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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 12:36

UNE  FAMILLE QUI A MARQUE LE CONQUET :
           MAZE-LAUNAY


 

 

-Jean Mazé, honorable marchand, décédé avant 1693. Son épouse Marguerite Morel, meurt au Conquet en 1712, âgée de 84 ans, elle est enterrée dans l’église de Lochrist. Ce couple a eu des enfants dont un fils :

 

-Laurens Mazé, qui se dit sieur de Launay, né vers 1660,  se marie au Conquet avec Anne Rioualen, d’une famille de maîtres de barques. Le couple a au moins un fils, né le 27 août 1697, aussi prénommé Laurens.

Laurens, le père, marin, disparaît au cours d’un voyage effectué en 1710.

 

 Le garçon patiente jusqu’à ses 30 ans, en 1727, quand le décès du père est reconnu par les autorités, pour être émancipé et obtenir sa part de succession. Pendant tout ce temps, célibataire, il vit chez sa mère sur, ou tout près de la place du Marché.

 

Lorsque Anne Rioualen meurt en 1741, âgée de 72 ans, l’estimation de ses biens non fonciers (s’il existe du foncier, je ne le connaît pas), atteint seulement 187 livres, autant dire rien. Il faut préciser qu’entre le décès d’une personne et la venue du notaire royal, il pouvait se passer des semaines, voire des années !

 

Mais revenons un peu en arrière, Laurens Mazé, qui s’était attribué le « sieur de Launay », est le principal protagoniste en 1732 d’une « affaire ». Un long procès nous apprend par le détail, qu’il a abusé d’une voisine, jeune fille un peu simplette, et qu’un enfant est né de leurs relations. Condamné à être saisi de justice, mais prévenu largement à temps, il est absent lors de l’interpellation à son domicile.

 

Affaire Mazé-Launay / Kervajan, série 11B  ADF Brest, procédures criminelles Saint- Mathieu. 1732.

 

L’intérêt de ces comptes-rendus de procès, réside dans la multiplicité de détails sur la vie quotidienne au Conquet qu’on y relève.  Dans tous les cas, les « enquêteurs » s’installent pour un ou plusieurs jours, et toute personne qui a quelque chose à révéler doit impérativement témoigner, sinon risque d’être poursuivie comme complice. La peur est telle que plusieurs individus s’empressent de venir dire qu’ils n’ont rien vu, rien entendu.

L’appel à témoignage avant les premières auditions est annoncé au prône de la grand-messe. En cas d’insuffisance de témoignages, on publie les « réaggraves » qui rendent coupables ceux qui ont négligé les premières audiences.

 

Le fond de l’histoire : Laurens Mazé-Launay est accusé d’avoir à plusieurs reprises abusé d’une voisine, Marie-Catherine Kervajan, jeune fille un peu sotte (selon la rumeur publique), qui se retrouve enceinte.

 

C’est la mère de la victime, Ambroise Russaouen, épouse d’Yves Kervajan absent en mer, qui soutient l’accusation au nom de leur fille, victime de subornation.

 

15 juin : Comparait la jeune fille, Marie-Catherine Kervajan, 20 ans, taille moyenne, cape de camelot brun, robe de chambre et tablier d’étamine bruns, coiffe unie et souliers noirs, demeurant au bourg du Conquet.

Déposition :

Elle passait revenant de la fontaine « doumar ? » avec du linge, devant la fenêtre de la cuisine de Mazé Launay qui la vit et la fit entrer puis poser le linge sur une chaise et la fit s’asseoir sur une autre. Il lui offrit une prise (tabac en poudre) qu’elle accepta. La mère Launay était absente. Puis il la renversa sur la table qui était fort basse et lui mit la main sous ses jupes et jouit d’elle sans qu’elle put s’en défendre. [Elle déclare] qu’elle voulut d’abord crier mais qu’il lui mit la main sur la bouche pour l’en empêcher, lui recommanda de ne rien dire à sa mère, ni à personne, et qu’on faisait de même à toutes les filles pour se mieux porter, et il la fit sortir.

 

Quelques jours après, étant à sa porte filant sa quenouille, Mazé se présenta sous le ballet (petit toit au-dessus d’une porte)  où on expose la viande à vendre. Il la fit entrer chez lui et la prit sur un banc dossier. Une autre fois, elle allait à la chapelle Sainte-Barbe, il l’invita chez lui et la même chose se passa sur le lit dans la cuisine.

 

Place du Marché, les commentaires  vont bon train … Les femmes sont les plus nombreuses à s’exprimer.



La place du Marché dessin de Louis
Le Guennec, d'après Lesage.


 













Anne Quoniam, veuve, marchande, 50 ans, qui était chez Marie Moal, veuve de Joseph Provost, marchande de vin en gros, filant sa quenouille près de la fenêtre qui donne sur la place du Marché, lui dit : « venez voir Marie Moal les deux jolies personnes qui s’entretiennent là ! » et elle vit le dit Mazé debout et Marie Catherine Kervajan assise sur une pierre près de  sa boutique, qui causaient.

Kervajan passe pour sotte parce que Catherine Siviniant a dit que son mari, Noël Le Verge vit un Anglais qui marchandait une poule à la dite Kervajan, il en offrait 6 sols, elle n’en voulait que 3 !

 

A la fontaine de Portez, plusieurs femmes en parlent en lavant le linge au doué.

 

A la suite de la première série d’auditions, il est ordonné à la dite Kervajan de se faire examiner par un médecin. Toujours courant juin, une matrone de Brest comparait devant les enquêteurs et déclare qu’elle a trouvé Kervajan enceinte de 7 mois.

 

Sans date, Catherine Salaun, femme de François Sévère, matelot, un jour de dimanche, remarqua de sa fenêtre qui est vis-à-vis de la rue sur laquelle donne la maison du dit Mazé, la dite Kervajan assise près de la porte de Marie Françoise Campion, qui parlait à quelqu’un dans l’entrée, qu’elle ne voyait pas. Puis elle vit Kervajan partir vers la chapelle Sainte-Barbe et Mazé mettre sa tête à la fenêtre d’en-haut,  sortir et partir vers la chapelle Saint-Christophe.

Elle dit alors à Marie Françoise Campion d’aller avertir le recteur.

 

Donc l’une part par la rue Etroite, et l’autre par la  rue Saint Roc’h et descend…

 

Marie Mesgoff, jeune fille, domestique chez monsieur de Poulconq au bourg du Conquet, vit Kervajan qui redressait sa barattée de linge sur sa tête devant la porte de Mazé. Ensuite elle a vu sortir Mazé d’à côté mais ne sait pas de quelle porte, elles sont deux contigües.

Kervajan a continué en direction de la fontaine « donmar ? ».

 

 

Audition d’autres témoins début juillet 1732.

 

Marie Françoise Le Campion, 33 ans, jeune fille, maîtresse d’école dépose ainsi que tous les autres en breton : environ la mi-carême elle a su par Catherine Salaun que cette dernière avait vu quelques fois Kervajan devant chez Mazé et en avait averti le recteur.

 

Anne Campion, jeune fille, lingère, 29 ans, n’a rien remarqué

 

Marie Mazé, 15 ans, qui n’est pas parente avec Mazé-Launay, a vu Launay seul le jour de la Saint-Pierre vers la redoute, à la franchise du Téven. (Dunes des Blancs-Sablons)

 

Jacques Labbé (dit la joye), gardien à la pointe des Renards, sa femme et Azénore Déniel, dans le même bateau que le couple en question, qui les traversait (entre le Croaé et le Cosquiès) pour aller au pardon de la Saint-Pierre à Ploumoguer, ont vu Launay et Kervajan rester ensemble. Ils s’en sont moqués  car Kervajan passe pour une imbécile, et elle avait des tâches de puces sur ses manches.

 

Cécile Le Guilcheur, 50 ans, femme de Christien Créac’h, maître de barque, n’a rien remarqué.

 

Marie Causeur, jeune fille, servante de Jean Mazé au bourg du Conquet, n’a rien remarqué.

 

Etc   

 

Il est ordonné que la dite Kervajan soit visitée par un autre chirurgien juré, pour une plus grande vérification de sa grossesse. Commis d’office, ce sera Pierre Navarre, demeurant à Brest. En fait c’est un autre praticien qui assure l’expertise : le 4 juillet, le médecin, Gabriel Le Blanc a visité Kervajan, lui a trouvé le sein fort gros avec du lait dedans, et par le gros de son ventre et par le mouvement de l’enfant dedans et par le lait de ses mamelles l’a déclarée enceinte de 7 mois ½

 

Les juges déclarent Laurens Mazé-Launay coupable.

 

Le mardi 9 septembre 1732, jour de Marché, fête de la Nativité de la Vierge, Tanguy Hervé Ollivier, audiencier à la cour royale de Brest, en compagnie du sergent de la juridiction de Saint-Mathieu demeurant à la Trinité en Plouzané, et un aide de justice de Lambézellec, se place à l’endroit ordinaire des bannies et proclamations de justice. Vincent Desserant, tambour de Brest, demeurant rue des Sept-Saints, bat la caisse à défaut de trompe. La foule s’amasse.

Mazé est décrété de prise de corps pour être conduit à Pontaniou, attendu qu’il n’y a pas de prison à Saint-Mathieu.

La proclamation est renouvelée devant chez Mazé-Launay qui ne sort pas. La feuille est clouée sur sa porte, portant ordre à huitaine de se rendre à Pontaniou.

Mais déjà le 8 août, il était dit que Mazé était absent du Conquet depuis six ou sept semaines.

 

4 octobre 1732, un nouveau courrier à monsieur le sénéchal, seul juge de Saint-Mathieu, on y apprend que Mazé a été décrété de prise de corps  pour avoir séduit et abusé Marie Catherine Kervajan.

Celle-ci, selon sa mère, a confirmé les faits, même dans les douleurs de l’enfantement, réputées péril de mort.

L’enfant est alors en nourrice à Porsmilin à 6 livres par mois, la grand-mère du bébé Ambroise Russaouen demande à la justice d’obliger Launay à payer cette somme.

 

Le dossier n’en dit pas plus. Launay est-il incarcéré quelques temps ? Rien ne le prouve.

 

Ce que je sais :

 

L’enfant : son acte de baptême est particulièrement intéressant. D’abord on lui donne en premier prénom celui de son père supposé :

 

Laurens-Mathieu, fils naturel de Marie Catherine Kervajan, fille de Yves Kervajan, maître esté de barque, et d’Ambroise Russaouen, et d’un père inconnu, jusqu’à finition du procès. Né le 24 septembre 1732 selon le rapport que nous ont fait Barbe Pichon, femme d’Hamon Cadiou, ménagers du village de Kerinou, trêve de Lochrist, et Marie Lestideau, veuve, demeurant au bourg du Conquet, toutes deux sages-femmes.

 

En présence de : (on s’aperçoit que la demoiselle Kervajan n’a pas été rejetée par le milieu des maîtres de barques et bourgeois du Conquet, bien au contraire), Jeanne Guitton, veuve de François Keriou, en son vivant maître de barque,  de Marie Amis, épouse de honorable homme Tanguy Lespagnol, maître de barque, de Françoise Bisien, épouse d’Hervé  Le Bourhis, marchand mercier, de Jeanne Laot, épouse de François Keranuran marchand de drap de la paroisse de Saint-Renan.

Le petit Laurens-Mathieu a été tenu sur les fonds baptismaux par maître Cézar Le Gléau, bourgeois et notaire royal et par demoiselle Françoise Keriou, veuve du sieur Valentin Michel. La mère Ambroise Russaouen était aussi présente au baptême, le père Yves Kervajan était absent en mer.

 

Laurens Mazé-Launay, le retour, le mariage, le décès.

 

Convaincu qu’il ne risque rien, que sa réputation n’est pas entachée, il réapparaît très vite au Conquet et épouse Jeanne Elisabeth Le Veille-Beaumont, fille de François Le Veille-Beaumont, chirurgien-major de la Marine.  Le couple a au moins un enfant, Cézar François Mazé né en 1735, qui héritera à la mort de son père Laurens Mazé-Launay en 1738, du « de Launay ». 

 

Jeanne Elisabeth, veuve Mazé-Launay, convole en deuxième noce, avec Noël Pohon, ancien maître de barque, puis commissaire de la Marine au Conquet et syndic des Classes.

 

Cézar François Mazé-Launay, vit avec sa mère et son beau-père. Tout naturellement, à la mort de Noël Pohon en 1764, il lui succède comme syndic des Classes. Sur le point d’être muté à Porspoder en 1767, il refuse et démissionne. On lui donne en échange la place de garde magasin d’artillerie, sans doute dans le grand bâtiment construit à l’ouest du Cosquiès une dizaine d’années auparavant. Plus tard, après la révolution de 1789, en plus de la fonction d’inspecteur des batteries, il occupera celle de procureur de la commune du Conquet, nommé le 9 novembre 1792. (Je passe sur son activité pendant la Révolution, j’en reparlerai dans un autre sujet).

 

En 1754, Cézar François Mazé-Launay a épousé Catherine-Josèphe fille de Cézar Le Gléau, notaire royal au Conquet.

 

Le couple a eu de nombreux enfants dont :

 

-Noël Marie Mazé-Launay, né le 7 mars 1756, capitaine de commerce, 1787/92  à bord du Coureur.  Il prête serment à la République et obtient son brevet d’enseigne des vaisseaux, le 29 décembre 1792,  « je jure de maintenir ….    puis après l’an XI, inspecteur des signaux depuis le Portzic jusqu’à Saint-Mathieu, marié en 1780 à Marie Jeanne Lannuzel, puis en 1791 à Marie Créac’h dont il a eu au moins un fils Christien-Joseph Mazé-Launay, né en l’an III de la République et une fille née au Conquet le 7 frimaire an V, Marie Margueritte Mazé-Launay.

 

Noël Mazé-Launay est mort au Conquet le 28 mars 1822, âgé de 66 ans, Marie Créac’h elle a vécu jusqu’à 90 ans, puisque décédée en 1846. Les deux époux sont réunis sous l’une des plus vieilles pierres tombales du cimetière de Lochrist. La dédicace de lettres en fort relief, sculptée après la mort de la dame, comporte une étonnante erreur qui attribue à son mari le prénom d’Emmanuel au lieu de Noël !

 























-François Marie Mazé-Launay né en 1758 - ?

 

-Jean René Mazé-Launay, né en 1761, capitaine de commerce, commande en particulier le Gordon en 1789, au sieur Edern de Recouvrance.

 

-Christien Marie Mazé-Launay, né en 1762, reçu maître en 1787, capitaine de commerce, commande la Marie-Jeanne de 1788 à 1794.

 

- Cézar Yves Marie Mazé-Launay, né en 1764, clerc tonsuré, prêtre assermenté, vicaire de Recouvrance en l’an IV, touche la pension ecclésiastique, 800 livres par an  comme curé de Guipavas en l’an V

 

- Une fille mariée au citoyen Mevel  (note du 7 juin 93)

 

- Peut-être une autre fille Marie-Gabrielle Mazé-Launay, épouse Provost (vérifier)

 

Cézar François Mazé-Launay est mort le 28 fructidor an III environ 5 heures du soir, dans la maison commune (mairie) du Conquet. Déclaration par ses fils Noël et Cézar (ministre du culte).

 

Notes diverses concernant les Mazé-Launay

 

30 janvier 1813, Christien Joseph Marie Mazé-Launay, né au Conquet le 27 frimaire an III, assisté de son frère Noël,  ancien enseigne de vaisseau, a déclaré vouloir servir dans le 16e équipage de la flottille impériale de la Marine.

 

30 décembre 1817, Le Conquet : Mazé-Launay nommé adjoint-maire, par arrêté préfectoral

 

1829, décès de Eugène Marie Provost, 20 ans, aux hôpitaux du lazaret, ville de La Seyne, fils  de Michel Marie Provost et de Marie Gabrielle Launay, marin embarqué sur la gabare du Roi Le Volcan.

 

Chapelle-oratoire Dom-Michel Le Nobletz : dans l’année 1837, la famille Mazé-Launay qui, de temps immémorial, a orné avec soin et généreusement entretenu à ses frais cette chapelle,  fit agrandir sans la démolir l’ancienne maison du Vénérable Michel Le Nobletz. Cette même année, monseigneur de Poulpiquet, évêque de Léon,  permit d’y célébrer la sainte messe, le 8 septembre, fête patronale.

 

 

MAZE-LAUNAY et l’exploitation des algues :

 

-1824, Christien Joseph ? Launay exploite une fabrique de soude à Béniguet (fermier Corolleur). Note : en 1819 Yves Corolleur était encore à Trielen, un bail des 2/3 de l’île lui est alors consenti pour 120 francs par Guillaume Marie Prat et autres. Donc Corolleur prend Béniguet en location entre 1820 et 1824.

 

-1840 : bail de Béniguet, commune de Ploumoguer,  consenti par les propriétaires de l’île,

Christien Joseph Marie Launay, chevalier de la légion d’honneur, négociant, demeurant à Brest et sa sœur Margueritte Launay, propriétaire demeurant au Conquet, à François Causeur et à sa femme Marie Jeanne Gilet qui prendront la succession du fermier Yves Corolleur.

 

Dans le contrat :

-Causeur prendra pour l’engrais des terres de l’île tout le goémon dont il aura besoin, mais il ne pourra jamais ni vendre ni laisser enlever pr quiconque la moindre quantité de goémon sans le consentement par écrit des bailleurs.

-Causeur se charge de l’incinération du varech non employé comme engrais et s’oblige à fabriquer annuellement 75 à 100 000 kilos de soude de bonne qualité. Les soudes seront payées après livraison, 30 francs les mille quatre kilos si ce poids est constaté sur l’île et le même prix les mille kilos si les soudes sont pesées sur le continent. Cette différence est établie pour comparaison du déchet résultant du transport. Monsieur Launay aura faculté de prendre livraison sur l’île ou sur l’une des pointes du continent qu’il indiquera, mais le fret et les risques de mer seront toujours à sa charge. Le fermier réunira les soudes fabriquées dans le lieu ordinaire d’embarquement, il s’oblige à les mettre sous palan et à aider à l’arrimage. S’il arrivait que les soudes ne fussent pas de bonne qualité loyale et marchande, le degré d’infériorité serait déterminé par expert et le fermier subirait une réduction relative etc…

 

Monsieur Launay si la baisse des prix ou tout autre motif le déterminait à faire cesser la fabrication, abandonnerait le goémon au fermier qui le vendrait à son profit. Les livraisons se feront avant le mois de novembre de chaque année mais monsieur Launay aura la faculté d’ajourner à l’année suivante, dans ce cas le fermier couvrira les soudes pour les préserver des eaux pluviales et le prix convenu serait payé immédiatement.

