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16 juin 2009 2 16 /06 /juin /2009 21:59

SEMAPHORES

Quand on parle aujourd’hui de sémaphore au Conquet, cela fait référence à la "vigie sémaphorique" de la Marine Nationale à la pointe Saint-Mathieu (Plougonvelin).

 

 

Faisons un retour dans le temps.

 

« Sémaphore » est un mot issu du grec ancien qui signifie porteur de signe ou de signal.

 

A l'origine, les sémaphores ont dans la Marine, désigné des mâts plantés sur des points dégagés du littoral, bien visibles de la mer. La combinaison de pavillons hissés aux drisses de ces mâts composait des messages simples, lisibles par les bateaux passant à proximité.

En temps de guerre, les messages « codés » étaient déchiffrables par les seuls navires « amis ». Des boules (globes), pouvaient également être utilisées pour des significations particulières, souvent de dangers. Elles le sont toujours pour annoncer des alertes météorologiques (coups de vent – tempêtes).

 

Saint-Mathieu :

 

A l’époque de la Révolution et de l’Empire, il y avait bien sûr un mât sémaphorique à la pointe Saint-Mathieu

Un gardien déterminé :

Le 24 messidor an 11, le maire du Conquet écrivait au sous-préfet de Brest : «  Je vous annonce citoyen que dans la nuit dernière, environ 20 Anglais sont descendus à terre près les signaux de Saint-Mathieu situés sur la commune de Plougonvelin, et à distance d’une petite lieue du Conquet. Ils ont voulu entrer dans le corps de garde des signaux, sous prétexte de patrouille. Sur le refus formel du gardien, ils ont brisé une fenêtre comptant sans doute entrer par là. Mais le gardien menaçant avec une hache à la main, de couper le col au premier qui entrerait, aucun n’a osé se mettre en but à sa fermeté. Ils ont fini par couper les drisses et drailles du télégraphe et ont emporté les trois globes. »

Le maire du Conquet  en profite pour demander l’octroi de 50 fusils et 1 000 cartouches pour équiper un service de nuit de la garde nationale aux points menacés.

 

 Les Renards :




Cadastre de 1841, plan de situation du mât sémaphorique du Cruguel à la pointe des Renards.




                                                   

A la pointe des Renards, un peu sur la hauteur, au lieu-dit le Cruguel (la butte), se dressait aussi un grand mât, destiné à transmettre des avis aux navires de passage dans le chenal du Four et surtout à informer les convois en attente sur rade du Conquet, sous la protection des batteries côtières, de la présence ou non des vaisseaux anglais en Iroise, faisant le blocus de l’accès à Brest.

 




Ci-dessus : détail de la carte de Beautemps-Beaupré 1816,


Lever de côte de Beautemps-Beaupré 1817





Ce sémaphore du Conquet est signalé sur la carte de Beautemps-Baupré et sur les levers de côtes du même hydrographe. Le sémaphore était servi par un « gardien des signaux » qui logeait dans une maisonnette tout près du mât. Un petit chemin entrecoupé d’escaliers, lui permettait de descendre directement à la source de Portez pour se ravitailler en eau. Lorsqu’il y avait menace anglaise à l’entrée du chenal du Four, un marin de la division des péniches et canonnières gardes-côtes montait la garde au Cruguel, prêt à descendre au port donner l’alerte.


Le socle du mât des signaux est  toujours en place dans le jardin d’une maison particulière de la pointe des Renards.

 

 

Les mâts Dupillon :  

 

L’officier-artilleur Dupillon s’inspirant du système des frères Chappe, fait adopter vers 1805, un mât de sa conception à trois ailes, qui permet de presque tripler les combinaisons possibles de signaux. Ce dispositif complète le mât à pavillon qui reste en place. Sur les tracés de Beautemps-Beaupré, on distingue les ailes du télégraphe Dupillon.

 



Mât Dupillon reconstitué, près de Carteret (Cotentin). Photo JPC





































Les postes électro-sémaphoriques :

 

En 1861, l'Etat prend la décision de construire une ligne de postes électro-sémaphoriques pour remplacer l'ancien système de signaux Chappe devenu obsolète.   44 postes sont édifiés dans le deuxième arrondissement maritime dont Créach'meur, Saint-Mathieu, Les Renards, Corsen, Landunvez…

 

Un électro-sémaphore a en fait deux fonctions : un rôle de communication avec les navires par signaux optiques (mât Dupillon et signaux par pavillons), et un rôle de bureau télégraphique pour la transmission des messages reçus des bateaux et l'acheminement des télégrammes privés déposés au guichet du sémaphore par des usagers « terriens », à destination des bureaux télégraphiques du réseau français.






 

Les guetteurs sémaphoristes utilisaient à l'émission et à la réception vers le réseau général, des appareils "Breguet" à cadrans, ce qui obligeait le premier bureau récepteur de l'administration des Télégraphes à reprendre le texte en « Morse », pour l'acheminer vers sa destination à travers le réseau national. Plus tard (1866) les guetteurs de la Marine se mirent au « Morse » et le service y gagna en souplesse et en rapidité.




 Le sémaphore des Renards, agrandissement d'un détail de carte postale vers 1900-05














Fermeture du poste des Renards :

 

Ouvert en 1862, le poste des Renards sera fermé en 1881, en même temps que Le Minou. mais restera entretenu pour une réouverture éventuelle.

Le rapport d'inspection annuelle de 1895 indique que le mât commercial est toujours en place mais serait à re-haubanner, le reste du gréement avec les parties supérieures de la mâture, plus les roues, ailes, disques et chaînes sont à l'abri à l'intérieur du bâtiment, mais se dégradent. Les huisseries, planchers, toiture de la maison sont à refaire...

 

Le sémaphore mis en vente 5 000 Francs en 1899 est acquis par un nommé Fernand (ou Ferdinand) Ferron qui le transforme  en une coquette maison où il s'installe en 1901.

 



Carte d'Etat-Major de 1907 : X, emplacement de l'ancien sémaphore devenu maison de monsieur Ferron.













L'occupation allemande 1940-44 :

 

L'armée allemande investit Le Conquet le 19 juin 1940, les maisons de la pointe des Renards sont immédiatement réquisitionnées,  dont l'ancien sémaphore devenu "manoir du Cruguel", appartenant à monsieur Keraudy, habitation de 10 pièces et dépendances, close de murs, pour une superficie totale de 25 000 m².

L'installation de DCA, radars, gonios, projecteurs, canons et blockhaus, conduit à partir de 1943 les Allemands à faire table rase de tout point de repère identifiable par  les aviateurs anglais. Fin mars 1943, sur ordre la Feldkommandantur 752, l’ancien sémaphore est détruit à l’explosif.




 Sur cette vue aérienne de qualité médiocre, on distingue bien la forme en T du sémaphore "explosé" par la troupe allemande;














Plan américain dressé lors de la prise du site des Renards par les "Rangers", le 9 septembre 1944.
(J'en reparlerai)

Le sémaphore, quoiqu'en ruine y est figuré en noir au centre.















Pour la suite du sémaphore du Cruguel, voir l'article sur la Radiomaritime (Le Conquet)



Saint-Mathieu :

Le déplacement du sémaphore de Saint-Mathieu :


 


Le poste électro-sémaphorique de Saint-Mathieu. Mât Dupillon et mât des signaux.













Après la fermeture du sémaphore des Renards,  il fallut bien se rendre à l'évidence que le sémaphore de Saint-Mathieu, entre la pointe et les Rospects, n’avait aucune visibilité sur le chenal du Four. Les navires qui s’y engageaient, devaient attendre le travers de Corsen pour communiquer par signaux avec la terre.

La construction d’un nouveau sémaphore à la pointe Saint-Mathieu, avec le visuel sur la mer de l’est-sud-est jusqu’au nord,  maintes fois envisagée, maintes fois remise, fut quand même réalisée. On lit dans le « Courrier du Finistère » du 3 septembre 1904 : « La direction des constructions hydrauliques a chargé monsieur Salaun, entrepreneur à Brest des travaux de construction du nouveau sémaphore de  Saint-Mathieu. On édifie en ce moment les cabanes à outils pour le chantier ».

 

Le nouveau sémaphore, en forme de tour, a été remis à la marine en 1906. L’ancien, loué à un particulier, puis occupé par les services de la météo et enfin par les Allemands, a été rasé en 1985. Sur le site, le bâtiment circulaire en pierres, que l’on prend souvent pour les ruines d’un moulin, était en fait la base d’un radar. (Consulter à ce sujet le livre Littoral d’Iroise, édité par « Phase » :  Plougonvelin, Histoire et Avenir, Souvenirs et Ecoute en 2005).


Le phare de Saint-Mathieu allumé en 1835, et l'abbaye avant la construction du nouveau sémaphore.











Mauvaise photo (carte postale) mais qui montre un mât Dupillon semble-t-il provisoire, avant la construction du nouveau sémaphore.













le nouveau sémaphore en cours de construction 1905














Le sémaphore de Saint-Mathieu terminé, avec son mât Dupillon














Le sémaphore de Saint-Mathieu aujourd'hui (à compléter)

Autres postes électro-sémaphoriques du second Empire.


