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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 13:48

Canot de sauvetage "Patron Aristide Lucas"
En station au Conquet de 1964 à 1998

    EXTRAIT DE "LE CONQUET : HISTOIRE DU SAUVETAGE EN MER" / (JPC Inédit)

LE QUATRIEME CANOT DE SAUVETAGE A MOTEURS : « PATRON ARISTIDE LUCAS »

 

Construit par les Chantiers Navals de Normandie, Lemaistre Frères à Fécamp, il vient en 1964 remplacer au Conquet le Rigault de Genouilly avarié sur son chariot en 1962 lors d'une mise à l'eau et irréparable. L’abri de la pointe Sainte-Barbe est resté vide pendant deux longues années.

 

Le lancement du Patron Aristide Lucas

 

Gros titre du journal le « Progrès du Havre » du mardi 24 septembre 1963 : « Les Chantiers Navals de Normandie, Lemaistre Frères à Fécamp ont effectué, samedi dernier la mise à l’eau d’un canot de grand sauvetage construit pour le compte de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés, dont l’administrateur délégué est le commandant Durand-Gasselin. Ce canot dont la silhouette rappelle le « Onésime-Frébourg » de la station de Fécamp, issu de ces mêmes chantiers, porte le nom de « Patron-Aristide-Lucas » et est destiné à la station du Conquet… Avant la livraison il sera procédé à une série d’essais sous le contrôle de messieurs les ingénieurs du service de la Surveillance de la Marine. Ainsi d’ici quelques jours le Patron Aristide Lucas dont la conception et la construction font honneur aux Chantiers Navals de Normandie, ira renforcer la flotte de la S.C.S.N et sera un outil précieux entre les mains de ceux qui ont accepté la mission d’assurer la sécurité en mer et de « sauver ou périr »

De nombreux mois vont s’écouler avant que le bateau qui semble fin prêt sur la photo qui accompagne l’article, ne rejoigne le port du Conquet, puisqu’il n’y  arrivera qu’en début mai 1964.


arilucjnalhavre.jpg


arilucfecamp.jpg
Le Patron Aristide Lucas au chantier à Fécamp. (Photo Le Progrès du Havre)
Il porte le nom d'Aristide Lucas en mémoire du patron du canot de sauvetage Nalie-Léon-Drouin, décédé en 1940.


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sns-ariluc-essais-neuf.jpg

Le canot neuf pendant ses essais. Photo SCSN Paris.













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L’arrivée au Conquet  seulement sept mois et demi plus tard

 

On peut lire dans « Le Télégramme » du 2 mai 1964 : « Le Conquet était en fête hier après-midi ; à 15h30, escorté d'une kyrielle de bateaux de pêche pavoisés, le nouveau canot de sauvetage  Patron Aristide Lucas faisait fièrement son entrée dans la baie. »

 

Parti de Fécamp le bateau avait fait une première escale à Cherbourg, puis une autre à Roscoff. Le rendez-vous étant prévu vers 14h à l’entrée du Conquet, Louis Marec et son équipage, en avance sur l’horaire ont attendu devant Corsen que les bateaux venant à leur rencontre apparaissent devant Kermorvan pour finir leur route.

A bord du navire pour  la traversée Fécamp-Le Conquet, il y avait : un pilote de la flotte, un administrateur de la SCSN : le commandant Durand-Gasselin, le patron Louis Marec, le sous-patron Alexis Vaillant, et un canotier Auguste Lucas (dit “Jean Luc”).


ARILUCARRIVE.jpg
L'arrivée au Conquet le 1er mai 1964, photo Le Télégramme.




 










Principales caractéristiques du canot

 

Construction bois. Insubmersible et auto-redresseur. Longueur 14,20 mètres, largeur 4,12 mètres, déplacement 20 tonnes, propulsé à 9,5 noeuds par deux moteurs Baudouin de 75 chevaux entraînant chacun une hélice. Il est équipé d’un poste de radiotéléphonie PNQ11 de 32w.


CSLANGL---Copie.jpgLe canot de sauvetage Patron Aristide Lucas  en haut de sa rampe de lancement (Photo Michel Langlois 1966).
L'abri  sur pilotis est encore dans son état d'origine. Les travaux de 1970 (allongement du môle Saint-Barbe) et de 1991, (construction du quai Vauquois) ont depuis modifié son environnement.
 





Fondation de la SNSM :
1967 : pour mémoire la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés (SCSN) fusionne avec les Hospitaliers Sauveteurs Bretons (HSB).  Les coques des embarcations de la SCSN étaient peintes en vert, celles des HSB en bleu. En leur souvenir, la Société Nationale de Sauvetage en Mer (SNSM) a attribué la couleur verte aux coques de ses canots tous temps et la couleur bleue à celles des vedettes de toutes catégories.


sns ariluc lanc jpc v 1970

                     Vers 1970-72, photo JPC, le canot est toujours dans sa version d'origine.

Des améliorations :

En février 1974, à Camaret, pose d’un radar, puis du 3 au 6 juillet 1974, immobilisation à Camaret au chantier Lastennet, pour l'installation d'un rouf sur le poste de pilotage.

ari-nb-alexis.jpg


Remontée du canot avec son rouf sur le poste de pilotage, le radar est en place. Louis Marec (casquette), Alexis Vaillant (pull SNSM) et un jeune homme non identifié.
Photo JPC vers 1975.



 








Une cure de rajeunissement et du confort :

En 1983
,  20 ans après son lancement, le Patron Aristide Lucas subit à Saint-Malo une refonte complète. Une timonerie en alu et verre remplace le rouf de 1974 et deux moteurs neufs sont posés, des Baudouin D6 106 de 140 cv chacun. Ces moteurs sont plus légers que les précédents, le canot lève plus le nez, mais ne gagne rien en vitesse.



sns-ariluc-lanc-1983-et-ouessantine.jpgSeptembre 1983, lancement de l'Aristide Lucas, pour une alerte "planche à voile en difficulté" devant le Trez-Hir.
A droite la vedette des phares et balises Velleda.  Photo JPC.

 

 

 







Numeriser.jpg


Photo sans date : de gauche à droite : Henri Le Borgne, (canotier), Armand Cudennec (vice-président), Camille Gélébart,(plongeur)  Jacqueline Daniel (trésorière), Joël Provost, (président), Jean Marie Le Bris (patron), Marcel Vaillant, (patron), René Lopin, (mécanicien-treuilliste), Patrick Le Borgne, (canotier).



















CHARIOTEAU.jpg 
Photo JPC, vers 1985
Le canot a été descendu à l'eau. A cette époque le pneumatique n'était pas encore installé sur le toit de la timonerie.

Le chariot attend d'être remonté.







La manoeuvre de remontée du canot consistait à le poser en marche arrière sur le chariot immergé, la chaîne centrale était fixée sur un croc à l'arrière du canot, les deux élingues croisées étaient tournées sur les taquets tribord et bâbord. La lisse bâbord appuyée sur le balestron (mât métallique) indiquait que la quille du canot était bien posée dans l'axe du chariot. (Photos de détails à venir dans une suite à cet article)

Anecdotes :
Le 24 avril 1990, le Cross-corsen demande la sortie du canot pour une intervention en mer. Impossible de remonter la porte de l'abri au-delà d'un mètre cinquante. L'enrouleur est cassé. A 19h le président déclare le canot indisponible. L' Aristide Lucas restera coincé jusqu'au 1er juin à 10h15.

Le 11 novembre 1991, le Cross-Corsen demande la sortie du canot pour assister un voilier en panne de moteur vers les Pierres Noires, le Patron Aristide Lucas est lancé, mais dès qu'il flotte, le patron s'aperçoit que la barre ne répond plus, le canot est remis sur son chariot et hissé, on s'aperçoit qu'un safran s'est détaché et a disparu. Le lendemain, Patrick Le Saout, surveillant de port le retrouvera, en plongée.

Le 6 juillet 1992, le canot est mis à l'eau le temps de la vérification d'une roue de chariot défectueuse.
Ceci fait, le chariot est remonté pour test, mais arrivé à la porte de l'abri, il dévale la pente en "roue libre".
Les serres-câbles ayant glissé, libérant la cosse de fixation au chariot. Le chariot qui n'a pas déraillé sera remonté un peu plus tard, et le canot regagnera son abri le 8 juillet.

29 mai 1993, au cours d'un lancement, le chariot déraille en fin de course et tombe de la cale. Il faudra faire venir de Brest un puissant camion-grue pour le remettre en place.


sns-ariluc-canotiers-abri-oct-92.jpg















Devant la porte de l'abri, en octobre 1992 : Didier Quentel, René Lopin, Jean Pierre Clochon, Jean Claude Lucas, Jacqueline Daniel  (trésorière), Armand Cudennec, (vice-président), Joël Provost (président) Marcel Vaillant, Jean Michel Le Lann, Jean Claude Vaillant, Patrick Le Borgne , François Le Drévès, Joseph Vaillant.

PALABRI.jpg
Le canot, (antennes radio et mâtereau avant rabattus), et son chariot entraient de justesse dans l'abri. Le canotier à l'avant, en l'occurence Yvon Vaillant,  patron-suppléant, n'aura que quelques centimètres de marge, au-dessus de sa tête, au passage du linteau de porte.On remarque et c'est toujours le cas, que l'inscription rouge sur fond blanc Société Centrale de Sauvetage des Naufragés, ancêtre de la SNSM a été consérvée au fronton de l'abri. (Photo JPC)















sns-ariluc-visite-drellach.jpg

Eté 1995, le public peut visiter le canot à quai au Drellac'h, à l'occasion d'une manifestation nautique. Photo  JPC.













sns-ariluc-brest-arsenal.jpg
Le Patron Aristide Lucas aux fêtes de Brest 96. Photo JPC.















Ci-dessous, photo d'août 1996
Au mouillage sous la digue, le canot neuf  "Ile d'Ouessant", immobilisé sur ennuis moteurs.CHARIOTSEUL .



Pour mémoire : la longueur de rails entre l'enrouleur de treuil et le bas de la cale est de 110 mètres.










De l'abri au corps-mort :

Au cours des années 1995-96, puis 97,  la mise à l'eau du canot de sauvetage devient de plus en plus problèmatique, voire dangereuse.

sns-ariluc-treuil-jean-bris.jpg
Dans l'abri aux murs très dégradés, le treuil et le moteur Baudouin DB2.
Aux manettes Jean Bris patron du canot et treuilliste. Il a succédé dans cette dernière activité à  Jopic Floc'h.








- La cale de lancement, rails usés et piliers de soutènement dégradés (particulièrement lors des travaux du quai Vauquois quand un chaland de dragage était amarré sur l'un de ces piliers). Elle vibre lors de la descente des 20 tonnes du canot et des 5/6 tonnes du chariot, inquiétant fort l'équipage à bord.
-Le chariot est fatigué, ses roues se grippent facilement.
-La porte, un vrai calvaire pour la remonter! Chaque canotier avant le lancement, donne une dizaine de tours de manivelle, puis le dos de la main écorché, céde la place au suivant...
-L'affaissement des rails au passage de la porte, et en bout de course, limite la pente initiale et le canot peine à franchir le seuil de son abri.

Une première solution fut de rehausser les rails en butée, sous les roues arrières du chariot. Mais bientôt cela ne suffit plus. Il  fallut même demander, lors d'un départ en intervention, au public présent de pousser sur le chariot pour qu'il consente à sortir du hangar.


sns-ariluc-abri-roue-chariot.jpg


Dans l'abri, du matériel bien rouillé. (Trois photos Michel Langlois)
 

(A propos de la cale, l'équipage n'était autorisé à descendre du canot que lorsque la cale était placée et calée à la masse sous la roue arrière droite du chariot)

















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sns ariluc chariot rouille abri


L'intérieur de l'abri , à gauche l'escalier qui permettait à l'équipage de monter à bord du canot.  On distingue en bouts de rails les pièces rajoutées pour surélever les roues arrières du chariot et améliorer la vitesse de sortie au passage du seuil de la porte.




















sns ariluc abri chariot

L'état du chariot justifiait les craintes du comité local.