 

Note : Christien Joseph Marie Mazé-Launay, né au Conquet le 17-12-1794, négociant à Brest, représentant du Finistère, liste de droite, « conservateur », élu à l’Assemblée Législative sous la 2nd République, en mai 1849, 5e député sur 13,  s’est associé à tous les votes de la majorité.  Quitte l’Assemblée avec le coup d’Etat de Napoléon III,  02-12-1851. Mort à Brest le 1er août 1853.

 

Mazé-Launay possède un magasin sur le quai du Drellac’ h, endommagé par les travaux des cales. Il vend son bien pour démolition.

 

1841, la veuve Launay qui possède des maisons et terrains au Conquet (rues Saint-Christophe, rue Neuve, rue dom Michel Le Nobletz, quai du Drellac’h,… est Marie Créac’h, mère de Christien et de Margueritte.

Marie Créac’h était la fille de Laurent Créac’h et Marie Du Bosq, sœur de Christien-Joseph Créac’h, ancien capitaine garde-côtes, président du Canton puis maire du Conquet.

 

1869, Mazé-Launay propriétaire, demeurant à Guipavas demande à établir ses fours permanents pour la fabrique de soude brute de varech sur les îles de Béniguet et de Trielen qui lui appartiennent dans la commune de Ploumoguer

 

1875 : Albert Marie Mazé-Launay et Joseph Pellieux se sont associés pour créer une petite industrie utilisant les algues comme matières premières. L’usine se trouve au Petit-Cosquer à Kerhuon près de chez Mazé-Launay (plus tard emplacement d’installations ostréicoles).

 

Vie fastueuse des usiniers, la résidence de Mazé-Launay est une grande maison bourgeoise devenue depuis l’hôtel du Gué Fleuri, puis le C.I.E.L.

Productions de l’usine : iode et iodure, brome et bromure, sels de potasse et de soude, goémons secs pour l’agriculture, engrais chimiques, vente sur analyse garantie.

 

A. Mazé-Launay et J. Pellieux

Diplôme de mérite : Vienne 1876

Médaille d’argent : Paris

Usines à Audierne (Poullan)    établissement à vapeur

Laberildut (Toul ar bara)         établissement à vapeur

Portsall (Porscheffret)              établissement à vapeur

Ile Béniguet

Ile Trielen

 

1882 : faillite retentissante, orchestrée dit-on, par la concurrence (Tissier et autres), tous les biens sont vendus pour payer les créanciers.

 

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Retour sur Marie Margueritte Mazé-Launay, née au Conquet le 7 fructidor an V, fille de Noël Marie Mazé-Launay et Marie Créac’h.

 

En 1847, messieurs Obet, Le Guerrannic, Robert Mazé et mesdemoiselles Le Bourc’h et Launay, se voient confier la gestion du bureau de Bienfaisance qui vient d’être créé.

 

Lorsque l’église est transférée au Conquet, il faut héberger à proximité les prêtres qui vont la desservir à partir d’avril 1858.

Un don à la municipalité (François Podeur, maire) de mademoiselle Marie Margueritte Launay en 1859 (4 septembre)  permet l’achat d’une maison qui deviendra le presbytère. Mademoiselle Launay a offert 3 000 francs, le reste du solde a été apporté par la vente du presbytère de Lochrist.

 

Printemps 1861 (1855 selon le site Internet de l’école privée, Saint-Joseph), mademoiselle Margueritte Mazé-Launay offre à la commune du Conquet un établissement de charité, en même temps qu’elle fait un legs pour la congrégation des Filles du Saint-Esprit : rente annuelle de 800 francs, et une maison et ses dépendances rue Kerdacon au Conquet, à conditions que deux sœurs soignent gratuitement les indigents.

 

Mademoiselle Marie-Margueritte Mazé-Launay est décédée au Conquet le 24 mai 1870, célibataire,  propriétaire, âgée de 78 ans.

 

Ici s’achève provisoirement ce récapitulatif  historique (à compléter et corriger si nécessaire) concernant la famille Mazé-Launay)

                                                                                                     JPC/ Nov 2009
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21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 19:45

UN CAVEAU FUNERAIRE AU CIMETIERE DE LOCHRIST

MISE A JOUR EN COURS 15  JANVIER  2014

 

Le cimetière de Lochrist, pourtant créé au milieu du XVIIIe siècle, ne recèle aujourd'hui que très peu de tombes anciennes. Parmi les rares monuments funéraires intéressants, se distingue le caveau de la famille Le Vessel du Tertre, Jayet de Gercourt, Ferey.

 

On y recense les plaques de plusieurs membres de ces familles.



 











































Il existe au Conquet et dans la région, aux XVIIe XVIIIe plusieurs familles Vessel ou Le Vessel
Cette branche qui nous intéresse aujourd'hui vient de Saint-Renan. Au XIXe elle noue des alliances avec les Ferey, et les Jayet de Gercourt. Ce qui explique leur mausolée commun.

Liste  des plaques :
Claude Le Vessel, ancien juge de paix, époux de Marie Josèphe Trobert, décédée en 1845, qui est mort à 74 ans le 11 octobre 1848.    

Eugène Le Vessel né en 1807, capitaine d'artillerie de terre, décédé à 46 ans le 28 septembre 1853
Emile Le Vessel, cité plus loin
Jean Marie Ferey et Marie Jeanne Page (négociants brestois), parents de Marie Félicité Ferey, citée plus loin,
Emilie Marie Le Vessel, citée plus loin
Berthe Marie Claudine Le Vessel,  soeur d'Emilie, née au Conquet en 1854, morte à 21ans  en 1875.
François Albert Jayet de Gercourt, époux d'Emilie, voir plus loin

Comtesse Bruno de Gercourt, née Magdeleine Olmi. 1824-1891

 

Un des fils du couple Claude Le Vessel, Marie Josèphe Trobert,  Emile François Claude Le Vessel, né en 1810, qui était aussi juge de paix du canton de Saint Renan, puis membre du Conseil d’arrondissement, et président de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés, a épousé Marie Félicité Ferey, fille de négociants brestois.  Il est mort le 21 juillet  1869, en son domicile de la Grand-Rue au Conquet.

 









Cadastre de 1841.
En hachuré vert, la propriété d'Emile Le Vessel. En rouge sur la Grand-Rue la maison principale, en rouge parcelle 88, un"pavillon de jardin" qui domine les maisons et le port du Drellac'h. En rouge sur le quai du Drellac'h une petite maison. Entre le jardin 290 et la maison du Drellac'h, une venelle cadastrée 277 permet à la famille Le Vessel de passer de la Grand-Rue au port sans sortir de sa propriété.




La fille du couple Le Vessel - Ferey,  Emilie Marie Le Vessel, née en 1844, s'est mariée avec François Albert Jayet de Gercourt, lieutenant de vaisseau, chevalier de la Légion d’Honneur, mort à 39 ans le 16 février 1871. Emilie Le Vessel, avait repris l’ancien titre « du Tertre ». Elle est décédée en 1917, sur sa plaque funéraire est gravé :  Emilie Le Vessel du Tertre, comtesse Jayet de Gercourt.

 


Au-dessus de la porte du caveau, sous une couronne comtale, les armoiries décrites par Michel Mauguin :
pour les Le Vessel du Tertre : «  d’argent à une croix fleurdelisée de sable »


(à traduire, sur fond blanc, une croix noire dont les extrémités des bras se terminent en motifs de fleurs de lys stylisées).


(La transposition sur la
pierre des couleurs est
codifiée, le fond uni est
"argent", le motif en
quadrillage serré de la 
croix est "sable".)
 















Concernant la famille Jayet de Gercourt,  Michel Mauguin et Paul François Broucke, dans leur ouvrage « L’armorial de l’ancienne grande paroisse de Plougonvelin » nous précisent qu’elle est originaire du canton de Vaud en Suisse et se serait implantée en Bretagne par un Antoine Jayet de Gercourt, lieutenant de vaisseau mort à Brest en 1805.

 

 

Toul al Louarn :

 

Vers la fin du XIXe siècle, c’est une madame veuve Jayet de Gercourt, née de Gestas qui achète le site de la batterie de la pointe des Renards et y fait construire en 1890, une maison avec écurie et remise.


La maison des Renards
(Toul al Louarn)
La photo du bâtiment semble-t-il assez décati, m'a été donnée par Daniel Kermaïdic (+) qui fut un grand collectionneur de cartes postales du Conquet.






En cette même fin de siècle,  un jeune couple réside au Conquet, lui Emmanuel Emile Jayet de Gercourt est dit propriétaire,  il a 24 ans quand, son épouse Hortense Marie Julie Mège, âgée de 20 ans met au monde en 1892 une fille, Madeleine Marie Jayet de Gercourt, celle-ci aura une petite sœur le 21 mars 1894, Germaine Hélène Joséphine Marie Jayet de Gercourt.

 

VENTES DE TERRAINS : au cadastre de 1841, aucun Jayet de Gercourt n'est mentionné dans les propriétaires  de la commune du Conquet-Lochrist. Mais le 1er mars 1898, madame Jayet de Gercourt vend aux Tissier, plus de 40 parcelles cadastrées à Mezou Poulfos, Croas ar Veyer, Kernaffrant, Keronvel, Le Bilou, Porsliogan, Kervouroc, Penzer et Lochrist et une maison à Kernaffrant. Un petit nombre de ces terrains appartenaient en 1841 à Laurent Le Vessel de Saint-Renan, ainsi que la maison vendue pour 43 000 francs. Cette madame Jayet de Gercourt ne peut être qu'Emilie Le Vessel.
 

J’ai déjà évoqué à plusieurs reprises l’usine d’iode du Conquet. Hippolyte Levasseur son directeur, aussi maire du Conquet, est décédé en 1915. Hortensius Tissier a alors pris la direction de l’usine, puis deviendra à son tour maire du Conquet.


Le 3 décembre 1917, on assiste à un mariage célébré par François Le Roy, adjoint-maire du Conquet, celui de  Charles Bernard Girou, directeur technique de l’usine d’iode Tissier, né en 1891 à Aurillac dans le Cantal, avec Madeleine Marie Jayet de Gercourt, née en 1892 au Conquet, fille de Emmanuel Jayet de Gercourt, propriétaire, domicilié au Conquet et de Hortense Julie Marie Mège, domiciliée à Roscoff.  Hortensius Tissier était présent à la cérémonie.

 

Charles Girou, va fonder après la guerre 14-18, avec deux associés l’usine d’iode Girou-Cougny-Lefèvre, concurrente de l’usine Tissier, à Poulconq-Izella. (Voir plus loin)


A propos des "Girou"  : par décret publié au Journal Officiel du 15 juin 1953, un descendant, Bruno Jean Baptiste Girou, né à Neuilly en 1925, et son fils mineur Robert Jean Marie Girou, sont autorisés à s’appeler désormais « Girou Jayet de Gercourt ».

 

Le Monument aux Morts du Conquet porte pour l’année 1914, le 5 octobre, le décès de René Jayet de Gercourt  du 19e Régiment d’Infanterie, qui avait ses quartiers caserne d’Estrées (château de Brest). René Jayet de Gercourt,  sergent à la 4e compagnie,  a été tué aux combats du château de Tiepval (Somme). Il était né à Brest le 14 mai 1873. Le jugement de décès a été enregistré à Brest, il figure au Monument du Conquet.

 

Un lecteur m'a informé (courant 2013)  que René Jayet de Gercourt avait aussi son nom inscrit sur le monument aux morts situé dans le cimetière de Dirinon, ce que j'ai pu constater.

Ce correspondant me précisait que la famille Jayet de Gercourt exploitait une briqueterie à Dirinon et habitait le quartier de la Gare. Cette dernière mention me paraît douteuse.

Des Jayet de Gercourt aux Lahalle.

 

La famille Lahalle au début du XIXe siècle est localisée dans la région de Roscoff-Morlaix.

 

Pierre Nicolas Lahalle, né en 1772, fils de paysans normands, navigue au commerce dès ses 14 ans, puis entre comme novice dans la Marine en 1789, dix ans plus tard il est lieutenant de vaisseau, puis capitaine de frégate en  1803. Chevalier de la Légion d'honneur en 1804. Après un combat malheureux de sa frégate Topaze, aux Antilles, il se retrouve en 1809, prisonnier des Anglais. libéré sur paroles, il rentre à Brest en 1811. On lui donne alors le commandement de la frégate Hortense en 1812, Parti de Brest le 7 décembre 1812, il fait une dernière croisière en Atlantique sud, Açores...  et est de retour le 15 février 1813 après avoir détruit 5 bateaux de commerce ennemis et fait 72 prisonniers.

Il cesse de naviguer en 1814, capitaine de vaisseau de 2e classe, il est attaché au port de Brest. Dès les premières semaines de la Restauration, Louis XVIII le fait chevalier de l'Ordre de Saint-Louis. Officier de la Légion d'honneur en 1821, il passe capitaine de 1ère classe en 1822 et prend sa retraite le 29 décembre 1824. On lui octroie alors le grade de "contre-amiral à titre honorifique".

 

Pierre Nicolas Lahalle s'est marié une première fois avec Perrine de Kermerchou de Kerautem dont il a eu 5 enfants. Elle est décédée vers 1820, il s'est remarié le 25 juillet 1821 avec Adèle (Marie Adelina) Bagot, trois enfants naîtront de cette union, dont deux garçons, Frédéric Henry Lahalle, que nous allons suivre, et Ernest Adolphe Lahalle né en 1817, enseigne de vaisseau, disparu avec la corvette La Sémillante dans les Bouches de Bonifacio le 15 février 1855 (704 victimes). 

Pierre Nicolas Lahalle est décédé à Roscoff le 5 août 1828. Laissant une veuve et huit enfants, dont cinq mineurs.

Frédéric Henry est né à Roscoff en 1822, comme son père il a fait ses premières navigations au grand cabotage puis est entré volontaire dans la Marine, en 1840 sur la corvette l'Embuscade, puis  il a monté rapidement les grades pour être enseigne de vaisseau au port de Brest en 1849. Sous-lieutenant de vaisseau, puis lieutenant de vaisseau, la guerre de Crimée le trouve embarqué successivement sur le brick Victor, puis sur l'aviso à vapeur le Rôdeur, sur la corvette l'Egérie et sur la frégate l'Iphigénie. La guerre finie, il épouse à Morlaix le 10 novembre 1856, Marie Elisabeth Barazer-Lannurien. Frédéric Henry Lahalle prend sa retraite en 1867 et décède à Roscoff en 1872, il était chevalier de la Légion d'honneur.

Le couple entre temps a eu plusieurs enfants, l'aîné, Frédéric Marie Charles Lahalle est né à Brest, rue Saint-Louis, le 27 septembre 1857. Contrairement à ses grand-père et père qui ont gravi les grades en partant de rien, Frédéric Charles entre élève à l'Ecole Navale, sur le Borda, le 17 octobre 1873 et en sort aspirant le 1er août 1875. Enseigne de vaisseau en 1879, attaché au port de Brest en 1881, lieutenant de vaisseau en 1884, à la division navale du Tonkin en 1884-85, second sur la canonnière Surprise, il revient au port de Brest où il est fait chevalier de la Légion d'honneur en 1886.

 

Domicilié à Brest, 4 bis rue Voltaire, le 14 décembre 1887, il a 30 ans et se marie, sa mère Marie Elisabeth Louise Barazer de Lannurien, est présente et consentante. La jeune épousée, elle a 17 ans, habite aussi au 4 bis rue Voltaire, elle se nomme Isabelle Louise Marie Jayet de Gercourt, fille de feu Alfred Jayet de Gercourt et de Françoise Isabelle Clémentine de Gestas de Lesperoux, présente et consentante.

Témoins : Ernest Marie Emile Lahalle, lieutenant au 5e régiment d'infanterie en garnison à Caen, frère du contractant, de Charles Auguste Marie Lahalle, sans profession, aussi frère du contractant... d'Aymar Charles Marie Clément, comte de Gestas, propriétaire, oncle de la contractante..etc...

 

Le 15 mai 1892, le couple Lahalle-Jayet de Gercourt toujours domicilié 4 bis rue Voltaire, salue la naissance d'un fils, Jean René Lahalle, déclaration faite par Albert Jayet de Gercourt son oncle et par Frédéric Clérec, avocat, bâtonnier.

 

Frédéric Charles poursuit sa carrière, Au premier janvier 1894, il est embarqué sur le cuirassé Victorieuse, aide de camp de l'amiral Barrera, commandant la 2e division de l'escadre du Nord., Au premier janvier 1896, il passe sur le croiseur Amiral Charner constituant l'Ecole Supérieure de Guerre. Ensuite, au premier janvier 1897, il est sur le cuirassé Bayard, aide de camp auprès du contre amiral Lucien Gigault de la Bedellière, commandant en chef de la division navale d'Extrême Orient.   A SUIVRE

 

 

Frédéric, , a épousé Louise Jayet de Gercourt, le couple était domicilié à Brest quand  lui est né en 1892,  Jean René Marie Lahalle  dont je nesais rien de la jeunesse. Il a reçu la croix de guerre lors du conflit de 14-18, puis en 1924, il a épousé à Lanriec (Finistère-Sud) Anne Marie Berthe Urvoy de Portzamparc, originaire de Beuzec-Conq. Le couple est venu aussitôt s’installer dans la maison de la pointe des Renards, dénommée « propriété de Beg al Louarn » ou « villa Toul al Louarn », maison, je l’ai dit, rebâtie par madame veuve Jayet de Gercourt, née de Gestas en 1890, sur le site de l’ancienne batterie côtière.