Sémaphore de Créach-Meur (Plougonvelin) avec le fort Augereau, aujourd'hui disparu













Sémaphore d'Ouessant, le Créac'h ou le Stiff
















Sémaphore de Corsen.
















On remarque sur ces mâts, une aile, la première à partir du toit du bâtiment, prolongée par un disque sombre. Cette aile est fixe, elle indique aux navires en mer "la face parlante du mât". C'est à dire sous quel angle il faut lire les combinaisons de positions des aîles supérieures.


Sémaphore de Molène ( à compléter).


Fin provisoire de rédaction . JPC.

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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 18:38

BREST- LE CONQUET RADIO
(version courte)


 



La solution d’une station radiomaritime à Gouesnou ne pouvait être que transitoire. D’abord parce que les installations étaient comme on l’a vu, sommaires et surtout, parce qu’un nouveau mode de communication avec les navires avait fait de grands progrès pendant la guerre : la radiotéléphonie sans fil.

 

Certes depuis les années 1920, les grands paquebots transatlantiques étaient équipés de ce moyen de transmission, mais les matériels étaient très volumineux et surtout gros consommateurs en énergie électrique. Depuis les "postes radios" avaient gagné en encombrement et en souplesse d’utilisation, permettant à des navires de moindre importance d’en faire l’acquisition.

 

Les PTT se devaient donc, pour satisfaire une nouvelle clientèle, d’implanter le long des côtes de France et de ce que l’on appelait encore « les Colonies », des stations radios qui travailleraient toujours en radiotélégraphie morse et mais aussi en radiotéléphonie.

 

A la pointe de Bretagne, carrefour entre la Manche et l’Atlantique, il n’était plus question de mettre une station dans une île. Ouessant fut donc d’emblée écartée. Par contre la pointe  de Corsen, bien dégagée sur la mer, et dans un environnement exempt d’industries qui auraient pu générer des perturbations électriques, fut le premier lieu selectionné, puis éliminé car trop loin d’un bourg et ne bénéficiant d’aucune ligne de transport régulière avec Brest. La pointe des Renards au Conquet avait ces avantages : dégagement sur la mer, proximité de la ville du Conquet, lignes régulières de cars avec Brest. Le site fut donc retenu pour un temps d’essais en 1948.

 

Une période de tests,   la radio dans un shelter

 


Le shelter, tel qu'il subsistait en 1953 ou 54. Sur le toit l'antenne du gonio.













La pointe des Renards, était pour l’essentiel une propriété privée, confisquée par les Allemands de 1940 au début septembre 1944, et truffée de blockhaus, postes gonios, nids de mitrailleuses etc. La Direction des Services Radioélectiques des PTT (D.S.R) a obtenu du propriétaire l’autorisation de déposer à l’extrémité ouest du domaine, un shelter d’ambulance américaine, (sorte de d’abri métallique en forme de cabane), pour effectuer ses premières mesures de propagation des ondes.

 

Le shelter installé sur une dalle en ciment a été équipé d'un émetteur-récepteur  « Saram » acheté lui aussi aux « surplus américains ». Deux opérateurs  ont alors été désignés pour la mise en route du service de la radiotéléphonie maritime... ceci se passait au printemps de 1948.

Plus tard le shelter a été récupéré par Jean Tromeur comme abri de jardin pour un terrain qu’il avait près du stade . Dans ce shelter une famille a quelques temps habité.

 

Les deux hommes, opérateurs radios confirmés,  s'adaptent vite à leur matériel.. si bien que les 18 et 19 octobre 1948, c'est la station du Conquet qui sert de poste directeur lors de la demande d’assistance formulée par le yacht danois "Atlantide », en détresse à environ 135 milles de la pointe du Finistère, et le remorqueur de sauvetage "Abeille 25" parti à son secours..

 

Document :

Le 18 octobre 1948, à 13h40 GMT, le trois-mâts goélette danois "ATLANTIDE " indicatif radio OUPL,  lance un appel "Mayday" à l'attention de Land'send radio, en se situant par 4812N et 0715W.

Le Conquet-Radio capte le message et alerte la Préfecture Maritime et la compagnie des Abeilles à Brest.

Dès 14h Le Conquet tente de contacter le voilier mais c'est le chalutier "Ravignan" qui répond, signalant qu'il fait route sur la position.

Entre temps Lands'end Radio  répète l'appel de détresse sur la fréquence 500 kc/s (Morse) en indiquant que "l'Atlantide" a perdu son gouvernail.

S'en suivent de nombreux échanges entre le trois-mâts, la station de Lands'end et le remorqueur Abeille 25, Le Conquet servant de relais entre les trois.

Ce n'est que le lendemain 19 octobre à 10h45 que l'Abeille 25 a rejoint le navire en difficultés, l'a pris en remorque et finalement l'a ramené à Brest.

 

-La luxueuse goélette, ancien yacht du commodore Vanderbilt, longue de 68 mètres pour 225 tonneaux possédait deux moteurs de 125 CV chacun, elle était alors propriété du sculpteur danois Vigo-Jarl. Elle était équipée en radiotéléphonie onde hectométriques.

 

Les opérateurs, Le Gall et Guerville, ont été félicités par leur hiérarchie, pour être restés la nuit à leur poste. En effet pendant ces périodes de tests le service n'était pas permanent.

 





Puis dans deux cabanes

 

Le premier hiver dans leur guitoune battue par les vents, la pluie et les embruns ne fut pas une sinécure pour nos deux pionniers dont l'un tomba malade. L'administration fit alors monter deux cabanes en contrebas sud de l'ancienne batterie de Toul a Louarn, l'une pour l'exploitation, l'autre pour le service technique. Le choix de l’emplacement, exposé aux vents et aux intempéries, du sud jusqu’à l’ouest, était l’œuvre de stratèges parisiens peu familiers des tempêtes bretonnes. Le socle béton d’une des cabanes est toujours parfaitement visible.

 


Les deux cabanes, exploitation et service technique.









Bientôt il fallut renforcer l'équipe, quatre nouveaux opérateurs furent nommés au Conquet. Jean Jégou, Jean Tromeur,  Pierre Kerdreux, puis Jean Cam. Leur service était cyclique sur quatre jours, après-midi, matin-nuit, descente de nuit, repos ; avec un seul opérateur présent sur le site.

 

Bien intégrés dans la population conquétoise, les "radios" recevaient les visites de leurs familles et d’amis pendant les quarts,  ce qui atténuait un peu leur isolement. C'est ainsi que dans la nuit du 16 juin 1949, un petit groupe de privilégiés a pu suivre, à la radio, depuis la porte de la cabane "salle d'exploitation", la retransmission du match de boxe Cerdan-Lamotta et la perte de son titre mondial par le champion français.

 

Le 10 mars 1950, le personnel au Conquet se compose ainsi : 1 inspecteur exploitation, 2 inspecteurs-adjoints exploitation, 2 inspecteurs-adjoints techniciens, 4 agents d’exploitation.

 

Vers la construction d’une station moderne

 

Les résultats des tests avec les navires donnant toute satisfaction, la D.S.R décide l’implantation définitive du centre radio au Conquet. Reste à acheter du terrain. La propriété Keraudy, entièrement close de murs est à vendre, les PTT en font l’acquisition et y ajoutent plus tard une petite parcelle pour l’édification d’un pylône, acquise de la famille Cam du Bilou (emplacement actuel du terrain de tennis désaffecté)

 




Plan de situation de la station radio du Conquet, travaux terminés





















Un permis de construire pour une salle d'exploitation, des annexes techniques et un bâtiment d'exploitation est mis à l'étude, le chantier sera réalisé par « l’Entreprise Générale, Société Française de Reconstruction ». Madame André Moineau, architecte DPLG a proposé ses premiers plans le 10 mai 1949, ils seront modifiés jusqu’en février 1950, mois du dépôt du permis. Le gros des travaux durera un an. A cette époque c’est Prigent Jacob, inspecteur d’exploitation qui fait office de chef de centre, il envoie directement ses rapports au directeur des Services Radioélectriques à Paris, sans passer par Gouesnou.

 




Opérateur, peut-être Guy Le Jollec, sur la position dite de "concentration" c'est-à-dire regroupant la télégraphie morse, la téléphonie, le standard téléphonique et le récepteur gonio.






















Le chantier n’est pas achevé quand les opérateurs radiotéléphonistes s'installent dans leur nouvelle salle de travail.


                                                                                                                                                                                                        Ci-dessous :
la salle d'exploitation et quelques maisons sont terminées, les autres sont en travaux.





 















On s’empresse alors d’achever les mises au point des nouveaux  équipements de radiotélégraphie qui sont testés en situation réelle le 27 septembre 1951, en répondant au S.O.S du cargo français Bakala.

 

Brest - Le Conquet Radio naît officiellement le 31 octobre 1951 dans ses nouveaux locaux.  Le personnel resté à Gouesnou rallie Le Conquet le mois suivant.

