domaine.

 

Un malheur frappe la famille car madame Petitcuénot : Marie Hortense Jeanne Thibault, née à Paris, meurt le 7 septembre 1893, âgée d’un peu plus de 40 ans. Le décès est déclaré à la mairie par Edouard Brousmiche  médecin principal de la Marine en retraite, commandeur de la Légion d’Honneur, bienveillant, et par Hippolyte Deurbergue propriétaire, cousin de la défunte. Ces deux messieurs sont en villégiature au Conquet. L’acte d’état-civil est cosigné par Henry Pethiot adjoint-maire, médecin au Conquet.

En 1893, une épidémie de choléra sévit au Conquet et dans les îles de l’archipel de Molène, mais rien de prouve que madame Petitcuénot ait été emportée par ce mal.

 KER-AN-AOD.jpg

 

 

Jules Alexandre ne quitte pas Conquet, en 1896, il habite toujours Ker an Aod avec sa fille Marie, la jeune anglaise et deux domestiques. En novembre de cette année-là il est en concurrence avec un conducteur des Ponts et Chaussées pour l’aliénation du terrain de l’ancienne chapelle Sainte-Barbe. Ce dernier, Henri Riou devant quitter Le Conquet il semble que Petitcuénot ait pu faire affaire en 1897.

 

Dans les années qui suivent,  Jules Alexandre Petitcuénot et sa fille abandonnent leur résidence du Conquet. La grande maison de Ker an Aod n’est plus habitée (recensements de 1901 et 1906) que par Jean-Louis Jézéquel et Mathilde Forment, domestiques.

  

Ker an Aod passe à la famille Deurbergue (alliée des Petitcuénot)

 

Le dénombrement de 1911, nous indique que les seuls occupants permanents sont toujours Jean Louis Jézéquel né en 1862 à Trébabu, domestique  et Mathilde Forment née en 1864  à Edamps (Eure), chef gérante pour monsieur Deurbergue domicilié à Versailles, 5 rue Jacques Boyceau. Donc Ker an Aod a changé de mains, c’est le cousin de la défunte madame Petitcuénot qui en est le nouveau propriétaire.

 

Les Deurbergue sont imprimeurs à Paris, j’ai noté mention d’anciens plans de Paris, auteur Franklin Alfred sortis en 1880  des presses d’Hippolyte Deurbergue, typographe, pour Léon Willem libraire. Le fils, Hippolyte Alfonse Deurbergue, dont il est question ici est marié avec Marie Cécile Jeanne Petitcuénot.

 

Les propriétaires ne  résident pas au Conquet, Ker an Aod fait l’objet de locations, surtout l’été. Deurbergue possède en outre en immeubles de rapport, la villa Dom Michel, plus une maison neuve construite en 1912-1913 à droite de la route menant de la ville à Portez, (actuel N°7 rue Sainte-Geneviève), et une autre à Kerlohic.

 La-plage-de-Portez_-09.jpg

(En haut à droite, la "Maison neuve")

 

La saison 1913 fait le plein de touristes au Conquet, les trois hôtels sont complets, (hôtel Sainte-Barbe, hôtel de Bretagne et hôtel du Port). La villa de Ker an Aod est très sollicitée, sur la liste d’attente en cas de désistement, on trouve le capitaine de frégate Duperré alors logé à l’hôtel Continental à Brest. Ker an Aod est décrite comme très vaste, possédant plusieurs chambres à coucher, cuisine, salle à manger,  laiterie, grand jardin clos de murs, et avoisinant la grève de Portez.

 

 Les autres villas cossues attirent aussi les estivants, Ker Mor Vras peut se louer juin, juillet, août pour 1 000 francs, mais sans linge ni couverts, elle comporte 12/13 pièces. La villa Taburet près de la gare du tramway, offre 7 lits dans 11 pièces, possède garage et remise, location à 700  francs, la villa Dumezin en sortie de ville au bout sud de la rue de Kerdacon (aujourd’hui angle des rues de Verdun et Le Gonidec) est proposée à 500  francs du 1er juillet au 29 septembre, meublée. Le propriétaire monsieur Dumezin habite Le Pressoir en Boutigny dans la Seine et Oise.

(Pour mémoire, le tramway électrique entre Brest et Le Conquet est en service depuis 1903 et le vapeur Travailleur assure un service régulier avec Molène et Ouessant, ce sont deux atouts touristiques importants).

 

Un détour par Quimper, le bouton à quatre trous

 

Dans le courant de cet été là, le notaire Andrieux du Conquet fait passer une note à monsieur et madame Deurbergue, à Kerbernez, Quimper. Ce domaine (en Plomelin) a été acheté en 1884 par Alexandre Massé, manufacturier, et son épouse Julie Petitcuénot,( sans doute une soeur à madame Deurbergue) pour y fonder un orphelinat et une école d’agriculture et d’horticulture. Le Quimpérois avait bâti sa fortune avec une invention simple, le bouton à quatre trous, d’une bien meilleure tenue que celui à deux trous, ce qui avait ouvert à son usine parisienne des marchés internationaux lucratifs.

 

Revenons à Ker an Aod, je ne pense pas que Deurbergue y vienne bien souvent, toutes les locations, travaux etc ... se font par l’intermédiaire du notaire Georges Andrieux qui se charge aussi de percevoir les loyers. Une seule fois entre 1912 et mi-1914, le notaire prévient un futur locataire que le propriétaire souhaite passer quelques jours au début août au Conquet. Conquet58.jpg

A droite le mur de Ker an Aod sur la corniche "Beg al louarn"

 En haut à droite, à nouveau la "maison neuve"

 

 

La famille Deurbergue, vend en 1925 la propriété de Ker an Aod aux de Blois,

 

Charles Joseph Marie de Blois était un descendant de la maison de Châtillon, c’est-à-dire du « bienheureux » Charles de Blois prétendant à la couronne ducale de Bretagne, mort de ses blessures  pendant la guerre de Succession, à la bataille d’Auray en 1364.  Son épouse, Marthe Marie Mathilde de Saint-Pol avait pour lointain ancêtre le connétable de Saint-Pol, qui eut un destin tragique sous Louis XI. Le mariage a eu lieu le 11 décembre 1907 en l’église cathédrale d’Orléans.

