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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 16:32

 

 

En ce mois de juin 2010, on commémore l’invasion de la France par les Allemands, il y a 70 ans, et l’appel historique du général Charles de Gaulle.

 

A cette occasion voici un extrait de la brochure « Le Conquet dans la guerre 1939-1945 » publiée le 10 septembre 1994, pour le 50e anniversaire de la libération du Conquet.

 

Rédacteur Jean Pierre Clochon, avec la collaboration de messieurs Christian Couture, Jacques Bazire, Armand Cudennec, Joël Provost et Georges Cureau.

 

 

Suite de l'article précédent.

 

Dans le même ouvrage mais en fin de document :

 

Un Conquétois dans les Forces Françaises Aériennes Libres (FAFL)

 

Jean Auguste Le Bris  

Fils de Yves Le Bris, marin-pêcheur et de Françoise Falhun, demeurant venelle du Drellac’h, Jean Auguste Le Bris est né au Conquet en 1920. Engagé au début 1940, il est élève à l’école de pilotage de l’Armée de l’air à Ploujean-Morlaix. L’avance allemande contraint l’école à se replier vers l’aérodrome de Quimper-Pluguffan.

 

Jean Le Bris tient alors un cahier journalier (qui nous a été prêté en 1994, ainsi que quelques documents par la famille Le Bris, lors de la rédaction de la brochure) dont nous donnons ici des extraits.

 

 

le-bris-j-a-ident.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le départ de Ploujean

Les convois se forment avec une lenteur désespérante. Nous sommes entassés dans des camions avec nos armes, chacun a un fusil « Gras » et six balles en plomb de 11m/m. Nos Lucioles, nos Moths, nos Potez 60, nous survolent et nous précèdent à Pluguffan (près de Quimper). Dans ce vieux bourg ou j’ai passé d’heureux jours, je vis maintenant des heures angoissantes. L’ennemi pénètre en Bretagne par le nord de Nantes qui est prise. Nous voilà serrés dans son étau qui se fait d’heure en heure, de minute en minute plus pressant. Enervés comme des fauves en cage qui sentent la mort avancer, nous attendons des ordres qui ne viennent pas. Nous sommes le 18 juin.

 

Le voyage vers l’Angleterre

Notre commandant a pris une décision, enfin ! Avec moins d’inquiétude et davantage de foi en notre étoile, nous embarquons sur le Trébouliste, un dundée mauritanien, tout le matériel que nous pouvons. Le reste fait la joie des Douarnenistes qui se jettent dessus en silence, avec fébrilité. Toute la place est nettoyée plus vite que nous le voulons. Me voilà sur le pont d’un bateau qui doit m’emmener vers la liberté et … les aventures. Sous un clair de lune sinistre et par instants obscurci par de bas nuages, nous levons l’ancre. Les voiles montent lentement dans la  mâture, les poulies grincent, le cabestan résonne sous la chaîne qui en frappe régulièrement le tambour. Le moteur chauffé depuis déjà un moment halète plus sourdement. Lentement, lentement, le bateau lourdement chargé glisse sur une mer d’huile. Une brise fraîche suffit à peine à gonfler légèrement les lourdes voiles tannées. A une heure et demi nous passons devant le môle où nous distinguons des ombres. Quelques voix nous parviennent. Puis une vibrante « Marseillaise » jaillit de nos poitrines.

 

C’est notre dernier adieu au sol de France. Je ne dirai pas que le repos qui suivit fut des plus réconfortants, mais je me suis quand même allongé et j’ai pendant quelques temps pu fermer mes yeux alourdis par la fatigue de la journée précédente. Cela ne m’a pa empêché de voir les longues flammes rouges qui dévoraient les réservoirs du Poulmic. Pauvre Bretagne, toi aussi tu connais les horreurs de la guerre ! Le matin nous surprend, comme le Trébouliste avance lentement, devant la pointe Saint-Mathieu. Ainsi c’est en Angleterre que je vais, chose que j’ignorais quand j’ai embarqué.

 

Devant mes yeux encore alourdis de sommeil, défile la côte du Conquet. Evidemment c’est loin, la brume est légère et un grand nuage noir venant de Brest obscurcit l’atmosphère, mais je puis quand même distinguer la tour blanche du phare de Kermorvan ; je devine les maisons du Conquet. Je vois, mais c’est plutôt par la pensée le toit rouge de « chez nous », maman devant la porte. Le petit bateau là-bas, n’est-ce pas papa qui ramasse ses casiers ? En tout cas c’est un Conquétois ou un Molénais. Si je pouvais seulement lui donner un message pour mes parents. Mais le destin m’emporte plus loin. Le phare des Pierres Noires est perdu de vue. Molène et Ouessant défilent, derniers remparts de la terre bretonne contre les assauts de la Manche, derniers rochers du Finistère et de la côte où s’est passée la plus heureuse part de mon existence. »

 

Le Trébouliste débarquera le lendemain ses passagers à Falmouth à savoir, 2 officiers, 21 sous-officiers, et 85 caporaux et soldats de l’école de pilotage numéro 23, sous les ordres du capitaine Pinot et accompagnés de leur aumônier l’abbé Godard.

 

De l’Angleterre  à la Syrie

 

Jean Le Bris va alors avec ses camarades séjourner dans différents camps avant d’être affecté en juin 1941 à Shawbury où il reprend le pilotage sur bimoteur Airspeed Oxford.

Sergent-chef de l’armée de l’air, il obtient son brevet militaire de pilote d’avion le 6 septembre 1941. En janvier 1942 il est envoyé en Afrique à Fort Lamy, puis en Syrie.

 

 

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La mort de Jean Le Bris

Pilote de la France Libre, sergent-chef au groupe Picardie, Jean Auguste Le Bris est mort en service aérien le 4 août 1944 à Petah-Tiqva en Palestine. Inhumé d’abord à Rayak au Liban, son corps a été ramené au Conquet en 1950.

 

Concernant le langoustier Trébouliste et l’école de pilotage.

 

Document : Source : René Pichavant, Clandestins de l’Iroise, (1940-1942), Editions Morgane, 1982.

Dans la nuit du 18  au 19 juin 1940, répondant à l’appel du Général de Gaulle, les 115 élèves des écoles de Pilotage du Mans et de Vannes ont embarqué par canots au port de Douarnenez pour l’Angleterre sur le Trébouliste, un langoustier de 118 tonneaux, dont le patron était François L’Helguen. Le 20 juin, le langoustier mouille à Newlyn avant de rejoindre Falmouth. Les élèves et moniteurs constitueront l’ossature des unités de des Forces Aériennes Françaises libres et 35 d’entre eux disparaîtront au Champ d’honneur. C’est le lieutenant Edouard Pinot  (surnommé Bouboule car il avait été le mécanicien de Guynemer) qui commandait l’école élémentaire de pilotage du Mans replié à Morlaix devant l’avance allemande. Il réussit à rassembler ses moniteurs et les élèves ainsi que tout son armement défensif. En Angleterre, il fit fonction d’instructeur des pilotes. Edouard Pinot est Compagnon de la Libération.

 

Autre document source  Internet : « Chemins de Mémoire.gouv »

L'odyssée du «Trébouliste»

Le lieutenant de réserve d'aviation Pinot, ancien combattant de 14-18, commandait l'école élémentaire de pilotage du Mans. Sous la contrainte des événements, l'école dut se replier à Morlaix. Face à l'avancée allemande, le lieutenant Pinot entraîna alors ses élèves vers le Finistère. Sans instruction, il décida d'éviter à tout prix la capture de ses hommes. Il prit donc contact avec un patron pêcheur de Douarnenez, François Lelguen, disposant d'un langoustier à voiles de 50 tonneaux, équipé d'un moteur auxiliaire de 60 CV, prêt à gagner l'Angleterre. L'aventure était risquée car un sous-marin allemand avait envoyé par le fond un autre langoustier de Douarnenez 15 jours auparavant. 115 élèves-pilotes décidèrent de suivre leur chef et embarquèrent le 18 juin 1940 à 23 h 15 à bord du «Trébouliste».

 

Le 20 juin, à midi, le bateau mouillait au large de Newlyn, avant de gagner Falmouth. Les hommes du «Trébouliste» seront parmi les premiers éléments des futures Forces Aériennes Françaises Libres. 36 d'entre-eux tomberont au combat, dans les cieux d'Angleterre, de France, d'Allemagne, mais aussi sur le front russe.

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------                               JPC 15 juin 2010

 

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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 15:49

En ce mois de juin 2010, on commémore l’invasion de la France par les Allemands, il y a 70 ans, et l’appel historique du général Charles de Gaulle.

 

A cette occasion voici un extrait de la brochure « Le Conquet dans la guerre 1939-1945 » publiée le 10 septembre 1994, pour le 50e anniversaire de la libération du Conquet.

 

Rédacteur Jean Pierre Clochon, avec la collaboration de messieurs Christian Couture, Jacques Bazire, Armand Cudennec, Joël Provost et Georges Cureau.

 

                                Premier Chapitre

 

LE CONQUET A LA VEILLE DE LA GUERRE

Population, activités, municipalité

 

                           Recensement de 1936:  1 922 habitants

 

Population agglomérée:                   1 308

Population éparse:                              598

Résidents temporaires:                        16

Absents lors du recensement:             16

 

Population des îles (incluse dans la population éparse) : 77

Béniguet      25

Quéménes    23

Trielen         23

Balanec        6

 

Les activités principales de la commune sont l'agriculture et la pêche:

 

Agriculture: un peu moins de 70 exploitations agricoles, essentiellement fermes familiales se livrant à l'élevage bovin (viande et lait) et aux cultures de céréales, de pommes de terre, de trèfle, de luzerne.

 

Pêche: 76 pêcheurs se livrent à cette activité, les crustacés: langoustes et homards sont les espèces les plus recherchées. Depuis 1930-35, les Conquétois ont abandonné la pêche au large, c'est donc à bord de petites unités qu'ils pratiquent leur métier, ne s'éloignant pas plus loin qu'Ouessant.

 

L'industrie est représentée au Conquet par deux usines de produits chimiques : l'usine Tissier et l'usine Cougny. Leur production est liée au traitement des algues pour l'obtention de l'iode et de divers sels de soude et concernant Cougny, de matières premières pour pour l’aliment du bétail.    

                                   

LA MUNICIPALITE EN PLACE résulte des élections de 1935 :

     

        Maire:            Joseph Taniou, né à Laberildut en 1875

      Adjoint:         Alfred Jules Sartre, né à Lambézellec en 1892

      Conseillers :


:                           Hobé Jean Marie

                            Cornen Joseph

                            Gendrot Louis

                            Jourden Joseph

                            Léon Yves Marie Gabriel

                            Cann Jean

                            Appriou Yves

                           Quellec Jacques

                            Hamon Yves

                            Menguy Théophile

                            Minguy Charles Jean Louis

                            Kersaudy Guillaume Marie

                            Lahalle Jean René

                            Floch Jean René


 

          

 

DE LA MOBILISATION GENERALE à MI-JUIN 1940

 

Le 1er septembre 1939:  Le gouvernement décrète la MOBILISATION GENERALE.

 

Le   3  septembre 1939:   La FRANCE  DECLARE  LA GUERRE à l'ALLEMAGNE.

 

DEFENSE DU LITTORAL

Des troupes affectées à la défense du littoral, viennent prendre position sur les côtes.

Au 20 octobre 1939, sont répartis entre Brest, Le Conquet et Ouessant:

-Le 4e et le 6e bataillons du 248e Régiment d'Infanterie

-La 207e compagnie de mitrailleuses de position du 248e Régiment d'Infanterie

-Le 11e groupe de canons de 75 du 10e Régiment d'Artillerie.

 

Les troupes s'installent dans les forts et les batteries côtières, mais la place manque et la ville du Conquet doit accueillir en garnison chez l'habitant la 1ère compagnie du 6e bataillon du 248e R.I et la 33e batterie du 10e Régiment d'Artillerie. Les hommes, leurs chevaux et leur matériel sont logés dans les écoles, les maisons particulières, les fermes....

Pour exemples :

Maison Desparmet      :  14 sous-officiers et soldats, 10 officiers, 6 chevaux.

Ker an Aod                   :  30 sous-officiers et soldats, 6 chevaux.

Lhostis (Ker ar Stang)  :  30 sous-officiers et soldats, 6 chevaux.

 

Le 9 décembre, l'amiral de la Flotte, commandant en chef des Forces Maritimes Françaises, estimant l'improbabilité de toute opération ennemie sur les côtes de la Manche et de l'Atlantique, ordonne la réduction des effectifs dont l'utilité n'est pas évidente sur le littoral.

 

L'essentiel des troupes quitte Le Conquet. Les commerçants font le bilan des factures impayées, les logeurs dressent la liste des dégradations.

-Chez madame Faulle : plaques d'évérite cassées, électricité endommagée, madriers coupés, pavé de ciment à refaire...

-Hôtel Léon : parquet de chêne détérioré...

-Ecole St Joseph :  30 matelas dégradés, 3 planchers à refaire, 6 tables et 12 bancs à réparer...

-Chez  madame René Floch : des trous à boucher dans le mur de l'atelier… etc…

 

               L'ETAT DE GUERRE, INCIDENCES SUR LA VIE QUOTIDIENNE

 

Les hommes touchés par la mobilisation rejoignent leurs unités, destabilisant l'économie locale : ateliers qui ferment, bateaux privés de patrons et de matelots, problèmes de main-d'oeuvre dans les exploitations agricoles.

 

Les rationnements commencent, principalement  celui de l'essence dont la délivrance ne peut se faire que par "bons".