 

Décembre 1951, c’est Adam chef de section, qui est chargé de la station, Moisson et Jacob, inspecteurs assurent la surveillance des travaux, et c’est Joseph Quéré, qui nommé chef de centre, assure la réception définitive de la première tranche de travaux le 4 décembre 1952.


Vue aérienne, ensemble terminé.


 





Ci-dessus et ci-contre, deux vues entre 1954 (année de la mise en place sur le toit de l'antenne gonio, et 1959)








En photo incrustée au premier plan un opérateur, peut-être François Le Borgne











Construction d’un centre émetteur déporté

 

Durant les premières années, l’émission et la réception se font à la pointe des Renards, ce qui n’est pas très confortable, les émissions brouillant la réception, faute d’un écart suffisant entre les antennes, sauf à pratiquer l’alternat. Du terrain a donc été acheté à Plougonvelin près du hameau de Trémeur, pour y implanter un centre d’émission qui sera télécommandé du Conquet.

 

Les travaux se sont déroulés  entre le 31 janvier 1952 (dépôt du permis de construire) et 1955.

  


Le bâtiment technique de Trémeur en travaux




















Une station opérationnelle pour une cinquantaine d’années

 

Comme Ouessant-Radio, comme Gouesnou-Radio et comme toutes les stations côtières PTT en service du début des années 50, à la fin du siècle :  Boulogne-Radio, Saint-Nazaire Radio, Arcachon-Radio, Marseille-Radio et Grasse-Radio. Radio-Conquet a assuré une double mission :

 

- Service commercial, échange de télégrammes et établissement de communications téléphoniques avec les navires en mer.

 

- Sauvegarde de la vie humaine en mer

  1/ Prévention : diffusion de bulletins météos et d’avis urgents aux navigateurs, veille permanente sur les fréquences d’appels et de détresse en phonie et en morse.

  2/ Participation active dans la gestion des accidents de mer

 

Et aussi comme les autres stations de Manche-Mer du Nord et d’Atlantique, Le Conquet a assuré un service des pêches.

Le service des pêches

 

1948, Au moment où la Direction des Services Radioélectriques organise son réseau de station côtières, l'administration des PTT accorde à des stations privées (à titre provisoire), le droit de communiquer en radiotéléphonie avec des navires en mer. Par exemple : Concarneau / TKL en date du 24 septembre 1948)

 

L'organisation d'un service des pêches par la D.S.R, figure dans le décret du 4 décembre 1951, publié le lendemain au journal officiel..  Les premières vacations du Conquet ne concernent que les ports sans stations privées, pour les autres une guérilla s'instaure. Elle durera plusieurs années. Je ne vais pas en décrire ici les péripéties.

 

Douarnenez-Radio disparait vers le milieu de l'année 1952. l'offensive des PTT s'accentue vers la fin de l'année, elle concerne douze postes privés de la frontière belge à la frontière espagnole, pour l'Atlantique sont concernés cinq sites : Concarneau, Lorient, La Rochelle, Les Sables d'Olonne et l'île d'Yeu.

 

Au 16 mai  1953 la situation globale est la suivante:


Stations déjà supprimées
: Gravelines, Cancale, Paimpol, Fécamp, Camaret, Douarnenez, Le Guilvinec, Port-Louis, Etel.

Stations restant à supprimer: Dieppe, Port en Bessin, Concarneau, Lorient, Ile d'Yeu, Les Sables d'Olonne ( TKS rattachement à St Nazaire 1er décembre 1953), Saint-Jean de Luz..

En cours, mais problèmes : Concarneau, la station est exploitée par son personnel dans les locaux de la Compagnie Radiomaritime. (La fermeture effective va intervenir au 1er juin 1953).

 

Concarneau fermée, en ce qui concerne les transferts de vacations sur le Conquet, le gros morceau restait Lorient, où la station aussi propriété de la Compagnie Radiomaritime est exploitée dans la gare de Keroman sous l'indicatif TKG. 

A quelle date a fermé Lorient en émission, je ne le sais pas, mais en 1968, le correspondant local des pêches un nommé "Edmond" suivait encore les vacations sur un récepteur radio, personnage grincheux et peu coopératif, il trouvait toujours un motif pour exprimer son mécontentement. Il était la terreur des opérateurs débutants.

 

Organisation (simplifiée) du service des pêches

 

-Fonctionnement par abonnement payant

-Répartition dans la journée de « vacations » où les navires se regroupent par port

-Autorisation de transmettre à la station radio,  pour chaque abonné, des messages concernant l’exploitation du navire. Ces messages sont retransmis par la station aux correspondants agréés : comités locaux des pêches, mareyeurs, criées etc.


Pour exemple, en 1961, 800 navires de pêche sont rattachés au centre et pour les desservir, des vacations sont assurées chaque jour de 5h15 à 12h et de 15h à 18h45. Le contact est pris successivement avec les navires "mauritaniens" qu'attirent les hauts rendements en langoustes sur les côtes occidentales d'Afrique, puis avec les flottilles de Lorient, Douarnenez, Concarneau, Audierne, Camaret, Morgat, Saint-Guénolé-Penmarc'h, Lesconil, Loctudy, Le Guilvinec qui, du golfe de Gascogne au nord de l'Ecosse et à l'ouest-Irlande signalent leur situation, leurs besoins, leurs avoirs en cale et éventuellement leurs problèmes.
 




Position "pêche" au Conquet, au pupître Gérard Abalain qui en fut le titulaire durant plusieurs années (Photo France-Telecom, avant la modernisation de 1992).

Le bâti métallique de cette position d'opérateur avec ses équipements, après avoir été au musée d'histoire locale du Conquet jusqu'en 1999 est aujourd'hui exposé dans la salle d'accueil de l'abri du canot de sauvetage.














Jusqu’à la fermeture du service le 31 décembre 1999, précédant de peu la fermeture définitive des stations côtières françaises, plusieurs centaines de navires de pêche de tous genres et de tous tonnages, ont été fidèles « à l’heure de la vacation » qui était écoutée à terre par les familles sur la bande marine du poste radio.


Je reprends l'ordre chronologique

Extension du domaine des P.T.T

 Dès 1957, l’augmentation constante du trafic radio entraîne celle du personnel d’exploitation et technique de Radio-Conquet. Le nombre de pavillons existant n’est plus suffisant pour accueillir les nouveaux agents et leurs familles et surtout la salle de travail des opérateurs, et les locaux techniques sont devenus trop exigus.

 Rapidement une aile sud-nord est construite en retour d’angle du bâtiment existant, elle possède un vaste sous-sol techniques et des combles qui seront aménagés plus tard.  9 000 m2 sont acquis de monsieur de Blois, et une autre parcelle de monsieur Léon, pour l’édification de trois nouveaux pavillons doubles et de deux séries de garages, le tout situé entre la clôture Est de l’ancienne propriété Keraudy et  la « route touristique » qui n’existe pas encore.

La nouvelle salle 1959-60,  au premier plan le standard téléphonique, au fond le bureau du chef de brigade.










 


Position concentration" de la nouvelle salle 1959-60 : debout Joseph Quéré chef de centre, à la phonie Jean Cam, au télex Louis Baron
 

















Le bâtiment "énergie", il renfermait à l'origine un émetteur de secours télégraphie morse et les diesels à mise en route automatique en cas de panne électrique du réseau général EDF



La tempête de la nuit du 28 au 29 décembre 1965 a plié trois pylônes de Radio-Conquet.  Le vent après avoir soufflé du suroit jusqu'à 130 km/h a tourné au noroit en forcissant jusqu'à 145 km/h . Ce pylone de 30 m, a "enjambé" le toit de la maisonnette des O.T.C. (liaisons de secours radio avec les îles).
































Celui-ci (40 m) a épargné le toit d'un pavillon récemment construit.














Après ces déboires, un nouveau modèle de pylône support d'antennes a été adopté, aucun incident de ce type n'a été signalé par la suite. Deux d'entre-eux sont toujours en place, servant de relais de téléphonie mobile.

De 1960 à début 2000

Les missions restent les mêmes, les seuls changements sont d'ordre technique ou administratif. 

Principales dates en bref :

 

1er mai 1967 (Saint Nazaire) début de la généralisation de la VHF (communications radios sur de courtes distances) dans les stations (1971 au Conquet).   Impact immédiat : augmentation rapide du trafic en radiotéléphonie, avec un « pic» dans les années 1985-86. On recrute du personnel.

 


Le bâtiment d'exploitation en 1978.















1976, nomination au Conquet de la première femme opératrice de station côtière.

1976-82, passage progressif à la BLU (bande latérale unique) en phonie

1976-77, construction du foyer-bibliothèque



 




Vue aérienne décembre 1977, le foyer bibliothèque est en construction, (tout à fait à droite)
















Position (dite de nuit) pour un seul opérateur, à gauche télégraphie, au centre standard téléphonique et VHF, à droite téléphonie

(photo 1978)












1979-1980, ouverture du service VHF automatique monodirectionnelle

 

1988-1990, ouverture du service VHF bidirectionnelle

 

1990-92, modernisation des positions d'opérateurs, passage à l’informatique, refonte complète de la salle d’exploitation.