 

En 1940 l’armée allemande réquisitionne la maison et les terres pour y loger 30 sous-officiers et soldats et 6 chevaux. Plus tard ce sera une résidence pour officiers de la Kriegsmarine.  Son infirmerie accueillera les blessés de l’Enez-Eussa mitraillé sous pavillon allemand, par des avions anglais le 10 avril 1943.

 KER-AN-AOD-DE-BLOIS---Copie.jpg

Les de Blois récupéreront leur bien à la Libération  mais leur fils, Gérard Ghislain de Blois, qui disait au Conquet en juin 1940 : « Moi je ne veux pas aller planter des patates en Poméranie! », sous-lieutenant au Bataillon d'Infanterie de Marine du Pacifique, mortellement blessé au combat dans la région de Hyères après le débarquement en Provence, est décédé  le 23 août 1944 à l’ambulance chirurgicale légère de la 1ère division française, 15e RTS. Mort pour la France son nom est gravé sur le monument aux morts du Conquet.

                                                        

                                                                        JPC.  Décembre 2013

12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 09:08

A PROPOS DE LA ROCHE DITE DU « FULMINANT »

Chenal du Four, partie sud.

 

Courant 1889, le maire du Conquet écrivait au président de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés : « Il y a dix-sept ou dix-huit mois, le vaisseau le Fulminant a touché une roche, pour ainsi dire à l’entrée du Conquet. Ce vaisseau aurait été perdu si la mer avait été grosse et l’équipage aurait pris de grands risques s’il n’avait pu prendre place dans les canots du bord. Le canot de sauvetage n’aurait pu se porter au secours des naufragés, le peu de solidité des fonds dans le port ne permettant pas au chariot de dépasser la mi-marée aux époques de syzygie. »       

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Extrait de carte du Service Hydrographique de la Marine, N°5129, édition 1903.

 

A l’époque le canot de sauvetage « Mallats-Demortiers » embarcation à rames de 10,78 mètres était toujours remisé dans son abri au sommet de la pointe Saint-Christophe. La mise à l’eau comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, se faisait par la cale ouest du Drellac’h. A basse-mer, le chariot s’enlisait dans les sables vaseux et les chevaux ne pouvaient l’en extraire. La question ne sera résolue qu'en 1932! avec le transfert de la station de sauvetage à la pointe Sainte-Barbe.

 

Le Fulminant, était l’un des trois cuirassés gardes-côtes, avec le Tonnerre et la Tempête, à la silhouette ressemblant aux « monitors » américains. Lancé à Cherbourg en 1877, il avait un déplacement d’environ 5 000 tonnes, pour une longueur de 75 mètres, sa vitesse était de 14 nœuds. Son armement consistait principalement en deux canons de 274 m/m protégés par une « carapace » en forme de marmite, complété par une dizaine de pièces diverses. Son équipage comptait 5 officiers et environ 250 officiers-mariniers et marins.

fulminant-arsenal.jpg 

Le Fulminant faisait partie d’une division de l’Escadre du nord basée à Brest quand, un jour de 1887, par grande marée basse, passant sur la diagonale entre le phare de Kermorvan et la Grande-Vinotière, à peu près à égale distance des deux marques, un choc ébranla le vapeur. Le garde-côtes venait de passer sur un haut-fond jusque-là inconnu des pilotes de la Flotte.

Je n’ai pas trouvé le rapport de mer de cet accident, mais la carrière du Fulminant ne s’est pas arrêtée là, et il n'y a semble-t-il pas eu de victimes. Le haut-fond a été reporté sur les cartes marines « Roche du Fulminant (3.6). »

Sur la carte postale LL N°7, (collection JPC), au premier plan le Fulminant et derrrière lui le croiseur à quatre cheminées et trois-mâts est le Guichen.

 

                                     JPC/ 12 juin 2013.

 

30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 10:06

« Tevel hag ober » « Se taire et faire », variante : "Se taire et agir" 

 

Le Conquet : chapelle Notre-Dame de Bon-Secours

Pierre Du Val, sieur de Kerret et son épouse Margueritte Kermarec, demeurant sur le port du Conquet, et possédant différents biens dans la trêve de Lochrist, font donation le 6 septembre 1673 à l’église, « d’une petite maison couverte en ardoises, située au Conquet sur la rue menant de Saint-Christophe à Kerafrice, en laquelle est décédé dom Michel Le Nobletz, ainsi que son jardin…

En échange Pierre Du Val et Margueritte Kermarec seront libérés d’une rente de six livres tournois par an qu’ils devaient à l’église d’après le testament de demoiselle Isabelle Du Val leur tante.

En outre ils donneront cent livres tournois pour transformer la maison en chapelle et pour avoir droit de faire placer à leurs frais leurs armes et devises sur la maîtresse vitre de cette chapelle ».

Chapelle-nd-de-bon-secours.jpg

 Dessin signé L ar G ( ?), extrait de La Vie du Vénérable Dom Michel Le Nobletz, par le Vénérable Père Maunoir. Chanoine H. Pérennès, Saint-Brieuc 1934.

 

La maisonnette fut transformée en oratoire puis en chapelle sous le vocable de Notre-Dame de Bon-Secours. Mais rien ne prouve que le blason des Du Val de Kerret ait été mis en place.

 

Je ne sais pas comment le premier des du Val de Kerret est arrivé au Conquet au XVIIe siècle, sans doute par mariage.

En 1670, (état-civil) j’avais autrefois noté Pierre du Val sieur de Kerret, Jean du Val son fils.

En 1688 (ADF), déclaration de renonciation à la succession tant mobilière qu’immobilière de N.H François du Val demeurant au Conquet, de la part de sa femme demoiselle Anne Le Moal.

1708,  (état civil), mariage de François du Val, veuf de défunte Marguerite Pronost, et demoiselle Françoise Deincuff, fille d’écuyer Hervé Deincuff,  et de demoiselle Anne de K/ian.

 

Les armes de cette famille originaire de la région de Morlaix (Saint-Martin des Champs) étaient :

« D’argent à deux pigeons d’azur affrontés, becqués et membrés de gueules, becquetant un cœur de gueules.  (C’est-à dire : sur fond couleur argent, deux pigeons de couleur bleue, face à face, aux becs et pattes rouges, picorant un cœur rouge). Avec quelques variantes suivant les illustrateurs.

Leur devise était comme indiqué en titre « Tevel hag ober », « Se taire et faire».

chap-nd-de-bon-secours-arm-Du-Val-Kerret.jpg

Représentation des armes des Du Val de Kerret. Michel Mauguin. Armorial de la grande paroisse de Plougonvelin. 2004.