 

Les réquisitions agricoles se mettent en place, le 6 novembre 1939, dix éleveurs du Conquet sont avisés d'avoir à livrer chacun une vache à la commission du ravitaillement à Saint-Renan.

 

                                                 LES DEBUTS DE LA GUERRE

 

                                       Repères chronologiques ..             

                      10 mai 1940 :    Invasion des Pays-Bas et de la Belgique

                      14 mai 1940 :    Percée des lignes françaises à Sedan

                                                La débâcle de l'armée commence

                   26 mai - 4 juin :    Evacuation des troupes anglo-françaises par Dunkerque

                              13 Juin :     Prise de Paris

 

L'EXODE

Les populations quittent les zones de combats,  l'exode jette sur les routes des milliers de familles qui fuient souvent sans but,  vers le sud ou vers l'ouest... Depuis la déclaration de guerre Le Conquet accueille des réfugiés.  Avec l'entrée en France des troupes allemandes les arrivants se font de plus en plus nombreux.... leur hébergement commence à poser problème.

 

Le Conquet, cité d'accueil pour les réfugiés :

Les autorités civiles se sont inquiétées en pensant que Brest, à cause de son port militaire, pourrait devenir une cible privilégiée des attaques allemandes, et en particulier par des bombardements aériens. Un "plan de dispersion lointaine de la population brestoise", en cas d'évacuation de la ville, a été confectionné sur ordre du préfet. Le Conquet  y est désigné pour recevoir 1 421 personnes de Recouvrance et Saint-Pierre.

Mais les évènements se précipitent. Il n'est pas question d'évacuer Brest et c'est de la France du Nord que les réfugiés arrivent en masse. La municipalité est soumise à des problèmes majeurs quant à l'hébergement des arrivants.

Le 8 juin, le maire délègue tous pouvoirs à monsieur Cornen pour visiter les immeubles de la commune encore susceptibles de recevoir des réfugiés. A la lecture de son rapport on constate que beaucoup de réfugiés occupent déjà appartements ou chambres et que la plupart des locaux encore libres sont  retenus pour des arrivants imminents.

A la veille de l'arrivée des Allemands, un document municipal recense 340 réfugiés,  en majorité  venus des départements du nord et de l'est de la France ainsi que trois familles belges.

 

 

                        DOCUMENT (Archives de la Mairie du Conquet)

                                Deuxième quinzaine de mai 1940

                               Problèmes pour l'hébergement des réfugiés

 

                         Le Maire du Conquet  à  monsieur le Sous-Préfet de Brest

 

               J'ai l'honneur de vous adresser la réponse à votre lettre du 22 mai 1940.

 

Je me permets de vous faire savoir que le 22 mai au soir, une réunion a été organisée par la municipalité afin d'étudier avec les habitants la possibilité de loger le plus grand nombre possible de réfugiés et d'organiser des quêtes pour aider à la réception de ces personnes. Quatre cents habitants du Conquet assistaient à cette réunion ainsi que quelques réfugiés.

Afin de calmer cette assemblée,  j'ai promis de vous transmettre ainsi qu'à monsieur le Préfet et aux élus du canton la protestation suivante :

Les habitants du Conquet et les réfugiés arrivés depuis une quinzaine de jours dans la commune protestent contre la fermeture permanente de l'immeuble appartenant à la ville de Brest (Beauséjour). Ils ne peuvent admettre la décision prise par la municipalité de Brest de ne pas ouvrir immédiatement et temporairement cet immeuble aux réfugiés.  Il est très regrettable que des familles doivent faire des sacrifices immédiatement, alors qu'une grande propriété avec parc et nombreuses dépendances pouvant servir de refuge, reste fermée. Les bâtiments fermés à l'entrée de la ville attirent  l'attention des passagers qui ne peuvent admettre que ces portes ne soient pas ouvertes aux réfugiés. Les personnes présentes demandent à la municipalité d'agir immédiatement près des pouvoirs publics et des élus du canton pour que cette situation cesse.

A la suite de cette réunion, un comité a été constitué. Ce comité recevra des dons, et d'accord avec la municipalité accueillera les réfugiés à leur arrivée dans la commune et les dirigera vers les logements réservés. Tout sera fait pour que les réfugiés aient le plus de confort possible.

 

Je dois vous exposer également...

1/ que depuis la mobilisation, sont arrivés tous les mois de nouveaux habitants au Conquet (femmes de militaires affectés à Brest ou dans la région). D'autres personnes sont venues résider temporairement au Conquet craignant que les évènements ne les mettent en péril chez eux (de Paris, Metz, Châlons sur Marne ...etc..)

2/ des familles habitant Brest possèdent des villas au Conquet. Ces immeubles sont donc des habitation secondaires. En cas d'évacuation de Brest, ces familles ont l'intention de s'y retirer. Or l'évacuation de Brest n'est pas envisagée. Je me permets donc de vous demander si oui ou non nous devons réquisitionner entièrement ou partiellement ces villas ainsi que les hôtels.

Bien des familles de Bordeaux, Dijon etc... sont arrivées au Conquet  il y a quelques jours et ont occupé des garnis avant la saison d'été afin d'être certaines d'avoir un logement saisonnier pour juillet-août. Les loueurs réalisent ainsi des bénéfices importants alors que d'autres Conquétois se soumettent à la réquisition. Devons-nous refouler ces familles de Bordeaux, Dijon et autres villes non menacées?

Les habitants qui font de grand coeur le sacrifice nécessaire pour admettre chez eux des réfugiés, protestent contre les cas exposés ci-dessus. Les uns font des bénéfices, d'autres conservent un logement secondaire pour l'été, ce qui ne change rien à leur train de vie du temps de paix. Les charges ne sont alors pas réparties équitablement. Les réfugiés eux-mêmes qui sont sans domicile, trouvent cela étrange.

Si la réquisition partielle ou totale des villas et hôtels, et le refoulement des estivants sur leur domicile sont autorisés par vous, Le Conquet pourra recevoir un nombre de réfugiés plus important.

        

*

JUIN 1940, quelques repères chronologiques

 

-14 juin : les Allemands entrent dans Paris déclarée "ville ouverte".

-15 juin : le général De Gaulle quitte Brest pour l’Angleterre à bord du torpilleur Milan

-16 juin : les Britanniques évacuent Brest en abandonnant leur matériel au bord des routes et sur les quais. Cependant c'est un beau dimanche, les gens se promènent entre les alertes aériennes. Ces alertes sont fréquentes, depuis le 14 les avions allemands sèment des mines en Iroise, dans le Goulet  et même en Rade de Brest.

-17 juin : Reynaud transmet à Pétain ses fonctions de « Président du Conseil ».

-17 juin matin :  Le général Charbonneau reçoit une lettre officielle de service lui confiant la défense du camp retranché de Brest.

 

Les Allemands entrent en Bretagne...

18 au matin, 10h45 : Le général Robert Altmayer, chef de la Xe Armée, installé à Rennes, téléphone au vice-amiral Traub à la Préfecture Maritime « Les Allemands, une vingtaine de motocyclistes et quelques auto-mitrailleuses défilent en ce moment sous mes fenêtres. Attendez- vous à les voir arriver à Brest dans la soirée. »

La flotte de guerre reçoit l'ordre d'appareiller.

 

 

Le port de Brest se vide

 

A 8 heures du matin le 18 juin 1940 l’armée allemande commence à traverser Rennes et fonce vers l’ouest. A Brest c’est la débandade, soldats et marins embarquent à la hâte sur les navires de guerre et cargos en partance. Ceux qui restent sabordent les bateaux incapables de prendre la mer, incendient les dépôts de carburant et détruisent tous les matériels militaires qui pourraient servir plus tard aux Allemands.

 

L’or de la Banque de France (900 tonnes) entreposé dans un bunker au Portzic  est embarqué du 16 juin au soir au 18 juin à 18 heures sur les croiseurs-auxiliaires (paquebots armés) El Djezaïr, El-Kantara, Ville-d’Alger, Ville- d’Oran et sur le Victor-Schoelcher.

 

Les avisos de la Défense du littoral reçoivent l’ordre de prendre à leur bord les marins des batteries côtières et une partie des archives du 2e dépôt de la Marine.

 

La deuxième escadrille d’avisos de la Défense du littoral est composée des navires : Somme, Suippe, Vauquois, Coucy, Elan, Commandan -Duboc et Commandant-Rivière.

 

 A 16h45 la Suippe quitte Brest et se poste pour attendre le reste de la flottille près de la Vandrée. A 19h45 elle est rejointe par la Somme et le Vauquois. Une demi-heure plus tard, sans nouvelles des autres navires, deux des avisos mettent le cap vers le chenal du Four destination l’Angleterre, tandis que le commandant de la Somme décide de se joindre à un convoi de 14 sous-marins escortés par le Jules-Verne, convoi qui arrivera à  Casablanca quelques jours plus tard.

 

Le Vauquois saute sur une mine : cet accident est déjà évoqué sur ce blog, s’y reporter.

 

 

LES ALLEMANDS SONT AUX PORTES DE BREST

 

Les Allemands s'arrêtent le 18 au soir près de Guingamp.

Le général Charbonneau installe ses maigres troupes équipées de quelques mitrailleuses et d'une douzaine de canons anti-chars, en barrages sur les routes principales d'accès à Brest.

 

Le 19 à 3 heures du matin, le vice-amiral Cayol rend compte à Charbonneau que toute la flotte de commerce et de guerre a quitté Brest et que lui-même s'en va à bord du torpilleur Mistral.

Les Allemands viennent de quitter Guingamp, Charbonneau gagne son PC de Guipavas.

L'avant-garde allemande s'est scindée en deux colonnes, chacune se composant de quelques motocyclistes, une dizaine d'auto-mitrailleuses et d'une centaine de camions. La première prend la route de l'intérieur par Carhaix (elle poursuivra par Quimerc'h vers Crozon), la seconde traverse Morlaix vers 7 heures et se heurte au barrage de Landivisiau (un canon de 75 et quelques mitrailleuses dont les servants après avoir épuisé leurs munitions prennent la route du Conquet par Gouesnou). Sans tenter de forcer le passage les Allemands le contournent pour rattraper la route de Landerneau où ils trouvent un nouveau barrage. La colonne remonte alors vers Lesneven puis Plabennec d'où le général qui la commande demande la reddition de Brest.

 

19 juin 1940,   

EVACUATION DES DERNIERES TROUPES PAR LE CONQUET

 

Le 16 ou le 17 juin 1940, l'Amiral "Ouest" prescrit au Préfet Maritime à Brest de préparer un plan d'évacuation de tout le personnel militaire et des marins combattants, en utilisant tous les bâtiments de guerre et de commerce présents. Cette évacuation se fera sous la protection des troupes de défense du littoral qui, lorsqu'elles seront obligées de se replier embarqueront au Conquet ou à Camaret pour être regroupées à Ouessant.

 

Dans la nuit du 18 au 19, les personnels des batteries des Rospects et de Créach'meur rallient à pied l'anse de Perzel près de Bertheaume. Les Rospects sont à 4,5 km du point d'embarquement. "Cette marche fut malheureusement mise à profit par un certain nombre d'hommes pour boire outre mesure, ce qui rendit l'embarquement de plage laborieux". Laborieux en effet, car il se passait en plusieurs temps : des youyous venaient prendre les soldats sur la plage pour les amener au Monique-André, chalutier converti en dragueur auxiliaire, mouillé sur rade de Bertheaume. Une navette par le petit remorqueur Frêne les conduisait ensuite par bordées sur le cargo Gravelines mouillé plus au large. L'opération s'est terminée vers 6 heures du matin, le Gravelines a  appareillé ayant pris à son bord 17 officiers et 550 hommes environ. Le Frêne rallie  alors Le Conquet.

 

Le torpilleur Mistral quant à lui appareillait de Brest le 18 juin à 16h30,  un quart d'heure avant le Vauquois. Mais dans le goulet, le capitaine de corvette de Toulouse-Lautrec  recevait l'ordre de revenir sur rade. Dans la soirée et la nuit montaient à bord du navire environ 250 passagers supplémentaires et vers 5h du matin le 19 le vice-amiral Cayol et son chef d'état-major, derniers embarquants donnaient  l'ordre d'appareiller.

Cayol, "amiral secteur" était chargé d'assurer et de protéger l'embarquement des troupes qui devaient se replier sur Camaret et Le Conquet et de les évacuer par Ouessant, et de prolonger le plus tard possible la patrouille en Iroise.

A l'aube du 19, le Mistral qui est devant Camaret, détache une chaloupe à moteur vers Le Conquet. A bord le capitaine de frégate Duroché de la Préfecture Maritime et l'enseigne de vaisseau De Vauquelin ces deux officiers ont pour mission d'organiser le départ des troupes dirigées sur Le Conquet. En route Duroché réquisitionne deux voiliers et un remorqueur le Cherbourgeois IV qu'il déroute vers Le Conquet. Cayol lui enverra en renfort un petit cargo le Placidas Faroult aux ordres du capitaine de corvette de réserve Valteau.

Toute la journée des marins et des militaires arrivant par petits groupes au Conquet vont être embarqués sur tous les moyens flottants et expédiés vers Ouessant. Le petit remorqueur Frêne dont le commandant le lieutenant de vaisseau Dauphin, s'était mis aux ordres de Duroché, effectue plusieurs rotations entre Le Conquet et le Mistral qui croise toujours à l'entrée de l'Iroise pour interdire à tout navire venu du large d'aller vers Brest.

