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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 10:08

Controverse à propos de l’Enez-Eussa (premier du nom)

 

Dans un article de ce blog en mars 2009,  concernant le vapeur mis sur la ligne Brest-Ouessant en 1924, j’ai repris l’opinion jusque là admise que le bateau était :

 

« Un yacht royal saisi comme prise de guerre

Ferdinand 1er de Saxe-Cobourg, né à Vienne en 1861, fut prince régnant de Bulgarie de 1887 à 1908, puis tsar de Bulgarie de 1908 à 1918. Lors de la première guerre mondiale, la Bulgarie choisit le camp allemand, elle capitulera quelques semaines avant l’armistice du 11 novembre 1918.

Comme tous les pays vaincus par les Alliés, la Bulgarie est soumise au paiement de dommages de guerre, et à la confiscation de navires. Le yacht personnel de Ferdinand 1er  devenu ravitailleur de sous-marins allemands,  fait partie des bateaux saisis, 

Ce vapeur, le Yoskil (peut-être un prénom d’Europe Centrale), a été construit en Ecosse en 1905, aux chantiers Loebnitz  C°, de Renfrew près de Glasgow. C’est une unité de 39 mètres de long, pour 6,30 mètres de large et 3 mètres de tirant d’eau, propulsée par une machine à vapeur de 250 hp  .etc… » 

Monsieur Jean Michel Thévenin que je remercie de son intervention, m’apporte ce 15 janvier 2015, un éclairage différent sur les origines du bateau « construit à Renfrew en Ecosse, mais sous le nom de Beryl  pour le compte de la Compagnie Mexicaine de Vapeurs, enregistré à Vera Cruz et destiné au transport de passagers. En 1915 il est rebaptisé Yoskyl par son nouveau propriétaire la Compagnie Anglo-Mexicaine des Pétroles et basé à Nassau aux Bahamas.

En 1917 il est racheté par le gouvernement français qui a besoin de petites unités pour la surveillance des côtes. Le navire est alors affecté à Brest dans la 5e Escadrille de patrouille du port sous le nom de Coccinelle…. »

 

Dans le but de corriger mon écrit j’ai donc fait de rapides recherches :

 

Si on consulte le site web : http://www.clydeships.co.uk/view.php?ref=11277 et différents sites liés à la famille Pearson :

Le début de carrière du navire est bien confirmé : lancé le 25 janvier 1906 par Löbnitz and Co Renfrew, comme Beryl sous pavillon mexicain pour Compania Mexicana de Vapor del Aquila Mexico-City, port d’attache Veracruz,  qui deviendra la Mexican Eagle Petroleum and Co, une des sociétés de la compagnie Samuel Pearson and son, Ltd, London.

 

La S. Pearson est alors une multinationale qui construit des chantiers navals, des ports, des voies de chemin de fer n’importe où dans le monde et qui exploite des champs pétrolifères.au Mexique  A l’époque qui nous occupe, le manager en est Weetman Dickinson Pearson, son fils Weetman Harold Pearson s’est marié en 1905 avec Agnès Beryl Spencer-Churchill, (petite fille du 6ème duc de Marlborough) d’où le premier nom du vapeur. Le couple en 1906 a eu une fille Daisy Yoskyl Consuelo Pearson, second nom du bateau en 1908 ou 1915 ( ?)

Au début de la Première Guerre Mondiale, Weetman Dickinson Pearson est en Angleterre, en janvier 1917 Lloyd George lui confie la présidence du « Air board ».

A cette date le Yoskyl doit être revenu en Angleterre, c’est sans doute alors que la marine française en fait l’acquisition pour la 5e Flottille de Patrouilleurs sous le nom de Coccinelle 1  (ex anglais)….

 

Le site « clydeships » cité plus haut  propose des photos du navire, dont deux sont extraites de mon blog 

Pour la suite voir le Blog « Recherches historiques Le Conquet du 02.03.2009 »

 

Complément :

On peut trouver à l’adresse Web :  http://channelislandsshipping.je/page72.html une évocation et des photos de l’Enez-Eussa au temps où il s’appelait Celuta

 

Reste à savoir pourquoi et comment un lien a pu être fait entre l’Enez-Eussa et l’archiduc Ferdinand de Bulgarie. Une des premières mentions que j’en ai se trouve dans les Cahiers de l’Iroise d’avril-juin 1961, « Ouessant au bout du monde », article de Michel Geistdoerfer.

Et dans « Ouessant l’île sentinelle »  1997, l’auteure, Françoise Péron précise que l’archiduc devenu tsar, utilisait son yacht sur le lac Léman.

Entre temps de nombreux articles ont repris cette « prétendue ( ?) » origine.

 

 Le-Conquet-001.jpg

Photo communiquée par monsieur Priol. L'Enez entre 1950 et 60.

 

Monsieur Thévenin que je remercie une nouvelle fois a le mérite de nous faire rectifier une légende, qui sûrement est venue de quelque part. Je compte sur les lecteurs de ce blog pour poursuivre l’enquête.

 

                                                                                   JPC : 3 février 2015

 

PS. Je demande aux lecteurs qui laissent des commentaires dans les espaces prévus sur ce blog de m'y communiquer leur ads mail, sinon je suis dans l'incapacité de leur répondre. Merci. JPC

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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 09:08

A PROPOS DE LA ROCHE DITE DU « FULMINANT »

Chenal du Four, partie sud.

 

Courant 1889, le maire du Conquet écrivait au président de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés : « Il y a dix-sept ou dix-huit mois, le vaisseau le Fulminant a touché une roche, pour ainsi dire à l’entrée du Conquet. Ce vaisseau aurait été perdu si la mer avait été grosse et l’équipage aurait pris de grands risques s’il n’avait pu prendre place dans les canots du bord. Le canot de sauvetage n’aurait pu se porter au secours des naufragés, le peu de solidité des fonds dans le port ne permettant pas au chariot de dépasser la mi-marée aux époques de syzygie. »       

fulminant-roche.jpg    

Extrait de carte du Service Hydrographique de la Marine, N°5129, édition 1903.

 

A l’époque le canot de sauvetage « Mallats-Demortiers » embarcation à rames de 10,78 mètres était toujours remisé dans son abri au sommet de la pointe Saint-Christophe. La mise à l’eau comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, se faisait par la cale ouest du Drellac’h. A basse-mer, le chariot s’enlisait dans les sables vaseux et les chevaux ne pouvaient l’en extraire. La question ne sera résolue qu'en 1932! avec le transfert de la station de sauvetage à la pointe Sainte-Barbe.

 

Le Fulminant, était l’un des trois cuirassés gardes-côtes, avec le Tonnerre et la Tempête, à la silhouette ressemblant aux « monitors » américains. Lancé à Cherbourg en 1877, il avait un déplacement d’environ 5 000 tonnes, pour une longueur de 75 mètres, sa vitesse était de 14 nœuds. Son armement consistait principalement en deux canons de 274 m/m protégés par une « carapace » en forme de marmite, complété par une dizaine de pièces diverses. Son équipage comptait 5 officiers et environ 250 officiers-mariniers et marins.

fulminant-arsenal.jpg 

Le Fulminant faisait partie d’une division de l’Escadre du nord basée à Brest quand, un jour de 1887, par grande marée basse, passant sur la diagonale entre le phare de Kermorvan et la Grande-Vinotière, à peu près à égale distance des deux marques, un choc ébranla le vapeur. Le garde-côtes venait de passer sur un haut-fond jusque-là inconnu des pilotes de la Flotte.

Je n’ai pas trouvé le rapport de mer de cet accident, mais la carrière du Fulminant ne s’est pas arrêtée là, et il n'y a semble-t-il pas eu de victimes. Le haut-fond a été reporté sur les cartes marines « Roche du Fulminant (3.6). »

Sur la carte postale LL N°7, (collection JPC), au premier plan le Fulminant et derrrière lui le croiseur à quatre cheminées et trois-mâts est le Guichen.

 

                                     JPC/ 12 juin 2013.

 

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 18:16

Un maire du Conquet oublié : François Marie Pitot,

 

Lorsqu’il y a plusieurs années, j’avais étudié la période du Premier Empire au Conquet, entre Créac’h et Le Guerrannic figurait bien un maire « furtif » avec une seule année de mandat, 1808-1809, François Marie Pitot. Ses quelques courriers le montraient geignard, réclamant au préfet d’être relevé de sa fonction, se déclarant malade et handicapé, incapable de satisfaire les demandes du commissaire de police Chépy qui de Brest le harcelait. Bref il ne m’intéressait pas.

Depuis quelques semaines, j’ai revu complètement mon point de vue sur notre concitoyen.

Fils de  Vincent François Pitot négociant et de Catherine Jeanne Corbet, il est né à Morlaix le 24 janvier 1767. Lors de ses premiers embarquements comme mousse il n’avait sûrement pas dix ans.

 

« Volontaire » au temps de la guerre des Insurgents :

A 13 ans en  avril 1780, il s’engage dans la marine Royale comme volontaire. Donc pendant la guerre d’Indépendance des Etats-Unis d’Amérique (1778-1783).

 

Son premier embarquement pour le Roi, il le fait sur  le « Conquérant », vaisseau à deux-ponts, portant 74 canons et pouvant transporter 650 hommes.

Le 2 mai 1780, le « Conquérant » quitte Brest au sein de l’escadre du chevalier de Ternay, (7 vaisseaux et trois frégates), escortant les navires de transport du corps expéditionnaire de Rochambeau (6 000 hommes embarqués sur 86 bâtiments marchands) allant soutenir Lafayette sur les côtes américaines.

Le jeune Pitot 14 ans ½ subit l’épreuve du feu à la bataille de la Chesapeake le 16 mars 1781, dite aussi du cap Henry où est engagée l’escadre de Charles Sochet des Touches, 7 vaisseaux de ligne, plus un vaisseau pris aux Anglais et une frégate, la célèbre « Hermione ». Sous le commandement de Charles-Marie de La Grandière, le « Conquérant » est malmené par les tirs anglais.

« Le Conquérant eut à tenir tête, dans l'affaire du 16 mars, à trois vaisseaux ennemis. Il eut trois officiers tués, entre autres M. de Kergis. Cent matelots ou soldats de son bord furent touchés, parmi lesquels il y en eut 40 de tués et 40 autres environ qui moururent de leurs blessures. C'est sur le pont que se fit le plus grand carnage. Le maître d'équipage, le capitaine d'armes et sept timoniers furent au nombre des morts… (Journal de Blanchard) »

Quelques temps après le sanglant combat des Saintes (1 000 anglais et 3 000 français tués) qui vit, le 12 avril 1782,  la défaite de l’armée navale de de Grasse et la capture de l’amiral par les Anglais, le « Conquérant » rentra en France où Pitot quitta le navire.

 

François Marie Pitot effectue alors les embarquements suivants :

 

Navire de l’Etat

Serin, corvette, octobre 1782 - avril 1783, volontaire.

Corvette de 14 canons, 250 tonneaux, 32m, 14 canons de 6.

 

Navires marchands :

Espérance, commerce, septembre 1783 – mars 1784

Malice, commerce, septembre 1784 – juillet 1785

Etoile, commerce,  juin 1786, octobre 1788 ( ?)

 

Navires de l’Etat :

Durance, gabare type « Rhône » 350 tonneaux, 37 m, 200 h, 6 canons de 8 et deux caronades mars-octobre 1788  volontaire

Thérèse, sloup, 15 decembre 1788, blessé à la tête et à la main droite en chargeant un pierrier le 13 septembre 1789, perdant trois doigts à cette main. Nommé officier auxiliaire en 1790, cesse ses fonctions sur la « Thérèse » le 27 juillet 1790, et embarque sur le « Cerf ».

 

Epoque révolutionnaire :

 

Le Cerf, Brick aviso  140 tx 27 m, 14 canons de 4 et 2 obusiers.aviso, 28 juillet 1790, officier auxiliaire, puis sous-lieutenant de vaisseau 1er janvier 1791 et enseigne de vaisseau entretenu le 1er janvier 1792 débarque le 15 avril 1792

 

Le Marsouin, flûte avril juillet 1792, enseigne de vaisseau

Gabare 750 tonnes, transport de troupes

 

Républicain, (Ex Royal-Louis) vaisseau de 110 canons, Enseigne de  vaisseau août-décembre 1792,  Le Républicain attaché au port de Brest fait partie de l’escadre du contre-amiral Morard de Galles.

 

Tourville, vaisseau de 74 type Téméraire, décembre 1792 – février 1793 enseigne de vaisseau

 

Républicain, à nouveau, 25 février – 20 avril 1793

 

Le « commandant » François-Marie Pitot.

Toujours enseigne de vaisseau, il a 26 ans quand commandant le lougre de l’Etat « Hook » ex-anglais, de 18 canons attaché au port de Brest,, il capture  la « Françoise-Marie » de Torbay le 27 juillet 1793, la « Résolution », brick le 3 septembre,  puis le cutter anglais « Hope » le 6 septembre de la même année.

cor-lougre-ozanne[1]

  Lougre dessin de  Ozanne.

lougre Roux

  Lougre de guerre, aquarelle de Roux

 

-Capture du sloup corsaire anglais « Françoise-Marie ».  Pitot en croisière en Manche, aperçoit un navire faisant route vers lui par temps très calme.  Il s’en approche, le reconnaissant comme ennemi s’apprête à lui livrer combat, mais l’anglais se rend sans résistance.

« Françoise-Marie », ce petit sloup à hunier d’environ 30 tonneaux, 4 canons en fer, 2 en bois (pour faire illusion), 2 obusiers, 4 pierriers, 20 hommes d’équipage, capitaine Williams Lawson, a été ramené à Brest, jugé de bonne prise et acquis par la marine de l’Etat.

 

-La prise du « Resolution » racontée par H.Moulin, « Les marins de la République », éditions Charavay frères, Paris 1883. (Accès www.archives.org)

 

« Le lougre avait conservé son nom, son gréement, son agencement, de sorte que, français seulement par ses couleurs et par son équipage, il était resté anglais par tout le reste.

 

Pitot avait appareillé, le 3 septembre 1793, de la baie de Camaret, par une belle mer, et il n'était encore qu'à quelques lieues des côtes, lorsqu'il se trouva en vue d'un brick anglais. C'était la « Resolution », armée de 16 obusiers de 12 et de 6. Il se décida à l'attaquer; mais il aperçut un canot, monté de quatre hommes et d'un officier, qui se détachait du brick anglais et s'approchait de lui. Le canot aborde le « Hook », et l'officier monte à bord. Quel n'est pas l'étonnement de Pitot d'apprendre de sa bouche que le capitaine de la « Resolution », le prenant pour un compatriote, lui envoie une invitation à dîner, et son canot pour le conduire à son bord!

Pitot rit de la méprise et, s'adressant à l'officier anglais : «  Vous nous resterez, lui dit-il; je ne saurais accepter le dîner de votre capitaine, et vous savez pourquoi; mais vous partagerez le mien et nous irons ensemble lui porter sa part de dessert. » Le capitaine anglais, ne voyant pas revenir son canot, et observant mieux les allures du Hook, reconnaît son erreur et se hâte de fuir, sans attendre le premier coup de canon. Pitot le poursuit tantôt à la voile, tantôt à l’aviron, à cause du calme. Il l'atteint enfin, après douze ou quinze heures de poursuite, et l'attaque sur le champ. Deux bordées seulement sont échangées, auxquelles succède l'abordage.

 

L'équipage français, chefs et matelots, rivalise d'ardeur et de courage. La fougue est telle que tous envahissent le pont ennemi, et que c'est à grand'peine que Pitot peut retenir autour de lui sept hommes sur le Hook, L'enseigne Le Huby, le premier à s'élancer, tombe entre les deux navires, où il pouvait être broyé, et se blesse à la jambe. Sa blessure ne l'arrête pas; il remonte sur-le-champ, saute à bord de la Resolution, suivi de l'enseigne Le Douarin, de l’aspirant Le Bozec,  du maître canonnier Perrot, des matelots Beaumare et Doré.

 

Le Douarin s'élance, le pistolet d'une main et le sabre de l’autre, s'ouvre un passage à travers la haie ennemie, se porte sur le capitaine, qu'il renverse, et s'empare de ses armes.  Doré, soldat de marine, blessé d'une pique restée dans la plaie, l'arrache, brûle la cervelle de celui qui l'a blessé, et se sert de la pique, teinte de son sang pour poursuivre sur le pont les Anglais qui y sont encore.

 

Trois quarts d'heure de combat et une demi-heure d'abordage suffisent au brave Pitot pour enlever le navire ennemi, plus fort que le sien. Il l'amarine et le conduit triomphalement à Brest.

Je n’ai pas s trouvé dans les dossiers d’archives de la Marine à Brest (série 2Q), mention de ce fait d’armes.)

