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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 15:16

L'ANCIEN ABRI DU CANOT DE SAUVETAGE - Place Saint-Christophe.

 

En écho au compte-rendu du Conseil Municipal du 19 septembre 2012, joint à la « Feuille Info » du Conquet datée du 27 septembre, concernant l’acquisition par la municipalité  du bâtiment de la place Saint-Christophe, premier abri du canot de sauvetage en 1866-67, voici un historique du bâtiment que le maire du Conquet en 1961, le jugeant inesthétique, voulait faire raser pour édifier à sa place un « calvaire de style breton ».

st-xtof-abri-coop001.jpg

 

Ceci en complément d’un article concernant la chapelle et la place Saint-Christophe que j’ai publié sur ce blog le 4 février 2009.

 

Les débuts difficiles de la station de sauvetage du Conquet

 Partout, pouvoirs publics, municipalités et personnes privées apportent leur aide désintéressée à l'implantation d'abris et à l'installation de canots, partout sauf au Conquet où l'affaire se présente mal.

L'ingénieur général des Ponts et Chaussées chargé par son administration de trouver dans le département les terrains convenables à l'installation de cabanes-abris pour canots de sauvetage, déclare qu'au Conquet l'endroit le plus propice à cet effet est: "... un petit plateau situé à la pointe Saint-Christophe, entre le chemin de ronde qui contourne le port et la falaise qui borde le rivage, terrain sans propriétaire connu, réputé inutilisable et donc sans valeur marchande.."  D'un point de vue pratique, pire eut été impossible à trouver! Mais ce n'est pas cela qui provoque la colère des élus. Le conseil municipal, par la voix de son maire (François Marie Podeur) réagit sur l'appartenance du terrain: "Cet espace a de tout temps appartenu à la commune du Conquet, si on le lui enlève, il faut payer un dédommagement". (Evoquant l’existence en ce lieu de la chapelle Saint-Christophe, détruite vers 1855, et réputée alors bien communal).

La situation en dépit des interventions du préfet reste bloquée de longs mois, enfin un compromis est signé en août 1866: il stipule que la commune reste propriétaire du terrain dont elle rentrera en jouissance le jour où cessera la destination spéciale "Poste de sauvetage". la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés paiera par an 5 francs de location dont quarante annuités d'avance. La construction de la cabane-abri peut commencer dès le versement des deux cents francs.

 

Les difficultés de lancement du canot persistent (1867-1890)

Pendant toutes ces années le canot de sauvetage est toujours remisé sur son chariot dans sa cabane-abri du plateau Saint-Christophe. Pour le mettre à l'eau il faut toujours réquisitionner les chevaux d'une ferme afin de l'amener au Drellac'h et gréer des palans de retenue pour le faire descendre la cale ouest, puis bien souvent réatteler les chevaux pour une traversée à marée basse du port ... (en 1886, au cours d'une mise à l'eau de nuit, un homme qui aide à la manoeuvre glisse, les deux jambes écrasées par une roue du chariot il ne survivra pas)....

 

Pourtant fin 1876, a été inaugurée la digue Saint-Christophe, on aurait pu penser à un transfert immédiat de l'abri du canot à l'enracinement de la falaise et à la construction d'une rampe en pente douce pour la descente du chariot, mais pas du tout... Cependant, en 1873, lors des travaux, l’ingénieur en chef du département du Finistère « avait été invité à faire opérer la translation de la maison abri du canot de sauvetage » (SCSN séance du 4 sept 1873).

 

 Le maire  (Hippolyte Levasseur)  dans un courrier du 23 février 1889 au président du comité local de sauvetage, constate que "l'impossibilité de mise à l'eau du canot à toute heure de marée est un lourd handicap en cas de naufrage à basse-mer de vives eaux", à témoin cet exemple qu'il cite: "Il y a 17 ou 18 mois, le vaisseau Le Fulminant a touché une roche pour ainsi dire à l'entrée du Conquet. Ce navire aurait été perdu si la mer avait été grosse et l'équipage aurait couru de grands dangers s'il n'avait pu prendre place dans les canots du bord. Le canot de sauvetage n'aurait pu se porter au secours des naufragés, le peu de solidité des fonds dans le port ne permettant pas au chariot de dépasser la mi-marée aux époques de syzygies.

 

Maternité occasionnelle :  par suite de mauvais temps ou de manque de vent, la traversée Béniguet-Le Conquet ayant pris plus de temps que prévu, Elisa Lannuzel, épouse de Jean-Louis Causeur, venue sur le continent pour accoucher chez des parents, a donné naissance à mon grand-père Jean Causeur dans cet abri du canot de sauvetage au matin du 26 janvier 1877. (JPC).

 

CONSTRUCTION D'UN NOUVEL ABRI

L'année 1890, le canot est installé dans un nouvel abri à l'enracinement du môle St Christophe (actuel vivier et magasin de mareyeur). Les mises à l'eau sont dès lors plus faciles et  plus rapides, cependant à grande marée basse le canot n'est toujours pas opérationnel. Cette situation perdurera  pendant plus de quarante ans...

 

LA QUESTION DE LA PROPRIETE DU PREMIER BATIMENT :

 

Dès le transfert du canot dans son nouvel abri, les Ponts et Chaussées s’installent dans une moitié de l’ancien local. L’autre partie est occupée par le canon lance-amarres et ses apparaux, auparavant remisés dans une cabane au Drellac’h. (Les fusils et canons lance-amarres de la SCSN sont sous la responsabilité des douaniers et manœuvrés par eux)

DRELLACH-CABANE.jpg

Sous la croix blanche, la cabane du fusil et du canon lance-amarres, non loin du poste de la douane.

 

Le local est convoité par l’armée : le 20 mars 1908, le lieutenant-colonel Mouy, chef du Génie, s’adresse au maire du Conquet : « J’ai l’honneur de vous faire connaître que le général commandant le 11e corps d’armée, m’a donné l’ordre d’étudier dans quelles conditions pourrait être installé au Conquet, un poste destiné au logement des militaires se rendant à Ouessant ou en revenant.

Le gardien de batteries du Conquet m’a rendu compte que vous seriez assez disposé à mettre à la disposition de l’autorité militaire la partie de l’ancienne cabane du canot de sauvetage actuellement occupée par le service des Ponts et Chaussées.

Je vous prierai de vouloir bien me faire connaître dans quelles conditions pourrait se faire cette mutation et avec qui il y aurait lieu de traiter pour arriver à une solution ».1-ABRI-CS-1-P-ET-C.jpg

 

Le vice-amiral Duperré, président national de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés – SCSN, que l’on interroge sur la propriété du local est bien embarrassé pour répondre, il ménage la chèvre et le chou :

« Je ne sais pas à qui appartenait le terrain autrefois »

« Il y a d’une part la commune du Conquet à laquelle je désire être agréable, qui réclame la propriété du terrain et d’autre part le service des Ponts et Chaussées qui nous rend de nombreux services et avec qui je tiens à conserver les meilleures relations et qui veut garder la jouissance de son magasin.

 

Il m’est bien difficile de prendre une décision qui léserait assurément les intérêts de l’une ou l’autre des parties.

Le mieux est pour la commune du Conquet est de prendre un accord avec le service des Ponts et Chaussées, j’espère que la chose n’est pas impossible ».

 2-st-xtof--abri-p-et-c.jpg

Le bâtiment porte à son fronton au-dessus du portail "Ponts et Chaussées"

 

Le 6 avril 1908,  l’ingénieur des Ponts revient à la charge. « Monsieur le maire, j’ai l’honneur de vous faire connaître que la partie de l’ancien abri du canot de sauvetage que nous occupons est très utile, car ce magasin est le seul assez sec pour y remiser le ciment et les objets craignant l’humidité et y faire coucher l’été le personnel occupé aux travaux de balisage. Par contre nous pourrions cesser d’utiliser le petit bâtiment dans lequel était remisé autrefois le canon porte-amarres de sorte qu’il serait possible que la SCSN cède à la commune la partie de l’abri actuellement occupé par ce canon, lequel reviendrait à son ancien local.

Je pourrais si vous le désirez proposer cette solution au président de la SCSN. »

 

Le 20 juin 1908, la situation est clarifiée, l’ingénieur Vicaire des Ponts et Chaussées, confirme que la commune peut affecter aux troupes de passage la moitié du local, en l’entretenant en bon état, le reste restant magasin des Ponts.

 

Détournement d’utilisation par la commune

La partition semble donner satisfaction à chacun, quand bien des années plus tard, en 1930, l’ingénieur Lambert s’emporte contre la municipalité conquétoise : « Depuis 1928, la commune a affecté à usage d’habitation la moitié du magasin qui est occupé par des gens sales, d’une inconduite notoire, au détriment du bâtiment. Nous P et C, avons beaucoup de matériel en dépôt : pétrole, bois de pitchpin, ciment, fers, outillage et vous pouvez vous rendre compte que notre local est trop exigu ».

« J’ai donc le regret d’être obligé pour toutes les raisons invoquées ci-dessus de vous prier de bien vouloir faire évacuer les personnes logées, dans le délai le plus court possible, afin de rendre au service des Ponts et Chaussées la totalité de la place dont il a besoin.

J’ajoute qu’en cas d’incendie, la responsabilité de la commune se trouverait engagée, un magasin ne devant pas constituer un logement.

 

Par la suite les Ponts et Chaussées, y ont autorisé un bureau pour la Douane et un autre pour le maître de port. (Ci-dessous :  1, bureau du port ; 2, bureau de la Douane)

ELD-0043--DETAIL.JPG

Après la guerre 1939-45, ils ont concédé à  la « Coopérative des Pêcheurs » un espace de 18 mètres carrés comme entrepôt.

 ch-abris-cs-0.jpg

Etat des lieux vers 1955, la porte ouverte, surmontée d'un mât de pavillon est celle donnant sur le bureau de la Douane.

En 1999, la partie « magasin » du bâtiment était inoccupée, la municipalité a envisagé d’y installer le « musée du Conquet », fermé lors des travaux de transfert de la Mairie à Beauséjour. Le loyer demandé par les Ponts et Chaussées était exorbitant, le projet est resté sans suite.

 

Depuis la « Coopérative Maritime » y a réinstallé son magasin.

st-xtof-abri-coop006.jpg

 

Sources : Histoire du sauvetage en mer au Conquet (JPC), archives SCSN, archives municipales et divers. 5 octobre 2012 ; JPC.

(Photos JPC, collection cartes postales JPC)

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 10:45

Je tiens à vous signaler après un long intermède, la nouvelle parution  des :

"Cahiers de l'Iroise"

N°212 : Janvier / Juillet 2012

cahiers-iroise.jpg

 

                                                                    Couverture : tableau de Ramine

 

cahiers-iroise-ed.jpg

 

  Pour tout renseignement :

 

Société d'Etudes de Brest et du Léon

4 rue du Colonel Fonferrier

29200 Brest

sebl29@laposte.net

http://www.cahiersdeliroise.org

 

                                                                                JPC 27/09 /2012

 

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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 14:35

Un équipement de sauvetage bien discret : "la ligne Brunel"

En juillet 2004, un couple de visiteurs dans l’ancien abri du canot de sauvetage du Conquet se montrait particulièrement intéressé par un petit matériel présenté dans une vitrine.

 

D’un étui en cuir, ouvert, sortait une bobine en bois garnie d’une cordelette terminée en son extrémité par un petit grappin à quatre branches.  Une étiquette dénommait l’engin « ligne Brunel ».

ligne-brunel-dans-etui-jpg

 Le hasard voulait que madame C. habitant Annecy, soit l’arrière-petite fille de Joseph Jean-Baptiste Alfred Brunel, dont elle connaissait l’invention mais sans avoir jamais vu une « vraie ligne ». Celle-ci provient du premier abri du canot de sauvetage du Conquet, converti partiellement, un temps, en bureau des Douanes.

