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11 juin 2014 3 11 /06 /juin /2014 21:51

 

FROSTIN ADOLPHE FREDERIC LOUIS

 

 

  mam-ct.jpg

                         Le premier au Monument aux morts du Conquet 

 

Né à Audierne le 18 novembre 1878.

Le jeune homme fait ses études au lycée de Lorient, ville où résident ses parents, et se destinant à une carrière militaire intègre « Saint-Cyr » en 1897.

(Travail de recherche en cours sur les anciens élèves du lycée de Lorient, communiqué par madame Evelyne Cattin).

Lieutenant au 62e régiment d’Infanterie, il devient conquétois par alliance en épousant la fille du maire Levasseur.

Le mariage est célébré au Conquet en grandes pompes le 15 octobre 1902 et rapporté ainsi sur le registre d’état-civil :           

 

Frostin Adolphe Frédéric Louis, 23 ans, lieutenant d’infanterie, est autorisé à contracter mariage par décision du général commandant le XIe corps d’armée, en date du 30 juin 1902. Demeurant à Lorient, fils de Frédéric Marie Frostin, commissaire principal de la Marine en retraite, chevalier de la Légion d’honneur et de Julia Augustine Mayaud son épouse, tous deux domiciliés à Lorient.

Avec :

Levasseur Céline Eugénie Jeanne Alexandrine, célibataire, sans profession, 21 ans, née au Chevain dans la Sarthe, fille de Hippolyte Honoré Levasseur, manufacturier, officier d’académie, et de Marie Alexandrine Rousselin de Corbeau de Saint-Albin.

Mariage en présence de nombreuses personnalités  et de Charles Bizard, colonel au 62e RI, de la comtesse de Kergariou demeurant en son château de Trébabu, de Charles Victor  Berger, maire de Brest, d’Isidore Marfille président du Tribunal et de la Chambre de Commerce (promoteur de la ligne du tramway électrique en cours de réalisation entre Brest et Le Conquet). Mariage célébré par François Le Roy, adjoint-maire.(Le maire Levasseur ne pouvant officier pour le mariage de sa propre fille)

 

Le couple Frostin-Levasseur est domicilié d’abord au Conquet puis à Brest, paroisse Saint-Louis, Adolphe Frostin était alors lieutenant au 19e régiment d’Infanterie, caserne d’Estrées (château de Brest). Des enfants naissent : une fille en 1907, un garçon en 1908, une fille en 1912.

 

 

adolphe-frostin.jpg

  Photo d'Adolphe Frostin, publiée avec l'aimable autorisation de monsieur

Hubert Cottin. (Site Généanet)

 

Une carte postale du 24 août 1913 expédiée par Louis Mathieu Petton de Plougonvelin à sa famille, présente au recto la compagnie du capitaine Frostin (118e régiment d’Infanterie) et au verso, le jeune conscrit a écrit au retour d’une manœuvre d’exercice avec le 116e R.I de Vannes dans la région d’Auray : « 396 jours à faire et la fuite au galop … le capitaine (Frostin) n’est pas méchant mais il nous a passé  salement en revue pendant que nous étions là-bas. J’ai entendu dire que la femme du capitaine est du Conquet, peut-être vous la connaissait, c’est la fille de monsieur Le Vasseur… »  Document association « Phase », pour l’exposition sur la guerre 14-18 présentée à Plougonvelin en 2008.

  Carte-postale-de-Quimper.jpg

  (Louis Petton ne reverra pas Plougonvelin, il sera tué à La Boisselle dans la Somme la veille de Noël 1914).

 

A la veille de la guerre, Adolphe Frostin est donc bien capitaine au 118e régiment d’Infanterie en caserne à Quimper.

N° matricule au corps 650, classe 1898 Versailles

N° matricule 365 au recrutement de Quimper

La devise du régiment est : « Peg ebarz » « Croche dedans »

    

Mobilisation et départ pour le front :

 

Historique du 118e RI, et les détails de la bataille de Maissin  voir la version  numérisée par Julien Prigent.

 Résumé...

« Le 118e RI  est cantonné à Quimper pour les 1er et 2e bataillons, à Landerneau pour le 3e. Aux ordres du colonel François il embarque dans des trains le 8 août et débarque les 9 et 10 août dans les Ardennes à Autry et Challerenge. Il se compose de 55 officiers, 3 320 hommes plus 12 éclaireurs montés du 2e Chasseurs de Pontivy et possède 186 chevaux.

22e DI du XIe corps d’armée, 44e brigade avec le 19e RI

 

Le 2e bataillon est commandé par le chef de bataillon Bouvier, la 7e compagnie est commandée par le capitaine Frostin.