 










Salle modernisée 1992























1995-1999, chute des courbes de trafic, concurrence du téléphone portable en zone côtière et des liaisons par satellite au large, poursuite du regroupement progressif par télécommandes sur Le Conquet

 

-1985 reprise du trafic de nuit d'Arcachon-radio

-1986 reprise du trafic de nuit de Saint-Nazaire-radio

-1993 reprise de tout le trafic d'Arcachon-radio

-1995 reprise de tout le trafic de Saint Nazaire-radio


-1997 nuit du 31 janvier au 1er février, fermeture de la radiotélégraphie morse.


-1997 juillet,  naissance au Conquet de l'Entité Réseau Radio Maritime (ERRM)

-1997 reprise de tout le trafic de Marseille-radio

-(1998 janvier.. fermeture de Saint Lys radio)

 -Fin 1998 ou début 1999 reprise de tout le trafic de Boulogne-radio

-31 décembre 1999 fin des "vacations pêche"


28 février 2000 fermeture générale du radiomaritime en France. 

 

         








Mars 2000, la salle d'exploitation
abandonnée.










Une position de phonie avant démontage.



















Printemps et été 2000, démantèlement des centres, vente du patrimoine de France Télecom
.




Je compléterai plus tard cet article "plutôt technique", par des évocations des moments difficiles vécus par Radio-Conquet lors de sinistres en mer. JPC, (Radio-Conquet avril 1968 - juin 2001)





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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 10:22

GOUESNOU-RADIO - FFW 


J’ai tenu à inclure ce chapitre car plusieurs des opérateurs cités dans ce qui suit, ont poursuivi leur carrière à la pointe des Renards, ayant établi leur domicile au Conquet.

 

 

L'urgente nécessité de communiquer avec les navires en mer s'impose dès la Libération de Brest réussie par l'armée américaine en septembre 1944. La station radio d’Ouessant est inutilisable et irréparable, les PTT doivent parer au plus urgent pour rétablir le lien entre la terre et la mer.

 

Une opportunité se présente :

Pour communiquer avec ses sous-marins, l'amirauté allemande bombardée à Brest avait installé à Gouesnou au lieu dit Pen-Hoat, une station radio  Elle n'eut, paraît-il, à peine le temps de s'en servir avant l'arrivée des troupes US. 

 



 En tracé rouge, l'ancienne voie ferrée de Brest à Gouesnou puis Plabennec où un embranchement la scindait en deux, un tronçon vers Lannilis et les Abers, un autre vers Lesneven et au delà.

En 1945 les PTT occupent ce qui reste des constructions
, deux baraques en bois et un petit atelier en béton. La plus grande des baraques devient salle de trafic, elle est équipée de deux émetteurs SFR de 500 Watts, de deux récepteurs et d'un téléphone. La veille  500 kc/s se fait sur le récepteur 1, l'autre est réservé aux fréquences de dégagement 425 et 454 kc/s.

 

Les deux émetteurs sont devant l'opérateur à environ 1,50 mètre, le changement de fréquence se fait au moyen d'une grosse tige d'acier actionnée depuis le poste de veille, en faisant, par un mouvement de va et vient, tourner un tambour muni d'ergots à l'intérieur de l'émetteur, pour sélectionner la fréquence désirée. (Marcel Coat, qui a vécu cette période héroïque, m’a précisé que ces émetteurs provenaient de camions où ils étaient installés différement, ce qui explique le bricolage des perches pour changer de fréquence) 


 







Ci-contre, les deux tiges métalliques actionnées par l'opérateur pour changer de fréquence sans devoir quitter son siège.

La salle de trafic fait environ 6m X 4m

Dans la pièce de gauche un lit de repos dont le matelas brûlé en son milieu était un des rares objets rescapé d'Ouessant-Radio.















Le service commercial à Gouesnou s’ouvre le 1er octobre 1945, avec six opérateurs, le service se fait à deux le matin, un l'après-midi et un la nuit de 20 heures à 7 heures. 

Le 30 novembre, une note de service signée par Roi, Le Din, Balavoine, Joseph Quéré, Fercoq et Sarazin nous révèle leurs noms. Le trafic radio reçu des navires est téléphoné au Central de Brest et les observations météos en provenance des navires sont téléphonées à Guipavas.

 

1946, le 10 août, Lhermitte, directeur du service de la TSF à Paris signe avec un monsieur Floc’h de Gouesnou, l’acte d’acquisition d’une parcelle de 1 600 m² pour y construire des logements provisoires. Le terrain est limité à l’ouest par la ligne du chemin  de fer départemental, au sud et à l’est par la route de Plabennec, au nord par la propriété Floc’h.

 

Les bâtiments construits en bordure de la route Gouesnou-Plabennec se composent de  deux logements de trois pièces en rez-de-chaussée avec sanitaires et bûchers en appentis, adossés à la face arrière.

  

1948 ou 49, le chef de centre se nomme Marquebienne (je ne suis pas sûr de l’orthographe, sa signature est difficile à déchiffrer, Marcel Le Bars m'a écrit Marquebielle). Le personnel se compose de Germain, Baudet, Roi, Balavoine,  Marcel Le Bars et Le Din. Avant l'arrivée de Marquebienne, Germain (55 ans en 1945) faisait office de chef de poste.


L’existant bâti comporte alors les pavillons de la route de Plabennec, un pavillon double  et un pavillon simple au centre.

 

La cabane est située au milieu d'une prairie, les opérateurs viennent prendre leur service en sabots ou en bottes, en 1947 ou 48, un chemin empierré permettra une liaison facile entre les divers bâtiments.  Un détail d'importance, la veille se fait au casque, il n'y a pas de haut-parleur et le WC se trouve à l'extérieur adossé au pignon du bâtiment. Conscience professionnelle oblige, les opérateurs appelés à faire la veille seuls, ont accroché à une pointe dans ce WC un casque avec un long fil passant par un vasistas au ras du plafond. Ainsi la veille peut être assurée en toutes circonstances.


A propos de l'antenne :  au tout début l'antenne unifilaire était tendue entre un mât en bois et le local technique. Très vite elle a été installée entre deux pylônes métalliques de part et d'autre de la cabane. Bonne aubaine pour les opérateurs. Dans la baraque il y avait bien une chaudière mais pas de charbon, la pénurie consécutive à la guerre perdurait. La direction des Services Radioélectriques a fourni à ses employés une hache et des scies et le grand mât en bois est passé en petits morceaux  dans la chaudière.

 

Pendant ce temps (1948) Radio-Conquet sortait de l’ombre (ou du silence), j’en reparlerai plus loin.

 

Dans les notes de service du cahier d’ordres de Gouesnou, j’ai relevé celle-ci, 25 février 1948 : Service du marché par la voiture automobile : « Je rappelle que la charge utile limite de la camionnette FB12 de la station est 300kg. Dans ces conditions, les jours de marché, la voiture ne devra prendre à son bord qu’une personne par famille du personnel  de la station, à concurrence de cinq passagers et du conducteur, Pierre (Marcel) Floch.

 

1949, le personnel de Gouesnou et du Conquet relevait du même chef de centre, l’effectif cumulé Gouesnou-Le Conquet mentionne 19 noms, Germain, Roi, Jacob, Moisson, Caldini, Marcel Le Bars*, Guenno, Albert Berthou,  G. Berthou, Kersaudy, Chabrat, Pleiber, Marcel Coat, Pierre Kerdreux,  Jean Tromeur, Jegou,  Jean Cam, Floc’h, Balavoine. Cette année là on note la mise en service du premier télétype (Creed) à Paris BCR, y sont raccordées les stations de Saint-Lys, Gouesnou, Saint-Nazaire et Marseille. (En bleu ceux de Gouesnou à cette date)

 

*Marcel Le Bars, qui m’a communiqué ses souvenirs, lorsque nous étions ensemble à la pointe des Renards,  avait  quitté Gouesnou-Radio en décembre 1950, nommé inspecteur à Alger-Radio. De retour plusieurs années après, il a terminé sa carrière comme adjoint au chef de centre à Radio-Conquet.

 

Au 10 mars 1950, le tableau de service de Gouesnou répertorie : 1 chef de centre, 1 chef de section exploitation, 2 inspecteurs exploitation, 5 inspecteurs-adjoints exploitation, 1 inspecteur-technicien, 1 ouvrier d’état radio-électricien.

 

Droit de pacage :

Un autre détail aujourd'hui amusant, par note de service du 29 mai 1951, signée par le Directeur des Services Radioélectriques on apprend que monsieur Germain, inspecteur, PTT de la station de Gouesnou,  autorisé jusqu’à cette date à laisser pacager son troupeau sur une partie du terrain du centre radioélectrique, se voit retirer cette faveur, au profit d’un nommé Prigent, agriculteur voisin. Marcel Coat précisait que dans le personnel de Gouesnou il y avait des anciens de Ouessant-Radio, et que les moutons qui étaient engraissés dans l’enceinte de Pen-Hoat, provenaient de l’île.

 

 

Ce document "du pacage a l'intérêt de nous montrer le plan de la station de Gouesnou.


