 

Joseph Brunel :

Né près de Dieppe en 1830, lieutenant des Douanes, fils et petit-fils de douanier, il se fit dès son jeune âge remarquer par des sauvetages. Ces actions au secours des autres, durèrent toute sa vie professionnelle et au-delà.

 

« M. Brunel, lit-on dans La Science Illustrée, N° 340, 1894, Page 59, lieutenant des douanes en retraite, rési­dant à Dieppe, est un sauveteur intrépide dont les actes de dévouement ne se comptent plus. Nombre de malheureux en péril ont dû la vie à son interven­tion individuelle. Maintes fois, il s'est jeté à l'eau, tout habillé, la nuit, et même en plein hiver pour repêcher des marins qui se noyaient. Son existence, de par la profession qu'il exer­çait, s'est passée au bord de la mer. Il s'est rendu compte qu'en l'absence d'un homme assez énergique pour se précipiter au secours d'un infortuné en détresse, un engin pratique, d'un maniement facile, rendrait le plus souvent le, même office, sans mettre en danger la vie du sauveteur ».

 

Il existait déjà des engins portatifs destinés à être lancés à des personnes se noyant à proximité du bord, comme la gaffe Legrand, ou la ligne Torrès, du nom de son inventeur en 1865.

 

Brunel après plusieurs prototypes de tailles différentes, propose la « Dieppoise Universelle » qui deviendra la ligne Brunel au début des années 1870.

Douanier-avec-sa-ligne.-SCSN-jpg

 Les douaniers portuaires en furent rapidement équipés. En cas de nécessité ils sortaient l’objet de son étui. En présence d’une personne consciente, en train de se noyer, ils lui lançaient la bobine (flottante) reliée à la cordelette, que la victime tentait de saisir pour se faire ramener à terre. Dans le cas d’un corps inerte, les douaniers tentaient de l’accrocher avec l’extrémité du cordon muni du grappin.

Bobine-creuse-a-une-extremite.jpg

 

ligne-brunel-grappin.jpg

 La bobine est creuse à une extrémité pour y ranger le manche du grappin.

 

La Société Centrale de Sauvetage des Naufragés (SCSN) rapportait dans ses Annales les interventions opérées par les douaniers avec ces types d’engins, au même titre que les sauvetages réalisés en mer par les canots. 

Joseph Brunel est décédé à Dieppe en octobre 1900.

Sources Snsm Le Conquet (photos JPC). -  Engins de sauvetage, la ligne Brunel, dans la Science Illustrée, texte de G. Teymon. - Etude de Michel Boye, conservateur du Musée de Bordeaux.

 

                                                5-septembre 2012- JPC

 

 

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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 10:05

En complément à l'article Le Conquet, Le Bilou, Porsfeunteun.

 

Le "coffre du Bilou"

Je me suis rendu ces jours derniers au Musée Préhistorique Finistérien, à la pointe de Penmarc'h.

Le coffre du Bilou y est toujours à l'honneur, reconstitué dans une fosse, au milieu d'une salle bien éclairée.

 

Voici ce dit le commentaire :

"Coffre à rainures et à parois inclinées.

Composé de six dalles de micaschiste avec grenats [il se trouvait] dans un tertre très bas, surplombant une carrière voisine du Bilou, près Le Conquet.

Signalé par le docteur Taburet et acquis par le musée de Penmarc'h.

Relevé et reconstitué par le commandant Morel, suivant son orientation, et une dalle rabattue pour faire voir l'intérieur.

Mobilier insignifiant, quelques restes d'ossements sur un lit de petits galets de grève.

La dalle de recouvrement est surmontée de deux pierres quartzeuses.

Attribué à l'âge du bronze.

  Remarquable par son étancheité, due à l'ajustage parfait du biseau des petites dalles dans les rainures des grandes dalles.COFFRE-DU-BILOU-1.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Ci-dessus à gauche, une dalle rabattue. (Photo JPC)

 

COFFRE-DU-BILOU-2.jpg

Le coffre vu de l'autre côté de la fosse. (Photo JPC)

 

(Age du bronze armoricain : -1700 à -450) 

 

Je n'ai toujours pas trouvé la localisation exacte de la découverte, ni sa date? Un lecteur en sait-il plus.

 

Note personnelle : je vous encourage à visiter le Musée Préhistorique Finistérien, à proximité de la pointe de la Torche, il en vaut vraiment la peine.

                                                                                05-septembre-2012 / JPC

                                   

 

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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 17:26

Cette année 2012, le Pays d’Iroise a décidé de commémorer le 500e anniversaire du combat de La Cordelière au large de Saint-Mathieu en se référant à la date du 10 août 1512. (Certains historiens privilégient l’année 1513).

 

Pour ceux qui souhaitent se familiariser avec l’évènement voici une liste non exhaustive de sources mentionnant le « célèbre » combat.

 

S de la Nicolière-Teijero, « La Marine Bretonne aux XVe et XVIe siècles », Nantes 1885, réédition La Découvrance Rennes 1996.

Très long texte écrit en français ancien, lecture un peu difficile, j’en ferai ultérieurement un résumé.

 

Abbé Irail « Histoire de la Réunion de la Bretagne à la France ». Paris 1764 ; (Réédition Morvran 1976)

Chapitre IV, p 31

… On fut principalement redevable à la Reine d’une marine respectable… A l’occasion de la ligue des princes Chrétiens contre l’Empire Turc, Anne avait fait équiper douze vaisseaux de ligne. On en avait construit par son ordre beaucoup d’autres dans les ports de Bretagne. Les flottes françaises commandées par des officiers de son choix et la plupart Bretons, remportaient de fréquents avantages sur celles d’Angleterre… On parle surtout d’un vaisseau de cent canons et de douze cents hommes d’équipage, appelé La Cordelière, du nom d’un ordre institué par la princesse. Le capitaine Primauguet, breton, le commandait. Ce brave homme tout-à-coup investi par douze vaisseaux anglais, après avoir fait les plus belles actions de valeur, après avoir coulé à fond plusieurs bâtiments ennemis prêt à voir le sien dévoré par les flammes, accroche celui de l’amiral auquel le feu se communique sur le champ. Les deux vaisseaux sautent en l’air à la fois. Primauguet se jette tout armé dans les eaux et y périt avec la réputation d’un des plus grands hommes de mer.

(Paragraphe sans date, avec en regard : « Hist. des Ducs de Bretagne tom.2  p.255. Act. de Bretagne)

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Augustin Jal (1795-1873) conservateur des Archives de la Marine à Paris,  cité par Prosper Levot  dans « Brest la Ville et le Port jusqu’en 1681 », (1864). Ed Le Portulan Brionne. Réédition 1972

Prosper Levot, 1801-1878, conservateur de la bibliothèque de la Marine à Brest

Page 213-14. §6

Portzmoguer et le combat de la Cordelière
Portzmoguer, capitaine breton, était né dans le Bas-Léon. Son nom, plus ou moins mutilé par Alain Bouchard et ses copistes, a été transformé par eux en Primoguer, Primauguet, Primauguay, Primaudet, Portemoguer etc…

 

C'est avec une rare sagacité que A. Jal, historiographe de la marine, a retracé les diverses circonstances du combat de la Cordelière, dans le curieux travail qu'il a publié sous le titre de Marie la Cordelière (XVIe siècle). Étude pour une histoire de la Marine française. Extrait des Annales maritimes et coloniales. Décembre 1844, Paris, Imp. roy.1845, in-8° de 50 p. Ce travail a été complété par la lettre insérée dans les Annales maritimes de 1845, t. 90, Ces deux travaux, dont notre article Portzmoguer de la Biographie bretonne (t. II, p. 648-650) n'est qu'une analyse, ont restitué savéritable physionomie au combat du 10  août 15l2; défiguré jusqu'alors, en déterminant la force probable des deux armées, la date et les circonstances de l'action, les noms des deux héros et de leurs vaisseaux, etc., etc.

Toutes les péripéties de ce combat ont fourni à Germain Brice, le sujet d'un poème latin, traduit par Pierre Choque. L’original et la traduction ont été reproduits de nos jours : le premier par  A. Cuicbon de Grandpont (Nouvelles Annales de la Marine française. Mars -I855) ; la seconde, par  A. Jal, dans son étude intitulée : Marie la Cordelière.

Un autre poète du moyen âge, Humbert de Montmoret, contemporain, comme Brice, des faits qu'il raconte, les a également célébrés dans un poème latin. La poésie moderne a voulu, à son tour, payer son tribut d'admiration à Hervé de Portzmoguer. Elle a eu pour interprète A. Guichon de Grandpont, dans une ode latine (Gloriœ navales, p. 20-23). Enfin, la peinture a retracé l'épisode le plus saillant du combat de la Cordelière et de la Régente. M. Gilbert, de Brest, l'un de nos meilleurs peintres de marine, s'en est chargé en exécutant le tableau que possède aujourd'hui la Société d'Émulation de Brest.

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Pierre Levot, archiviste de la ville de Brest, « Brest, la ville et le port jusqu’en 1681. (1864).  Réédition de 1972.

 

Page 49 et suivantes

Louis XII devenu le 17 janvier 1499, le second époux d’Anne de Bretagne, n’apprécia pas moins que Charles VIII les avantages du port de Brest. Dès 1501 il prescrivit l'armement de sept vaisseaux, au nombre desquels étaient la Charente et la Cordelière, construits en Bretagne par l'ingénieur Descharges, qui leur avait donné des proportions inusitées. L'admiration dont ces deux navires étaient l'objet détermina la reine Anne à venir les voir, lors de l'un de ses pèlerinages au Folgoat. (Appendice, § 5). L'armement de 1501 n'avait pas pour unique but de seconder l'armée de terre dans ses opé­rations contre Naples. A cette expédition se joignait un projet de croisade contre les Turcs. Une guerre contre les infidèles était alors chose méritoire. Aussi les sei­gneurs bretons mirent-ils une grande ardeur à secon­der Louis XII, et la reine elle-même, autant par zèle religieux que par affection pour son nouvel époux, s'associa-t-elle à ce mouvement par le don qu'elle lui fit de la Cordelière. Empruntons les détails de la com­position de cet armement à Jean d'Auton (Chroniques publiées par L, Jacob (Paul Lacroix), Paris. Sylvestre, 1834,4 vol. in-8°), historiographe et chroniqueur du roi Louis XII, qu'il accompagna dans toutes ses expéditions et dont il rédigeait par lettres les «louables œuvres,»  Sitôt, dit, que le roi fut à Lyon, comme j'ai dit, « sans autre séjour faire, voulant donner secours à la « chrétienté contre les Infidèles, transmit postes à ses ports de mer, pour hâter son navigage, dont la plupart tira vers le port de Toulon, en Provence ; attendant illec nouvelles du bon vouloir du roi, pour  mettre sur ce mains en besogne, et tendre voiles  celle part où son bon plaisir seroit de les envoyer. La reine aussi, madame Anne de Bretagne , comme très catholique, à l'affaire de ce voyage n'eut le vouloir amolli, ne la main close; mais voulant employer le possible de sa force pour exercer la foi chrétienne, déploya ses trésors et iceux élargit pour soudoyer grand nombre de gens d'armes et équiper force navires, et entre autres voulut que sa grosse carraque, nommée la Cordelière, et plusieurs autres fissent le voyage ; et lorsque l'heure fut de tirer au vent, « grande flotte de navires de Normandie furent au port de Brest, en Bretagne , quérir icelle Cordelière et les autres de sa suite qui là étoient. Dedans les dits navires étoient grand-nombre de gentilshommes et entre  autres messire Jacques Guybé, messire Guillaume Cadore, messire Guillaume de Boisboissel, Guyon Bertrand, François de l'Epinay, Hervé de Malestroit, Jean Grimault, seigneur de Procex, François de Quellenec, Gilles Meschinot, le vicomte de Rhodez, Pierre Choque, dit Bretagne, premier hérault de la reine , laquelle l'y avoit envoyé pour lui en faire le rapport. Aussi y furent Jean Bigot, seigneur de  Bourgueil, Pierre de Quosquier et plusieurs autres.  Après avoir raconté les événements de la traversée de cette flotte, depuis Brest jusqu'à Toulon, et les cap­tures qui la signalèrent sur les côtes de l'Espagne, de Portugal et des pays barbaresques, Jean d'Auton pour­suit ainsi : D'icelle armée et navigage fit le roi conducteur et son lieutenant-général messire Philippe de Ravestain, qui lors étoit à Gènes gouverneur pour  le roi auquel bailla en gouvernement et sous sa charge les nefs et galées ci-dessous nommées. C'est  à savoir la grande nef ou carraque nommée la Charente, l'une des plus avantageuses pour la guerre de toute la mer. Pour décrire la grandeur, la largeur, la force et équipage d'icelle, ce seroit pour trop allonger le compte et donner merveille aux oyants. Queque  soit, elle étoit armée de douze cents hommes de guerre, sans les aides ; de deux cents pièces d'artillerie, desquelles il y en avoit quatorze à roues, tirant (p 52),  grosses pierres de fonte et boulets serpentins, avitaillée pour neuf mois, et avoit voiles tant à gré qu'en mer, n'étoient pirates ne écumeurs qui devant elle tinssent vent. Dedans étoit un gentilhomme de Bretagne, capitaine d'icelle, nommé messire Jean de Porcon, seigneur de Beaumont, et lieutenant du roi en la mer de Normandie. Aussi furent ordonnés, pour le roi, messire Jacques Guybé, chef de la grande nef de la reine, nommée Marie la Cordelière, et de six autres grosses nefs de Bretagne.... »   (t. I, p. 252-254.) D'Auton, complétant son récit (t. II, p. 25 et suivantes), nous apprend que cette flotte, arrivée à Gênes vers la fin du mois de juin, s'y renforça des navires armés dans ce pays, appareilla, dans les derniers jours de juillet, pour Naples, qu'elle quitta, le 16 août, et que parvenue le 23 octobre devant Mételin (l'ancienne Lesbos), elle y débarqua les troupes qui, jusqu'au 29, livrèrent à cette ville trois assauts infructueux, mais où Jacques Guybé, Hervé Garland, vice-amiral de Bretagne, et le sire de Beaumont payèrent bravement de leurs personnes.