 

Ma curiosité a été récemment attirée par la mention d’une devise semblable existant dans un vitrail de l’église de Brasparts et aussi dans un vitrail du transept sud de la petite chapelle de la Madeleine dans la paroisse de Pleyben.  Je m’y suis donc rendu.

 chapelle-de-La-Madeleine-Pleyben.JPG

Cette chapelle dépendait de la seigneurie de Quillien, toute proche, dont le manoir appartenait déjà au  XVIe siècle à la famille de Kerret. Sur les terres de ce lieu noble, réduit à l’état de ferme (bâtiments annexes  aujourd’hui restaurés), a été édifié entre 1851 et 1861 pour Maurice de Kerret, un vaste château d’inspiration Louis XIII.

chateau-de-Quillien-Pleyben--2-.JPG

Ma surprise, fut de découvrir que le maître d’œuvre de cette grande maison bourgeoise fut Joseph Bigot (Quimper 1807-1894), architecte principal du département du Finistère, puis directeur des édifices diocésains à partir de 1837, celui-là même à qui on doit la reconstruction de la « nouvelle »  église du Conquet, bâtie entre 1855 et 1858, à laquelle a collaboré Ernest Le Guerrannic, (Le Conquet 1831 - Saint-Brieuc 1915). fils du maire du Conquet, Jean-Marie Le Guerrannic et de Marie-Jeanne Provost,  architecte de l’arrondissement de Brest puis concepteur de nombreux monuments religieux dans le Finistère et dans les Côtes-du-Nord). (Voir Ernest Le Guerrannic Wikipedia).

 

Les armes des de Kerret figurent au-dessus de la porte d’entrée du château de Quillien.

  

On trouvera une riche étude sur la famille de Kerret,  sous l’adresse http://www.tudchentil.org/img/pdf/kerret_de_2

 

chap-nd-de-bon-secours-arm-Du-Val-Kerret-001.jpg

 

                                        JPC 30 mai 2013

 

25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 18:03

 

J'ai fait paraître dans le dernier bulletin municipal du Conquet une version abrégée

  de celle qui suit. 

 

 

Charles Lombard.

 

Soldat de la République

Rien ne le prédestinait à venir s’installer un jour au Conquet et encore moins à en devenir le premier magistrat, puisque né le 20 août 1773 à Dampierre sous Salon dans la Haute-Saône (nord-nord-ouest de Besançon), fils de Jean François Régis Lombard, commis aux journaux et de Jeanne Françoise Sauvageot son épouse. Parrain Charles Sauvageot, avocat au parlement et marraine Joséphine Daubigny.

 

 A 18 ans ½, le 4 février 1792, il s’engage dans les armées de la République, incorporé dans l’infanterie au 89e Régiment de ligne. Le 20 septembre il a son baptême du feu à la célèbre bataille du moulin de Valmy, les généraux Dumouriez et Kellermann repoussent les Prussiens du duc de Brunswick, l’invasion de la France est stoppée.

Lombard a la spécialité de fourrier quand la France entre à nouveau en guerre le 10 février 1793. Passé au 16e bataillon d’infanterie de ligne en mai, il est nommé caporal-fourrier le 11 juin 1793, puis sergent-major le 3 août.

-Adjudant-Sous-lieutenant, 30 janvier 1794 (11 pluviôse an II)

-Lieutenant, 1er septembre 1795 (15 frimaire an III)

-Capitaine – Adjudant-major, 23 septembre 1795 (1er vendémiaire an IV)

Il est toujours dans l’infanterie, et dans le sillage du général Lazare Hoche . Après avoir servi dans l’armée du Rhin, il combattra les Vendéens et les Chouans jusqu’à leur défaite et c’est dans l’armée de l’Océan qu’il va participer à la désastreuse expédition d’Irlande. 45 bâtiments et 15 000 hommes quittent Brest le 16 décembre 1796, Morard de Galles est chef d’escadre et Hoche commande les troupes de débarquement.  D’entrée le vaisseau le Séduisant se perd sur l’île de Sein, provoquant la mort d’un millier de marins et soldats. L’escadre n’ayant pu débarquer à Bantry, mais ayant subi des pertes sérieuses, rentre à Brest à la fin du mois. Pour l’anecdote, une embarcation du vaisseau La Résolue a fait côte en Irlande, conservée précieusement par un riverain, puis confiée à un musée, la « yole de Bantry » a servi de modèle en 1980 aux yoles Fraternité et Amitié, et depuis à de nombreux canots similaires, présents aux fêtes du patrimoine maritime.

A Brest, Hoche récupère ses régiments d’infanterie, dont celui ou sert Charles Lombard et les incorpore en février 1797 dans l’armée de Sambre-et-Meuse dont il a été nommé général en chef. Revoilà Charles Lombard sur les frontières du nord-est. Pas pour longtemps, en l’an VI, il est repassé dans l’armée de l’Océan, puis dans l’armée d’Angleterre en l’an VII et dans l’armée de l’Ouest, an IX et an X.

Sans doute en garnison à Brest, il épouse le 20 nivôse an XI (10 janvier 1803) à Recouvrance, Rose-Marie-Pélagie Le Hir, fille de François Le Hir et de Marie-Michelle Marzin. Un garçon né le 24 frimaire an XII (15 décembre 1803) est prénommé Marc-Marie-François Charles. Signent comme témoins, Joseph-Marie Kerros, négociant à Recouvrance et Marc-Yves Marzin, oncle maternel, aussi de Recouvrance.

 

Le capitaine de l’empire : Depuis sa nomination au grade de capitaine en 1795, et jusqu’à son départ en retraite, Charles Lombard  ne change plus de grade.

 

Capitaine au bataillon de Belle-Isle-en-Mer il est absent lors de la naissance de sa fille Justine-Marie le 24 octobre 1811, toujours à Recouvrance. Il se fait représenter par François-Marie Le Bihan pilote de l’Etat. Les témoins pour l’état-civil sont Pierre-Marie Richard, négociant à Brest, cousin germain de la mère de l’enfant et Pierre Floch, marchand au Conquet, bienveillant. La fillette seulement âgée de 14 ans, décèdera au Conquet le 27 décembre 1825.

 

Dans le tourbillon des guerres napoléoniennes, notre capitaine servira, au régiment de Belle-Isle devenu le 36e régiment d’infanterie légère, dans les armées de Pologne et de Russie.