Gouesnou radio FFW émettra et recevra les messages des navires en mer pendant environ sept ans 1945-1952, et seulement en radiotélégraphie (morse). 


La mission de Gouesnou-radio
, en continuité de celle d’Ouessant, consistait en :

- un service commercial d’échange de télégrammes avec les navires en mer

- un service lié à la sauvegarde de la vie humaine en mer :

 

Prévention :  

   -- diffusion de bulletins météorologiques

   -- diffusion d’avis urgents aux navigateurs (Avurnavs)

   -- veille de sécurité permanente sur la fréquence 500 kc/s

 

Traitement des accidents de mer

-- lien incontournable entre le navire en difficulté, les navires sauveteurs, les secours à terre etc.

 

Les avis aux navigateurs, que ce soit ceux de FFW ou d’autres stations, hier ou aujourd’hui, n’ont jamais bénéficié d’une écoute très attentives des opérateurs de bord.

 

Juste pour exemple, le 6 novembre 1950, le navire hollandais Wiebold Bohmer qui rentrait de nuit à Brest sans pilote, a heurté la roche Mengam dans le Goulet. Le feu de la tourelle était en panne depuis deux jours, mais un avurnav était diffusé par Gouesnou-Radio. Par chance le navire sérieusement avarié et faisant eau, a pu rejoindre la cale sèche de Brest où il a été plus tard réparé.

 

Je compléterai cet article par des récits d’accidents de mer, traités par Gouesnou-Radio FFW.

 

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27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 14:21

HISTOIRE DE LA "RADIOMARITIME" A LA POINTE DE BRETAGNE

-OUESSANT RADIO : RADIOTELEGRAPHIE
-GOUESNOU RADIO : RADIOTELEGRAPHIE
-BREST-LE CONQUET : RADIOTELEPHONIE ET RADIOTELEGRAPHIE

INTRODUCTION : QUAND LES BATEAUX « NE PARLAIENT PAS »

 

Avant l’invention de la radio, on connaissait l’heure de départ d’un navire et ensuite il fallait attendre qu’il soit arrivé à destination pour apprendre le récit de son voyage.

 

Les seules nouvelles intermédiaires pouvaient venir de navires rencontrés, ou d’identifications aux passages  à vue des phares ou des sémaphores.

 

Pigeons-voyageurs

 

A la fin du XIXe le lâcher de pigeons-voyageurs depuis des navires n’était pas une nouveauté mais les grands paquebots en ont amélioré la pratique, comme on peut le lire dans cet article du journal « Le  Yacht » daté du samedi 8 avril 1899 :  « le service des dépêches par pigeons voyageurs entre les paquebots de la ligne Le Havre New-York vient d’entrer, après sa période d’essais, dans l’application et déjà des passagers ont pu l’utiliser.

 

Pour transmettre les dépêches, la Compagnie Transatlantique s’était bornée pendant les trois voyages d’expériences de La Touraine, La Normandie et La Champagne, àOSA-OUESSANT-transat-la-provence.jpg l’envoi de papiers pelures sur lequels les passagers inscrivaient directement leurs messages.

Le  système Ledier a amélioré le service : les messages sont  photographiés, réduits et enfermés dans un petit tube de caoutchouc attaché à une des plumes du pigeon. Un pigeon peut emporter 54 dépêches du modèle : « Paquebot …..  à bord le…. plus 10 lignes »

 

 


LES TRANSMISSIONS
: quelques dates repères

 

-30 thermidor an II (17 août) 1794, première utilisation officielle du télégraphe optique de Claude Chappe pour annoncer à la Convention Nationale la reprise du village du Quesnoy.

 

-1837, invention du télégraphe électrique attribuée à Cooke et Wheatstone

 

-1844, établissement de la première ligne télégraphique (65 km) utilisant le procédé mis au point par Samuel Morse entre Washington et Baltimore (U.S.A). Le physicien américain utilisait l'électro-aimant inventé par les savants français Ampère et Arago, mais il reste surtout célèbre par son alphabet codé en points et en traits qui a donné à la radiotélégraphie son nom commun, "le morse".

 

-1876 expériences de transmission de la parole par Graham Bell, elles aboutiront à l'invention du téléphone.

 

-1895 de nombreux savants expérimentent la transmission sans fil, l'histoire a mis en avant celui qui a su "commercialiser" la T.S.F, un jeune italien expatrié en Angleterre, Guglielmo Marconi.

 

 

Camille Papin Tissot

 

En France, c’est à Brest que la radiotélégraphie a fait ses « premiers pas » grâce à Camille Tissot. J’ai eu la chance en 1969, de découvrir ce savant oublié, dans un article des « Cahiers de l’Iroise », écrit par Charles Yves Peslin.  Aujourd’hui réhabilité et honoré,  un site internet richement documenté  lui est consacré :  www.camille-tissot.fr. Le portrait de Camille Tissot, mort pour la France en 1917 figure au cénotaphe de la pointe Saint-Mathieu.

 

Camille Tissot, né le 15 octobre 1868 à Brest, entré à l’école navale en 1884 à l’âge de 16 ans,  il est lieutenant de vaisseau et  professeur de physique et chimie à l'Ecole Navale lorsqu’il  réalise fin 1898, une liaison par T.S.F entre le sémaphore du Parc au Duc, à l'entrée de la Penfeld et le vaisseau-école Borda  mouillé à un mille de là. Tissot renouvelle son expérience devant le ministre de la Marine Lockroy, en visite à Brest le 11 avril 1899.


Brest :OSA-PARC-AU-DUC.jpg
Le sémaphore du Parc au Duc à l'entrée de la Penfeld
 OSA-BORDA.jpg


Brest, le navire-école Borda sur rade.














La Marine sait alors que les Anglais expérimentent avec un certain succès les communications à grande distance entre les navires, au moyen du télégraphe sans fil de Marconi. « En attendant, dit un commentateur début septembre 1899, monsieur Tissot continue ses expériences de TSF entre divers points de la côte. Un appareil va être installé dans le grand phare de Trézien (hauteur 84 mètres). Il serait en effet intéressant de pouvoir communiquer par le télégraphe sans fil entre le littoral du chenal du Four et Ouessant car les ruptures des communications par câbles télégraphiques sous-marins sont nombreuses, dues au mauvais temps. » 

 

On lit dans  « Le Yacht »  du 12 septembre :

« Les expériences de monsieur Tissot entre Trézien et  Le Stiff d’Ouessant ont été réussies (11 milles marins) ». Et dans le journal du 2 octobre, « les essais continuent avec succès entre le nouveau phare de l’île Vierge et le Stiff distants de 23 milles marins. Les appareils utilisés sont des « Ducretet ». C’est un très beau résultat à adapter sur nos grands croiseurs d’escadres. » En fait les appareils dits « Ducretet » ont été conçus par le savant russe Popov (inventeur de l’antenne) et améliorés par le français Ducretet.

 OSA-OUESSANT-carte-tissot.jpg

 


















Dès lors les performances ne cessent de s’améliorer, chaque état essayant de devancer les états rivaux ou ennemis potentiels, car bien sûr, les premiers intéressés par ce nouveau mode de communication à distance sont les militaires. Le journal "Le Finistère" s'en fait l'écho le 12 janvier 1901, « des essais de télégraphie ont eu lieu entre des bâtiments de l'escadre de la Méditerranée, c'est une révolution dans la transmission des ordres, la portée est de 18 à 20 milles. » Deux mois plus tard l'escadre de l'Atlantique effectue des exercices semblables.

 

La T.S.F est entrée dans l'histoire maritime.

 

1901 :  Le Yacht du 6 juillet :  " l ‘emploi de la télégraphie sans fil dans la Marine. Tous les bâtiments amiraux des deux escadres et plusieurs croiseurs ont reçu les installations voulues pour ce mode de communication. Ils ont  commencé des exercices avec les postes installés sur le littoral d’où ils s’éloignaient : Fort Saint-Louis à Toulon, Ouessant et Saint-Mathieu près de Brest.

Dans la marine française, les essais ont été faits par Tissot avec du matériel fabriqué par Eugène  Ducretet, maintenant les appareils les plus répandus sur les bâtiments de guerre sont ceux de Rochefort, ingénieur-constructeur à Paris. Ils sont robustes et puissants et donnent toute satisfaction. La portée des signaux est environ 30 milles mais tous les opérateurs sur la fréquence peuvent écouter…" (donc pas de confidentialité dans les messages)portrait-camille_2.jpg


 

Tissot plus tard docteur ès-sciences, fut professeur à l’Ecole Supérieure d’Electricité à partir de 1912, l’année même où il fut promu capitaine de frégate. (Voir site Internet mentionné plus haut).

Portrait de Camille Tissot au cénotaphe de la pointe Saint-Mathieu
(Photo collection famille Tissot)




OUESSANT-RADIO. VERSION SIMPLIFIEE.