 

-Prise du  « Hope » par le lougre de la République le « Hook »  François Marie Pitot, expédié sur ordre du ministre de la Marine pour une mission particulière, se trouvant le 6 septembre 1793 à 8h du matin par 48.30N et à 20 lieues dans l’ouest d’Ouessant, vent de nord-nordet, donnant la chasse à un bâtiment ennemi, en voit un autre venant vers lui. Vers 9h, à une demi-portée de canon, Pitot fait hisser le pavillon tricolore en l’appuyant d’un coup de canon pour engager le combat. Les navires s’envoient des boulets pendant trois-quarts d’heure, puis Pitot vient à élonger l’Anglais en lui tirant des salves de mousqueterie et au bout d’une ½ heure lance ses hommes à l’abordage. Sur le pont du « Hope » il y a déjà trois morts et six blessés. Le capitaine Thomas Hall se rend. Pitot prend à son bord 28 prisonniers, laisse les blessés sur le cotre ainsi que sept hommes d’équipage anglais pour aider le lieutenant Jean Baptiste Le Huby, capitaine conducteur et son équipage de prise à ramener le « Hope » à Brest. Les trois cadavres ont été immergés.

Le « Hope », corsaire anglais de Liverpool, gréé en cutter, 102 tonneaux, était armé de 12 pièces de canon de 8 et de 9 de 6 livres. Amarré au quai neuf sous le château, il a été jugé de bonne prise, ses blessés admis à l’hôpital et le reste de l’équipage emprisonné à Pontanezen.

Le navire, avec ses apparaux et son artillerie a été évalué à 26 319 livres, et mis en vente. Acquis par l’Etat, armé à Dunkerque, le « Hope », sous pavillon français a par la suite assuré en Manche l’escorte de convois.

 

-Capture du navire « Anna Margarita » par le « Hook », 21 septembre 1793. Ce navire marchand danois d’une jauge de 96 tonneaux, capitaine Nicolas Thomson venait du Danemark avec du blé pour Barcelone. Arraisonné par Pitot à 15 lieues dans l’ouest- nord-ouest d’Ouessant, il a été conduit au quai neuf du château à Brest pour l’enquête habituelle menée par le greffier de paix du port. Le blé étant semble-t-il déjà en fermentation, il a été jugé bon de le débarquer dans un magasin en attendant le jugement du conseil des prises.

Le dossier (2Q-114) étant incomplet, j’ignore si cette capture a été déclarée bonne.

 

-Le même jour, 21 septembre 1793, arraisonnement de la  « Minerve », navire marchand, dit tantôt danois ou suédois, à 21 lieues au nord d’Ouessant dans le secteur des Sorlingues (Scillies). Capitaine norvégien Forgen Bucland, 130 tonneaux, chargement de morues en provenance de Farsund (Norvège), à destination de Livourne. Amené au quai neuf du château à Brest, (dossier 2Q 97, incomplet).

 

On peut noter qu’en cette année 1793, l’enseigne de vaisseau François Marie Pitot est franc-maçon, membre de la loge brestoise « Les Amis de Sully ».

 

La Convention, sur le compte que lui rendit de ce beau fait d'armes le ministre de la marine, accorda par décret, à tous les marins du « Hook » un avancement. »

convention

 

f1[1]

"Mes amis ne craignez pas le nombre des ennemis, nous en aurons plus de gloire à les vaincre"

Le 5 septembre 1793, VS (vieux style). Sur le dessin, le Hope, cutter est au premier plan, le lougre

à contre bord derrière. 

 

Le fait est que François-Marie Pitot est nommé avant la fin de l’année 1793, lieutenant de vaisseau.

              

La Marine lui donne le commandement de  la « Nymphe », frégate de 750 tonnes, portant 40 canons. A son bord il combat le 30 décembre 1793 les batteries de côtes tenues par les chouans sur l’île de Noirmoutier. Un boulet atteint la frégate sous la flottaison, le navire fait naufrage, et coule en face de la plage des Dames devant le fort de Saint-Pierre.

(Mention de la position de  l’épave dans www.archeosousmarine.net).

 

Aucune faute n’est imputée à François-Marie Pitot à qui l’amirauté confie quelques semaines plus tard, une frégate neuve type Galathée, de 32 canons, la « Républicaine Française », avec laquelle il patrouille en Atlantique, aux abords d’Ouessant et en Manche, donnant la chasse aux Anglais.

-Une mauvaise affaire : la prise le 9 pluviôse an III de la « Notre-Dame des Bons-Conseils », navire marchand sous pavillon de la République de Raguse. Pitot se trouvait par 48 55N à 36 lieues d’Ouessant en croisière avec deux autres frégates françaises quand il a fait main basse sans combat sur ce bâtiment de 250 tonneaux, chargé de coton filé et de fruits secs, en provenance de Smyrne (Turquie), allant sur Rotterdam. Le capitaine Barbarin et ses 15 hommes d’équipage n’ont pas utilisé leurs deux canons, contre les 32 de la « Républicaine Française ».
Pitot a fait passer à bord de sa frégate 9 hommes de sa prise et les papiers, et l’a envoyée à Brest avec  le reste de l’équipage et 10 marins français, sous le commandement d’un de ses lieutenants.

En route le navire ragusien a été malmené et sérieusement avarié dans un violent coup de vent avant d’arriver au port du château.

A Brest le conseil des prises après enquête a reconnu que la « Nd des Bons-Conseils » était un navire neutre et que sa capture ne pouvait pas être validée.

Le capitaine Barbarin a réclamé des dommages et intérêts à l’état français, Son navire a été fortement endommagé dans la mâture, des entrées d’eau dans la coque vont l’obliger à le faire radouber, des marchandises sont gâtées invendables. L’administration prend en compte ses plaintes mais lui propose un dédommagement en assignats. Ce qu’il refuse, réclamant du « numéraire ». (Grosse liasse dans) 2Q 96.

En mai 1795, le navire la « Républicaine Française » change de nom et devient la « Renommée », Pitot qui poursuit son commandement sur le même navire, a été promu capitaine de vaisseau de 2e classe le 21 mai 1796. Croisant dans le sud de Santo-Domingo aux Antilles, la frégate est prise par le « HMS Alfred », vaisseau de 74 canons, le 13 juin ou juillet 1796 selon les sources. (25 messidor an IV). Voilà Pitot prisonnier des Anglais.

 

Libéré début 1799,  il retrouve des commandements, d’abord pour quelques semaines, celui de la frégate la « Créole » 40 canons,  13 mars – 10 avril 1799, puis celui de la frégate « Vengeance », 800 tonneaux, dotée de 40 canons, avec laquelle il soutient un combat de plusieurs heures le 1er février 1800, au large de Saint-Christophe (Cristobal) aux Antilles contre le navire américain « USS Constellation» de 38 canons, capitaine Thomas Truxton. De nombreux blessés et morts de part et d’autre, 14 morts 25 blessés pour l’Américain, dont plusieurs décéderont,  28 morts et 110 blessés pour le Français. (Une source parle de 160 morts)

537px-VengeanceConstellation[1]

 

Les deux navires sont sérieusement endommagés, la « Vengeance » est semble-t-il mise en fuite, et se réfugie à Curaçao.

ConstellationVengeance[1]

http://en.wikipedia.org/wiki/uss_constellation_vs_La_Vengeance (les deux tableaux ci-dessus)

 

Quelques mois plus tard, le 20 août 1800, la frégate raccommodée soutient un combat contre un navire anglais: le « HMS Seine » dans le détroit de Mona au large de Porto-Rico.

 

Capture de la « Vengeance » par le « HMS Seine », auteur Thomas Whitcombe 1816.

Bristish Museum (accès Wikipedia)

HMS_Seine_and_Vengeance-1--copie-1.jpg 

Le combat décisif n’a lieu que le 25 août. Après plusieurs heures de canonnages réciproques, la « Vengeance » se rend, François Marie Pitot est à nouveau prisonnier des Anglais. A bord de la « Seine » on relève 13 morts et 29 blessés, quant à la « Vengeance »  mise en pièces, elle est ramenée à la Jamaïque. Selon une source remise en état elle naviguera sous pavillon anglais, selon une autre elle y  finira comme ponton. (L’ « HMS Seine » n’était autre que l’ancienne frégate française « Seine » de 40 canons prise par les Anglais en juin 1798.

 

Libéré sur parole et revenu à Brest début février 1801, l’amiral Bruix lui confie le commandement de la 3e division de la flottille de bateaux-canonniers, à Boulogne sur Mer.

(Préparatifs pour une tentative avortée de descente en Angleterre voulue par Napoléon 1er)

Mais physiquement trop diminué, il doit renoncer au service et prend sa retraite en novembre 1803 (brumaire an XII), il a 36 ans. (Lettre au vice-amiral Bruix commandant en chef la flottille – 24 vendémiaire an XII)

 

Mariage et retraite au Conquet

  « Il fut mis à la retraite pour cause de blessures, en l’an XII. Il avait perdu la main droite  
 au service, et assisté sur le Conquérant à quatre combats, dans l'un desquels il avait 
 été blessé.. Il comptait dix-neuf campagnes, huit combats et plusieurs blessures graves ».  

  Peu avant de quitter la Marine, âgé de 34 ans, il épouse au Conquet le 5e jour du mois complémentaire de l’an 9 de la République Française, la citoyenne Angélique Marie Jeanne Renée Provost-Penanrü jeune bourgeoise de 22 ans. Née le 2 juillet 1778, fille de sieur François-Marie Provost-Pennanrü (absent en mer le jour de la naissance) et de demoiselle Elisabeth Helcun. Parrain René Le Verge, maître de barque et marraine Jeanne-Marie de Kersauson-Keryaouen.

Mariage célébré par le maire Créac’h,  en présence de Michel Helcun, grand-père âgé de 84 ans, ancien capitaine de commerce, de Elisabeth Helcun mère de la mariée, marchande, de cousins Pitot de Morlaix et d’une vingtaine de témoins de la bourgeoisie locale.

 

Son activité « politique » : conseiller municipal en brumaire  an XI, le 16 février 1808, il est désigné comme maire par le préfet du Finistère et installé le 7 avril 1808.

Ses conseillers municipaux se nomment :

Hervé Morain

Noël Le Bihan

François Lannuzel

Laurent Lannuzel

Jean Le Bihan

Michel Podeur

Guillaume Soliman

Jean Amis

Petton, greffier de la mairie

Keruzoré, caissier municipal

 

François Marie Pitot était toujours franc-maçon, sa signature avec les trois points caractéristiques en triangle témoigne de cette appartenance.

signature-pitot-seule-blg.jpg

 

 

En octobre 1809, Pitot écrit au préfet : « je ne puis marcher, je suis absolument privé de l’usage de la main droite, (ayant perdu trois doigts en 1789 en chargeant un pierrier),  et très souvent je ne puis me servir de la gauche. » Il réclame d’être relevé de sa fonction de maire et propose pour le remplacer Jean Marie Le Guerrannic. Ce qui se fait au 30 octobre 1809

 

Son activité « professionnelle » :

En ventôse IX, il avait demandé à être inscrit pour avoir une patente de première classe au Conquet (alors qu’il n’était pas encore en retraite). Par la suite son activité de commerçant tourne autour des navires. Je n’en connais que des fragments.  

Vendémiaire an XI, parmi les navires préhendés par l’Etat et amenés à Camaret en frimaire an XII, on note une « Marie-Françoise » au citoyen Pitot, valeur 5 000 francs.

 

Le 26 décembre 1808, entre au Conquet une prise anglaise, la « Diana » de Dungarvan en Irlande, capturée par trois bateaux de Molène et la péniche garde-côtes  « Telenir » du Conquet. Le 13 mai 1809, à la vente aux enchères du bateau et de sa cargaison, Pitot emporte un lot de beurre et le bateau avec ses apparaux pour 4 200 francs. La « Diana » est un brick-senau construit en 1807, d’une longueur de 15 mètres.

  

François-Marie Pitot meurt au Conquet le 10 septembre 1816, à 11 heures du matin, âgé de 49 ans. Le décès est déclaré à la mairie le lendemain par François-Marie Bazil, avocat 45 ans, demeurant à Brest et par Noël Le Verge, capitaine de commerce, 53 ans, demeurant au Conquet, tous deux parents alliés. Maire :  Jean-Marie Le Guerrannic (père).

 

Le 25 juin 1838, à 18 heures, Jean François Marie de Kersauzon, propriétaire, 46 ans, demeurant Kernoues ( ?) arrondissement de Brest, cousin de la défunte, accompagné de Louis Salaun, jardinier, 36 ans, bienveillant, vient déclarer le décès de dame Angélique Marie Jeanne Renée Provost-Pennanrü, veuve Pitot, propriétaire, 60 ans, ce même jour à 4 heures du matin.  Le maire est alors Charles Lombard.

 

La deuxième partie de l’article sera à compléter avec également une rubrique « Sources ».

                                      Novembre 2012  / JPC

 

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 15:25

L’odyssée du chalutier Cyclamen (1927).

En cette fin 1927, une forte tempête souffle sur les côtes de l’Atlantique et de la Manche, générant de nombreux problèmes en mer.

 

Les dépêches des journaux sont peu précises voire contradictoires. Selon Ouest-Eclair : « Lorient, 19 décembre. Sur mer on signale de forts vents du nordet qui ont sérieusement contrarié la navigation. On annonce que le chalutier Cyclamen de Saint-Nazaire, n’étant plus maître de sa manœuvre, est allé à la dérive dans les parages des Birvideaux entre  Quiberon et Belle-Ile. Le fort remorqueur le Tourbillon qui se tient pendant l’hiver sous Belle-Ile est parti à sa recherche.

 sc0005274e-1-.jpg

Le remorqueur Tourbillon, cliché La Dépêche, image extraite d'un article de "pages14-18.net", signé Memgam, du 28-12-2010

 

Dans le même journal le lendemain, autre version :

Mardi 20, le Tourbillon de l’UFM, conduisait de Lorient à Saint-Nazaire le Cyclamen quand la remorque cassa. Le chalutier partit en dérive, il fut impossible de lui passer une nouvelle remorque et il disparut au gré du vent et de la mer.

Puis les jours suivants :

Il a été signalé par le travers de Penmarc’h, puis le 21 vers 11 heures à quatre milles au large des Pierres-Noires vers Brest.

 

Le remorqueur Iroise était à Brest prêt à appareiller pour récupérer le fugitif dès qu’une position précise aurait été communiquée, tandis que l’Auroch aussi de l’UFM patrouillait dans le sud des Pierres-Noires. On croyait le chalutier coulé dans la tempête quand la veille de noël 1927, il a été découvert échoué très haut dans une grève à Béniguet. L’entreprise de renflouement « Gourio » a été sollicitée, mais manifestement  n’a rien pu faire pour déséchouer le Cyclamen. L’épave s’est désagrégée lentement, il n’en reste quasiment plus rien.

 

cyclamen-beniguet.jpg

 

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L’errance du mini-transat Betelgeuse  (2012).

 Traduit de :    http://www.pbo.co.uk/news/531398/french-sailor-rescued-off-scillies

Début avril 2012, un voilier français « mini-transat » 6.50 m, s’est trouvé pris lors d’un parcours de qualification en solitaire à l’entrée de la Manche, dans une tempête de nord-ouest force 8, avec des creux de 5 mètres.

Après le démâtage de son bateau, le skipper a déclenché le signal de détresse SMDSM de sa VHF. Celui-ci fut intercepté par le car-ferry Aquamarine qui le relaya sur les coast-guards de Falmouth (Mrcc). Le canot de sauvetage de  St Mary RNLI appareilla dans les meilleurs délais et rejoignit le yacht Bételgeuse en détresse à 26 milles dans le sud des Scillies dans une mer démontée.

Après avoir récupéré à leur bord le marin français sain et sauf, les canotiers anglais renoncèrent en raison de l’état de la mer, à remorquer le voilier qui fut abandonné en dérive.

On oublia le Bételgeuse pensant qu’il avait coulé, quand plusieurs jours plus tard, ayant erré au gré des vents et des courants, il est venu s’échouer sans avaries majeures, à Béniguet, dans la grève dite « du chalutier » où le Cyclamen avait bien des années avant fini sa carrière.

 

Renfloué, le Bételgeuse a été ramené au Conquet par l'entreprise "Iroise-Mer" pour être remis à son propriétaire. 

BETELGEUSE002---Copie.jpg Photo JPC.

 

6 octobre 2012/ JPC.

 

 

 

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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 17:26

Cette année 2012, le Pays d’Iroise a décidé de commémorer le 500e anniversaire du combat de La Cordelière au large de Saint-Mathieu en se référant à la date du 10 août 1512. (Certains historiens privilégient l’année 1513).