Jusque-là, la Cordelière avait honorablement fourni sa carrière ; il lui était réservé de la terminer par un com­bat glorieux pour elle et pour son intrépide comman­dant, Hervé de Portzmoguer. Ce combat se livra, le 10 août 1512, à la hauteur de Saint-Mathieu. (Appendice, § 6.) Jean de Thénouenel commandait alors un certain nom­bre de vaisseaux franco-bretons, mouillés dans le port. Informé qu'une flotte anglaise, aux ordres de Thomas Kernevet, approchait avec l'intention d'y entrer, il alla résolument à sa rencontre. Le silence d'une partie des historiens contemporains, l'obscurité ou les contradic­tions des autres ne permettent pas de préciser rigou­reusement l'effectif des deux flottes. Toutefois, si les historiens anglais varient quant au nombre des vaisseaux (p 53), de leur nation, que les uns portent à 80, les autres à 39 seulement, il paraît y avoir accord entre eux et les écrivains français pour reconnaître que l'armée commandée par le breton Jean de Thénouenel, indiquée le plus généralement comme composée de 20 navires, était, quelle que fût sa force réelle, bien infé­rieure à celle des Anglais.

Il semblerait d'après les diverses relations du com­bat rapprochées les unes des autres, que la Cordelière, après avoir coulé ou mis en fuite quelques navires de moindre importance, se trouva aux prises avec deux forts vaisseaux, la Régente, capitaine Kernevet, et le Souverain, capitaine Charles Brandon, qui la placèrent entre deux feux, la Cordelière ayant l'avantage du vent sur la. Régente  mais étant sous le vent du Souverain. La canonnade dura ainsi quelque temps, vive et bien nourrie ; mais un des mâts du Souverain ayant été coupé par l'artillerie de la Cordelière, Charles Brandon fut obligé de laisser arriver, ce qui le sauva. Privé de l'appui du Souverain, mais ne désespérant pas de la victoire, Thomas Kernevet, qu'avait rejoint un petit navire, continua le combat. Bientôt il fut renforcé d'un second auxiliaire qui, évoluant autour du navire français, parvint à lui faire plusieurs voies d'eau. Cependant Portzmoguer serrait de près et canonnait sans relâche la Régente, qui fuyait sous le vent. Il réussit enfin à l'aborder. Thomas Kernevet fit alors jeter sur la Cor­delière des artifices et toutes sortes de matières inflam­mables. L'incendie gagne rapidement le gréement, les voiles ainsi que l'œuvre morte de la Cordelière, et la Ré­gente fait de vains efforts pour se dégager de l'étreinte de feu qui va l'étouffer. Portzmoguer et d'Holos ou Dholo, son second, l'un de la grand'hune, l'autre de la hune de misaine, inondent la Régente d'une pluie de pierres (p 54) et de feu, pendant que cent combats corps à corps se livrent sur les gaillards et sur les ponts. Le vaisseau anglais riposte de son mieux ; mais son grand mât, ou brisé par les boulets, ou miné par le feu, tombe avec fracas. La Régente ne tarde pas à couler avec la nef qui s'est attachée à son flanc, et tous deux brûlant « comme chenevotes » s'engloutissent, entraînant dans l'abîme plus de onze cents hommes, au nombre des­quels fut Portzmoguer, soit noyé, soit étouffé par les flammes ou la fumée, au point élevé où il était placé.

 

Ce que les Anglais n'avaient pu faire en 1512, ils le tentèrent, mais sans plus de succès, au printemps de l'année suivante. Henri VIII ayant ordonné à Edward Howard de reprendre la mer avec quarante-deux vais­seaux de guerre, sans compter un certain nombre de frégates et de bâtiments de transport, cet amiral se dirigea sur Brest, d'où une flotte n'attendait, pour sortir, que l'arrivée de Prégent de Bidoux, qui devait y amener six galères de la Méditerranée, les premières qui soient venues de cette mer dans l'Océan. Howard, parvenu à le devancer, se présente avec toute sa flotte à l'entrée du port. « Les ennemis, dit Lediard (Histoire navale d'Angleterre, t. I, p. 200), s'étaient couverts de  plusieurs batteries, avaient bordé de canons les deux côtés du port, et, pour se garantir de notre feu, avaient joint ensemble trente-quatre hourques rangées sur une ligne, à une distance convenable de  leurs vaisseaux. » Deux autres écrivains conjecturent que les projets des Bretons étaient de mettre le feu à ces hourques et de les laisser dériver avec la marée, quand les Anglais approcheraient. Quel que fut le projet des Bretons, une ruse de l'amiral anglais en empêcha l'exécution. Sa flotte ne fut pas plutôt à l'en­trée du port qu'il en détacha un grand nombre de (p 55) chaloupes armées qui feignirent de vouloir opérer une descente. Plus de dix mille hommes, ajoute Lediard, accoururent pour s'y opposer, et, pendant qu'ils étaient sur un point du rivage, l'amiral anglais entra dans le port, débarqua son monde vis-à-vis de Brest, puis ravagea et brûla le pays à la vue du château ; mais comme il manquait de munitions et en attendait de jour en jour, il alla reprendre son mouillage.

Sur ces entrefaites arriva Prégent de Bidoux (1) avec ses six galères et quatre fustes. Apprenant que les Anglais se tenaient à l'entrée du port, il jugea pru­dent de se mettre à l'abri de leur attaque, dans la baie des Blancs-Sablons, près du Conquet, sous la pro­tection des batteries établies sur deux rochers. Dans l'espoir qu'il en aurait bon marché, l'amiral anglais se détacha de son armée avec deux grandes ramberges, deux chaloupes et deux galères dont l’une était montée par lui et l'autre par lord Ferrers. S'avançant, le 25 avril, vers la galère que commandait Prégent de Bidoux, il l'aborda et sauta sur le pont, suivi de dix-sept Anglais et d'un chevalier espagnol, nommé Carroz. La galère anglaise s'étant écartée de celle de Prégent de Bidoux , soit par suite d'une manœuvre de ce dernier, soit par toute autre cause, Howard et les siens se trouvèrent à la merci des Français, qui les précipitèrent à la mer. La mort de. l'amiral détermina les Anglais à s'éloigner (2).

 

(1) M. Dauvin, (Essais, etc.} le confond avec l'amiral Prégent de Coëtivy. Or, ce dernier, né vers 1399, aurait eu alors 114 ans. Aussi, quand bien même tous les historiens ne s'accorderaient pas à dési­gner Prégent de Bidoux, semblerait-il difficile d'admettre ce rare exemple de longévité qui n'eût certainement pas échappé aux partisans de la maxime : Jeunes officiers, vieux amiraux.

(2| Paul Jove (p. 188), dit que le corps d'Howard, repoussé par les flots sur le rivage, fut reconnu parce que cet amiral portait suspendu au col un cornet d’or.

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Ch. Lahure, (sous réserve de vérification). « Histoire populaire de la France », Illustrations de Le Breton, 1865.

Page 127.

Durant les batailles d’Italie et de Flandre, des combats avaient lieu sur mer… Depuis le commencement des guerres d’Italie, les matelots de Provence et les galères de Marseille avaient rendu à la France d’importants services, surtout le brave et habile Prégent de Bidoulx. En 1513, Prégent fut appelé avec quatre galères, de la Méditerranée dans l’Océan pour s’opposer aux courses des Anglais sur nos côtes. Le 27 avril, il tomba dans la flotte anglaise que commandait le grand amiral Edouard Howart et se réfugia dans l’anse du Conquet, près de Brest ; l’amiral l’y suivit et vint lui-même l’attaquer à l’abordage. Prégent se prit corps à corps avec l’amiral, le blessa, le jeta mort sur le pont de son navire et coula le vaisseau qui le serrait de plus près. Un autre menacé du même sort s’enfuit, et toute la flotte s’éloigna. Prégent, à son tour, parut sur les côtes d’Angleterre et ravagea le Sussex.

Quelques mois après, la flotte qui avait débarqué à Calais l’armée de Henri VIII vint croiser sur les côtes de Bretagne et rencontra, le 10 août, les Français qui n’avaient qu’une vingtaine de navires bretons et normands sous le commandement d’Hervé Primoguet. Les Anglais étaient deux ou trois fois supérieurs en nombre, mais leurs adversaires prirent l’avantage du vent et attaquèrent résolument. Au premier choc, plusieurs navires anglais furent coulés. Un vaisseau français faisait surtout merveille. C’était la Belle Cordelière  qu’Anne de Bretagne avait fait construire elle-même à Morlaix et orner à grands frais. Primoguet la montait. Entouré de douze vaisseaux ennemis, elle avait déjà démâté les uns et fait reculer les autres, quand, de la hune d’un navire anglais on lui jeta une masse de feux d’artifice qui l’embrasèrent en un instant. Une partie des matelots et des soldats put se sauver dans les chaloupes ; mais Primoguet refusa de quitter le navire que la reine lui avait confié. Il se dirigea droit sur la nef amirale d’Angleterre que montait une nombreuse noblesse, s’y attacha par ses grappins d’abordage, lui communiqua l’incendie, et sauta avec elle. Cet héroïque dévouement eut lieu en vue d’Ouessant.

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Arthur Le Moyne de la Borderie,  « Histoire de Bretagne », Tome IV. Plihon Rennes 1906.

(Publication postume, La Borderie est mort en 1901)

…page 604 et suite, Les dernières années de la reine furent attristées par les démêlés du roi avec le pape. Le cardinal de la Rovère, devenu pape sous le nom de Jules II, s’était mis à la tête d’une ligue armée formée contre la France, et dont le but était de chasser les Français du Milanais… La nouvelle guerre d’Italie dura trois ans… Jules II étant mort le 20 février 1513, avait été remplacé par le cardinal de Médicis qui fut Léon X.