Le dernier lancement :

Finalement, en raison de tous ces inconvénients et surtout du risque encouru par les canotiers lors des descentes et remontées, le comité local SNSM du Conquet a décidé d'installer le canot Patron Aristide Lucas sur un corps-mort à l'abri de la digue Sainte-Barbe. Une page dans l'histoire de la station était tournée

sns ariluc dernier lanc 1997Le 4 juillet 1997, pour la dernière fois le canot Patron Aristide Lucas descend à la mer sur son chariot. Il sera désormais embossé à flot sous la digue Sainte-Barbe. A l'arrière, en veste rouge, le président Didier Quentel. Photo JPC






















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arilucmouill1.jpg







Le canot sur son mouillage, chaîne à l'avant maillée sur un anneau de la digue Sainte-Barbe, deux aussières à l'arrière sur chaîne traversière. Photo JPC















Une fin d'activité difficile :

Les dernières années du bateau au Conquet n'ont pas été une partie de plaisir pour ses équipages et surtout pour les mécaniciens. Rares ont été les sorties ou le canot est rentré au port sur ses deux moteurs. Mais enfin, vaille que vaille, toutes les missions ont été effectuées, en dépit aussi d'entrées d'eau dans le peak arrière qui allourdissait la marche du navire.

Une dernière intervention :

La dernière intervention de sauvetage du Patron Aristide Lucas a eu lieu le 9 octobre 1998. Le canot Patron Aristide Lucas est ce jour-là requis par le Cross-Corsen pour une évacuation sanitaire à l’île Molène. Départ 13h30 du Conquet avec une équipe de pompiers, le temps est beau, la mer belle, le canot est de retour au Conquet vers 16h. Sa remplaçante la vedette de 1ère classe SNS 105, arrivée de Saint-Malo au Conquet le 8 octobre après un voyage plein de péripéties, n'était pas en état de reprendre la mer.

Un bilan : en 34 ans de station au Conquet, le Patron Aristide Lucas a effectué entre 150 et 200 interventions tant de sauvetage que d'évacuations sanitaires. (Faute d'archives complètes, il n'est pas possible d'avoir un compte précis).

   

Le désarmement et le transfert au Cross-Corsen

 

Le Patron Aristide Lucas est désarmé pendant quelques mois au Croaé dans l’aber du Conquet. Puis dans une grisaille boucailleuse bien bretonne, le 3 avril 1999, en début d’après-midi, il franchit une dernière fois le bout du môle Sainte-Barbe.
A la barre Louis Marec, le patron qui a amené voici 35 ans le canot neuf au Conquet. La lueur jaune-orange de quelques fumigènes mélée à la brume rend le spectacle encore plus triste. La Jeanne Pierre  l’accompagne dans son dernier voyage. Mis au sec sur une grève à Porscave dans Laber-Ildut, le bateau a été gruté sur un plateau de remorque routière quelques jours plus tard et installé devant les grilles du Cross-Corsen.


arilucrteporsca.jpgLe Patron Aristide Lucas en route pour Porscave (Lampaul-Plouarzel). Le temps s'est levé...

Le bateau a encore fière allure. A l'avant  Jean Pierre Lucas, François Drévès, Patrick Le Borgne Camille Gélébart. A la porte de la timonerie, Raymond Lucas, Jean Pierre Clochon. A l'arrière, Marcel Vaillant, Marcel Riou, Jean Marie Le Bris et Henri Le Borgne. (Photo SNSM Le Conquet)




LOUISMAREC.jpg
 
Patron au premier jour, patron au dernier jour, Louis Marec a repris du service pour convoyer le désormais "vieux canot" dans sa dernière traversée maritime.
(3 avril 1999, photo JPC)




 























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Vingt tonnes au croc de la grue  "Ouest-Manutention" d'Henri Clochon, le Patron Aristide Lucas est définitivement sorti de son élément marin. (Photo JPC)



               















Ci-dessous, le convoi arrive devant le Cross-Corsen, destination finale du Patron Aristide Lucas (photo JPC)
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Quelques temps plus tard, l'ancien canot de sauvetage du Conquet a repris des couleurs vives, grâce aux pinceaux de quelques dévoués et courageux bénévoles. Photo JPC












Aujourd'hui le Patron Aristide Lucas est toujours entretenu par d'anciens canotiers du Conquet, en particuliers de descendants d'Aristide Lucas, avec l'aide logistique de la municipalité de Plouarzel.

A cet article fera suite prochainement un complément de photos, et une évocation des sorties les plus mémorables du "Patron Aristide Lucas". En dépit d'une importante collection de photos, je n'en possède pratiquement pas de la période entre 1974 et 1983, lorsque seulement un rouf couvrait le poste de pilotage, mais vous en avez peut-être ?

           JPC, membre de la SNSM du Conquet depuis 1988, canotier titulaire depuis 1992. 




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29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 12:02

Le port du Conquet connut dans les années 1880-90, un projet de base avancée pour les torpilleurs côtiers.

 

En cette fin XIXe siècle, La Défense Mobile à Brest se composait d' un certain nombre de petites unités armées de torpilles, qui avaient leur poste d’amarrage au port de commerce, entre l’extrémité des bassins et la digue sud.  Les usagers du port du Conquet et la municipalité qui sollicitaient depuis longtemps des pouvoirs publics la construction d’une digue de protection à la pointe Sainte-Barbe, ont vanté à la Marine l’intérêt qu’elle pourrait avoir d’un mouillage abrité donnant directement sur le chenal du Four et de là sur l’Iroise. L'espoir des Conquetois de voir la préfecture maritime les aider a été déçu, le dossier a été classé sans suite.


 tor-brest.jpg




















Les torpilleurs de La Défense Mobile à Brest , au centre faisant sécher ses pavillons, le torpilleur de haute-mer Audacieux, basé à Brest de 1901 à 1909, à sa droite la Trombe, navire identique de 130 tonneaux, 4 200 cv, 2 chaudières, 2 hélices, vitesse 28 noeuds, 50 hommes d'équipage, 2 canons de 47 mm et 2 torpilles. De part et d'autre, 2 petits torpilleurs numérotés. (CP collection JPC)


Les torpilleurs côtiers
, qui ne portaient pas de nom mais un numéro, jaugeaient pour les plus anciens,  une cinquantaine de tonneaux, pour une longueur d’une trentaine de mètres. Ils étaient propulsés par une machine de 300/400 cv.

L’escadre de son côté comprenait des torpilleurs et contre-torpilleurs dits de « haute mer »  d'un tonnage plus important.

 
tor-brest-1.jpg
Torpilleurs de haute-mer vers 1900 en rade abri. Au premier plan le Mangini, construit en 1893, en station à Brest en 1903. (CP collection JPC)

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Voici quelques "heurts, malheurs et autres aventures" de ces torpilleurs,  que j’ai extraits des collections du journal « Le Yacht » (Archives de la Défense à Brest), il y a quelques années.

 

1895, Le Yacht Brest le 11/3, le 9/3, un accident de machine est arrivé au torpilleur 73 de la défense mobile de Brest, dans le S .E d’Ouessant. Le 73 remorqué par un autre torpilleur a pu gagner Le Conquet non sans que les secousses occasionnées par la grosse mer, eussent plusieurs fois cassé  les remorques. Le lendemain la mer ayant encore grossi, il fallut envoyer au Conquet le Haleur fort remorqueur de la DP qui ramena à Brest, non sans peine, le torpilleur avarié.

 

1895, Le Yacht du 29 juin, le ministre vient d’autoriser les réparations du torpilleur 84 qui s’était fait au mois de mai quelques avaries de coque en touchant une roche près de la pointe de Corsen. La réparation de la coque et de la chaudière (type Orioll), a coûté 9 000 francs.

 

tor-kmorvan.jpg




















Vers 1900-1905, un petit torpilleur remonte le chenal du Four. Je n'ai jamais su à quoi servait à cette époque la "mire" sur le fort de Kermorvan. On remarque dans la grève de Pors Seillon de grandes quantités de goémons épaves. Ce n'est plus jamais le cas.

1895, Le Yacht du samedi 22 juin, samedi dernier, le vapeur de 757 tonneaux de jauge Isebergues (ou Iceberg ?) de La Rochelle, s’est échoué par temps de brume sur la roche des Chats, à la pointe sud-est de l’île de Sein. Le remorqueur Laborieux a pu le déséchouer et l’escorter à Brest. Une partie du chargement de poteaux de mines à été jetée à la mer. Les torpilleurs 83 et 23 ont participé à l’opération

 

1896, Le Yacht du 21 novembre. Vers 3h ½ de l’après-midi, collision à la fin d‘un exercice entre les torpilleurs 83 et 61 de la défense mobile de Brest, à trois milles dans le nord-ouest du cap de la Chèvre, sur l’alignement des roches du Bouc et du Chevreau par des fonds de 25/30 mètres.

Les circonstances : après un tir fictif sur le  torpilleur 61, le torpilleur 83 au-lieu de dégager par derrière l’autre navire, a cru pouvoir passer devant et l’a abordé en plein milieu, lui crevant deux cloisons étanches. Le 83 a coulé, on déplore la mort d’un de ses apprentis chauffeurs dont le corps n’a pas été retrouvé.

La Glaneuse qui passait là, allant de Douarnenez sur Brest, ainsi que le cotre Jeanne d’Arc, ont pris des blessés à leur bord. Le torpilleur 81 dirigé par le préfet maritime sur zone a pris le 61 en remorque vers Brest, le convoi étant escorté par la Glaneuse, tandis qu’un médecin du Borda était expédié par le torpilleur 145 à la rencontre de la Jeanne D’arc qui accosta le Navarin, bâtiment base de la défense mobile à 9h30 du soir.

Le torpilleur 83 était de la classe des 35 mètres, d’une série de 50 bateaux identiques.

Le torpilleur 61 est un autre modèle construit par les chantiers Normand.

 

1897, Le Yacht du samedi 20 novembre, Brest le 17, jeudi le torpilleur de haute mer de réserve, Tourbillon en passant entre les Tas de Pois dans la brume et parmi des bateaux de pêche, aperçoit soudain devant lui le plus grand Tas de Pois. Le commandant met en arrière toute mais le bateau vient taper la roche de son étrave. Le choc a été amorti par le tube lance-torpille. Le Tourbillon a pu faire seul route Brest, les cloisons étanches ayant tenu.

 

1898 Le Yacht du samedi 2 avril, Brest le 29 mars, dimanche sortie d’un groupe de l’escadre du Nord (Croiseurs Friant et Epervier, torpilleurs de haute mer Mangini et Ariel plus des torpilleurs de la défense mobile : 183, 80, 73, 84), pour un exercice dont le but était de s’opposer à la deuxième division de l’escadre partie de Cherbourg.


torpilleurs-ARIEL.jpg





















Le torpilleur de haute-mer Ariel, (Histoire de la Marine. G. Toudouze 1934)

Au large de Labervrac’h, vers une heure du matin, le Friant à 10 nœuds voit l’Ariel à 14 nœuds croiser sa route. Abordage inévitable malgré la mise en arrière toute du Friant par le capitaine de vaisseau Melchior. Le Friant est entré par tribord dans la cabine des officiers de l’Ariel. Pas de blessés mais l’Ariel (lieutenant de vaisseau Benoît) a coulé par 60 m de fond à 10 milles dans le noroît de L’Abervrac’h.

 

1903, Archives SCSN, 1er décembre 1903, assistance au sloup Maria. Le sémaphore de Corsen vient de s'apercevoir  que le sloup Maria de Laberildut a démâté près de la pointe de Corsen dans un fort grain de nord-ouest, pluie et neige mêlées. L'alerte arrive par télégraphe au Conquet, on fait sonner le tocsin pour avertir les canotiers. Il est deux  heures de l'après-midi quand le canot appareille. Luttant contre la tempête les canotiers remontent le chenal du Four... Pendant ce temps l'aviso torpilleur La Salve croise par hasard le Maria et le prend en remorque. Les canotiers rencontrent le convoi dans le nord des Blancs-Sablons et font demi-tour. Devant Le Conquet Pierre Le Goaster prend le voilier en remorque, libérant le torpilleur. Il est plus de sept heures du soir quand transis et trempés les douze hommes du canot Mallats-Desmortiers 2 et les trois hommes du Maria débarquent au Conquet.


tor-salve.jpg
La Salve, aviso torpilleur construit en 1886, vitesse 18 nœuds. (CP collection JPC)

 

 1908, Sagaie, de Lorient, contre-torpilleur, 6 ans, 303 tonneaux, 69 hommes d’équipage, du large sur Molène. Echoué le 18 juin à l’entrée de Molène par beau temps et mer belle. Renfloué 24 heures plus tard. (AfMar Le Conquet)

 

Le Yacht du 27 juin 1908, long article. Dans la soirée du 18 juin, la Sagaie s’est échouée sur Basse-Suzanne en allant prendre son mouillage à  Molène à la fin d’un exercice. Le choc a été assez rude. Il a fallu accorer le bateau et débarquer son matériel car la marée baissait depuis 19 heures.