Le 36e léger se trouve en 1812 en réserve dans différentes places-fortes entre le Rhin et le Niemen, avant d’être engagé dans la bataille de Leipzig, 16-19 octobre 1813, défaite française, mais où sans doute Lombard a été promu chevalier de la « Légion d’honneur ».

 

Ralliement aux Bourbons.

 L’empereur Napoléon 1er capitule en 1814, de nombreux régiments se rallient à Louis XVIII qui réorganise l’armée. Charles Lombard conserve son grade de capitaine au nouveau 14e régiment d’infanterie légère formé à Bastia. Il affronte alors sous la « bannière des lys » l’insurrection bonapartiste corse et y gagne les insignes de « chevalier de l’Ordre royal de Saint-Louis ».

 

Capitaine de carabiniers il met fin à sa carrière militaire le 1er septembre 1815, il va toucher la ½ solde des militaires retraités et conserver sa Légion d’honneur, validée par un serment prononcé au Conquet le  1er septembre 1816 : « Je jure d’être fidèle au Roi, à l’honneur et à la patrie … et faire tout ce qui est du devoir d’un brave et loyal Chevalier de la Légion d’honneur ». Suit la signature caractéristique des francs-maçons avec les trois points.signature-lombard.jpg

 

Charles Lombard, retraité conquétois puis maire de la cité.

Il s’installe au Conquet en 1816 avec sa femme, Rose Marie Pélagie Le Hir et ses deux enfants aînés. Marc-Marie en 1823 est élève en pharmacie à Brest. Une seconde fille, Rose-Françoise Félicité,  naîtra au Conquet le 22 juillet 1824 dans la maison achetée en 1819 (240 francs), sur le quai du Drellac’h, maison à escalier extérieur (N°23).

Témoins pour l’état-civil, Désiré-Louis-Marie Jacolot, 27 ans, notaire royal, et Augustin-Gabriel-Mauguet de la Sablonnière, 60 ans, inspecteur des signaux.

 cadastre 1841

 

 

En 1832, c’est lui qui est tout naturellement choisi comme capitaine de la garde nationale du Conquet. Le préfet le désigne comme maire en 1837. La population est recensée à 1 273 habitants. La mairie est toujours au 5 rue Saint-Christophe.

Lombard est aux premières loges, puisqu’il habite sur le quai quand les cales du Drellac’h en construction depuis 1836 et pas encore terminées, sont détruites par une violente houle conjuguée à la grande marée dans la nuit du 24 au 25 février 1838. Il ne reste plus qu’à les reconstruire. L’Etat en profite pour acheter afin de les raser deux des trois magasins, celui de Mazé-Launay (1839) et celui de  Bourc’his (1840) qui bordaient encore la partie Est du Drellac’h dans le prolongement de la cale amont, et les deux maisons Le Coat (1845) parcelles 295-296, au-dessus de la cale aval.

 E. Le Guerrannic Vue détail

Dessin d’Ernest Le Guerrannic, (détail).  Le quai est presque terminé, il reste à l’Etat à acheter pour le  démolir le magasin de madame veuve de Bergevin, (parcelle 297),  au premier plan à gauche qui cache la maison de Lombard. (Je me suis trompé en écrivant Bourc’his en légende du bulletin municipal). Cela ne sera effectif qu’en 1868, le bâtiment  de 98 m² appartient alors à Gustave Félix Marie Briot de la Mollerie, lieutenant de cavalerie au 5e Dragon en garnison à Lunéville. L’affaire se fait pour 500 francs.

   

Le quai fini, les petits navires de commerce pourront plus facilement manutentionner leurs marchandises en accostant le long des cales.

 La municipalité qui manque toujours autant de ressources pour venir en aide aux nombreux malheureux du Conquet pense alors à ouvrir de nouvelles carrières de pierres plates (schistes), dans les terrains incultes de Pors-Feunteun (Le Bilou) et de Portez qui lui appartiennent. Double but : faire entrer de l’argent pour subvenir aux besoins des pauvres en vendant les pierres aux communes environnantes et fournir du travail aux carriers qui seront payés pour les pierres de 25 cm à 1,25 m, un centime par pièce ou un franc par cent et pour celles de 1,25 m et au-dessus, deux centimes par pièce. On accusera plus tard les carriers d’avoir complètement détruit le relief rocheux naturel prolongeant en mer la pointe Sainte-Barbe  et offrant au Conquet un rempart contre la houle de sud-ouest.

 

Un certain flottement marquera la fin de son mandat, il est souvent malade, c’est son adjoint Louis Marie Jacolot, notaire, qui gère les affaires courantes. Lombard laisse la mairie en 1843 à Jean Marie Le Guerrannic (fils).

Retiré des soucis municipaux, Charles Lombard se signale quelques années plus tard, début septembre 1848, en devenant le premier président de la Société Littéraire du Conquet, fondée par lui-même et quelques notables locaux : Tissier aîné, (manufacturier), Le Roy (notaire), Blanchard (médecin), Marchand Patrice-Michel, buraliste et ancien lieutenant de vaisseau, (chevalier de la Légion d’Honneur), Rigollet (négociant), Penfrat (propriétaire), et Gloaguen recteur, et qui a pour unique but la lecture, toute discussion politique y étant interdite (cela peut se comprendre, nous sommes dans les débuts difficiles de la Seconde République)

 

Charles Lombard est mort le 3 décembre 1851 en son domicile du Drellac’h, à l’âge de 78 ans. Deux Conquétois, Victor Thomas, sous-commissaire de la Marine et Louis-Félix-Marie Penfrat, capitaine de commerce font la déclaration à l’état-civil. Son épouse Rose-Marie lui survivra trois ans, « propriétaire », elle décédera (70 ans), le 5 décembre 1854, Martial Kéruzoré, maître de port et Joseph-Louis Massé, médecin ont signé le registre municipal.

 

 Quai-Drellac-h-detail.JPG

 

La maison et le jardin Lombard sont ensuite la propriété de mademoiselle Richard qui en 1858 et en 1867, la loue aux Ponts et Chaussées pour le service des phares. En 1882, le bien est noté propriétaire Cloatre.

         .                                    