 


Une carte postale qui vient à point
 : Bernard Hily, collectionneur conquétois, m’a communiqué ce document écrit par un F… Lahalle à Mme Baronne Lahalle, villa des Renards, Conquet par Brest, Finistère. Le timbre à date mentionne Toulon sur Mer, (Var) et la date du 21 août 1902.  La photo au recto représente la caserne Gouvion St-Cyr qui a abrité jusqu’en 1905 le 8e Régiment d’Infanterie Coloniale. Le texte qui fait référence à une date de baptême et à une période de congés pour ce F… ne nous renseigne pas plus. Qui est ce proche parent de la "baronne" qui lui envoie "mille choses affectueuses"?

 







Collection Bernard Hily














                                                                                                                                    

Collection Bernard Hily
















Reste à découvrir aussi l’identité de cette baronne Lahalle qui vivait à la pointe des Renards en 1902. S'agirait-il de Louise Jayet de Gercourt ?

  

Le couple Jean René Lahalle -  Anne de Portzamparc a eu plusieurs enfants dont  René Marie Frédéric Lahalle, né à la pointe des Renards le 22 juillet 1925, (il épousera à Lannilis en 1955, Hélène Henriette de Poulpiquet de Brescanvel),  puis la famille Lahalle ira vivre à Kernaffrant Vraz, où naîtront Jacqueline Marie Charlotte Lahalle en 1927 et Michel Jean Marie en 1930.

 

Jean René Lahalle, qui se disait "baron Lahalle", a été maire du Conquet de 1945 à 1953, il est décédé en 1974.  

 

 

 

Document :

 

USINE GIROU – COUGNY – LEFEVRE puis USINE COUGNY

ou USINE DE POULCONQ-IZELLA (aucune photo en ma possession)

 

En 1914, Girou travaille déjà à l’usine Tissier quand il rencontre au hasard de la guerre Cougny à Clermond-Ferrand. Des projets d’association naissent entre les deux hommes qui se retrouvent après la guerre et décident de construire leur propre usine d’iode au Conquet.

Le 6 avril 1921 les travaux de construction commencent, l’installation de deux unités sera achevée fin mars 1922 et une extension pour un troisième bâtiment surviendra en 1924.

Lefèvre s’est joint aux deux promoteurs mais les quittera pour passer ingénieur chez Tissier un peu plus tard (c’est alors Hortensius Tissier qui est le directeur de l’établissement familial).


La différence essentielle entre les deux entreprises réside dans le fait que chez Tissier on s’arrête à la phase « iode en paillettes », tandis que le laboratoire Girou-Cougny effectue une étape supplémentaire pour produire « l’iode des pharmaciens ».

L’usine s’approvisionne en soude auprès des goémoniers des îles et de la côte dans la région de Trézien. Puis avec la raréfaction de la matière première locale, Girou-Cougny décident d’importer de l’iode chilien mono-sublimé en tonnelets. Il faut préciser que pour éviter l’envahissement et l’effondrement du marché par les importations d’iode du Chili, c’est le Syndicat des Producteurs d’Iode qui règlementait lui-même les quantités d’importation autorisées pour chaque usine.

 

En 1938, Cougny rachète les parts de son associé et continue seul… après la seconde guerre mondiale il est devenu évident aux industriels qu’une usine se consacrant exclusivement à la production d’iode et à quelques sous-produits (iodure de sodium, iodure de potassium etc.)  était condamnée à court terme, d’où la recherche par Cougny de diversification.


L’usine prospecte alors du côté des farines d’algues, la matière première étant le petit goémon ou « pioca ». Il arrive à l’usine égoutté et grossièrement séché par les collecteurs ; le travail consiste à le déshydrater complètement, le broyer et le tamiser. Cette poudre appelée « Vitalgue » est vendue à la société Guyomarc’h qui l’incorpore dans les aliments pour bétail qu’elle commercialise. Cette activité inaugurée en 1948 cesse en 1958 lorsque monsieur Cougny part en retraite et ferme son usine.
A une époque l’usine Cougny s’est essayée mais sans succès à la fabrication d’un cirage à base d’algues, (la pâte appliquée sur les chaussures ne séchait pas complètement). J'ai su mais j'ai oublié, le "slogan publicitaire" pour ce cirage. Qui s'en souvient?


Le personnel de l’usine était composé de quelques ouvriers employés à l’année et surtout de travailleurs saisonniers pendant l’époque de  production de la soude et de la cueillette du petit goémon.

(Informations recueillies au Conquet auprès de monsieur Jacques Cougny, fils du fondateur de l’usine, JPC, avril 1985).

Cet article contient des interrogations, et peut-être des erreurs de filiations entre les différentes familles, merci de compléter mes manques et de rectifier les inexactitudes.   JPC.

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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 17:49


Jean Causeur, né sous Louis XIII ou Louis XIV, a vécu sous Louis XV, est mort sous Louis XVI :

 

 

L'histoire de Jean Causeur commence par son acte de décès :


BMS de Notre-Dame des Grâces à Saint-Mathieu, année 1774, folio 1, acte 1. « L'an mil sept cent soixante quatorze, le trente avril est mort au bourg de Saint-Mathieu, Jean Causeur, époux de défunte Louise Alcouët, âgé d'environ cent trente ans selon le bruit commun et les époques, dont le corps a été le lendemain inhumé par le ministère du dit recteur en présence de ses enfants, de Philippe Lisop son petit-fils, d'Yves Le Bras son arrière petit fils et de plusieurs autres, et ont signé ceux qui le savent faire.

Marie-Jeanne   Causeur,   Philippe   Lisop,   Yves   Le   Bras,   Marie-Catherine   Monté, François le Bras.        Le Morel, recteur de Saint-Mathieu »

 

Né à Ploumoguer, il y a vécu, mais aussi à Brest

 

Jean Causeur étant réputé né à Ploumoguer en 1645, village de Lanfeust, fils de Sébastien

Causeur et Mageleine Lhuel, j'ai comme d'autres avant moi, cherché dans les BMS de cette

paroisse sans rien trouver concernant sa naissance dans les années bordant cette date.

 

Il existe bien en 1639 un Jan Causeur fils de Houarn Causeur et de Isabelle Thomas et un

autre en 1645 fils de Robert Causeur et de Margueritte Gall, mais aucun rapport avec notre

homme.

 

On le voit apparaître de façon significative dans les publications de mariage à Ploumoguer :

 

Jean Causeur, fils de Sébastien et de Magdeleine Lhuel, va  épouser Marie Le Hir, fille de

Vincent et de Magdeleine Bernard

-premier ban le 19 mars 1690

-deuxième ban le 26 mars 1690

-troisième ban le 1er dimanche d'avril 1690

Le mariage à été célébré sans doute à Brest, car Jean Causeur y réside.

 

Selon l'amiral Thévenard : le mariage a été célébré à ND de Recouvrance. La jeune Marie Le Hir  décède bientôt, Causeur revient à Ploumoguer prendre une seconde épouse.

- Ce jour, dix-neuvième d'octobre mil six cent quatre-vingt douze, après les fiançailles et les publications des bans faites, savoir les jours des dimanches vingt et unième, vingt huitième septembre et cinq octobre de l’an ci-dessus, du futur mariage entre Jean Causeur, veuf Marie Le Hir, demeurant à présent à Brest, âgé d'environ trente ans, et Louise, fille d'Yves Halscouet et de Marie Le Millour de Ploumoguer, âgée de vingt-huit ans et ne s'étant trouvé aucun empêchement, le soussignant prêtre les a éprouvés et leur a donné la bénédiction nuptiale à la Sainte Messe, selon la forme présentée par notre Sainte Mère l'Eglise, en présence de Jacques Le Drèvès, Jacques Lhuel, Guillaume Bizien, les trois derniers ont déclaré ne savoir signer.

Signatures de Yvon Le Dreves, Yves Laudren, prêtre.

 

Le ménage Causeur - Halscouet vit à Brest. A cette époque Jean Causeur serait « ouvrier perceur au port de Brest ». Tous les hommes valides des campagnes autour de Brest étaient sollicités pour travailler sur les chantiers de construction des vaisseaux,  hors les périodes de semailles ou de récoltes. Cela leur faisait un appoint financier non négligeable.

 

Enfants du coupe Causeur-Halscouët :

-Marie-Anne, née le 9 septembre 1693 à Lanfeust, parrain Guillaume ? , marraine Marie-Anne Bizien

-Perrine, née le 24 août 1695, aurait vécu à Brest

-Guillaume, né le 21 mars 1698 au village de Lanfeust en Ploumoguer, aurait vécu à Brest et

aurait fait souche.

-Jean, né le 6 octobre 1700 à Lanfeust, parrain Jean Kervarc'h, marraine Marie-Françoise

Bizien

-Marie, née le 30 mars 1703 à Lanfeust, parrain Pierre Guillou, Ploumoguer, marraine Marie

Lannuzel, Lanfeust, sœur du Tiers-Ordre, décédée à 82 ans à Penzer.

-Françoise, née en 1705, épouse de Guillaume Prigent, décédé à Penzer à 84ans.

-Marie-Jeanne, voir ci-dessous :

 

On dit que Jean Causeur revenu à Lanfeust aurait été « boucher », je n'ai rien trouvé de sûr mais il est évident qu'il a pu participer d'une façon ou d'une autre, à la fourniture ou au transport de viande vers les camps de soldats des Blancs-Sablons.

 

Les années conquétoises

 

L'Etat-Civil du Conquet nous permet de retrouver la trace de Jean Causeur, à travers un acte de 1731 :

 

« Ce jour, trente et unième janvier 1731, après les bannies canoniquement faites aux prônes des grand-messes de l'église tréviale de Lochrist-Plougonvelin, sans opposition quelconque, par trois dimanches consécutifs, savoir les second, troisième et quatrième dimanche de janvier même année que dessus, et les fiançailles faites en conséquence, Jacques Labbé dit La Joye, veuf de Jeanne Marzin, journalier, d'une part et Marie-Jeanne Causeur, fille de Jean Causeur et de Louise Alscouët, fournier, les deux parties du bourg du Conquet d'autre part, ont contracté le sacrement de mariage, par parole de présent, devant moi, soussigné recteur de Plougonvelin et de Lochrist, en présence de Jean Causeur, père de la mariée, de Jean Causeur, frère, de Jean Inizan, cabaretier de Plougonvelin, de Jean Mazé, boucher du Conquet, de René Alcouêt, sonneur de cloches, cousin germain de la mariée, de André Salaun, bienveillant et ami. Les nouveaux mariés ont déclaré ne savoir signer. Ont signé, Jean Inizan, René Alscouët, Jean Mazé et Le Barzic recteur de Plougonvelin »

 

Voilà donc établis au Conquet, Jean Causeur, sa femme et au moins deux de leurs enfants. Jean Causeur est fournier, c'est-à-dire qu'il entretient le four où les villageois viennent faire cuire leur pain, moyennant finances.

 

Anecdote concernant Françoise Causeur, fille de Jean Causeur et Louise Halscoët. Le 31 mars 1734, devant les notaires royaux, Françoise Causeur, épouse de François Penvern, contre Jean Page et Catherine Le Millour, sa mère défunte. Guillaume Floc'h, greffier et interprète breton. Il apparaît que Jean Page et Françoise Causeur se sont disputés et que « Jean Page a frappé la dite Causeur à coups de poings et de genoux », cela s'est passé à Kermergant. « Le dit Page est décrété de prise de corps pour être constitué prisonnier aux prisons de Pontaniou, côté Brest ».

 

Jean Causeur (fils) a de son côté épousé une demoiselle Anne Bourc'his sans doute en 1731.

Le couple va avoir huit enfants :

-Marie-Jeanne, née en 1732, Jean Causeur, aïeul est son parrain

-Marie-Louise, née en 1733

-Marie-Anne, née en 1734, décédée en 1743

-Hervé, né en 1735, décédé en 1740

-Jean-René, né en 1739, décédé en 1746

-Jean-François, né et mort en 1741

-Anonyme, né et mort en 1743

-Marc-Michel, né le 29 septembre 1744 et mort la même année.

Les actes de naissance des enfants nous indiquent que Jean Causeur fils est aussi fournier.

 

Louise Halscouët meurt en 1740, son acte de décès nous révèle l'emplacement du four à pain. «L'an mil sept cent quarante, le 12 avril, mourut Louise Hascouet, épouse de Jean

Causeur de Kerdacon, âgée d'environ soixante-dix ans, dont le corps a été le lendemain

inhumé dans cette église (de Lochrist) en présence du dit Causeur.  Signé :  Guillaume Carquet, prêtre, recteur de Plougonvelin. (En fait la défunte a 76 ans)


:
                                                       +
                                     Actuelle rue de Verdun
La maison à four est marquée d'une croix X, cadastre de 1841.
 

 

Le lieu-dit Kerdacon est bien identifié au Conquet, le cadastre de 1841 nous précise la localisation du four, au bout du « Streat an ty fourn »  = chemin de la maison du four (actuelle rue P. Corneille).

Jean Causeur fils meurt en 1744, âgé d'environ 39 ans. Anne Bourc'his se retrouve veuve avec trois enfants et enceinte de Marc Michel. Elle se remarie bientôt avec un nommé Guillaume Guével qui est dit tantôt ménager, tantôt fournier au Conquet et elle continue à mettre au monde des enfants, Jean-Marie Guével en 1748, un autre en 1750 dont Marie-Jeanne Causeur qui a alors 18 ans, est la marraine...

 

Il faut régler entre femme et enfants la successions de Jean Causeur fils.

13 janvier   1746, inventaire fait chez défunt Jean Causeur époux de Anne le Bourchis ( La

deuxième année après sa mort !)

Une vieille table carrée, 10 sols

Une vieille couchette garnie de couette et un traversier de balle, 4 livres

Une armoire à deux battants en bois de chêne, 18 livres

Un vieux lit garni d'une couette, deux linceuls (draps de lits), et traversier de balle, 9 livres

Une petite armoire aussi à deux battants en bois de poirier, 6 livres

Un coffre de bois fermant à clé, 1 livre

Un lit, une couette, traversier, deux linceuls, une berne et une vieille couverture de laine, 12

livres

Un petit vieux coffre, 5 sols

Un fusil, 6 livres

Deux bouteilles de gros verre, 12 sols

Un baril, une cassette, 9 sols

Une vieille table, 10 sols

Les hardes du défunt :

Huit chemises, toile de rapanon, 8 livres

Un vieux justaucorps et deux culottes de différents draps, 12 livres

Une vieille paire de bas de laine, 12 sols

Un vieux chapeau, 5 sols

Les hardes (vêtements) de la dame : Quatre chemises de toile, 3 livres 29 coëffes de toile, 7 livres 5 sols

Un mouchoir à col, 3 sols

Un justaucorps et un tablier, 10 livres 6 sols

Huit draps de toile, 8 livres

Cent poignées de lin, 3 livres

Un petit coffre et un panier

Une vieille armoire dans la cuisine en bois d'ormeau 15 sols

Un tablier de crin, 5 sols

Quatre écuelles et 3 cuillères, 7 sols

Deux nappes, 8 sols

1 trépied, 10 sols

Deux pots de fer, 6 livres

Deux vaches à lait, 48 livres

Un cochon de cette année, 10 livres

Tous les fours et genêts à four, 50 livres

La veuve a payé la capitation de 1742 au marguillier de Lochrist : 28 livres, et a réglé les frais « funéraux » 9 livres

 

Totaux : 211 livres

 

Une longue fin de vie à Plougonvelin

 

Marie-Jeanne Causeur, (fille de Jean et de Anne Bourc'his) se marie en 1756 avec un marin de Saint-Mathieu, Noël Le Bras.

 

« Ce jour, treizième janvier mil sept cent cinquante six, après les bannies publiées prônalement tant en la paroisse de Notre-Dame de Grâce qu'en la trêve de Lochrist-Plougonvelin par trois dimanches consécutifs sans opposition, savoir le sept, le quatorze, et le vingt-et-un décembre 1755, entre Noël Le Bras, fils d'Yves Le Bras et de Barbe Floc'h, ménagers, le dit Noël, marin de profession de la paroisse du dit Notre-Dame de Grâce d'une part et Marie-Jeanne Causeur, fille mineure des défunts Jean Causeur et Anne Le Bourc'his, en son vivant fournier du Conquet, décrétée de justice par la juridiction royale de Brest en date du septième décembre dite année 1755 ainsi « et la promesse faite en face d'église du futur mariage entre le dit Noël Le Bras et Marie-Jeanne Causeur » signé PL Guilbel, commis. Je soussigné recteur certifie qu'après avoir reçu leur mutuel consentement parole de présent, leur avoir donné la bénédiction nuptiale selon les rites et cérémonies de notre mère la Sainte Eglise, en présence d'Yves Le Bars, père du nouveau marié, de Jean Causeur, grand-père de la nouvelle mariée, de Guillaume Prigent, oncle allié, de Guillaume Guével, parâtre. Signatures : Yves Le Bras, Noël Le Bras, Marie-Jeanne Causeur, Jean Causeur, Jean-François Mazé, Yves du Bosq, Anne-Françoise Pohon.

  Signé : Guillaume Carquet, recteur de Plougonvelin.

 

Au couple Noël Le Bras, Marie-Jeanne Causeur, naît le dix décembre 1756, un fils Yves qui a pour parrain son grand-père Yves Le Bras et pour marraine Marie Causeur, tante de la mère, donc fille de Jean Causeur et de Louise Alscouet. Un second fils naîtra en 1759, pour décéder deux ans plus tard.

 

Concernant un partage : 4 mars 1757, partage de division en deux lots égaux des biens de Marie Lestideau, veuve de Charles Bourhis, par Le Gléau, commis du greffe, demeurant rue Poncelin au Conquet. Héritiers : les petites filles Marie-Yvonne Le Guével et Michelle Bourhis d'une part et Marie-Jeanne Causeur, épouse de Noël Le Bars, absent en mer, demeurant La Villeneuve, paroisse de Notre-Dame des Grâces. Marie Lestideau habite en une maison de la rue Saint-Christophe au Conquet. Marie-Jeanne Causeur fait abandon de ses droits à Guillaume Guével (son parâtre). La succession consiste en trois fois rien.

 

Marie-Jeanne se retrouve bientôt veuve mais pas longtemps car en 1764, âgée de 32 ans, elle épouse en secondes noces, Philippe Lisop (ou Ysop), originaire de Plouagat, évêché de Tréguier, mais depuis longtemps habitué de la paroisse (de Saint-Mathieu)... en présence de Pierre Aubin, Yves Perrot, servant à Saint-Mathieu, de François Le Bras beau-frère de la mariée et de Noël Le Guerrannic. Le 5 juillet Marie-Jeanne accouche d'une fille qui ne vivra que huit mois, le parrain était François Le Bras, la marraine Marie-Françoise Le Guerrannic.