 

Pour ceux qui souhaitent se familiariser avec l’évènement voici une liste non exhaustive de sources mentionnant le « célèbre » combat.

 

S de la Nicolière-Teijero, « La Marine Bretonne aux XVe et XVIe siècles », Nantes 1885, réédition La Découvrance Rennes 1996.

Très long texte écrit en français ancien, lecture un peu difficile, j’en ferai ultérieurement un résumé.

 

Abbé Irail « Histoire de la Réunion de la Bretagne à la France ». Paris 1764 ; (Réédition Morvran 1976)

Chapitre IV, p 31

… On fut principalement redevable à la Reine d’une marine respectable… A l’occasion de la ligue des princes Chrétiens contre l’Empire Turc, Anne avait fait équiper douze vaisseaux de ligne. On en avait construit par son ordre beaucoup d’autres dans les ports de Bretagne. Les flottes françaises commandées par des officiers de son choix et la plupart Bretons, remportaient de fréquents avantages sur celles d’Angleterre… On parle surtout d’un vaisseau de cent canons et de douze cents hommes d’équipage, appelé La Cordelière, du nom d’un ordre institué par la princesse. Le capitaine Primauguet, breton, le commandait. Ce brave homme tout-à-coup investi par douze vaisseaux anglais, après avoir fait les plus belles actions de valeur, après avoir coulé à fond plusieurs bâtiments ennemis prêt à voir le sien dévoré par les flammes, accroche celui de l’amiral auquel le feu se communique sur le champ. Les deux vaisseaux sautent en l’air à la fois. Primauguet se jette tout armé dans les eaux et y périt avec la réputation d’un des plus grands hommes de mer.

(Paragraphe sans date, avec en regard : « Hist. des Ducs de Bretagne tom.2  p.255. Act. de Bretagne)

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Augustin Jal (1795-1873) conservateur des Archives de la Marine à Paris,  cité par Prosper Levot  dans « Brest la Ville et le Port jusqu’en 1681 », (1864). Ed Le Portulan Brionne. Réédition 1972

Prosper Levot, 1801-1878, conservateur de la bibliothèque de la Marine à Brest

Page 213-14. §6

Portzmoguer et le combat de la Cordelière
Portzmoguer, capitaine breton, était né dans le Bas-Léon. Son nom, plus ou moins mutilé par Alain Bouchard et ses copistes, a été transformé par eux en Primoguer, Primauguet, Primauguay, Primaudet, Portemoguer etc…

 

C'est avec une rare sagacité que A. Jal, historiographe de la marine, a retracé les diverses circonstances du combat de la Cordelière, dans le curieux travail qu'il a publié sous le titre de Marie la Cordelière (XVIe siècle). Étude pour une histoire de la Marine française. Extrait des Annales maritimes et coloniales. Décembre 1844, Paris, Imp. roy.1845, in-8° de 50 p. Ce travail a été complété par la lettre insérée dans les Annales maritimes de 1845, t. 90, Ces deux travaux, dont notre article Portzmoguer de la Biographie bretonne (t. II, p. 648-650) n'est qu'une analyse, ont restitué savéritable physionomie au combat du 10  août 15l2; défiguré jusqu'alors, en déterminant la force probable des deux armées, la date et les circonstances de l'action, les noms des deux héros et de leurs vaisseaux, etc., etc.

Toutes les péripéties de ce combat ont fourni à Germain Brice, le sujet d'un poème latin, traduit par Pierre Choque. L’original et la traduction ont été reproduits de nos jours : le premier par  A. Cuicbon de Grandpont (Nouvelles Annales de la Marine française. Mars -I855) ; la seconde, par  A. Jal, dans son étude intitulée : Marie la Cordelière.

Un autre poète du moyen âge, Humbert de Montmoret, contemporain, comme Brice, des faits qu'il raconte, les a également célébrés dans un poème latin. La poésie moderne a voulu, à son tour, payer son tribut d'admiration à Hervé de Portzmoguer. Elle a eu pour interprète A. Guichon de Grandpont, dans une ode latine (Gloriœ navales, p. 20-23). Enfin, la peinture a retracé l'épisode le plus saillant du combat de la Cordelière et de la Régente. M. Gilbert, de Brest, l'un de nos meilleurs peintres de marine, s'en est chargé en exécutant le tableau que possède aujourd'hui la Société d'Émulation de Brest.

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Pierre Levot, archiviste de la ville de Brest, « Brest, la ville et le port jusqu’en 1681. (1864).  Réédition de 1972.

 

Page 49 et suivantes

Louis XII devenu le 17 janvier 1499, le second époux d’Anne de Bretagne, n’apprécia pas moins que Charles VIII les avantages du port de Brest. Dès 1501 il prescrivit l'armement de sept vaisseaux, au nombre desquels étaient la Charente et la Cordelière, construits en Bretagne par l'ingénieur Descharges, qui leur avait donné des proportions inusitées. L'admiration dont ces deux navires étaient l'objet détermina la reine Anne à venir les voir, lors de l'un de ses pèlerinages au Folgoat. (Appendice, § 5). L'armement de 1501 n'avait pas pour unique but de seconder l'armée de terre dans ses opé­rations contre Naples. A cette expédition se joignait un projet de croisade contre les Turcs. Une guerre contre les infidèles était alors chose méritoire. Aussi les sei­gneurs bretons mirent-ils une grande ardeur à secon­der Louis XII, et la reine elle-même, autant par zèle religieux que par affection pour son nouvel époux, s'associa-t-elle à ce mouvement par le don qu'elle lui fit de la Cordelière. Empruntons les détails de la com­position de cet armement à Jean d'Auton (Chroniques publiées par L, Jacob (Paul Lacroix), Paris. Sylvestre, 1834,4 vol. in-8°), historiographe et chroniqueur du roi Louis XII, qu'il accompagna dans toutes ses expéditions et dont il rédigeait par lettres les «louables œuvres,»  Sitôt, dit, que le roi fut à Lyon, comme j'ai dit, « sans autre séjour faire, voulant donner secours à la « chrétienté contre les Infidèles, transmit postes à ses ports de mer, pour hâter son navigage, dont la plupart tira vers le port de Toulon, en Provence ; attendant illec nouvelles du bon vouloir du roi, pour  mettre sur ce mains en besogne, et tendre voiles  celle part où son bon plaisir seroit de les envoyer. La reine aussi, madame Anne de Bretagne , comme très catholique, à l'affaire de ce voyage n'eut le vouloir amolli, ne la main close; mais voulant employer le possible de sa force pour exercer la foi chrétienne, déploya ses trésors et iceux élargit pour soudoyer grand nombre de gens d'armes et équiper force navires, et entre autres voulut que sa grosse carraque, nommée la Cordelière, et plusieurs autres fissent le voyage ; et lorsque l'heure fut de tirer au vent, « grande flotte de navires de Normandie furent au port de Brest, en Bretagne , quérir icelle Cordelière et les autres de sa suite qui là étoient. Dedans les dits navires étoient grand-nombre de gentilshommes et entre  autres messire Jacques Guybé, messire Guillaume Cadore, messire Guillaume de Boisboissel, Guyon Bertrand, François de l'Epinay, Hervé de Malestroit, Jean Grimault, seigneur de Procex, François de Quellenec, Gilles Meschinot, le vicomte de Rhodez, Pierre Choque, dit Bretagne, premier hérault de la reine , laquelle l'y avoit envoyé pour lui en faire le rapport. Aussi y furent Jean Bigot, seigneur de  Bourgueil, Pierre de Quosquier et plusieurs autres.  Après avoir raconté les événements de la traversée de cette flotte, depuis Brest jusqu'à Toulon, et les cap­tures qui la signalèrent sur les côtes de l'Espagne, de Portugal et des pays barbaresques, Jean d'Auton pour­suit ainsi : D'icelle armée et navigage fit le roi conducteur et son lieutenant-général messire Philippe de Ravestain, qui lors étoit à Gènes gouverneur pour  le roi auquel bailla en gouvernement et sous sa charge les nefs et galées ci-dessous nommées. C'est  à savoir la grande nef ou carraque nommée la Charente, l'une des plus avantageuses pour la guerre de toute la mer. Pour décrire la grandeur, la largeur, la force et équipage d'icelle, ce seroit pour trop allonger le compte et donner merveille aux oyants. Queque  soit, elle étoit armée de douze cents hommes de guerre, sans les aides ; de deux cents pièces d'artillerie, desquelles il y en avoit quatorze à roues, tirant (p 52),  grosses pierres de fonte et boulets serpentins, avitaillée pour neuf mois, et avoit voiles tant à gré qu'en mer, n'étoient pirates ne écumeurs qui devant elle tinssent vent. Dedans étoit un gentilhomme de Bretagne, capitaine d'icelle, nommé messire Jean de Porcon, seigneur de Beaumont, et lieutenant du roi en la mer de Normandie. Aussi furent ordonnés, pour le roi, messire Jacques Guybé, chef de la grande nef de la reine, nommée Marie la Cordelière, et de six autres grosses nefs de Bretagne.... »   (t. I, p. 252-254.) D'Auton, complétant son récit (t. II, p. 25 et suivantes), nous apprend que cette flotte, arrivée à Gênes vers la fin du mois de juin, s'y renforça des navires armés dans ce pays, appareilla, dans les derniers jours de juillet, pour Naples, qu'elle quitta, le 16 août, et que parvenue le 23 octobre devant Mételin (l'ancienne Lesbos), elle y débarqua les troupes qui, jusqu'au 29, livrèrent à cette ville trois assauts infructueux, mais où Jacques Guybé, Hervé Garland, vice-amiral de Bretagne, et le sire de Beaumont payèrent bravement de leurs personnes.

Jusque-là, la Cordelière avait honorablement fourni sa carrière ; il lui était réservé de la terminer par un com­bat glorieux pour elle et pour son intrépide comman­dant, Hervé de Portzmoguer. Ce combat se livra, le 10 août 1512, à la hauteur de Saint-Mathieu. (Appendice, § 6.) Jean de Thénouenel commandait alors un certain nom­bre de vaisseaux franco-bretons, mouillés dans le port. Informé qu'une flotte anglaise, aux ordres de Thomas Kernevet, approchait avec l'intention d'y entrer, il alla résolument à sa rencontre. Le silence d'une partie des historiens contemporains, l'obscurité ou les contradic­tions des autres ne permettent pas de préciser rigou­reusement l'effectif des deux flottes. Toutefois, si les historiens anglais varient quant au nombre des vaisseaux (p 53), de leur nation, que les uns portent à 80, les autres à 39 seulement, il paraît y avoir accord entre eux et les écrivains français pour reconnaître que l'armée commandée par le breton Jean de Thénouenel, indiquée le plus généralement comme composée de 20 navires, était, quelle que fût sa force réelle, bien infé­rieure à celle des Anglais.

Il semblerait d'après les diverses relations du com­bat rapprochées les unes des autres, que la Cordelière, après avoir coulé ou mis en fuite quelques navires de moindre importance, se trouva aux prises avec deux forts vaisseaux, la Régente, capitaine Kernevet, et le Souverain, capitaine Charles Brandon, qui la placèrent entre deux feux, la Cordelière ayant l'avantage du vent sur la. Régente  mais étant sous le vent du Souverain. La canonnade dura ainsi quelque temps, vive et bien nourrie ; mais un des mâts du Souverain ayant été coupé par l'artillerie de la Cordelière, Charles Brandon fut obligé de laisser arriver, ce qui le sauva. Privé de l'appui du Souverain, mais ne désespérant pas de la victoire, Thomas Kernevet, qu'avait rejoint un petit navire, continua le combat. Bientôt il fut renforcé d'un second auxiliaire qui, évoluant autour du navire français, parvint à lui faire plusieurs voies d'eau. Cependant Portzmoguer serrait de près et canonnait sans relâche la Régente, qui fuyait sous le vent. Il réussit enfin à l'aborder. Thomas Kernevet fit alors jeter sur la Cor­delière des artifices et toutes sortes de matières inflam­mables. L'incendie gagne rapidement le gréement, les voiles ainsi que l'œuvre morte de la Cordelière, et la Ré­gente fait de vains efforts pour se dégager de l'étreinte de feu qui va l'étouffer. Portzmoguer et d'Holos ou Dholo, son second, l'un de la grand'hune, l'autre de la hune de misaine, inondent la Régente d'une pluie de pierres (p 54) et de feu, pendant que cent combats corps à corps se livrent sur les gaillards et sur les ponts. Le vaisseau anglais riposte de son mieux ; mais son grand mât, ou brisé par les boulets, ou miné par le feu, tombe avec fracas. La Régente ne tarde pas à couler avec la nef qui s'est attachée à son flanc, et tous deux brûlant « comme chenevotes » s'engloutissent, entraînant dans l'abîme plus de onze cents hommes, au nombre des­quels fut Portzmoguer, soit noyé, soit étouffé par les flammes ou la fumée, au point élevé où il était placé.

 

Ce que les Anglais n'avaient pu faire en 1512, ils le tentèrent, mais sans plus de succès, au printemps de l'année suivante. Henri VIII ayant ordonné à Edward Howard de reprendre la mer avec quarante-deux vais­seaux de guerre, sans compter un certain nombre de frégates et de bâtiments de transport, cet amiral se dirigea sur Brest, d'où une flotte n'attendait, pour sortir, que l'arrivée de Prégent de Bidoux, qui devait y amener six galères de la Méditerranée, les premières qui soient venues de cette mer dans l'Océan. Howard, parvenu à le devancer, se présente avec toute sa flotte à l'entrée du port. « Les ennemis, dit Lediard (Histoire navale d'Angleterre, t. I, p. 200), s'étaient couverts de  plusieurs batteries, avaient bordé de canons les deux côtés du port, et, pour se garantir de notre feu, avaient joint ensemble trente-quatre hourques rangées sur une ligne, à une distance convenable de  leurs vaisseaux. » Deux autres écrivains conjecturent que les projets des Bretons étaient de mettre le feu à ces hourques et de les laisser dériver avec la marée, quand les Anglais approcheraient. Quel que fut le projet des Bretons, une ruse de l'amiral anglais en empêcha l'exécution. Sa flotte ne fut pas plutôt à l'en­trée du port qu'il en détacha un grand nombre de (p 55) chaloupes armées qui feignirent de vouloir opérer une descente. Plus de dix mille hommes, ajoute Lediard, accoururent pour s'y opposer, et, pendant qu'ils étaient sur un point du rivage, l'amiral anglais entra dans le port, débarqua son monde vis-à-vis de Brest, puis ravagea et brûla le pays à la vue du château ; mais comme il manquait de munitions et en attendait de jour en jour, il alla reprendre son mouillage.

Sur ces entrefaites arriva Prégent de Bidoux (1) avec ses six galères et quatre fustes. Apprenant que les Anglais se tenaient à l'entrée du port, il jugea pru­dent de se mettre à l'abri de leur attaque, dans la baie des Blancs-Sablons, près du Conquet, sous la pro­tection des batteries établies sur deux rochers. Dans l'espoir qu'il en aurait bon marché, l'amiral anglais se détacha de son armée avec deux grandes ramberges, deux chaloupes et deux galères dont l’une était montée par lui et l'autre par lord Ferrers. S'avançant, le 25 avril, vers la galère que commandait Prégent de Bidoux, il l'aborda et sauta sur le pont, suivi de dix-sept Anglais et d'un chevalier espagnol, nommé Carroz. La galère anglaise s'étant écartée de celle de Prégent de Bidoux , soit par suite d'une manœuvre de ce dernier, soit par toute autre cause, Howard et les siens se trouvèrent à la merci des Français, qui les précipitèrent à la mer. La mort de. l'amiral détermina les Anglais à s'éloigner (2).

 

(1) M. Dauvin, (Essais, etc.} le confond avec l'amiral Prégent de Coëtivy. Or, ce dernier, né vers 1399, aurait eu alors 114 ans. Aussi, quand bien même tous les historiens ne s'accorderaient pas à dési­gner Prégent de Bidoux, semblerait-il difficile d'admettre ce rare exemple de longévité qui n'eût certainement pas échappé aux partisans de la maxime : Jeunes officiers, vieux amiraux.

(2| Paul Jove (p. 188), dit que le corps d'Howard, repoussé par les flots sur le rivage, fut reconnu parce que cet amiral portait suspendu au col un cornet d’or.

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Ch. Lahure, (sous réserve de vérification). « Histoire populaire de la France », Illustrations de Le Breton, 1865.

Page 127.