                                                  JPC / Janvier 2013

 

 

10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 18:16

Un maire du Conquet oublié : François Marie Pitot,

 

Lorsqu’il y a plusieurs années, j’avais étudié la période du Premier Empire au Conquet, entre Créac’h et Le Guerrannic figurait bien un maire « furtif » avec une seule année de mandat, 1808-1809, François Marie Pitot. Ses quelques courriers le montraient geignard, réclamant au préfet d’être relevé de sa fonction, se déclarant malade et handicapé, incapable de satisfaire les demandes du commissaire de police Chépy qui de Brest le harcelait. Bref il ne m’intéressait pas.

Depuis quelques semaines, j’ai revu complètement mon point de vue sur notre concitoyen.

Fils de  Vincent François Pitot négociant et de Catherine Jeanne Corbet, il est né à Morlaix le 24 janvier 1767. Lors de ses premiers embarquements comme mousse il n’avait sûrement pas dix ans.

 

« Volontaire » au temps de la guerre des Insurgents :

A 13 ans en  avril 1780, il s’engage dans la marine Royale comme volontaire. Donc pendant la guerre d’Indépendance des Etats-Unis d’Amérique (1778-1783).

 

Son premier embarquement pour le Roi, il le fait sur  le « Conquérant », vaisseau à deux-ponts, portant 74 canons et pouvant transporter 650 hommes.

Le 2 mai 1780, le « Conquérant » quitte Brest au sein de l’escadre du chevalier de Ternay, (7 vaisseaux et trois frégates), escortant les navires de transport du corps expéditionnaire de Rochambeau (6 000 hommes embarqués sur 86 bâtiments marchands) allant soutenir Lafayette sur les côtes américaines.

Le jeune Pitot 14 ans ½ subit l’épreuve du feu à la bataille de la Chesapeake le 16 mars 1781, dite aussi du cap Henry où est engagée l’escadre de Charles Sochet des Touches, 7 vaisseaux de ligne, plus un vaisseau pris aux Anglais et une frégate, la célèbre « Hermione ». Sous le commandement de Charles-Marie de La Grandière, le « Conquérant » est malmené par les tirs anglais.

« Le Conquérant eut à tenir tête, dans l'affaire du 16 mars, à trois vaisseaux ennemis. Il eut trois officiers tués, entre autres M. de Kergis. Cent matelots ou soldats de son bord furent touchés, parmi lesquels il y en eut 40 de tués et 40 autres environ qui moururent de leurs blessures. C'est sur le pont que se fit le plus grand carnage. Le maître d'équipage, le capitaine d'armes et sept timoniers furent au nombre des morts… (Journal de Blanchard) »

Quelques temps après le sanglant combat des Saintes (1 000 anglais et 3 000 français tués) qui vit, le 12 avril 1782,  la défaite de l’armée navale de de Grasse et la capture de l’amiral par les Anglais, le « Conquérant » rentra en France où Pitot quitta le navire.

 

François Marie Pitot effectue alors les embarquements suivants :

 

Navire de l’Etat

Serin, corvette, octobre 1782 - avril 1783, volontaire.

Corvette de 14 canons, 250 tonneaux, 32m, 14 canons de 6.

 

Navires marchands :

Espérance, commerce, septembre 1783 – mars 1784

Malice, commerce, septembre 1784 – juillet 1785

Etoile, commerce,  juin 1786, octobre 1788 ( ?)

 

Navires de l’Etat :

Durance, gabare type « Rhône » 350 tonneaux, 37 m, 200 h, 6 canons de 8 et deux caronades mars-octobre 1788  volontaire

Thérèse, sloup, 15 decembre 1788, blessé à la tête et à la main droite en chargeant un pierrier le 13 septembre 1789, perdant trois doigts à cette main. Nommé officier auxiliaire en 1790, cesse ses fonctions sur la « Thérèse » le 27 juillet 1790, et embarque sur le « Cerf ».

 

Epoque révolutionnaire :

 

Le Cerf, Brick aviso  140 tx 27 m, 14 canons de 4 et 2 obusiers.aviso, 28 juillet 1790, officier auxiliaire, puis sous-lieutenant de vaisseau 1er janvier 1791 et enseigne de vaisseau entretenu le 1er janvier 1792 débarque le 15 avril 1792

 

Le Marsouin, flûte avril juillet 1792, enseigne de vaisseau

Gabare 750 tonnes, transport de troupes

 

Républicain, (Ex Royal-Louis) vaisseau de 110 canons, Enseigne de  vaisseau août-décembre 1792,  Le Républicain attaché au port de Brest fait partie de l’escadre du contre-amiral Morard de Galles.

 

Tourville, vaisseau de 74 type Téméraire, décembre 1792 – février 1793 enseigne de vaisseau

 

Républicain, à nouveau, 25 février – 20 avril 1793

 

Le « commandant » François-Marie Pitot.

Toujours enseigne de vaisseau, il a 26 ans quand commandant le lougre de l’Etat « Hook » ex-anglais, de 18 canons attaché au port de Brest,, il capture  la « Françoise-Marie » de Torbay le 27 juillet 1793, la « Résolution », brick le 3 septembre,  puis le cutter anglais « Hope » le 6 septembre de la même année.

cor-lougre-ozanne[1]

  Lougre dessin de  Ozanne.

lougre Roux

  Lougre de guerre, aquarelle de Roux

 

-Capture du sloup corsaire anglais « Françoise-Marie ».  Pitot en croisière en Manche, aperçoit un navire faisant route vers lui par temps très calme.  Il s’en approche, le reconnaissant comme ennemi s’apprête à lui livrer combat, mais l’anglais se rend sans résistance.

« Françoise-Marie », ce petit sloup à hunier d’environ 30 tonneaux, 4 canons en fer, 2 en bois (pour faire illusion), 2 obusiers, 4 pierriers, 20 hommes d’équipage, capitaine Williams Lawson, a été ramené à Brest, jugé de bonne prise et acquis par la marine de l’Etat.

 

-La prise du « Resolution » racontée par H.Moulin, « Les marins de la République », éditions Charavay frères, Paris 1883. (Accès www.archives.org)

 

« Le lougre avait conservé son nom, son gréement, son agencement, de sorte que, français seulement par ses couleurs et par son équipage, il était resté anglais par tout le reste.