 

LA NOTORIETE DE JEAN CAUSEUR LE VIEUX

 

L’acte de décès de Causeur, témoin de son grand âge, aurait pu rester ignoré ou être considéré comme fantaisiste si le personnage n'avait été visité quelques années avant sa mort, par l'Officier de Marine Thévenard, futur Amiral.

Celui-ci écrivit  dans ses « Mémoires » (publiées en l'AN VIII) :

 

"En examinant ce vieillard, je connus qu'il avait conservé l'ouïe, le goût, et l'odorat assez bons ; le toucher était encore sensible ... II avait perdu la vue depuis deux ans et ne marchait qu'à l'aide d'une béquille et de l'épaule d'un de ses petits-enfants, déjà avancé en âge. Il avait plus de che­veux que d'autres vieillards n'en ont à 70 ans et de couleur peu blanche, de consistance peu atténuée puisqu'ils étaient encore crêpés ; ses lèvres et ses joues teintes d'un léger vermillon semblaient démentir cet âge étonnant ... Il prenait constamment du tabac en poudre,  preuve que cet usage n'avait pas alté­ré sa santé ni la longueur de ses jours. Il n'avait point d'absence d'esprit dans les réponses aux questions que je lui fit faire par l'une de ses arrières- petites-filles (Thévenard ne doit pas parler Breton). Il dit, entre autres, que Dieu dans le livre des Hommes avait tourné le feuillet et l'oubliait sur terre...Ce vieillard assis sur le foyer répondait à toutes mes questions s'oc­cupant néanmoins du seul exercice qu'il faisait depuis la dernière année : ce­lui de recommencer son chapelet après l'avoir terminé..."

 

Cette même année 1771, Caffieri, sculpteur de la Marine, auteur des décorations des vaisseaux du Roi : l'Illustre, l'Actif, le Diadème ... vient, sollicité par Thévenard, à Saint-Mathieu faire le portrait du désormais célèbre centenaire. Tableau qui par­vint à Louis XV par l'intermédiaire du ministre de la Marine, accompagné de la dédicace :

 

"Français ! que, pour notre bonheur

La très inexorable Parque

Accorde les jours de Causeur

A notre bien-aimé Monarque ! "

 

Le Roi, dit-on, fit accrocher le portrait auprès de son lit et décéda la même année que Causeur, ce qui n'était sans doute pas le but recherché par le courtisan au­teur du cadeau...

 


(Tableau de Caffieri, source Internet)

Thévenard avait écrit par ailleurs que Jean Causeur avait fait sa communion avec Dom Michel Le Nobletz, soit avant la mort de ce dernier en 1652.








Cadre ci-contre : fusain 60 x 50, portant la dédicace : Jean Causeur, ouvrier perceur à l'arsenal de Brest, âgé de 139 ans, né à Lanfeust en Ploumoguer et mort à Plougonvelin le 10 juillet 1775.
Collection personnelle, le cadre provient de chez ma grand-mère. JPC 





Cette notoriété valut cependant à Causeur, sur le rapport de monsieur de Robien, Pro­cureur Général, Syndic des Etats de Bretagne , une pension de 300 livres. Dans la délibération  prise à Rennes le 30 décembre 1772  on lui donne déjà plus "de cent trente et un ans"...

Les calculs fantaisistes quant à son âge, s'amplifieront après sa mort et en 1830 dans une notice sur le Léon, Brousmische lui accordera 140 ans. L'acte de baptême n'ayant jamais été trouvé, l'imagination de certains chercheurs a fait le reste...



Jean Causeur « le vieux » décède donc en 1774
, l'acte porte « en présence de ses enfants », effectivement deux de ses filles vivent encore au Conquet, Marie et Françoise. La première s'éteindra, sœur du Tiers-Ordre, fille des feux Jean Causeur et Marie-Louise Alscoët, du village de Penzer « âgée de 82 ans, le 30 décembre 1785, et fut inhumée le lendemain dans le cimetière de Lochrist, le soussigné recteur faisant les cérémonies en présence de Françoise Causeur la sœur, de Philippe Ysop et de Marie-Jeanne Causeur, ses neveux et nièces ». Signé Kermergant, recteur de Plougonvelin. Françoise disparaîtra en 1789, le 16 janvier, veuve de Guillaume Prigent du village de Penzer, en présence de Marie-Jeanne Causeur, Philippe Lisop et de Marie-Jeanne Lisop.

 

Marie-Jeanne Causeur qui nous a un peu servi de fil conducteur meurt à son tour en 1793. Ce jour, seize frimaire l'an V de la République Une et Indivisible, à 11 h du matin, par devant moi Yves Le Bars, adjoint municipal de la commune et canton du Conquet sont comparus les citoyens Philippe Ysop, cultivateur âgé de 65 ans et... lesquels m'ont déclaré que Marie-Jeanne Causeur épouse du dit Philippe Ysop, âgé de 61 ans est morte.... Son mari lui survit plusieurs années puisqu'il décède le 20 thermidor an XIII, exerçant à Saint-Mathieu la profession de jardinier, déclaration faite par Jean Alcoët, proche parent.

 

Concernant l’âge réel du personnage, en reprenant les actes d’état-civil décrits dans ce document, j’arrive à une estimation à 112 ans. En l’absence de l’acte  concernant son baptême, les choses vont rester en l’état …

 


Petite litho, de Th Bernard, graveur dessinateur datée de 1884.
Le temps se fatigua sur ce vieux bas-breton, sa faux qui détruit tout s'ébrécha sur son front.
Collection personnelle. JPC 



J’ai évoqué dans un autre dossier mon ascendance « Causeur », mais il ne s’agit pas de cette branche là, bien que localisée aussi dans les années 1600 à Ploumoguer, sauf à peut-être remonter au-delà des parents de Jean Causeur.

Donc toute ressemblance serait purement fortuite! JPC

                                                                                                                     

 

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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 14:11
J'ai mentionné dans le dossier "Causeur" une branche ascendante vers les "Le Scanff-Kerros", familles de maîtres de barques et armateurs de Porspoder-Landunvez aux XVIIe/XVIIIe. J'ai étudié autrefois les voyages maritimes de mes lointains ancêtres, à travers les rôles d'équipages et autres documents,  de leurs barques, sloups et brigantins, soigneusement conservés aux archives de la Marine à Brest.
En voici le fil conducteur.

UNE BRANCHE DE LA FAMILLE LE SCANFF

REGION DE LANDUNVEZ-PORSPODER

 

 Le Scanff : parfois écrit  Le Scaf, Le Scaff, Le Scanf, Le Scanff, Le Scanv…on peut proposer deux origines au nom :

 

-Skaff signifie petit bateau. Au moyen-âge, les navires transportant du vin se nommaient des escaffes, terme provenant d’un mot latin « cava » qui signifie cave ou cellier. Les  « pinardiers » du moyen-âge étaient assimilés à des caves flottantes. Les  Pors Cave, Pors Scaff, ont la même origine.

-Skanv en breton signifie léger.

  

Les Le Scanff faisaient partie à l’origine de la noblesse du Léon, ils sont au moyen-âge seigneurs de Keriel en Tréglonou et blasonnent « de gueules à la croix d’or frettée d’azur », armes que l’on retrouve sur l’enfeu de Jehan Le Scanff sénéchal du vicomte de Léon, dans la cathédrale de Saint-Pol de Léon et sur le vitrail qui le surmonte.

 

 

Au XVIIe siècle ils ont abandonné depuis bien longtemps leurs titres de noblesse pour se livrer à des professions bourgeoises plus lucratives. On note des Le Scanff notaires royaux au Conquet, des Le Scanff négociants, armateurs, maîtres de barques, à Lanildut, Porspoder, Landunvez, Morlaix etc…

 

La branche des Le Scanff qui me concerne vit alors sur la paroisse de Porspoder, non loin du port d’Argenton, ce sont des marins-armateurs-négociants.

 

Le premier repère est un Jean Le Scanff, né vers 1610-11,  il habite Keroustat où il décède en 1691 à l’âge de 80 ans.
 

Selon des informations communiquées par madame A.F Grall-Peres, Jean Le Scanff aurait eu comme épouse Françoise Provost. On trouve en effet à l'état-civil des enfants nés du couple Le Scanff - Provost en 1664, 1666, 1670, 1674, mais pas de Marc. A remarquer qu'à cette période le Jean Le Scanff mort en 1691, avait déjà aux environs de 55 ans.

Si on fait naître Marc Le Scanff autour de 1665, il aurait eu seulement 17 ans lors de son mariage avec Margueritte Guillart elle-même âgée d'environ 32 ans.
 

Marc Le Scanff, fils de Jean Le Scanff, a dû naître vers 1650-1655, en 1682 il épouse Margueritte Guillart, veuve Longin (parfois écrit Logen). Margueritte a de son premier mariage un fils François Longin. Le couple et l’enfant s’installent  au Radenoc.

 

















Radenoc ou Radenec, paroisse de Porspoder, à l’origine une lande de fougères (raden). Dans les années 1650, une des fermes du hameau appartient à Jean Guillart et à son épouse Marie Mathieu (alias Mazeau, en breton Mathieu = Mazé). Après la mort de Jean Guillart (1680) et de sa femme (1686), leurs deux filles Margueritte et Marie héritent chacune d’une part de ferme. A Margueritte « le bout oriental de la maison couverte d’ardoises, avec ses deux burons et quelques terres » 
 


Les naissances se succèdent chez les Le Scanff –Guillart :

Margueritte met au monde successivement :

-Guillaume               né en 1684, décédé à 12 ans en 1694

-Françoise                née en 1687

-Marie-Anne            née en 1688, décédé avant 1701

-Margueritte             née en 1690, parrain Briant, honorable marchand

 

La famille déménage alors pour s’installer dans la maison de Jean Le Scanff (père de Marc), à Keroustat où naissent d’autres enfants :

 

-Nicolas                   né en 1693, décédé à 18 ans en 1711

-Jean                       né en 1696

-Marie-Anne           née en 1699, parrain Gabriel Le Scanff, marraine sa sœur Françoise.

                                 Elle épouse en 1720 Tanguy Marzin.

 

La petite Marie-Anne n’a que deux ans quand meurt sa mère Margueritte Guillart (50 ans, 1701)

 

Marc Le Scanff, honorable marchand, reste veuf avec  Françoise (14 ans), Margueritte (11 ans) Nicolas (8 ans), Jean (5 ans) et Marie-Anne (2 ans), plus François Longin. Contrairement à l’usage de l’époque, Marc ne se remarie, semble-t-il, pas.

 

Marc Le Scanff a passé la première partie de sa vie à naviguer, comme matelot puis comme maître aussitôt arrivé à l’âge requis. En 1684 par exemple, il commande la barque  le Nicolas . Lorsqu’il délaisse la navigation, il s’installe comme marchand et armateur. En 1725 il possède des parts dans trois barques de commerce :

Marie Antoine,   13 tonneaux, commandée par Yves Beuzic

Marie Jeanne,    38 tonneaux, commandée par son fils Jean Le Scanff

Saint François,  50 tonneaux, commandée par Jean Le Hir

 

Ces barques font le transport principalement du sel entre les ports de Guyenne, d’Aunis et de Saintonge et la Normandie, la Picardie et la Flandre, et le transport du vin entre la région de Bordeaux et la Bretagne.

 

Le seul fils du couple Marc Le Scanff – Margueritte Guillart qui arrive à l’âge adulte est Jean Le Scanff, né en 1696 il n’a que cinq ans à la mort de sa mère. Elevé par ses sœurs, il va embarquer très jeune comme mousse (vers 9/10 ans, ce n’est pas un record, j’ai trouvé à l’époque des mousses de 7 ans). Novice puis matelot, il est reçu maître de barque en 1722. Vers 1725/26 il prend le commandement de la Marie-Jeanne dont son père est actionnaire. Il continue avec le même navire jusqu’à la déclaration de guerre avec l’Angleterre (guerre de Succession d’Autriche 1744-48). La paix revenue sur mer, il commande pour un armateur de Brest l’ Elisabeth, grosse barque de 80 tonneaux puis en 1752-54, le Saint-Joseph de Lanildut.

C’est son dernier embarquement, à la veille de la guerre de Sept-Ans, malade, il renonce à la navigation et meurt la même année ( à 58 ans en 1754).

 

Jean Le Scanff a épousé le 17 juillet 1724 Jeanne Page de Landunvez, Jean a 28 ans, la jeune mariée née le 26 avril 1707 a seulement 17 ans. Le couple s’installe alors dans la maison familiale des Le Scanff au Radenoc. Les Page sont marins et propriétaires fonciers/agriculteurs.

 

En 1734, Jeanne Page (fille d’Olivier Page) hérite de sa grand-mère Jeanne Chan, de terres à Porspoder, Larret, Lanildut, Plourin et Landunvez. A cette occasion le partage se fait en trois « lotties » : Budoc Page de Gorrequer en Landunvez et Marie Page du Vourc’h en Porspoder, enfants vivants de Jeanne Chan prennent les deux premières parts, Jeanne Page, fille unique d’Olivier Page leur frère décédé,  se voit octroyer la troisième part. (Je possède l’acte du partage)

Jean Le Scanff et sa femme gens aisés, sont qualifiés d’honorables personnes. A la mort de Marc Le Scanff (1735), ils abandonnent Radenoc pour Keroustat où la maison est certainement plus grande et plus confortable.

 

Les enfants de Jean Le Scanff et Jeanne Page :

 

Pendant les trois premières années de leur mariage les Le Scanff/Page ont sans doute eu un ou plusieurs enfants mais je n’en ai pas trouvé trace. Voici la liste des neuf suivants.

 

-Marie Jeanne, née en 1727

-Françoise, née en 1729, baptisée par vénérable et discret messire Jean Leost, prêtre, bachelier de Sorbonne, recteur de Landunvez. Parrain noble homme Pierre Kerros, marraine Françoise Le Scanff (sa tante). La fillette ne vit que deux mois.

-Margueritte, née en 1731 au Radenoc, parrain Matthieu Provost, lieutenant de la milice de Larret-Porspoder, marraine Margueritte Le Scanff  (sa tante)

-Jean,  né le 7 juillet 1732, parrain Jean Page son grand-père, marraine Margueritte Rioualen. (Voir plus loin, c’est de lui que nous descendons.)

-Jeanne, née en 1734

-Marc-Budoc, né en 1736, mousse à 10 ans sur le brigantin Marie Yvonne de Brest, reçu maître de barque en 1762, il commande le sloup Sainte-Anne dont le principal actionnaire est Nicolas Perruz du Radenoc, puis l’Ange Gabriel qu’il possède en co-propriété avec Gabriel Page. Marc-Budoc reçoit un brevet d’enseigne de vaisseau de la République en 1794.

Il abandonne la navigation en l’an XIII pour être gardien des signaux à Portsall. Il est marié à Anne Leizour.

-Yves-Marie, né en 1744, mousse à 13 ans sur le Saint-Joseph

-Nicolas, né en 1745, mousse à 14 ans, puis matelot, a fait 4 campagnes au service de l’Etat, marié à Honorée Lalla.

-Jean-Joseph, né à Keroustat le 19 août 1747, reçu maître de barque en 1776, marguillier de la paroisse en 1789, marié à Marie-Magdeleine Corric.

 

Jean Le Scanff, nous l’avons dit plus haut est mort l’année même où il a cessé la navigation alors que le dernier de ses enfants, Jean Joseph atteint à peine les sept ans. Un inventaire des biens du défunt est fait l’année suivante (1755) : le tout tient en un seul feuillet, pour une seule pièce nommée  « cuisine »

On y trouve : un tabouret, un banc dossier, un lit clos, un banc, un coffre en sapin, deux mauvais coffres, une barrique, une armoire, un lit avec son banc en bois de sapin, un bassin, un rouet, une maie, dix-sept assiettes de faïence,  six plats de terre, une vache, une génisse, cinq coëttes de plumes,  six couvertures, oreillers, draps de lit, une tasse, un gobelet d’argent, les hardes du défunt (50 livres), deux chandeliers, un fanal, une paire de balances, une vieille huche, deux cierges, une demi-douzaine de bouteilles de verre, trois plats d’étain, trois assiettes, la paille, les bois à feu, neuf cuillères de bois, neuf écuelles, une mauvaise pelle de fer, une horloge de demi-heure, une cuillère de bois pour le pot, deux tamis. Le tout estimé à 439 livres, somme extrêmement modeste.

 

Les commissaires estimateurs des biens étaient Nicolas Perruz, voisin et  allié de la famille, demeurant Radenoc, et Jean Matthieu du Poullou.

 

Il paraît étonnant que cette cuisine soit le seul bien de Jean Le Scanff, elle ne contient qu’un lit ce qui ne colle pas pour une famille dont les trois derniers garçons ont 11, 10 et 8 ans.

 

 

Nous continuons donc notre lignée avec :

 

Jean Le Scanff, fils de Jean Le Scanff et de Jeanne Page, né  en 1732, marié à Marie Françoise Kerros issue elle aussi d’une famille de marins et d’armateurs d’Argenton. Avec leur quatre enfants ils habitent au Radenoc.

Jean Le Scanff fait une carrière de marin comme son père et ses frères. Il est mousse au commerce, puis novice et matelot sur le St Jean Baptiste (maître Jean Leizour), matelot sur le St Joseph en 1753, et reçu maître en 1755 il remplace son père qui commandait alors ce St Joseph. Il réussit semble-t-il, à traverser sans trop de dommages cette époque de la guerre de 7 ans entre la France et l’Angleterre (1755-1763) où tant de marins léonards ont péri dans les combats ou sont morts prisonniers sur les sinistres pontons anglais.

La paix signée, on le retrouve maître de la barque St Jean Baptiste.

 

 Maître de barque et notable, Jean Le Scanff est sollicité pour des fonctions publiques, il siège aux délibérations du conseil de paroisse en 1759, 60, 61, 62, 65, 66.