A 17h30, un coup de téléphone de la Préfecture Maritime prévenait Duroché que des négociations étaient en cours avec les Allemands qui encerclaient Brest, et que tous les embarquements devaient être terminés pour 19 heures.

A 19 heures le général Charbonneau et son état-major arrivent au Conquet et informent Duroché qu'il n'y a plus de troupes à attendre, l'évacuation est terminée.

 

Les derniers jours vus par le général Charbonneau:

Venant d'Indochine, Jean Charbonneau débarque en France le 19 mai, et rejoint Brest le 29,  nommé adjoint au vice-amiral d'escadre, préfet maritime et gouverneur de Brest. Dans un livre "L'envers du 18 juin", il brosse un tableau pitoyable de Brest, une pagaille gigantesque autour de l'arsenal et dans les services de la marine et de l'armée. Chacun ne pensant qu'à partir ou à capituler après avoir détruit matériels et documents. « L'ambiance générale écrit-il, n'est pas à la résistance, la mentalité de la population civile apparaît lamentable,  pour les troupes c'est pire. Chaque soir et tard dans la nuit se font entendre à travers les rues les brailleries de bandes de matelots avinés. La ville est encombrée d'ivrognes, ouvriers de l'arsenal et matelots à demi-vêtus qui beuglent indifféremment la Marseillaise et l'Internationale ».

 

Brest capitule..

A la Préfecture Maritime le conseil de défense, vice-amiral Traub, général Charbonneau et général Picard-Claudel, accorde aux parlementaires allemands la capitulation de la ville. Charbonneau s'éclipse par une porte de service et fonce vers  Le Conquet.

 « En quittant la Préfecture Maritime le 19 juin à 17h45, le problème est pour moi de gagner de vitesse les Allemands et de parvenir avant eux à la pointe Saint-Mathieu, pour tâcher de m'y embarquer. Je ne me donne pas plus de 10% de chances de réussir. Aussi ma voiture file-t-elle à toute allure par la route qui longe le littoral. J'arrive bon premier au Conquet, tout étonné que pendant leur halte de plusieurs heures devant Gouesnou, les Allemands n'aient pas détaché quelque flanc-garde rapide de ce côté.

Avec mes officiers d'Etat-Major, je saute dans un chalutier, le seul et dernier qu'abrite ce petit port! et nous gagnons la haute mer. C'est une splendide fin de journée d'été. Quel apaisement. »

 

 Charbonneau n'est pas un marin, l'embarcation où il monte et  qu'il qualifie de chalutier,  n'est en fait qu'un petit sloup de 4 ou 5 mètres. Lorsqu'il  arrive à la cale avec son aide de camp, quelques personnes sont en discussion avec l'officier chargé de l'évacuation des troupes par Le Conquet. Dans le groupe se trouve monsieur Le Goasguen, fils du maire de Plougonvelin, qui se souvient : « Avec quelques amis nous devions partir sur la gabare d’un Kérébel de Lampaul surnommé  l'Amiral, mais le bateau n'est pas venu au rendez-vous près de Bertheaume, il avait fait route le 18 au soir, directement vers l'Angleterre. Aussi toute la journée du 19 j'ai couru la côte en voiture entre Le Trez-hir et Lampaul pour trouver un bateau sur lequel partir. Au Conquet le matin c'était la cohue,  je me suis fait refouler par le lieutenant de vaisseau chargé des évacuations : "on ne prend pas les civils"!  Cet officier était débordé, on lui annonçait l'arrivée de 5 000 hommes de troupe qui devaient assurer la défense d'Ouessant et il n'avait pas assez de navires pour faire la navette. Finalement il  est monté dans ma voiture et nous sommes allés essayer d'en trouver vers Laber-Ildut. En vain! au retour je l'ai déposé au Conquet et je suis rentré chez moi à Plougonvelin. Vers 17 heures, une dame venant du Conquet m'a appris qu'on y embarquait tous ceux qui voulaient. Mon père a sorti sa voiture et nous voilà à nouveau en route pour Le Conquet, avec court arrêt à Saint-Mathieu le temps d'y prendre les frères Lunven et un séminariste dont j'ai oublié le nom. L'agitation du matin s'était dissoute, le port était vide, les rues calmes. Plus un bateau, plus rien...! Et puis si, mon lieutenant de vaisseau était toujours là, près de la cale où était accosté un petit sloup. A mon indignation concernant mon éviction du matin il ne pouvait que répondre : les troupes attendues ne sont pas venues, ou n'ont jamais existé, alors il y avait de la place pour qui voulait...

Après quelques palabres il a accepté de nous voir embarquer sur le  sloup en partance pour Ouessant si les autorités attendues n'étaient pas trop nombreuses et si elles acceptaient notre présence. Quant à lui l'évacuation terminée, il allait regagner l'Amirauté à Brest.

 

Le général Charbonneau arrive en effet peu avant 19h en compagnie de son aide de camp.

Nous sommes trois à l'accompagner sur le bateau : l'aîné des Lunven, le séminariste et moi. Le torpilleur Mistral nous recueille en route. Epuisé je m'endors près d'une tourelle. On me racontera plus tard que les servants des pièces anti-aériennes ont dû tirer pour éloigner un Dornier allemand qui devenait menaçant.   Débarqué comme tous les civils à  l'escale d'Ouessant c'est à bord du Frêne que je poursuivrai mon exil vers l'Angleterre. »

 

Suite du commentaire de Charbonneau...

« A 20h30, nous sommes recueillis au large par le torpilleur Mistral, à bord duquel je retouve le vice-amiral Cayol et de nombreux officiers de marine. Ce bâtiment a croisé depuis le matin devant l'entrée du goulet de Brest, en "chien de berger", pour empêcher tous les bateaux français ou alliés venant du large et ignorant les événements d'y pénétrer. Il vient d'essuyer, sans dommage, le feu de la batterie de Camaret, occupée depuis quelques heures par les Allemands. »

Le Mistral fait route sur Ouessant où le vice-amiral Cayol va organiser un convoi qui, le lendemain au petit jour, se dirigera vers l'Angleterre.

Cette traversée s'effectue d'ailleurs sans aucun incident, et contrairement à toute prévision le convoi qu'escorte le Mistral ne rencontre ni sous-marin, ni avion allemand. C'est ainsi que nous atteignons le soir même le port de Plymouth »

 

 A 20 heures donc, le 19 juin, les dernières embarcations ont quitté Le Conquet d'où 2 000 hommes environ, 1/3 de marins et une cinquantaine de jeunes gens civils, avaient été évacués.

Ouessant n'est qu'une étape, le 20  vers 4 heures du matin, la flottille hétéroclite dans laquelle on reconnait les Monique-Andrée, Frêne, Mutin, Placidas Faroult, Cherbourgeois IV, Gravelines... fait route l'Angleterre sous escorte du Mistral et du Commandant Duboc.

 

Le Frêne: C'est un vieux remorqueur de 370 tonneaux, construit à Lorient en 1918, une machine alternative de 480cv le propulse à une vitesse maximale de 10 noeuds. Pour l'heure il ne remorque rien, il transporte. Comme tous les autres navires du convoi il est bondé d'hommes, femmes et enfants qui ont choisi de fuir la France. Monsieur Le Goasguen a trouvé refuge contre une porte dans une timonerie déjà saturée. Heureusement la traversée est tranquille, une houle longue sur une mer calme. Pas d'alerte aérienne ou sous-marine, c'est une chance  car le navire ne posséde sur le toit de la passerelle qu'une mitrailleuse (démontée) pour tout armement. A Plymouth tous les civils sont débarqués avant que le Frêne n'entre dans la zone de l'arsenal militaire. Avec d'autres compagnons, monsieur  Le Goasguen sera dirigé ensuite sur un camp près de Londres.

Le remorqueur confisqué par la Royal Navy sous le matricule HMS Z201 reviendra en France en 1945 et quittera le service en 1949.

 

Le Mistral est à quai à Plymouth le 20 à 19h30, son commandant, le capitaine de corvette de Toulouse-Lautrec demande l'autorisation d'appareiller pour faire route sur le Maroc, Cayol refuse. Saisi le 3 juillet par la Royal Navy pour la durée de la guerre, le bateau sera rendu à la France à la Libération, pour être désarmé en 1950.

 

Quant à l'aviso Commandant Duboc, il repart de Plymouth pour Ouessant le 21 au matin avec des vivres, des mitrailleuses et des munitions et le capitaine de frégate Robert qui est débarqué au Stiff où il prend le commandement de la garnison.

 

Le 22 juin 1940 la France capitule, la cessation officielle des hostilités entre la France et l’Allemagne est fixée au 25 juin à 0h35, heure française d’été.

 

Ouessant privée de liaisons téléphoniques avec le continent, est toujours en guerre. Le 29 juin, le téléphone est rétabli, le C.F Robert entre en contact avec la préfecture maritime, il est convoqué à Brest. Arrivé au Conquet il attend à la poste en bavardant avec le receveur monsieur Berthou,  qu'une voiture allemande vienne le chercher.

Après de longues négociations avec les Allemands, le commandant d'Ouessant obtient qu'à leur reddition ses soldats ne seront pas faits prisonniers.

Les 6 et 8 juillet, 210 hommes et 7 officiers débarquent au Conquet, se rendent à Brest où ils sont démobilisés sur place.

 

Sources:

Etat Major Général, Les Forces de l'Ouest, Capitaine de Frégate Caroff, chef du service historique. 1954.

Brest Porte Océane, Amiral Lepotier, France Empire. 1968.

L'Envers du 18 juin, Général Jean Charbonneau, Desroches Editeur 1969.

S et G, Hilarion, capitaine de vaisseau Philippon, France Empire 1957.

Monsieur Le Goasguen du Mémorial de Montbarey, témoignage oral

           

LES JOURNEES DES 17-18-19 JUIN 1940

(Témoignages ).

 

Carnet de route du capitaine Leblanc de l’Infanterie Coloniale (trois feuillets concernant ces journées communiqués par sa famille – cette contribution ne figure pas dans la première édition de la brochure).

Au début de juin 1940, le capitaine Leblanc du BPC n°631 à Beyrouth est en congé de convalescence à Saint-Brieuc, où il a retrouvé sa famille. Le 18 juin, les Allemands sont à Rennes, Leblanc quitte Saint-Brieuc par le dernier train à 17h, pour Brest où il pense rejoindre la garnison coloniale la plus proche..

Arrivé à Brest vers 21 heures, il trouve des rues désertes, par contre le port est encombré de matériel abandonné par les Anglais, autos-mitrailleuses, tanks légers, voitures sanitaires, camions chargés de vivres et d’équipements. La plupart des véhicules ont été mis hors d’usage. Incendies à la gare, dépôt d’essence en feu, fourrages…

A 21h30, Leblanc arrive à la DIC n°118, au moment où cette division évacue la caserne Fautras. Le personnel, sauf quelques officiers et quelques hommes laissés sur place, est embarqué en camions vers Le Conquet. Le dépôt abandonne presque tous ses approvisionnements  (armes, vivres, effets, pièces de drap…)

Dès son arrivée, le capitaine Leblanc reçoit du lieutenant-colonel commandant le dépôt, le commandement de la 1ère compagnie. Il est chargé d’organiser la défense du Conquet. Instructions : protéger les embarquements de troupes prévus pour le lendemain (DIC 118, marins de l’arsenal, rescapés divers), avec comme moyens : 3 sections de F.V à 20 hommes et 1 section de mitrailleuses.

A 23h30, la 1ère compagne arrive au Conquet. Installation sommaire à l’entrée de la ville, prise de mesures de sûreté pour la nuit.

 

19 juin matin, reconnaissance du terrain, organisation d’un point d’appui. Puis plus tard, embarquement pour l’Angleterre, via Ouessant, des troupes ayant évacué Brest. Ordre d’embarquement donné par le vice-amiral, préfet maritime, commandant la place de Brest, et notifié par le général Charbonneau, commandant la défense. Opérations dirigées par un capitaine de frégate.

Les Allemands sont à Brest, venus par voie ferrée ; ils ont quelques éléments motorisés à 8 km du Conquet.

Vers 15 heures, sa mission étant remplie, la compagnie de protection reçoit à son tour l’ordre de partir pour Ouessant. Elle quitte Le Conquet avec l’état-major de la DIC 118, sur des voiliers de pêche. Arrivée à Ouessant à 17 heures.

Le 20 juin, entre 2 heures et 8 heures, embarquement de l’état-major et des troupes du dépôt 118 sur des chalutiers. La 1e compagnie quitte Ouessant en dernier lieu.