 

Pitot avait appareillé, le 3 septembre 1793, de la baie de Camaret, par une belle mer, et il n'était encore qu'à quelques lieues des côtes, lorsqu'il se trouva en vue d'un brick anglais. C'était la « Resolution », armée de 16 obusiers de 12 et de 6. Il se décida à l'attaquer; mais il aperçut un canot, monté de quatre hommes et d'un officier, qui se détachait du brick anglais et s'approchait de lui. Le canot aborde le « Hook », et l'officier monte à bord. Quel n'est pas l'étonnement de Pitot d'apprendre de sa bouche que le capitaine de la « Resolution », le prenant pour un compatriote, lui envoie une invitation à dîner, et son canot pour le conduire à son bord!

Pitot rit de la méprise et, s'adressant à l'officier anglais : «  Vous nous resterez, lui dit-il; je ne saurais accepter le dîner de votre capitaine, et vous savez pourquoi; mais vous partagerez le mien et nous irons ensemble lui porter sa part de dessert. » Le capitaine anglais, ne voyant pas revenir son canot, et observant mieux les allures du Hook, reconnaît son erreur et se hâte de fuir, sans attendre le premier coup de canon. Pitot le poursuit tantôt à la voile, tantôt à l’aviron, à cause du calme. Il l'atteint enfin, après douze ou quinze heures de poursuite, et l'attaque sur le champ. Deux bordées seulement sont échangées, auxquelles succède l'abordage.

 

L'équipage français, chefs et matelots, rivalise d'ardeur et de courage. La fougue est telle que tous envahissent le pont ennemi, et que c'est à grand'peine que Pitot peut retenir autour de lui sept hommes sur le Hook, L'enseigne Le Huby, le premier à s'élancer, tombe entre les deux navires, où il pouvait être broyé, et se blesse à la jambe. Sa blessure ne l'arrête pas; il remonte sur-le-champ, saute à bord de la Resolution, suivi de l'enseigne Le Douarin, de l’aspirant Le Bozec,  du maître canonnier Perrot, des matelots Beaumare et Doré.

 

Le Douarin s'élance, le pistolet d'une main et le sabre de l’autre, s'ouvre un passage à travers la haie ennemie, se porte sur le capitaine, qu'il renverse, et s'empare de ses armes.  Doré, soldat de marine, blessé d'une pique restée dans la plaie, l'arrache, brûle la cervelle de celui qui l'a blessé, et se sert de la pique, teinte de son sang pour poursuivre sur le pont les Anglais qui y sont encore.

 

Trois quarts d'heure de combat et une demi-heure d'abordage suffisent au brave Pitot pour enlever le navire ennemi, plus fort que le sien. Il l'amarine et le conduit triomphalement à Brest.

Je n’ai pas s trouvé dans les dossiers d’archives de la Marine à Brest (série 2Q), mention de ce fait d’armes.)

 

-Prise du  « Hope » par le lougre de la République le « Hook »  François Marie Pitot, expédié sur ordre du ministre de la Marine pour une mission particulière, se trouvant le 6 septembre 1793 à 8h du matin par 48.30N et à 20 lieues dans l’ouest d’Ouessant, vent de nord-nordet, donnant la chasse à un bâtiment ennemi, en voit un autre venant vers lui. Vers 9h, à une demi-portée de canon, Pitot fait hisser le pavillon tricolore en l’appuyant d’un coup de canon pour engager le combat. Les navires s’envoient des boulets pendant trois-quarts d’heure, puis Pitot vient à élonger l’Anglais en lui tirant des salves de mousqueterie et au bout d’une ½ heure lance ses hommes à l’abordage. Sur le pont du « Hope » il y a déjà trois morts et six blessés. Le capitaine Thomas Hall se rend. Pitot prend à son bord 28 prisonniers, laisse les blessés sur le cotre ainsi que sept hommes d’équipage anglais pour aider le lieutenant Jean Baptiste Le Huby, capitaine conducteur et son équipage de prise à ramener le « Hope » à Brest. Les trois cadavres ont été immergés.

Le « Hope », corsaire anglais de Liverpool, gréé en cutter, 102 tonneaux, était armé de 12 pièces de canon de 8 et de 9 de 6 livres. Amarré au quai neuf sous le château, il a été jugé de bonne prise, ses blessés admis à l’hôpital et le reste de l’équipage emprisonné à Pontanezen.

Le navire, avec ses apparaux et son artillerie a été évalué à 26 319 livres, et mis en vente. Acquis par l’Etat, armé à Dunkerque, le « Hope », sous pavillon français a par la suite assuré en Manche l’escorte de convois.

 

-Capture du navire « Anna Margarita » par le « Hook », 21 septembre 1793. Ce navire marchand danois d’une jauge de 96 tonneaux, capitaine Nicolas Thomson venait du Danemark avec du blé pour Barcelone. Arraisonné par Pitot à 15 lieues dans l’ouest- nord-ouest d’Ouessant, il a été conduit au quai neuf du château à Brest pour l’enquête habituelle menée par le greffier de paix du port. Le blé étant semble-t-il déjà en fermentation, il a été jugé bon de le débarquer dans un magasin en attendant le jugement du conseil des prises.

Le dossier (2Q-114) étant incomplet, j’ignore si cette capture a été déclarée bonne.

 

-Le même jour, 21 septembre 1793, arraisonnement de la  « Minerve », navire marchand, dit tantôt danois ou suédois, à 21 lieues au nord d’Ouessant dans le secteur des Sorlingues (Scillies). Capitaine norvégien Forgen Bucland, 130 tonneaux, chargement de morues en provenance de Farsund (Norvège), à destination de Livourne. Amené au quai neuf du château à Brest, (dossier 2Q 97, incomplet).

 

On peut noter qu’en cette année 1793, l’enseigne de vaisseau François Marie Pitot est franc-maçon, membre de la loge brestoise « Les Amis de Sully ».

 

La Convention, sur le compte que lui rendit de ce beau fait d'armes le ministre de la marine, accorda par décret, à tous les marins du « Hook » un avancement. »

convention

 

f1[1]

"Mes amis ne craignez pas le nombre des ennemis, nous en aurons plus de gloire à les vaincre"

Le 5 septembre 1793, VS (vieux style). Sur le dessin, le Hope, cutter est au premier plan, le lougre

à contre bord derrière. 

 

Le fait est que François-Marie Pitot est nommé avant la fin de l’année 1793, lieutenant de vaisseau.

              

La Marine lui donne le commandement de  la « Nymphe », frégate de 750 tonnes, portant 40 canons. A son bord il combat le 30 décembre 1793 les batteries de côtes tenues par les chouans sur l’île de Noirmoutier. Un boulet atteint la frégate sous la flottaison, le navire fait naufrage, et coule en face de la plage des Dames devant le fort de Saint-Pierre.