28 septembre 1760, Jacques Corric demeurant à Kerivoret est désigné comme marguillier pour 1761, avec pour remplaçant en cas d'excuse Jean Le Scanff du Radenoc.
14 septembre 1762, Jean Le Scanff est nommé marguillier pour 1763,  avec pour suppléant en cas d'excuse Nicolas Le Hir.
Il est donc marguillier pour l’année 1763, lors de l’affaire du cimetière. Un édit royal interdit de continuer à inhumer les morts dans les églises, les paroisses bretonnes se rebellent ou essaient de contourner l’obstacle.
La raison de cet interdit est tout simplement une mesure d'hygiène, les cadavres pourrissant sous quelques centimètres de terre ou de dalles favorisaient la propagation de maladies épidémiques parmi les fidèles. La raison sanitaire aurait dû l'emporter sur l'habitude, mais nos ancêtres considéraient comme une infâmie d'être inhumé hors de l'église. Les exemples sont nombreux de paroisses où les morts ensevelis le jour dans le nouveau cimetièr,  étaient déterrés la nuit et enfouis à la hâte dans des fosses creusées sous le plancher de l'église par les familles et voisins.
La notion d'infâmie venant de ce qu'avant l'arrêt du Roi sur la réglementation des sépultures, seuls les hérétiques, excommuniés, suicidés, tous les individus mis au banc de la société catholique, étaient exclusx de la sépulture dans l'église.

Les paroissiens de Porspoder essaient de tourner l'arrêt royal en prétextant que l'on ne peut pas enterrer à cause de la nature du terrain, ailleurs que dans l'église.

 

Document, église Saint-Budoc de Porspoder.

« du vingt et troisième mai 1763, Jean Le Scanff marguillier en charge a convoqué au prosne de la grand-messe le général et corps politique de la paroisse et, nous assemblés, il a remontré que tous les paroissiens se plaignent que depuis l’arrest rendu qui défend d’enterrer dans l’église, les cadavres sont exposés à être dévorés par les bêtes, attendu que l’on en peut percer dans le cimetière qu’environ dix-sept à dix-huit pouces et qu’en l’église on peut percer jusqu'à sept et huit pieds sans être opposé par les rochers au lieu que le cimetière est tout trempli de rochers, étant au bord de la mer. A quoi les soussignés assemblés sont unanimement d’avis de donner pouvoir à monsieur le Sénéchal  pour présenter à la cour requêtes pour avoir la permission d’enterrer dans la dite église les cadavres qui mourront de maladies ordinaires et en cas de contagion de les faire enterrer où il sera ordonné par la Cour, requérant sur le tout l’adhésion de Monseigneur le Procureur Général du Roy, et ont signé avec Jean Le Scanff François Le Huiton, Jean Mathieu, Jean Buzic, Jean Le Moing, Joseph Lalla, Vincent Le Duff, Jean François Cor, Claude Marzin, Hamon Nezou, Joseph Ferellec, Pierre Marie Nedellec.

 

Le cimetière finira comme dans la plupart des paroisses par être relégué à l’extérieur du bourg, ( sur la route de Melon pour celui de Porspoder).

 

Jean Le Scanff a disparu en mer le 20 mars 1779, était-il embarqué sur un navire du Roi pendant la guerre d’Indépendance des Etats-Unis quand la France se battait contre l’Angleterre de 1778 à 1783), je ne sais pas.

 

Jean Le Scaff et Marie Françoise Kerros ont eu quatre enfants :

-Marie Corentine

-Joseph, né en 1770

-Mathieu, né en 1773, capitaine de transport, il épousera une demoiselle Petton et le couple habitera aussi au Radenoc.

-Jean François Budoc

 

 

Ma ligne directe issue des Le Scanff, continue par une des filles du couple Jean Le Scanff – Marie Françoise Kerros

 

Marie Corentine Le Scanff. En 1792 elle épouse un cultivateur Jean Quéméneur, fils de françois Quéméneur et et Brigitte Cavalen. Marie Corentine et son mari habitent Radenoc et tout naturellement ont plusieurs enfants dont :

 

-Marie Françoise  née en 1793

 

-Joseph Marie, né le 12 avril 1803, mousse à 15 ans en 1818 sur le sloup Le Commerce maître Jean Joseph Prat et second capitaine Mathieu Le Scanff, l’oncle du mousse. Plus tard Joseph  Marie sera aussi capitaine de commerce.

 

Marie Françoise Quéméneur se marie le 6 juillet 1829 avec un jeune homme originaire de Kervillarn en Plourin, il s’appelle Jean Marie Lannuzel, il est charpentier travaillant à la construction navale à Brest et habite Recouvrance. Jean Yves  Marie Lannuzel (que l’on appelle Jean Marie) est le fils de Robert Lannuzel qui fut cultivateur puis aubergiste à Plourin (décédé le 9 mars 1824) et de Marie Elisabeth Guillimin. Jean Marie est né le 24 ventose an IX à 4 heures du matin à Kervillarn.

Mathieu Le Scanff (56 ans) l’oncle de la mariée et Joseph Marie Quéméneur (36 ans), frère de la mariée, sont témoins au mariage.

Jean Marie Lannuzel et Marie Françoise Quéméneur viennent habiter Radenoc pour continuer à exploiter la ferme, car Jean Quéméneur le père de Marie Françoise est mort depuis le 13 juin 1818 et Joseph Marie son frère étant marin ne s’occupe pas de la ferme.

 

Marie Françoise Quéméneur et Jean Marie Lannuzel ont plusieurs enfants dont :

 

-Josèphe Lannuzel qui épousera Jean Antoine Léostic (qui se fait appeler Jean Marie Léostic)

-Marie Elisée Lannuzel (Elisa), née au Radenoc chez ses parents le 1er avril 1834, elle est déclarée à l’Etat-Civil par son oncle Joseph Marie Quéméneur et son grand-oncle Mathieu Le Scanff dont nous avons parlé plus haut.

 

En 1862 les « Causeur » font construire un bateau à Porspoder, Jean Louis Causeur, cultivateur à Beniguet, y fait la connaissance d’Eliza Lannuzel qu’il va épouser et ramener dans son île en face du Conquet.

 

Marie Françoise Quéméneur (que tout le monde appelait « Toss » selon Zaza Causeur) est décédée le 28 avril 1878 au village du Liou ou de Lehou, paroisse de Porspoder, veuve de Jean Marie Lannuzel et âgée de 85 ans. Déclaration faite par Jean Antoine Léostic son gendre, qui signe j m le ostic, et qui est âgé de 58 ans et par Jean Quentel, clerc de notaire demeurant au Spernoc.

 

Nous avons ici rejoint la branche des Causeur de Beniguet déjà mentionnée sur ce blog.

Jean Louis Causeur et Eliza Lannuzel

 

 

 

 

Les biens fonciers de Porspoder- Landunvez – Plourin…

 

Les biens fonciers acquis entre Porspoder et Plourin sont venus par héritages successifs des branches Le Scanff, Quéméneur et Lannuzel. A la fin du XIXe siècle ils semblent se constituer de la presqu’île Saint-Laurent, et de plusieurs fermes de part et d’autre de la « frontière » Argenton/Plourin.

La presqu’île Saint Laurent est déjà tout ou partie dans le patrimoine des Le Scanff à la fin du XVIIIe siècle, c’est un vaste domaine où se pratiquent la polyculture et l’élevage.

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Contribution de monsieur Olivier Moal : actes notariés de propriété de la presqu’île de Kermorvan, concernant les héritiers Le Scanff.

-29 germinal an 4                                               AD 29 Notaire Bougaran de Saint-Renan

Bail de 9 ans par Marie Françoise  Kerros veuve Le Scanff du Radenoc en Porspoder à François Le Gall marchand et Jean Quémeneur, cultivateur, les deux de Porspoder. Début à la Saint Michel 1798 ou 8 vendémiaire septième année républicaine, « toute l’isle de Saint Laurent avec ses appartenances et dépendances », Réservations : faculté de faire pâturer trois vaches, disposer du parc qu’elle y a fait clore, ainsi que du chemin de servitude à pied et à charrette pour manœuvrer le parc

Redevance annuelle de 150 livres en espèce sonnantes

La bailleuse se réserve une part et demie du goémon ramassé sur l’île, valant annuellement la somme de 6 livres, et la 36e gerbe des blés qui y seront recueillis.

Les preneurs auront la faculté de faire de nouvelles clôtures mais ne pourront sous affermer sans le consentement par écrit de la bailleuse et se conformeront au bail de 1787 devant Bougaran notaire.

A la fin de l’acte une dernière close est ajoutée « avant les signatures » convenu que les preneurs fourniront chacun un boisseau de seigle à la bailleuse au terme ci-devant fixé, en diminution du prix annuel (diminution qui n’est pas précisée !).

-12 Germinal an 5                                              même source

Vente à terme de réméré de 9 années de la moitié de la presqu’île Saint Laurent « cernée de la mer, excepté à l’endroit où l’isthme qui l’unit au continent, tourné vers l’orient » par Marie Françoise Kerros à François le Gall et Françoise Lézoc son épouse, de Créach ar Groas en Porspoder. Comme l’ayant acquise par contrat devant P Lunven notaire le 28 janvier 1755, contrôlé à Brest le 3 février suivant

Moyennant 1200 livres en espèces sonnantes, valeur de 1790 (vieux style)

La dite presqu’île autrefois chargée d’une rente annuelle de 63 livres 6 sols 8 deniers, « mais que la dite rente a été supprimée par l’effet de la Révolution » Faculté de réméré en remboursant en un seul paiement le prix total de la vente avec les frais, mises et loyaux contre (ce ?) que les acquéreurs auront déboursé.

-18 mars 1806                                                   AD 29 notaire Prat, 4 E 168 …

Remboursement par Jean Le Scanf, Jean Quémeneur et Marie Corentine le Scanf sa femme, procuratrice de Joseph Le Scanf son frère, de Marie Françoise Le Scanf épouse de Vincent Balch et Marie Françoise Petton épouse de Mathieu Le Scanf, de la somme de 1300 francs tournois en numéraire métallique (principal et frais), à François Le Gall cultivateur et marchand et Marie Françoise Lezoc sa femme qui retrouvent leur bail premier, au terme de réméré de 9 ans.

-21 mars 1806

Bail de 9 ans des mêmes à François Le Gall et femme pour 180 francs par an, 150 pour Jean Le Scanff, Marie Françoise Le Scanff et Marie Françoise Petton par égale portion et 30 francs à Jean Quéméneur et femme, (la suite n’est pas très claire), le couple Quéméneur serait-il celui qui est déjà le preneur de l’an 4, le preneur ayant épousé la fille de la bailleuse ???

De plus les héritiers doivent 1700 F à Le Gall, donc ils retiennent 150 F de paiement de bail chaque année !

Réservation : chaque propriétaire pourra faire paître deux vaches et envoyer quelqu’un ramasser et sécher du goémon

Avant le 25 Août1810,  de l'enregistrement)               même source   

Vente par JFB Le Scanff  du 5e de la presqu'île St Laurent à réméré de 5 ans, au sieur Guillard pour 1 200 F, donne 60 F par an à 5 % d'intérêt jusqu'au remboursement du principal.

Je pense que l’on pourrait retrouver l’acte d’acquisition (son résumé) dans la série C, et connaître le vendeur et le fief (je pencherais pour le fief du Châtel).

                                      Fin de la communication de monsieur Moal.

Ndlr : à réméré, signifie que le vendeur à l’issue d’un délai préfixé, peut racheter son bien au prix consenti à l’acheteur, plus les frais.

 Dans le cas présent, les héritiers Le Scanff vendent « provisoirement » des portions de la presqu’île à des locataires qui travaillent les terres et jouissent des revenus des cultures, puis au terme échu, les anciens propriétaires rachètent le bien, pour un prix augmenté des frais que le preneur a pu faire entre temps, édification de talus, amélioration des chemins, constructions de crèches etc…

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Les Lannuzel-Leostic-Causeur perdent leurs biens, dans des procès contre les ramasseurs de goémon-épave.

 

Les rives de la presqu’île Saint-Laurent sont des rochers où poussent les goémons nécessaires à l’engrais des terres et des criques où arrivent les goémons épaves que les paysans viennent ramasser après les tempêtes. Tout un arsenal de réglements et d’usages locaux codifient la récolte des goémons. Les Lannuzel-Léostic (et semble-t-il surtout le couple Jean Antoine Léostic – Josèphe Lannuzel) se lancent vers 1870-75 dans des demandes de redéfinitions des limites des rivages de la presqu’île qui n’ont jamais été été précisés autrement que par la notion vague de domaine public maritime lié à la pleine mer de plus grande marée d’équinoxe, et engagent  des procès sans fin contre l’Etat et contre les agriculteurs qui coupent les goémons des rochers de la presqu’île, en font des tas sur les dunes et traversent cette même presqu’île avec leurs charrettes.

 

Document. Archives de la Marine Brest, courriers de l’Amirauté.

7 mars 1875: Bornage de l'Ile St Laurent

Le sieur Leostic et la dame Lannuzel, propriétaires d’une presqu'île désignée sous le nom de Ile Saint-Laurent en Porspoder, se sont mis en instance, pour obtenir auprès du Préfet du Finistère, la délimitation de leur propriété du côté de la nier, afin de mettre un terme aux agissements des tiers et particulièrement des gens qui pratiquent la récolte du « goémon épave» lesquels envahissent constamment leur héritage, dégradent les rochers et enlèvent les produits.

 

Cette affaire instruite au premier degré par le service des Ponts et Chaussées a été considérée comme une question de simple bornage. Messieurs les ingénieurs proposent en conséquence de faire procéder au bornage du rivage maritime autour de l'île Saint-Laurent par un agent de leur administration contradictoirement avec les pétitionnaires, à leurs frais. La demande et le rapport des Ponts et Chaussées m’ayant été communiqués par le préfet du Finistère par avis, j ' ai fait compléter 1 * instruction par des fonctionnaires compétents et j'ai 1'honneur de vous soumettre le dossier de 1'affaire contenant les avis de deux administrations.

L'opération demandée par le sieur Leostic et la dame Lannuzel, soulève une question préjudicielle dont ne parlent pas les ingénieurs, mais que Mr le Commissaire Général n'a pas manqué de signaler. En effet comme le rappelle 1'article 19 de 1'instruction du 18 juin 1864, le bornage des propriétés contiguës  au rivage ne peut avoir lieu qu'après qu'un décret ait déterminé la limite de la mer. II faudrait donc d'abord commencer par fixer cette limite sur 1'île Saint-Laurent. La délimitation des propriétés Leostic et Lannuzel viendrait ensuite, comme opération accessoire. Et dans ce cas c'est au Ministre de la Marine qu’il appartiendrait, conformément à l'article du décret de la loi du 21 février 1852, de prendre l'initiative des instructions à donner. Mais dans l'espèce il est permis de se demander si l'objet de la pétition est assez important et touche à des intérêts assez sérieux pour qu'il soit impossible d'éviter les lenteurs et les dépenses qu'entraîne nécessairement la procédure complexe qui précède tout décret portant fixation des limites de la mer.

Monsieur le Commissaire Général répond négativement et tout en affirmant le principe, estime qu'il peut y être dérogé à l'égard de l'île Saint-Laurent. Je serais disposé à accepter cet avis qui offre l'avantage de conduire plus promptement à une solution pratique. Le seul Intérêt qui se présente ici en concurrence avec celui des pétitionnaires dont le but unique est d'assurer l'inviolabilité de leur propriété, est l'intérêt d'ailleurs minime de quelques individus récoltant le goémon épave. Il sera suffisamment sauvegardé par l'intervention des fonctionnaires auxquels incombera le soin de procéder au bornage.

Si cette conclusion obtient votre approbation, je vous proposerais Monsieur le Ministre d'adhérer au projet arrêté par messieurs les ingénieurs sous réserve que l'opération de bornage sera faite de concert par les administrations de la Marine et des Ponts et Chaussées, contradictoirement avec les propriétaires.

Une expédition du procès-verbal et du plan serait bien entendu remise à la Marine.

                                                          Baron Méquet.

6 décembre 1875 Le baron Méquet, commandant la Marine à Brest  annonce à son  ministre de tutelle que le rapport de délimitation du rivage de la mer le long de la presqu'île St-Laurent en Porspoder lui a été remis avec un plan.

 

 

Les Lannuzel–Léostic n’ont pas d’argent liquide pour poursuivre les procès qui durent de longues années, alors le notaire F….. de Ploudalmézeau leur en prête sur l’hypothèque de terrains et de fermes. A la fin les Lannuzel–Léostic n’avaient quasiment plus rien et le notaire a racheté à bas-prix les biens hypothéqués.

 

Jean Antoine Léostic, originaire de Lanildut, cultivateur,  meurt le 2 janvier 1897 à Pen ar Vur, il a 77 ans. Le décès est déclaré par son fils Yves Marie Léostic 45 ans, qui demeure à Argenton en Landunvez. A cette époque Josèphe Léostic doit être toujours en vie.

 

Le scandale de l’ « Emprunt Russe »  mangera les dernières économies de la famille, mais ceci est une autre histoire.  JPC

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22 janvier 2009 4 22 /01 /janvier /2009 12:25
Je remercie le Centre Généalogique du Finistère d'avoir indiqué sur son forum l'adresse de mon blog  . Voici à l'intention de monsieur Olivier Moal, la généalogie de la branche familiale Clochon de Porspoder.

J'aimerai monsieur Moal avoir votre adresse mail, pour échanger nos connaissances sur la presqu'île Saint-Laurent à Porspoder, dont nous fûmes "propriétaires" par nos ancêtres communs les Le Scanff, maîtres de barques, bourgeois et armateurs aux XVIIe et XVIIIe siècle.

Généalogie : CLOCHON

 

Nom commun à plusieurs régions françaises, il s'écrit Clochon ou Glochon et peut indiquer un rapport avec les cloches: fabricant de cloches, sonneur de cloches ou se rapporter à une infirmité, celui qui cloche du pied, le boiteux.

 

Plusieurs familles Clochon ou Glochon ont existé et existent encore en Bretagne et dans la région parisienne, et peut-être aussi en Angleterre. Dans un album des "Pieds-Nickelés", le détective anglais s'appelle Clochon.

 

Ancien régime, époque de Louis XIV à Louis XVI,  la branche qui nous intéresse ici vit au XVIIIe siècle en Haute Bretagne dans le fief de Gaël à l'ouest de Rennes. Les Glochon sont des ouvriers agricoles employés par des métayers.

