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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 14:06
DETRESSE ET SAUVETAGE DE L'OY TRADER  1975-76


AJOUT DE DEUX ANNEXES EN FIN DE DOCUMENT  9 MARS 2010 / JPC 


Un caboteur norvégien en détresse

 

Le 11 septembre 1975, à 18h40 gmt, le pétrolier français Bretagne informe Radio-Conquet qu’il aperçoit par 48.30N et 05.21W, (nord-ouest d’Ouessant),  un caboteur norvégien l’ By Trader, qui présente 40° de gite, et qui lance des fusées rouges. Quelques instants plus tard, l’équipage est vu quittant le navire.

(En fait il s’agissait de l’Oy Trader, le « O » scandinave comportant une barre horizontale le faisant ressembler à un « B »)

 

Sauvetage de l’équipage

 

L’opérateur de Radio-Conquet utilise alors la procédure habituelle pour diffuser l’avis de détresse. La zone est très fréquentée, plusieurs navires se déroutent pour prêter assistance, l’équipage de l’Oy Trader est vite récupéré. Les marins seront transférés sur le canot de sauvetage d’Ouessant, Patron François Morin,  et ramenés à terre, sains et saufs, tous les 7.

 

L’Oy Trader, 200 tonneaux, 40 m de long,  est abandonné à son sort, avec son chargement de  grosses pièces métalliques et de céréales, qui s'est désarrimé dans la tempête.  A 21h30 gmt il dérive dans le 306 et à 6 milles du Stiff.

 

Les tentatives de remorquage échouent

 

Le remorqueur Simson de la Bugsier-Hamburg, en station à Brest, a appareillé dès réception du message de Radio-Conquet et à fait route pour tenter de récupérer l’épave. Mais la mer est très grosse et dans la nuit il ne peut que suivre l’Oy Trader de loin. Le caboteur norvégien, très facétieux, se joue des rochers et ne se laisse pas attraper par son poursuivant. Dans la nuit du 11 au 12 septembre, puis dans la journée du 12, l’Oy Trader a fait le tour d’Ouessant, puis il a folâtré dans le Fromveur, montant et descendant au gré du vent et du courant. Après quelques tentatives infructueuses de passage de remorque par un canot pneumatique, le commandant allemand du Simson abandonne la partie et rentre à Brest. L’Oy Trader flirtait alors avec les Pierres Vertes,  il semblait évident qu’il allait s’échouer sur Bannec.



 Le remorqueur allemand Simson entrant à Brest. photo JPC

















En fin de journée du 12, le remorqueur Rhinocéros dépêché par la Marine Nationale essaya à son tour, mais sans succès, de crocher dans le Norvégien. Il dut se contenter de suivre son errance, le balisant de ses feux pour le signaler aux navires de passage.


25 sept 2009 : Je me fais un plaisir d’insérer  cette contribution d’un Conquétois,  témoin direct, Roger Coguiec, embarqué sur le remorqueur de haute-mer Rhinocéros de la Marine Nationale

 

"Bonjour Jean Pierre

 

Je viens de lire avec beaucoup d'intérêt le récit concernant l'Oy Trader.

 

Il se trouve qu'à l'époque j'étais embarqué sur le RHM Rhinocéros, ce qui m'a permis de  participer à cette opération. Je te joins les photos prises à cette époque RHINO-001-1-.jpg

 

Le remorqueur de haute mer Rhinocéros.
Photo collection Roger Coguiec










Nous étions remorqueur d'alerte à Brest et avons dans un premier temps quitté l'alerte à quatre heures d'appareillage pour passer à une heure (tout l'équipage à bord, moteurs réchauffés, autonomie électrique). Nous avons donc appareillé sur ordre du COM lorsque le RHM allemand a décidé d'abandonner.

Nos tentatives de prise de remorque visaient à déhaler le caboteur au large dans le Noroît d' Ouessant; mais mauvaise météo et endroit mal pavé n'ont pas permis de passer la remorque.

Ce n'est pas une gabare ni un remorqueur de la DP que l'on voit sur tes photos mais ceux du service renflouement de la DCAN de l'époque, de même que la tonne à couple du caboteur après son relevage. Ces deux moyens ont été depuis désarmés et remplacés par la Dora. Pour ce qui est de la gabare,

Je vais aller voir un copain du service plongée DCN pour obtenir les noms de ces engins".




Collection Roger Coguiec
 

 














Collection Roger Coguiec



















Collection Roger Coguiec













L’intervention du Pax Vobis 

 

Le petit chalutier de 12 mètres, immatriculé  à Douarnenez (mais avec un patron et équipage de l’île de Sein), était en relâche à Molène attendant une accalmie dans la météo pour retourner en pêche. Le patron Jos Guilcher, qui avait suivi sur la fréquence radiomaritime de détresse, toutes les péripéties que je viens de résumer, décida en soirée d’aller voir sur place.