Au commencement de l'année 1513, la France avait à combattre contre une véritable coalition des Etats voisins. L'Angleterre elle-même finit par ê­tre entraînée dans la ligue, et Henri VIII qui avait succédé à son père débarqua à Calais avec une armée le 1er juillet 1513, Le 16 août il battait les Français à Guinegatte, la journée des Eperons.

En même temps il avait envoyé une flotte nombreuse sur les côtes de Bretagne dans le but d'y tenter une descente. Pour protéger la péninsule le roi fit équiper les vaisseaux et prescrivit à Rieux et à Montauban de surveiller et de défendre les rivages.

La flotte bretonne sortit le 10 août 1513 de la rade de Brest pour attaquer les navires anglais qui croisaient dans ces parages. En tête s'avançait, superbe et bien armée, la grande nef chère à la reine Anne, la Cordelière, commandée par un Breton Hervé Primoguet ou plus exactement Portzmoguer. Arrivé devant la flotte ennemie le vaisseau s'élance sur un groupe de navires, et donnant sur eux par le travers, il coule ceux qu'il peut atteindre et force les autres à fuir.

Alors il est rejoint et entouré par deux bâtiments anglais, l'un le Régent, aussi fort que la Cordelière, l'autre le Souverain, presque aussi puissant ; prise entre deux feux, la Cordelière riposte vaillamment et brise les mâts du Souverain qui doit cesser la lutte et se retirer. La Cordelière lui donne la chasse, mais elle est poursuivie à son tour par le Régent et deux autres navires. Assailli de toutes parts le vaisseau breton, malgré plusieurs voies d'eau, se retourne, écarte les deux navires auxiliaires et fond sur le Régent.

Celui-ci n'osant continuer la lutte à lui seul, bat en retraite : la Cordelière le poursuit, le serre de près, l'aborde et engage un combat corps à corps. Alors le capitaine anglais Thomas K/nevet, dans un suprême désespoir, fait jeter de ses hunes sur le pont du vaisseau breton des fusées d'artifice et des brandons de feu. L'incendie gagne rapidement. Le Régent essaie de se détacher, il n'y peut réussir et les marins bretons font pleuvoir à leur tour sur lui du soufre et de la poix-, ils continuent la lutte le long des bordages et brisent le grand mât de l'adversaire. Portzmoguer, du haut de la grande hune, exhorte les siens à une mort intrépide. Rappelez-vous, leur crie-t-il, que c'est aujourd'hui la fête de saint Laurent qui périt par le feu ; puis, aveuglé par la fumée, il se jette tout armé dans la mer, et les deux navires, serrés par leurs grappins d'abordage, s'abîment ensemble sous les flots (1).

Ce beau fait d'armes, cette fin glorieuse de son vaisseau favori fut une des dernières joies de la reine. Bien qu'elle n'eût que trente-sept ans, sa santé s'alté­rait. Elle avait eu une fille, nommée Renée, qui était née le 25 octobre 1510 ; elle eut deux fils qui ne vécurent pas, l'un en janvier 1503 et l'autre en janvier 1512. A partir de ce moment s elle ne prît plaisir à chose que ce fût, au mois de mars suivant elle fut gravement malade d'une fièvre maligne, et depuis elle resta constamment souffrante. On assure que le mal qui la minait était la gravelle.

 

(1), A. Jal, Marie la Cordelière, Annales Maritimes décembre 1844.

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E. Durtelle de Saint-Sauveur, Histoire de Bretagne, des Origines à nos Jours, Plihon Rennes 1935.

Lorsqu’en 1512, l’Angleterre entra dans la coalition formée contre la France, les côtes bretonnes se trouvèrent menacées. Le plan anglais prévoyait en effet, une descente en Bretagne. Il fallut prendre des mesures de défense (37). C’est alors que fut livré le mémorable combat dans lequel s’illustrèrent la Cordelière et son héroïque commandant, Hervé de Portzmoguer (38). Journée fameuse dans les fastes de la marine française. La Cordelière, après avoir coulé plusieurs navires anglais, en avoir mis d’autres en fuite, aborde le Régent, dont le capitaine, désespérant de vaincre, fait jeter sur le vaisseau breton fusées et brandons. Les Bretons ripostent en lançant à leur tour sur le Régent du soufre et de la poix. Finalement les deux vaisseaux étroitement serrés l’un à l’autre s’abîment dans l’Océan (39).

 

37 : Dom Morice, preuves  t. III, col 903 – 906

38 : Arthur de la Borderie, Hervé de Portzmoguer, Documents inédits, Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1885

39 : J Tramond, manuel d’histoire maritime de la France  2e Ed. Paris 1927, p46.

       Ch de la Roncière, Histoire de la Marine Française, tome III, paris 1906, p 93-104

Dès 1513, une petite épopée, l’Hervéide, d’Humbert de Montmoret, fut consacrée au  combat de la Cordelière. H. Waquet dans Association Bretonne, congrès de Landerneau 1932.

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Alain Raison du Cleuziou, la Bretagne de l’Origine à la Réunion.

(Prud’homme Saint Brieuc, 1947)

Page 341, illustration Philippe de Montauban, fils de Guillaume et de Jeanne de Keradreux, dernier chancelier de Bretagne, se distingua par sa fidélité à Anne de Bretagne, et s’employa activement à réaliser le mariage d’Anne avec Charles VIII. Il est mort en 1516.

 

Page 354, Le sentiment de sa grandeur et de ses devoirs de souveraine, lui fit équiper, au port de Morlaix, un grand vaisseau qu’elle nomma « Marie la Cordelière ». Il fut lancé le 30 juin 1498. La Cordelière prit part en 1501, à une expédition contre les Turcs, dont les progrès devenaient menaçants. Puis après treize ans de navigation, l’Angleterre ayant déclaré la guerre à la France au début de l’année 1512, la « Cordelière », commandée par Hervé de Portzmoguer se porta au devant de la flotte anglaise, commandée par l’amiral Howard, qui ravageait les côtes bretonnes. Après avoir mis à mal plusieurs navires ennemis, la « Cordelière » attaqua le Régent. Le feu s’étant déclaré à bord, Portzmoguer ordonna l’abordage, s’accrocha à son adversaire et l’entraîna avec lui dans les flots…

 

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Jim et Joël Sévellec, « Histoire de Brest, bandes illustrées ». Imprimerie du Télégramme 1955

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Yves Marie Rudel, « Histoires de Bretagne », Plon 1963

Page 97

LE DERNIER  COMBAT DE LA « CORDELIÈRE »

Au cours de son second voyage à travers le pays breton, Anne, duchesse et reine, avait exprimé le souhait, vite exaucé comme on pense, de visiter le plus beau navire qui fût sorti d'un chantier français et qui se trouvait pour lors ancré dans le grand port atlantique : Brest.

Ce navire avait une histoire.

François II qui, malgré une vie sentimentale compliquée, était très dévot à saint François d'Assise, avait créé un ordre de chevalerie dont l'insigne était la corde nouée dont les disciples du petit pauvre se ceignaient la taille. Il l'avait appelé : l'ordre de la cordelière. Quelques grands de la cour en avaient été honorés. Anne reprit à son compte la fondation paternelle. Elle décora certaines dames et demoi­selles qui lui parurent briller par un mérite plus manifeste que les autres. On avait donc pensé lui être particulièrement agréable en baptisant la plus éclatante réussite de la cons­truction navale : Marie-la-cordelière, La carraque avait        (p 98) été lancée à Morlaix en 1498. Elle avait coûté la somme, coquette pour l'époque, de 22 500 livres.

Hervé de Portzmoguer — dont le nom fut ensuite francisé en celui de Primauguet — la commandait.

Valeureux homme de guerre, Portzmoguer, avant de mon­ter sur la dunette de la Cordelière, avait fait respecter le drapeau hermine de Bretagne sur les côtes atlantiques et même sur le pourtour méditerranéen. Puis, on l’avait rappelé à Brest pour y assurer la protection des convois du Ponant contre les attaques des pirates basques et britanniques,

 

Le 10 août 1512, l'amiral britannique Howard apparaissait à l’improviste devant Ouessant à la tête d'une puissante escadre : 25 vaisseaux et 26 barques flamandes. Il en voulait à la flotte franco-bretonne réfugiée dans la rade. Immédiate­ment, Portzmoguer se portait à sa rencontre, mettant en fuite l’avant-garde ennemie devant le Goulet. Sans doute ne se faisait-il guère d'illusion sur le sort que lui réservait un affrontement inégal ; mais sa devise était « Faire face »  et cette fois encore, il n'y manquerait pas.

On s'était si peu attendu à l'arrivée des Anglais que Portzmoguer avait convié l'élite de la noblesse bretonne à une fête qu'il donnait à bord de la Cordelière. Howard allait faire danser les invités d'une façon qu'ils n'avaient pas prévue. Le véritable combat s'engagea et les gentilhommes ne se firent pas prier pour mettre la main à l'épée. La Cordelière était appuyée par la Louise., portant la marque de l'amiral René de Clermont, et par la Nef de Dieppe.

La mer était turbulente et le vent hardi. Howard, sur le pont de la Mary Rose dirigeait la manœuvre comme à l'exer­cice et la canonnade des« Saozon», comme les Bretons appe­laient les Anglais, s'avéra tout de suite meurtrière. Rapide­ment, la Louise et la Nef de Dieppe furent mises hors de combat. Aussitôt la Mary Rose appuyée par trois autres (page 99) vaisseaux la Mary James, le Régent et le Sovereign, se jeta sur la Cordelière. Au lieu de rompre, Portzmoguer riposta de toutes les bouches à feu de son beau navire. D'une bordée, le pont de la Mary James fut balayé ; d'une autre, le Sovereign, démâté, partit à la dérive. Restait à régler le sort du Régent. L'Anglais portait 100 canonniers, 400 soldats de marine, contre lesquels se battaient 100 arquebusiers bre­tons, 800 matelots et les 300 gentilshommes en dentelle venus pour la fête. Perdu pour perdu, Portzmoguer com­manda d'aborder le vaisseau ennemi. On courait à la mort. Du moins, avant d'aller par le fond, ferait-on un massacre de Saozon !

A travers feu et mitraille, les Bretons passaient comme des diables. Accrochée au flanc du Régent, la Cordelière a déversé sur le pont, où le sang coule déjà en ruisseaux, des dizaines de hardis compagnons hurlant et frappant. Les morts et les blessés s'amoncellent, tandis que ceux qui sont restés sur le tillac de la Cordelière ont les pieds dans le sang.

Et voici qu'Howard est parvenu à rameuter ses voiles et qu'il les lance à son tour contre la vaillante caraque. Elle se débat et se bat furieusement. Malgré leurs avaries, la Louise et la Nef de Dieppe reviennent devant Saint-Mathieu et cherchent à soulager la Cordelière. Disloquée, pantelante, la courageuse Nef tiendra tête jusqu'au crépuscule à cinq navires anglais dont chacun pris séparément est plus fort qu'elle.

Cependant, le nombre l'emporte à bord du Régent qui, après l'assaut des Bretons, renvoie des soldats sur le pont de la Cordelière. Portzmoguer peut bien chercher à déverser sur eux, du haut de la grand-hune où il s'est perché, ce qu'il garde de munitions, il sait que bientôt il ne lui restera d'autre ressource que de mourir en brave. Et son second, Golo, juché dans la misaine ne pense pas autrement. Alors, (page 100) quelqu'un, peut-être le capitaine même, se glisse jusqu'à la sainte barbe et met le feu aux poudres. On ne capitulera pas ! La Cordelière admirée par la reine Anne ne tombera pas aux mains des Anglais. Dans un fracas épouvantable, le navire s'ouvre en deux. Et le Régent, grand mât abattu, coque crevée, s'abîme dans les flots avec l'autre à son flanc. Portzmoguer a vaincu jusque dans la mort puisque la flotte est sauvée par son héroïque sacrifice.