Le 21 juin, vers 7 heures,  le « Pourquoi-Pas », (canot de sauvetage de Molène), transportant la 1ère compagnie, arrive en rade de Plymouth… etc…

 

 

Mademoiselle Paule Jestin, 18 juin, « début de soirée, comme les jours précédents, des réfugiés arrivent encore, madame Taburet et mademoiselle Paule Jestin ont de plus en plus de mal à leur trouver des logements. Une voiture s'arrête devant l'épicerie familiale dans la Grand-Rue, ce sont des gens du nord, le véhicule est lourdement chargé, matelas roulés sur le toit... Mademoiselle Jestin s'interroge : où les héberger, tout est plein!. Elle pense à la grande maison de Ker an Aod, chez madame de Blois. Une chance, il y reste une petite chambre, tout là haut sous les toits. Mademoiselle Jestin, à la fenêtre, montre aux nouveaux arrivants le panorama de la mer et des îles, les bateaux qui passent... quand soudain dans un bruit terrible, elle voit un navire exploser.. c'est le Vauquois qui vient de sauter sur une mine! "j'ai laissé là les réfugiés, j'ai dévalé les escaliers et je suis partie en courant vers Sainte-Barbe. En passant sur la corniche de Portez, quelqu'un m'a dit: les Allemands arrivent, les Allemands arrivent... après je ne me rappelle plus de ce qui s'est passé, j'étais affolée, nous étions tous affolés... »

 

René Le Treut, (écolier 13 ans), « j'étais en classe à Dom Michel. En fin d'après-midi le 18 juin, on nous avait réunis dans l'église pour une messe et à l'issue de la cérémonie, le recteur avait dit à l'assistance : les Allemands arrivent, demain ils seront là mais aujourd'hui nous pouvons encore chanter la Marseillaise… le chant national a aussitôt été repris en choeur par l'assemblée. C'est après la sortie de la messe qu'on a entendu dire qu'un bateau venait de sauter à Kermorvan. J'ai vu une partie de l'épave encore hors de l'eau et des silhouettes qui s'agitaient.. Je me souviens d'un avion arrivé pendant que le canot de sauvetage débarquait les blessés dont un avait la tête fendue, en sang. Les gens disaient en voyant ses cocardes que c'était un avion anglais, en tout cas il n'a fait que passer. »

 

Albert Berthou (19 ans), « les soldats en débandade sont arrivés le 19 au matin, je me souviens d'un camion arrêté devant le Lion d'Or, il était chargé de barriques de vin. Les militaires y puisaient et buvaient jusqu'à plus soif. Ils étaient complètement saoûls pour la plupart.. Autour de Sainte-Barbe c'était plein de véhicules militaires, d'armes, de munitions... Dans la journée pendant que d'autres Conquétois cherchaient à s'embarquer, je suis allé avec mon frère et le syndic Riou faire des navettes avec un canot pour jeter armes et munitions à la mer, il ne fallait rien laisser aux Allemands. Parmi ceux qui s'en allaient, je me souviens de Gérard de Blois qui disait : « Moi je ne veux pas aller planter des patates en Poméranie! » (Sous-lieutenant au Bataillon d'Infanterie de Marine du Pacifique, il est mort pour la France le 23 août 1944 dans la région de Hyères).

                          

Récit de Joseph Floch (17ans), « le 19 au matin nous étions au moins une dizaine de Lochrist à être descendus au port voir ce qui se passait. Des canots amenaient à des navires de guerre mouillés à l'extérieur de Sainte-Barbe les soldats qui se trouvaient là, ils n'étaient pas très nombreux, buvaient beaucoup et jetaient leurs armes dans le port avant de partir. Les civils ne pouvaient pas embarquer. Quelques hommes du Conquet ont rejoint les bateaux de guerre en utilisant un canot. » (Joseph Floch s'éloigne alors du port, trouve une voiture anglaise, genre fourgon avec une croix-rouge, réussit à la mettre en route et s'en va se promener avec. Plus tard il la céde à un militaire qui, ayant trouvé des vêtements civils voulait tenter de rejoindre sa famille à Nantes.).

 

Récit de Jean Marie Le Bris (10ans), « les soldats arrivaient, il y en avait partout, ils cherchaient à s'embarquer mais il n'y avait rien. Porsliogan était couvert de camions, le parking de Sainte-Barbe pareil.... des camions, des motos... des soldats venus à vélos les jetaient ... Beaucoup de matériel a été lancé à la mer...  Dans la journée, la gabare Paul Georges (à Prosper Gouachet) a fait la navette entre le port du Conquet et des bateaux de guerre qui attendaient.  Les militaires français et anglais partaient les premiers... Plusieurs Conquétois sont partis aussi, dont un matelot à mon père : Armand Toquin, mort de maladie plus tard (à Damas en Syrie). Beaucoup qui le voulaient n'ont pas pu embarquer à cause du syndic Riou qui leur barrait le chemin au bout de la digue, sifflait et criait sur le Paul Georges pour le faire revenir à quai débarquer ses passagers civils. Parmi les camions abandonnés, certains étaient équipés de projecteurs et renfermaient batteries et groupes électrogènes... nous les gosses, avant l'arrivée des Allemands on a pu récupérer pas mal de plomb (pour la pêche). »

 

Récit de François Le Bris (15ans), « Les troupes ont commencé à arriver  la veille de l'accident du Vauquois… Aucun bateau ne les attendait pour les embarquer…

Riou, le syndic du Conquet,  est venu réveiller mon père le matin pour qu'on aille avec notre bateau envoyer des soldats à Ouessant… Avec notre canot de 5 mètres l'Asta-Buen, ce n'était pas possible. Le syndic a dû aller frapper à d'autres portes mais finalement aucun bateau du Conquet n'est parti.

Le 19 juin, les soldats ont pu embarquer et avec eux sont partis beaucoup de Conquétois : Jopic Menguy, Yffic Vaillant,  Yves Meneur, Paulic Kerebel etc... Ils sont montés à bord d'un remorqueur qui attendait sur rade du Conquet. J'étais sur la cale de sauvetage attendant mon tour, quand le syndic m'a écarté: "tu es trop jeune toi!".. alors que Marcel Goaster qui avait le même âge que moi (15 ans) était déjà en bas de la cale et montait dans un canot. »

 

Jean Louis Lannuzel de Trébabu, (19 ans), était à couper du foin au moulin de Kerleo quand sa voisine, madame Uguen, est venue lui dire de rentrer tout de suite à la maison. De retour à Kermaria, deux jeunes gens l'y attendaient avec leurs bagages : Joseph André de Kermergant et Le Hir de la ferme de La Haie. Ils avaient entendu dire que les Allemands approchaient et voulaient partir en Angleterre. Jean Louis Lannuzel rassemble quelques affaires et le trio descend vers Le Conquet. En passant par Keruzou Vraz, ils entraînent Iffic Lannuzel avec eux. Bientôt arrivés au port du Conquet ils reconnaissent des parents ou des amis parmi ceux qui embarquent sur les quelques bateaux présents sur rade. Partis sans rien, ils jugent prudent d'aller acheter en ville quelques provisions; quand ils reviennent au port, on leur dit qu'on ne peut pas les prendre sur les bateaux, il faut faire d'abord embarquer les prioritaires. Découragés ils rentrent à Trébabu.

 

Note: Les maires et les autorités maritimes avaient reçu du gouvernement des instructions pour empêcher tout civil de quitter le territoire français. Le syndic des gens de mer a appliqué strictement ces consignes en un premier temps. Puis comme les officiers de marine chargés de l'évacuation des troupes par Le Conquet décidaient en cours de journée de laisser embarquer quiconque le voulait, Riou cessa de faire obstruction. D'où des témoignages contradictoires sur le  comportement de ce fonctionnaire le 19 juin 1940.

 

   ADDITIF :

 

Yves Guéna

"J'étais en ce soir de 18 juin, résolu à quitter le pays avant qu'il fût occupé"

Yves Guéna, jeune engagé dans les Forces françaises libres, ancien Président de la Fondation Charles de Gaulle



"J'arrivai à Brest alors que la ville, surprise de sentir soudain l'approche de l'ennemi, était survolée par quelques avions allemands, recevait ses premières bombes et entendait claquer les canons anti-aériens de la marine. Mon père restait à Brest. Je partis avec ma mère et mon jeune frère dans la petite maison au bord de la mer, à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de la ville, où nous passions chaque année les vacances d'été. C'est là que j'appris la demande d'armistice ; il y avait déjà en raison des événements, quelques estivants dans cette station balnéaire ; la première réaction autour de moi fut, je m'en souviens bien, l'incrédulité et, sinon le désir de résister, du moins le refus de cette lamentable issue. Le lendemain 18 juin, dans la journée, nous sûmes que les Allemands avaient dépassé Rennes. A la nuit tombée, je fus averti que les troupes anglaises et françaises - pour celles-ci, il s'agissait du corps expéditionnaire récemment revenu de Norvège - s'embarquaient pour l'Angleterre - donc qu'on ne défendrait pas l'extrême pointe de la Bretagne - et aussi qu'un général venait de lancer à la radio de Londres un appel à poursuivre la lutte. (…) J'étais en ce soir de 18 juin, résolu à quitter le pays avant qu'il fût occupé. (…) Je sautai dans un remorqueur de la marine commandé par un vieil officier marinier bienveillant et nous appareillâmes pour Ouessant. C'était le 19 juin 1940."


Le temps des certitudes, 1940-1969
, Flammarion, 1982 (Source Internet)

 

 

20 JUIN 1940, DEBUT D'APRES-MIDI

LES PREMIERES TROUPES ALLEMANDES  ARRIVENT AU CONQUET

 

Les Allemands sont entrés dans Brest le 19 en soirée, dès le lendemain ils ont commencé à occuper les sites stratégiques autour de la ville.

 

Des petits groupes de reconnaissance arrivent à Lochrist et au Conquet le jeudi 20 juin en début d'après-midi.

 

Deux motos à side-cars, soient 4 soldats en tout, arrivent sur la place de Lochrist et demandent le nombre d'habitants du hameau. Joseph Floc'h à qui ils s'adressent leur répond  « une cinquantaine  de personnes » et ils s'en vont.

En fin d'après-midi, arrivée d’un contingent de soldats avec camions et matériels, ceux qui traversent Lochrist vont directement sur la hauteur à Kéringar monter un camp.

 

D'autres motards ont circulé dans Le Conquet, en missions de repérages et d'observation.

 

François Le Bris, Alexis Vaillant et d'autres… « quand les Allemands sont arrivés,  le parking de l'hôtel Sainte-Barbe était plein de véhicules abandonnés… nous étions plusieurs à essayer de jeter une voiture dans la grève du Paradis, car le bruit avait été répandu qu'il ne fallait rien laisser d'utilisable aux Allemands. C'était en début d'après-midi, deux ou trois motos avec des Allemands en uniformes noirs  sont passées là, nous avons eu très peur mais ils n'ont fait aucune remarque.»

 

Pierre Daniel, « nous n'avions pas école, donc c'était bien jeudi, j'étais à Sainte-Barbe quand des motocyclistes allemands sont arrivés, ils ont mis pied à terre, ont tiré leurs casques pour se détendre, et se sont mis à bavarder avec des réfugiés alsaciens qui se trouvaient là... plus tard un command-car est passé. »

 

Mademoiselle Paule Jestin, «  je n'ai pas vu arriver les Allemands car nous en avions une peur bleue.. mes parents tenaient un commerce, une épicerie dans la Grand-Rue, ils avaient fermé les volets et avec mon amie Jeanne Treut, nous étions terrées dans le jardin. En fin d'après-midi on entendait tourner des véhicules sans arrêt. La curiosité l'a emporté et nous sommes sorties voir. C'étaient toujours les mêmes engins qui passaient, en fait les Allemands ce jour-là n'étaient pas très nombreux, du moins en ville. »

 

Albert Berthou, « Une dame de Valenciennes réfugiée avait tellement affolé ma mère que chez nous aussi (à la poste, mon père était receveur) les volets étaient tirés. »

 

François Cam du Bilou, « un groupe d'une dizaine d'Allemands à motos et motos à side-cars s'est arrêté à la ferme vers 15/16 heures, a demandé à manger, puis après s'être restaurés, les soldats ont payé et sont partis. »

 

 

René Le Treut, « j'étais du côté de Sainte-Barbe dans l'après-midi avec d'autres garçons à casser des voitures anglaises quand trois petits engins blindés sont arrivés… les Allemands qui en sont descendus étaient très décontractés, ils ont offert des cigarettes aux adultes présents... Je me rappelle aussi, mais ceci a dû se passer quelques jours plus tard, ... monsieur Mazé, un vieil homme très pittoresque portant toujours un chapeau breton à guides, se trouvait du côté de Sainte-Barbe, répondant à des questions d'officiers allemands ; il désignait le bras tendu Beniguet ou Molène. Un photographe allemand opérait discrètement. Quelques jours plus tard la photo est parue dans les journaux: "un Breton montre à nos troupes les côtes anglaises. »

 

Dès ce jeudi soir, les premières troupes d'occupation arrivées au Conquet ont réquisitionné la salle de cinéma du patronage,  une classe, un dortoir et une salle vide à l'école libre et à l'école laïque une classe. Mais il semble au souvenir des  témoins, que le gros des troupes n'a investi Le Conquet et ses environs que le samedi 22 juin 1940.

Le détachement commandé par un nommé Müller, ingénieur dans le civil et habitué avant-guerre de l'hôtel Sainte-Barbe, s'est installé au Conquet  ce jour-là.  Alexis Auffret nous précise qu'il se composait d'une compagnie de DCA équipée de canons de 90 m/m et d'une compagnie d'artillerie équipée de canons de 100/105 m/m.

Quelques semaines plus tard Müller laissant la DCA  et ses servants à Beauséjour, (réquisition officielle de la propriété appartenant à la ville de Brest le 25 juin), est parti vers Saint-Nazaire avec sa compagnie d'artillerie. Son détachement fut attaquée par des avions à La Roche-Bernard, l'ingénieur allemand y aurait trouvé la mort.

 

Les pelotons motocyclistes allemands ont parcouru les chemins de campagne de Trébabu également le jeudi 20. Anne Yvonne Lhostis de Créac'h an Ilis revenait à bicyclette du Cran où elle avait été laver son linge quand elle les a rencontrés, elle se souvient avoir eu très peur.

La famille Bergot de Ty Soul était occupée à ramasser du foin quand les motos sont arrivées. Le soir à la ferme, l'appétit coupé, personne ne touchait au repas.