 

Le premier couple de notre ascendance se compose de:

 Clément Glochon et de Marie Duval, ils sont nés aux environs de 1700, se sont mariés un peu avant 1730 et ont eu de nombreux enfants dont:

François Glochon né en 1731. François sera ouvrier agricole, habitant chez Pierre Poignant à Gaël dans l'une des métairies des Portes. En 1763, à 32 ans il épouse une jeune fille de 17 ans, Mathurine Daniel qui est née à Rennes, paroisse Saint Etienne et habite à Broons. Le couple a plusieurs enfants dont

Joseph, né le 15 septembre 1771 à Lesnée en Gaël.

 

De la Révolution à l'Empire, en 1789 Joseph Glochon a 18 ans, volontairement ou non le voilà enrôlé comme marin sans doute à Saint-Malo, car Gaël bien que située au milieu des terres dépend de l'évêché de Saint-Malo. Au cours d'une escale ou d'une affectation à la garde-côtes près d'Argenton ou de Porspoder il rencontre Marie Josèphe Kerberennes qu'il épouse. Le couple s'installe à Kermerien, hameau entre Porspoder et Melon.

 

Le 3 ventose an IV (1795), Marie Josèphe accouche d'une fille: Marie Anne Clochon, voilà le nom changé,  la mutation du G en C. Il ne faut pas s'en étonner car aujourd'hui encore si vous allez dans la région de Gaël, la prononciation des C s'entend G. L'officier d'état-civil à Porspoder s'est permis une rectification qu'il jugeait bonne.

Ce jour-là Joseph est absent en mer, c'est un petit homme, 1,48 mètre, aux cheveux châtains, il est matelot aide-timonier et, comme tous les marins de l'époque embarque tantôt sur les navires de l'Etat tantôt sur ceux du commerce. En l'an XI par exemple il  a 32 ans et navigue à bord du Solide, un brick de 61 tonneaux à Philippe Lion et Brunswick armateurs, capitaine Guillaume Kerneau de Porspoder, équipage total 6 hommes. Le navire fait du cabotage mais surtout des voyages Bordeaux Brest avec du vin.

D'autres enfants naissent: Marie Gabrielle (1798), Michel (1799) que l'on retouvera embarqué à 14 ans en 1815 comme mousse à bord de la Sophie, un brick de 95 tonneaux à Chauchard armateur à Brest, capitaine Rivoalan de Pleubian,  le père Joseph Clochon qui a 43 ans est alors matelot sur ce même navire. Entre temps, le 22 pluviose an XII (12 février 1804) est né Jean François Martin.

 

De la fin de l'Empire à aujourd'hui

 

Après 1815, Joseph continue à naviguer, du brick la Sophie il passe comme patron en 1817-19 sur le canot de pêche l'Aigle avec son fils Jean François Martin (12 ans) comme mousse, remplacé peu après par le petit dernier Jean Marie Clochon. Ce dernier doit renoncer à 16 ans à la navigation "étant toujours malade en mer" comme indiqué sur son fascicule de marin. La pêche ne rapportant pas suffisamment, Joseph retourne au commerce. En 1823, il est matelot sur la goélette jeune Lise, puis sur le sloop St Nicolas, puis sur l'Adolphe et enfin en 1830 sur la goélette Petite Pauline. Approchant les soixante ans et touchant sa demi-solde d'ancien marin de l'Etat, il met alors sac à terre à Kermerien, s'occupant de son potager et de quelques volailles. Il y décédera en 1851, un peu avant d'atteindre ses quatre-vingts ans.

 

Jean François Martin Clochon (1804-1845), Nous l'avons vu enfant, mousse à 12 ans sur le canot de son père. A 15 ans il est mousse au commerce sur le chasse-marée Marie-Geneviève, un bateau qui navigue beaucoup entre Bordeaux et la Bretagne. Novice puis matelot sur différents navires, il doit, l'âge venu, faire son service militaire sur les navires de l'Etat. En 1826, il est à bord de la gabarre Le Chameau, puis passe sur le vaisseau Le Conquérant. Trois longues années au service de la France puis il est démobilisé en 1829 et retourne au commerce sur des sloups ou des bricks, (l'Auguste, la Bonne Mère, le Bas-Breton). Le Bas-Breton est un brick de 58 tonneaux construit au Conquet en 1824 qui fait des voyages vers Bordeaux, Douarnenez, Swansea (Pays de Galles), Rouen, Morlaix, Dunkerque... transportant d'un port à l'autre diverses marchandises: vins, tabac, céréales, sel, sardines pressées etc..)

En 1835 Jean François Martin obtient son diplôme de maître au cabotage, le voici désormais capitaine de commerce. Son premier commandement il l'assure à bord du sloup Marsouin, 61 tonneaux, appartenant à Launay de Brest. Sur le Marsouin Jean François Martin a 3 matelots et un mousse. Armé au cabotage, le voilier transporte diverses marchandises de port en port entre Bayonne et Dunkerque.

Après le Marsouin, JFM prend le commandement d'une vieille petite gabare nommé les Quatre-Frères, jaugeant 29 tonneaux, construite à Laber-Ildut avant la Révolution et appartenant à Biacabe, armateur à Brest. Vieux bateau mais certainement bon bateau. Avec lui et ses quatre hommes d'équipage, Clochon sillonne toutes les côtes de France. A noter qu'en 1838, son mousse a 7 ans !.  D'autres commandements suivront pour divers armateurs.

Selon son livret maritime, JFM est un homme d'1,60 m, poil châtain, yeux roux, front ordinaire, nez moyen, bouche moyenne, menton rond, visage ovale.. Il est marié à Marie Yvonne Perrot avec qui il habite à Kermerien, puis à Kerveoden (Porspoder)

 

Le couple a eu plusieurs enfants:

-Hervé: né le 16 avril 1831, marin, mort de maladie ou d'accident le 21 septembre 1877 à bord de l'Ernest, trois-mâts de 100 tonneaux,  capitaine Jean Marie Prat de Porspoder, armateur Chevillotte de Brest. Déclaration de décès faite au consul de France à Swansea (Pays de Galles).

 

-Jean François, né en 1833, maître au cabotage (brevet du 15 mai 1858), il a commandé plusieurs goélettes et bricks, marié à Marie Michelle Victorine Perchoc, a eu plusieurs enfants. Son premier fils Yves se mariera en 1909 avec Marie Yvonne Morvan, son deuxième fils Alexandre-Barthélemy est quartier-maître voilier quand il épouse Alexandrine Capri le 18 novembre 1900, le troisième enfant est une fille Marie Françoise née en 1876 après la mort de son père. Marie Michelle Victorine Perchoc s'est donc retrouvée veuve à 35 ans avec 3  jeunes enfants.

_______________________________________________________________________________

Le naufrage de l'Anaïse-Louise
(contribution de monsieur Olivier Moal)
-Victor, né en 1835, mousse à 11 ans, capitaine de commerce à 28 ans, époux de Marie Françoise Bazil, commerçante, a eu plusieurs enfants à Kerveoc. Angelina (1871-?), Marie-Joséphine (1872-1882), Jeanne-Françoise. (1879-1882)

-Quimper le 14 novembre 1874   (AD 29 série .. M)

J'ai l'honneur de vous informer que dans la nuit du 10 au 11 courant le sloop Anaïs Louise, en se rendant d'Audierne à Portsall, avec un chargement de soude, a sombré dans le raz de Sein. L'équipage, composé de quatre hommes, s'est sauvé dans le canot du bord et a pris terre au fond de la baie des Trépassés... signé 
le commissaire de l'inscription maritime, Leplat du Plessis.


Un ascendant direct de monsieur Olivier Moal, le matelot Hervé Le Moal se trouvait à bord du sloup commandé par Jean François Clochon.

 

-La commission d'enquête chargée de juger de la responsabilité du maître dans l'accident rend ses conclusions en décembre. On lit dans l'Océan ou l'Armoricain (j'ai oublié la réference) :

 

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-Yves, né à Kerveoden le 5 avril 1840, c'est son grand père  Joseph Glochon qui vient déclarer sa naissance à la mairie de Porspoder. Orphelin de père  à cinq ans, (Jean François Martin est mort jeune, à 41 ans en 1845),  on l'embarque comme mousse dès que possible. Il fait une carrière de matelot à la pêche et au commerce. En 1866 il est avec son frère Jean François sur l'Adèle, un petit canot de pêche. En 1874, il est à bord du sloup Anaise-Louise toujours avec son frère (donc aussi naufragé dans le raz de Sein). Je ne connais pas ses autres embarquements, sinon en fin de carrière, où (1898) il fait la pêche seul avec un mousse sur un canot de Porspoder, le Prince. Yves Clochon s'est le 23 août 1868 marié à Marie Louise Thépaut, cultivatrice, habitant Mesbian ou Mesbian Vihen.

 

-Marie-Josèphe (1842-1916), trois fois mariée, trois fois veuve.

 

  

CONTINUATION DE LA LIGNEE 

 

                                YVES CLOCHON      ET     MARIE LOUISE THEPAUT

                                          1835-1907

 

Ils habitaient Melon et  ont eu pour enfants:

-Marie Yvonne Victorine           1869 - 1961

Mariée en 1897 à  Ernest Méral, préposé des douanes

 

-Marie Jeannie                             1871-1906

 

-Yves                                             1874-?

Marié en 1899 à Aimable Orsi d'origine italienne a eu des enfants dont Augusta Clochon

 

-Benoît-Marie                               1877-1949

(Voir plus loin)

 

-Hervé                                           1880-1921

Boulanger, époux de Marie Yvonne Renaut, décédé des suites d'un accident de charrette à cheval. Plusieurs enfants dont Henri, Mimi (boulangère à Porspoder), Annick...   Henri Clochon, fusillier-marin est le père d'Henri Clochon bien connu dans la région avec son entreprise  "Ouest-Manutention" Locmaria-Plouzané, lui-même père de Arnaud Clochon.

 

-Marie Aimée Victoire                1882-1962

Epouse de Gabriel Caroff, gardien du phare du Four, veuve à 32 ans, son mari a été tué à la bataille de Dixmude en 1914, elle a élevé de 1923 à 1927 les enfants de son frère Benoît.

 

-Séraphine Marie Augustine      1885-1906

Décédée à 21 ans.

 

-Louis                                             1891-1966

Cordonnier, marié à Annette Trébaol de Landunvez il a eu une fille Lisette Clochon, épouse Colin. Annette Trébaol est morte en 1921, elle avait 28 ans. Louis s'est remarié à Philomène Renaut dont il a eu deux enfants, Yvonne décédée à 40 ans en 1964 et Albert. Louis Clochon avait abandonné le métier de cordonnier pour celui de marbrier (voir les tombes du cimetière de Porspoder, Louis Clochon travaillait pour Ruz à Brest).

 

 

 

Continuation de mon ascendance directe par Benoît Clochon

Né à Melon le 13 août 1877, à onze heures du soir, son père étant absent en mer, il commence sa carrière de marin comme mousse en Méditerranée sur les yachts de monsieur Paul Chauchard, armateur brestois.

Anecdote, Benoît a 18 ans en 1895, il est matelot à bord de la Sainte-Andrée quand il se jette à l'eau dans le port de Nice pour sauver une femme qui se noyait. Cet acte courageux lui a valu une médaille de bronze et un diplôme.

Revenant à Porspoder entre deux embarquements, il est appréhendé par deux gendarmes à son domicile, car il aurait dû partir au service militaire.

Le service fait, Benoît a navigué au commerce, puis a été un moment employé des Douanes, et enfin il est entré comme vétéran à l'arsenal de Brest d'où il est sorti à l'âge de la  retraite  avec le grade de premier-maître. En retraite il a continué à faire de petits métiers, employé chez un marchand d'ameublement, bagagiste de car etc... A la fin de sa vie, il habitait à Prat-Paul entre Porspoder et Melon.

 

Benoît Clochon s'est marié trois fois

1/Avec Jeanne Louise Aballain

2/Avec Eugénie Raymond

3/Avec Marie Louise Le Guen.

Veuf de Jeanne Louise Aballain, Benoît fait la connaissance d'Eugénie Raymond qui travaille dans un café et qui a déjà une grande fille Léonie. Ils se marient vers 1910 et ont quatre enfants

 

-Georges 1912-?, marié, il a exercé divers métiers dans l'hôtellerie

 

-Marie-Louise (Lisette) 1915-?, mariée à Alexandre le Guennou de Doëlan, mécanicien aéronavale.

 

-Louis 1918-1934 Mort de maladie à 16 ans

 

 

-Yves-François 1920- Plougonvelin 2000.

Il a trois ans quand sa mère s'en va vivre à Paris avec sa fille d'un premier mariage. Elevé par la tante Victoire de 1923 à 1927, il est ensuite mis en pension avec son frère Louis chez les frères "Quatre-Bras" à Saint-Marc et revient aux vacances à Porspoder.

En apprentissage à 13 ans au garage STEF à Brest il y apprend le métier de mécanicien qu'il exercera principalement dans la société des Transports Pondaven à Brest puis aux Docks des Cimenteries Réunies au  port de commerce à Brest.


Après le divorce avec sa seconde épouse, Benoît Clochon a épousé Marie Louise Le Guen veuve Colvez qui avait déjà un enfant Auguste Colvez. La famille vit jusqu'à la fin de la guerre  rue Algésiras à Brest. Benoît Clochon est mort de maladie en 1949.

 

Nous revenons à : Yves François Clochon, marié à Madeleine Valentine Causeur (1920-1978), Yves Clochon (1920-2000) a eu deux enfants:

 

Jean Pierre Clochon né en juillet 1946 auteur de ce petit mémoire généalogique.

Elisabeth Françoise Clochon née en 1950.
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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 14:56

JEAN LOUIS CAUSEUR ET ELISA LANNUZEL,  25 ANS A BENIGUET

 

Jean Louis Causeur, la fête des noces terminée installe sa femme à Béniguet.

Les parents Causeur qui n’attendaient que cela quittent l’île et viennent s’établir au Conquet. Selon la tradition familiale, ils comptaient acheter ou avaient acheté la grande maison de pierre, qui faisait autrefois partie du manoir de la Rochedurant à l’angle de la place Saint-Christophe au Conquet, mais ils ne pouvaient encore y habiter. Donc ils s’étaient installés dans une maisonnette un peu plus haut dans la même rue Dom Michel Le Nobletz, à toucher la chapelle. A la fin de l’année 1864, François Causeur est très malade,  Marie Jeanne Gilet voit la fin prochaine de son mari, elle prépare déjà ses obsèques quand le destin lui joue un tour, c’est elle qui meurt la première le 11 novembre 1864 à une heure du matin, François la suivra dans la tombe le 20 novembre. C’est Jean Louis Causeur qui fait les déclarations de décès de ses parents à l’Etat-Civil du Conquet, il se fait appeler et signe depuis son mariage Louis Causeur. Sur l’acte de décès de Marie Jeanne, le second témoin est François Corre 35 ans, leur gendre, domicilié à Lannilis. Et sur l’acte de François Causeur, le deuxième témoin est Jean Yves Salaun, pêcheur, beau-frère du défunt, domicilié au Conquet.

 

Les enfants de (Jean) Louis Causeur et de Marie Elisée (Elisa) Lannuzel :

 

Les premiers vont naître à Porspoder, car Elisa quand vient le temps d’accoucher quitte Béniguet pour Radenoc où vit toujours sa mère Marie Françoise Quéméneur.

 

Naissent donc dans l’ordre :

 

-Marie-Françoise, née le 9 avril 1864 à Radenoc, c’est Jean Marie Léostic, époux de Josèphe Lannuzel la sœur d’Elisa qui fait la déclaration à l’Etat-Civil. Le bébé porte le prénom de sa grand-mère et l’officier d’Etat-Civil écrit sur son registre « Caoseur » comme on le prononce à Porspoder. Marie Françoise que l’on appellera Marie, puis la tante Marie, est restée célibataire, elle est morte à Brest en 1922 où elle tenait un café sur le port de Commerce.

 

-François Joseph, né le 10 mars 1866, aussi au Radenoc est déclaré par son père. (Père de Elisa Causeur, on en reparlera plus loin, il est décédé en 1923)

 

-Léonie Marie Joséphine, née le 30 janvier 1868, chez sa grand-mère au Radenoc

 

-Philomène, née le 24 avril 1870, il semble alors que Louis Causeur et sa femme habitent temporairement au Radenoc. Philomène épousera à Brest le 7 mars 1910, Philippe Joseph Guerre dont la famille exploite un cirque itinérant.

 

-Pierre-Marie, né le 9 mai 1872, ses parents sont toujours au Radenoc. Pierre sera capitaine de commerce. (Entré à la compagnie Chevillotte-Frères, il y commandera le même vapeur l’Aulne pendant 22 ans). Il est décédé en 1925. En retraite depuis peu, il est mort subitement au port de commerce à Brest dans un bateau qu’il avait acheté pour son plaisir.

 

-Joséphine, née le 3 juillet 1874, elle est déclarée par Jean Marie Léostic qui habite maintenant Pen ar Vur. Louis Causeur est à Béniguet au moment de la naissance. Joséphine Causeur épousera Jean Marie Kerjean, maraîcher à Brest. Elle est décédée en 1958, (mère de Paul et Marcelle Kerjean).

 

( 1875, c’est l’époque des procès pour la coupe des goémons sur les rives de la presqu’île Saint-Laurent à Porspoder, la famille Lannuzel-Léostic-Causeur y perd l’essentiel de ses biens)

 

-Jean Louis, (mon grand-père), il serait né sur le bateau qui amenait sa mère de Béniguet au Conquet et aurait été transporté avec elle dans l’abri du canot de sauvetage (qui se trouvait alors en haut de la point Saint-Christophe) ou bien l’accouchement a eu lieu dans ce même abri du canot de sauvetage, le  26 janvier à une heure du matin, et n’a été déclaré que le même jour à six heures du soir à la mairie du Conquet par son père, accompagné de deux témoins Louis Parquer, garde maritime et Pierre Bleze, gendarme maritime.