Sur les soldats et marins qui se trouvaient à bord du Régent une soixantaine seulement furent sauvées. De la Cordelière à peine une vingtaine d'hommes réchappèrent.

On dit que la reine Anne pleura en apprenant la nouvelle et la chanson bientôt immortalisa Hervé de Portzmoguer.

« Loyal Breton pareillement Français

Remercie de Portzmoguer l'audace :

II n'a craint ni canons ni fûts de bois... »

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Henri Touchard, « Le commerce maritime breton à la fin du moyen-âge ». Les Belles Lettres Paris 1967.

Page 239, … Les marins bretons fréquentent à la fois les côtes orientales et occidentales de l’Ecosse… Le roi d’Ecosse achète fréquemment des navires bretons, le 6 juillet 1504 à Michel Denis marchand du Conquet et la même année à Martin Le Nault. Ce dernier lui construit au Conquet un navire La Trésorière qu’il amène en Ecosse avec un équipage breton en 1505…

(Je suis tenté de voir en ce Martin Le Nault, celui qui, maître de la caraque,  a péri avec La Cordelière.  JPC),

 

Page 306

La Bretagne est de plus en plus intégrée à l’espace économique français. Elle subit, comme les autres régions du royaume, le contrecoup de la politique étrangère royale. Une escadre bretonne avec deux énormes navires : la Charente et la Cordelière que commande Jacques Guybé, neveu de Pierre Landais, participe en 1501 aux opérations navales en Méditerranée ; en 1512 Hervé de Portzmoguer sombre avec la Cordelière au cours des combats qui opposent l’amiral Howard venu piller Crozon et Le Conquet, à l’escadre française de l’amiral de Clermont. (150)

Note 150 : La Roncière, La Marine… tome III page 93

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Hervé Le Boterf, « Anne de Bretagne », Editions France-empire 1976.

 

ANNE DE BRETAGNE

Page 234

… Louis n'eut de cesse de détacher Venise de la Sainte-Ligue et de s'allier avec elle en vue d'un nouveau partage du nord de la péninsule. Louis s'attribuerait le Milanais et abandonnerait à la Sérénissime République les territoires dont l'empereur Maximilien s'était emparés. En mai 1513, les troupes françaises, placées sous la direction de La Trémoille, traversèrent de nouveau les Alpes, prirent Alexandrie et marchèrent sur Novare, où les soldats de Sforza s'étaient retranchés. Le 6 juin, l'armée de La Trémoille campait tranquillement à La Riotta, près de Novare, quand vingt mille Suisses, sortirent silencieusement de la ville, approchèrent du camp sans être repérés en béné­ficiant de l'épaisseur protectrice de la forêt et attaquèrent par surprise. En dépit d'une puissante artillerie qui faucha les assaillants par files entières, les Français furent taillés en pièces. Les survivants s'enfuirent en abandonnant leurs canons et regagnèrent au plus vite le royaume. . :

 

Le sabordage de « La Cordelière »,

Cette fois, l'aventure italienne était bien finie pour Louis XII. Le roi devait songer à défendre son pays menacé de partout par les coalisés de la Sainte-Ligue. La trêve d'un an, signée en avril avec l'Espagne, ne lui laissait plus d'il­lusion sur l'éventualité d'une invasion sur le front des Pyré­nées tant la perfidie de Ferdinand était à redouter.

Ce fut du côté anglais que vinrent les premières attaques. Le jeune Henri VIII était impatient de jouer un rôle politi­que sur le continent. Ses navires croisaient au large de la Bretagne et de la Normandie. Fréquemment, ils accos­taient et leurs équipages pillaient et incendiaient la côte où ils avaient pris pied, sur plusieurs lieues à la ronde.

Au printemps 1513, l'incursion fut de plus grande enver­gure. Une escadre entière débarqua des troupes qui mirent (p 235) à sac la région comprise entre Crozon et le Conquet, sans oublier Brest. Une compagnie fut spécialement chargée de dévaliser et d'incendier le château de l'amiral de Bretagne, Hervé de Portzmoguer. Leurs méfaits accomplis, les Anglais regagnèrent leurs vaisseaux et, profitant d'un vent favorable, regagnèrent au plus vite le port d'où ils étaient partis. Ordre fut donné à Rieux et à Montauban de renforcer les défenses côtières et à Portzmoguer de rassembler dans la rade de Brest une flotte prête à intervenir à tout moment.

Le 1" juillet suivant, le débarquement britannique eut lieu en effet. Non pas en Bretagne... mais à Calais où, bien entendu, on ne l'avait pas prévu!

La surveillance ne se relâcha pas pour autant sur le littoral armoricain. Elle permit, dans la nuit du 9 au 10 août, de déceler l'approche d'une importante flotte anglaise. Les navires bretons mouillés à Brest auxquels se joignirent les vaisseaux français du vice-amiral de Clerrnont quittèrent le port et gagnèrent la mer avec, à leur tête, le navire-amiral La Cordelière.

Au cours de la matinée, l'adversaire fut en vue. Juchées dans les vergues, les vigies dénombrèrent vingt-six bâtiments. L'escadre franco-bretonne en comptait six de moins. La mer était houleuse et le vent contraire. Les conditions ne parurent donc pas favorables aux Bretons, pour engager le combat. Portzmoguer ignorait que six des vaisseaux ennemis ne transportaient que des munitions. Prudemment, il donna à ses capitaines l’ordre de virer de bord tandis que La Cor­delière et La Louise — portant la marque du vice-amiral de Clermont — protégeraient la retraite de l'escadre.

Les deux vaisseaux-amiraux essuyèrent bientôt le feu de la flotte ennemie qui fonça sur eux toutes voiles déployées. Très rapidement, La Louise se trouva hors de combat. La Cordelière resta seule pour affronter le Sovereign, le Régent, le Mary-James et le Mary-Rose. Crachant feu, poudre et boulets par toutes ses pièces pendant plus de deux heures, (p 236)

la caraque bretonne infligea de sérieux dommages à l'en­nemi, mais en subit de plus graves encore. Quand il eut constaté que son vaisseau n'était plus en état de regagner le port, Portzmoguer préféra — pour te renom de la duchesse et le sien propre — une mort glorieuse au déshonneur de la captivité. 11 commanda à ses marins de préparer les grap­pins et de s'apprêter à l'abordage du Régent.

Surpris par l'audace de la manœuvre, l'équipage anglais parvint à repousser les Bretons, puis à les poursuivre jus­que sur le pont de La Cordelière, C'était justement ce qu'avait souhaité l'amiral de Bretagne. Portzmoguer fit jeter par un de ses hommes une torche enflammée à l'in­térieur de la sainte-barbe puis, du haut de la grand-hune, il incita son équipage à se battre jusqu'au dernier souffle. Et comme une épaisse fumée commençait à s'échapper du magasin à poudre, il s'écria :

— Souvenez-vous...! C'est aujourd'hui la fête de saint Laurent qui périt par le feu!

Quelques instants plus tard, une énorme explosion sou­leva La Cordelière et le Régent. Projeté hors de son poste de commandement, Portzmoguer coula à pic instantané­ment, entraîné par le poids de sa cuirasse. Déchiquetés et ravagés par les flammes, La Cordelière et le Régent sombrèrent, rivés l'un à l'autre par les grappins.

Le sacrifice du plus beau fleuron de la flotte ducale ne fut pas inutile. Non contente d'avoir entraîné avec elle, par le fond, l'une des plus prestigieuses unités de la marine ennemie, avec quelques-uns des meilleurs officiers du roi d'Angleterre, la caraque avait permis de sauver le reste de l'escadre franco-bretonne.

Les troupes anglo-allemandes qui avaient débarqué à Calais progressèrent et mirent le siège, le 16 août, devant Thé-rouanne. Louis XII envoya des renforts à la citadelle en requérant d'éviter tout accrochage avec l'adversaire…

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François Bellec, « Le Château de Brest », Editions de la Cité. 1978.

 

Page 74

Loyal Breton ! que nul son nom n’efface

La ferveur et la ténacité d’Anne lui ont permis de convaincre Louis XII d’armer une flotte pour la croisade contre les Turcs, tandis qu’elle obtenait la promesse de l’aide de Venise et des Chevaliers de Malte et soulevait l’enthousiasme de ses Bretons. De Brest à Dieppe, de La Rochelle à Rouen, toutes les provinces maritimes, toutes les villes du Ponant, ont participé en 1501 à l’armement de la flotte nécessaire à ce grand projet.

Anne elle-même a contribué à l’effort collectif, et pour ce faire « voulant employer le possible de sa force pour exercer la foi chrétienne, déploya ses trésors et iceux élargis pour soudoyer grand nombre de gens d’armes et équiper force (p 75) navires, et entre autres voulut que sa grosse caraque, nommée la Cordelière, et plusieurs autres fissent le voyage ; et lorsque l'heure fut venue de tirer au vent, grande  flotte de navires de Normandie furent au port de Brest, en Bretagne, quérir icelle Cordelière et les autres de sa suite qui là étoient ». C'est Jean d'Auton qui rapporte ainsi la part prise par la reine à la Croisade.

La Cordelière, caraque Amirale, a été lancée à Morlaix en 1498 sous le nom de la Maréchale. Elle est devenue Marie la Cordelière, du nom de l'ordre créé ou restauré par Anne de Bretagne, à l'intention des dames de haute noblesse, en l'honneur des cordes dont fut lié le sauveur au temps de sa passion et pour sa dévotion à Saint-François d'Assise dont elle porte le cordon.

La volonté de l'armateur Nicolas de Coëtanlem et l'art de l'architecte naval Descharges ont donné vie à l'un des plus impressionnants navires de guerre de l'époque, avec la Charente, construite sur les mêmes plans, que Jean d'Auton décrit ainsi :

« L'une des plus avantageuses pour la guerre de toute la mer. Pour décrire la grandeur, la largeur, la force et l'équipage d'icelle, ce seroit trop allonger le compte et donner merveille aux oyants. Queque soit, elle étoit armée de douze cents hommes de guerre, sans les aides ; de deux cents pièces d'artillerie, desquelles il y en avoit quatorze à roues, tirant grosses pierres de fonte et boulets serpentins, avitaillée pour neuf mois, et avoit voiles tant à gré qu'en mer, n'étoient pirates ne écumeurs qui devant elle tinssent vent... Aussi furent ordonnés, pour le roi, messire Jacques Guybé, chef de la grande nef de la reine, nommée Marie la Cordelière, et de six autres grosses nefs de Bretagne ».

On sait que la croisade n'a pas été un succès et que le débarquement projeté à Mytilène pour en chasser les Turcs n'a pas été tenté. Finalement, de tempêtes en combats navals, La Cordelière très endommagée par la fortune de mer est rentrée coulant bas en Bretagne pour y panser les plaies béantes témoignant de sa vaillance. C'est un navire auréolé de ces combats lointains contre les infidèles et resplendissant à l'issue du carénage qui l'a remis à neuf, que la reine visite avec émerveillement sous les murs du château.

A cette époque, une poterne donne sur la Penfeld, protégée par un ouvrage avancé nommé « Fer à cheval », baigné par la mer. On accède à cette poterne, à l'intérieur du château, par un chemin qui serpente au long d'un ravin au fond duquel se trouvent une fontaine et des lavoirs. Jardins et arbres en font sans doute un lieu de promenade et l'une des curiosités de l'austère château pour la petite cour qui entoure la reine.