A OUESSANT-RADIO, les opérateurs n'ont jamais pratiqué que la télégraphie (Morse)
 

Dans un contexte qui commence à se réglementer naît la première station de TSF maritime en France : les Postes et Télégraphes prennent à la Marine le contrôle d’une station expérimentale sur l'île d'Ouessant en 1904. Au début son rôle n'est pas très bien défini, une circulaire précise simplement ceci : "jusqu'à ce que de nouvelles dispositions soient prises, la station radiotélégraphique d'Ouessant assurera exclusivement l'échange des télégrammes officiels émanant de la Marine et prendra part, sur la demande des autorités maritimes aux expériences que les navires de guerre ou les autres postes terrestres de la Marine pourront avoir l’intention d’effectuer avec le poste d’Ouessant.”

 

Une attention toute particulière est prêtée au précieux matériel, trois feuillets d'instructions précisent les règles d'entretien des instruments .."Le matin avant toute chose l'antenne est descendue, examinée, et son isolateur soigneusement frotté, d'abord avec un linge sec puis avec un linge imbibé de pétrole. Les bâtons d'ébonite du bas de l'antenne reçoivent les mêmes soins, ainsi que l'isolateur d'entrée de poste. La bobine Rochefort, le condensateur, les socles, la table de transmission elle-même font l'objet d'un nettoyage semblable. Il convient de ne jamais perdre de vue qu'un isolement parfait est indispensable pour obtenir de longues portées et éviter des accidents, etc."

 

 

OUVERTURE OFFICIELLE DE OUESSANT-RADIO

 

Décret du 28 septembre 1904.

Le Président de la République Française décrète :

"... Est autorisé l'échange des télégrammes privés entre les navires en mer et les stations radiotélégraphiques situées sur le littoral de la France, de l'Algérie et de la Tunisie qui seront désignées à cet effet par le Ministre du Commerce, de l'Industrie et des Postes et Télégraphes..."

                                   Signé: Emile Loubet

 

Arrêté du 7 octobre 1904.

Le Ministre du Commerce, de l'Industrie et des Postes et Télégraphes  arrête

"... La station radiotélégraphique d'Ouessant est ouverte à partir du 10 octobre 1904 à l'échange  avec les navires en mer, des correspondances privées originaires ou à destination de la France, de la Corse, de l'Algérie, de la Tunisie, de la principauté de Monaco et des vallées d'Andorre.."

                                   Signé: Georges Trouillot

 

 

Le poste de télégraphie sans fil d'Ouessant est uniquement chargé de la transmission des télégrammes, il n'a donc aucune relation avec le public et n'a pas à assurer la taxation des télégrammes, ni leur remise. En attendant le raccordement électrique au poste électro-sémaphorique de Ouessant-Stiff, tous les télégrammes provenant des navires sont à porter au sémaphore pour être acheminés par le réseau général.

 

 

Le service permanent,  est assuré par trois commis plus l'ouvrier Georget, chargé de la maintenance et de la réparation des matériels. Un seul agent est de service à la fois, le premier fait la journée de 8 heures à 19 heures, le second fait la nuit de 19 heures à 8 heures le lendemain matin, le troisième est de repos. Un retraité de la marine (Conan) assure l’entretien du mât, des drisses et de l’antenne. L'un des trois commis, monsieur Gourvenec est désigné comme responsable du service. C'est à lui de régler les dépenses d'éclairage, de chauffage, de nettoyage des locaux et en général toutes les dépenses à la charge des receveurs des bureaux des Postes et Télégraphes, à l'aide d'une indemnité de 800 francs.

Les indemnités pour travail de nuit sont payées au tarif ordinaire, et les agents perçoivent une prime mensuelle de 15 francs pour "manipulation d'appareils perfectionnés".

Les agents et l’agent mécanicien (monsieur Morice qui a dû remplacer Georget) d’Ouessant TSF, auront droit à une indemnité de logement de 100 francs par an, comptée à partir du 1er janvier 1907. Cette indemnité de logement tiendra lieu de frais de séjour.  .         

 

 

Correspondances des navires allemands

 

Le Yacht, samedi 1er avril 1905, le paquebot Hambourg ayant à son bord l’empereur d’Allemagne,  a passé samedi matin à 7 heures au large de Créac’h, route au sud-sud-ouest, escorté par le croiseur Friedrich-Karl. Monsieur Magné inspecteur de la télégraphie sans fil à Paris, s’était rendu au poste d’Ouessant pour surveiller la transmission des dépêches impériales. On sait que le poste d’Ouessant n’appartient plus à la Marine qui l’a créé mais a fait retour à l’administration des Postes et Télégraphes. La Marine a conservé jusqu’ici le poste de TSF de la pointe du Raz de Sein. »

 

L'Administration des P et T passe en juillet 1906, un accord avec la compagnie de navigation allemande :

          Hamburg-Sud-Amerikanisch-Dampfschiff-Fahrts-Gesellschaft,

dont le siège social est à Hambourg, Holzbrucke 8. Il a été décidé que les navires de la compagnie munis d'appareils de TSF, pourront transmettre à Ouessant les télégrammes à destination de pays quelconques y compris la France. (Dépôt de garantie déposé par la compagnie à Paris 44)

Les navires sont le Cap Blanco/ DCB et le Cap Ortegal/ DCO, un troisième navire, le Cap Vilano, en construction entrera en service fin août prochain.

Les appareils allemands sont de marque Telefunken d'une portée officielle de 200 kilomètres mais qui peuvent trafiquer en réalité à 250 et même à 300 kilomètres. Dans les mois suivants, plusieurs autres compagnies allemandes bénéficieront du même contrat. Dont la compagnie Hamburg-Amerik-linie. L'itinéraire de ses paquebots vers New-York est le suivant : départ de Hambourg le jeudi avec escales à Southampton et Cherbourg le vendredi. Au retour de New-York, escales à Plymouth et Cherbourg le jeudi pour le Deutchland,  et le vendredi pour les autres.Photo-25-SS-Deutschland-500-1-.jpg

 


Le paquebot allemand Deutchland, photo source
Internet.











Par contre les navires français semblent bouder la station, en 1905 déjà, les opérateurs d'Ouessant se plaignent de ne pouvoir délivrer les messages, aux paquebots qui ne répondent pas à leurs appels. Les paquebots de la Transat, préfèrent les stations étrangères et surtout lorsque celles-ci améliorent la portée de leurs émissions.

 

En 1907, trois paquebots français la Provence, la Savoie et la Lorraine sont munis d'appareils à longue distance. Ils peuvent communiquer avec Cap Cod (Massachussets) et Poldhu (Angleterre), jusqu'à environ 3 000 kilomètres. Il n'y a donc interruption de la liaison radiotélégraphique que quelques heures pendant la traversée de l'Atlantique;

 

Un effort est cependant fait vers nos nationaux :

Télegramme: 1908

OFF= Ouessant de Paris n° 57944 87 25/6 0530

Ingénieur à commis responsable TSF d'Ouessant

Bateaux Compagnie Transatlantique échangeront à partir samedi 27 juin communications radiotélégraphiques avec vous. Appelez  La Touraine indicatif  LT qui partira du Havre samedi 8 heures du matin dès que supposerez dans votre rayon d'action. Surveillez attentivement ses appels qui seront OSA. Faites l'impossible pour entrer en relation.

Recevez tous ses radios dans les mêmes conditions que ceux des bateaux allemands et passez lui ceux que vous aurez pour elle. Provision de garantie déposée.OSA-OUESSANTla-touraine.jpg

 



















Les archives ayant disparu, on ne connait pas le volume du trafic de Ouessant-Radio. L’administration des Postes et Télégraphes juge au début des années 1910 que l’avenir du service commercial est assuré puisqu’elle met en construction à Ouessant l’année suivante un bâtiment d’exploitation « moderne ».

 

 UN TEMOIGNAGE.

 

L'écrivain  Bernard Kellerman qui vivait à Ouessant à cette époque, nous a laissé dans son roman "La Mer", un descriptif original de la station de radiotélégraphie fréquentée par son héros.

 

   Extraits de Kellerman.. LA MER. 1910.

 

"Enfin, c'était Stiff. Son petit phare jaune nageait comme recroquevillé dans une ampoule, la cabane de la station de T.S.F était accroupie dans la lande balayée, comme une bête grise ébouriffée. Même dans le soleil, Stiff avait un aspect si désolé, si désert et si oppressant que le mouvement du coeur s'y ralentissait. Mais aujourd'hui c'était un désert sublunaire qui répandait l'effroi. Et comme le drapeau noir se dressait méchamment sur le sémaphore! Ici la tempête me poussait devant elle comme un paquet, elle me portait par intervalles, et finalement je réussis tout juste à me couler de pierre en pierre, à quatre pattes. J'étais à bout de souffle et j'avais le mal de mer à force d'épuisement quand j'atteignis la station de T.S.F. Je martelais les volets de fer.


Monsieur Boucher était là. Dieu merci! Il se jeta contre la porte.

-Tirez donc! cria-t-il.

-Mais je tire! répondis-je.

La porte se referma, comme poussée par un ressort. Est-ce qu'à deux hommes nous ne serions pas en état d'ouvrir une misérable porte? M. Boucher passa un gourdin dans l'entrebâillement, je tirai, et la porte vola avec fracas contre la paroi. Elle y resta comme vissée....