Durant les batailles d’Italie et de Flandre, des combats avaient lieu sur mer… Depuis le commencement des guerres d’Italie, les matelots de Provence et les galères de Marseille avaient rendu à la France d’importants services, surtout le brave et habile Prégent de Bidoulx. En 1513, Prégent fut appelé avec quatre galères, de la Méditerranée dans l’Océan pour s’opposer aux courses des Anglais sur nos côtes. Le 27 avril, il tomba dans la flotte anglaise que commandait le grand amiral Edouard Howart et se réfugia dans l’anse du Conquet, près de Brest ; l’amiral l’y suivit et vint lui-même l’attaquer à l’abordage. Prégent se prit corps à corps avec l’amiral, le blessa, le jeta mort sur le pont de son navire et coula le vaisseau qui le serrait de plus près. Un autre menacé du même sort s’enfuit, et toute la flotte s’éloigna. Prégent, à son tour, parut sur les côtes d’Angleterre et ravagea le Sussex.

Quelques mois après, la flotte qui avait débarqué à Calais l’armée de Henri VIII vint croiser sur les côtes de Bretagne et rencontra, le 10 août, les Français qui n’avaient qu’une vingtaine de navires bretons et normands sous le commandement d’Hervé Primoguet. Les Anglais étaient deux ou trois fois supérieurs en nombre, mais leurs adversaires prirent l’avantage du vent et attaquèrent résolument. Au premier choc, plusieurs navires anglais furent coulés. Un vaisseau français faisait surtout merveille. C’était la Belle Cordelière  qu’Anne de Bretagne avait fait construire elle-même à Morlaix et orner à grands frais. Primoguet la montait. Entouré de douze vaisseaux ennemis, elle avait déjà démâté les uns et fait reculer les autres, quand, de la hune d’un navire anglais on lui jeta une masse de feux d’artifice qui l’embrasèrent en un instant. Une partie des matelots et des soldats put se sauver dans les chaloupes ; mais Primoguet refusa de quitter le navire que la reine lui avait confié. Il se dirigea droit sur la nef amirale d’Angleterre que montait une nombreuse noblesse, s’y attacha par ses grappins d’abordage, lui communiqua l’incendie, et sauta avec elle. Cet héroïque dévouement eut lieu en vue d’Ouessant.

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Arthur Le Moyne de la Borderie,  « Histoire de Bretagne », Tome IV. Plihon Rennes 1906.

(Publication postume, La Borderie est mort en 1901)

…page 604 et suite, Les dernières années de la reine furent attristées par les démêlés du roi avec le pape. Le cardinal de la Rovère, devenu pape sous le nom de Jules II, s’était mis à la tête d’une ligue armée formée contre la France, et dont le but était de chasser les Français du Milanais… La nouvelle guerre d’Italie dura trois ans… Jules II étant mort le 20 février 1513, avait été remplacé par le cardinal de Médicis qui fut Léon X.

Au commencement de l'année 1513, la France avait à combattre contre une véritable coalition des Etats voisins. L'Angleterre elle-même finit par ê­tre entraînée dans la ligue, et Henri VIII qui avait succédé à son père débarqua à Calais avec une armée le 1er juillet 1513, Le 16 août il battait les Français à Guinegatte, la journée des Eperons.

En même temps il avait envoyé une flotte nombreuse sur les côtes de Bretagne dans le but d'y tenter une descente. Pour protéger la péninsule le roi fit équiper les vaisseaux et prescrivit à Rieux et à Montauban de surveiller et de défendre les rivages.

La flotte bretonne sortit le 10 août 1513 de la rade de Brest pour attaquer les navires anglais qui croisaient dans ces parages. En tête s'avançait, superbe et bien armée, la grande nef chère à la reine Anne, la Cordelière, commandée par un Breton Hervé Primoguet ou plus exactement Portzmoguer. Arrivé devant la flotte ennemie le vaisseau s'élance sur un groupe de navires, et donnant sur eux par le travers, il coule ceux qu'il peut atteindre et force les autres à fuir.

Alors il est rejoint et entouré par deux bâtiments anglais, l'un le Régent, aussi fort que la Cordelière, l'autre le Souverain, presque aussi puissant ; prise entre deux feux, la Cordelière riposte vaillamment et brise les mâts du Souverain qui doit cesser la lutte et se retirer. La Cordelière lui donne la chasse, mais elle est poursuivie à son tour par le Régent et deux autres navires. Assailli de toutes parts le vaisseau breton, malgré plusieurs voies d'eau, se retourne, écarte les deux navires auxiliaires et fond sur le Régent.

Celui-ci n'osant continuer la lutte à lui seul, bat en retraite : la Cordelière le poursuit, le serre de près, l'aborde et engage un combat corps à corps. Alors le capitaine anglais Thomas K/nevet, dans un suprême désespoir, fait jeter de ses hunes sur le pont du vaisseau breton des fusées d'artifice et des brandons de feu. L'incendie gagne rapidement. Le Régent essaie de se détacher, il n'y peut réussir et les marins bretons font pleuvoir à leur tour sur lui du soufre et de la poix-, ils continuent la lutte le long des bordages et brisent le grand mât de l'adversaire. Portzmoguer, du haut de la grande hune, exhorte les siens à une mort intrépide. Rappelez-vous, leur crie-t-il, que c'est aujourd'hui la fête de saint Laurent qui périt par le feu ; puis, aveuglé par la fumée, il se jette tout armé dans la mer, et les deux navires, serrés par leurs grappins d'abordage, s'abîment ensemble sous les flots (1).

Ce beau fait d'armes, cette fin glorieuse de son vaisseau favori fut une des dernières joies de la reine. Bien qu'elle n'eût que trente-sept ans, sa santé s'alté­rait. Elle avait eu une fille, nommée Renée, qui était née le 25 octobre 1510 ; elle eut deux fils qui ne vécurent pas, l'un en janvier 1503 et l'autre en janvier 1512. A partir de ce moment s elle ne prît plaisir à chose que ce fût, au mois de mars suivant elle fut gravement malade d'une fièvre maligne, et depuis elle resta constamment souffrante. On assure que le mal qui la minait était la gravelle.

 

(1), A. Jal, Marie la Cordelière, Annales Maritimes décembre 1844.

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E. Durtelle de Saint-Sauveur, Histoire de Bretagne, des Origines à nos Jours, Plihon Rennes 1935.

Lorsqu’en 1512, l’Angleterre entra dans la coalition formée contre la France, les côtes bretonnes se trouvèrent menacées. Le plan anglais prévoyait en effet, une descente en Bretagne. Il fallut prendre des mesures de défense (37). C’est alors que fut livré le mémorable combat dans lequel s’illustrèrent la Cordelière et son héroïque commandant, Hervé de Portzmoguer (38). Journée fameuse dans les fastes de la marine française. La Cordelière, après avoir coulé plusieurs navires anglais, en avoir mis d’autres en fuite, aborde le Régent, dont le capitaine, désespérant de vaincre, fait jeter sur le vaisseau breton fusées et brandons. Les Bretons ripostent en lançant à leur tour sur le Régent du soufre et de la poix. Finalement les deux vaisseaux étroitement serrés l’un à l’autre s’abîment dans l’Océan (39).

 

37 : Dom Morice, preuves  t. III, col 903 – 906

38 : Arthur de la Borderie, Hervé de Portzmoguer, Documents inédits, Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1885

39 : J Tramond, manuel d’histoire maritime de la France  2e Ed. Paris 1927, p46.

       Ch de la Roncière, Histoire de la Marine Française, tome III, paris 1906, p 93-104

Dès 1513, une petite épopée, l’Hervéide, d’Humbert de Montmoret, fut consacrée au  combat de la Cordelière. H. Waquet dans Association Bretonne, congrès de Landerneau 1932.

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Alain Raison du Cleuziou, la Bretagne de l’Origine à la Réunion.

(Prud’homme Saint Brieuc, 1947)

Page 341, illustration Philippe de Montauban, fils de Guillaume et de Jeanne de Keradreux, dernier chancelier de Bretagne, se distingua par sa fidélité à Anne de Bretagne, et s’employa activement à réaliser le mariage d’Anne avec Charles VIII. Il est mort en 1516.

 

Page 354, Le sentiment de sa grandeur et de ses devoirs de souveraine, lui fit équiper, au port de Morlaix, un grand vaisseau qu’elle nomma « Marie la Cordelière ». Il fut lancé le 30 juin 1498. La Cordelière prit part en 1501, à une expédition contre les Turcs, dont les progrès devenaient menaçants. Puis après treize ans de navigation, l’Angleterre ayant déclaré la guerre à la France au début de l’année 1512, la « Cordelière », commandée par Hervé de Portzmoguer se porta au devant de la flotte anglaise, commandée par l’amiral Howard, qui ravageait les côtes bretonnes. Après avoir mis à mal plusieurs navires ennemis, la « Cordelière » attaqua le Régent. Le feu s’étant déclaré à bord, Portzmoguer ordonna l’abordage, s’accrocha à son adversaire et l’entraîna avec lui dans les flots…

 

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Jim et Joël Sévellec, « Histoire de Brest, bandes illustrées ». Imprimerie du Télégramme 1955

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Yves Marie Rudel, « Histoires de Bretagne », Plon 1963

Page 97

LE DERNIER  COMBAT DE LA « CORDELIÈRE »

Au cours de son second voyage à travers le pays breton, Anne, duchesse et reine, avait exprimé le souhait, vite exaucé comme on pense, de visiter le plus beau navire qui fût sorti d'un chantier français et qui se trouvait pour lors ancré dans le grand port atlantique : Brest.

Ce navire avait une histoire.

François II qui, malgré une vie sentimentale compliquée, était très dévot à saint François d'Assise, avait créé un ordre de chevalerie dont l'insigne était la corde nouée dont les disciples du petit pauvre se ceignaient la taille. Il l'avait appelé : l'ordre de la cordelière. Quelques grands de la cour en avaient été honorés. Anne reprit à son compte la fondation paternelle. Elle décora certaines dames et demoi­selles qui lui parurent briller par un mérite plus manifeste que les autres. On avait donc pensé lui être particulièrement agréable en baptisant la plus éclatante réussite de la cons­truction navale : Marie-la-cordelière, La carraque avait        (p 98) été lancée à Morlaix en 1498. Elle avait coûté la somme, coquette pour l'époque, de 22 500 livres.

Hervé de Portzmoguer — dont le nom fut ensuite francisé en celui de Primauguet — la commandait.

Valeureux homme de guerre, Portzmoguer, avant de mon­ter sur la dunette de la Cordelière, avait fait respecter le drapeau hermine de Bretagne sur les côtes atlantiques et même sur le pourtour méditerranéen. Puis, on l’avait rappelé à Brest pour y assurer la protection des convois du Ponant contre les attaques des pirates basques et britanniques,

 

Le 10 août 1512, l'amiral britannique Howard apparaissait à l’improviste devant Ouessant à la tête d'une puissante escadre : 25 vaisseaux et 26 barques flamandes. Il en voulait à la flotte franco-bretonne réfugiée dans la rade. Immédiate­ment, Portzmoguer se portait à sa rencontre, mettant en fuite l’avant-garde ennemie devant le Goulet. Sans doute ne se faisait-il guère d'illusion sur le sort que lui réservait un affrontement inégal ; mais sa devise était « Faire face »  et cette fois encore, il n'y manquerait pas.

On s'était si peu attendu à l'arrivée des Anglais que Portzmoguer avait convié l'élite de la noblesse bretonne à une fête qu'il donnait à bord de la Cordelière. Howard allait faire danser les invités d'une façon qu'ils n'avaient pas prévue. Le véritable combat s'engagea et les gentilhommes ne se firent pas prier pour mettre la main à l'épée. La Cordelière était appuyée par la Louise., portant la marque de l'amiral René de Clermont, et par la Nef de Dieppe.

La mer était turbulente et le vent hardi. Howard, sur le pont de la Mary Rose dirigeait la manœuvre comme à l'exer­cice et la canonnade des« Saozon», comme les Bretons appe­laient les Anglais, s'avéra tout de suite meurtrière. Rapide­ment, la Louise et la Nef de Dieppe furent mises hors de combat. Aussitôt la Mary Rose appuyée par trois autres (page 99) vaisseaux la Mary James, le Régent et le Sovereign, se jeta sur la Cordelière. Au lieu de rompre, Portzmoguer riposta de toutes les bouches à feu de son beau navire. D'une bordée, le pont de la Mary James fut balayé ; d'une autre, le Sovereign, démâté, partit à la dérive. Restait à régler le sort du Régent. L'Anglais portait 100 canonniers, 400 soldats de marine, contre lesquels se battaient 100 arquebusiers bre­tons, 800 matelots et les 300 gentilshommes en dentelle venus pour la fête. Perdu pour perdu, Portzmoguer com­manda d'aborder le vaisseau ennemi. On courait à la mort. Du moins, avant d'aller par le fond, ferait-on un massacre de Saozon !

A travers feu et mitraille, les Bretons passaient comme des diables. Accrochée au flanc du Régent, la Cordelière a déversé sur le pont, où le sang coule déjà en ruisseaux, des dizaines de hardis compagnons hurlant et frappant. Les morts et les blessés s'amoncellent, tandis que ceux qui sont restés sur le tillac de la Cordelière ont les pieds dans le sang.

Et voici qu'Howard est parvenu à rameuter ses voiles et qu'il les lance à son tour contre la vaillante caraque. Elle se débat et se bat furieusement. Malgré leurs avaries, la Louise et la Nef de Dieppe reviennent devant Saint-Mathieu et cherchent à soulager la Cordelière. Disloquée, pantelante, la courageuse Nef tiendra tête jusqu'au crépuscule à cinq navires anglais dont chacun pris séparément est plus fort qu'elle.

Cependant, le nombre l'emporte à bord du Régent qui, après l'assaut des Bretons, renvoie des soldats sur le pont de la Cordelière. Portzmoguer peut bien chercher à déverser sur eux, du haut de la grand-hune où il s'est perché, ce qu'il garde de munitions, il sait que bientôt il ne lui restera d'autre ressource que de mourir en brave. Et son second, Golo, juché dans la misaine ne pense pas autrement. Alors, (page 100) quelqu'un, peut-être le capitaine même, se glisse jusqu'à la sainte barbe et met le feu aux poudres. On ne capitulera pas ! La Cordelière admirée par la reine Anne ne tombera pas aux mains des Anglais. Dans un fracas épouvantable, le navire s'ouvre en deux. Et le Régent, grand mât abattu, coque crevée, s'abîme dans les flots avec l'autre à son flanc. Portzmoguer a vaincu jusque dans la mort puisque la flotte est sauvée par son héroïque sacrifice.

Sur les soldats et marins qui se trouvaient à bord du Régent une soixantaine seulement furent sauvées. De la Cordelière à peine une vingtaine d'hommes réchappèrent.

On dit que la reine Anne pleura en apprenant la nouvelle et la chanson bientôt immortalisa Hervé de Portzmoguer.

« Loyal Breton pareillement Français

Remercie de Portzmoguer l'audace :

II n'a craint ni canons ni fûts de bois... »

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Henri Touchard, « Le commerce maritime breton à la fin du moyen-âge ». Les Belles Lettres Paris 1967.

Page 239, … Les marins bretons fréquentent à la fois les côtes orientales et occidentales de l’Ecosse… Le roi d’Ecosse achète fréquemment des navires bretons, le 6 juillet 1504 à Michel Denis marchand du Conquet et la même année à Martin Le Nault. Ce dernier lui construit au Conquet un navire La Trésorière qu’il amène en Ecosse avec un équipage breton en 1505…

(Je suis tenté de voir en ce Martin Le Nault, celui qui, maître de la caraque,  a péri avec La Cordelière.  JPC),

 

Page 306

La Bretagne est de plus en plus intégrée à l’espace économique français. Elle subit, comme les autres régions du royaume, le contrecoup de la politique étrangère royale. Une escadre bretonne avec deux énormes navires : la Charente et la Cordelière que commande Jacques Guybé, neveu de Pierre Landais, participe en 1501 aux opérations navales en Méditerranée ; en 1512 Hervé de Portzmoguer sombre avec la Cordelière au cours des combats qui opposent l’amiral Howard venu piller Crozon et Le Conquet, à l’escadre française de l’amiral de Clermont. (150)

Note 150 : La Roncière, La Marine… tome III page 93

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Hervé Le Boterf, « Anne de Bretagne », Editions France-empire 1976.