« Après voir et revisiter, émerveillée de voir un tel vaisseau », Anne en confie te commandement quelques jours plus tard, sur le chemin du retour, à Hervé de Portzmoguer, dit Primauguet, le meilleur des marins et le plus dévoué des sujets, élevé à la dignité d’amiral de Bretagne…

Avec quelle émotion dut être accueillie par la reine et ses compagnons de voyage, sept ans plus tard presque jour pour jour, l’annonce de la disparition héroïque de La Cordelière et de son fier capitaine le 10 août 1512  à l’ouvert du goulet de Brest. Pour protéger la retraite de la flotte du vice-amiral René de Clermont mal engagée contre celle de l’amiral Howard, Portzmoguer a jeté contre le Régent sa caraque désemparée par deux heures d’une canonnade furieuse qui l’a mise aux prises avec le Sovereign, le Régent, la Mary-Rose et la Mary-James.

Dans un déluge de feu, les deux navires se sont embrasés, ont explosé et disparu, leurs sorts liés par les grappins bretons, tandis que les voiles franco-bretonnes s’éloignent, sauves, dans le Goulet. Hervé de Portzmoguer est au nombre des 1 250 marins, soldats et gentilhommes qui ont disparu dans cette fin glorieuse.

« Loyal Breton ! que nul son nom n’efface », clame le héraut de Bretagne.

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Michel de Mauny, « Le Pays de Léon », bro leon, Editions régionales de l’Ouest, Yves Floc’h, Mayenne. 1993

Pages 120-121-122

« La Cordelière » et Hervé de Portzmoguer

Lorsque Louis XII eut achevé la conquête du Milanais il chercha à gagner le pape Alexandre VI en contribuant activement à la prépara­tion d'une croisade contre les Turcs qui menaçaient Rhodes, citadelle des chevaliers de Saint-Jean et bastion avancé contre la barbarie musulmane. La reine Anne, ardente catholique, voulut que la Bretagne participât à l'expédition et fit armer plusieurs navires. Le plus beau vaisseau de la flotte bretonne était pour lors « La Maréchale », cons­truit de 1496 à 1498 « au hasvre et cay de Morlaix » par Nicolas Coatanlem, armateur, corsaire, gros négociant et bon patriote breton. La duchesse Anne lui confia le soin d'armer et d'approvisionner le na­vire qu'elle débaptisa et nomma « La Cordelière » par dévotion à saint François d'Assise, fondateur de l'ordre des Cordeliers. En mai 1501 le bâtiment, qu'on appelait la « grosse caraque » ou « la grand'nef de Morlaix », rejoignait à Brest la flotte bretonne, battant pavillon blanc à croix noire, sa pavesade composée d'écus alternés, les uns de Breta­gne, les autres d'argent à croix de sable. Premier vaisseau à deux bat­teries de la marine française, « La Cordelière », de six à sept cents ton­neaux, portait deux cents bouches à feu dont quatorze, montées sur roues, crachaient des projectiles de fonte.

Sous les ordres de Jacques Guibé, qui frappa sa marque d'amiral de Bretagne sur « La Cordelière », l'escadre mit à la voile et fit route vers la Méditerranée où elle accomplit quelques exploits puis, en juin, rejoignit l'escadre génoise commandée par Philippe de Clèves. Le 26 octobre un débarquement sur l'île de Lesbos, en face de la place forte de Métellin, culbuta les troupes turques mais ne put emporter la ville devant laquelle on établit le siège. L'historien de l'expédition, Jean d'Auton, raconte que la nuit les hommes de garde entonnaient pour se divertir « leurs plus bons motets et doulces chansons ». Une fois, un Bas Breton venait de finir une gwerz de son pays quand, du haut des courtines, il s'entendit interpeller en breton. C'était un compatriote de Quimperlé, pris et  réduit en esclavage par les musulmans. La conver­sation s'engagea sans que les Turcs songeassent à l'interrompre et le captif en profita pour révéler que la garnison ne tiendrait pas long­temps par manque de vivres. En 1502 « La Cordelière » et les autres bâtiments bretons rentraient dans le port de Gênes d'où ils cinglèrent vers Brest.

Trois ans plus tard, en 1505, Anne de Bretagne s'en fut visiter « La Cordelière » lors de son voyage ; les jours suivants étant à Mor­laix, elle y fit appeler Hervé de Portzmoguer, plus connu sous le nom de Primauguet, célèbre capitaine et aussi flibustier, qui se tenait en baie de Penpoul, prêt à prendre le large si une justice indiscrète s'avisait de lui demander des comptes. Peu rassuré, il vint cependant trouver sa souveraine et se vit confier le commandement de        « La Cordelière ». Dans le village de Trézien, en Plouarzel, s'élevait le manoir de Portzmoguer, berceau de cette famille. Hervé y était né de Jean et de Marguerite Calvez vers le milieu du XVe siècle. Il allait s'illustrer en 1513, année cruciale où la France eut à combattre contre une coalition des Etats voisins, y compris l'Angleterre qui envoya sous les ordres de l'amiral Howard une flotte nombreuse sur les côtes de Bretagne en vue d'y tenter une descente.

Le 10 août la flotte bretonne sort de la rade de Brest pour attaquer les Anglais qui croisent dans les parages ; elle se réunit aux vaisseaux français du vice-amiral de Clermont, « très pauvre homme et marin pis que mauvais », qui a mis sa marque sur « La Louise ». Depuis la veille Portzmoguer, revenant des côtes d'Espagne, relâchait sous l'île de Batz et avait invité à son bord des parents de sa femme, née Le Louet de Coatjunval et veuve d'un seigneur de l'Estang, ainsi que des amis, en tout trois cents personnes environ. Dans la nuit il reçoit l'ordre d'appareiller immédiatement et de rallier l'escadre qui se trouve sur le point d'engager le combat avec les Anglais. Il n'a pas le temps de dé­barquer son monde et met à la voile sur-le-champ. A la pointe de Saint-Mathieu il rencontre la flotte française du vice-amiral de Clermont et la flotte anglaise.  Les deux vaisseaux amiraux, « La Louise » et  

« La Cordelière », attaqués par les ennemis qui foncent sur eux, sou­tiennent seuls l'assaut. « La Louise » est désemparée, l'escadre françai­se, inférieure en nombre, se dérobe, tandis que Portzmoguer la protè­ge, tenant tête au « Mary James », puis au « Sovereign » dont il brise la mâture et qui doit se retirer. « La Cordelière » le prend en chasse, mais elle est à son tour poursuivie par      « Le Régent » et deux autres navires auxquels elle résiste deux heures durant, les mettant enfin hors de combat. « Le Régent », ne voulant pas continuer seul la lutte, rompt le contact et bat en retraite. Portzmoguer le poursuit et le prend à l'abor­dage. Un corps à corps s'engage, sanglant, terrible, sans merci. Près d'être vaincu, le capitaine anglais, Thomas Knevet, fait jeter de ses hu­nes sur le vaisseau breton des fusées d'artifice et des brandons enflam­més. L'incendie gagne rapidement. « Le Régent » essaie de se déta­cher ; il n'y parvient pas et les marins de « La Cordelière », à leur tour, font pleuvoir sur lui du soufre et de la poix, continuant à se battre le long des bordages, mais de manière à attirer les marins anglais sur le pont. Portzmoguer donne alors l'ordre de jeter une torche dans la Sainte-Barbe, ensuite, du haut de la grande hune, il exhorte les siens à se battre jusqu'au bout. Au moment ou une épaisse fumée s'échappe de la Sainte-Barbe il s'écrie : « Souvenez-vous que c'est aujourd'hui la fête de saint Laurent qui périt par le feu ! » Au même moment une for­midable explosion ébranle l'air et les eaux, engloutissant les deux navi­res serrés bord à bord par les grappins d'abordage.

Sur les sept cents hommes du « Régent » à peine une soixantaine s'échappa à la nage. Les Bretons perdirent près de cinq cents des leurs, dont l'amiral de Bretagne Hervé de Portzmoguer.

 

Ce beau fait d’armes, cette fin glorieuse inspirèrent plusieurs « gwerziou » et poèmes ou chants français et latins. L’œuvre de Germain Brice fut traduite en français par Pierre Chocque, dit « Bretaigne », premier hérault et roi d’armes de la duchesse Anne, qui avait pris part à l’expédition de « La Cordelière » en 1501

 

Jean Randier, La Royale,

En quelques lignes reprend du déjà dit, aucun intérêt nouveau.

 

A tout ceci il faut bien sûr ajouter

« L’Hervéide », mémoire pour l’obtention de la Maîtrise de lettres classiques présenté et soutenu par Fabienne Wolff, juin 1996, Université d’Angers, U.F.R de Lettres.

115 pages. L’Hervéide du frère Humbert de Montmorot, texte latin, traduction et commentaires etc...

L’étude de F. Wolff est de loin  la plus complète et la plus intéressante de toutes concernant Porzmoguer et la perte de la Cordelière.

Je ne suis pas autorisé à diffuser le contenu de l’exemplaire qui m’a été confié. Se renseigner auprès de l’Université d’Angers. JPC.

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  Pour info, le site "Davieds" a été récemment complété, et aujourd'hui une nouvelle photo de la gabare Paul-Georges a été placée dans le sujet concernant ce bateau. JPC

 

 

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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 18:08

LA PERTE DU LANGOUSTIER ANGLAIS « NICOLE »

2-3 novembre 1965

 

Au petit matin du mercredi 3 novembre 1965,  la vedette Ouessantine des Ponts et Chaussée revenait de Kéréon sur Le Conquet pour y débarquer le gardien Serge Thibault, permissionnaire. Selon la presse : « à la hauteur de la balise du Grand Corlieu, le patron Cuillandre aperçut un navire échoué sur le Garic-ar-Normand. Aussitôt il alerta Radio-Conquet ». La station n’ayant reçu aucun appel de détresse dans la nuit, la  Ouessantine s’approcha au plus près d’un bateau de pêche, nommé Nicole, abandonné empalé dans les roches. Les marins de la vedette apercevant de la fumée sortant de la cheminée de la ferme de Béniguet, (inhabitée à l’époque), l’annexe, montée par Jean Carvac et Auguste Perhirin fut envoyée à terre aux renseignements.

 

Les deux hommes découvrirent les naufragés auprès du feu qu’ils avaient allumé dans l’âtre de la maisonnette pour se réchauffer. Ils étaient Anglais.

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Photo Télégramme (Klein) 

 

Comment en étaient-ils arrivés là ?       D’abord le bateau Nicole, était un ancien langoustier d’Audierne, construit à Douarnenez en 1957, d’une longueur de 14,50 mètres, pour 24 tonneaux de jauge, acquis quelques mois auparavant, en mai 1965 par Richard Barhow, de Penzance en Cornouailles.  Ce dernier pêchait les langoustes du côté des Scillies, son vivier en contenait ce jour-là 600, ainsi que des crabes, qu’il avait pris l’habitude de venir vendre à Audierne.

 

La pêche terminée, le Nicole avait quitté les Scillies le 2 novembre en soirée pour la France, avec un vent de nord-nordet soufflant à quarante noeuds et une mer forte. La Manche fut traversée cependant sans problèmes. Le bateau avait descendu la Helle, et pris le chenal du Four, quand aux abords des Pourceaux, le moteur cala une première fois, fut relancé par le mécanicien, et stoppa à nouveau. Le vent et les courants entraînèrent le langoustier dans le dédale des roches de Béniguet et il finit par talonner sur le récif dit « Karreg a Normand ».

Suffisamment près de la côte pour que Barhow et ses quatre compagnons puissent gagner la terre sains et saufs. Les Anglais auraient le temps de leur dérive lancé des appels « mayday » par radio mais qui ne furent pas reçus par la station du Conquet, pas plus que par l’Avant-Garde du Conquet,  qui, selon la presse se trouvait dans les parages à l’heure du drame

La Ouessantine prit à son bord les marins du Nicole pour les transférer au Conquet où ils furent accueillis et réconfortés à l’Abri du Marin, par monsieur et madame Julien Le Bras.