Louis Marc du moulin de Kerléo, (12 ans), se rappelle bien d'une moto descendant vers Kerléo puis faisant demi-tour, la remontée vers Ploumoguer étant impraticable.

 

Au Cosquies, qui deviendra plus tard le foyer de détente des sous-mariniers allemands, Gilles Miriel rapporte qu'un officier des groupes de reconnaissance a fait aligner la famille devant le perron de la maison pour en tirer … des photographies.

 

On pourrait multiplier à loisir les relations de témoignages, les fillettes de l'époque se souviennent que les Allemands voulaient distribuer des bonbons aux enfants… des "La Pie qui Chante" mais qu'il était interdit de les manger car les parents disaient qu'ils étaient empoisonnés.

 

Une certitude se dégage de ces quelques exemples, l'installation des Allemands au Conquet s'est faite sans heurts ni violences, et sans résistance aucune de la part d'une population en état de choc.

 

Fin de l’extrait.

 

 

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                                                                                JPC. 15 juin 2010.

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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 22:08

MAISON DES SEIGNEURS,  une réplique du débarquement anglo-flamand qui, selon les chroniques, a ravagé Le Conquet en 1558 serait-elle à craindre?

C'est ce que pensent sans doute les propriétaires de la dite "Maison des Seigneurs" en faisant installer ces grilles à pointes agressives et  dangereuses, devant être, dit-on, fermées par des portes interdisant tout passage vers la façade nord de l'ancienne maison forte.

 

 

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Quand je me souviens - qu'avec madame Hélène Desparmet, alors propriétaire de la maison en question, nous avions essayé de nous opposer à l'installation par la municipalité,  d'une échelle en "galva", avec garde-corps, juste sur le rocher percé pour le passage d'aussières de la "Louise" vapeur des îles en 1881, (rocher élément remarquable du patrimoine portuaire). Une échelle inesthétique, mal commode, rarement utilisée!  - je m'interroge, n'ayant aucune compétence  en matière  juridique, (domaine privé ou  public non clos depuis plus de trente ans, domaine public maritime, etc...) sur le bien fondé de cette clôture, qui défigure le site pourtant récemment et fort bien restauré. JPC (23 mai 2010)

 

La réaction municipale.

Ce matin, 26 mai 2010, une barrière type Vauban barrait l'accès au site précité. Un arrêté municipal y est placardé sur lequel on lit en substance :

 

 

 

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Arrêté du maire portant interdiction provisoire d’accès au sentier sis au nord de la Maison des Seigneurs.

 

Vu les dangers manifestes présentés par les travaux irrégulièrement mis en œuvre sur l’emprise publique sise au nord de la Maison dite des Seigneurs, cadastrée section AB N°138, à savoir l’installation de deux armatures de clôture constituées de tubes métalliques hérissés de pics saillants.

 

Vu les risques encourus par les éventuels usagers de ce site d’intérêt touristique, prisé par les promeneurs

 

Vu le procès verbal constatant la réalisation de ces travaux irréguliers, transmis au Procureur de la République le 17 mai 2010

 

Vu l’arrêté municipal ordonnant l’interruption de ces travaux irréguliers, en date du 17 mai 2010.

 

Dans l’attente de la dépose de cette installation illégale, suite à une décision de justice, par les services municipaux ou à l’initiative de la personne l’ayant commandée.

 

 

Arrête

Article 1er, l’accès à l’emprise publique sise au nord de la maison dite « des Seigneurs » … est provisoirement interdit, jusqu’à la dépose des installations dangereuses qui y ont été irrégulièrement édifiées.

 

                                                                                       18 mai 2010

 

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On ne peut que se féliciter de cette réaction énergique de la municipalité conquétoise, en espérant que le site va retrouver tout son charme dans de très brefs délais.

                                                                                    JPC 26 mai 2010

 

Vers la mi-juillet 2010 : la propriétaire des lieux a fait démonter et enlever ces installations disgracieuses et dangereuses, on ne peut que s'en féliciter! JPC

 

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13 avril 2010 2 13 /04 /avril /2010 16:58

Un vapeur échoué sur la roche du Cromic, (près de l'île Litiry, le 13 octobre 1911.

 

Article à lire sur le site de "La Mer en Livres" Le Conquet.

 

www.la-mer-en-livres.fr

                         

                                       JPC

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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 14:11

Article complété le 28 février 2011, par des extraits des archives du quotidien Ouest-Eclair

 

Au début des années 1970, ma tante Elisa Causeur me racontait cet épisode : « le 30 avril 1923,  Joseph Floch, capitaine au long-cours, sa femme Hortense née Cuillandre (demi-sœur de la narratrice), et leurs enfants Marie-Ange, Jo, et Nénette, venant de Dakar avaient débarqué à Brest du paquebot mixte Lipari, avant de rejoindre leur maison du Conquet.

 

Le lendemain matin, les parents virent arriver en trombe les enfants dans leur chambre, criant : le Lipari est dans les Blancs-Sablons, le Lipari est dans les Blancs-Sablons! Croyant d’abord à une farce, il leur fallut bien se rendre à l’évidence en montant à l’étage. Le paquebot était bien au milieu de la grande plage de sable qu’ils apercevaient de la fenêtre ».

 

*Joseph Floch, né à Molène en 1882  a épousé au Conquet le 26 mai 1910, Marie Hortense Zéphirine Cuillandre. Un mariage qui sur demande du Parquet de Brest au maire du Conquet a pu être célébré avant l’expiration des délais légaux de publication. Joseph Floch, capitaine au long-cours devant reprendre la mer à Limerick (Irlande) le 2 juin, à bord de son trois-mâts Neuilly. Leur aînée Marie-Ange, fit au moins un voyage vers l’Amérique du Sud avec ses parents, alors qu’elle était toute petite fille. Elle gagna à bord du Neuilly le titre de cap-hornière dont elle fut toujours fière.

Dans son salon au Nr1 rue Aristide Lucas, Marie-Ange Floch devenue madame Morvan, eut jusqu’à la fin de sa vie une maquette du trois-mâts. (Pour mémoire, le Neuilly a été coulé en Atlantique pendant la guerre 14-18 par le sous-marin allemand U90).

Entre temps, Joseph Floch, était devenu  pilote à Dakar où il  est  mort, ainsi que son épouse, de la fièvre jaune.

 

LA MESAVENTURE DU LIPARI : (Source principale le journal La Dépêche).

 

J’ai déjà évoqué cette mésaventure dans divers documents, la première fois dans une brochure « Le Conquet » que j’avais réalisée à la demande de Marcel Le Bars, au profit du tout nouveau Comité de Jumelage. (Edition du 23 mars 1978).

 

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L’accident :

 

Le Lipari est un paquebot-mixte de 16 130 tonnes, appartenant à la compagnie des Chargeurs-Réunis. Au moment des faits, il assure la ligne Buenos-Aires, Rio de la Plata, Dakar, Gijon, La Pallice, Brest, Le Havre, Anvers et Hambourg.

Pour mémoire, les cheminées des navires des Chargeurs Réunis portent une bande claire, frappée de 5 étoiles rouges, symbolisant les cinq continents desservis par les lignes de la compagnie.

Le 30 avril 1923, à 20h, il quitte le port de commerce de Brest après y avoir laissé quelques passagers et 400 tonnes de viandes congelées. Le commandant se nomme Néron, le pilote brestois qui va faire la traversée jusqu’au Havre, est Alexandre Josse du Conquet. Les vents sont orientés sud-suroît, jolie brise, la mer est belle. La route s’annonce tranquille, le vapeur passe les Vieux Moines à 21h55. Les feux du chenal du Four sont clairs. La navigation ne pose aucune difficulté au pilote chevronné qu’est Alexandre Josse. Soudain, à 22h30, alors que le bateau est bien sur l’alignement Kermorvan-Saint-Mathieu à 158°,  et avant que le feu de Men Tensel (Kéréon) ne passe par le travers de celui de la tourelle des Platresses, une secousse ébranle le navire qui prend une légère gîte sur tribord puis se relève, donnant l’impression d’avoir franchi un obstacle. Le commandant fait stopper immédiatement les machines, le bateau continue un moment sur son erre.

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Le pilote Alexandre Josse, (collection famille Taniou).























Une importante voie d’eau s’est déclarée dans la coque, on verrouille à la hâte les portes étanches et les moyens de pompage sont mis en œuvre. Néron et ses officiers   prennent la décision de retourner à Brest, l’eau montant toujours dans le compartiment machines. Conseillé par le pilote,  l’échouement aux Blancs-Sablons devient la seule issue pour éviter le naufrage.  Une heure du matin le 1er mai, le Lipari, deux ancres mouillées par l’arrière, est positionné perpendiculairement au rivage. Mais vers 4 heures du matin poussé par le vent et le courant le navire force pour se mettre en travers, la chaîne bâbord casse, puis la tribord chasse. Le bateau se stabilise,  échoué l’avant vers Le Conquet, parallèle à la plage.

 
Il ne reste plus qu’à attendre à la marée haute du jour, les remorqueurs envoyés par la Préfecture Maritime, le Courageux, le Mastodonte et l’Athlète avec du matériel de pompage.


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Le Lipari dans la matinée du 1er mai 1923. La circulation d'eau coulant le long de la coque indique qu'un moteur auxiliaire tournait toujours.
(Photo Léonie Raguénès).






Toute la journée du 1er mai, les tentatives de déséchouage du paquebot se soldent  par des échecs. En début d’après midi, le Rapide des Vapeurs Brestois est venu prendre les passagers restant à bord pour les conduire à Brest, (il n’en restait que 9 à destination du Havre). Le Lipari étant toujours resté bien droit dans ses lignes, personne à bord n’a couru de danger.


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Le Lipari et deux remorqueurs de la Marine. Au fond on aperçoit l'Ilet. (Photo Léonie Raguénès)











Deux autres essais de déséchouage ont été tentés le 2 mai à la marée haute du matin et à celle du soir, mais sans succès


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Le bateau est complètement au sec.
De nombreux curieux se sont approchés au plus près de la coque.
(Photo Léonie Raguénès)

 







Les marées perdant de leur amplitude, il fallut bien se résoudre à attendre une période plus favorable pour de nouvelles tentatives.

 

Les causes supposées de l’accident :

 

Le pilote et le commandant du Lipari absolument certains de n’avoir pas dévié des alignements d’une route sûre, ont déclaré avoir eu l’impression de passer sur une épave.

A sec à la marée du 2 mai en fin de matinée, les témoins ont pu constater à une dizaine de mètres de l’étrave, un peu au-dessus de la quille, une éraflure et une déchirure et au niveau des machines, une deuxième déchirure, mais en partie enfouie dans le sable. Impossible de faire un constat de l’intérieur, la cale N°1, remplie de viande congelée étant entièrement noyée.

Un autre témoignage parle d’un renfoncement des tôles à l’avant, correspondant à un tirant d’eau de 5 mètres, alors que le navire en calait 6,65. Ce qui confirmerait l’idée d’un choc avec une épave, celle d’un navire coulé pendant la guerre 14-18. La presse cite les noms des Mentor, Macropontis, Lake Borgne et Memling, disparus dans cette  zone.

 

La commission d'enquête composée quelques jours plus tard se composera d'un capitaine et d'un lieutenant de vaisseau désignés par la préfecture maritime, de messieurs Pontin, administrateur de l'Inscription Maritime, et Kervello, inspecteur de la navigation  (Ouest-Eclair)

 

Les sondages autour des Platresses : les Platresses se trouvent au milieu du chenal du Four entre Corsen et l'entrée de Laberildut.

 

Dès le 3 mai, les services hydrographiques de la Marine effectuent une reconnaissance sous-marine dans le secteur des Platresses. Une roche inconnue jusqu’alors est localisée dans un cercle de 50 mètres de rayon, dont le centre se trouve à 1 150 mètres dans le 112 de la tourelle des Platresses. (Avis aux Navigateurs N°114)

 

Ouest-Eclair, le 5 mai, la canonnière Belliqueuse du port de Brest s'est rendue hier au point où le Lipari a touché et après avoir effectué des sondages a découvert non pas une épave mais une roche inconnue, située dans un cercle de 50 m de rayon....etc...

 

Le 7 mai l’Avis aux Navigateurs N°117, précise : chenal du Four, fonds de 6,30 mètres découverts dans le Sud74Est de la tourelle des Platresses, à 800 mètres.

 

Cette roche sera considérée comme la cause de l’accident du Lipari, alors que, dit-on, le commandant et le pilote restent persuadés d’avoir touché une épave.

 

(Ne cherchez plus la tourelle des Platresses, laissée à l’abandon par les Phares et Balises, elle s’est écroulée début décembre 2007)

 

Anecdote Ouest-Eclair du 4 mai 1923, querelle de pilotes

Ces jours derniers, vers 5h45 du matin environ, les nommés Quéméneur Jean, 45 ans, pilote et le Boité François, 25 ans, aspirant pilote, se rencontraient sur la digue du Conquet. Ils avaient eu maintes fois des disputes à propos du pilotage ; l'aspirant reprocha une fois de plus à son aîné d'avoir touché le prix d'un pilotage qu'il avait effectué pour le Lipari. La discussion ne tarda pas à s'envenimer et Le Boité envoya un violent coup de poing sur la figure de son adversaire qui se précipita sur lui. Survint à ce moment le frère de monsieur Le Boité qui saisit Quéméneur à la taille et le jeta à terre et mit fin ainsi à la bataille. Ce dernier a porté plainte à la gendarmerie contre les deux frères Le Boité. Une enquête est ouverte.