 

ANNE DE BRETAGNE

Page 234

… Louis n'eut de cesse de détacher Venise de la Sainte-Ligue et de s'allier avec elle en vue d'un nouveau partage du nord de la péninsule. Louis s'attribuerait le Milanais et abandonnerait à la Sérénissime République les territoires dont l'empereur Maximilien s'était emparés. En mai 1513, les troupes françaises, placées sous la direction de La Trémoille, traversèrent de nouveau les Alpes, prirent Alexandrie et marchèrent sur Novare, où les soldats de Sforza s'étaient retranchés. Le 6 juin, l'armée de La Trémoille campait tranquillement à La Riotta, près de Novare, quand vingt mille Suisses, sortirent silencieusement de la ville, approchèrent du camp sans être repérés en béné­ficiant de l'épaisseur protectrice de la forêt et attaquèrent par surprise. En dépit d'une puissante artillerie qui faucha les assaillants par files entières, les Français furent taillés en pièces. Les survivants s'enfuirent en abandonnant leurs canons et regagnèrent au plus vite le royaume. . :

 

Le sabordage de « La Cordelière »,

Cette fois, l'aventure italienne était bien finie pour Louis XII. Le roi devait songer à défendre son pays menacé de partout par les coalisés de la Sainte-Ligue. La trêve d'un an, signée en avril avec l'Espagne, ne lui laissait plus d'il­lusion sur l'éventualité d'une invasion sur le front des Pyré­nées tant la perfidie de Ferdinand était à redouter.

Ce fut du côté anglais que vinrent les premières attaques. Le jeune Henri VIII était impatient de jouer un rôle politi­que sur le continent. Ses navires croisaient au large de la Bretagne et de la Normandie. Fréquemment, ils accos­taient et leurs équipages pillaient et incendiaient la côte où ils avaient pris pied, sur plusieurs lieues à la ronde.

Au printemps 1513, l'incursion fut de plus grande enver­gure. Une escadre entière débarqua des troupes qui mirent (p 235) à sac la région comprise entre Crozon et le Conquet, sans oublier Brest. Une compagnie fut spécialement chargée de dévaliser et d'incendier le château de l'amiral de Bretagne, Hervé de Portzmoguer. Leurs méfaits accomplis, les Anglais regagnèrent leurs vaisseaux et, profitant d'un vent favorable, regagnèrent au plus vite le port d'où ils étaient partis. Ordre fut donné à Rieux et à Montauban de renforcer les défenses côtières et à Portzmoguer de rassembler dans la rade de Brest une flotte prête à intervenir à tout moment.

Le 1" juillet suivant, le débarquement britannique eut lieu en effet. Non pas en Bretagne... mais à Calais où, bien entendu, on ne l'avait pas prévu!

La surveillance ne se relâcha pas pour autant sur le littoral armoricain. Elle permit, dans la nuit du 9 au 10 août, de déceler l'approche d'une importante flotte anglaise. Les navires bretons mouillés à Brest auxquels se joignirent les vaisseaux français du vice-amiral de Clerrnont quittèrent le port et gagnèrent la mer avec, à leur tête, le navire-amiral La Cordelière.

Au cours de la matinée, l'adversaire fut en vue. Juchées dans les vergues, les vigies dénombrèrent vingt-six bâtiments. L'escadre franco-bretonne en comptait six de moins. La mer était houleuse et le vent contraire. Les conditions ne parurent donc pas favorables aux Bretons, pour engager le combat. Portzmoguer ignorait que six des vaisseaux ennemis ne transportaient que des munitions. Prudemment, il donna à ses capitaines l’ordre de virer de bord tandis que La Cor­delière et La Louise — portant la marque du vice-amiral de Clermont — protégeraient la retraite de l'escadre.

Les deux vaisseaux-amiraux essuyèrent bientôt le feu de la flotte ennemie qui fonça sur eux toutes voiles déployées. Très rapidement, La Louise se trouva hors de combat. La Cordelière resta seule pour affronter le Sovereign, le Régent, le Mary-James et le Mary-Rose. Crachant feu, poudre et boulets par toutes ses pièces pendant plus de deux heures, (p 236)

la caraque bretonne infligea de sérieux dommages à l'en­nemi, mais en subit de plus graves encore. Quand il eut constaté que son vaisseau n'était plus en état de regagner le port, Portzmoguer préféra — pour te renom de la duchesse et le sien propre — une mort glorieuse au déshonneur de la captivité. 11 commanda à ses marins de préparer les grap­pins et de s'apprêter à l'abordage du Régent.

Surpris par l'audace de la manœuvre, l'équipage anglais parvint à repousser les Bretons, puis à les poursuivre jus­que sur le pont de La Cordelière, C'était justement ce qu'avait souhaité l'amiral de Bretagne. Portzmoguer fit jeter par un de ses hommes une torche enflammée à l'in­térieur de la sainte-barbe puis, du haut de la grand-hune, il incita son équipage à se battre jusqu'au dernier souffle. Et comme une épaisse fumée commençait à s'échapper du magasin à poudre, il s'écria :

— Souvenez-vous...! C'est aujourd'hui la fête de saint Laurent qui périt par le feu!

Quelques instants plus tard, une énorme explosion sou­leva La Cordelière et le Régent. Projeté hors de son poste de commandement, Portzmoguer coula à pic instantané­ment, entraîné par le poids de sa cuirasse. Déchiquetés et ravagés par les flammes, La Cordelière et le Régent sombrèrent, rivés l'un à l'autre par les grappins.

Le sacrifice du plus beau fleuron de la flotte ducale ne fut pas inutile. Non contente d'avoir entraîné avec elle, par le fond, l'une des plus prestigieuses unités de la marine ennemie, avec quelques-uns des meilleurs officiers du roi d'Angleterre, la caraque avait permis de sauver le reste de l'escadre franco-bretonne.

Les troupes anglo-allemandes qui avaient débarqué à Calais progressèrent et mirent le siège, le 16 août, devant Thé-rouanne. Louis XII envoya des renforts à la citadelle en requérant d'éviter tout accrochage avec l'adversaire…

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François Bellec, « Le Château de Brest », Editions de la Cité. 1978.

 

Page 74

Loyal Breton ! que nul son nom n’efface

La ferveur et la ténacité d’Anne lui ont permis de convaincre Louis XII d’armer une flotte pour la croisade contre les Turcs, tandis qu’elle obtenait la promesse de l’aide de Venise et des Chevaliers de Malte et soulevait l’enthousiasme de ses Bretons. De Brest à Dieppe, de La Rochelle à Rouen, toutes les provinces maritimes, toutes les villes du Ponant, ont participé en 1501 à l’armement de la flotte nécessaire à ce grand projet.

Anne elle-même a contribué à l’effort collectif, et pour ce faire « voulant employer le possible de sa force pour exercer la foi chrétienne, déploya ses trésors et iceux élargis pour soudoyer grand nombre de gens d’armes et équiper force (p 75) navires, et entre autres voulut que sa grosse caraque, nommée la Cordelière, et plusieurs autres fissent le voyage ; et lorsque l'heure fut venue de tirer au vent, grande  flotte de navires de Normandie furent au port de Brest, en Bretagne, quérir icelle Cordelière et les autres de sa suite qui là étoient ». C'est Jean d'Auton qui rapporte ainsi la part prise par la reine à la Croisade.

La Cordelière, caraque Amirale, a été lancée à Morlaix en 1498 sous le nom de la Maréchale. Elle est devenue Marie la Cordelière, du nom de l'ordre créé ou restauré par Anne de Bretagne, à l'intention des dames de haute noblesse, en l'honneur des cordes dont fut lié le sauveur au temps de sa passion et pour sa dévotion à Saint-François d'Assise dont elle porte le cordon.

La volonté de l'armateur Nicolas de Coëtanlem et l'art de l'architecte naval Descharges ont donné vie à l'un des plus impressionnants navires de guerre de l'époque, avec la Charente, construite sur les mêmes plans, que Jean d'Auton décrit ainsi :

« L'une des plus avantageuses pour la guerre de toute la mer. Pour décrire la grandeur, la largeur, la force et l'équipage d'icelle, ce seroit trop allonger le compte et donner merveille aux oyants. Queque soit, elle étoit armée de douze cents hommes de guerre, sans les aides ; de deux cents pièces d'artillerie, desquelles il y en avoit quatorze à roues, tirant grosses pierres de fonte et boulets serpentins, avitaillée pour neuf mois, et avoit voiles tant à gré qu'en mer, n'étoient pirates ne écumeurs qui devant elle tinssent vent... Aussi furent ordonnés, pour le roi, messire Jacques Guybé, chef de la grande nef de la reine, nommée Marie la Cordelière, et de six autres grosses nefs de Bretagne ».

On sait que la croisade n'a pas été un succès et que le débarquement projeté à Mytilène pour en chasser les Turcs n'a pas été tenté. Finalement, de tempêtes en combats navals, La Cordelière très endommagée par la fortune de mer est rentrée coulant bas en Bretagne pour y panser les plaies béantes témoignant de sa vaillance. C'est un navire auréolé de ces combats lointains contre les infidèles et resplendissant à l'issue du carénage qui l'a remis à neuf, que la reine visite avec émerveillement sous les murs du château.

A cette époque, une poterne donne sur la Penfeld, protégée par un ouvrage avancé nommé « Fer à cheval », baigné par la mer. On accède à cette poterne, à l'intérieur du château, par un chemin qui serpente au long d'un ravin au fond duquel se trouvent une fontaine et des lavoirs. Jardins et arbres en font sans doute un lieu de promenade et l'une des curiosités de l'austère château pour la petite cour qui entoure la reine.

« Après voir et revisiter, émerveillée de voir un tel vaisseau », Anne en confie te commandement quelques jours plus tard, sur le chemin du retour, à Hervé de Portzmoguer, dit Primauguet, le meilleur des marins et le plus dévoué des sujets, élevé à la dignité d’amiral de Bretagne…

Avec quelle émotion dut être accueillie par la reine et ses compagnons de voyage, sept ans plus tard presque jour pour jour, l’annonce de la disparition héroïque de La Cordelière et de son fier capitaine le 10 août 1512  à l’ouvert du goulet de Brest. Pour protéger la retraite de la flotte du vice-amiral René de Clermont mal engagée contre celle de l’amiral Howard, Portzmoguer a jeté contre le Régent sa caraque désemparée par deux heures d’une canonnade furieuse qui l’a mise aux prises avec le Sovereign, le Régent, la Mary-Rose et la Mary-James.

Dans un déluge de feu, les deux navires se sont embrasés, ont explosé et disparu, leurs sorts liés par les grappins bretons, tandis que les voiles franco-bretonnes s’éloignent, sauves, dans le Goulet. Hervé de Portzmoguer est au nombre des 1 250 marins, soldats et gentilhommes qui ont disparu dans cette fin glorieuse.

« Loyal Breton ! que nul son nom n’efface », clame le héraut de Bretagne.

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Michel de Mauny, « Le Pays de Léon », bro leon, Editions régionales de l’Ouest, Yves Floc’h, Mayenne. 1993

Pages 120-121-122

« La Cordelière » et Hervé de Portzmoguer

Lorsque Louis XII eut achevé la conquête du Milanais il chercha à gagner le pape Alexandre VI en contribuant activement à la prépara­tion d'une croisade contre les Turcs qui menaçaient Rhodes, citadelle des chevaliers de Saint-Jean et bastion avancé contre la barbarie musulmane. La reine Anne, ardente catholique, voulut que la Bretagne participât à l'expédition et fit armer plusieurs navires. Le plus beau vaisseau de la flotte bretonne était pour lors « La Maréchale », cons­truit de 1496 à 1498 « au hasvre et cay de Morlaix » par Nicolas Coatanlem, armateur, corsaire, gros négociant et bon patriote breton. La duchesse Anne lui confia le soin d'armer et d'approvisionner le na­vire qu'elle débaptisa et nomma « La Cordelière » par dévotion à saint François d'Assise, fondateur de l'ordre des Cordeliers. En mai 1501 le bâtiment, qu'on appelait la « grosse caraque » ou « la grand'nef de Morlaix », rejoignait à Brest la flotte bretonne, battant pavillon blanc à croix noire, sa pavesade composée d'écus alternés, les uns de Breta­gne, les autres d'argent à croix de sable. Premier vaisseau à deux bat­teries de la marine française, « La Cordelière », de six à sept cents ton­neaux, portait deux cents bouches à feu dont quatorze, montées sur roues, crachaient des projectiles de fonte.

Sous les ordres de Jacques Guibé, qui frappa sa marque d'amiral de Bretagne sur « La Cordelière », l'escadre mit à la voile et fit route vers la Méditerranée où elle accomplit quelques exploits puis, en juin, rejoignit l'escadre génoise commandée par Philippe de Clèves. Le 26 octobre un débarquement sur l'île de Lesbos, en face de la place forte de Métellin, culbuta les troupes turques mais ne put emporter la ville devant laquelle on établit le siège. L'historien de l'expédition, Jean d'Auton, raconte que la nuit les hommes de garde entonnaient pour se divertir « leurs plus bons motets et doulces chansons ». Une fois, un Bas Breton venait de finir une gwerz de son pays quand, du haut des courtines, il s'entendit interpeller en breton. C'était un compatriote de Quimperlé, pris et  réduit en esclavage par les musulmans. La conver­sation s'engagea sans que les Turcs songeassent à l'interrompre et le captif en profita pour révéler que la garnison ne tiendrait pas long­temps par manque de vivres. En 1502 « La Cordelière » et les autres bâtiments bretons rentraient dans le port de Gênes d'où ils cinglèrent vers Brest.

Trois ans plus tard, en 1505, Anne de Bretagne s'en fut visiter « La Cordelière » lors de son voyage ; les jours suivants étant à Mor­laix, elle y fit appeler Hervé de Portzmoguer, plus connu sous le nom de Primauguet, célèbre capitaine et aussi flibustier, qui se tenait en baie de Penpoul, prêt à prendre le large si une justice indiscrète s'avisait de lui demander des comptes. Peu rassuré, il vint cependant trouver sa souveraine et se vit confier le commandement de        « La Cordelière ». Dans le village de Trézien, en Plouarzel, s'élevait le manoir de Portzmoguer, berceau de cette famille. Hervé y était né de Jean et de Marguerite Calvez vers le milieu du XVe siècle. Il allait s'illustrer en 1513, année cruciale où la France eut à combattre contre une coalition des Etats voisins, y compris l'Angleterre qui envoya sous les ordres de l'amiral Howard une flotte nombreuse sur les côtes de Bretagne en vue d'y tenter une descente.

Le 10 août la flotte bretonne sort de la rade de Brest pour attaquer les Anglais qui croisent dans les parages ; elle se réunit aux vaisseaux français du vice-amiral de Clermont, « très pauvre homme et marin pis que mauvais », qui a mis sa marque sur « La Louise ». Depuis la veille Portzmoguer, revenant des côtes d'Espagne, relâchait sous l'île de Batz et avait invité à son bord des parents de sa femme, née Le Louet de Coatjunval et veuve d'un seigneur de l'Estang, ainsi que des amis, en tout trois cents personnes environ. Dans la nuit il reçoit l'ordre d'appareiller immédiatement et de rallier l'escadre qui se trouve sur le point d'engager le combat avec les Anglais. Il n'a pas le temps de dé­barquer son monde et met à la voile sur-le-champ. A la pointe de Saint-Mathieu il rencontre la flotte française du vice-amiral de Clermont et la flotte anglaise.  Les deux vaisseaux amiraux, « La Louise » et  

« La Cordelière », attaqués par les ennemis qui foncent sur eux, sou­tiennent seuls l'assaut. « La Louise » est désemparée, l'escadre françai­se, inférieure en nombre, se dérobe, tandis que Portzmoguer la protè­ge, tenant tête au « Mary James », puis au « Sovereign » dont il brise la mâture et qui doit se retirer. « La Cordelière » le prend en chasse, mais elle est à son tour poursuivie par      « Le Régent » et deux autres navires auxquels elle résiste deux heures durant, les mettant enfin hors de combat. « Le Régent », ne voulant pas continuer seul la lutte, rompt le contact et bat en retraite. Portzmoguer le poursuit et le prend à l'abor­dage. Un corps à corps s'engage, sanglant, terrible, sans merci. Près d'être vaincu, le capitaine anglais, Thomas Knevet, fait jeter de ses hu­nes sur le vaisseau breton des fusées d'artifice et des brandons enflam­més. L'incendie gagne rapidement. « Le Régent » essaie de se déta­cher ; il n'y parvient pas et les marins de « La Cordelière », à leur tour, font pleuvoir sur lui du soufre et de la poix, continuant à se battre le long des bordages, mais de manière à attirer les marins anglais sur le pont. Portzmoguer donne alors l'ordre de jeter une torche dans la Sainte-Barbe, ensuite, du haut de la grande hune, il exhorte les siens à se battre jusqu'au bout. Au moment ou une épaisse fumée s'échappe de la Sainte-Barbe il s'écrie : « Souvenez-vous que c'est aujourd'hui la fête de saint Laurent qui périt par le feu ! » Au même moment une for­midable explosion ébranle l'air et les eaux, engloutissant les deux navi­res serrés bord à bord par les grappins d'abordage.