 

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 La Ouessantine dans le port du Conquet quelques années plus tard (Photo JPC) 

 

Au moment où la vedette quittait Béniguet arrivait le canot de sauvetage Patron Aristide Lucas, piloté par Louis Marec et qui n’intervint donc pas. P-nicole-penzance-arriere.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après avoir été accueilli par le directeur Joseph Quéré à la station radio, d’où il put communiquer avec Land’s End radio pour prévenir sa famille et celles de ses matelots de leur mésaventure, Barhow souhaita retourner sur les lieux du naufrage pour tenter de sauver ce qui pouvait l’être. Il s’y rendit donc à bord du canot de sauvetage qui était accompagné du Christian-Marie, patron Jean Le Bris et de l’Avant-Garde, patron Jacky Vaillant. Mais sur place, la mer était trop forte pour approcher de l’épave que les vagues défonçaient un peu plus à chaque coup de boutoir. Le Nicole fut donc déclaré « perte totale ».

 

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  La station radio du Conquet à cette époque : Louis Baron au télex, Jean Cam à la phonie et debout le chef de centre Joseph Quéré. (Coll JPC)

 

L’article du Télégramme se termine ainsi : « Il est à noter que l’épave du Nicole ne présente aucun danger pour la navigation. Par ailleurs « à quelque chose malheur est bon » dit le proverbe. En effet l’endroit du naufrage fait partie du cantonnement pour langoustes et homards grainés, récemment préconisé par les marins-pêcheurs du Conquet, la cargaison du Nicole constitue en vérité un apport de reproducteurs inattendu.»

 P-nicole-penzance-002-breche.jpg

Dans le même quotidien le 6 novembre : « La mer s’étant apaisée, des pêcheurs conquétois se sont rendu hier matin autour de l’épave du Nicole, toujours échouée sur le rocher du Normand à l’île Béniguet. Ils ont pu constater que la fin du bateau anglais était proche. A chaque marée, la mer recouvre le langoustier que les vagues ont pratiquement démoli.

P-nicole-penzance-002-pont.jpg 

 Il est à noter que l’équipage du Nicole a fait escale hier au Conquet. Il se trouvait à bord d’un bateau de pêche du Guilvinec qui faisait route vers l’Angleterre ».

 

Et dans Le Télégramme du 10 novembre, « La tempête a continué son œuvre et aujourd’hui, il ne reste plus que le moteur gisant lamentablement parmi les varechs découvrant à cette grande marée."

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On m’a dit que les langoustes « anglaises » n’avaient pas été perdues pour tout le monde… Il m'a été raconté depuis, qu'en effet le pillage du vivier défoncé à la masse par un impatient avait rapporté à certains pêcheurs conquétois des pêches "miraculeuses"... Sauf que les langoustes vendues au mareyeur local avaient été refusées par le grossiste de Roscoff, elles sentaient le gasoil!

 

Les photos de l'épave proviennent d'un dossier confectionné par Louis Jestin correspondant du Télégramme au Conquet à l'époque de l'accident.

 

   beniguet (2)

 

 

   

beniguet.jpg

 En fonction d'une marque portée sur une carte marine par le pilote Le Boïté et sur les indications de Jean Marie Le Bris (Kerivin) qui se trouvait à bord du canot de sauvetage du Conquet lors de sa première intervention, la croix rouge que j'ai portée sur la carte doit être le lieu approximatif du naufrage du Nicole .             

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LA PERTE DU CASEYEUR CONQUETOIS « AVANT-GARDE »

20 janvier 1966

 

Quelques mois plus tard, le jeudi 20 janvier 1966, l’ Avant-Garde le langoustier conquétois (cité dans le naufrage du Nicole), qui se trouvait au mouillage sur rade du Conquet était entraîné par la tempête avec son corps-mort et se disloquait dans la grève de Trémichel, (aujourd’hui comblée, au pied de la falaise sous le bâtiment occupé par la coopérative des pêcheurs). Le jeune patron Jacky Vaillant avait acquis ce bateau âgé de dix ans,  à Audierne,  l’année précédente.

De l’épave remorquée dans l’arrière-port par l’Enfant d’Arvor, patron Yves Le Gall, le Petit-Yvon, patron Charles Bernugat et Stereden-Breiz, patron Yves Quéméneur et avec l’aide de Louis Marec, seul le moteur put être récupéré. Les engins de pêche et du matériel de sécurité nageant dans le gasoil avaient été sauvetés juste après l’accident.

 p-avant-garde-reduit.jpg

Dans l’article du Télégramme  (vendredi 21 janvier 1966) d’où est extrait ce commentaire, le patron Vaillant précise qu’il s’est rendu le mercredi soir à bord de son bateau dans l’intention de le rentrer à l’abri de la digue Saint-Christophe mais que le moteur a refusé de démarrer, il a dû regagner la terre en se contentant de renforcer le mouillage.

 

Le commentaire des professionnels du port à l’unisson : Si la digue Sainte-Barbe avait été prolongée… Elle ne le sera qu’en 1969-70, j’ai déjà traité ce sujet dans ce blog

 

pcm-avant-garde.jpg

 

 

 

 

 

Photo anonyme, collection JPC.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avant-Garde   :

BR7505, en provenance d'Audierne, 20.54  tx, moteur Baudouin  120 cv / Patron armateur Jacky Vaillant.                                         

Fin de l'article : 10 décembre 2011. JPC

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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 18:29

Complément à propos du sujet « Eglise de Lochrist – Eglise du Conquet », déjà traité sur ce blog (mai 2009).

 

Le coffre-fort

En évoquant la trêve de Lochrist sous l’ancien régime, j’avais signalé qu’elle était gouvernée par un « conseil de paroisse », avec à sa tête le recteur, assisté  d’un marguillier (trésorier) et d’un certain nombre de membres, tous anciens marguilliers ou syndics.

 

Les réunions de ce conseil se tenaient le dimanche matin après la grand-messe  dans une pièce au-dessus de la sacristie. Dans cette salle se trouvait un coffre renfermant les archives, les titres de propriétés, les valeurs monétaires, le registre des délibérations et bien d’autres documents importants. Ce coffre possédait trois serrures différentes, une clé était conservée par le recteur, une autre par le marguillier en exercice, la troisième par un des membres du conseil. Il fallait réunir les trois clés pour ouvrir le coffre.

 

De l’argent était toujours en sécurité dans ce meuble lors des premières années de la Révolution, puisque le 6 janvier 1792, la municipalité du Conquet obtient l’autorisation de du Département, de faire l’ouverture du coffre et d’y prélever 900 livres… en promettant le remboursement.

 

Je n’avais alors aucune idée précise concernant la nature du « coffre-fort ». Or il se trouve qu’à l’occasion d’une visite dans l’église de Brasparts, j’ai vu ce meuble, appelé "coffre de conseil de paroisse", XVIIIe, avec ses trois serrures. Je ne pense pas me tromper en disant que celui de Lochrist était de même facture. En bois très épais et très lourd, renforcé de cornières et de lattes en métal, avec les trois serrures « réglementaires ». A l’intérieur toute une batterie de 8 petits tiroirs, au-dessus d’un plus grand.

  

 QUIMERCH-DIM-16-10-11050.jpg

  Coffre fermé, on distingue verticalement les trois serrures

 

 QUIMERCH-DIM-16-10-11049.jpg

  Coffre ouvert, les tiroirs apparaissent

  

 QUIMERCH-DIM-16-10-11046.jpg

 Détail de la serrure supérieure, les autres sont identiques

 Photos JPC, Dimanche 16 octobre 2011 

  

L’église de Brasparts est en travaux, ce qui explique que le coffre habituellement mis en valeur, est environné de bancs et objets divers.

                                                                          

                                                                          JPC octobre 2011

 

 

 

  

 

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 17:57

Le "Dom Michel", bateau de procession.

 

Je dois à l’amabilité de Jean Paul Gélébart, recteur de la paroisse du Conquet, d’avoir pu photographier début août 2011, la maquette du Dom Michel, « bateau de procession », propriété de la cure.

 

A quelques rares occasions par le passé (fêtes de Gouel ar Mor en particulier), dans les années 1985-99, j’avais eu la possibilité de l’exposer dans le cadre d’un prêt temporaire au musée d’histoire locale du Conquet. Malheureusement à cette époque je n’ai fait aucune enquête sur l’origine de la maquette.

 

 Le nom : Dom Michel, point n’est besoin en pays léonard ou en Cornouaille (région de Douarnenez), de présenter à nouveau le personnage de dom Michel Le Nobletz, « ar belec fol ».

 dom-michel-maq002.jpg

La maquette est celle d’un superbe « quatre-mâts barque», dégréé de ses voiles mais muni de tous ses mâts, vergues, cordages, poulies, apparaux divers.

-Mât de beaupré supportant le  bout-dehors, sur lequel se fixaient les amures des différents focs (ne compte pas dans le nombre de mâts)

-Les trois-mâts jumeaux gréés chacun de six voiles carrées : mât de misaine, grand-mât, mât d’artimon et enfin à l’arrière, le mât de brigantine, plus court, portant une voile trapézoïdale et un flèche.

 

Le plan de pont, avec son gaillard d’avant long, ses aménagements milieu, précédés de la cuisine dont on voit la cheminée verticale, blanche, et à l’arrière sa dunette, ressemble à celui des quatre-mâts allemands dont était le Pamir qui disparut dans un naufrage en 1953, et avant lui le Richelieu, ex-allemand Pola, qui fut un temps désarmé à Landévennec en 1926, avant de naviguer à nouveau au commerce et de finir sa carrière comme navire-école sous pavillon français.

 

La maquette du Dom Michel  a été fabriquée par un fin connaisseur de ce type de navires au long-cours, sans doute par un marin du temps de la voile.

 

Tout ce que je sais sur le modèle-réduit qui n’est pas un ex-voto, c’est qu’il fut porté par des enfants lors de processions religieuses, du genre « Fête-Dieu », et que dans les années 1950-55, lors des bénédictions de la mer,  il était embarqué à bord du canot de sauvetage Docteur Paul Le Dien, pendant la traditionnelle cérémonie du dépôt de gerbe à la mer, à la mémoire des marins disparus.

 dom-michel-maquette002.jpg

Je suis donc preneur pour compléter et  illustrer cette article de photos montrant la maquette "en situation" dans des cortèges par exemple, et de toute information concernant l'origine de sa construction, le nom de celui qui a réalisé ce chef-d'oeuvre et à quelle époque.

  

La cure possède deux autres pièces intéressantes :

Un brick l’Yvonne, de facture assez grossière, un "ex-voto", qui m’a-t-on dit, était autrefois suspendu dans l’église.

  egl-yvonne-brick.jpg

 Photo JPC 1989.

 

Un clipper ou plus exactement un demi-clipper dans une boîte vitrée. Je n’ai pas pu l’identifier ni en connaître sa provenance. Les voiles portent une « étoile noire », marque de la compagnie maritime exploitante (?) En tête de mât un pavillon américain qui  cache un pavillon hollandais (ou français mal ficelé). Le phare n’est pas identifiable. Le démontage du caisson en 1989 ne m'a fourni aucune indication complémentaire. Origine inconnue.

 Copie-de-egl--clipper.jpg

 Photo JPC 1989

 Il existait dans la chapelle Nd de Bon Secours (ou chapelle Dom Michel) lorsque le choeur se présentait "en grotte de Lourdes", à droite de l'autel, un clipper semblable, aussi dans une boîte vitrée, mais tourné dans l'autre sens. Je ne sais pas ce qu'il est devenu.

 

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 Au bout de la flèche rouge, la maquette de la chapelle Dom Michel, (carte postale F.T, François Tourmen Brest).