 

Le problème de la cargaison de viandes congelées :

 

Au départ de Brest, il restait à bord du Lipari 3 421 tonnes de marchandises dont une bonne partie de bœuf congelé, d’Argentine. Aussitôt que les machines ont été arrêtées, les viandes sont entrées en décomposition. Les premiers jours après l’échouage, des barges ont été amenées le long du bord pour procéder au déchargement du navire.

 

Ouest-Eclair, Brest le 5 mai, la plus importante compagnie britannique de sauvetage maritime, la Salvage Association vient d'envoyer sur les lieux de l'échouage l'ingénieur Thomas. Celui-ci est venu en hydravion de Falmouth à Saint-Miche en Grève où il avait à faire, comptant poursuivre jusqu'au Conquet. L'hydravion est tombé en panne,Thomas a poursuivi de Saint-Michel au Conquet en voiture.

 

Ouest-Eclair : Brest le 7 mai, monsieur Nizy père, ingénieur en chef de la compagnie des Chargeurs Réunis est arrivé hier à Brest avec les pleins pouvoirs pour confier à telle société de sauvetage qu'il choisira, le renflouage du Lipari, des propositions ont été faites par plusieurs sociétés mais il est plus que probable que l'opération sera confiée à une compagnie danoise ou anglaise. L'ingénieur anglais, Thomas, spécialiste de ce genre d'opérations, représentant la Salvage Association, est toujours à Brest. D'autre part des milieux bien informés nous ont dit que l'amirauté britannique enverrait incessamment un matériel de bateaux flotteurs pour soulager le navire...
D'après des spécialistes, la question délicate entre toutes est celle de la stabilité du navire au moment de son départ. On craint que vu sa grande longueur et la courbure de sa coque, il ne se couche tout à fait : ceci constituerait en même temps le plus grand souci des sauveteurs...

Le déchargement du navire a commencé, les marchandises sont transbordées sur des chalands qui les transportent au port de Brest, d'où elles sont expédiées par wagon à destination d'Ivry sur Seine. Des vapeurs caboteurs sont attendus pour prendre en transbordement une certaine quantité de viandes.

 

Brest le 8 mai, huit chalands font le va-et-vient vers  la glacière de Brest où les viandes sont stockées avant expédition. Les Chargeurs Réunis ont affrété la Glaneuse de l'entreprise Gourio pour chercher des marchandises du Lipari et remorquer les chalands. La Compagnie Nantaise de Navires à Vapeur va faire venir un bateau qui chargera 750 tonnes de marchandises pour Le Havre à chaque voyage.

 

Ouest-Eclair. Brest le 10 mai, les travaux de la compagnie anglaise "The all seas marine salvage and C°, seront dirigés par le commandant Young.  Quatre flotteurs doivent arriver d'Angleterre.

 

Brest le 12 mai, le Lipari est enfoncé dans le sable jusqu'à la moitié de son gouvernail, il souffre de la tempête. Deux chalands amarrés le long du bord ont brisé leurs aussières, et sont venus à la côte. Jeudi il fut impossible de communiquer avec le navire, le canot de liaison était sans cesse refoulé sur la plage par de très fortes lames.

 

On note en attente à Brest le vapeur de sauvetage danois Ema Z Svitzer, venu spécialement de Gibraltar, il n'aura pas à intervenir et repartira vers Lisbonne.

 

Le dimanche 13 mai, la morte-eau interrompt les travaux. 1 600 tonnes de bœuf, impropres à la consommation sont jetées par-dessus bord. Elles excitent cependant la convoitise des riverains qui tentent de s’emparer de quartiers de viande. On assiste à des échauffourées entre douaniers et gendarmes d’une part, population de l’autre. Des tonneaux de suif entreposés sur la dune sont copieusement pillés. A l’école les enfants chantonnaient Grèce (graisse), capitale Lipari. (Lipari d’où le bateau tire son nom est une des îles Eoliennes près de la Sicile, donc italienne).  On m’a assuré que pendant la guerre 39-45, certaines familles avaient encore des réserves de suif du Lipari.

 

Ouest-Eclair : Brest le 14 mai, la tempête de nord-ouest empêche le travail des chalands, on jette ce qu'on peut à la mer, quartiers de boeufs, barils de graisse et de beurre... les pilleurs sont nombreux. Le navire fatigue beaucoup, deux de ses chaudières sont descendues de 8 centimètres;

 

Ouest-Eclair, journal du 17 mai, Brest le 16 : Un premier essai de renflouement a changé le cap du navire de 30°, il est maintenant tourné vers le large et il a avancé un peu, ce qui facilitera beaucoup le travail. On prévoit quand il flottera de l'envoyer jusqu'au banc de Saint-Marc à l'échouage, ou au mouillage en baie de Roscanvel.

 

Le renflouement du Lipari : 

 

Le mercredi 16 mai, jour de grande marée. Pendant l’immobilisation du vapeur, les voies d’eau ont été étanchées provisoirement, la coque asséchée, les machines remises en état.

Au début de l’après-midi les foyers des chaudières sont allumés. Dans la baie, huit remorqueurs sont en attente, prêts à intervenir.  Vers 16 heures la cheminée crache une fumée noire tandis que les deux hélices du paquebot battent la mer. Le seul remorqueur qui s’est attelé au Lipari pour le faire pivoter tend son aussière, le bateau vibre, puis commence à glisser et bientôt il flotte. La foule applaudit. A l’ouvert de la baie, la remorque est larguée. Le Lipari file seul vers Brest pour y entrer en cale sèche.

 

 

Ouest-Eclair du 18 mai. Brest 17 mai, le Lipari qui dans la nuit du lundi au mardi 1er mai après avoir touché une roche dans le chenal du Four avait été échoué dans la plage des Blancs-Sablons a été renfloué hier après-midi (donc le 16)...

 

Le renflouage : la marée n'était hier que seulement du coefficient 83, et le navire s'était échoué par pleine mer, coefficent  113. Les machines étaient complètement en état de marche et les avaries de la coque soigneusement bouchées. Une seule allège de 1500 tonnes, amarrée à bâbord, épaulait le navire.
Pour cette opération, le commodore Young, chargé du renflouement, transmettait  de terre par signaux ses ordres au navire. Le fils du commodore dirigeait à bord cette tentative. Le plan des sauveteurs était de renflouer le navire par ses propres moyens. A cet effet il avait fait mouiller sur l'avant et par le travers tribord de très fortes ancres fournies par le port de Brest. A 15h45, le navire faisait en avant de ses deux machines et virait le câble des ancres ou plus explicitement tirait sur ses ancres, qui servaient de point d'appui. Conjointement un petit remorqueur anglais avait pour but d'aider à l'évolution du Lipari.

Au bout de 30 minutes, les efforts combinés du remorqueur et des ancres, arrivaient arrivaient à faire bouger le navire. Insensiblement le vapeur s'ébranlait. Puis vers 16h25, la vitesse s'accrut et le Lipari semblait se décoller de la gangue de sable qui l'emprisonnait. Bientôt il flottait et lâchant les câbles des ancres, s'éloignait à 200 mètres du rivage. Un hourrah du bateau s'élevait, auquel répondit la foule des curieux rassemblés sur la dune, tandis que le drapeau tricolore était hissé en poupe, en même temps que le pavillon des Chargeurs Réunis. Après avoir abandonné le remorqueur et son allège,  le Lipari par ses propres moyens doubla la pointe de Kermorvan et Saint-Mathieu, et arriva au quai de la Santé à Brest à 18h30.

Les 1 000 tonnes de viande restant à bord seront déchargées avant de mettre le vapeur en cale sèche.

 

Ouest-Eclair du 19 mai, Brest le 18 mai. Le Lipari est au quai de la Santé, au même endroit que lors de son escale du 28 avril. Il rentrera en cale sèche mercredi.
Le remorqueur anglais Vanquisher venu spécialement pour le sauvetage du paquebot a quitté Brest pour Falmouth. L'autre vapeur de sauvetage Lady of the Isles, charbonne et part aujourd'hui pour Penzance.

 

Et toujours la question du charnier :

 

Le samedi 26 mai, la presse rapporte que les tonnes de viandes avariées entassées en haut de plage aux Blancs-Sablons empestent l’air. Une mesure sanitaire d’urgence est prise : l’incinération sur place. Des fours énormes sont creusés dans la dune, à la manière de ceux pour brûler les goémons, mais en plus grands. Pendant plusieurs jours dans un brasier entretenu à l’aide de coaltar, de pétrole, de bois et même de charbon, les chairs et les os se consument dans une odeur infecte.

 

Début juin, la situation reste préoccupante, le surveillant du port du Conquet, Rio, signale aux autorités que de la viande pourrie enfouie dans le sable est découverte par les marées ou exhumée par des animaux, chiens et porcs venus des fermes voisines. La plage sent mauvais, d’autant plus que des pièces de bœuf en décomposition ont été jetées par la mer dans des creux de rochers inaccessibles aux travailleurs. Le 9 juin, les viandes restantes et leurs emballages sont enfouis dans des tranchées profondes, et recouvertes de chlorure de chaux, puis de terre.

 

Ouest-Eclair du 19 mai, quatorze personnes inculpées : ainsi que nous l'avons rapporté à propos du naufrage du Lipari, des bandes de pilleurs se sont abattues de toute la campagne environnante sur la plage des Blancs-Sablons, au Conquet, où elles font ample provisionde denrées de toutes sortes et surtout de colis de graisse. Mais les gendarmes sont intervenus et ont dressé procès verbal à un grand nombre d'entre-eux dont voici les noms...

(la plupart, hommes et femmes,  sont de Lampaul-Plouarzel, les autres de Locmaria-Plouzané, un de Ploumoguer et un de La Trinité.)

Tous ces gens qui étaient venus pour la plupart avec des charrettes, auront à répondre devant les tribunaux, malgré leurs protestations d'ignorance, du délit de vol de marchandises commis au détriment de la Compagnie des Chargeurs Réunis.

 

 

Ouest-Eclair du 20 mai, vol de boîtes de conserves. Pierre P, docker âgé de 38 ans, domicilié à Kerastel en Saint-Pierre Quilbignon, qui travaillait à bord du Lipari  au déchargement des viandes frigorifiées et des conserves de toutes sortes de la cargaison de ce paquebot, s'empara de 38 de ces boîtes, Il s'apprêtait à prendre le tramway lorsque les agents Messager et Queffelien l'appréhendèrent et le conduisirent au commissariat de police où il fut interrogé par le commissaire Lepage et déféré au parquet.

 

Le 15 juin 1923, le Lipari quitta Brest pour Saint-Nazaire où il arriva le même jour, sans doute pour des réparations plus complètes.

 

Je ne sais pas si les estivants de 1923 ont pu profiter en juillet et août d’une plage des Blancs-Sablons assainie, mais le sujet n’intéressait plus la presse.

 

   lipari-navig.jpg

         Le Lipari, carte postale, édition Bloc Frères Bordeaux, non datée.

 

LA FIN DU LIPARI : 8 novembre 1942.

 

Après cet évènement malheureux, le paquebot-mixte des Chargeurs Réunis a continué ses navigations.  Pendant la guerre 1939-45, on le retrouve sous le pavillon du gouvernement de Vichy. Le 7 novembre 1942, il arrive à Casablanca avec les paquebots Savoie et Porthos, venant de Dakar avec des familles de militaires. Le lendemain, débute le débarquement anglo-américain pour libérer l’Afrique du Nord. Les flottes alliées visent particulièrement le Jean Bart à quai dans le grand port marocain, qui leur répond tirant de ses pièces disponibles.

Au bout d’un épi entre les bassins Delande et Delpit, le Jean-Bart est accosté à bâbord, le Porthos, à l’extrémité, le Lipari et la Savoie à tribord. Le Porthos le premier est touché et chavire à quai, le Lipari un peu plus tard se casse en deux et flambe, la Savoie atteinte à son tour coule sur place. (Voir le site http://titanne.free.fr souvenirs de Eugène Le Gall)

Je pense que le bateau a dû être ferraillé après la fin du conflit mondial.


                                               JPC 13 mars 2010 / additions 28 février 2011

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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 10:13

En complément de l'article paru sur le canot de sauvetage Patron Aristide Lucas, voici quelques séquences photographiques. (Toutes photos JPC)

SEQUENCE LANCEMENT

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Le canot dans son abri. Lorsque le rideau métallique aura été relevé, l'équipage montera à bord par l'escalier en bois visible à droite.
On remarque au passage la dégradation des murs intérieurs de l'abri.



















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Lorsque tout sera paré à bord, sur un ordre du patron, le treuilliste (Jean Le Bris) deserrera progressivement le frein, le câble se déroulera sur sa bobine, le chariot
roulera sur ses rails vers la cale en pente.





















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Le chariot franchit le seuil de l'abri, la descente va commencer 





















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Pendant la descente, deux canotiers (François Drévès et Jean Pierre Lucas) se tiennent à l'arrière du bateau. Le moment venu ils largueront le croc de retenue.










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Le canot est entré dans l'eau, un filet d'eau sort des échappements, les moteurs ont été lancés.
Le chariot poursuit sa descente.










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Le canot flotte aux trois-quarts. A l'arrière le croc et les garants sont largués. L'amarrage du balestron a été défait, le canot va pouvoir partir dans quelques secondes.







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La course du chariot a été stoppée par le treuilliste. Libéré, le canot s'éloigne.












Manifestement cette mise à l'eau l'était pour exercice, ou pour un essai de matériel. Les antennes radios ni le mâtereau avant n'ont pas été dressés. A bord personne ne semble affairé.

SEQUENCE REMONTEE

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Le treuilliste a fait descendre le chariot.