-On dit qu'il y a un navire en détresse, monsieur Boucher?

-Regardez par ce hublot. Il est là en bas. Ne le voyez-vous pas?  Un bateau de pêche".

 

Le narrateur quitte alors la cabane et descend le chemin qui mène à l'abri du canot de sauvetage du Stiff.

 

Plus loin dans le récit, nouvelle visite :

"J'allais donc à Stiff à la station de T.S.F.. Monsieur Boucher maniait le levier et les éclairs verts jaillissaient entre les conducteurs polis, ronflant et crépitant. Par moment le vapeur avec qui nous parlions était tout près et nous pouvions voir son oriflamme de fumée à l'horizon. Mais souvent ils étaient loin. "S'il vous plaît, donnez-nous votre point!" Trr-trr-tac-tac-trr -c'était son point. Dieu nous assiste, où était-il? Il était encore à l'ouest des Açores..."

"Alors  M. Boucher posait sur sa calvitie l'étrier d'acier portant le récepteur, il épiait le tic-tac et écrivait les mots. Nous pouvions entendre tout ce que Lizard télégraphiait aux grands transatlantiques qui impriment chaque jour un journal. De la sorte nous étions informés de tout ce qui occupait le monde...  .. Les fils de notre antenne oscillaient et cliquetaient et le vent rasait la lande déserte. Trois de nos petits rats qui habitaient la station (il y en avait dix-sept) jouaient devant la porte. Mais la mer déferlait. Dès qu'il faisait sombre, la lande devenait blanche comme dans le clair de lune, deux fois, puis elle flambait une fois, rouge comme de la mousse en flammes. C'était le feu de Stiff. Quand M. Boucher sortait pour prendre une gorgée d'air, il apparaissait deux fois, comme un fantôme de craie, puis se transformait en un démon rouge."

 

 OSA-OUESSANT-ILE-CARTE.jpg


OUESSANT, LA NOUVELLE STATION

 

Le trafic commercial le justifiant, une grande station moderne avec des bâtiments « en dur », est ouverte à Ouessant en 1911, deux pylônes de 75 mètres écartés de 150 mètres supportent l'antenne, une nappe verticale.  Ouessant émet et reçoit toujours sur l'onde de 600 mètres,  (500 kc/s). Les émissions se faisant sur une bande très large, on pouvait les capter selon l'éloignement de la source entre 400/500 et 700/750 mètres de longueur d'onde. Ouessant et Land's End radio ne pouvaient travailler ensemble sans se gêner, heureusement le trafic n'était pas très encore très conséquent ce qui limitait les conflits d'antenne. Le registre américain Wireless Telegraph Stations in the World édition de 1912, nous précise que l’indicatif radio de Ouessant (qui fut OSA et deviendra FFU), était à cette époque UOS, et que sa portée nominale était de 375 milles.OSA-PLAN.jpg

 


Extrait du plan de situation de la station d'Ouessant
Document 1929















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Ouessant, la nouvelle station











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La station d'Ouessant près du bourg de Lampaul

















Jusqu'à la guerre 1914-1918, le trafic des stations existantes concerne essentiellement les paquebots qui relient les grands ports d'Europe aux Amériques, ou traversent la Méditerranée vers les possessions françaises d'Afrique du Nord, mais les grands voiliers de commerce, les vapeurs et les gros navires de pêche s’équipent progressivement en radiotélégraphie.


OSA-yacht-arm-.jpg
Yacht armé et équipé de la TSF patrouillant sur les lieux de pêche pendant la guerre 1914-1918










RAPPORTS AVEC LA MARINE : Conflits Ouessant-Radio et Marine de l’Etat

 

Un exemple extrait de la revue « Le Yacht » du samedi 8 avril 1911.

 

Brest le 4 avril : Depuis mardi, l’escadre a évolué dans la brume ente Sein et Ouessant. Elle a regagné Brest jeudi vers 4 heures du soir.

A propos des navires dans la brume, l’escadre s’est trouvée très gênée par les émissions du poste de TSF d’Ouessant qui contrariait les communications de l’amiral Aubert à ses bâtiments alors que ceux-ci naviguant  sans se voir dans les parages d’Armen, se trouvaient en assez mauvaise posture. L’amiral signala alors au poste d’Ouessant « Prière de faire silence vous gênez l’escadre qui se trouve dans la brume ». Rappelons que le poste d’Ouessant a été cédé par la Marine aux Postes et Télégraphes. Nous nous élevâmes ici même contre cette faiblesse de la Marine qui avait tout fait, mis au point, pour se dessaisir ensuite au profit d’une administration étrangère et nous prédîmes qu’un jour ou l’autre il en résulterait des difficultés. Voici en effet la réponse stupéfiante faite à l’amiral Aubert par le fonctionnaire des PTT préposé au bureau d’Ouessant : « Monsieur je n’ai pas transmis trois mots en tout depuis dix minutes, vous et les postes de la flotte n’avez pas cessé un seul instant rendant mes explorations impossibles. Il y a aussi des paquebots dans la brume. Il n’est pas besoin que Rochefort, Lorient et Cherbourg se passent des dépêches sans fil, ils ont des fils entre eux, ils n’auraient pas besoin de troubler les communications des navires qui sont dans la brume. C’est à eux qu’il faut dire d’être moins loquaces. » Nous nous en serions voulus de changer un mot de cette stupéfiante réponse qui vient si bien à l’appui de notre thèse que la Marine aurait dû conserver toutes les stations côtières de TSF. Ainsi notre escadre peut se mettre au plein pourvu que quelques paquebots étrangers qui ont toute la largeur de l’entrée de la Manche puissent échanger des messages privés quelconques avec Ouessant. Il est vrai que les paquebots paient bien. Remarquons que l’escadre employait des émissions à faibles étincelles peu gênantes, et que l’amiral Aubert qui s’est fait rabrouer par un employé subalterne n’est nullement responsable des abus que peuvent commettre les postes de Cherbourg, Lorient et Rochefort. En outre on ne voit pas bien en quoi les émissions du poste d’Ouessant peuvent aider les paquebots dans la brume. A l’heure actuelle elles peuvent tout au plus leur brouiller les signaux horaires de la Tour Eiffel.

 

Une note de sa hiérarchie à monsieur le Chef de Poste de la station d’Ouessant :

En examinant vos procès verbaux radiotélégraphiques, je vois que certains agents font suivre leurs constatations de réflexions inutiles, dans le genre de celles-ci, “le service de la station de Kerlaer parait être assurée par un impotent”.. “Il a décidement l’oreille paresseuse”  PV 161 du 12 septembre courant.

Je vous prie de faire remarquer aux agents qu’ils n’ont pas à consigner leurs réflexions sur les PV et qu’ils doivent se borner à constater les faits.

        Vous voudrez bien les en aviser par la voie de l’ordre.

         Paris le 18 septembre 1912, P.  l’Ingénieur etc...

 OSA-kerlaer.jpg


 La station "Marine" de l'Arsenal de Brest, Kerlaer, indicatif TQF, émet aussi sur 600 kc/s avec une portée de 700 milles. (1910)
Je n'ai trouvé que cette photo, sur un site Internet américain, et je ne sais pas exactement où était située cette station. Vers la Maison-Blanche ou les Quatre-pompes? Peut-être. 


















Et aussi :

Circulaire n° 54, (18/9/1913) Au cours des enquêtes effectuées à la suite de réclamations du ministère de la Marine, il a été constaté que le personnel des stations de l’adminitration se livrait parfois à des observations importunes ou désobligeantes envers les stations de ce département. De pressantes recommandations sont adressées aux agents des stations de l’administration pour que leurs rapports avec leurs correspondants quels qu’ils soient et quelle que soit leur attitude restent toujours empreints de la plus grande correction. ...

 

OUESSANT ET LA RADIOGONIOMETRIE

Le poste civil d’Ouessant, conjugué par téléphone avec le gonio (Marine) de Pen ar Roc’h, assurait le service d’émissions du gonio en même temps que son service commercial. Lorsque Pen ar Roc’h recevait une demande de relèvement il en avisait Ouessant. Celui-ci interrompait immédiatement ses transmissions par brume ou temps bouché, pour assurer le service goniométrique. Cette prestation fut facturée 6 francs par relèvement en 1920.

 

OUESSANT ET LE SERVICE METEOROLOGIQUE

 

Service météo.  Note du chef de centre aux opérateurs : il arrive que des opérateurs de navires nous demandent le temps qu’il fait. La charge d’un pareil service ne nous incombant pas, nous pouvons refuser de fournir ces renseignements .. Il est cependant préférable de les fournir si on peut le faire. Des observations complètes comportent des renseignements relatifs au ciel, au temps, à l’état de la mer, à la direction et à la force du vent, à la pression, à la température: exemple.. Ciel nuageux, temps clair, mer agitée, forte brise de N.E, bar 766, ther 15.

Pour s’orienter, il importe de savoir que la façade du poste est orientée exactement Nord-Est, (45° avec le nord). Pour obtenir la direction du vent, il faut s’éloigner un peu des bâtiments.