 

                                                JPC/   22 août 2011

 

 

 

 

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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 21:32

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Comme toutes les stations permanentes de la Société Nationale de Sauvetage en Mer, celle du Conquet est armée par des bénévoles qui doivent subvenir à tous les frais de fonctionnement des embarcations (vedette SNS 151, pneumatique à coque rigide Deom Dei, annexe de servitude), à leur entretien ainsi qu’à celui des matériels, locaux, équipements divers, assurances etc… 

La fête du sauvetage que les équipages et des sympathisants de bonne volonté organisent chaque année, le troisième dimanche de juillet sur le port du Conquet, a pour finalité de financer une partie des besoins de la station qui sont d’environ 50 000 euros/an, le poste budgétaire le plus conséquent étant le carburant gasoil/essence pour les bateaux.

 

Mais c’est aussi un lieu de rencontre pour s’informer de ce qu’est une station de sauvetage avec ses moyens et ses missions, pour d’écouter de la musique, pour assister à des démonstrations d’hélitreuillage et d’évolutions de canots de sauvetages, pour tenter sa chance aux loteries, pour se restaurer 

 

Enfin, vous pourrez vous dire que  la moindre piécette que vous laisserez dans l’un des stands sera une contribution à la sauvegarde et au sauvetage de la vie humaine en mer. C'est avec plaisir que nous vous accueillerons nombreux ce jour-là, sur le quai Vauquois au Conquet.

                                                                                                                  

             JPC, vice-président, Les Sauveteurs en Mer SNSM,  du Conquet.

                                  Radio de la SNS 151 La Louve.

 

QUELQUES IMAGES DE DIVERSES ANNEES

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Cérémonie religieuse le matin sur le port

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 Canots de sauvetage de Molène et de Camaret pendant la bénédiction de la mer

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 Préparatifs d'immersion de la gerbe aux " péris en mer"

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Sonneurs, biniou et bombarde à bord de La Louve

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Le restaurant en plein-air

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Démonstration de lutte contre un incendie sur un navire

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Le navire du "Groupe des plongeurs-démineurs"  de la Marine, au quai Vauquois

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 L'EC225,  remplaçant des Super-Frelon en démonstration d'hélitreuillage devant le public massé sur la digue Sainte-Barbe.

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Récital des Marins du Bout du Monde (2008)

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Le lâcher de ballons, final de la fête

 

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                                                                                                                                                       JPC/ 07-2011 

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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 17:08

 

Le bizlou, bislou ou bilou

(Bil, pluriel Bilou, signifie hauteur ou pointe)

 

La préhistoire

La trace d’habitat dans le secteur du Bilou est fort ancienne puisque remontant au moins au mésolithique  (aux environs de – 8 000 av J.C). C’est Armand Cudennec, voisin du site qui y a repéré (après des pluies, dans le champ labouré voisin de son domicile) les silex taillés. Il en a recueilli de pleines bourriches. Après une identification des pièces par l’archéologue départemental du Finistère, plusieurs années ont passé. Ce n’est qu’en 1999 qu’une prospection de surface et des sondages ont été réalisés par le service régional de l’Archéologie de Bretagne, avant la création d’un lotissement sur le gisement.

En ce qui concerne ce sujet il faut consulter l’article : « Le Mésolithique moyen en Finistère, nouvelles datations pour le groupe de Bertheaume », par Stéphane Blanchet, Olivier Kayser, Grégor Marchand et Estelle Yven. Paru dans le Bulletin de la Société préhistorique française,  2006, tome 103, N°3, p 507-517.

 Accessible via Internet parhttp://www.persee.fr/web

 

Autre trace préhistorique plus récente puisque de l’âge du Bronze :  le coffre funéraire du Bilou, composé de six dalles de micaschiste avec grenats était enfoui dans un tertre très bas, surmontant une carrière voisine du Bilou, avec comme mobilier intérieur des restes d’ossements et des galets de grève.  Démonté et transporté au musée préhistorique finistérien à Penmarc’h il y est toujours est exposé. (Date de la découverte ?)

 

Plus près de nous, le manoir du Bizlou, autre écriture pour Bilou. On trouvera la chronologie des familles ayant possédé le manoir du Bizlou sous l’Ancien régime, dans l’ouvrage d’Yves Lulzac, « Chroniques oubliées des manoirs bretons », Nantes 1994, pages 5 à 12.

Dans le passé de la famille de Kersulguen, les historiens rappellent volontiers ce drame du 29 juin 1718, quand Vincent de Kernatous, propriétaire du manoir du Prédic, avec l’aide efficace du seigneur du Bizlou, écuyer  Hervé de Kersulguen (parfois dit « Henri »), son parent, assassina son locataire, maître François Le Duff, avocat au parlement.

Condamnés à mort par contumace, les deux compères furent pendus en effigie à Saint-Mathieu, on ne les aurait jamais revus. (Archives du Finistère, série 11B).

 

On note dans l’Etat-Civil du Conquet le décès à 53 ans, en 1747 d’écuyer François Corentin de Kersulguen capitaine de Ploumoguer et de Trébabu, seigneur du Bilou, veuf de Marie Thérèse de Kerleau dame du Bilou.

Comme tous les nobliaux du Conquet au XVIIIe, les Kersulguen vivaient de peu, et le manoir fut bientôt réduit à l’état de ferme, loué à des métayers puis vendu.

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Le cadastre de 1841 nous montre la parcelle 1855 (actuellement en bordure de la rue de La Tour d’Auvergne), comportant une maison et les bâtiments de ferme, appartenant à Jean Martin Leven qui en exploite les terres.

Sur ce même cadastre, on note à proximité : N° 1351, parc ar Milin Avel, le champ du moulin à vent. Moulin dit du « Renar», du « Cruguel », ou parfois du « Bilou ». Et également une mention Ar Mengleus, la carrière, sans doute comblée puisque la parcelle 1357 est référencée « pâture ».

Louis Le Guennec (+1935), en dit seulement : « le petit manoir du Bizlou, autrefois aux Kersulguen, s’appuie sur une tour ronde découronnée ». (Le Finistère Monumental).

 

Pors feunteun , la crique de la fontaine.

 Au temps de la navigation à voile, les capitaines cherchaient sur les côtes des lieux de mouillages faciles, à proximité de sources ou de fontaines vers lesquelles ils pourraient expédier leurs canots avec des matelots chargés de remplir des tonneaux d’eau douce, pour la consommation du bord. Ces « aiguades » ils les répertoriaient soigneusement pour les fréquenter en sûreté, en fonction des vents et des courants.

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La fontaine du lavoir du Bilou, à sec et à demi comblée (juin 2011)

 

On connaît le Feunteun Aod de la pointe du Raz, fontaine de la grève, dont le nom prononcé en français a donné Fontenoy. Le raz de Sein a porté un temps le nom de raz de Fontenoy.

Pors Feunteun a aussi porté le nom de Pors Doun (= profond),  sans doute des bateaux calant peu d’eau pouvaient-ils s’approcher au plus près de la côte.

D’autres points d’eau locaux pouvaient être utilisés par les navires de passage, fontaine de Portez, sources dans l’aber du Conquet (Cosquies), fontaine entre la pointe de Kermorvan et les Blancs-Sablons etc…

La petite plage dite aujourd’hui du Bilou pouvant être un point de débarquement pour l’ennemi en cas de conflit, Vauban décida d’y établir une batterie côtière, dite batterie de Pors Feunteun. Délaissée, puis réhabilitée en 1758, la batterie se composait d’une terrasse d’artillerie, d’un petit corps de garde, d’une poudrière, d’une guérite et d’un four à rougir les boulets.Cette année-là, 4 canons de 18 armaient la batterie, qui était commandée par un enseigne et un aide-canonnier de Marine, les "gens du port" de Brest étaient 3, un garde-magasin complétait le personnel "militaire de carrière", la milice garde-côte se composait d'un capitaine et de 24 canonniers.

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Batterie de Pors-Feunteun, d'après le plan du Génie-1817- Archives de la Marine -  série Z Brest   - 1 : four à rougir les boulets, 2 : corps de garde, 3 : guérite, 4 : terrasse d'artillerie

 

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Plan du corps de garde, carton du génie, 1817, série Z, archives de la Marine (Brest)

 

Le 2 avril 1793,  sur le procès verbal des commissaires nommés pour la vérification des forts et batteries de la côte, depuis Toulbroc’h jusqu’à et non compris l’Aber-Ildut, on lit : " Port-Feunteun, cette batterie est complètement abandonnée, les pierres des plateformes ont été enlevées…"

1793, 15 juin, des travaux sont commencés : "à Pors-Fontaine où les pièces seront dans peu de jours montées, il n’y a pas de corps de garde, ni de maison à plus de deux portées de fusil. Ou il faut nous envoyer une tente, ou il faut bâtir un corps de garde en planches. Signé Kerbabu.

 

Une maison capable d'accueillir une trentaine de canonniers, avec un magasin à poudre en pignon, a été bâtie peu après, en même temps que celle de Toul al Logot en Plougonvelin.

Il n’est pas dit que la batterie de Pors Feunteun ait jamais eu à tirer un coup de canon, encore moins de lancer des boulets rougis au feu, mais pour un ennemi approchant du Conquet, entre la batterie de Porsliogan et celle des Renards, elle avait un effet dissuasif d’approche.

Comme toutes les petites batteries côtières, elle a été désarmée en 1867, puis à la fin du XIXe vendue par les l’administration des Domaines à des particuliers, comme résidence d’habitation.

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Je n’ai que de très mauvaises photos du bâtiment bien exposé sur sa pointe. (Quelqu'un a-t-il mieux?)Pendant la guerre 1939-45, considérant qu’il était un repère trop visible pour les avions anglais ou américains venant bombarder Brest, les Allemands l’ont fait sauter à l’explosif. Il était alors dit « maison Tournès ». 

 (Ci-dessous, l'ancienne entrée de l'enceinte de la batterie, cachée sous le lierre. (2011)

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Depuis, la lande de ronces, de spern-du (prunelliers), de fougères, ne cesse d’envahir les ruines. Seule la guérite d’origine, qui a été revêtue de ciment, quoique « taguée »,  monte toujours fidèlement la garde.

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 La terrasse d’artillerie au parapet empierré, facile d’accès il y a peu d’années, disparaît aujourd’hui sous la végétation. On en distingue vaguement la courbure depuis la plage du Bilou et de mer.

     pte bilou plateforme artillerie Blg

Carrières :

 

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La falaise de la crique a été longtemps exploitée comme carrière de pierres plates : les dalles du Conquet. En 1841, la municipalité (Lombard) qui manque toujours autant de ressources pour venir en aide aux nombreux malheureux du Conquet, pense alors à ouvrir de nouvelles carrières de pierres plates (schistes), dans les terrains incultes de Pors Feunteun (Le Bilou) et de Portez qui lui appartiennent. Double but : faire entrer de l’argent pour subvenir aux besoins des pauvres en vendant les pierres aux communes environnantes et fournir du travail aux carriers qui seront payés pour les pierres de 25 cm à 1,25 m, un centime par pièce ou un franc par cent et pour celles de 1,25 m et au-dessus, deux centimes par pièce. On accusera plus tard les carriers d’avoir complètement détruit le relief rocheux naturel prolongeant en mer la pointe Sainte-Barbe  et offrant au Conquet un rempart contre la houle de sud-ouest.  On a vu récemment les dalles de schistes disparaître des trottoirs du Conquet au nom de la modernité.

 

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Récolte du goémon

La grève du Bilou était accessible aux charrettes de goémoniers, qui pouvaient venir directement sur le sable avec leurs attelages pour charger le précieux engrais. Pourtant on distingue en haut de falaise un mur empierré qui semble bien avoir supporté une pierre de davied (Voir le chapitre davied sur ce blog)

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 Erosion

Aujourd'hui la grève du Bilou, contournée par le GR34 est une petite plage familiale bien tranquille même si l'érosion due aux infiltrations des pluies dans les failles du schiste et les coups de boutoir des tempêtes provoque régulièrement l'hiver des effondrements de blocs rocheux, au détriment des portions sablonneuses.

 bilou effondrements

 

 (Photos couleur, JPC 2010-2011)                               JPC : juin 2011

 

                                                                                                                                                     

 

 

 

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