L’amiral Boué de Lapeyrère est venu sur place avec la Francisque (note : contre-torpilleur identique à la Sagaie) et les remorqueurs Laborieux et Haleur. Ce n’est qu’à la marée du vendredi soir, allégée de son charbon, de son armement et de matériels divers que la Sagaie a pu être remorquée à Brest entre deux allèges jusqu’au bassin de Pontaniou. Etrave écrasée, deux déchirures sur bâbord, quille abîmée, les arbres de couche faussés, gouvernail brisé etc… (Il avait fallu casser des têtes de roches pour faire flotter le bateau)

Note, La Sagaie sera réparée à Lorient et restera en flotte jusqu’en 1921.

 

1914, Le Yacht du 7 mars, Brest le 3 mars,  exercice de torpilleurs tous feux masqués dans le Goulet. Ils devaient forcer le Goulet sans attirer sur eux les projecteurs des guetteurs sur les deux pointes. « Il faut, dit le rapporteur de l’article, au commandant une énorme dose d’attention pour éviter les pointes et pour ne pas aborder les barques à voiles assez imprudentes pour s’aventurer dans cette bagarre. On est donc forcé de compter sur la chance et elle vous est fidèle 99 fois sur 100. Il y a hélas la centième,  et c’est sur elle qu’est tombé le torpilleur 367 dans la nuit de jeudi à la hauteur de la pointe des Espagnols vers  9 heures 30, en entrant brusquement dans la coque du sloop Elfine qui venait de Laber chargé de sable. Le choc fut violent, la mâture et le gréement tombèrent  à la mer et furent repérés lendemain  en dérive à la côte de Créac’h-Meur. Comme ils constituaient un danger pour la navigation, le baliseur Léon Bourdelles les a recherchés et retrouvés. Inutile d’ajouter que l’Elfine a coulé et avec lui son malheureux patron que le  torpilleur 367 a inutilement recherché après l’accident, ayant réussi à ne sauver que les deux hommes de l’équipage.

 

Note personnelle : contrairement à l’opinion du rédacteur de l’article du Yacht, ce n’est pas le torpilleur fonçant dans la nuit sans feux, qui a joué de malchance, mais bien les marins de la gabare de Lampaul-Plouarzel !!  Il faut dire que le chroniqueur du Yacht qui rédige les pages « Marine de l’Etat », a l'habitude de considérer que les navires de commerce et les navires de pêche n’ont rien à faire sur l’eau au voisinage des grands ports de guerre.  JPC

Les caractéristiques des différents navires de guerre cités peuvent être retrouvées dans le "Dictionnaire des bâtiments de la flotte de guerre française de Colbert à nos jours". Lt de Vaisseau Jean-Michel Roche.

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J'ai déjà évoqué dans le sujet sur les pilotes du Conquet cette possibilité pour des pilotes "civils", en l'occurence ceux du Conquet, de se qualifier par un examen comme pilote pratique de la flotte, et en cas de mobilisation d'être embarqués sur les navires de guerre.

torpill brevet le goaster

Pierre Marie Le Goaster a ainsi obtenu le brevet de pilote pratique titulaire des bateaux torpilleurs entre le passage du Four et Brest et du Toulinguet à l'île de Sein, c'est à dire dans sa zone d'exercice habituelle pour les navires de commerce.
24 juillet 1889.



torpill brevet le goaster verso - Copie

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HORS SUJET MAIS CONCERNANT LES "HEURTS ET MALHEURS DE TORPILLEURS"

 Un sacré coup de vent :

Le 26 octobre 1933, deux torpilleurs de 1 500 T  du type Bourrasque sont en manoeuvres en baie de Douarnenez quand, pour une raison que j'ignore, l'Ouragan vient aborder violemment l'Orage, s'occasionnant une sérieuse déchirure à l'étrave. Je ne sais pas quelles furent les avaries de l'Orage.


orage ouragan ct 23




















                                      L' Ouragan quand il portait le numéro de coque 23

orage ouragan



















                                          Après la collision, l' Ouragan est venu mouiller devant Morgat




orage ouragan ct 23 face
orage-ouragan-ct-23-emile.jpg



























Photos :
Album de famille JPC, mon oncle maternel, Emile Causeur faisait alors son service militaire à bord de l' Orage avant d'entamer une carrière dans la marine marchande. 


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HORS SUJET
: Un spécialiste pourrait-il m'identifier ce gros remorqueur à deux cheminées qui  attend pour passer sous le pont tournant que soit sorti le cargo de la compagnie BK. (Ces initiales peintes sur sa cheminée correspondent à l'armement Beck de Dunkerque). A ce même armement appartenait le Justin qui s'est perdu à la Vinotière en 1905
 remork-brest-copie-1.jpg


















                    Collection JPC, carte timbrée en 1914
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Et cet autre remorqueur qui sort le cuirassé République de Penfeld. Collection JPC, carte aussi timbrée en 1914.


remork-brest---republique.jpg


FIN DE L'ARTICLE ; janvier 2010/ JPC

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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 10:04

LA MAISON AU CADRAN SOLAIRE

Le 12 février 1970, en plein centre du Conquet, une bâtisse ancienne tombait sous le coup des pelleteuses.

C’était la maison au cadran solaire.

 

maison-cadran-demol-12-2-1970.jpg
Travaux de démolition,
photo Louis Jestin, correspondant du "Télégramme".  Cliché légendé : Maison de tonton Joseph.








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LOCALISATION-MAISON-CADRAN.jpg
 

La rue Lieutenant Jourden (ex Grand-Rue) aujourd'hui (2010).
La ligne A-B au sol représente l'emplacement de la maison au cadran.
En février 1970, l'actuel magasin de vêtements était une crêperie.



















Dans le passé de la maison au cadran

Au cadastre de 1841 elle figure sous le numéro 249, appartenant à madame veuve Arnoult, demeurant à Pont-L’abbé. Cette personne possède à cette époque  beaucoup de terres et maisons sur la commune du Conquet.



cadastre-centre-ville-conquet.jpg


 














Ci-dessous, sur le dessin de Louis Le Guennec d’après Lesage (1848), elle viendrait en continuation de celle sur le bord droit du croquis. Il ne nous est donc pas possible de savoir si elle possédait en façade, à cette époque,  un cadran solaire rectangulaire.



pl-du-marche-lg.jpg


 








X









Nombreuses représentations au début du XXe siècle

Cartes postales début 1900. Depuis 1841, le bâti donnant sur la Grand-Rue, entre les parcelles 247 et 251 a subi des modifications aux extrémités, mais la maison au cadran qui datait sans doute des XVII-XVIIIe siècle a gardé ses volumes d’origine.Le-bourg_-27---Copie.jpg








 



















Le cadran solaire était un rectangle gravé et peint sur le crépi du mur, marqué de lignes obliques figurant les heures du jour. L'ombre du bâton métallique projetée sur la surface claire permettait une lecture approchée de l'heure solaire.

Observons depuis la place du Marché,  l’extrémité de la Grand-Rue, côté gauche en allant vers Brest.
A l’angle du Casse-Cou, (rampe Lombard), la boucherie Floch, (encadrement sombre) qui fait aussi café et hôtel, avec écurie et remise. On lit sur le panonceau à hauteur du premier étage : « A la Descente des Voyageurs », « On sert à manger à toute heure », « Prix très modérés ».


Dans l’angle droit en bas de la carte postale, on identifie un bric-à-brac d’objets « en devanture de l’épicerie mitoyenne qui fait débit de boissons à emporter, vend œufs, beurre...  Le panneau vertical vante la « Crème Eclipse »

 
boucherie alim


La carte postale suivante,  jour de marché, une belle étude de costumes à faire. Devant l’épicerie, deux élégantes en robes blanches, châles noirs et cheveux savamment coiffés. Les gamins sont en sabots. Plus loin, toujours à gauche de la Grand-Rue, surmontant la tente dressée au-dessus d’un étal, on distingue sur le mur blanc, le cadran solaire gradué et son bâton métallique.  Un gros tas de fagots encombre la rue devant la maison suivante qui est une boulangerie.

 

ELD-0018

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EP--0006
 Ci-dessus, sur cette carte postale de qualité médiocre, on distingue la porte de l'épicerie, très encombrée. J'ai localisé le cadran par une petite étiquette.



gd rue avec balai

Autre carte postale, ci-dessus, la rue est dégagée, un homme nettoie le caniveau. A gauche on identifie bien l’alimentation, on lit sur le panneau mural qu’elle fait aussi charcuterie, puis la maison au cadran, puis la boulangerie et une enfin une très grande maison de facture plus récente. Plus loin, de l’autre côté de la place, l’hôtel de Bretagne.


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gd rue procession 



















Ci-dessus, procession de la Fête-Dieu, les façades sont tendues de draps blancs, ici on distingue bien en haut à gauche, le cadran solaire et son bâton. On remarque un défaut d'entretien certain, un gros morceau de crépi est tombé.

grand-rue-degagee.JPG

Autre vue de la grand-rue en enfilade. La charrette arrive devant la porte de la boulangerie. Première entrée sur la droite, une femme en robe noire et coiffe blanche debout et un personnage assis à une table. Sur certaines cartes on lit au-dessus de la porte sur une enseigne le mot "Hôtel" mais aussi le mot "Forge". Cette carte a été timbrée en 1907
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Le-bourg_-marche-est-ouest.jpg




















Ci-dessus, un mardi matin, une vue du marché d'Est en Ouest

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GD RUE EST OUEST 32




















Une autre vue du même bout de la Grand-Rue, un tas de gravats devant la maison au cadran semble indiquer qu'elle est en travaux. Devant l'épicerie, un faisceau d'havenaux pour la pêche à la crevette.

Pour terminer, ci-dessous, cette carte expédiée du Conquet le 4 mai 1926. Sur un panneau au-dessus de la porte de la maison au cadran, il me semble lire le mot "Café".

boucherie-alim-carte-bleue-boulang.jpg




















Je n'ai pas de photos ou de cartes postales représentant ce secteur du Conquet depuis 1930. Si vous en possédez ou si vous tenez des récits ou des souvenirs concernant ce quartier, merci de m'en faire part et je compléterai cet article.    JPC / janvier 2010.




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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 16:36

J'ai eu l'occasion de relater deux faits divers assez sinistres advenus dans l'hôtel de Bretagne tenu par la famille Besson (voir "les morts mystérieuses de l'hôtel de Bretagne dans ce blog")

Voici maintenant, se situant chronologiquement entre les deux évènements précédemment cités, un épisode plus souriant.


Extrait et résumé  de la revue :

 

Les Cahiers de l’Iroise, octobre-décembre 1961

 

Léon Durocher au Conquet, par Léon Dubreuil.

 

Léon Dubreuil, historien né en 1880 à La Verroie, est mort en 1967 à Bain de Bretagne. Il a écrit de nombreux articles à caractère historique sur les Côtes du Nord (actuelles Côtes d’Armor). Une rue de Perros-Guirec lui est dédiée.

 

Léon Joseph Marie Duringer est né à Napoléonville (Pontivy), en 1862, fils de brasseur. Après de brillantes études au lycée de Pontivy, ami de Charles Le Goffic, il suivit à Paris les cours de « Louis Le Grand », puis de la « Sorbonne »  et entra dans l’enseignement.


Parallèlement il s’était mis à écrire des poèmes, à se produire dans des « dîners littéraires » et à publier certaines de ses œuvres, qu’il signa à partir de 1880 d’un pseudonyme : Léon Durocher.  Quand le cabaret du « Chat Noir » se créa en 1886, il fut l’un des premiers à y faire entendre des poèmes délicats et nostalgiques qui appelaient, comme une nécessité, leur mise en musique. (Ce qui se fit).