 

ADIEU BENIGUET, LES CAUSEUR   S’EN VONT A QUEMENES EN 1877

 

Une dispute éclate alors dans la famille entre les Causeur et les Copy également fermiers à Béniguet. Au plus fort de la querelle, dans son acharnement à tout partager avant de quitter l’île, Louis Causeur aurait même coupé en deux un canot à coups de hache. Louis Causeur et Elisa Lannuzel vont s’installer à Quéménès où le travail est le même qu’à Béniguet, goémon, culture et élevage. Il est probable que les Causeur prennent la suite de la famille Cornen-Le Gouerec au printemps 1877. Hervé Cornen étant décédé en juillet 1876.

 

A Quéménès, Elisa conçoit à 45 ans son 8e et dernier enfant :

 

-Estelle Louise, née au Conquet le 31 mars 1879, célibataire, elle tenait avec sa sœur le café du port de commerce a Brest, où elle est décédée en 1938 

 

Au sujet de la querelle :

A Béniguet vivait depuis 1865 un autre jeune couple de Causeur : Jean Marie Causeur et sa femme Marie Louise Quellec. Des parents proches, puisque Jean Marie né au Cosquies du troisième mariage de Yves Causeur est donc un demi-frère à François Causeur.

Ce sont eux qui ont acheté en 1872 la grande maison sur le quai du Drellac’h, maison qu’ils ont louée en partie aux gardiens du phare des Pierres Noires.

Ces Causeur auront plusieurs enfants dont un  Louis Causeur, « navigateur », disparu en mer sur les côtes du Brésil, il était le parrain d’Estelle Causeur, et une fille Marie Jeannie, née en 1870, qui épousera un François Marie Corre, goémonier de Lannilis, connu pendant la saison de goémon à Béniguet. Nous les verrons  plus loin mourir du choléra à Quéménès.

Marie Louise Quellec se retrouve tôt veuve de Jean Marie Causeur, elle épouse en secondes noces Ambroise Copy, le couple reste à Béniguet.

La querelle mentionnée à Béniguet éclate donc entre Jean Louis Causeur époux de Elisa Lannuzel  et  Ambroise Copy époux de Marie Louise Quellec, veuve  de Jean Marie Causeur. Jean Louis Causeur et sa famille vont « émigrer » à Quéménès.

Veuve de Ambroise Copy, Marie Louise Quellec ira vivre à Trielen chez sa fille et son gendre puis reviendra  après le drame du choléra tenir  une des cinq fermes de Béniguet. En 1906, à 63 ans elle y gouverne encore, seule, dix domestiques.

 

 

 

FINI LE TEMPS DES  ILES,  l’INSTALLATION A BREST

 

Il est probable que 1886 ou 1887 est l’année où les Causeur quittent Quéménès pour Brest. En 1886, Louis Causeur a fait l’acquisition d’une petite gabare :  L’Espérance. Comme il n’a pas le diplôme requis pour la commander, il embauche des patrons molénais et embarque lui-même comme armateur-matelot. Le bateau fait des voyages, transportant toutes sortes de marchandises entre Audierne limite sud, Douarnenez, Brest, Le Conquet, Ouessant, Molène… et L’Abervrac’h limite nord.

En 1890,  son fils François Joseph, que l’on appelle Joseph ou Job Caoseur, devient le patron de la gabare. A cette époque Louis Causeur et sa femme habitent quai de la Douane à Brest. C’est là que décède l’année suivante (1891), Elisa Lannuzel à 57 ans.

Louis Causeur âgé alors de 54 ans continue à faire le matelot pendant plusieurs années avec son fils Joseph. L’Espérance est alors vendue à Hervé Kérébel de Lampaul-Plouarzel  pour être remplacée par un sloup plus gros : L’Eclipse. Louis Causeur est du voyage pour ramener le bateau qu’ils viennent d’acheter à Lannion en janvier 1899, et qu’ils ont chargé de 40 tonnes de blé pour Brest. A bord les deux Causeur, plus un matelot Jean Labous de Lanvéoc et un passager particulier : Louis Marie Langlois qui est en titre le capitaine pour la traversée car il possède le diplôme pour commander hors du quartier maritime de Brest, ce que n’a pas Joseph Causeur. Au mois de mai de la même année l’Eclipse va amener du charbon au Guilvinec et en revient avec 30 tonnes de sardines.

Louis Causeur « prend alors sa retraite » à 62 ans. Il vivra quai de la Douane jusqu’à ses 79 ans puisqu’il est mort en 1916.

Il sort cependant de sa retraite à 64 ans pour commander une gabare la Marie Yvonne de 17,32 tonneaux qui appartient à monsieur Troussey. En janvier 1901 il fait avec ce bateau quelques allers-retours Brest-Le Conquet-Molène-Béniguet.

 Quant à L’Eclipse  elle sera vendue par Joseph Causeur aux Copy  de Béniguet en juillet 1904. Lui-même poursuivant avec d’autres gabares (voir plus loin).

 

 

LE CHOLERA AUX ILES 1893

 

L’épidémie de « Choléra morbus » a sévi à Molène pendant l’été 1893, provoquant le 15 août la mort de 7 personnes puis de 37 autres dans les dix jours suivants. Le bois manquait pour la confection des cercueils, le recteur a démonté le toit du préau de l’école pour avoir des planches nécessaires à cet usage.

En même temps le mal s’attaquait à l’île Trielen, deux morts le 15 août, cinq morts le 17 août dont les patrons de la ferme : François Corre et sa femme Marie Jeannie Causeur, ainsi qu’un  jeune cousin Copy, qui faisait des études de séminariste à Pont-Croix et passait des vacances à Trielen. Trois morts le 18 août, un mort le 19 août, et trois morts le 20 août dont un autre cousin Copy, jeune homme de 14 ans, aussi en vacances. Donc 13 morts au total.

Le choléra avait tué François Corre et sa femme Marie Jeannie Causeur mais avait épargné leur fillette Estelle Corre et la grand-mère Louise Quellec (veuve d’un Jean Marie Causeur)

Curieusement le mal qui avait fait au Conquet une quinzaine de victimes ne touchait pas les autres îles, mais revenait en octobre et seulement à Béniguet provoquant en trois jours la mort de quatre domestiques.

 

 

 

LES BATEAUX DES CAUSEUR DE 1837 A 1923

 

 

-Marie-Anne 1,94 tonneau, sloup non ponté, construit au Conquet en 1837, à Causeur François domicilié à Balanec, bateau démoli en 1854 à Ouessant.

-Angélique, sloup construit en 1849 à Laberildut, acheté le  6 juin 1855 par François Causeur, passé à la plaisance en 1858

-Léonie, 2,68 tonneaux, construit et francisé au Conquet le 17 juin 1851, pour François Causeur, passé à la plaisance en 1860

-Marie Anne un sloup d’1,84 tonneau, construit à Landéda en 1837, propriétaire en 1851/52 François Causeur.

-Belle France, sloup de 6,55 mètres de long, 2,52 mètre de large au bau maximum, jaugeant 4,30 tonneaux. Avec vaigrage mais sans faux tillac et serrage.Construit par Jean Marie Ven de Prat Paul en Porspoder et livré le 28 juillet 1862 à François Causeur demeurant à Beniguet, propriétaire unique.

François Causeur a fait naviguer le bateau à la pêche, patron Rocher de Molène de 1862 à 1866, puis l’a utilisé à titre personnel pour ses déplacements sur le continent, c’est à dire de Beniguet au Conquet ou à Porspoder. Le bateau était alors armé à la plaisance.

On lit sur l’acte de propriété : « l’Administration Maritime soussignée certifie que le bateau Belle France a été enlevé par deux domestiques de Béniguet le premier juin 1874 et supposé perdu corps et biens ». Aucune trace du sloup n’ayant été retrouvée, il a été définitivement rayé de la matricule le 13 juin 1876.

-Marie, sloup de 6,80 mètres pour 4,47 tonneaux de jauge, bateau creux sans faux-tillac ni vaigrage ni serrage, construit à Porspoder pour Jean Louis Causeur par Jean Marie Ven, livré le 7 juin 1865. Le bateau a été démoli à Portsall en 1881.

-Saint-François, sloup non ponté, 3,56 tonneaux  construit au Conquet en 1859 pour Guiziou François, et acheté par Jean Louis Causeur, fermier de Béniguet, le 6 janvier  1867. Causeur revendra plus tard le bateau à Jean René Cuillandre de Molène. Le Saint-François sera démoli à Molène en 1876

-Joseph, sloup 2,34 tonneaux, acquis par Jean Louis Causeur en 1867, et armé au bornage (transports) avec Guiziou comme patron.

-Espérance, B 658, sloup ponté de 15,50 tonneaux, construit à Paimpol en 1884, (petite gabare) acheté par Jean Louis Causeur en 1886 à Jules Troussey de Brest pour faire tous les transports entre L’Abervrac’h et le raz de Sein. Vendue en 1899 à Hervé Kérébel de Lampaul-Plouarzel. Lors du naufrage du grand steamer allemand Triefels sur les Pierres Noires, l’Espérance, patron Causeur, fera des voyages entre l’épave et Brest avec des marchandises sauvées de la cargaison, en particulier des balles de coton. D’autres navires participeront également au déchargement du Triefels, dont le vapeur Brestois de chez Chevillotte.

-Eclipse, LC 1469, gabare pontée de 21,37 tonneaux, construite à Paimpol en 1891. Les Causeur qui ont acheté le bateau vont le chercher à Lannion le 26 janvier 1899 pour le ramener à Brest. Le propriétaire sur le rôle est Joseph Causeur. Le bateau sera vendu aux Copy lorsque Joseph mettra en chantier l’Espérance. L’Eclipse continuera plus tard sa carrière en rade de Brest et finira par être démolie en 1929 sur une grève de l’Hôpital-Camfrout.

-Espérance, LC 2038, deuxième du nom. Gabare de 27,72 tonneaux, construite à Camaret pour Joseph Causeur en 1904, marraine Elisa Causeur (2 ans). Avec ce bateau Joseph Causeur assure tous les transports de port en port, entre Audierne et L’Abervrac’h. Parfois le bateau va à Jersey ou Quiberon chercher de la soude brute pour les usines du Finistère, mais Joseph Causeur qui n’a pas de diplôme de maître au cabotage doit alors embarquer un « capitaine porteur » pour le voyage, ce qui coûte cher. L’Espérance est vendue à Colleau de Lampaul-Plouarzel en 1917. Le nouveau propriétaire ajoutera un tape-cul au sloup et fera de nombreuses années le bornage avec ce très joli bateau.

 -Petit Jean, LC3259, 24,64 tonneaux, bateau déjà ancien, construit en 1908 à Paimpol, mais possédant un gui à rouleau c’est-à-dire un système permettant de prendre facilement des ris par mauvais temps en enroulant la voile. D’où moins d’efforts et de fatigue pour l’équipage quand il faut réduire la toile dans la tempête, car Joseph Causeur n’est plus en très bonne santé. En fait Job Causeur n’a acheté que la moitié du sloup, l’autre part est à Combarelle, l’entrepreneur de travaux maritimes à Brest qui a des contrats pour enlever du sable à Laberildut. En 1919 Causeur vend sa part à Allançon de Lampaul-Plouarzel.

-Mathieu, sans doute pour garder un rôle et compléter ses années de navigation pour la retraite des marins, Joseph Causeur achète ce petit canot, mais la maladie ne lui permet pas d’y embarquer souvent. Joseph Causeur meurt en 1923. (En fait en 1920 on lit sur le rôle du Mathieu que le bateau appartient à Joseph Floc’h, capitaine au long-cours, (né à Molène en 1882 - c’est le père de Marie Ange Morvan -  y sont embarqués à la petite pêche Joseph Causeur et son fils Léon Causeur.

 

 

Revenons à la succession directe par Jean Louis Causeur :

 

Jean (Louis) Causeur, septième enfant de (Jean) Louis Causeur et d’Elisa Lannuzel est donc né au Conquet le 26 janvier 1877. Son enfance se passe à Béniguet (pas longtemps) et à Quéménès. Il a environ dix ans quand ses parents viennent habiter Brest. Il sera capitaine au cabotage, en grande partie dans la compagnie Chevillotte à Brest. Marié en 1908 à Emilie Claquin, ils auront cinq enfants. L’une des filles Madeleine Valentine  Causeur  (ma mère) épousera Yves Clochon de Porspoder, issu d’une famille localisée depuis les années 1600 dans la région de Gaël (Ille et Vilaine) et dont un garçon mobilisé dans la garde-côte à l’époque de la Révolution a fait souche à Porspoder en 1791.

 

Je dois à ma tante Elisa (Zaza) Causeur, que beaucoup ont connue comme institutrice au Conquet, de m’avoir piloté dans les archives de notre commune quand j’y suis arrivé, pour des raisons professionnelles en 1968, et de m’avoir encouragé dans les recherches historiques que j’ai menées par la suite. JPC.
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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 14:53

Parfois un événement survient qui trompe la monotonie des jours, ici l’imprévu vient de la mer, et c’est bien souvent sous la forme d’un drame.

 

Le naufrage du « Général Decaen »

 

1857 Lundi 16 mars on lit dans le journal « L’Océan »,  Le brick français Général Decaen  a fait naufrage aux  Pierres Noires :

-La corvette Le Souffleur a appareillé allant à la recherche de l’équipage d’un navire qui depuis quatre jours avait fait naufrage sur les Pierres Noires. Ces malheureux ont réussi à gagner un plateau de roches plus élevé sur lequel ils ont passé quatre jours. Au nombre de huit lors du naufrage, le mousse a succombé. La corvette patrouille en tirant du canon, puis vient au Conquet. L’équipage du navire s’y trouve, sauvé par une embarcation du pays, qui a surmonté de grandes difficultés. Les hommes sont dans un hôtel du Conquet où ils reçoivent des soins.

Puis dans le même journal quelques jours  plus tard  on a connaissance des détails : « On nous écrit du Conquet le 18 mars. Le terrible coup de vent qui a eu lieu du 14 au 15 courant s’est fait sentir sur nos côtes d’une manière bien déplorable le dimanche 15. Sur les grèves et en particulier aux Blancs-Sablons on a trouvé toutes sortes d’épaves mais aussi des oranges, du liège etc..

Lundi 16, le capitaine Calvé dont le navire est en charge au Conquet, faisant une tournée sur la côte, à l’aide de sa longue-vue a aperçu 7 hommes sur les sommités de la roche nommée La Chaise qui fait partie du groupe dangereux des Pierres Noires.

Le capitaine Calvé en informa l’administration de l’Inscription Maritime et fit tout de suite traîner à l’eau l’embarcation de son lougre qu’il envoya avec ses matelots au secours des naufragés. A l’exemple du généreux capitaine, toutes les embarcations disponibles prenaient la mer, l’administrateur de la Marine et le syndic étaient de l’expédition. Aucun résultat ne fut obtenu ce jour ni la nuit suivante.

Le mardi vers 8 heures ils ont réussi à les sauver et à les ramener au Conquet vers 9 heures 30.

Toute la population était émue à l’aspect navrant qu’offraient les pauvres marins meurtris sur la roche où de mer haute il leur fallait s’amarrer pour ne point être enlevés par les lames. Conduits à l’hôtel de Bretagne chez monsieur Joubert, ils ont été l’objet de soins empressés. Monsieur Gloaguen le recteur les visita, chacun allait les voir et s’enquérir de ce qui pouvait être utile, en particulier des vêtements. Ils voulaient ces malheureux en débarquant aller à l’église rendre grâce à Dieu mais les forces leur ont manqué. On ne saurait trop louer le zèle, le dévouement, l’abnégation et la charité des marins et des habitants du Conquet en cette circonstance du naufrage du brick français de 78 tonneaux Général Decaen, capitaine Dazon-Delamare. Le navire était parti de Madère le 3 février avec un chargement de vins, liège, orseille, pour Le Havre  et avait fait naufrage dans la nuit du 13 au 14 mars sur la Chaise. Le navire a été entièrement brisé par la mer qui était monstrueuse. Les hommes se sont sauvés par le beaupré en escaladant à l’aide d’un filin la roche la plus élevée du plateau. Le mousse s’est noyé. Les 7 hommes sont restés sans nourriture et mouillés par les vagues du 14 au 17 mars, jour où à 10 heures du matin ils ont été recueillis par 3 bateaux de pêche et ramenés Conquet.

Témoignages de satisfaction à :

Le Guerrannic, maire, Le Guerrannic Prosper et Ernest, proprétaires , Liquide Pierre commissaire de la Marine, administrateur du quartier du Conquet. Le Borgne Michel, matelot, Penfrat Louis, syndic des gens de mer, Kéruzoré Martial, maître de port, Guiziou Pierre, patron de bateau, Mingant Yves, fermier de Trielen, Causeur François et Causeur Jean Louis, cultivateurs à Béniguet qui avaient essayé plusieurs fois et en vain d’accoster la roche des naufragés, Menguy Louis, maître au cabotage, Cuillandre Jean, matelot, Luneau Joachim ancien marin.

 

Le 29 mars 1859, Jean Louis Causeur de Béniguet a obtenu une médaille d’honneur de 2e classe, en argent, pour s’être jeté à la mer et avoir sauvé les marins d’une embarcation en péril le 11 novembre 1858.

 

Vers 1860, François Causeur vient de dépasser les cinquante ans, son épouse Marie Jeanne a eu huit enfants dont la plupart sont morts en bas-âge. Travaillant sans relâche depuis leur enfance ce sont des gens fatigués. Mais ils jouissent d’une certaine aisance, (François Causeur figure parmi les 10 personnes les plus imposées du Conquet), le couple souhaite se retirer sur le continent laissant la ferme à leur fils Jean Louis. Seulement Jean Louis qui a 23 ans, n’est pas encore  marié. Heureusement l’occasion va bientôt se présenter.

 

SOUS LE SECOND EMPIRE, LES « CAUSEUR » CROISENT LA GENEALOGIE DES « LE SCANFF »  D’ARGENTON-PORSPODER PAR LES « LANNUZEL-QUEMENEUR  DE PLOURIN.

 

Depuis quelques années les Causeur ont des bateaux pour faire le goémon l’été et la pêche l’hiver. Début 1862 François décide de mettre en chantier un bateau neuf.  Un charpentier de marine a alors une grande réputation, il s’agit de Jean Marie Ven, de Prat Paul en Porspoder. Les Causeur vont le voir et font affaire, le bateau sera un sloup de 6,55 mètres. Un bateau se paye en général en trois fois : le premier tiers à la pose de la quille, le second tiers la coque terminée, le troisième tiers à la mise à l’eau, gréément et voiles en place. La surveillance de la construction et le règlement des échéances conduisent souvent Jean Louis Causeur à Porspoder. Il y fait la connaissance d’une couturière de trois ans son aînée, Marie Elisée Lannuzel que tout le monde appelle Elisa et qui habite au Radenoc, non loin du port d’Argenton.