Cantonnements : le 10 à la Croix-aux-Bois,  les 11-12-13 à Saint-Pierremont, le 14 à Berlière, à Buiton le 15 et arrive à Francheval le 16. Du 16 au 20 il occupe la croupe 289 en liaison avec le 116e RI vers 280, chemin de Francheval à Pourru-aux-Bois. Le 21 août il progresse par Dohan, Les Hayons, jusqu’à Auby en Belgique où il cantonne (au-delà de la Semoy, nord-est de Bouillon)

Le 22 août le bataillon quitte Auby à 4h45 et entre à 8h30 dans la colonne formée par la division (22e DI) à Bellevaux. Le 19e RI est en avant-garde, le 118e est en tête du gros de la colonne. Par une forte chaleur les soldats atteignent Paliseul à midi.  Deux kilomètres plus loin le bruit de la fusillade est pour la première fois entendu. A 12h17 le 2e bataillon du 118e est dirigé vers la ferme de la « Réunion des Laboureurs », en soutien du 19e RI qui est arrêté par des feux violents à la sortie sud du village de Maissin. Le combat s’engage, c’est le baptême du feu. Les officiers chargent sabre au clair, les soldats à la baïonnette. Ils  se heurtent à des positions ennemies défendues par des fils de fer et des mitrailleuses. Le 19e  subit de grosses pertes et ne peut dépasser la ferme de Bellevue. Cependant avec l’aide de l’artillerie et la venue de renforts, les Français sont maîtres de Maissin à 16h, mais l’ennemi se reprend, à 17h30 l’ordre est donné de battre en retraite vers Paliseul ».

 

Le 2e bataillon compte ses morts, ses blessés, ses disparus présumés morts ou prisonniers, le bilan est très lourd.

 

Adolphe Frostin pour qui c’était aussi le premier jour au feu, est mort à la tête de sa compagnie ce 22 août 1914. Un document où Maissin est remplacé par Ethe, le signale « disparu ». A l’état-civil du Conquet c’est Maissin qui est porté (la régularisation de 1920, rend officielle sa disparition) et dans l’historique du régiment c’est bien « tué » qui figure. ..       Alors??

 

Jugement de décès rendu le 6 mai 1920 à Brest

Transcrit au Conquet, dernier domicile connu, le 7 mai 1920.

ETAT-CIVIL LE CONQUET : Régularisation.

 

P1060341.JPG

 

P1060346.JPG

 La première partie du document porte la signature de Joseph Taniou adjoint-maire

 La seconde partie porte celle d'Hortensius Tissier, maire, et de fait beau-frère du défunt par sa demi-soeur Céline Levasseur.

 

Dans le cimetière franco-allemand de Maissin regroupant les tombes individuelles ou communes de plusieurs milliers de combattants de la 1ère guerre mondiale, tombés là les 21-22 août 1914, juste après le « calvaire du Tréhou », une croix porte le nom Frostin, capitaine, 62e RI.

 

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Cimetière de Maissin, les stèles au second plan sont celles de soldats allemands. (Photo JPC 2008)

 

Il n’y a pas eu d’autre capitaine Frostin tué à l’ennemi en ce lieu ce même jour qu’Adolphe Frostin qui fut un temps lieutenant au 62e RI. Réputé disparu sur le champ de bataille, on peut imaginer que son corps a été retrouvé plus tard, et identifié à tort comme du 62e RI régiment qui combattait aussi à Maissin ce jour-là.

 

Sont morts le même jour à Maissin les Conquétois : Jean Marie Podeur, aide-cultivateur à Lochrist, du 118e  RI et Jean Marie Auffret cultivateur à Kernaffrant, du 19e RI, j'en reparlerai.

  

ANNEXES  :  

 

La mort d'Adolphe Frostin a suivi seulement de quelques jours celle de sa belle-mère..

 Alexandrine Marine Rousselin de Corbeau de Saint-Albin, née à Paris le 27 mai 1840 de Marie Philibert Hortensius Rousselin de Corbeau de Saint-Albin et de Céline Louise Alexandrine Le Bouvier-Duhameau , veuve en première noce de Fréderic Tissier et épouse en seconde noce de Honoré Levasseur, décédée le 19 août 1914 en son domicile rue Poncelin au Conquet. Certificat de décès par François Le Roy, adjoint-maire.

  rue-PONCELIN.JPG

(Rue Poncelin) La maison à volets bleus construite en 1866 par l'architecte A. Marie, pour  Frédéric Tissier)

 