Sur les sept cents hommes du « Régent » à peine une soixantaine s'échappa à la nage. Les Bretons perdirent près de cinq cents des leurs, dont l'amiral de Bretagne Hervé de Portzmoguer.

 

Ce beau fait d’armes, cette fin glorieuse inspirèrent plusieurs « gwerziou » et poèmes ou chants français et latins. L’œuvre de Germain Brice fut traduite en français par Pierre Chocque, dit « Bretaigne », premier hérault et roi d’armes de la duchesse Anne, qui avait pris part à l’expédition de « La Cordelière » en 1501

 

Jean Randier, La Royale,

En quelques lignes reprend du déjà dit, aucun intérêt nouveau.

 

A tout ceci il faut bien sûr ajouter

« L’Hervéide », mémoire pour l’obtention de la Maîtrise de lettres classiques présenté et soutenu par Fabienne Wolff, juin 1996, Université d’Angers, U.F.R de Lettres.

115 pages. L’Hervéide du frère Humbert de Montmorot, texte latin, traduction et commentaires etc...

L’étude de F. Wolff est de loin  la plus complète et la plus intéressante de toutes concernant Porzmoguer et la perte de la Cordelière.

Je ne suis pas autorisé à diffuser le contenu de l’exemplaire qui m’a été confié. Se renseigner auprès de l’Université d’Angers. JPC.

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  Pour info, le site "Davieds" a été récemment complété, et aujourd'hui une nouvelle photo de la gabare Paul-Georges a été placée dans le sujet concernant ce bateau. JPC

 

 

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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 18:08

LA PERTE DU LANGOUSTIER ANGLAIS « NICOLE »

2-3 novembre 1965

 

Au petit matin du mercredi 3 novembre 1965,  la vedette Ouessantine des Ponts et Chaussée revenait de Kéréon sur Le Conquet pour y débarquer le gardien Serge Thibault, permissionnaire. Selon la presse : « à la hauteur de la balise du Grand Corlieu, le patron Cuillandre aperçut un navire échoué sur le Garic-ar-Normand. Aussitôt il alerta Radio-Conquet ». La station n’ayant reçu aucun appel de détresse dans la nuit, la  Ouessantine s’approcha au plus près d’un bateau de pêche, nommé Nicole, abandonné empalé dans les roches. Les marins de la vedette apercevant de la fumée sortant de la cheminée de la ferme de Béniguet, (inhabitée à l’époque), l’annexe, montée par Jean Carvac et Auguste Perhirin fut envoyée à terre aux renseignements.

 

Les deux hommes découvrirent les naufragés auprès du feu qu’ils avaient allumé dans l’âtre de la maisonnette pour se réchauffer. Ils étaient Anglais.

p-nicole-penzance-tg-klein.jpg

Photo Télégramme (Klein) 

 

Comment en étaient-ils arrivés là ?       D’abord le bateau Nicole, était un ancien langoustier d’Audierne, construit à Douarnenez en 1957, d’une longueur de 14,50 mètres, pour 24 tonneaux de jauge, acquis quelques mois auparavant, en mai 1965 par Richard Barhow, de Penzance en Cornouailles.  Ce dernier pêchait les langoustes du côté des Scillies, son vivier en contenait ce jour-là 600, ainsi que des crabes, qu’il avait pris l’habitude de venir vendre à Audierne.

 

La pêche terminée, le Nicole avait quitté les Scillies le 2 novembre en soirée pour la France, avec un vent de nord-nordet soufflant à quarante noeuds et une mer forte. La Manche fut traversée cependant sans problèmes. Le bateau avait descendu la Helle, et pris le chenal du Four, quand aux abords des Pourceaux, le moteur cala une première fois, fut relancé par le mécanicien, et stoppa à nouveau. Le vent et les courants entraînèrent le langoustier dans le dédale des roches de Béniguet et il finit par talonner sur le récif dit « Karreg a Normand ».

Suffisamment près de la côte pour que Barhow et ses quatre compagnons puissent gagner la terre sains et saufs. Les Anglais auraient le temps de leur dérive lancé des appels « mayday » par radio mais qui ne furent pas reçus par la station du Conquet, pas plus que par l’Avant-Garde du Conquet,  qui, selon la presse se trouvait dans les parages à l’heure du drame

La Ouessantine prit à son bord les marins du Nicole pour les transférer au Conquet où ils furent accueillis et réconfortés à l’Abri du Marin, par monsieur et madame Julien Le Bras.

 

nic-ouessantine---Copie.jpg

 La Ouessantine dans le port du Conquet quelques années plus tard (Photo JPC) 

 

Au moment où la vedette quittait Béniguet arrivait le canot de sauvetage Patron Aristide Lucas, piloté par Louis Marec et qui n’intervint donc pas. P-nicole-penzance-arriere.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après avoir été accueilli par le directeur Joseph Quéré à la station radio, d’où il put communiquer avec Land’s End radio pour prévenir sa famille et celles de ses matelots de leur mésaventure, Barhow souhaita retourner sur les lieux du naufrage pour tenter de sauver ce qui pouvait l’être. Il s’y rendit donc à bord du canot de sauvetage qui était accompagné du Christian-Marie, patron Jean Le Bris et de l’Avant-Garde, patron Jacky Vaillant. Mais sur place, la mer était trop forte pour approcher de l’épave que les vagues défonçaient un peu plus à chaque coup de boutoir. Le Nicole fut donc déclaré « perte totale ».

 

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  La station radio du Conquet à cette époque : Louis Baron au télex, Jean Cam à la phonie et debout le chef de centre Joseph Quéré. (Coll JPC)

 

L’article du Télégramme se termine ainsi : « Il est à noter que l’épave du Nicole ne présente aucun danger pour la navigation. Par ailleurs « à quelque chose malheur est bon » dit le proverbe. En effet l’endroit du naufrage fait partie du cantonnement pour langoustes et homards grainés, récemment préconisé par les marins-pêcheurs du Conquet, la cargaison du Nicole constitue en vérité un apport de reproducteurs inattendu.»

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Dans le même quotidien le 6 novembre : « La mer s’étant apaisée, des pêcheurs conquétois se sont rendu hier matin autour de l’épave du Nicole, toujours échouée sur le rocher du Normand à l’île Béniguet. Ils ont pu constater que la fin du bateau anglais était proche. A chaque marée, la mer recouvre le langoustier que les vagues ont pratiquement démoli.

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 Il est à noter que l’équipage du Nicole a fait escale hier au Conquet. Il se trouvait à bord d’un bateau de pêche du Guilvinec qui faisait route vers l’Angleterre ».

 

Et dans Le Télégramme du 10 novembre, « La tempête a continué son œuvre et aujourd’hui, il ne reste plus que le moteur gisant lamentablement parmi les varechs découvrant à cette grande marée."

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On m’a dit que les langoustes « anglaises » n’avaient pas été perdues pour tout le monde… Il m'a été raconté depuis, qu'en effet le pillage du vivier défoncé à la masse par un impatient avait rapporté à certains pêcheurs conquétois des pêches "miraculeuses"... Sauf que les langoustes vendues au mareyeur local avaient été refusées par le grossiste de Roscoff, elles sentaient le gasoil!

 

Les photos de l'épave proviennent d'un dossier confectionné par Louis Jestin correspondant du Télégramme au Conquet à l'époque de l'accident.

 

   beniguet (2)

 

 

   

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 En fonction d'une marque portée sur une carte marine par le pilote Le Boïté et sur les indications de Jean Marie Le Bris (Kerivin) qui se trouvait à bord du canot de sauvetage du Conquet lors de sa première intervention, la croix rouge que j'ai portée sur la carte doit être le lieu approximatif du naufrage du Nicole .             

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LA PERTE DU CASEYEUR CONQUETOIS « AVANT-GARDE »

20 janvier 1966

 

Quelques mois plus tard, le jeudi 20 janvier 1966, l’ Avant-Garde le langoustier conquétois (cité dans le naufrage du Nicole), qui se trouvait au mouillage sur rade du Conquet était entraîné par la tempête avec son corps-mort et se disloquait dans la grève de Trémichel, (aujourd’hui comblée, au pied de la falaise sous le bâtiment occupé par la coopérative des pêcheurs). Le jeune patron Jacky Vaillant avait acquis ce bateau âgé de dix ans,  à Audierne,  l’année précédente.

De l’épave remorquée dans l’arrière-port par l’Enfant d’Arvor, patron Yves Le Gall, le Petit-Yvon, patron Charles Bernugat et Stereden-Breiz, patron Yves Quéméneur et avec l’aide de Louis Marec, seul le moteur put être récupéré. Les engins de pêche et du matériel de sécurité nageant dans le gasoil avaient été sauvetés juste après l’accident.

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Dans l’article du Télégramme  (vendredi 21 janvier 1966) d’où est extrait ce commentaire, le patron Vaillant précise qu’il s’est rendu le mercredi soir à bord de son bateau dans l’intention de le rentrer à l’abri de la digue Saint-Christophe mais que le moteur a refusé de démarrer, il a dû regagner la terre en se contentant de renforcer le mouillage.

 

Le commentaire des professionnels du port à l’unisson : Si la digue Sainte-Barbe avait été prolongée… Elle ne le sera qu’en 1969-70, j’ai déjà traité ce sujet dans ce blog

 

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Photo anonyme, collection JPC.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avant-Garde   :

BR7505, en provenance d'Audierne, 20.54  tx, moteur Baudouin  120 cv / Patron armateur Jacky Vaillant.                                         

Fin de l'article : 10 décembre 2011. JPC

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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 21:32

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Comme toutes les stations permanentes de la Société Nationale de Sauvetage en Mer, celle du Conquet est armée par des bénévoles qui doivent subvenir à tous les frais de fonctionnement des embarcations (vedette SNS 151, pneumatique à coque rigide Deom Dei, annexe de servitude), à leur entretien ainsi qu’à celui des matériels, locaux, équipements divers, assurances etc… 

La fête du sauvetage que les équipages et des sympathisants de bonne volonté organisent chaque année, le troisième dimanche de juillet sur le port du Conquet, a pour finalité de financer une partie des besoins de la station qui sont d’environ 50 000 euros/an, le poste budgétaire le plus conséquent étant le carburant gasoil/essence pour les bateaux.

 

Mais c’est aussi un lieu de rencontre pour s’informer de ce qu’est une station de sauvetage avec ses moyens et ses missions, pour d’écouter de la musique, pour assister à des démonstrations d’hélitreuillage et d’évolutions de canots de sauvetages, pour tenter sa chance aux loteries, pour se restaurer 

 

Enfin, vous pourrez vous dire que  la moindre piécette que vous laisserez dans l’un des stands sera une contribution à la sauvegarde et au sauvetage de la vie humaine en mer. C'est avec plaisir que nous vous accueillerons nombreux ce jour-là, sur le quai Vauquois au Conquet.

                                                                                                                  

             JPC, vice-président, Les Sauveteurs en Mer SNSM,  du Conquet.

                                  Radio de la SNS 151 La Louve.

 

QUELQUES IMAGES DE DIVERSES ANNEES

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Cérémonie religieuse le matin sur le port

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 Canots de sauvetage de Molène et de Camaret pendant la bénédiction de la mer

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 Préparatifs d'immersion de la gerbe aux " péris en mer"

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Sonneurs, biniou et bombarde à bord de La Louve

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Le restaurant en plein-air

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Démonstration de lutte contre un incendie sur un navire

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Le navire du "Groupe des plongeurs-démineurs"  de la Marine, au quai Vauquois

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 L'EC225,  remplaçant des Super-Frelon en démonstration d'hélitreuillage devant le public massé sur la digue Sainte-Barbe.

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Récital des Marins du Bout du Monde (2008)

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Le lâcher de ballons, final de la fête

 

      RENDEZ-VOUS DONC DIMANCHE 17 JUILLET AU CONQUET 

 

Pour suivre les activités de la station SNSM du Conquet : www.snsmleconquet.org

Pour contacter le bureau de la SNSM du Conquet : snsm.leconquet@orange.fr

 

                                                                          

                                                                                                                                                       JPC/ 07-2011 

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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 10:29

Un animal marin dénommé "l'homme de mer".

 

La scène se passe pendant la guerre de Sept-Ans, (1756-63). Les Anglais une fois de plus menacent les côtes bretonnes que le duc d’Aiguillon s’efforce de mettre en état de défense.

Aux Blancs-Sablons, des troupes campent, en état d’alerte, le Royal-Comtois en fait partie. 

 

Je dois à Jean Chevillotte, historien à Plougonvelin,  cette lettre fort intrigante, recopiée par Mauriès, ancien archiviste de la ville de Brest.

 1763

« Lettre adressée aux auteurs du journal l’Encyclopédique, par un officier du régiment de « Royal Comtois », au sujet d’un monstre marin auquel on donne le nom d’homme de mer.

 

 Messieurs, quoiqu’on ne doive point s’attendre de la part d’un officier qui ne s’est jamais attaché qu’au métier de la guerre, à une description exacte d’un monstre marin telle que monsieur Buffon et autres excellents naturalistes auraient pu en donner, permettez-moi cependant, dans ma manière, de m’exprimer, de vous faire connaître ce monstre. Il suffit que ce que je vais vous apprendre soit vrai. Si j’avais besoin de témoins, je pourrais vous en citer un très grand nombre, mais je ne crois point essuyer avec vous messieurs, le sort qu’eut l’infortunée Cassandre … n’en crut point sur sa parole.

 

Notre régiment cantonné au Conquet, côte de Bretagne, je voulus passer avec quelques camarades au fort de Kermorvan qui est au bord de la mer, sur un rocher qui forme une petite île lorsque la mer remonte et qui en quelque façon est néanmoins séparé du continent par de grosses pierres où les poissons échouent quelquefois quand les eaux se retirent. (Ndlr, il s’agit de l’Ilet)

 

C’est parmi ces pierres que nous trouvâmes hier ce monstre auquel les vieilles gens du pays qui font un métier de la pêche, ne sachant comment le nommer, ont donné le nom d’homme de mer.

 

Le monstre est long de douze pieds de la tête  la queue inclusivement (Ndlr, environ 4 mètres). Toutes ses nageoires auraient la ressemblance avec nos pieds ou nos mains, si les doigts n’en étaient joints ensemble. Il a deux nageoires qui sont placées à la partie antérieure de l’estomac. Elles ont la forme d’une main humaine grande comme celle d’un jeune homme de quinze ans ; on distingue très bien cinq doigts à chacune et chaque doigt a trois phalanges, à l’exception du pouce. La peau de ces espèces de mains est spongieuse et blanche au lieu que celle des autres parties est brune et très unie. Les bras au bout desquels sont ces mains sont tout à fait intérieurs. Le monstre a à chaque flanc une autre espèce de nageoire à laquelle on compte jusqu’à vingt-quatre doigts, et cet espèce de bras auxquels ils sont attachés, répond à l’épaule, si l’on peut s’exprimer ainsi en parlant d’un monstre marin ; les bras sont joints dans toute leur longueur par des peaux assez dures qui laissent entre elles et entre les bras et le corps une grande capacité qui parait destinée à recevoir l’eau par deux ouvertures, dont l’une est sous la nageoire qui est au bout de ce bras ; et l’autre à son issue dans l’intérieur de la bouche… Sa bouche n’a rien d’extraordinaire, on n’a point observé ses viscères.

                                                           Signé De Mengand »

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Le sillon de l'Ilet où fut trouvé "l'homme de mer"

 

Existe-t-il une suite à cette découverte ? de quel animal marin peut-il bien s’agir ? Une variété de grande raie?  Je suis preneur de toute information ou dessin pour compléter cet article

                                            JPC/ juin 2011

 

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 11:01

Dans le cadre de la guerre dite de la Ligue d’Augsburg

Un combat naval à la pointe de Kermorvan, en mai 1694

 

Cet évènement prend place pendant la guerre de la Ligue d’Augsburg, ou guerre de Neuf Ans  (1689-1697) qui opposa la France de Louis XIV,  alliée aux Turcs (empire Ottoman) et aux partisans irlandais et écossais de Jacques II,  à une coalition où l’on trouvait aux côtés du Saint-Empire Romain Germanique, l’Espagne, les Provinces-Unies, la Savoie, la Suède et bien entendu l’Angleterre de Guillaume III. Cette guerre, la France vaincue, aura son terme au traité de Ryswick en octobre 1697 ;

 

Un convoi s’organise

En ce début de 1694, les Anglais se font très menaçants. Brest n’est pas à l’abri d’une attaque par mer. Depuis le début de la guerre, Vauban s’attache à garnir les côtes de forts, redoutes, batteries, pour s’opposer à un débarquement éventuel de troupes ennemies.