 

Durocher à l’hôtel de Bretagne :

 

Venant régulièrement en vacances en Bretagne et particulièrement sur les côtes, c’est en 1895 ou 96 qu’il jeta son dévolu sur Le Conquet, petit port de pêche, où quelques propriétaires de Brest avaient leurs maisons de vacances.

 

Trois hôtels s’y étaient créés : l’hôtel du Lion d’Or, l’hôtel de Bretagne et son annexe l’hôtel Sainte-Barbe. La clientèle de l’hôtel Sainte-Barbe était la plus « select ». On a conservé de l’époque où Léon Durocher vint prendre pension à l’hôtel de Bretagne, le souvenir des De Brimont et des Fitz-James, dont l’occupation favorite était de louer une barque pour aller dans les îles voisines, chasser les oiseaux de mer.

 

L’hôtel de Bretagne était le plus achalandé. On y voyait surtout avec quelques voyageurs de commerce, de jeunes peintres gais lurons et amis de la bonne chère. La table d’hôte était bruyante.  Léon Durocher y fut bientôt le véritable boute-en-train. Mais alors que les peintres se répandaient dans la campagne et sur la côte, Durocher restait le plus souvent à rêver à la terrasse de l’hôtel.

 htel-bretagne-vve-besson.jpg


L'hôtel de Bretagne, carte postale postérieure à 1900.














C’est là qu’en 1898, il rencontra l’aventure qu’il n’avait pas cherchée. Les propriétaires de l’hôtel, les Besson, avaient engagé comme serveuse une jolie fille de 19 ans, Marie-Yvonne-Angélique Le Moigne, née à Kerjacob en Lampaul-Plouarzel, d'une famille de cultivateurs.  Quoique ses prénoms usuels eussent été ceux de Marie-Yvonne (Maryvonne), on l’appelait Léonie.


Léon Dubreuil précise ici qu’il a obtenu ces renseignements du directeur de l’Ecole Publique du Conquet, monsieur Ollivier, qui venait de prendre son poste en 1956.

 

Monsieur Ollivier a même pu reconstituer quelques uns des couplets d’une chanson que Léon Durocher composa sur l’hôtel où il venait en vacances depuis trois ou quatre ans. Les voici :

 

Quand les ardeurs de la température

Vous font mouiller par jour trente gilets,

Le Parisien s’en va dans la nature,

Dans la Bretagne, chercher l’ombre et le frais.

 

Madame Besson est une femme aimable,

Monsieur Besson est un ex-artilleur

Qui sait pointer dignement vers la table

Des pièces de vin, d’un vin supérieur.

 

Léonie passe, et galamment sait faire

Sous votre nez courir le saucisson.

C’est dans cet esprit que je lève mon verre

Et que je bois au vieil hôtel Besson.

 

Il faut croire que Léonie ne se contentait pas de passer et qu’elle s’attardait volontiers auprès du Parisien sur la terrasse, puisque leur mariage eût lieu à Paris le 17 avril 1899.

 

vue-prise-de-hotel-de-B.jpg

Vue prise de l'Hôtel de Bretagne vers les Blancs-Sablons
(autour de 1910)













Le couple n’est semble-t-il jamais revenu au Conquet. Léon Durocher ayant fixé sa résidence de vacances à Ker-Ninoc’h en Trégastel. Il est mort à Paris en 1918.

 

Son œuvre :

On doit à Léon Durocher, des poèmes dont certains ont été mis en musique comme « L’Angélus de la Mer : (1894) »

Refrain :

Au loin c'est l'Angélus, c'est l'Angélus qui sonne, / A genoux donc sous le ciel bleu, à genoux donc et priez Dieu, /  Laboureurs de la mer et que le jour rayonne, /  C'est l'Angélus, c'est l'Angélus, c'est l'Angélus !


C’est lui également qui a fondé :leon_durocher-1-.jpg

 

Avec Charles Le Goffic l’Association des Bretons de Paris 1894


L’ « Union régionaliste bretonne » 1898


Le « Pardon Breton » 1899 (ci-contre, buste souvenir de Léon Durocher à Montfort-L'Amaury)

 

En 1908, il est propriétaire et rédacteur de la revue « Le Fureteur Breton ».

 




L’année 1937, un médaillon représentant le poète et chansonnier Léon Durocher a été apposé sur un rocher à Saint-Anne en Trégastel. Ce lieu est l’objet d’un pèlerinage culturel annuel.

                                                             

getatt[1]

JPC janvier 2010




 

 

 

 

 

 

 

 

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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 10:19

 UN NOUVEAU COURRIER POUR LES ILES
(Version provisoire en attendant d'autres documents) 

ENEZ EUSSA II (1961-1992)

Voir sujet précédent : Enez Eussa 1



La presse en août 1960 :  le remplaçant de L'Enez Eussa 1 est en cours de construction.

 

La construction du « micro-paquebot » qui a été confiée aux Ateliers de La Perrière à Lorient entre maintenant en voie d’achèvement puisque l’Enez Eussa N°2 sera mis à l’eau le mois prochain, vraisemblablement le 3 septembre. Il restera alors à le doter de ses moteurs et à d’en achever les aménagements intérieurs. Il est bien entendu difficile d’énoncer une date d’entrée en service, mais celle-ci pourrait se situer vers la fin de l’année ou au début de 1961.

Que sera le nouveau navire ?  Tout d’abord sa ligne sera incontestablement plus moderne que celle de l’aïeul, et ses aménagements seront incomparablement plus confortables et plus luxueux.

 

Le bateau qui jauge 300 tonneaux, est long de 43 mètres, large de 7 mètres, et doté de deux moteurs développant chacun 360 cv. Son tirant d’eau sera de 2,80 mètres environ,

Le pont principal comprendra, d’avant en arrière, les salons de 1ère classe, les bureaux PTT, le réfectoire et la cuisine. L’entrepont contiendra les logements (individuels) de l’équipage, la cale, longue de 10 mètres, la salle des machines, et les locaux des passagers de 2ème classe.

Au total il pourra recevoir, comme son prédécesseur, 350 passagers durant l’été et 250 durant l’hiver.



La mise à l'eau du nouveau courrier des îles à Lorient : 


Samedi 3 septembre 1960
, le nouvel « Enez-Eussa » a été mis à l’eau avec succès, dans le bassin long du port de pêche de Lorient, sous une pluie battante.

Après que la marraine, madame Piquemal, (épouse de l’ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées du Finistère), eut brisé la traditionnelle bouteille de champagne sur l’étrave du nouveau navire, celui-ci fut doucement acheminé par le slipway jusqu’à son élément naturel, où il ne tarda pas d’y flotter. Il fut ensuite dirigé par les remorqueurs de Kéroman jusqu’au quai voisin de la base sous-marine, le long duquel il fut amarré. C’est là qu’il va recevoir ses installations intérieures avant de procéder à ses essais de moteur et d’être mis en service. A cette occasion d’ailleurs une cérémonie solennelle d’inauguration aura lieu.

 

 

A Ouessant on attend avec impatience l'Enez-Eussa II

Bulletin d’information ouessantin :

 

-Dimanche 12 février 1961

 

C’est le jeudi 16 février que l’Enez-Eussa II fera son premier voyage de Brest à Ouessant, en passant par Le Conquet et Molène. Aux personnalités et à la centaine d’invités qui auront la chance de participer à ce voyage inaugural, se joindront, s’ils le désirent, les collégiens regagnant leur île pour les vacances des Gras. L’Enez quittera Brest à 7h45, il est annoncé au Conquet pour 8h45, où il embarquera aussi des invités. A 9h il prendra la direction d’Ouessant. Son arrivée au Stiff est prévue pour 10h ½. Mais si l’état de la mer le permet, il viendra à Lampaul. Malheureusement la mer sera basse et par conséquent l’Enez ne pourra venir à quai dès son arrivée, c’est pourquoi la cérémonie de la bénédiction est reportée à  15h l’après-midi. A partir de 13h les îliens pourront visiter le bateau.

Le départ est fixé à 15h30, arrivée à Molène à 16h30, débarquement des invités, vin d’honneur et allocutions…


Le portrait du capitaine Le Bot

enz-le-bot-chieze.jpgEn attendant que les journalistes et romanciers décrivent chacun à sa façon le nouveau bateau, voici un portrait du capitaine tel que l’a vu l’auteur d’un roman « La Dame d’Ouessant » dont la revue « Mon Ouvrage », commence la publication. « C’est un homme d’une cinquantaine d’années, de taille moyenne, le buste épais, le crâne à demi chauve. Un visage paisible de bon joueur de boules, un veston de petit bourgeois. « Voilà en effet, les apparences.  Mais nous savons que sous cet extérieur paisible se cache une âme forte, celle d’un vrai marin qui ignore les crises de nerfs, mais dont le courage et la clairvoyance ne sont jamais en défaut.

Dessin ci-contre de Jean Chièze, publié dans les Cahiers de l'Iroise.

 









Le voyage inaugural


- Bulletin d'information ouessantin : jeudi 16 février, "le départ de l’Enez-Eussa est prévu pour 7h45, aux invités qui embarquent à Brest, se sont joints quelques Ouessantins qui auront, eux aussi, l’honneur d’inaugurer le nouveau bateau.

En cours de route nous le visitons d’avant en arrière et du haut en bas. Il est vraiment bien aménagé. Tout est agréable à l’œil et pratique.

Au Conquet l’Enez reçoit à son bord, le préfet, l’évêque monseigneur Favé, monsieur Colin et de nombreuses personnalités… Vers 10h 1/2, nous sommes au Stiff. Là un bon groupe d’Ouessantins nous attend mais la mer est si basse que l’Enez doit rester au milieu de la baie.

 

Du Stiff au bourg, certains viennent par la route directe, d’autres par la nouvelle route de Pen ar Land… Vin d’honneur chez B. Ticos, banquet à la Duchesse-Anne, discours aussi pleins d’esprit que de substance.  L’Enez est arrivé à Lampaul mais il reste très loin dans la baie. Quelques rares privilégiés ont eu la chance de pouvoir le visiter. Mgr Favé s’avance au bout de la cale « Princesse » et bénit l’Enez-Eussa en présence des personnalités et d’une foule nombreuse.  Et c’est le départ pour Molène. Ce soir, vendredi, la télévision aura montré à la France entière, ce que beaucoup de Ouessantins n’auront pas vu."


enz--2-ev-ouess-quai.jpg


L'Enez-Eussa au débarcadère du Stiff.
(Collection Evelyne Lucas)



















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Ci-dessous,vers 1964-65, photo Bernard Rivière, embarquement au Conquet par les canots du bord.

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Ci-dessous :
Le Conquet,  l'Enez va appareiller pour Molène et Ouessant.
Photo Bernard Rivière (qui se trouve sur le canot bâbord). On distingue un marin qui attend l'embarcation auprès des portemanteaux (bossoirs), débordés.




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Même voyage que ci-dessus, les passagers ont débarqué de l'Enez, accosté au débarcadère du Stiff. Photo Bernard Rivière.
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ouess16-27-bernard-riviere.jpg





 

 

 

 











Ci-dessous , série de photos, collection Evelyne Lucas., le marin à casquettes et lunettes étant son père, Prosper Lucas.

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L'Enez-Eussa II une longue carrière  1961-1992

Anecdote, un accostage impossible :

-Chaud soleil hier, mais houle d’une ampleur inaccoutumée, titrait « Le Télégramme » du jeudi 26 novembre 1970.

On n’a pu relever le gardien du phare des Pierres Noires au large de Saint-Mathieu, Guy Tallec n’a pu se faire remplacer par le « montant » Yves Penlan.

Alors que sur terre il faisait admirablement beau toute la journée d’hier, le soleil darda même de chauds rayons en ce 25 novembre… en mer par contre la situation n’a pas suivi ce courant. Une forte houle de sud a sévi pendant presque toute la journée au large de Saint-Mathieu et en Iroise, provoquant de sérieuses perturbations dans le trafic et chez les marins-pêcheurs. C’est ainsi que le courrier Enez-Eussa qui assure la ligne Brest-Le Conquet-Ouessant, n’a pu accoster hier matin à la nouvelle digue du Conquet, battue et malmenée par les flots. Il a dû se réfugier plus au nord, près de la plage des Blancs-Sablons et c’est la vedette des Ponts-et-Chaussées Iroise, patron Yves Daouben d’Argenton qui a dû assurer le transport des passagers et du fret jusqu’à bord.