(Mention de la position de  l’épave dans www.archeosousmarine.net).

 

Aucune faute n’est imputée à François-Marie Pitot à qui l’amirauté confie quelques semaines plus tard, une frégate neuve type Galathée, de 32 canons, la « Républicaine Française », avec laquelle il patrouille en Atlantique, aux abords d’Ouessant et en Manche, donnant la chasse aux Anglais.

-Une mauvaise affaire : la prise le 9 pluviôse an III de la « Notre-Dame des Bons-Conseils », navire marchand sous pavillon de la République de Raguse. Pitot se trouvait par 48 55N à 36 lieues d’Ouessant en croisière avec deux autres frégates françaises quand il a fait main basse sans combat sur ce bâtiment de 250 tonneaux, chargé de coton filé et de fruits secs, en provenance de Smyrne (Turquie), allant sur Rotterdam. Le capitaine Barbarin et ses 15 hommes d’équipage n’ont pas utilisé leurs deux canons, contre les 32 de la « Républicaine Française ».
Pitot a fait passer à bord de sa frégate 9 hommes de sa prise et les papiers, et l’a envoyée à Brest avec  le reste de l’équipage et 10 marins français, sous le commandement d’un de ses lieutenants.

En route le navire ragusien a été malmené et sérieusement avarié dans un violent coup de vent avant d’arriver au port du château.

A Brest le conseil des prises après enquête a reconnu que la « Nd des Bons-Conseils » était un navire neutre et que sa capture ne pouvait pas être validée.

Le capitaine Barbarin a réclamé des dommages et intérêts à l’état français, Son navire a été fortement endommagé dans la mâture, des entrées d’eau dans la coque vont l’obliger à le faire radouber, des marchandises sont gâtées invendables. L’administration prend en compte ses plaintes mais lui propose un dédommagement en assignats. Ce qu’il refuse, réclamant du « numéraire ». (Grosse liasse dans) 2Q 96.

En mai 1795, le navire la « Républicaine Française » change de nom et devient la « Renommée », Pitot qui poursuit son commandement sur le même navire, a été promu capitaine de vaisseau de 2e classe le 21 mai 1796. Croisant dans le sud de Santo-Domingo aux Antilles, la frégate est prise par le « HMS Alfred », vaisseau de 74 canons, le 13 juin ou juillet 1796 selon les sources. (25 messidor an IV). Voilà Pitot prisonnier des Anglais.

 

Libéré début 1799,  il retrouve des commandements, d’abord pour quelques semaines, celui de la frégate la « Créole » 40 canons,  13 mars – 10 avril 1799, puis celui de la frégate « Vengeance », 800 tonneaux, dotée de 40 canons, avec laquelle il soutient un combat de plusieurs heures le 1er février 1800, au large de Saint-Christophe (Cristobal) aux Antilles contre le navire américain « USS Constellation» de 38 canons, capitaine Thomas Truxton. De nombreux blessés et morts de part et d’autre, 14 morts 25 blessés pour l’Américain, dont plusieurs décéderont,  28 morts et 110 blessés pour le Français. (Une source parle de 160 morts)

537px-VengeanceConstellation[1]

 

Les deux navires sont sérieusement endommagés, la « Vengeance » est semble-t-il mise en fuite, et se réfugie à Curaçao.

ConstellationVengeance[1]

http://en.wikipedia.org/wiki/uss_constellation_vs_La_Vengeance (les deux tableaux ci-dessus)

 

Quelques mois plus tard, le 20 août 1800, la frégate raccommodée soutient un combat contre un navire anglais: le « HMS Seine » dans le détroit de Mona au large de Porto-Rico.

 

Capture de la « Vengeance » par le « HMS Seine », auteur Thomas Whitcombe 1816.

Bristish Museum (accès Wikipedia)

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Le combat décisif n’a lieu que le 25 août. Après plusieurs heures de canonnages réciproques, la « Vengeance » se rend, François Marie Pitot est à nouveau prisonnier des Anglais. A bord de la « Seine » on relève 13 morts et 29 blessés, quant à la « Vengeance »  mise en pièces, elle est ramenée à la Jamaïque. Selon une source remise en état elle naviguera sous pavillon anglais, selon une autre elle y  finira comme ponton. (L’ « HMS Seine » n’était autre que l’ancienne frégate française « Seine » de 40 canons prise par les Anglais en juin 1798.

 

Libéré sur parole et revenu à Brest début février 1801, l’amiral Bruix lui confie le commandement de la 3e division de la flottille de bateaux-canonniers, à Boulogne sur Mer.

(Préparatifs pour une tentative avortée de descente en Angleterre voulue par Napoléon 1er)

Mais physiquement trop diminué, il doit renoncer au service et prend sa retraite en novembre 1803 (brumaire an XII), il a 36 ans. (Lettre au vice-amiral Bruix commandant en chef la flottille – 24 vendémiaire an XII)

 

Mariage et retraite au Conquet

  « Il fut mis à la retraite pour cause de blessures, en l’an XII. Il avait perdu la main droite  
 au service, et assisté sur le Conquérant à quatre combats, dans l'un desquels il avait 
 été blessé.. Il comptait dix-neuf campagnes, huit combats et plusieurs blessures graves ».  

  Peu avant de quitter la Marine, âgé de 34 ans, il épouse au Conquet le 5e jour du mois complémentaire de l’an 9 de la République Française, la citoyenne Angélique Marie Jeanne Renée Provost-Penanrü jeune bourgeoise de 22 ans. Née le 2 juillet 1778, fille de sieur François-Marie Provost-Pennanrü (absent en mer le jour de la naissance) et de demoiselle Elisabeth Helcun. Parrain René Le Verge, maître de barque et marraine Jeanne-Marie de Kersauson-Keryaouen.

Mariage célébré par le maire Créac’h,  en présence de Michel Helcun, grand-père âgé de 84 ans, ancien capitaine de commerce, de Elisabeth Helcun mère de la mariée, marchande, de cousins Pitot de Morlaix et d’une vingtaine de témoins de la bourgeoisie locale.

 

Son activité « politique » : conseiller municipal en brumaire  an XI, le 16 février 1808, il est désigné comme maire par le préfet du Finistère et installé le 7 avril 1808.