Le canot est positionné au-dessus du chariot. Par vent traversier et clapot, l'opération n'était pas toujours facile.










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Deux canotiers maintiennent le canot appuyé au balestron, en face d'une marque d'usure sur le liston. Cet espar métallique est le repère qui indique une bonne position de la quille du bateau sur le chariot. 




















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La chaîne de retenue, solidaire du chariot, est passée sur le croc de remorquage du canot.
Deux filins croisés sont tournés aux taquets bâbord et tribord pour éviter des mouvements latéraux.









sns-ariluc-ret-chariot-cours-remont-R4.jpg

Antennes et mâtereau rabattus, le canot est hissé vers son abri.














sns-ariluc-ret-chariot-arriv-abri-R5.jpg
La rentrée dans l'abri est proche, les canotiers sont toujours à bord. Une redescente imprévue est toujours à craindre.













sns-ariluc-ret-chariot-entrant-abri-R6.jpg
Le canot entre dans l'abri. Avant cette dernière opération, un canotier non embarqué inspectait sous la coque du bateau pour vérifier que la quille était bien posée dans le V du chariot.
Sinon il fallait redescendre le tout et recommencer la manoeuvre.
(Ce jour-là, le canotier-photographe se chargea du contrôle)



















AMENAGEMENTS INTERIEURS
 
sns-ariluc-timonerie-IN1.jpg

La timonerie : photo de 1993, le panneau incliné au centre est celui de la descente au poste moteurs.























sns-ariluc-moteurs-IN2.jpg

Le poste moteurs.















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Le poste arrière, il est resté dans son état d'origine. Deux "couchettes" pour servir de sièges à l'équipage pendant la route.

La lame emmanchée était prévue pour sectionner des cordages pris dans les hélices. Des puits d'accès en permettaient l'accès.




A SUIVRE ULTERIEUREMENT POUR D'AUTRES PHOTOS.  JPC 12 MARS 2010

                                                                                    



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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 17:44

1/ Une très bonne nouvelle.

L' ancien cadastre de Plougonvelin dressé en 1841, a été scanné par Jean Chevillotte en collaboration avec Marie-Claire Cloitre et publié par "Les Amis de Saint-Mathieu" (brochure imprimée),  il y a quelques années.
Une version numérisée était en ligne sur le site de l'association P.H.A.S.E de Plougonvelin depuis quelques mois.

Cette semaine, Daniel Le Gléau, responsable du site web de l'association vient de mettre à la disposition de tous le cadastre de 1841 du Conquet, également travail de Jean Chevillotte, membre actif de P.H.A.S.E.

Pour s'y rendre : www.phase-iroise.fr

Sur la page d'accueil sélectionner "le cadastre de 1841 à Plougonvelin", puis en bas de page "le cadastre du Conquet 1841". Ensuite vous pouvez naviguer à loisir dans les sections des plans. Pour "zoomer" cliquer sur la portion choisie et attendre quelques secondes la mise au point.

     J.P.C, membre du conseil d'administration de P.H.A.S.E
          (Plougonvelin, Histoire Avenir Souvenir et Ecoute)

  2/ Sur ce blog, le sujet traitant des "Mésaventures du caboteur Oy Trader" a été complété  de deux importantes annexes.

                              JPC 09 mars 2010.                           




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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 15:52


J’ai eu l’occasion d’évoquer l’arrivée de voyageurs au Conquet par calèches ou diligences, et plus tard par le tramway électrique. (Article sur ce blog du 7 février 2009).

 

Ces personnes venaient de Brest. Imaginons maintenant comment nos visiteurs étaient parvenus dans cette ville, s’ils n’y résidaient pas. « A pied, à cheval ou en voiture à cheval », selon l’expression populaire, mais aussi par train. La voie ferrée Paris-Brest a été achevée en 1865, la gare Ouest-Etat a été inaugurée en avril de la même année, la voie ferrée Paris-Quimper par Nantes a été ouverte en 1863 et prolongée jusqu’à Brest en 1867.

 

De la gare de Brest, le voyageur pouvait se rendre à l’hôtel Moderne rue Algésiras, prendre place dans la diligence pour Le Conquet. Après 1903, il montait dans un petit tramway urbain qui l’amenait jusqu’à la gare des tramways du Conquet à Recouvrance, puis à Saint-Pierre.

 

 

Nos voyageurs auraient aussi bien pu débarquer au port de Commerce à Brest, d’un de ces sloups de bornage, ou de ces petits vapeurs qui transportaient marchandises et passagers à travers la rade et même au-delà, vers Port-Launay (Châteaulin), Camaret ou Douarnenez.

Venant d’outre-Manche, c’est l’Antelope de la ligne Plymouth-Brest qui les y aurait amenés.

 

Je n’ai pas l’intention de faire ici l’historique des lignes régulières de vapeurs à partir de Brest, mais simplement d’en évoquer l’existence, à travers quelques anecdotes et illustrations.

 

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Ci-dessus un vapeur à passagers, non identifié, peut-être l'Archimède quittant Brest.
(Collection ADF Brest)

La ligne Brest - Port-Launay
. Port-Launay se trouve après l’écluse de Guily-Glas, qui marque la jonction entre l’Aulne rivière (canal de Nantes à Brest) et l’Aulne maritime, remontée par la marée. C’est l’avant-port de Châteaulin.

 

Le vapeur Saint-Michel fut longtemps le titulaire de la ligne.

 
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Le Saint-Michel avec sa haute cheminée, à quai à Châteaulin.

Février 1893 : dans le journal « Le Finistère »

Heures de départ du Saint-Michel qui fait le service de Port-Launay à Brest, patron Mocaër. Escales Landevennec, Térénes, Dineault.

Port-Launay - Brest 1F, Landevennec 0.50F

Tous les mois dans la presse, encart avec les jours et heures de départs prévus, en fonction des marées.


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 Ci-dessus, le Saint-Michel au départ de Brest., bondé de passagers. Il est probable que ce soit un jour de fête ou de pardon dans l'un des ports de la rade.

Landévennec 5 mai 1894,  Pardon de Notre-Dame du Folgoët (chapelle dans les bois près de l’Aulne), les vapeurs Saint-Michel et Rapide y ont amené beaucoup de Brestois. A propos de Landévennec, en 1898, un projet envisageait d’y créer un port pour les paquebots transatlantiques.  (Personnellement je ne vois pas l’avantage d’un port d’escale aussi loin de la haute-mer et d’une desserte ferroviaire.)

 

Le Saint-Michel était un élégant petit vapeur d’excursion à hélice, construit en 1891 à Saint-Nazaire, il appartenait à l’origine à monsieur Pennors constructeur à Brest, puis à la société Peugeot et Cie, puis à monsieur Vincent et enfin en 1905 à la société des Vapeurs Brestois. Il était autorisé au transport de 140 passagers en rade, 70 en mer.

  

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  Le Saint-Michel en provenance de Châteaulin a franchi l'écluse de Guily-Glaz et descend l'Aulne maritime vers Landévennec puis Brest
.
Anecdotes : Samedi 11 octobre 1902, journal « Le Finisètre » :  Le Faou

Dimanche dernier, par un brouillard intense, le bateau Eureka de la société des Vapeurs Brestois avait quitté le quai du Faou vers 7h du matin avec bon nombre de passagers à destination de Brest. Il dévia sa route et vint s'échouer sur grand banc de vase de Landévennec sans se faire toutefois d'avaries. Le vapeur Rapide de la même compagnie ayant à son bord le directeur fut envoyé pour prendre les passgers. Mais ceux-ci au moment de son arrivée avaient été recueillis par le Saint-Michel venant de Port Launay avec un fort retard. L'Eureka a été renfloué à la marée du soir.


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L'Eureka, B151, construit à Nantes en 1875, à monsieur Roux constructeur à Brest
.Passagers rade : 150, mer (Camaret et Le Conquet 80)
Désarmé 1905.
Crédit photo, Patrick David.  ABIM.









Un accident en 1903, relaté dans la presse du 21 janvier : « dimanche vers 8 heure du soir, le chauffeur du Saint-Michel est tombé dans le canal à Port-Launay. Repêché par trois matelots du même bateau, il n’a pas pu être ramené à la vie.

 

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Sur la même ligne de Port-Launay,  circulait le Hoche, construit à Brest en 1902, pour Armand Gaouach de Port-Launay. Il avait une curieuse étrave incurvée comme celle d’un yacht. Propriété par la suite de Laurent et Cie, 58 quai de Brest à Châteaulin, il est passé en 1917 aux Vapeurs Brestois. Capacité : 150 passagers l’été, 100 l’hiver.


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Le Hoche, est chargé de fûts de vin. Barriques qui ont peut-être été transférées du vapeur de la compagnie Chevillotte Frères, que l'on voit en arrière plan et qui faisait la ligne d'Algérie.

En 1908, on peut lire dans le journal le « Bas-Breton » les horaires du service, un mois à l’avance. Par exemple, telle semaine : départs de Port-Launay les samedi, jeudi, mardi, à la marée, départs de Brest les mardi, jeudi, samedi, alternés.

Tarifs, de Port-Launay ou de la  pointe du Couple à Brest, 1,50 franc

           de Dinéault et Trégarvan à Brest, 1,25 franc

           de Térénez et Landévennec à Brest, 1 franc

L’escale de Landévennec s’effectue suivant le temps  à Port-Maria ou à Penforn (cimetière des bateaux).

Il est noté que la direction se réserve le droit de remorquage. Ceci pour avertir les passagers que le voyage pouvait durer plus longtemps, si le vapeur prenait pour remonter l’Aulne, un ou plusieurs voiliers encalminés qui ralentissant sa marche.

 
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Le Hoche lourdement chargé de marchandises diverses sort de l'écluse de Guily-Glaz.

D’autres navires ont fait régulièrement ou à l’occasion la ligne Brest-Port-Launay, ainsi le Rapide en 1894


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***Concernant l'Aulne maritime de Landévennec à Châteaulin,  Ronan Coquil nous indique son site : http://www.antreizh.fr/crbst_50.html

Je vous en recommande  la visite.*** Vous y trouverez textes, photos, cartes, depuis les quais de Châteaulin jusqu'au cimetière à bateaux de Landévennec en passant par les "treizhour", qui transbordaient passagers et véhicules d'une rive à l'autre de la voie navigable.
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Une autre ligne, celle de Lanvéoc.  Lanvéoc (Lanvaux), est l’aboutissement de la route qui vient de Douarnenez ou de Quimper, en passant par le pied du Ménez-Hom.

L’Achille, sympathique vapeur en bois, construit en 1904 à Camaret, en fut longtemps l’un des  titulaires.

D’autres navires assureront les passages vers Lanvéoc, ainsi le Saint-Pol dans les années 1911-1915.

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        L'Achille, sortant du port de Commerce par la passe Ouest.

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L'Achille, revenant de Lanvéoc,  arrive à quai, très chargé en passagers. Le port de commerce à l'époque était très actif. Vapeurs, voiliers de toutes sortes, au fond les torpilleurs de la Défense mobile, bateaux de pêche...

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A la cale de Lanvéoc, un sloup borneur, reconnaissable à sa corne "mât de charge". Côté opposé, deux vapeurs, celui bord à quai est le Saint-Pol qui fera momentanément la ligne Brest-Ouessant en 1911. Vendu à Boulogne en 1915 par la société des Vapeurs de la Presqu'île de Crozon, il disparaîtra par abordage avec le cargo anglais Bramham en 1916.  


La ligne du Fret. La ligne trans-rade la plus fréquentée, et qui a le plus longtemps perduré, est celle de Brest avec la presqu’île de Crozon, par les débarcadères  de Quélern, de Roscanvel et du Fret.

Le Fret était plus particulièrement l’aboutissement des liaisons routières avec Camaret, Crozon et Morgat.


 

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Le Travailleur à la cale du Fret. Ce bateau a remplacé la Louise sur la ligne Brest - Le Conquet -Molène - Ouessant. A l'occasion il faisait aussi office de remorqueur de sauvetage.
Pour exemple : mercredi 16 mai 1900, le vapeur Ville de Lille  venant de de Dunkerque sur Lorient avec des alcools et des ciments, a touché samedi matin par grosse brume sur la Normande près du phare de Kermorvan au Conquet. L'eau gagnant rapidement la cale avant, le bateau a pu cependant gagner Brest et a été échoué sur le banc de Saint-Marc. Le Travailleur avec sa pompe à 450 tx/heure a vidé le vapeur qui fut conduit ensuite à Brest pour déchargement.

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Le Cotentin a lui aussi été sur la ligne d'Ouessant.

Anecdote : mercredi 10 février 1904, Explosion à bord d'un vapeur. A bord du Cotentin qui fasait le service entre Brest et le Fret dimanche matin, la chaudière a fait explosion en face de l'Ile Longue brûlant très grièvement le mécanicien Armand le Frout et le chauffeur pierre Piclet. Le Cotentin a été remorqué à Brest par le vapeur Eureka venant de Lanveoc. Les deux blessés ont été transportés à l'hospice, leur état est grave.


Une nouvelle génération de bateaux plus gros, les Crozon, Plougastel, Morgat

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Le Crozon en route pour Le Fret vient de quitter le quai à Brest. Le bateau a été construit à Chantenay en 1910 pour la société anonyme des Vapeurs Brestois. Il jauge environ 160 tonneaux, il est propulsé par un moteur de 400cv. Il peut embarquer l'été 380 passagers en mer, 480 en rade.

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Le Crozon, absolument bondé de passagers, arrive au Fret. Il ne peut s'agir que d'une excursion ou d'une fête dans la presqu'île.