 

-Je me souviens très bien de cette matinée où une petite flottille de chalutiers guilvinistes, habitués des relâches au port du Conquet se trouvait comme à l’accoutumée en pêche, au large des Pierres-Noires. Soudain vers 9 heures, la mer s’est mise à grossir avec une très forte houle venant du large, on a parlé de creux de cinq à six mètres.

Les petits bateaux (15 – 18 mètres), chaluts vite remontés, ont fait route sur Le Conquet pour y chercher l’abri. Arrivés sur rade, force leur fut de constater qu’il était impossible d’accoster à la digue neuve. La seule solution était de ressortir et de faire route Camaret. J’ai encore dans le souvenir l’image du « Mon ami Pierre » de Lesconil, dressé l’étrave en l’air, en passant la tourelle des Renards, avant de replonger dans le creux de houle, l’hélice presque hors de l’eau. Enfin leur transit s’est passé sans incident. (JPC).



Un drame : une passagère tombe à la mer :

L'Enez-Eussa effectuera ses rotations sans accident majeur (à ma connaissance, compléter si nécessaire) jusqu'à ce triste jour du 16 janvier 1974

 

Les faits :
Vents d'ouest 45 à 50 noeuds avec violentes rafales, tournant au noroît, mer très forte à grosse, visibilité 2 à 5 milles. Au milieu de l'après-midi, l'Enez Eussa quitte le port du Stiff  avec une vingtaine de passagers. A 17h45, une passagère souffrant de mal de mer sort sur le pont en dépit de l'interdiction formulée par le capitaine Raoul. Le bateau se trouve alors à un demi-mille dans le sud-ouest de Charles-Martel. Un paquet de mer balaye le navire, l'adolescente est emportée par dessus bord. Le capitaine de l'Enez avise aussitôt Radio-Conquet mais précise qu'il ne peut faire demi-tour la mer est trop grosse avec des creux de 7 à 8 mètres. Radio-Conquet contacte directement par téléphone le patron du canot de sauvetage, Louis Marec.


Le Patron-Aristide-Lucas lancé dans des conditions épouvantables franchit Penzer en sous-marin, suivi sur la côte par la population du Conquet.  Il fait nuit, la visibilité est nulle dans les grains, le patron Louis Marec préoccupé par la sécurité de son canot ne s'attarde pas à l'endroit de l'accident, la mer y déferle avec trop de force. Impossible de faire demi-tour vers Le Conquet, impossible d'aller se réfugier à Camaret. Au ralenti dans une mer d'enfer, en prenant le goulet par la passe sud, le P.A Lucas fait route Brest où il arrive tard dans la nuit. Les canotiers rentrent en taxi, un équipage réduit viendra chercher le canot une fois la tempête apaisée (17 janvier au matin). Le corps de la jeune fille (16 ans) sera retrouvé une quinzaine de jours plus tard en baie de Camaret.

 

(Patron Louis Marec, sous-patron Alexis Vaillant, canotiers Marcel Riou, Jean Yves Le Guen, Jean Le Bris, volontaires : Joseph Larsonneur, Jean Charles Bernugat. Treuilliste non embarqué : Joseph Floch).

arilucbr74---Copie.jpg











Le 17 janvier 1974, la tempête apaisée, un équipage réduit est venu à Brest chercher le canot de sauvetage, que l'on voit ici quittant le port de commerce, route Le Conquet. (photo JPC)

Anecdotes : 24 avril 1991,  Desserte de Molène et Ouessant, une liaison pirate.


Article du journal Le Télégramme :  "Les marins du SMD (Service Maritime Départemental), poursuivent leur mouvement de grève en ce qui concerne la desserte de Molène et Ouessant... L' Enez-Eussa III est resté encore à quai hier... Aujourd'hui il va tout de même se passer quelque chose. En pleine illégalité : une liaison entre le continent et les îles par un bateau du SMD. Une liaison pirate! le navire qui appareillera à 10h au port de commerce de Brest, ne sera pas l' Enez-Eussa III , mais son prédécesseur, pourtant placé hors service, bien qu'en état de prendre la mer (il est d'ailleurs question de l'utiliser cet été entre Camaret et les mêmes îles. Tout en poursuivant leur action, les marins du SMD ont décidé d'assurer une rotation afin de livrer des vivres aux îliens et de ramener sur le continent une centaine de personnes bloquées là-bas. Mais attention, nous n'embarquerons aucun voyager à Brest ni au Conquet, prévient le secrétaire général du syndicat. Pourquoi l'Enez-Eussa II plutôt que son successeur qui vient d'être inauguré ? "Il n'est pas encore en conformité avec l'administration prévient le leader syndical...etc...

Eté 1991, trois bateaux du SMD en panne

Article découpé sans la date, dans le journal Le Télégramme : Le Service Maritime Départemental en "rade"
"Les pannes tombent toujours mal. A fortiori s'agissant du trafic avec les îles lorsque les touristes arrivent sur nos côtes. Après l'Enez-Eussa III qui n'avait pu appareiller jeudi matin en raison d'une avarie relativement bénigne, c'est le Fromveur qui a connu samedi matin un problème de réducteur sur le moteur tribord alors qu'il arrivait à Ouessant, il a cependant rejoint l'île débarquant ses passagers. Le Fromveur est alors rentré sur Brest sur une seule ligne d'arbre, à vitesse réduite... L' Enez-Eussa II, désarmé en mai dernier, s'est substitué au Fromveur le samedi après-midi. Mais le dimanche matin, peu après avoir quitté le quai à Brest à 8h30, l'ancêtre de la ligne a aussi déclaré forfait. Voilà donc les trois unités du SMD à nouveau à l'amarrage. Tous les espoirs se portaient alors sur l' Enez Eussa III  dont les travaux de remontage touchaient à leur fin.
Le dernier né du service départemental a pu en effet quitter Brest à midi avec les 75 passagers de l'Enez II.

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L'Enez a été rejoint dans la flottille du Service Maritime Départemental par la vedette Bugel Eussa, puis par le Fromveur (1977) 


enz-le-stiff-couleur-cp-yca--avec-from.jpg
L'Enez et le Fromveur dans la baie du Stiff.
Carte postale YCA












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sbrb-embarquement-cale-cs.jpg
Par grande marée, l'Enez ne pouvait pas entrer dans le port du Conquet, il mouillait à l'extérieur et ses deux canots faisaient les navettes. On distingue d'autres passagers à l'embarcadère de la digue Sainte-Barbe. Ils attendent le Bugel Eussa dont le tirant-d'eau était moindre. Photo JPC (septembre 1975)



Ci-dessous, l'Enez se présente  pour accoster au débarcadère de la digue Sainte-Barbe.
Par vents forts ou forts courants la manoeuvre n'était pas toujours aisée.  Elle nécessitait parfois plusieurs tentatives. (Le navire n'était pas équipé de propulseur d'étrave). Photo JPC.

sbrb-enez-2-accostant-mole.jpg

La fin de l'
Enez :

Avec la mise en service de l' Enez Eussa III, l' Enez sera réformé en 1991/1992 et désarmé à quai à Brest.

enz-1991-entree-conquet.jpg

Un des derniers voyages, l'escale au Conquet, au quai Vauquois, (1991)
Photo JPC








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1992, le bateau est désarmé à Brest, premier bassin, sur le grill de carénage. Photo JPC

enz-1992-slipway-brest--2-.jpg








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Juillet 1993, au quai est du premier bassin, photo JPC

enz-1992-slipway-brest-avant.jpg












enz-1992-slipway-brest-canot-copie-1.jpg
















La fin de l'
Enez :
Avec la mise en service de l' Enez Eussa III, l' Enez sera réformé en 1991/1992 et désarmé à quai à Brest.

-Un projet avorté :
Des armateurs lui envisageront une seconde vie sur les côtes d'Afrique, à Madagascar. Convoyé à Concarneau, les travaux s'avèreront trop coûteux.


L'Enez à Concarneau quelques semaines avant son "océanisation" Photo JPC

enz-1997-cno--2-.jpg


-Le sabordage :

Le 6 septembre 1997, l' Enez Eussa, deuxième du nom, sera remorqué par le chalutier Amalthée jusqu'à 2 miles dans le sud du Guilvinec aux abords de Basse-Spinec, 47 45 322 N et 04 18 339 W,  et sabordé pour servir de récif artificiel et de site d'entraînement aux les écoles de plongée. L'épave serait actuellement cassée en trois morceaux.

                                                  Fin provisoire de rédaction / JPC 14/01/09

Ajout : dans le magnifique site de Pascal Moreau, phares et épaves dans la région de Sein et du sud-Finistère, vers la fin du diaporama, l'auteur vous présente des photos de l'épave de l'Enez-Eussa prise en 2007.


Pour étoffer cet article, confiez-moi vos souvenirs, (de marins du bord, ou de passagers), vos photos et autres documents. Par mail :
jean.pierre-clochon@wanadoo.fr. Contact téléphonique 06 83 31 53 12.


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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 19:07


Toulon 1911, Quatre conquétois tués par l'explosion du cuirassé "Liberté"

Le 25 septembre 1911, le cuirassé Liberté était en compagnie d’une vingtaine de grosses unités de l’escadre de Méditerranée au mouillage sur rade de Toulon. Vers 5h30 du matin, après une série d’explosions, un violent incendie se propagea de l’avant vers l’arrière du navire. Un peu avant 6h, le cuirassé était entièrement détruit par une très violente explosion qui causa aussi dommages et victimes sur des navires voisins (République, Suffren, Vérité, Carnot, Léon Gambetta, Ernest Renan, Jules Michelet, Amiral Aube, Marseillaise). On estime à 300 le nombre total des morts et disparus. 


 
800px-Liberte_French_Battleship_LOC_04282u-1-.jpg


Le cuirassé Liberté, photo source Wikipedia















La perte du Liberté, a été souvent décrite et commentée, le site Internet le plus documenté en textes, photos et analyses se trouve à mon avis sous l’adresse.

                                              www.site-marius-autran.com.

On peut consulter aussi         www.cuirasseliberte.over-blog.com  (photo ci-dessous)



Epave-Liberte.jpgL'épave du Liberté
 

 













En relisant des extraits du journal « Le Courrier du Finistère »** que m’avait recopiés Alain Tanguy quand il se documentait pour l’ouvrage « Le Conquet, l’album du siècle », j’ai retrouvé ceci que je vais titrer :

 

L’explosion du cuirassé Liberté provoque la mort de quatre conquétois.

 

« «  Le Conquet compte quatre victimes dans la catastrophe du Liberté, Yves Gabriel Le Goaster, François Lamour, Claude Quinquis, et Jacq. Seul le corps de Claude Quinquis, quartier-maître de la République, était arrivé en gare (du tramway) lundi à 3h30, les autres corps n’ayant pu être retrouvés. Monsieur Penhors administrateur de la Marine, monsieur l’adjoint-maire Le Roy, et le clergé, avaient reçu le corps de Quinquis au milieu d’une assistance recueillie. Le convoi s’était acheminé vers la mairie et, sur le parcours, les habitants avaient arboré le drapeau national cravaté de crêpe (étoffe noire). Une chapelle ardente attendait à la mairie le cercueil du quartier-maître Quinquis.

 

Mardi à dix heures avait lieu la levée du corps en présence de la famille, de l’administrateur Penhors, représentant la Marine, du sous-préfet Julien-Sauve, représentant le gouvernement, et de monsieur Le Roy, adjoint-maire, entouré des conseillers municipaux.

  republique-3-1-.jpg


Les dégâts sur la République, source Internet, www. cuirasseliberte.over-blog.com












L’église était comble, l’absoute fut donnée par le recteur qui annonça qu’un service solennel sera chanté vendredi, service offert par les marins et soldats de toutes armes, en activité ou en retraite.