A Brest l’intendant de la Marine, Hubert de Champy, seigneur Desclouzeaux est fort affairé à tenir les navires de Sa Majesté, en état de combattre, et à organiser les convois de navires transportant, armes, munitions, vivres et fournitures diverses entre les différents ports militaires de l’Atlantique et de la Manche.

Dans les premiers jours de mai, un convoi se rassemble à Brest. On y trouve des navires de Sa Majesté, transportant canons, mortiers et bombes pour Saint-Malo et la Normandie, et des barques de commerce chargées de marchandises diverses désirant profiter de l’escorte pour gagner leurs destinations.  Attendant des vents favorables, la flottille vient mouiller sur rade de Camaret. Elle se compose de plusieurs dizaines de navires de types et de tailles diverses, il y a là, quelques frégates légères, des corvettes, galiotes, flûtes, barques diverses et même une tartane.

Le convoi est aux ordres du sieur David, enseigne du port de Brest, embarqué sur le vaisseau Chasseur, commandé par le sieur Camet. Le Chasseur est un bâtiment de 379 tx, construit à Portsmouth en 1665, ayant navigué comme Constant-Warwick sous pavillon anglais, armé par 150 hommes et portant 40 canons. Il a été pris par les Français en juillet 1691. Converti en transport armé, il est chargé pour l’occasion de mortiers et de bombes. Son armement a été réduit à 18 canons et 6 pierriers. Son équipage se compose d’une cinquantaine d’hommes et sans doute une dizaine d’officiers.

David se rend à Saint-Malo prendre le commandement du Yack, une frégate légère de 16 canons.

 

L’intendant Desclouzeaux précise dans un courrier du 10 mai adressé à Pontchartrain, ministre de la Marine, qu’il a bien recommandé à David de faire bon quart, à cause des ennemis qui sont dans la Manche. En outre, les commandants transportant des munitions ont été pourvus de certificats leur ordonnant de mettre le feu à leurs navires et de les couler bas s’ils étaient en situation d’être pris par l’ennemi.

 

Appareillage de Camaret le lundi 18 mai 1694

Le bon vent de sud-sud-ouest au départ favorable à la petite flottille, faiblit et tombe quand les bâtiments arrivent par le travers de Portsall. Les bâtiments mouillent le 18 au soir. Le lendemain mardi, toujours calme plat, impossible de rallier L’Abervrac’h. Le mercredi 20, David donne l’ordre à la flottille de se laisser aller avec le courant et de rallier le mouillage des Blancs-Sablons, sous la protection des batteries de Kermorvan.

   

Retour aux Blancs-Sablons, attaque anglaise

La manœuvre s’exécute sans problèmes, mais le lendemain, jeudi 20, à la pointe du jour, les veilleurs de garde en haut des mâts, aperçoivent trois navires anglais : deux vaisseaux et un brûlot qui descendent le chenal du Four, vent et courant portants.

David donne aussitôt le signal d’appareillage, enjoignant aux capitaines de rentrer au Conquet ou de mouiller à proximité. Lui-même avec le Chasseur assisté d’un bâtiment dunkerquois de vingt canons, commandé par un nommé Baset,  tente de se mettre en travers des Anglais pour protéger la retraite du convoi.

Les Anglais entraînés par le courant viennent s’emmêler dans la flottille en manœuvre et s’emparent sans difficultés d’une flûte et d’une barque chargée de sel. David ordonne aux deux corvettes d’entrer dans Le Conquet, à la tartane Petit Saint-Laurent et à la galiote Catherine chargée de canons et de 800 bombes d’aller s’échouer au plus haut et de se saborder.

 

Le combat naval

Le Chasseur offre alors aux Anglais un combat d’arrière-garde avec son artillerie,  aidé par les batteries des Blancs-Sablons et de l’île de Kermorvan qui tirent sur les vaisseaux anglais nombre de coups de canon. Il soutient au mouillage le duel avec l’ennemi pendant cinq longues heures. Puis dans l’impossibilité de doubler, faute de vent, la pointe du Conquet et sur le point d’être pris, il file son câble par le bout et se fait remorquer par sa chaloupe le plus à terre possible puis il saborde son navire et y met le feu. Il y eut quelques gens tués ou blessés.

  Les Anglais se désintéressent alors de l’épave et se lancent à la poursuite du convoi. Mais ils ont trop tardé et lorsqu’ils sont sur le point de le rejoindre, les barques Petit Saint-Laurent (qui finalement ne s’est pas échouée) et Portefaix, les corvettes l’Ecureuil et la Flessingoise (qui ne sont pas entrées au Conquet) et cinq autres petits bâtiments sont déjà sous la protection du fort de Bertheaume. Le  sieur Desmons, sous-lieutenant d’artillerie lance sur les Anglais 7 bombes. L’une crève en l’air et les morceaux tombent près du premier vaisseau. A la deuxième ou troisième bombe, le bâtiment vire de bord et s’éloigne vent arrière donnant le signal aux deux autres de le suivre. Les trois navires anglais regagnent la haute mer par l’Iroise.

 

Sauvetage d’artillerie et de munitions du Chasseur, renflouement de la Catherine

Dès le lendemain, l’intendant envoie sur place un lieutenant de port, le sieur de Kerguelen pour décider des mesures à prendre concernant l’épave du Chasseur et la Catherine (sabordée mais intacte).  Pendant ce temps, David est arrivé à Brest faire son rapport à Desclouzeaux. L’intendant est très élogieux envers son enseigne : « Tous les gens qui sont revenus de cette flotte, sont très satisfaits du sieur David qui s’est comporté en cette occasion avec valeur et conduite. Il a perdu toutes ses hardes (vêtements), linge, vivres, et généralement tout ce qu’il avait embarqué et même l’ordre du roi pour le commandement du Yack. Le capitaine Camet (ou Canet ?) qui commandait le Chasseur, a eu le même sort. Il a aussi bien fait son devoir en cette occasion. Le sieur David en est très content. »

 

Les jours suivants et particulièrement pendant la grande marée, monsieur de Langeron, messieurs Herpin, David et de Kerguelen font travailler au débarquement de l’artillerie et des bombes du Chasseur dont on a tiré la carcasse soulevée par des futailles, vers une petite baie (Pors-Pabu ?) pour œuvrer plus à l’aise.

La Catherine progressivement vidée de ses canons et bombes, est renflouée, puis ramenée à Brest pour les travaux nécessaires, avant de reprendre rapidement du service.

La récupération de l’artillerie par des ouvriers de port et des matelots qui ont travaillé jours et nuits, s’est faite sous l’autorité du sieur Delafosse, maître-canonnier du port de Brest.

 

Pendant ce temps l’intendant Desclouzeaux a reconstitué un convoi de munitions pour Saint-Malo et Le Havre. Il quitte Brest dans les derniers jours de mai, escorté par la petite frégate l’Ecureuil. A son bord le chef de la flottille, l’enseigne de port David. Ce convoi ira à destination sans problèmes.

 

 J'ai rédigé, il y a plusieurs années ce qui précède, à partir de courriers des registres 1E466/67, archives de la Marine à Brest, « Lettres de Desclouzeaux à la Cour, à monseigneur de Pontchartrain ».

 

Voici deux autres versions françaises, extraites de:

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1236193/f240

REVUE MILITAIRE  REDIGEE A L ETAT-MAJOR DE L’ARMEE P.97

 

 Courrier du commissaire Bouridal à monsieur de Barbezieux

 Brest le 21 mai 1694

 Monseigneur,  les bâtiments sur lesquels monsieur Desclouzeaux, intendant de la marine, avait embarqué les canons, mortiers et autres munitions pour Saint-Malo, Granville, La Hougue et Le Havre, ayant trouvé le vent contraire pour entrer dans la Manche, furent obligés de relâcher avant-hier au Conquet où ils mouillèrent.

Hier matin, trois vaisseaux ennemis de 70, 50 et 29 canons entrèrent par le Four avec pavillon français, faisant mine d’aller à Brest. Le commandant du convoi envoya les reconnaître par une corvette qui leur fit le signal qu’ils étaient ennemis. Aussitôt tous les bâtiments coupèrent leurs câbles et mirent à la voile pour se retirer du côté de Brest. Mais les vaisseaux ennemis ne leur en donnèrent pas le temps et obligèrent les plus petits d’entrer dans Le Conquet et les autres de s’échouer ; le commandant du convoi, qui était une flûte armée en guerre, ayant voulu faire l’arrière-garde, fut obligé de s’échouer et de se mouiller (se couler). Les ennemis canonnèrent pendant quelques temps les batteries de la pointe du Conquet, et il y eut quelques matelots qui s’y étaient jetés, qui y furent blessés, et ils ne firent dans leur capture que deux bâtiments chargés de fers. (1)

Cette perte ne serait pas considérable sans le retardement que cela apporte au transport des munitions dans les places que je vous ai ci-devant marqué, puisqu’il faudra relever ces bâtiments qui s’étaient échoués et emplis d’eau, aussi bien que la carcasse de la flûte qui s’est brûlée, dans laquelle on avait mis cinq des canons. L’on me mande du Conquet que tous les capitaines gardes-côtes se sont portés avec beaucoup de diligence dans leurs postes, où ils ont été suivis de quantité de paysans, qui y ont passé toute la nuit, jusqu’à ce qu’ils ont vu les vaisseaux s’éloigner.

                                                             Signé    Bouridal

 

Ndlr, Bouridal, directeur des fortifications, commissaire des guerres à Brest

Ndlr, Barbezieux, Louis François Le Tellier, marquis de Louvois, secrétaire d’Etat à la guerre

 

(1)   Récit de monsieur de Quincy dans son Histoire de Louis le Grand, t3, p77.

La flotte des ennemis, qu’ils avaient dessein d’envoyer dans la Méditerranée, commença à s’assembler à Sainte-Hélène* ; le 27 avril le comte de Damby partit de Plymouth avec six gros vaisseaux anglais et s’y rendit ; il fut suivi du chevalier Rooke avec trente-sept vaisseaux.

-Le 3 mai, il y arriva dix-huit vaisseaux de guerre hollandais, qui furent suivis quelques jours après du reste. Sitôt qu’on en fut averti en Angleterre, le lord Russel, qui devait commander en chef, partit pour s’y rendre. Il mit à la voile le 12 de mai, avec une partie de la flotte anglaise et hollandaise ; mais il fut obligé de relâcher à cause du mauvais temps, à Sainte-Hélène d’où il partit, le 15, prenant la route de l’Ouest. Il avait dessein d’aller à la hauteur de Brest, pour y combattre l’escadre du comte de Chateaurenault et l’empêcher d’aller joindre le maréchal de Tourville en Méditerranée. Mais ayant appris qu’il en était parti, il entreprit de détruire une flotte française, chargée de grains, de vins et d’eau de vie qui était à la rade de Bertheaume. De cinquante-cinq vaisseaux, les ennemis en coulèrent à fond, ou en obligèrent d’échouer vingt-cinq.

(Ndlr) *St. Helen’s road, Portsmouth.

 Comme on peut le remarquer ces deux versions comportent des variantes et des inexactitudes.

 

Une relation anglaise :  

Je dois à un courrier de  Pierre-Yves Decosse, que je remercie.  http://histoiremaritimebretagnenord.jimdo.com/sur-le-pont/

la piste de cette carte accessible par Internet dans les archives du British Museum

 

Une version anglaise illustrée au British Museum

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 Croquis dressé par le capitaine Pickard, relatant l'affaire de la bataille navale du Conquet.

"A prospect of white Bay and Conquet Road sent by capt. Pickard, in which. places the French fleet of merchant ships, consisting of 52 sails with the Jersey Comodore of 52 guns, and 5 small frigotts from 16 to 10 guns, 35 of which were forced ashore amongst the rocks, and there burnt and staved in pieces, by their Ma(jes)ties shipps the Monmouth and Resolution, being detached from the Grand Fleet by Admiral Russell of which number, 4 was laden with bombs, guns, and mortars, and the rest with salt, wine, brandy and naval stores. On the 10th May 1694, and at the same time the Monmouth brought of a pinck and a flyboat laden with salt".

 Traduction : Une vue de la baie des Blancs-Sablons et de la rade du Conquet, envoyée par le capitaine Pickard dans laquelle il place une flotte française de navires marchands, consistant en 52 voiles, avec le Jersey Comodore de 52 canons, et 5 petites frégates de 16 à 10 canons. 35 navires furent contraints, par les vaisseaux de leurs Majestés, Monmouth et Résolution,  à s’échouer dans les rochers et là brûlèrent et furent disloqués. Parmi ces bateaux, 4 étaient chargés de bombes, canons et mortiers, les autres de sel, vin, eau de vie, et de fournitures pour la marine.  Le Monmouth et le Résolution étaient détachés de la Grande Flotte de l’amiral Russell. Selon Pickard, l’action s’est déroulée le 10 mai 1694. Le même jour, le Monmouth a chassé et capturé une pinque (bâtiment de charge gréé à voiles latines) et une barque chargée de sel.

Ndlr -A cette époque l’Angleterre est toujours sous le «calendrier Julien » et le sera jusqu'en 1752, tandis que la France est passée au « calendrier Grégorien » depuis décembre 1582, d’où un décalage de dix jours.

J'ai décomposé le croquis original en tableaux pour la compréhension de l'affaire.

-1A--baie-bs.jpg

8 et 9, vaisseaux anglais. 6, brûlot anglais, ils poussent le convoi à la côte. 

7, vaisseau du convoi : le Chasseur, appelé par Pickard Jersey Comodore  

1-2-3-4-5 Batteries

 2-entree-ct.jpg

5, batterie de Kermorvan.   12, rade et ville du Conquet, une partie du convoi entre dans la ria. 

  3-stmat-bertheaume.jpg

 

14-15-16, chasse et prise de la pinque par le Monmouth selon Pickard 

13, abbaye et batterie de Saint-Mathieu 

17, château de Bertheaume 

 

-Pickard était-il témoin direct? Sans doute ! S’il nomme Jersey Comodore le Chasseur c’est qu’il y a reconnu un ex-vaisseau anglais, mais se trompe sur le nom et lui attribue une puissance de feu bien supérieure à la réalité.

  resolution in a gale[1]

  Le vaisseau anglais Resolution dans la tempête. Par Willem van de Velde, the younger. 1678.

(Source Wikipedia Internet).

 

Quelques semaines plus tard, mi-juin 1694, une flotte anglaise, détachée de l'escadre de Russel est venue attaquer Camaret, le dispositif de défense des abords du Goulet de Brest, mis en place par Vauban a transformé l'agression anglaise en déroute.

  Fin provisoire de l'article, JPC 13 mai 2011

 

                                                 

 

 

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 11:21

Le Télégramme du 7 novembre 1946: Le nouveau canot de sauvetage du Conquet en construction au Havre doit s'appeler CHARLES DE GAULLE

 

En fait le nouveau canot du Conquet portera le nom d'un généreux donateur, auteur en 1939 d'un legs important à S.C.S.N : le Docteur Paul Le Dien, et la station du Conquet ne sera opérationnelle qu'au printemps  1948.

La reconstruction de l'abri est due à la générosité de monsieur Longuet, entrepreneur à Viry-Châtillon passionné de courses de hors-bords. Longuet fait venir au Conquet de la main-d'oeuvre prélevée sur ses chantiers parisiens, avance des fonds, et participe de ses deniers au financement du bâtiment et de la cale.

 

Le 12 avril 1948,  le canot Docteur Paul Le Dien fait son entrée au Conquet. Il a pour équipage de convoyage depuis Le Havre: Le Maine pilote de la Marine, Jean Lucas  patron, Goulven Tanguy matelot, Durand-Gasselin inspecteur de la S.C.S.N, et un passager: monsieur Longuet, l'industriel. La traversée s'est effectuée sans problèmes, avec escale à Cherbourg et Roscoff.

Caractéristiques principales :

Construit aux Chantiers Augustin Normand Le Havre

Longueur 13,60 mètres, largeur 3,96 mètres, poids 13,6 tonnes, tirant d'eau 1,12 mètre. Deux moteurs DB3 de 40cv lui assurent une vitesse de 8 nœuds. Son autonomie est de 36h

Une fois l'abri terminé, le nouveau treuil et le nouveau chariot sont mis en place, l'inauguration peut avoir lieu.

 

***... Un mystère, pourquoi le bateau est-il appelé par les Conquétois qui s’en souviennent et par la presse de l’époque Thomas Le Dien.. ??  On peut à la fois, voir sur des photos de journaux, le canot avec son nom bien visible Docteur Paul Le Dien, mais les gros titres et mentions dans les articles ne parlent que du ... Thomas Le Dien.!!!***

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La mention du legs est dans les « Annales du sauvetage » de 1941 : « depuis la dernière Assemblée Générale nous avons perçu à titre de legs ou d’acompte sur les legs : 1 849 896 francs de monsieur Thomas Le Dien, etc… suivent les noms des autres donateurs.