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Le vapeur Plougastel, venant d'arriver au Fret. Construit en 1912 à Nantes pour les Vapeurs Brestois. Remorqueur ordinaire et bateau à passagers, jauge 160 tonneaux, longueur 33 mètres, machine de 400 cv.

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Le Morgat, navire en acier, le plus grand de la flottille, construit en 1896 à Nantes, 215 tx, 47 mètres, acquis par les Vapeurs Brestois, provenant de Rouen. Il assure aussi la ligne du Fret. On remarque sur la gauche de la photo un bateau pêcheur "kerhorre".

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Le service occasionnel :

Outre les lignes régulières, tous ces vapeurs amenaient excursionnistes, pèlerins, touristes, aux fêtes et pardons de la rade de Brest et ces rassemblements de Pâques à l'automne étaient fort nombreux.

Excursion au Ménez-Hom pour le pardon de Sainte-Marie-du-Ménez-Hom, qui se déroulait le 15 août.
Les Vapeurs Brestois amenaient les pélerins jusqu'au lieu dit "Le Passage" en Trégarvan. Les passagers étaient amenés à terre, puis repris le soir, par les canots du bord et peut-être aussi par des embarcations locales. Il y a par la route actuelle, environ 7 km du Passage à la chapelle de Sainte-Marie.
Je dois cette information à monsieur Georges Fitamant, qui m'a communiqué également six cartes postales des éditions Jos Le Doaré de Châteaulin, représentant le vapeur Plougastel 

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Trégarvan se trouve sur l'Aulne maritime, entre le pont de Térénez et le confluent avec la Doufine (rivière de Pont de Buis.


Pélerinage à Rumengol par Le Faou

Anecdote : Je ne me souviens plus du journal d'où j'ai extrait cet article il y a fort longtemps.,  peut-être le Finistère, ou le Bas-Breton?

10 juin 1882

"Nous recevons avec prière de la publier la note suivante qui nous est communiquée par des excursionnistes de Rumengol. ( Notre-dame de Rumengol, célèbre église de pèlerinage à 2 km du Faou) .
Les quais de la petite ville du Faou présentèrent dimanche un aspect inaccoutumé et fantastique. Deux rangées de tentes dressées par les soins du gouvernement servaient de campement à 150 brestois abandonnés par les compagnies des paquebots de la rade qui en prennent bien à leur aise en se moquant du public qu'elles allèchent par des affiches trompeuses.  "Rien de féérique comme ces ombres s'agitant pendant la nuit autour des feux du bivouac". Plusieurs abandonnés voulant quitter cette terre inhospitalière avaient pris passage sur des gabares amarrées le long des quais du rivage. Mais la bonne dame de Rumengol n'entendait pas lâcher ainsi ses visiteurs.  Elle fit échouer les barques  sur les bancs de vase qui forment la rivière du Faou et les abandonnés passant alors à l'état de naufragés furent obligés de passer la nuit à la belle étoile et d'admirer forcément le panorama de la rivière du Faou au clair de lune en attendant que Neptune leur envoya le flot sauveur pour faire de nouveau flotter leurs galères et les ramener... au quai du Faou.


"Excusez lecteurs cette histoire est vraie. 150 personnes sont bien restées abandonnées par messieurs Pennors et Roux* sur les quai du Faou où d'après les affiches placardées en ville les vapeurs devaient venir les prendre à 6h du soir pour les ramener à Brest. "L'administration n'avait pas pensé à envoyer des tentes mais en revanche les maîtres d'hôtel et les cabaretiers du Faou ont reçu d'une façon très courtoise et au plus juste prix les malheureux abandonnés par les compagnies de vapeurs de la rade. Les voituriers y ont ausi gagné. Plusieurs personnes à court d'argent ont été obligées de regagner Brest à pied, une dizaine de lieues dans les jambes.

C'est égal, on avait vu jusqu'à ce jour oublier une canne, un parapluie, même une belle-mère, mais ce qu'on n'avait pas vu encore, c'est oublier 150 personnes qu'on avait promis d'aller prendre au quai du Faou et qui à 1F par personne aurait produit 150F de bénéfices à messieurs les armateurs.

Quand donc réglementera-t-on les administrations de bateaux à vapeurs qui font des services publics. On a bien réglementé les chemins de fer.


*Pennors et Roux, armateur brestois, le second sera le fondateur des "Vapeurs Brestois"

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Cette illustration de Jos Le Doaré, n'a rien à voir avec l'anecdote précédente, mais montre bien l'afflux de pèlerins sur les quais du Faou les jours de pardon à Rumengol. Le vapeur ici doit être le Crozon ou le Plougastel.

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Le vapeur l'Express, lors d'une excursion au Passage en Plougastel, ne peut approcher de la cale par manque d'eau. Pour quelques dizaines de mètres, les passagers doivent débarquer avec les canots du bord. Remarquer le chargement du canot qui s'écarte du vapeur. Quelqu'un éternue à bord et c'est le chavirage assuré.

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Un autre vapeur familier de la rade de Brest, le Rapide, ici en excursion à Morgat. Les passagers en "habits de dimanche", sont portés par les matelots jusqu'au canot qui doit les ramener à bord depuis la plage. Le Rapide est facilement identifiable sur les cartes postales à son avant "de chalutier".

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La chapelle Saint-Jean, à l'embouchure de l'Elorn rivière de Landerneau. Haut-lieu de pèlerinage pour les Brestois amenés là en foule par les vapeurs de la rade. Une estacade en bois permettait l'accostage des bateaux.

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Le 24 juin 1890, un drame. C'était au tour du Travailleur d'embarquer son lot de passagers pour le retour. (On reconnaît le Travailleur sur cette carte postale plus récente, c'est le deuxième à partir du débarcadère, cheminée noire). L'estacade  surchargée d'une foule impatiente de rentrer à Brest soudain s'effondra. Soixante personnes se retrouvèrent à l'eau. On dénombra neuf morts dont Jules Bondon, un courageux sauveteur qui succomba après avoir ramené six personnes à la grève. Une rue de Brest la rue "Quartier-maître Bondon" lui rend hommage.

La ligne de Douarnenez :
Au nombre des vapeurs effectuant un service régulier à partir de Brest, il faut mentionner La Glaneuse.

cf la glaneuse














La Glaneuse de la compagnie Chevillotte Frères,  reliait le port de commerce à Douarnenez en trois heures, transportant marchandises et passagers. Le bateau qui jaugeait 147 tx avait été construit en Ecosse en 1888. Vendu plusieurs fois après 1919, il a continué à naviguer sous le nom de Fromveur.

Dans une catégorie à part : l'Antelope,  BREST-PLYMOUTH

Ce  steamer anglais de la Great-Western Railways, a longtemps servi de navette entre les grands paquebots transatlantiques en rade de Plymouth et les quais. Il a été mis en 1907, sur la ligne transmanche entre Plymouth et Brest pour le transport des passagers mais aussi des marchandises et plus particulièrement à la saison, les fraises de Plougastel.

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Ci-dessus, l'Antelope arrivant au port de commerce à Brest
Ci-dessous, l'Antelope à quai à Brest, au second plan une gabare chargée de bois à feu.


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Je compléterai ultérieurement cet article avec en particulier une carte sommaire de la rade de Brest avec les ports mentionnés.
                                           JPC  mars 2010

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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 18:25


Quelques notes à propos d'hydravions


Anecdotes :

 

Hydravions en difficultés dans la chaussée de Sein.

 

1916, 14 septembre, le baliseur  Léon Bourdelles, des Ponts et Chaussées est en route de La Vieille vers l’île de Sein lorsque dans le chenal d’Ar Vas Nevez il est survolé par un hydravion qui lui lance un flotteur. Celui-ci récupéré à l’aide d’un canot porte un message ainsi libellé : «  Hydravion PC1 avec 4 hommes se trouve à deux milles nord  -   80°  -  ouest, du feu de Sein. Venez porter secours et  prévenez Nord par TSF ».

 

[Le Nord et le Pas-de-Calais étaient des petits paquebots « transmanches » à roues, réquisitionnés le temps de la guerre 14-18 et transformés en bâtiments bases pour hydravions. Ils patrouillaient entre Cherbourg et la Gironde cherchant à repérer les sous-marins allemands. Je suppose que les hydravions du Nord étaient immatriculés N1 etc… et ceux du Pas-de-Calais, PC1 etc…]

 

 Le baliseur fait route et aperçoit l’aéronef au milieu des brisants de la chaussée de Sein, du côté d’Euridi. L’ingénieur des Ponts et 4 hommes prennent place dans un canot. Avec de grandes difficultés, ils rejoignent l’hydravion. Trois des naufragés transis de froid, embarquent sur le canot, le lieutenant de vaisseau qui commande le PC1 ne veut pas quitter son bord ; le canot réussit finalement à remorquer l’hydravion jusqu’au baliseur.

 

L’hydravion qui avait prévenu du drame vient alors se poser près du Léon Bourdelles,  sans doute à cours de carburant. Son commandant de bord demande à son tour la remorque. Une tentative de passage de touline échoue. Heureusement arrive le Nord, qui le récupère en dérive, puis embarque également le PC1. 


Ci-dessous, le Léon-Bourdelles, baliseur des Phares et Balises, transbordant du matériel sur Armen

pb leon bourdelles







               
      



Ci-dessous le Léon Bourdelles à son poste à quai habituel à Brest

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Un accident matériel au Conquet

 

1919, Lu dans « Le Courrier du Finistère », Le Conquet,  un hydravion contre la falaise. Deux hydravions du centre de Laninon revenaient d’une reconnaissance en mer, mais l’intensité de la brume ne leur permettant pas de se diriger facilement, les aviateurs se trouvèrent soudain face à la falaise à l’entrée du port du Conquet.  L’un des hydravions put éviter de donner contre les rochers, mais le deuxième, le G16 les toucha et capota. Les deux aviateurs qui le montaient, le second-maître pilote Morvan et le second-maître mécanicien Lange furent légèrement blessés. Ils ont été conduits à l’Hôpital Maritime, l’hydravion a été ramené à Brest.

  

Une escale imprévue

 
hydr-cosquies-1-app.jpg

A une date non précisée, entre les deux guerres, deux hydravions ont amerri dans la rivière, entre le Cosquiès et le Croaé, le BR21 et le BR22. En cherchant dans des bouquins spécialisés, il semblerait que ce soient des  Lioré et Olivier : Leo H255 de 1933. (Merci de me corriger*). Je me souviens avoir eu entre les mains un troisième cliché, représentant deux marins « faisant la chaise » pour en porter un troisième, et arrivant sur la grève du Croaé. Ma tante Elisa Causeur, m’avait alors dit, qu’un matelot blessé au pied avait été débarqué d’un hydravion,  pour consultation chez le docteur du Conquet.


hydr-cosquies-2-app.jpg














La passerelle n’existait pas à cette époque. On distingue l’amorce du chemin dallé qui permettait aux piétons de traverser sans trop se mouiller les pieds. Le canot échoué avec une moustache bleu-blanc-rouge est « La Belle » à Jean Louis Miniou.

*Correction : mise au point : un lecteur, monsieur David Muller identifie, et je pense qu'il a tout à fait raison, les deux appareils comme des Farman F 168,  (hydravions de bombardement ou de torpillage, de 1928). Le site www.aviafrance.com/6620.htm, qu'il nous donne comme référence présente en effet un Farman F 168, très semblable aux clichés proposés plus haut. 

Monsieur Muller,que je remercie,  nous précise que les deux appareils proviennent du centre d'entraînement de Brest-Laninon.

image[1]-copie-1



Farman F 168.
 












Par un nouveau courrier, monsieur Muller nous donne les caractéristiques de l'appareil :
Farman F 168, hydravion à flotteurs, bimoteur, multiplace (5 hommes d'équipage)
Il était motorisé par deux "Gnome-Rhône" de 480 cv
Hélices à quatre pales.
Longueur 15,178 m, envergure 26,25 m, vitesse maxi 170 km/h

Le Farman F 168 a servi au sein de la section d'entraînement de Brest de 1929 à 1938.

Et "cerise sur le gâteau", monsieur Muller nous révèle le lien :
www.aerostories.org/~aeroforums/imagerie/aff.php?img=lucien/far168.jpg   

Qui nous amène à cette photo superbe et inattendue, du F 168 :  le BR 22, en vol en compagnie du BR 24                              

                         
  aff[1]



















En consultant le forum Aerostories, j'ai découvert l'intensité des échanges entre les différents participants, pour identifier ces aéronefs en escale au Conquet.  Je remercie donc particulièrement monsieur Lucien Morareau qui a levé le doute entre le F 165 et le F 168 et surtout qui a fourni le magnifique cliché reproduit ci-dessus. Monsieur Morareau précisait que ces appareils embarquaient à l'occasion des élèves de l'Ecole Navale (bâtiments juste au-dessus de Laninon, actuel C.I.N),  pour leur faire découvrir l'aéronavale.
 


JPC/ février-mars 2010 

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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 18:02
L'entrée du port, mercredi 24 février 2010

Coefficient de morte-eau, 38-42,
Vent de sud-ouest 31 noeuds établis autour de 13h à la pleine mer, avec rafales sous grains..
Forte houle.

La violente tempête annoncée a fort heureusement épargné notre pointe du Finistère. Cependant les vagues s'écrasant contre la digue Sainte-Barbe donnent toujours des photos spectaculaires.

Voici donc quelques photos prises depuis ma fenêtre, pointe des Renards entre midi et 14 heures.
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 ...24/02/2010  JPC




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