 

Au cimetière, le sous-préfet parla au nom du gouvernement pour glorifier les héroïques marins morts pour la Patrie et prodigua à l’assistance des paroles de consolation et d’encouragement.

Monsieur Penhors, administrateur de l’Inscription Maritime, parla de deuil de la nation entière, en particulier celui de la Bretagne, à laquelle appartiennent près des trois-quarts des victimes de la terrible catastrophe. Il glorifia les héroïques sauveteurs qui accoururent au premier appel, [marins] de la République, de la Démocratie, du Léon Gambetta, et qui allèrent ainsi participer au sacrifice de leurs frères de la Liberté. En quelques mots émus, il adressa un dernier adieu au victimes du Conquet : « Quartier-maître Quinquis, et vous aussi, Lamour, Jacq, Le Goaster, qui n’auraient probablement pas la consolation de venir au pays natal dormir votre dernier sommeil, vous êtes morts pour la Patrie, à votre poste de combat, à l’ombre du drapeau auquel vous avez sacrifié votre vie. Le souvenir de votre sacrifice héroïque restera impérissable dans nos cœurs ».

 

Après lui, le capitaine de vaisseau Lahalle**, comme doyen des militaires du Conquet, voulut dire un dernier adieu à ces vaillants marins qui, comme leurs ancêtres guerriers, ont sacrifié leurs vies pour la Patrie. Ils raniment chaleureusement le courage des jeunes qui se destinent à la carrière maritime. Puis s’adressant aux victimes de la Liberté, il continua : « Et maintenant Quinquis, et vous tous, braves enfants de la Bretagne que la mer a enseveli dans son sein, au revoir … chez Dieu. Demandez-lui pour nous, la grâce de bien servir notre Patrie et de mourir pour elle ». Fin de l’article de presse » »

 

Notes : 
L'état d'esprit est celui qui précède  la guerre 14-18. Après avoir évoqué un possible sabotage par un ennemi infiltré, on admettra que l'explosion du Liberté était due à l'instabilité de la poudre B, poudre à canons, stockée par tonnes, dans les magasins d'artillerie du navire.


*Le Courrier du Finistère 1880-1944, principal organe de la presse catholique du Finistère. Adversaire acharné du maire du Conquet, le très « républicain » Hippolyte Levasseur.

**Lahalle, voir sur ce blog, l’article consacré à cette famille.

 

Cet article pourrait être complété par des documents ou des souvenirs (photos), possédés par les familles de ces quatre marins. Il manque en particulier le prénom de monsieur Jacq, et l’identification des navires sur lesquels se trouvaient les trois disparus.

 

                                                   JPC,  9 janvier 2010.

 

 

                                                           

 

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7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 15:00


LE CONQUET

        JEUX INTER-QUARTIERS

                                          26 JUIN 1966

 

Au mois d’avril 1966, on assiste au Conquet à la relance du Syndicat d’Initiative, et à la création d’un Comité des Fêtes. Paul Roué est élu président du comité, assisté de René Le Treut,  vice-président, de madame d’Hervé, secrétaire, de Yves Toullec secrétaire-adjoint etc…

Réunis le 10 mai à la mairie, les deux organismes évoquent un programme de manifestations estivales envisageables : fête inter-quartiers, feu d’artifice, fête folklorique, régates…

 

Tous se mettent d’accord pour commencer par des « Jeux inter-quartiers » la date est fixée au dimanche 26 juin, à 14h30, place de l’Eglise.

 

Au programme :

 

-Tir à la corde, quand 3 joueurs d’une équipe ont passé sous le jet d’eau, l’équipe adverse est déclarée vainqueur.

 

-Bataille de polochons, sur une poutre. Equipes de 5 joueurs, le dernier joueur restant sur la poutre donne la victoire à son équipe.

 

-Concours de buveurs de lait, chaque équipe comporte une jeune fille et un gars. Il faut effectuer un parcours en landau, monter sur le podium, mettre la bavette au buveur, l’asseoir sur les genoux et lui donner le biberon.

 

-Remplissage de bouteilles, minimum 3 joueurs par équipe. Le trajet se fait à vélo en tenant un verre d’une main. Aller prendre de l’eau au seau, le transvaser dans une bouteille, les joueurs se relaient quand ils veulent.

 

-Basket-ball à vélo, 6 joueurs par équipe. Passer à une distance indiquée du panier, lancer le ballon dans le panier sans mettre pied à terre. Est déclarée gagnante l’équipe qui aura mis le plus de ballons dans le panier. Chaque fois qu’un joueur met pied à terre, on enlève un point à son équipe.

 

-Jeu des costauds, 1 joueur par équipe. Les 2 adversaires  attachés par la ceinture à une corde coulissant dans une poulie doivent prendre des objets placés sur une table ou un tabouret et les déposer sur une autre table placée à une certaine distance. Est déclaré vainqueur le joueur qui aura placé le premier deux objets sur la table.

 

-Course avec des pneus, ou transport de pneus. 3 joueurs par équipe, épreuve chronométrée. Un tas de 12 pneus à transporter 2 par 2 en les faisant rouler. Le trajet à parcourir est indiqué. L’épreuve est terminée quand les pneus sont remis en place comme au départ.

 

-Gymkana en cyclo. 2 joueurs par équipe. 1 joueur près d’une table où sont disposés des objets. Il doit en placer un sur le plateau que tient à la main son coéquipier, chaque fois que celui-ci passe devant lui. Est déclaré vainqueur celui qui a ramené le plus d’objets dans le meilleur temps. Pénalisation de 5 secondes chaque fois que le cyclomotoriste mettra pied à terre ou pour chaque objet qui tombe.

 

-Voiture chargée,  2 joueurs par équipe. Effectuer un circuit en chargeant un certain nombre d’objets disparates dans une voiture à bras. Epreuve chronométrée. Pénalisation de 10 secondes pour tout objet non ramené.

 

-Epreuve culturelle, 20 questions par enveloppe. Temps maximum pour répondre aux questions 6 minutes. 

 

Bientôt quatre équipes furent inscrites : La digue, la campagne, la ville-Est, la ville-Ouest. Les récompenses annoncées, pour l’équipe gagnante 100 francs, pour la seconde 50 francs, pour la troisième 30 francs, pour la quatrième 20 francs

 

Le mardi 28 juin, le « Télégramme » titrait : « Jeux inter-quartiers du Conquet : une belle réussite ».

 

« Ciel gris et menaçant certes tout au long de cet après-midi de dimanche. Cependant un public nombreux et intéressé, des équipes jouant dans le meilleur esprit et une organisation parfaite ont fait remporter un beau succès aux fêtes inter-quartiers locales.

 

A la bataille de polochons on vit se distinguer l’équipe des marins-pêcheurs, avec particulièrement le sympathique et robuste matelot « Miche » le Lorrain qui a préféré la grande bleue à sa province natale.

 

Le tir à la corde souleva l’enthousiasme du public, chacun encourageant les défenseurs de son quartier, scandant en cadence de bruyants « ho-hisse ».  On assista à des luttes épiques dans le « jeu des costauds » où Pierrot Richou, nouveau retraité de la « traction SNCF » fit honneur à son ancien métier en disposant, non sans efforts, de son courageux adversaire, Job André.

De son côté, Jean Larsonneur, représentant Le Conquet dans les machines du leader-ship « France », éliminait en finale le valeureux Félicien Dupont, de l’équipe du port qui, très décontracté, (un peu trop peut-être) n’avait pas quitté sa cigarette tout au long de la dure épreuve.

 

Aux traditionnelles questions culturelles menées par Yves Toullec, plein de malice dans ses interrogations (n’est-il pas directeur d’école ! certains de nos intellectuels séchèrent sur des questions bien simples pourtant. Telle celle-ci : une île célèbre de l’océan Atlantique ? mais Béniguet voyons !  Est-il besoin de rappeler le fameux et historique défilé des Conquétois dans les rues de Brest le 14 mai 1965. (Voir dans ce blog « Béniguet, champ de tir ? »).

 ftes-quart-66.jpg


Le comité et les équipes lors de la remise des prix. Photo Le Télégramme

















De nombreuses personnalités suivirent le déroulement des épreuves…

 

Vers 18h, monsieur Paul Roué, l’actif président du Comité des Fêtes, remettait aux équipes les prix attribués.

Première équipe au classement : celle du quartier Ville-Est, composée de Guy Menguy, Pierre et Michel Kermarrec, Richou (père et fils), Maurice Lansonneur, Pierrot Lucas, Jean Larsonneur, Joël Raguénès, R. Lunven.

Deuxième équipe : celle du port, avec Roland Kernéis, Jacques et Jo Larsonneur, Lucien Le Bras, Jean-Yves Le Guen etc…

Troisième équipe, celle de Ville-Ouest, avec Job André, Michel Gac, Auguste Bossard etc…

Puis en lanterne rouge, malgré leur courage, les équipiers de Banlieue-Campagne, pourtant bien entraînés par Michel Léon, Eugène Paugam, P. Hobé, Claude Le Hir etc… (Eugène Paugam et l’équipe de Lochrist, remporteront le tournoi en 1967, à Lochrist précisément)

 

Nous ne pouvons que féliciter  le dévoué Comité des Fêtes et Joël Bastard (Radio-Conquet) qui s’est dépensé sans compter au micro.

 

Le service d’ordre discrètement assuré par messieurs Tanguy, gendarme et Emile Trébaol, garde-champêtre  fut des mieux assurés.

 

Ajoutons qu’à l’Ambiance, le Comité des Œuvres Laïques du Conquet, Roland Saos, président, Daniel Odeyé, vice-président, Cadiou trésorier et J. Le Corvaisier  secrétaire, avait de son côté organisé une matinée dansante au profit des œuvres sociales. Elle fut aussi une jolie réussite, à la satisfaction des nombreux couples qui ont participé et, des organisateurs.

 

Souhaitons que Le Conquet soit aussi favorisé en distractions chaque dimanche.

 

 L’article du Télégramme n’est pas signé mais je pense qu’à l’époque le correspondant local était Louis Jestin.

 

 

A la suite de ce succès, une grande fête nautique inter-plages s’est déroulée au port, à proximité de la digue Saint-Christophe, le dimanche 31 juillet 1966.

 

Quatre équipes, le port, Blancs-Sablons 1 et 2, et Portez, rassemblant 35 concurrents, se sont affrontées dans des épreuves comme : tir à la corde en canot, bataille de polochons sur une poutre placée au-dessus de l’eau entre deux annexes, relais à la nage, course à la godille etc…

 

L’équipe du port conduite par Roland Kernéis, l’a emporté devant Blancs-Sablons 1 de Jean-Yves Kermarrec, Blanc-Sablons 2 de Pierre Le Bihan et Portez de Bernard Morinay et Marc Gillier.

 

 

 ftes-quart-66-001.jpg

 

 Deux concurrents s'affrontent à coups de polochons sur un madrier établi entre deux canots

Photo Le Télégramme 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                          
                                                                                                                       JPC, janvier 2010.

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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 17:30

Une gabare au Conquet :
le "Paul-Georges"


PAUL-GEORGES-BRENTERC-H.jpg

Le Paul-Georges à la cale Saint-Christophe, tableau de A. Brenterc'h au début des années 1950.
Collection particulière.













Le Conquet, à l’inverse de Lampaul-Plouarzel
, n’a jamais été au XXe siècle,  un port d’armement de gabares, c’est-à-dire de navires armés aux transports côtiers dans une zone géographique limitée, autour de leur port d’attache.

Entre 1900 et 1923, un seul armateur pour cette activité, mon grand-oncle Joseph Causeur, d’abord avec l’Eclipse, puis l’Espérance, puis le Petit-Jean.gbr-esperance.jpg


A la mort de Job Causeur en 1923, il n’y a plus de gabare conquétoise, jusqu’à l’arrivée du Paul-Georges, huit ans plus tard.


(A gauche, l'Espérance





Le Paul-Georges : sloup à voiles et à moteur
,  Construit au chantier Keraudren à Camaret, lancé en 1931 pour le compte d’un monsieur Marrec qui le met en vente un an plus tard.

Chez le propriétaire, deux acheteurs s’affrontent. Lancées à 90 000 francs, les enchères montent. Finalement à 125 000 francs, madame Prosper Gouachet l’emporte sur son concurrent du Fret.