La Dépêche du samedi 22 août 1914 : vendredi ont eu lieu les funérailles de madame Levasseur, née Marie de Saint-Albin, femme du maire du Conquet, président honoraire de la chambre de commerce de Brest. Tous les hommes non mobilisés et les femmes de toutes classes se pressaient dans le cortège. En temps de paix, l’église eut été trop petite. On peut dire en toute vérité que tout Le Conquet et particulièrement les nécessiteux de la région ont perdu une admirable bienfaitrice qui, au moment de Noël, des hivers rigoureux, et des maladies, distribuait d’une main large, des vêtements et des secours d’argent. Les officiers de la région se sont unis au deuil général et ont présenté leur sympathie douloureuse à monsieur Levasseur et à la famille Tissier. Le corps traversant Brest s’acheminera sur le château du Chevain (Sarthe) où se fera l’inhumation dans un caveau de famille.

 

En fait elle n'a été inhumée au Chevain que le 15 mai 1915, soit peu de temps avant le décès de son époux, Hippolyte Levasseur, de plus en plus absent du Conquet et mort  en cours de mandat en 1915, à 78 ans, dans son château du Chevain dans la Sarthe.

 

 

A propos du château du Chevain (Sarthe), il a été habité par Alexandre Charles, Omer,  Rousselin de Saint-Albin, commissaire de la Convention à Troyes, grand-père de madame veuve Tissier, épouse Levasseur, qui en avait vraisemblablement hérité. Le père d'Alexandrine, Hortensius, Marie, Philibert Rousselin de Corbeau de Saint-Albin député de la Sarthe, décédé en ce fameux château en 1878, hors la politique s'était fait connaître par un ouvrage "poétique" publié en 1862, intitulé "Les tablettes d'un rimeur" que l'on peut consulter sur Internet.

  

220px-Chateaux_du_chevain-1-.jpg

Le château du Chevain dans la Sarthe, image Wikipédia.

Actuellement mairie et école du village (637 habitants)

 

 

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Céline Levasseur-Frostin  n'était sans doute plus au Conquet en cette fin août 1914. Pour mémoire, on sait qu'elle a mis en location pour servir de bureau de poste à la commune du Conquet la grande maison au bout sud de la rue Poncelin, un bien qui lui avait été donné en dot par son père l'année de son mariage. Elle a fini par vendre le bâtiment à la municipalité en 1928,. son demi-frère Hortensius Tissier étant  maire du Conquet à cette époque.

Elle est décédée à Paris en mai 1938 et repose au cimetière de Bayeux. 

 

Fin provisoire de l'article, je renouvelle mes remerciements à madame Evelyne Cattin et à monsieur Hubert Cottin.

J'y ajoute ma reconnaissance à monsieur Henri Saint-Cernin, conseiller municipal au Chevain qui m'a communiqué de précieux et indispensables renseignements.

 

Le nom d'Adolphe Frostin, quasi inconnu des Conquétois, figure aussi dans l'église du Chevain sur une plaque commémorative des morts de 1914-18.

 

Un "plus", madame Monique Toulminet du Lycée de Lorient, vient de localiser la fiche militaire de synthèse de la carrière d'Adolphe Frostin aux archives départementales du Morbihan. Merci à elle de nous en avoir communiqué les références.

 

Registres matricules de Lorient  (numérisés), année 1898, registre 1215, vue 262.

En voici une syntèse :

                                              

 Frostin Adolphe Frédéric Louis

- .Né à Audierne, canton de Pont-Croix le 28 novembre 1878 

- Engagé volontaire pour trois ans du 28 octobre 1897, élève à l'Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr, canton de Versailles Seine et Oise.

- Elève de 1ère classe du 28 mars 1899

- Promu sous-lieutenant au 62e RI, (régiment caserné à Lorient), par décret du 9 septembre 1899,

- Rayé des contrôles de l'Ecole le 1er octobre 1899, jour de sa sortie, 312e sur 528

- Lieutenant au 62e RI au 1er octobre 1901.

- Passé à Brest au 19e RI le 24 mars 1905, toujours lieutenant.

- Nommé capitaine le 23 juin 1913 et affecté au 118e RI à Quimper le même jour

 

Disparu à Maissin (Belgique) le 22 août 1914, avis 4093F du 9 novembre 1914

 

                                                                                JPC / juin 2014.

 

Concernant l'usine d'iode Tissier et les maires du Conquet (trois "Tissier", Levasseur...), il y a  d'autres articles sur ce blog.                                                

 

Prochainement divers articles concernant les Conquétois et la guerre 14-18.  "Les morts de la guerre" et les "înscrits-maritimes" du Conquet face à la mobilisation".

 

 

 

  

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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