 

Inauguration de l'abri et baptême du canot Docteur Paul Le Dien.

"Il y a seize ans, le 22 août 1932, la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés inaugurait au Conquet une de ses plus belles stations et procédait au lancement et au baptême du robuste canot à deux moteurs Nalie Léon Drouin, don généreux de madame Drouin. Nous avons relaté en leurs temps les beaux sauvetages accomplis par ce canot sous le commandement de son vaillant patron Lucas Aristide, mort le 1er novembre 1940.

Qu'il nous suffise de rappeler aujourd'hui sa dernière sortie en cette tragique journée du 18 juin 1940 au cours de laquelle il recueillit 8 hommes de l'aviso Vauquois coulé par une mine sous-marine devant la tourelle la Vinotière. Puis ce furent les sombres années de l'occupation, particulièrement sévères à cette pointe du Finistère.

Le 7 août 1944, à l'aube de la Libération, les Allemands encerclés décident, avant de se constituer prisonniers, de faire sauter la station. Projetés par l'énorme explosion, les débris de la cale et de la maison-abri retombent sur le canot et l'écrasent. Il ne reste plus rien!   Malgré l'immensité des dégâts du même genre qu'elle venait de subir sur tout le littoral, la S.C.S.N considéra que son vaste programme de reconstruction et de rénovation devait porter en priorité sur l'équipement de cette région des abords de Brest, particulièrement dangereuse pour les navigateurs. Dès 1946, les Ponts et Chaussées de Brest chargés de la reconstruction de l'abri et de la cale nous assuraient de leur total appui, en même temps qu'un généreux industriel, monsieur Longuet, nous offrait de participer dans une très forte mesure aux frais de reconstruction de l'abri.

Dès le 12 avril 1948, le nouveau canot ralliait sa base et presqu'au même moment s'achevait la pose du portail de l'abri.

Aussi la journée du 18 juillet allait-elle présenter une solennité toute particulière, car elle ne devait plus seulement marquer la remise en service d'une station sinistrée, mais elle prenait aussi la valeur symbolique d'une renaissance..

Lorsque monseigneur Fauvel, évêque de Quimper et de Léon donna la bénédiction à la nouvelle station, nous avons voulu espérer que son auguste intercession s'étendait aussi à notre “Société” toute entière. Le vice-amiral Lacaze, président de la S.C.S.N, avait délégué pour le représenter le capitaine de frégate Durand-Gasselin, inspecteur de la Société pour la zone finistérienne, qu'entouraient les membres actifs et dévoués de notre comité de sauvetage du Conquet. En quelques mots le commandant Durant-Gasselin rappela l'histoire de la station du Conquet riche en belles actions de sauvetage. Puis il exprima la reconnaissance de la Société aux deux généreux donateurs qui ont si fortement contribué à édifier la nouvelle station:

-feu le docteur Paul Le Dien qui fit avant la guerre un legs magnifique à la Société et dont le nouveau canot porte le nom,

-monsieur André Longuet dont la générosité a permis à la société de faire construire le superbe abri de granit et qui a bien voulu accepter avec madame Longuet de parrainer notre canot.

Enfin le commandant Durand-Gasselin remet le commandement du nouveau canot à son jeune patron Jean Lucas.

Accompagné du chanoine Cadiou, vicaire général et du clergé local, monseigneur Fauvel, après une courte et émouvante allocution descend alors la falaise suivi du cortège officiel et gagne l'abri. Les autorités civiles et militaires montent à bord du Docteur Paul Le Dien. Dans un impressionnant silence,  Son Excellence bénit le canot et son équipage. Le lancement a lieu aussitôt dans les applaudissements de la foule et le chatoiement des fanions qui claquent au vent. Dans leurs barques pavoisées que bénit au passage monseigneur Fauvel, les pêcheurs se découvrent et toute leur flottille fait escorte au Le Dien qui gagne le large. A quelques encâblures de Kermorvan l'évêque jette à la mer la croix  de bois garnie de fleurs en hommage aux marins péris en mer. Le canot retourne au port, un vin d'honneur réunit les autorités à l'hôtel Ste Barbe. Le club nautique offre ensuite aux spectateurs un match de water-polo et une course de hors-bords longuement applaudis. Enfin cette belle journée  se termine par une fête nautique." (Annales de la SCSN)

Composition de l'équipage en 1948:

Patron ......................Jean Lucas, fils d'Aristide

Sous-Patron..............Adrien Lucas

Mécanicien................Hervé Sévezen

Aide-mécanicien........Goulven Tanguy

Canotiers...................Yves Le Gall, Louis Marec, Yves Vaillant, Alexis Vaillant,

                                  Léon Quéré,  Louis Lucas et François Balcon.

Treuillistes..................Jezéquel et Jan

 

Quelques interventions du Docteur Paul Le Dien:

-7 juillet 1949 : recherche des disparus du Petite Soeur Thérèse.

le patron du canot de sauvetage est prévenu à 11h50 que le bateau de pêche Petite Soeur Thérèse vient de couler en baie de Porsliogan à 1/2 mille de la côte.

Louis Marec, patron du Mon Rêve, témoin du drame, venait après des recherches infructueuses de rentrer au Conquet pour donner l'alerte. Les investigations par le canot de sauvetage n'ont rien donné, on déplore deux disparus : Théophile Menguy et son frère Joseph.

Le soir un scaphandrier de Brest opérant à partir de la gabare Paul-Georges retrouve le petit sloup qui est aussitôt renfloué.

Petite Soeur Thérèse: BR5756, construit en 1935 à Carantec, 4,77tx, moteur 5/6cv à essence. L'épave intacte, sera acquise et remise en état par Charles Bernugat. Le naufrage s'était produit voiles hautes.

 

- 9 octobre 1949, sortie pour le Winston Churchill. Rapport du comité local: "Il est 3h30 du matin quand Radio-Conquet prévient monsieur Grovel du comité de sauvetage  qu'un bateau de pêche est en difficulté sur la chaussée de Quéménès. Un quart-d'heure plus tard le canot, patron Jean Lucas, est lancé. Le Dr Paul Le Dien doit affronter une mer dure, vents de suroît avec forts grains. A 4h30 le canot arrive près de la pinasse Winston Churchill de Douarnenez qui a talonné en s'égarant dans le dédale des îles. Le bateau n'a pas de voies d'eau importantes, Adrien Lucas y embarque comme pilote, le canot de sauvetage ouvre la route. Le convoi arrive sans encombre au Conquet, les avaries de la pinasse sont réparées dans la journée, le Winston Churchill appareille alors pour Douarnenez."

 

Rapport de l'inspecteur du service radiotélégraphique du Conquet Radio adressé à la Direction des Services Radioélectriques.

 J'ai l'honneur de porter à votre connaissance l'incident de mer qui a eu lieu dans la nuit du 18 au 19 octobre 1949 : A deux heures du matin (gmt), le chalutier douarneniste Winston-Churchill, sans lancer d'appel "Mayday" ni "Pan", nous signale qu'il se trouve dans les rochers entre Le Conquet et les Pierres Noires, il relève le phare de St Mathieu dans le sud-est 1/4 est et celui de Kermorvan dans le sud-sud-est. Il nous demande d'alerter le bateau de sauvetage ou un autre navire de pêche "pour le tirer de là". Il signale en outre qu'il a une voie d'eau à l'arrière et qu'il est mouillé sur ses ancres, feux allumés.

Nous communiquons tous ces renseignements au préposé du canot de sauvetage du Conquet par téléphone. Le Winston-Churchill ne peut se dégager seul mais ne se trouve pas en danger immédiat.

L'appel du chalutier a été effectué sur 1650kcs, passons sur 1850kcs et conservons le contact.

A 3h05 (gmt), le canot de sauvetage approche du chalutier en difficulté mais doit faire un détour pour éviter les récifs. Le Winston-Churchill aperçoit le canot de sauvetage et nous informe qu'il a six brasses d'eau sous le bateau et qu'il étale sa voie d'eau avec sa pompe mécanique et qu'il lui reste encore sa pompe à bras qui débite quatre tonnes d'eau à l'heure, en cas de besoin.

A 3h40 (gmt) le Winston-Churchill nous avise que le canot de sauvetage va l'accoster pour lui mettre quelqu'un à bord afin de le guider hors des roches.

A 4h37 (gmt) le Winston-Churchill et le canot de sauvetage arrivent sur rade du Conquet.

 

-Sortie du Dr Paul Le Dien  à la recherche des disparus du Mathieu-Bihen, accident de mer déjà relaté dans ce blog.

-Echouage du "Castor" à Béniguet le 10 mai 1950, (longue) relation d’accident de mer traitée à part.

-18 décembre 1952, sortie pour le Régina Coeli (pas de détails)

-13/14 avril 1953, sortie pour le Taboga.

Le pilote vient d'en débarquer à la hauteur du Minou, il est environ 21h30 ce 13 avril 1953 quand le vieux vapeur panaméen Taboga quittant Brest s'éloigne vers la haute mer. Faisant route de Bilbao sur Rotterdam avec du minerai de fer, le bateau a relâché à Brest pour compléter ses soutes par 70 tonnes de charbon de chauffe, de quoi finir son voyage jusqu'en Hollande. La mer est belle, la visibilité bonne, rien ne semble devoir perturber la bonne marche du cargo. Pourtant, une demi-heure plus tard l'opérateur de veille à Radio-Conquet reçoit en morse: S.O.S de HPXI, s/s Taboga aground 4 miles WSW St Mathieu point request immediate assistance... (4819N 0450W)

La station radio accuse réception puis avise l'Inscription Maritime à Brest. L'administrateur fait sortir les canots de Molène et du Conquet. La Préfecture Maritime également prévenue, fait pousser les feux de l'Imbattable mais en précisant que ce remorqueur ne pourra pas appareiller de l'arsenal avant au moins 4 heures. Le remorqueur Abeille 26 qui assure habituellement le sauvetage en mer à partir de Brest est absent, en mission du côté de Nantes.

Pendant ce temps à bord du Taboga, le capitaine Koël ne reste pas inactif. Son bateau s'est planté à basse-mer près des Bossemen, le flot est en train de le soulever, bientôt le Taboga flotte à nouveau. Koël fait son télégraphiste annuler la demande d'assistance ... un peu prématurément! La mer en effet est bien montée autour du bateau mais aussi dedans, des rivets de la coque ont sauté, les voies d'eau sont importantes, la salle des machines est bientôt inondée, les chaudières explosent, sans faire de blessés heureusement. le 14 avril 1h20 nouvel appel de détresse S.O.S de HPXI…  we are sinking .. we request urgently lifeboat...

 Le canot Dr Paul Le Dien aux ordres de Jean Lucas n'étant pas équipé de radiotéléphonie est arrivé à proximité du vapeur mais ne sait pas ce qui se passe. C'est aux gestes et aux cris de l'équipage que les Conquétois comprennent que l'évacuation est imminente. Bientôt le canot de sauvetage est envahi par une population cosmopolite: 16 Estoniens, 5 Espagnols, 1 Allemand, le capitaine Koël, son épouse et une autre dame, épouse d'un marin du bord sans doute. A 2h du matin les naufragés débarquent au Conquet, certains ont avec eux leurs bagages. Peu attachés au vieux rafiot, les marins du Taboga vont mener toute la nuit une joyeuse fête au son d'un accordéon.

Pendant ce temps le canot de sauvetage avait repris la mer avec à son bord le capitaine Koël et son radio. Le Taboga n'était pas pressé de couler, le flot le portait tranquillement vers le nord, il était passé devant Le Conquet et maintenant musardait dans les Blancs-Sablons suivi par le canot. La vieille coque s'enfonçait cependant de plus en plus. Le Taboga finit par disparaitre à 1 mille au suroit de Corsen.

 On a raconté au Conquet beaucoup de chose à propos du vapeur panaméen : bateau vétuste accomplissant son dernier voyage avant la démolition, assuré au-delà de sa valeur et coulé volontairement pour toucher la prime d'assurance... l'enquête nautique et le procès n'évoquent pas cette éventualité, Koël est reconnu coupable de ne pas avoir suivi la route indiquée par le pilote et d'avoir confondu les feux de Basse-Royale et des Pierres Noires. Consulté, Jean Lucas confirmera qu'il n'a pas vu non plus Basse-Royale dont l'éclat du feu est réputé trop faible.

Le tribunal reconnait au capitaine qu'il a fait son possible pour déséchouer son navire mais retient contre lui des négligences graves en matière de navigation et le condamne à trois mois de prison avec sursis et 30 000F d'amende. L'officier de quart qui n'a pas cherché à contrôler les feux écope de 15 000F d'amende avec sursis.

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Photo parue dans Le Télégramme, en illustration de l'article sur le naufrage du Taboga.

  

Le vieux Taboga ne reposera pas longtemps en paix, dès le mois de juillet 1953, monsieur Le Dot, scaphandrier à Lampaul-Plouarzel concessionnaire de l'épave,  travaillait à la récupération des métaux non ferreux et de certaines pièces de la machine. Démantelé à l'explosif, le vapeur est toujours balisé par une bouée de danger isolé et fréquenté comme base à lieus.

 

QUELQUES AUTRES INTERVENTIONS DU LE DIEN

5 mai    1953,  sortie pour La Perle

2 août   1953,  sortie pour le dundee Lotus

19 sept 1953,  sortie pour le yacht Sky

6 mars  1954,  sortie pour le yacht Saphir

23 juin  1954,  sortie pour la gabare Fleur de l'Odet.

ledien-groupe.jpg 

A bord du Docteur Paul Le Dien, l'été 1953.

Premier plan : Hervé Sévezen, Adrien Lucas (patron).

Deuxième plan, Yves Le Gall, Alexis Vaillant, Jean Larsonneur.

On distingue à droite la mâture du "Dom Michel" bateau de procession, de sortie pour les bénédictions de la mer.

 

Une erreur tenace.

Voici ce que j’écrivais habituellement à la fin d’articles sur ce canot conquétois : « Après la dernière sortie de sauvetage du 23 juin 1954, la SCSN prit la décision d’envoyer le Docteur Paul Le Dien aux Sables d’Olonne, il y est toujours.  En 1979 ou 80, après de longues années de service, il est refondu. Ses deux moteurs DK2 de 40ch sont remplacés par deux RC 140D de 140ch.

Retiré du service, le canot Dr Paul Le Dien tourne le dos à la mer, installé dans un jardin public, près de la capitainerie du port de la Chaume. Eh bien c’est inexact !

 

La correction suivante vient d’une récente correspondance par mail avec monsieur Philippe Schlewitz (http://lesnaviresdevendee.forumactif.net/).

Le canot de sauvetage Docteur Paul Le Dien, AND 166, arrivé aux Sables d’Olonne le 1er décembre 1954 a servi pendant 13 ans dans cette station. Il a été remplacé en mai 1967 par un canot venant de Port-Joinville (île d’Yeu), le Patron Noé Devaud AND 172, qui a été débaptisé et renommé Docteur Paul Le Dien. C’est lui qui, désarmé en 1984,  se trouve exposé près de la capitainerie de Port-Olona aux Sables d’Olonne ! (Photo Jpc, ci-dessous).

  Dr-Paul-Le-Dien-N-2.jpg

Le transfert de nom d’un bateau à un autre est bien souvent source de confusion. (Ceci n’est pas une excuse pour mon erreur).

 

Je rajouterai ultérieurement quelques illustrations complémentaires, mais je ne possède aucune photo ou carte postale représentant le canot Docteur Paul Le Dien au Conquet, hormis celles présentées plus haut,

Donc si des lecteurs de ce blog peuvent compléter cet article, merci d'avance.

                                                                                                                                                   JPC 22 avril 2011.

 

De nouvelles précisions viennent de m'être fournies par Jean Michel Péault, patron suppléant du canot tous temps SNS084 et responsable du musée de la pêche et du sauvetage de l'île d'Yeu, je l'en remercie.

 

Le canot AND 166 Docteur Paul Le Dien du Conquet a rallié Les Sables d'Olonne en 1954 et y est resté en service jusqu'en 1979. Désarmé pour vétusté, il a pris  le nom de Patron Israël Chevrier 2. Vendu par les Domaines, il a servi d'embarcation ostréicole jusqu'en 1985 à Nieul-sur-Mer (17)

 

Le canot de la photo, Docteur Paul Le Dien, deuxième du nom,  AND172, est l'ancien  Patron Noé Devaud 1 de l'île d'Yeu,1953-1973, devenu Patron Israël Chevrier à Saint-Gilles Croix de Vie 1973-1979 avant de rallier Les Sables d'Olonne comme il est dit plus haut.

 

                                                                                JPC 22 février 2012.

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