Le Paul-Georges vient donc au Conquet remplacer le Pierre-Marie, sloup borneur appartenant à la famille Gouachet de Molène.

 

Le bateau : coque en bois, BR 5556, 27.75 tx, armé au bornage pour les transports de marchandises, navigue à la voile avec le gréement classique des gabares : foc et trinquette, grand-voile et flèche. En l’absence de vent ou pour les manœuvres, un moteur Bolinder de 20 cv assure la propulsion du navire. Tandis qu’un treuil attelé à un moteur Bernard placé sur le pont permet à l’aide d’un mât de charge, l’embarquement et le débarquement des marchandises.

Le Bolinder sera remplacé plus tard par un Baudouin de 40 cv

 gbr-plg-burd-1.jpg



Le Paul-Georges à l'échouage dans le port du Conquet (photo Burdin)












                                                                                                                             
gbr-plg-burd-2.jpg
Le
Paul-Georges à l'échouage dans le port du Conquet (Photo Burdin 2)
















L’équipage du Paul-Georges se compose de trois hommes, le patron et deux matelots.  (Pendant longtemps : Prosper Gouachet, son frère et un matelot, parfois son fils).

La nourriture à bord alternait le lard-pommes de terre et le congre séché, préparé en ragoût.

 

Curieusement le patron Prosper Gouachet, n’habitait ni au port, ni même au Conquet, mais à Plougonvelin, bourg d’origine de madame Gouachet. Il faisait son trafic à vélo.

 

Le premier passage commercial du Paul-Georges au Conquet, eut lieu le 4 mai 1932, le sloup venait sur lest de Molène. Il est reparti avec 36 tonnes de sels de soude de l’usine Tissier, à destination de Brest.

 

Aux armements de 1939/40 : patron Prosper Gouachet, né en 1900.

Matelots : Charles Gouachet né en 1896 à Molène, Léon Le Bousse né en 1901 à Molène, Joseph Marie Lansonneur né en 1920 au Conquet. Salaires 1/3 au bateau 2/3 à l’équipage.

 

Jusqu’à son désarmement en 1953, la gabare a assuré des transports  de marchandises, dans une zone comprise entre Audierne et Labervrac’h, bien que son rôle en 1938-39 lui autorise une navigation jusqu’à 65 milles du port d’attache (Le Conquet) : soit de l’île de Batz au nord, à Concarneau au sud.

 

gbr plg dechrgt
Déchargement ou chargement, à l'échouage du Paul-Georges,  dans un tombereau tiré par trois chevaux. On remarque que la "vergue de charge"
a remplacé la corne de la voile. (Collection JPC)






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gbr-non-identif-dechrgt.jpg

Même scène que ci-dessus. Embarquement ou débarquement de sacs.
(Collection JPC)












Principaux déchargements au Conquet :

Soude brute des îles pour l’usine Tissier

Galets des îles et sables pour le bâtiment

Charbon en remport de Brest

Produits chimiques de Landerneau (acide sulfurique) pour l’usine Tissier

 

Exportations du Conquet :

Bois de chauffage pour les îles

Produits chimiques de l’usine Tissier (sels de soude) pour Brest et Landerneau

 

A noter un contrat en 1934 pour le désensablement du Port-Rhu à Douarnenez, le Paul-Georges ne rentrait au Conquet qu’en fin de semaine..

 

Pour exemple d’activité sur l’année 1933 :

 

Entrées au Conquet par le Paul-Georges

Sable, 1 voyage, 40 tonnes

Galets, 22 voyages, 885 tonnes (contrat pour la construction des batteries de Saint-Mathieu)

Soude brute, 8 voyages, 336 tonnes

Charbon, 11 voyages, 453 tonnes

Bétail, 1 voyage, 10 tonnes

Acide de Landerneau, 5 voyages, 114 tonnes

(Sur le quai à Landerneau, les manutentions de marchandises se faisaient par wagonnets sur rails, tirés par un cheval aveugle)

 

Sorties du Conquet par le Paul-Georges

Sels de soude, 2 voyages 80 tonnes

Touries vides, 2 voyages 10 tonnes

Bois pour les îles, 1 voyage, 20 tonnes

 

Le bateau dans l’année a fait d’autres voyages mais sans escale au Conquet, par exemple des voyages de goémon engrais entre Molène et Guipavas pour les besoins de l’agriculture.  A noter aussi dans les rotations du Paul-Georges, des transports de moutons, de vaches ou de chevaux. Il y avait dans le pavois du sloup une portière que l’on ouvrait pour pousser les bêtes à l’eau, à peu de distance du rivage, qu’elles gagnaient à la nage.

Sa capacité de transport était de 40/45 tonnes pour les galets et charbon, de 55 tonnes pour la soude brute et les résidus de soude.

 gbr-pier-mari-ou-plg-gris.jpg


Gabare non identifiée, chargée de bois à feu dans le port du Conquet
Est-ce le Paul-Georges? (Carte postale)












Les proportions de chaque type de marchandises débarquées au Conquet variaient selon les années. Si un vapeur venait livrer directement au Conquet 200 ou 300 tonnes de charbon anglais, le nombre de voyage du Paul Georges pour aller en chercher au parc à charbon de Brest, diminuait d’autant.

 

Années de guerre :

 

Le mort du "Paul-Georges"... La gabare Paul-Georges, sloup à moteur appartenant à Prosper Gouachet de Plougonvelin est réquisitionnée le 26 janvier 1941 pour le service de l'armée allemande, aux transports de personnels et de marchandises entre Le Conquet, Brest,  et Ouessant.

 

« Un jour, (récit recueilli auprès de madame Gouachet, femme de l'armateur), le bateau venait de quitter Saint-Christophe avec des marchandises. A son bord l'équipage habituel plus le soldat allemand de surveillance. Soudain des tirs d'armes automatiques venant d’un exercice en cours du côté du Cosquiès crépitent. Un projectile traverse le tableau arrière de la gabare. le soldat allemand assis à sa place habituelle s’écroule, la cuisse arrachée, blessé à mort. Eclaboussés de sang, les marins du Paul-Georges  reviennent à quai où, ils sont d'abord arrêtés comme présumés coupables de meurtre. L’enquête révèle rapidement que le soldat a été tué par des tirs d'exercices de l'armée allemande.

(Une note aux archives municipales concernant la fin de la réquisition du Paul-Georges et une demande d'indemnisation pour réparations à faire au bateau,  permet de situer cet évènement dans la deuxième semaine d'avril 1941.)


gbr paul georges allemand
Le Paul-Georges
sous réquisition allemande, avec un soldat allemand en surveillance, assis sur la lisse du tableau arrière (milieu).
Coll. Madame Gouachet.








Une version un peu différente est racontée par des témoins conquétois dont Jean Goaster, « le bateau venait de quitter le quai quand des soldats, qui peut-être avaient loupé l'appareillage, ont tiré autour du sloup pour attirer l'attention du patron et le faire revenir à la cale, un projectile a atteint l'Allemand à bord du Paul-Georges. Quand le soldat a été débarqué, il était toujours vivant mais perdait beaucoup de sang. Faute de soins immédiats, il est mort là, sur le quai, d'hémorragie. »

 

Autre anecdote, sans date. Après un mitraillage du Paul-Georges sous pavillon allemand, par des avions anglais, madame Gouachet s’est rendue, courant de grands risques, à la Kommandantur de Beauséjour et a obtenu du commandant allemand de la place, que le bateau puisse naviguer sans le pavillon à croix gammée.

 19-1----Copie.jpg

 Ci-dessus, pendant l'occupation, le Paul-Georges à l'échouage avec à bord deux soldats allemands en uniformes.

Collection Loïc Malgorn - Ouessant.

  Après la Libération, l’activité du Paul-Georges s’est réduite à la pêche du sable, soit à l’entrée de Laberildut (sable blanc pour le bâtiment), soit sur le banc du Minou (sable jaune pour amender les champs)

 gbr-plg-a-bord.jpg



A bord du Paul-Georges en 1947
Quelques dames de la famille du patron font le voyage vers Molène,
en compagnie de monsieur Lefèvre ingénieur de l'usine Tissier et d'un de ses collègues, qui vont évaluer la qualité des goémons de l'année et les espoirs de récolte.
Photo, collection madame Gouachet.




gbr plg a bord equipage
Peut-être à la même époque, une photo de l'équipage du Paul-Georges accompagné d'un enfant










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gbr-plg-cale-carree.jpg

Le Paul-Georges embossé à Saint-Christophe. A l'origine la coque était peinte en totalité "vert-anglais", avec à la flottaison une bande blanche, puis une ligne rouge entre la coque et la lisse, et un liston blanc.
Carte postale Jos Le Doaré, vers 1950

Désarmé en 1953, le Paul-Georges a été acquis par Charles Pavot d’Argenton, en mai 1956, pour le transport du goémon..

                                                 JPC, janvier 2010


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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 11:58

Le naufrage du Mathieu-Bihen
 
Juillet 1950

 

Le 16 juillet 1950, en route du Conquet sur Molène, l’équipage d’un langoustier remarque des épaves près de la roche des Pourceaux. Les pêcheurs réussissent à crocher dans une vergue. Celle-ci porte un numéro : 3100. Dès leur arrivée au port, ils avisent le syndic de leur découverte. Celui-ci s’empresse de téléphoner à l’administrateur de l’Inscription Maritime à Brest, l’informant qu’une barque semble coulée près des Pourceaux. Il est alors environ 10h30.

Sans délai le canot de sauvetage est lancé et fait route vers le lieu présumé du sinistre.

A 13h, le Jean-Charcot est de retour à Molène avec trois corps que les sauveteurs ont pu dégager des filets du bateau naufragé, que l’on a identifié comme étant la pinasse Mathieu-Bihen, DZ 3100 de Douarnenez.

 

Tandis que les canots de sauvetage Jean-Charcot et Docteur-Paul-Le Dien du Conquet continuent les recherches d’éventuels survivants ou de corps, bientôt rejoints par le remorqueur Rhinocéros de la Marine Nationale, l’administrateur de l’Inscription Maritime arrive au Conquet.

Il obtient du patron de la pinasse Bir-Hakeim de Douarnenez les renseignements suivants : le 15 juillet vers 18h15, le Mathieu-Bihen prenait le chenal du Four pour se rendre en pêche dans le nord d’Ouessant. Le patron du Bir Hakeim qui comptait se rendre du côté du Créac’h, (Depuis le matin la météo avait signalé un coup de vent de sud-ouest, les sémaphores avaient hissé une boule noire dans leur mâture),  avait renoncé à faire route pêche et était revenu au  Conquet en relâche.

 

Quant au Mathieu-Bihen, il avait continué sa route. Vers 19h, il y eut quelques grains violents qui rendaient nulle la visibilité. Les veilleurs des sémaphores de Saint-Mathieu et de Molène, ne pouvaient rien distinguer. C’est probablement à ce moment-là ou plus tard au cours de la nuit, que la pinasse égarée parmi les roches, heurta à vive allure le récif du Grand-Pourceau, et sans doute coula presque immédiatement, faisant douze victimes.

 

Dans l’après-midi du 17 juillet, trois pinasses de Douarnenez, et deux langoustiers de Molène et du Conquet ont tenté de renflouer le Mathieu-Bihen, en vain. La coque qui avait beaucoup souffert n’a pu résister à la pression de l’eau, l’étrave s’est ouverte et le navire a coulé à nouveau à 200 ou 300 mètres au sud du Grand-Pourceau.

Les sauveteurs ont pu constater la violence du choc, puisque la tête de la roche du naufrage était elle-même ébréchée.

 

Quelques temps plus tard une nouvelle tentative a réussi, et l’épave du  Mathieu-Bihen a été ramenée au Conquet.
 

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L'épave du Mathieu-Bihen au sec dans le port du Conquet











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mathieu-bihen-photo-2.jpg

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math-bih-3.jpg




Le drame a interpellé les autorités maritimes. Elles s’expriment :
 

 

Il serait désirable que des navires d'une certaine importance aient à bord, même si ce n'est pas réglementaire, un petit poste de radiophonie. Dans le cas présent, si cela avait été, le patron du Mathieu-Bihen aurait peut-être eu le temps de prévenir Radio-Conquet qui lui aurait dépêché les secours nécessaires. Des vies humaines auraient été sauvées.