Ses conseillers municipaux se nomment :

Hervé Morain

Noël Le Bihan

François Lannuzel

Laurent Lannuzel

Jean Le Bihan

Michel Podeur

Guillaume Soliman

Jean Amis

Petton, greffier de la mairie

Keruzoré, caissier municipal

 

François Marie Pitot était toujours franc-maçon, sa signature avec les trois points caractéristiques en triangle témoigne de cette appartenance.

signature-pitot-seule-blg.jpg

 

 

En octobre 1809, Pitot écrit au préfet : « je ne puis marcher, je suis absolument privé de l’usage de la main droite, (ayant perdu trois doigts en 1789 en chargeant un pierrier),  et très souvent je ne puis me servir de la gauche. » Il réclame d’être relevé de sa fonction de maire et propose pour le remplacer Jean Marie Le Guerrannic. Ce qui se fait au 30 octobre 1809

 

Son activité « professionnelle » :

En ventôse IX, il avait demandé à être inscrit pour avoir une patente de première classe au Conquet (alors qu’il n’était pas encore en retraite). Par la suite son activité de commerçant tourne autour des navires. Je n’en connais que des fragments.  

Vendémiaire an XI, parmi les navires préhendés par l’Etat et amenés à Camaret en frimaire an XII, on note une « Marie-Françoise » au citoyen Pitot, valeur 5 000 francs.

 

Le 26 décembre 1808, entre au Conquet une prise anglaise, la « Diana » de Dungarvan en Irlande, capturée par trois bateaux de Molène et la péniche garde-côtes  « Telenir » du Conquet. Le 13 mai 1809, à la vente aux enchères du bateau et de sa cargaison, Pitot emporte un lot de beurre et le bateau avec ses apparaux pour 4 200 francs. La « Diana » est un brick-senau construit en 1807, d’une longueur de 15 mètres.

  

François-Marie Pitot meurt au Conquet le 10 septembre 1816, à 11 heures du matin, âgé de 49 ans. Le décès est déclaré à la mairie le lendemain par François-Marie Bazil, avocat 45 ans, demeurant à Brest et par Noël Le Verge, capitaine de commerce, 53 ans, demeurant au Conquet, tous deux parents alliés. Maire :  Jean-Marie Le Guerrannic (père).

 

Le 25 juin 1838, à 18 heures, Jean François Marie de Kersauzon, propriétaire, 46 ans, demeurant Kernoues ( ?) arrondissement de Brest, cousin de la défunte, accompagné de Louis Salaun, jardinier, 36 ans, bienveillant, vient déclarer le décès de dame Angélique Marie Jeanne Renée Provost-Pennanrü, veuve Pitot, propriétaire, 60 ans, ce même jour à 4 heures du matin.  Le maire est alors Charles Lombard.

 

La deuxième partie de l’article sera à compléter avec également une rubrique « Sources ».

                                      Novembre 2012  / JPC

 

6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 15:25

L’odyssée du chalutier Cyclamen (1927).

En cette fin 1927, une forte tempête souffle sur les côtes de l’Atlantique et de la Manche, générant de nombreux problèmes en mer.

 

Les dépêches des journaux sont peu précises voire contradictoires. Selon Ouest-Eclair : « Lorient, 19 décembre. Sur mer on signale de forts vents du nordet qui ont sérieusement contrarié la navigation. On annonce que le chalutier Cyclamen de Saint-Nazaire, n’étant plus maître de sa manœuvre, est allé à la dérive dans les parages des Birvideaux entre  Quiberon et Belle-Ile. Le fort remorqueur le Tourbillon qui se tient pendant l’hiver sous Belle-Ile est parti à sa recherche.

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Le remorqueur Tourbillon, cliché La Dépêche, image extraite d'un article de "pages14-18.net", signé Memgam, du 28-12-2010

 

Dans le même journal le lendemain, autre version :

Mardi 20, le Tourbillon de l’UFM, conduisait de Lorient à Saint-Nazaire le Cyclamen quand la remorque cassa. Le chalutier partit en dérive, il fut impossible de lui passer une nouvelle remorque et il disparut au gré du vent et de la mer.

Puis les jours suivants :

Il a été signalé par le travers de Penmarc’h, puis le 21 vers 11 heures à quatre milles au large des Pierres-Noires vers Brest.

 

Le remorqueur Iroise était à Brest prêt à appareiller pour récupérer le fugitif dès qu’une position précise aurait été communiquée, tandis que l’Auroch aussi de l’UFM patrouillait dans le sud des Pierres-Noires. On croyait le chalutier coulé dans la tempête quand la veille de noël 1927, il a été découvert échoué très haut dans une grève à Béniguet. L’entreprise de renflouement « Gourio » a été sollicitée, mais manifestement  n’a rien pu faire pour déséchouer le Cyclamen. L’épave s’est désagrégée lentement, il n’en reste quasiment plus rien.

 

cyclamen-beniguet.jpg

 

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L’errance du mini-transat Betelgeuse  (2012).

 Traduit de :    http://www.pbo.co.uk/news/531398/french-sailor-rescued-off-scillies

Début avril 2012, un voilier français « mini-transat » 6.50 m, s’est trouvé pris lors d’un parcours de qualification en solitaire à l’entrée de la Manche, dans une tempête de nord-ouest force 8, avec des creux de 5 mètres.

Après le démâtage de son bateau, le skipper a déclenché le signal de détresse SMDSM de sa VHF. Celui-ci fut intercepté par le car-ferry Aquamarine qui le relaya sur les coast-guards de Falmouth (Mrcc). Le canot de sauvetage de  St Mary RNLI appareilla dans les meilleurs délais et rejoignit le yacht Bételgeuse en détresse à 26 milles dans le sud des Scillies dans une mer démontée.

Après avoir récupéré à leur bord le marin français sain et sauf, les canotiers anglais renoncèrent en raison de l’état de la mer, à remorquer le voilier qui fut abandonné en dérive.

On oublia le Bételgeuse pensant qu’il avait coulé, quand plusieurs jours plus tard, ayant erré au gré des vents et des courants, il est venu s’échouer sans avaries majeures, à Béniguet, dans la grève dite « du chalutier » où le Cyclamen avait bien des années avant fini sa carrière.

 

Renfloué, le Bételgeuse a été ramené au Conquet par l'entreprise "Iroise-Mer" pour être remis à son propriétaire. 

BETELGEUSE002---Copie.jpg Photo JPC.

 

6 octobre 2012/ JPC.

 

 

 

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