(Ajout en  marge d'un cahier d'ordres, le service météorologique officiel sera ouvert le 1er janvier 1923).

 

 1er mai 1920 Avis de tempête, les avis de tempête établis par le bureau central météorologique sont transmis sur 600m par les stations de Cherbourg, Brest-Mengam, Lorient, Rochefort, Toulon et Ajaccio.. Ils affectent la forme TTT suivi de Manche tempête NW, Bretagne tempête SW etc..  L’Administration appelle l’attention du personnel sur l’importance qu’il y a au point de vue de la sécurité des navires en mer à ce que votre station n’entrave pas en quoi que ce soit les retransmissions de ces avis.

 

 

OUESSANT ET LA SAUVEGARDE DE LA VIE HUMAINE EN MER

 

L’action des opérateurs de la station pendant les tempêtes de décembre 1929 en est une belle illustration, sanctionnée par une lettre de félicitations du ministre des PTT, le 10 janvier 1930.

Monsieur Germain Martin, est heureux de signaler qu’au cours des évènements dont il s’agit, le personnel des stations côtières s’est pleinement montré à la hauteur de sa tâche et a rempli avec le plus grand dévouement et sans défaillance le rôle d’auxiliaire de la navigation qui lui est confié. (communiqué de presse).

Le directeur du service de la TSF à monsieur le chef de centre de la station d’Ouessant Radio :

 

En vous communiquant ci-joint une note publiée par la presse, j’adresse au chef de centre ainsi qu’aux agents de la station mes félicitations et mes remerciements. Je leur demande de continuer leurs efforts pour maintenir la bonne réputation du service radiotélégraphique français. Signé Picault.

 

Le chef du poste d’Ouessant se nomme Lestautte, il a dû succéder à Le Poupon,  le personnel d’antenne se compose de messieurs Chabbal, Gaudin, Germain, Koch, Nicolas, Page, Peyregue, Richard, Roi.

 

La Dépêche de Brest titrait le 6 décembre 1929, « un record de SOS a dû être battu hier. Fouaillée par l’ouragan de ces jours derniers dont la violence augmentait encore, la mer impétueusement déchaînée, mit en péril de nombreux bâtiments… »  et la tempête continua plusieurs jours encore.

 

Parmi les navires les plus touchés on relève :

 

L'Helen victime d'un accident de machine réclamait assistance..

Voici deux messages captés par Ouessant-Radio concernant l'Helen:

"Du steamer Asturias à 7h45,par 46 44N et 6 50W, le vapeur danois Helen, ses machines complètement désemparées demande assistance"

"Du vapeur anglais Sabor à 10h30, nous sommes près du vapeur Helen, mais le temps est trop mauvais pour passer une remorque. Le remorqueur Iroise s’est porté au secours de l’Helen dont le second-capitaine avait disparu. Le récit de ce drame de la mer a donné naissance au film « Remorques » avec Jean Gabin et Michèle Morgan, le remorqueur Mastodonte de la DP, tenait le rôle de l'Iroise.

 

Pendant ce temps le navire espagnol Galdames demandait assistance. L’Iroise ayant recueilli l’équipage de l’Helen (dont le capitaine, un doigt arraché et le bosco la cage thoracique enfoncée, s’est porté à son secours et l’a escorté jusqu’à Brest

 OSA-OUESSANT-galdames.jpg




Le remorqueur Iroise (commandant Malbert) escorte le Galdames jusqu'à Brest
















A noter aussi :

Le vapeur italien Casmona qui à minuit, heure de ses appels, se trouvait par 49 35N et 3 14W, au nord-ouest de Paimpol, handicapé par une importante voie d'eau.

 

Le vapeur italien Johnny, désemparé par voie d'eau et avarie de machine par 49 17N et 3 28W, à 4h15 du matin (nord des 7 îles).

 

L'Andalucia Star, gros cargo anglais ou espagnol, en difficultés par 49 17N et 4 31W, (au nord de l'île de Batz à 7 heures du matin)

 

L'Essex Heath, autre steamer anglais, qu'une avarie de gouvernail mettait en péril vers 13h35 au large de Saint-Mathieu. Le remorqueur Auroc'h allait probablement secourir ce dernier navire, le plus rapproché de Brest.

 

Peu après, la direction du port (D.P) faisait appareiller l'Hippopotame, avec mission de porter assistance au Casmona, qu'il ne devait pas rencontrer et qui avait coulé, abandonné par son équipage.  A 19h20 hier soir, Ouessant-Radio recevait le message suivant du vapeur anglais Artanza : ". vapeur Casmona abandonné, épave dangereuse pour la navigation à 15 milles dans le nord du feu de Triagoz..."

 

Au cours de  la même tempête, le trois-mâts goélette Berthe se trouvait  à 13 heures à 3 milles dans le nord ouest du Stiff, lorsqu'il hissa le pavillon de détresse.

Tirés aux sémaphores du Stiff et de Créac'h, deux coups de canon annoncèrent un navire en perdition. Bientôt les cloches de Lampaul sonnèrent le tocsin.  A 15 heures, le canot de sauvetage était mis à l'eau dans une mer démontée. Les deux canots de sauvetage de Molène, équipés aussi rapidement, se joignirent bientôt à lui. A 16h15, le vapeur anglais Pitardel Arriaga se dirigeait sur les lieux, mais un quart d'heure plus tard, la Berthe devait être abandonnée.

 

Hier vers 16h, le vapeur français Châteauroux, chargé de houille rentrait à Brest. La tempête n'avait pas été sans malmener ce navire qui a subi de notables avaries.

 

Deux autres S.O.S captés par Ouessant-Radio :

A 3h30 hier matin, Ouessant avait capté des S.O.S du steamer anglais Shandon qui parti en dérive venait de s'échouer à l'entrée de Barrydocks et demandait assistance immédiate.

 

A 10h30, un S.O.S du vapeur Guecho retransmis par Land's End était encore capté par Ouessant-Radio: "S.O.S envoyez d'urgence un remorqueur dans l'ouest de la bouée de Nash Bank. Assistance nécessaire".

 

Après avoir convoyé le Galdamès,  le samedi 7 au soir, nouvelle sortie de l'Iroise.. au secours du Senatore d’Alli,  désemparé de son gouvernail par 47 55N  6 55W,   environ 110 milles dans l'ouest de Brest.. Après 24h de route, le cargo italien fut pris en remorque et ramené à Brest (arrivée le lundi en matinée).

 

 

 

LA FIN DE OUESSANT RADIO

 

Les Allemands prennent possession de l'île le 4 juillet 1940. A la station radio, la vie continue, on peut lire dans le cahier d'ordres..

 

Réglement intérieur : aucune modification n'ayant été apportée au tableau de service, toutes les vacations doivent être effectuées. L'autorisation du chef de Centre est nécessaire pour être dispensé d'une vacation de service.. 24 juillet 1940

 

Discipline : l'article 43 de l'Instruction Générale stipule qu'aucune personne étrangère au service ne doit être admise dans la partie des locaux réservée à l'exécution du service.

En ce qui concerne la station radiomaritime d'Ouessant, cette interdiction s'applique aux troupes d'occupation.

L'accès à la salle d'écoute est donc interdit à tout soldat allemand non muni d'une réquisition ou d'une autorisation régulière, établie par la Kommandantur.

.

Les agents de service refuseront l'entrée de la salle d'écoute à toute personne inconnue ou non qualifiée. En cas d'insistance, ils aviseront le Chef de Centre.

 

Toute infraction à ces prescriptions qui aurait pour conséquence de favoriser ou de permettre l'accès de la salle d'écoute à une personne étrangère au service, sera considérée comme un acte d'indiscipline et fera l'objet d'une demande de sanction sévère contre le ou les agents fautifs.

                        

                               Ouessant Radio 6 août 1940

                                       le Chef de Centre, illisible

 

Suivent les signatures des  agents présents : Germain, Roi, Richard, Artigny, Le Din, Balavoine.

 

Peu de temps après les Allemands ont pris possession des locaux de Ouessant-Radio.

 

On ne sait pas grand-chose de la station pendant l'occupation sinon que les émetteurs auraient été déplacés par les Allemands et que des bombardiers anglais auraient tenté d'atteindre les pylônes et les bâtiments mais sans succès.

 

La Libération : « Le 25 août 1944, les premières troupes allemandes quittèrent l’île pour regagner le continent; le 31, l’évacuation était presque totale, sauf toutefois une équipe chargée de faire sauter la station de TSF, les dynamos du Créac’h, le fort St Michel et diverses installations.

La station de T.S.F fut saccagée, aussi bien les bâtiments eux-mêmes que les dynamos et accus. Quant aux pylônes, bien que minés, ils échappèrent à la destruction. Il en fut de même d’ailleurs du phare du Stiff, le garde champêtre ayant coupé le fil reliant le bâtiment à la mine.  (A travers le passé d’Ouessant, par G.M Thomas, les Cahiers de l’Iroise, avril-juin 1961) »


PROCHAINEMENT :
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