 

Juillet 1950, les bâtiments de Radio-Conquet sont alors en construction, mais la station fonctionne déjà en radiotéléphonie dans deux cabanes provisoires.  La sauvegarde de la vie humaine en mer sera, pour elle,  pendant cinquante ans une activité majeure. (Voir sujet Communications radiomaritimes dans ce blog).

 

(Article à compléter par un extrait de carte marine situant « Les Pourceaux » et par une photo de pinasse douarneniste autour de 1950 ; il est vraisemblable que les deux navires étaient des sardiniers ou des maquereautiers)

 

JPC décembre 2009.

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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 15:54


Louis Quéméner

Le Conquet 1643 – Surat (Inde) 1704

Reprise d’un article que j’ai écrit en 1989 pour le bulletin communal de l’époque, à partir d’une quinzaine de feuillets provenant de chez mademoiselle Elisa Causeur, ma tante.

Ce texte a peut-être été écrit à partir de notes de monsieur Miorcec de Kerdanet, recueillies par l’abbé Kerbiriou.  Tout ou partie a pu être publié dans le bulletin diocésain du Finistère en 1934 ou 35. Le document d’origine semble être une « Vie Manuscrite » conservée dans les archives des Missions Etrangères de Paris.

Nouvelle rédaction :

Naissance au Conquet de Louis Quéméner

Michel Quéméner était « honorable marchand » et bourgeois du Conquet  quand sa femme, le 3 septembre 1643, a donné naissance à un fils que l’on prénomma Louis.

Dom Michel Le Nobletz (1577-1652), qui connaissait bien l’enfant espiègle qu’était Louis (le gamin avait 9 ans à la mort de l’évangélisateur), aurait prédit qu’il deviendrait plus tard un personnage saint dans l’église de Dieu.

Vers l’âge de quinze ans, il se rendit avec sa mère à Sainte-Anne d’Auray, en pèlerinage sur les lieux où en 1625, un paysan nommé Nicolazic avait découvert une statue de la mère de la vierge Marie.  Après ce jour, le jeune Louis, refusa d’envisager la succession de son père dans le commerce, pour se tourner vers la religion.

Prêtre du diocèse de Léon

 On ne sait pas où il fit ses études de théologie, peut-être à Ploudaniel, là où Michel Le Nobletz fit les siennes.  On le retrouve le 7 avril 1667, débutant son sacerdoce comme vicaire de la paroisse des Sept-Saints à Brest. L’église des Sept-Saints dépendait comme du prieuré de l’abbaye de Saint-Mathieu. Louis Quéméner quitte Brest fin 1670 pour remplacer le recteur de l’importante paroisse de Ploudaniel, décédé.

Le 22 mai 1675, Louis Quéméner est au Conquet pour assister aux obsèques de son père, il signe le registre des décès : Louis Quemener Recteur de Ploudaniel, signe aussi François Corbie, prêtre de la paroisse de Plougonvelin. Sur l’acte on remarque la présence de Laurent Calvez, sieur de Kersalou, marchand du Conquet "fils et gendre du défunt"!

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Copie état-civil Le Conquet 1989, JPC.














Le voyage vers la Chine

En 1680, Quéméner a quitté la Bretagne, pour se consacrer à l’évangélisation de régions lointaines. Il entre dans la Société des Missions Etrangères de Paris, fondée en 1653 par Alexandre de Rhodes, missionnaire jésuite d'Extrême-Orient où il a effectué plusieurs séjours. Quéméner fait ses classes au séminaire de la rue du Bac à Paris. Puis, il quitte la ville le 6 avril 1682 pour Brest, avec deux confrères, Louis Champion de Cicé et Jean Joret,  tous trois prêts à s’embarquer sur un vaisseau à destination de la Chine, à la demande de monseigneur Pallu déjà sur place. Jusqu’au dernier moment sa famille et ses amis essaieront en vain de le détourner d’une aventure aussi périlleuse.  (La Société des Missions Etrangères de Paris n’est pas un ordre, mais une association de prêtres diocésains, qui sous l’autorité de la Congrégation de la Propagande de la Foi, se consacrent à l’évangélisation des peuples)

Quelques mois plus tard le vaisseau double le cap de Bonne-Espérance puis la navigation se continue sans problème jusqu’à Surat en Inde. De là un autre bateau les conduit au Siam, par le détroit de Malacca, ils y retrouvent d’autres missionnaires déjà en poste. Quelques temps plus tard avec de Cicé et Pin docteur en Sorbonne. Un navire anglais les prend à son bord. « Etant sortis de la barre de Siam avec un vent contraire, nos trois missionnaires doublèrent avec bien de la peine la pointe qui sépare ce royaume de celui de Cambodge. A cette hauteur ils échouèrent, vers les deux trois heures du matin, sur un rocher perdu, ignoré de toutes les cartes, à 40 lieues de la terre ferme. Le vaisseau ne s’en tira que très malaisément et comme par une espèce de miracle. (Bien plus tard, sur rade d’Amoï, on s’apercevra que deux brasses de la fausse quille et plus de six pieds du premier bordage de derrière avaient été emportés. Cependant pendant tout le reste du voyage, il ne fit pas plus d’eau que si rien n’était arrivé). Quelques temps après le premier échouage, entraîné par le vent et les courants, le vaisseau évita de justesse un banc terrible de récifs nommé les Paracels, ensemble d’îlots rocheux qui barrent la mer de Chine sur une longueur de 80 lieues.  Après avoir doublé l’île de Hai-Nan, le capitaine anglais renonça à gagner Formose pour faire cap sur Macao. Au passage les missionnaires saluèrent l’île de Sansian, ou mourut saint François-Xavier. Après une escale à l’île de Tempo-Guebrado, à une portée de mousquet de Macao, le navire entre sur rade de Amoï, à 400 lieues de Pékin. Equipages et passagers attendirent trois mois (septembre 1684) l’autorisation de l’Empereur pour débarquer, et ne purent le faire qu’après que le navire anglais eut failli couler, abordé par une jonque.



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Missionnaire en Chine. Ici saint François Xavier. Chapiteau sculpté, église de Javier, Espagne. Photo JPC




















L’arrivée en Chine, les missions.


A la Noël 1684, nos trois missionnaires sont toujours à Amoï . Courant janvier 1685, le voyage s’achève enfin. Louis Quéméner, rejoint le poste que monseigneur Pallu lui avait assigné avant de mourir, à Chieu-Leu, province de Fo-Kien. Il commence immédiatement l’étude de la langue des Mandarins à l’école d’un dominicain espagnol.

Les années suivantes, Louis Quéméner, vicaire apostolique,  gère la procure de Canton, tout en exerçant de temps à autre, le ministère apostolique dans les provinces de Kouang-Ton, Fo-Kien et Tche-Kiang.

Les feuillets se continuent par des extraits d’une lettre de notre missionnaire aux Ursulines de Saint-Pol de Léon, les dames de Mollien. Leurs missives parties de Bretagne le 22 février 1685 ne sont arrivées en Chine que le 24 août 1686. Les sœurs lui reprochent de les avoir oubliées. Il se récrie : Non mesdames, je ne suis pas de cette fameuse province des goûts à deux paroles ! Je ne me dédis jamais, et c’est assez que vous sachiez que j’ai vu le premier jour au Conquet et, par conséquent que je suis « bas » et « très bas-breton, pour vous avouer que vous avez tort… »  Il continue en assurant ne pas les avoir perdues dans son souvenir, pas plus que mesdames de Lesneven (monastère des Ursulines) et de Landerneau, (couvent des Ursulines), madame la supérieure de Guillimadec, ou ses chères sœurs de Ploudaniel. En conclusion il les invite à prendre de ses nouvelles par le recteur de Ploudaniel, monsieur Le Pape, et surtout à faire des dons aux missions en Chine : « il faut, dit-il, mettre la main à votre gousset pour enrichir votre pauvre frère et ses confrères ». Cette lettre est envoyée de Xao-Cheu  en Chine le 1er janvier 1687.

Ce Xao-Cheu, province de Kouang-Ton est à plus de 150 lieues de la rivière de Canton. C’est un marché très fréquenté, un entrepôt d’où l’on expédie des marchandises à travers le Kouang-Si vers le nord de la Chine. Louis Quéméner s’efforce de christianiser les Chinois du lieu, tout en bâtissant son église.


Le retour en France


En juin 1689, la santé de Quéméner s’altère, souffrant d’une « corrosion d’intestins »  il inquiète ses confrères. Le 16 janvier 1690, ayant réglé ses affaires, il est à Canton en instance de départ, pour se refaire une santé.  Mais s’il se rend à Rome c’est comme délégué des vicaires apostoliques en Chine. Le bruit courait que le pape Alexandre VIII avait pour intention de confier aux Portugais le protectorat des missions en Chine. De plus les pères des Missions Etrangères sont alors en guerre ouverte avec les Jésuites.

Le voyage à Rome s’impose donc! Un navire anglais le conduit à Pondichéry, sud de l’Inde, où il arrive à la fin de l’année. De là il gagne Surat (Inde), puis la Perse par mer. Il traverse la Perse, sans doute à pied, pour gagner Alexandrette au sud de la Turquie, où il trouve un navire qui le prend comme passager. Il débarque à Marseille fin 1691, pour y subir l’opération d’une fistule.


En service commandé à Rome


Le 20 mai 1692, guéri, c’est le départ pour Rome, mais la tempête oblige son bateau à relâcher à Gènes. Ce n’est finalement que le 10 juin 1692 qu’il débarquera à Rome.  Son voyage aller vers la Chine avait duré trois  ans, le retour en aura pris deux.

Voici donc Louis Quéméner à Rome, en qualité de procureur des Missions Etrangères mais chargé en même temps par l’évêque de Chartres d’obtenir du pape l’approbation de la constitution de la maison de Saint-Cyr, établissement fondé par Louis XIV à la porte de Versailles, sous l’impulsion de madame de Maintenon, pour l’éducation de 250 jeunes filles de la noblesse, peu favorisées par la fortune.

Le 26 novembre 1692, Quéméner a une première entrevue, secrète et particulière,  avec le pape Innocent XII au sujet des affaires de Chine, particulièrement sur la question des missionnaires portugais, et les différents entre Franciscains, Jésuites et pères des Missions Etrangères. (Longs développements complexes). L’entrevue avec le pape se déroule en Espagnol langue que pratique le souverain pontife et aussi Quéméner, dont le séjour  au  Vatican va se prolonger jusqu’en 1697. (Je passe sur les détails de cette épisode romain de la vie de Quéméner. L'essentiel de la querelle entre missionnaires venait du fait que les Jésuites pratiquaient une évangélisation "douce" en permettant aux nouveaux convertis chinois de conserver certaines pratiques ou coutumes ancestrales, tandis que d'autres missionnaires, tels Quéméner imposaient à leurs ouailles, un christianisme intolérant.)


L’évêque de Surat (Inde)


Nommé par la suite évêque de Surat en Inde, Louis Quéméner y accomplira son ministère jusqu’à son décès en 1704. Je n’ai pas de détails sur cette période.

Dès que possible, j'introduirai dans le texte une carte simplifiée des périples A/R de notre missionnaire.


LE PERE DE FONTENAY : Louis le Guennec (le Finistère Monumental tome 2)
attribue dans le blason (fantaisiste) du Conquet (dessiné par Le Men en 1898) "le 3 à la fasce d'azur accompagnée de  deux dauphins de même, à la famille de Fontenay, originaire de Lochrist quBLASON-DU-CONQUET.gifi a produit un mathématicien et astronome célèbre, le père de Fontenay, de l'ordre des Jésuites, l'un des chefs de la mission que Louis XIV envoya à l'empereur de Chine Kang-Hi pour fonder l'observatoire de Pékin. 

A bord de l'Amphitrite qui quitte Port Louis en 1702 pour la Chine, il y a en effet un père de Fontenay, jésuite.
Des documents mentionnent un père jésuite, Pierre Claude de Fontenay, né à Paris en 1663.
Les de Fontenay seraient liés à Kerambosquer en Plougonvelin.
Enquête à faire, si elle ne l'a pas déjà été.
                                                                                          JPC  décembre 2009



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