Le 28 juillet 1862, François et Jean Louis Causeur viennent prendre livraison de leur sloup qu’ils ont nommé Belle France. La relation entre Jean Louis et Elisa va-t-elle s’arrêter là ? Non car le 2 février 1863 toute la famille Causeur arrive endimanchée à Porspoder, les cloches de l’église Saint-Budoc sonnent à toutes volées, Jean Louis « Caoseur », cultivateur 25 ans, né à Molène le 18 décembre 1837, demeurant à Béniguet, fils majeur de François Causeur et de Marie Jeanne Gilet épouse Marie Elisée Lannuzel, couturière, 28 ans, née à Plourin le 1er avril 1834, demeurant au Radenoc, fille de défunt Jean Marie Lannuzel (décédé à Porspoder le 8 septembre 1860) et de Marie Françoise Quéméneur, propriétaire, demeurant au Radenoc.

Parmi les témoins au mariage on note Jean Marie Ven charpentier de Prat Paul et son fils Yves, qui ont construit le bateau des Causeur et Jean Marie Léaustic cultivateur, 40 ans, beau-frère de la mariée. (On écrit aussi bien Léaustic que Léostic, c’est la forme francisé du breton An Eostig qui signifie le rossignol)
(à suivre)

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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 14:47

Pourquoi vous intéressez vous tant à l’histoire du Conquet et des environs? Vous n’êtes pas d’ici ! La question m’ayant été souvent posée, voici un aperçu de ma généalogie maternelle, (Causeur), qui allié à un goût personnel pour l’histoire en général, peut servir de réponse. JPC.

 

LA FAMILLE « CAUSEUR »

 

Le nom s’écrit en breton « Caozer » « Caoser ou « Kaozer » et signifie comme en français « le parleur ». La branche dont je suis issu, vit au début du XVIIe siècle, sous Louis XIII, dans la paroisse de Ploumoguer en Bas-Léon. Les Causeur sont laboureurs, c’est-à-dire qu’ils possèdent ou louent des fermes et  des terres qu’ils cultivent avec leur propre matériel, et élèvent leur propre bétail. Ils sont assez aisés.

 

LES ORIGINES A PLOUMOGUER SOUS LOUIS XIII

 

Dans les années 1640, Robert (Roparz) Causeur et sa femme Anne Page sont fermiers du lieu noble de Mesgouez en Ploumoguer (en bordure de la route Le Conquet – Saint Renan). Lieu noble signifie qu’en plus de la location du bail, les Causeur doivent payer à la seigneurie dont dépend Mesgouez un impôt en nature ou en argent.

 

Ces Causeur là ont de nombreux enfants dont Pierre Causeur qui naît le 30 décembre 1650. (A la même époque, dans un hameau de la même paroisse de Ploumoguer, chez Sébastien Causeur et Magdeleine Lhuel naît un fils : Jean Causeur qui deviendra le centenaire que l’on connaît, j’en reparlerai)

 

Non loin de Mesgouez, le manoir de Keranguen est tenu en ferme par Pierre Keranuran et sa femme Marie Caouron. Eux-aussi ont de nombreux enfants dont Marie Keranuran, née en 1651.

 






Keranguen, état vers 1970, photo JPC










Le manoir de Keranguen appartient en 1534 à Robert de Kermorvan, archer en brigantine et page, puis en 1636 à Gabriel du Drenec, capitaine de la ville du Conquet. Il montre encore un beau corps d'hôtel du XVIe en pierres de taille, avec porte en anse de panier à arcature saillante et fenêtre coupées de meneaux en croix. Il était en 1674 au seigneur de le Lannoster-Gouriou et a conservé un colombier ainsi qu'une chapelle convertie en grange.  (Brest et sa région - Louis Le Guennec 1935)



La chapelle de Keranguen, état vers 1970, photo JPC















DE PLOUMOGUER A PLOUGONVELIN

 

Adulte, Pierre Causeur va épouser  Marie Keranuran.

Le couple s’installe à Keranguen chez les parents de Pierre ; sans doute le travail ne manque-t-il pas à la ferme. Plusieurs enfants vont naître de cette union. Le premier est un garçon, né le 30 juin 1675, comme son père il est prénommé Pierre. Quelques années plus tard, le bail de Keranguen se terminant, ou bien la maison était devenue trop petite pour une famille qui s’agrandit, je ne sais, mais les Causeur  qui ont maintenant 4 enfants,  déménagent vers une ferme voisine, Kerdonniou. C’est là qu’en 1688, Marie Keranuran met au monde son cinquième enfant, prénommé Jean. Le bambin n’aura qu’une courte existence car il est mort à quatre ans, mais déjà orphelin de sa mère, Marie, décédée quelques mois avant lui.

Voilà notre Pierre Causeur, veuf avec quatre enfants, dont l’aîné  arrive sur ses 16 ans.  Pierre Causeur ne reste pas seul longtemps, le 4 juillet 1693, âgé de 45 ans, il convole en seconde noce avec une voisine, Guillamette Le Gall, de la ferme toute proche de Kerzeanton, dont il aura quatre enfants.

Il est temps pour Pierre Causeur de régler la succession des biens lui venant de sa première femme Marie Keranuran. Le partage doit se faire avec sa belle-mère Marie Caouron et avec son beau-frère Jean Keranuran qui est prêtre. Mais rien ne presse et ce n’est seulement que 8 ans après le décès de Marie que Pierre Causeur se décide à convoquer le notaire. Entre temps Marie Caouron et Jean Keranuran sont morts. Pierre reste donc seul héritier de sa défunte femme, avec ses enfants du premier lit.

Le 26 avril 1700, tout l’avoir de Pierre Causeur est inventorié, le document notarié compte plusieurs pages (il se trouve aux Archives Départementales du Finistère dans la liasse Procès, Successions, Tutelles de la juridiction abbatiale de Saint-Mathieu).

Pierre Causeur est aisé, maison à deux étages, étable bien garnie : six vaches, trois génisses, deux taurillons, un veau non sevré, deux bœufs et  dans l’écurie un cheval, deux juments, deux poulains, une pouliche, plus une jument dont il vient d’hériter de sa mère Jeanne Page, et dans un pen-ty près de la maison est logée une truie. En terres, les notaires dénombrent de nombreuses parcelles, où l’on cultive l’orge, le froment, le seigle et l’avoine. En bref une estimation non compris la valeur de la maison et celle des terres, évaluée à 1 741 Livres, ce qui pour l’époque représente une jolie somme.

 

 

DE PLOUGONVELIN A PLOUZANE ET A PLOUMOGUER

 

Pendant ce temps Pierre Causeur le fils, est devenu adulte. A sa majorité il épouse une demoiselle de la paroisse voisine de Plougonvelin, Marie Le Foll. Le jeune couple de cultivateurs trouve à louer une ferme, l’ancien manoir de Kerscao dans la paroisse de Plouzané. Leur premier enfant y naît en 1703 et s’appelle Jeanne Causeur. Un bail se libérant à Kerivin Vao, ferme voisine de celle de Pierre Causeur (le père) toujours à Kerdonniou, Pierre Causeur (le fils) et Marie Le Foll s’y installent. Leur famille grandit vite. L’un des garçons né à Kerivin Vao le 12 août 1710, se prénomme François, on va le suivre car notre lignée continue par lui.

François Causeur travaille avec ses parents à la ferme et reste longtemps célibataire. Son père Pierre Causeur meurt à 60 ans le 13 janvier 1735, sa mère Marie Le Foll décède le 29 octobre 1746 âgée de 65 ans. François  Causeur atteint ses quarante ans en 1750 quand il se décide à épouser Birgit Le Drévès, de la ferme-manoir de Lanhevel en Plouzané, fille d’Yves Le Drévès et de Jeanne Mazé, née le 28 décembre 1726, elle n’a que 24 ans.

 

François Causeur  et sa femme continuent à exploiter les terres de Kerivin Vao, ils ont plusieurs enfants, dont l’un Yves Causeur, né le 3 avril 1754,   travaille à la ferme avec ses parents et ses frères et sœurs jusqu’au moment où adulte à son tour il épouse Catherine Meneur de la paroisse de Ploumoguer.

 

 

 

DE FERME EN FERME, LES CAUSEUR ARRIVENT SUR LA RIVE DU PORT DU CONQUET, MAIS TOUJOURS DANS LA PAROISSE DE PLOUMOGUER.

 

Yves Causeur et Catherine Meneur s’installent d’abord dans une ferme à Lanfeust (Ploumoguer), puis prennent en bail la ferme du Cosquies, ancien manoir donnant sur la rive nord du port du Conquet, tout en étant dans la paroisse de Ploumoguer. Voilà donc les premiers « Causeur » qui voient la mer de leur maison ! Eux-aussi ont de nombreux enfants, dont l’un né le 23 septembre 1778 est prénommé Yves comme son père. Le gamin qui a 11 ans en 1789, aube de la Révolution Française, va vivre son adolescence dans une ambiance bruyante, agitée et colorée. Les troupes gardes-côtes ont pris position au Conquet, leur magasin général d’artillerie est à cent mètres de la ferme des Causeur. Le chantier naval du Croaé juste en face sur la rive sud du Conquet, accueille pour les réparer  les navires de commerce et les corsaires malmenés par les escadres anglaises qui tout près, devant Saint-Mathieu, font le blocus de Brest. Le garçon en prend plein les yeux.  Catherine Meneur sa mère, meurt le 6 prairial an XII et son père Yves Causeur le 29 avril 1807. Mais notre Yves Causeur (fils) est déjà marié depuis longtemps.

 

 

Yves Causeur, trois femmes quatorze enfants :

 

Yves Causeur (fils) s’est marié en 1796 (le 21 fructidor an IV) avec Marie  Jacquette Trébaol de la ferme de Mesquernic en Ploumoguer, ils ont tout deux 18 ans et s’installent d’abord à la Maison Blanche non loin du Cosquies et donnant aussi sur le port du Conquet, puis vont vivre dans le manoir-ferme du Cosquies. Tous les deux ans environ Marie Jacquette accouche d’un enfant qui meurt à la naissance ou ne survit pas bien longtemps. Après le 5e mort-né en 1806, Marie Jacquette sans doute épuisée, meurt le 2 avril 1808, elle avait tout juste 30 ans.

 

-Après un court veuvage Yves se remarie le 25 juillet 1808 avec Marie Charlotte Le Vaillant (25 ans, née à Ploumoguer en 1783, fille de Jean Le Vaillant et Marie Françoise Pellé) dont il aura quatre enfants.

 

-A nouveau veuf à 40 ans avec une petite dernière Marie Françoise Causeur qui n’a pas deux ans, il épouse en troisième noce le 11 janvier 1819, Marie Anne Le Gall  (31 ans) de la trêve de Lamber en Ploumoguer dont il aura cette fois cinq enfants.

 

Reprenons la succession par Yves Causeur et sa seconde femme Marie Charlotte Le Vaillant :

Les aînés sont deux garçons, François Nicolas Marie né en 1809 et Yves comme son père et son grand-père, né en 1813, suivront deux filles  Marie Jeanne en 1815 (elle épousera Joseph  Copy de la ferme de Kermorvan)  et Marie Françoise en 1817

 

Je descends de François Nicolas Marie, mais avant de parler de lui, quelques mots de son frère cadet : Yves Causeur, né le 24 mai 1813 sera le premier marin de la famille. A 18 ans il est novice à bord de l’Elisa, capitaine Darlan. Pendant les quatre années suivantes, il trouve ses embarquements à Bordeaux. En 1832, il est novice sur le lougre Le Menteur, en 1833 novice sur le paquebot Le Bordelais allant à La Havane, puis novice sur La Désirée,  puis sur la Bonne Louise allant à la Martinique. En 1835 il fait un voyage aux Indes. Puis le 11 mai 1835 il est levé par le bureau des Classes pour son service militaire. Embarqué sur la gabarre La Loire pour les Antilles il y arrive le 14 juillet et passe sur la goélette Jacinthe, mais il tombe malade et meurt à 23 ans à l’hôpital de Basse-Terre le 25 juin 1836.

 

LE CULTIVATEUR DEVIENT GOEMONIER DANS LES ILES DE L’ARCHIPEL DE MOLENE 

 

Je reviens à mon ancêtre François Nicolas Marie Causeur, fils de Yves Causeur et de Marie Charlotte Le Vaillant, né au Cosquies en 1809 le 2 juin, et déclaré à l’Etat-Civil par son père Yves et par son oncle Jean Marie Mevel, gardien de batterie. Son enfance et son adolescence, il les passe à la ferme où comme tous les jeunes, il aide ses parents aux travaux des champs.

Il a vingt ans quand le chimiste François Tissier  s’installe au Conquet. Tissier vient de mettre au point un procédé industriel d’extraction de l’iode à partir des cendres de végétaux marins. Pour arriver à produire de l’iode il faut : des marins avec leurs bateaux pour récolter des algues en mer, des charretiers avec leurs attelages pour en faire le transport à terre jusqu’aux lieux de séchage, des ouvriers pour brûler les goémons secs et confectionner les « pains de soude », des chimistes et des ouvriers d’usine pour réaliser les opérations permettant d’extraire  le précieux iode de la soude brute.

Tissier a foi dans les débouchés commerciaux de l’iode, il n’a aucun mal à convaincre les propriétaires de l’usine de Poulconq, la famille Guilhem, qui produisait déjà des sels de soude à l’usage particulièrement des verreries de Rouen de l’embaucher et de se lancer dans une aventure industrielle hautement rentable. Les Guilhem sont alors propriétaires des îles de Quéménès, Trielen et Bannec dans l’archipel de Molène. Pour couper et travailler les algues nous l’avons dit, il faut une abondante main d’œuvre saisonnière, c’est ainsi que François Nicolas Causeur délaisse l’été la ferme paternelle pour s’embaucher comme « journalier pour la soude » à Quéménès.

L’année 1833, la saison de goémon finie,  François (Nicolas) Causeur décide de se marier. Il Il a 23 ans. Le 22 octobre à 9h du matin,  il épouse Marie Jeanne Gilet, jeune boulangère de vingt ans, née à Mesprat en Plouzané, demeurant à Lanrivinec dans cette même paroisse, mais dont la famille paternelle est originaire de la pointe Saint-Mathieu.

 

LE FERMIER-GOEMONIER DE BALANEC

 

François a appris son métier d’agriculteur avec ses parents à la ferme du Cosquies, il a appris le métier de goémonier à Quéménès, la vie aux îles a dû le séduire, aussitôt marié le couple Causeur-Gilet prend en bail la ferme de l’île Balanec en bordure du Fromveur. 1834. Survient la naissance d’un premier enfant, Marie Anne, le bébé est déclaré à l’état-civil de Molène (Marie Anne épousera au Conquet en 1855 Tanguy Marie Créac’h préposé des Douanes).

 

L’INSTALLATION A BENIGUET

 

Le 18 décembre 1837, naît le premier garçon : Jean Louis Causeur, lui aussi est inscrit sur les registres de Molène, il n’a pas quatre ans quand la famille Causeur laisse Balanec pour Béniguet. Mazé-Launay, industriel concurrent de Tissier, vient de proposer à François Causeur le bail de Béniguet au départ du fermier Corolleur prévu a la Saint-Michel 1841. L’affaire est intéressante, l’île est plus grande, plus douce, les terres cultivables plus étendues, les relations avec le continent plus faciles, Le Conquet est juste en face. François Causeur a donc 32 ans quand  le 29 septembre  1841 il débarque sur Béniguet avec bagages et famille.

Sur l’île, à la saison c’est le goémon qui occupe l’essentiel des activités, mais le reste de l’année les Causeur sont cultivateurs (blé, choux-panais, légumes divers, la terre sablonneuse a de bons rendements), éleveurs (bovins, moutons et chevaux, porcs et volailles) et approvisionneurs de galets qui sont chargés depuis les grèves de l’île sur les gabares qui les transportent à Brest pour la construction.

 

La famille Causeur s’agrandit régulièrement :

 

-Marie Gabrielle née à Béniguet le 4 avril 1843

 

-Margueritte Marie née au Conquet le 29 juin 1844

 

-Prosper Marie né au Conquet le 9 juin 1846, au domicile de Françoise Causeur sa tante, mariée avec François Allonch cordonnier. Un oncle Jean Marie Causeur, aubergiste à Brest, est au Conquet le jour de cette naissance et signe comme parent le registre d’état-civil. Hélas Prosper Marie ne vit pas bien longtemps.

 

-Prosper Marie, né au Conquet le 15 juin 1849 porte le même prénom que son frère décédé. Marie Jeanne Gilet a accouché au domicile de Isidore Porsmoguer, maître cordonnier et vieil ami de la famille puisqu’il était déjà témoin au mariage Causeur – Gilet à Plouzané en 1833.

 

-Noël Marie, né au Conquet le 9 mars 1851, au domicile de ses parents sur le quai du Drellac’h. L’enfant est déclaré à la mairie par son parrain Noël Marie Masson pilote et par Jean Roué expert maritime, ami de la famille.

 

-Anonyme, né et mort au Conquet le 13 décembre1854.

 

La vie à Béniguet s’écoule au rythme des saisons, l’hiver l’île est presque vide, les travaux agricole sont ralentis, seules les bêtes nécessitent des soins journaliers. Les fermiers en profitent pour remettre le matériel en état : charrettes, outils agricoles, on répare les murs de pierres des granges et des champs, on restaure les fours à goémons… on pratique un peu la pêche,  au printemps et à l’automne, labours et récoltes mobilisent tous les actifs, l’été avec l’arrivée des travailleurs saisonniers pour la coupe et le brûlage des goémons emplit l’île d’une foule bruyante et besogneuse. Les goémoniers construisent ou restaurent dans les replis abrités du vallon, non loin de la fontaine, leurs cabanons : murs de pierres et toits de fagots couverts de mottes de terre, où ils vont vivre jusqu’à l’automne.

(à suivre) 

 

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