 

René Pichavant (article de presse) a recueilli les commentaires du patron sénan : [arrivés près du caboteur] … ça remuait quand même dur, j’ai fait en avant toute et aussitôt marche arrière, pour amener le cul [du Pax Vobis] sous l’étrave. C’était impressionnant. Tu parles ! Ce nez énorme au-dessus du portique, qui menaçait de l’écraser à toutes les embardées de la houle ! Il ne fallait pas traîner. Du premier coup on a réussi à passer l’aussière en nylon par l’écubier. Un nœud d’agui vite. On le tenait le sauvage ! Il était 18h45, vendredi, à la sortie du Fromveur, à toucher Men Korn…

 

Dans la nuit, le Pax Vobis commence à tirer sur le caboteur qui accuse une gite de 70 degrés sur bâbord. La plage des Blancs-Sablons était  la destination visée, mais la remorque cassera quatre fois, dont une dans une position dangereuse près des Platresses.












































Finalement le 13 vers 4h du matin, le convoi entre dans l’anse de Kerhornou-Porsmoguer où l’Oy Trader  talonne de l’arrière et s’échoue.



Le 13 en milieu de matinée, l'Oy Trader est posé sur le fond, le Pax Vobis n'a pas largué sa remorque.
(Photo JPC)

















En milieu d’après-midi, avec la basse-mer, le caboteur se couche complètement sur bâbord.

 


Photo prise le 14 ou le 15 septembre 1975. JPC















Le Pax Vobis abandonne alors sa prise et vient faire escale au Conquet pour les formalités administratives.

 

L’épave dans la baie de Porsmoguer-Kerhornou

 

Pendant plusieurs mois, la situation ne va pas évoluer. Au fil des tempêtes,  des pièces métalliques (panneaux Mac-Gregor), différents apparaux et autres éléments ont été enlevés de l’épave et sont venus s’échouer sur la plage, inquiétant mairie et population de Ploumoguer. De plus, en dépit d’un balisage constitué d’un mât portant les marques de danger isolé, plusieurs plaisanciers locaux ont heurté le navire immergé. Pendant ce temps le dossier administratif entre sauveteur et assureurs norvégiens n’évolue pas.

 

En haut de plage, une baleinière de l'Oy Trader, arrachée de ses potences,  est venue s'échouer.
Photo JPC













Je me souviens avoir rencontré à cette époque, (courant 1976),  Jos Guilcher au Conquet, l’Etat français lui demandait de prendre en charge les frais d’enlèvement de l’épave : renflouement ou démolition sur place. Il me semble que finalement (à vérifier), le sénan ait dû faire abandon de ses droits de sauveteur.


***Voir en fin du document d'origine, des précisions et compléments concernant le travail de la DCAN. Roger Coguiec m'ayant procuré un extrait du journal de la DCAN "Le Flot" N°42 de janvier 1977, titré "Le renflouement de l'Oy Trader." Ce document appartient à monsieur Gaby Lalouer, de l'équipe de renflouemement DCNS, (je le remercie de nous en faire profiter).

Les travaux de renflouement

 

Plus tard, c’est la D.C.A.N, qui a été chargée des travaux. Ils ont duré de longs mois. Progressivement le caboteur a été débarrassé des 25 tonnes de gasoil de ses soutes, et de sa cargaison de panneaux métalliques, les céréales s’étaient dispersées au gré des tempêtes. Une gabare et  un remorqueur, ont mis en œuvre citernes, motos-pompes, scaphandriers, et finalement un jour, l’Oy Trader a retrouvé une position verticale.




En cours de travaux :  le caboteur se redresse progressivement, la perche avec une boule noire que l'on distingue sur le côté était la marque de danger qui émergeait verticale lorsque le navire était complétement couché sur bâbord.
Photo JPC





 

Les conditions météorologiques dans cette baie ouverte mettaient souvent les sauveteurs en difficultés. Une nuit de tempête, la gabare a été rafalée à la côte. Heureusement le bateau à fond quasiment plat n’a pas souffert. Remis à flot dans la journée, il a repris son service sans délai.



La gabare  Pélican échouée à la côte, son mouillage ayant cédé dans la tempête.
Photo JPC






 



 

 




   Le renflouement est en bonne voie, l'épave a été redressée et rapprochée du rivage.




A gauche, un scaphandrier de l'équipe des travaux, puis le Pélican puis le caboteur, puis une citerne ayant servi à redresser le navire, au second plan le  remorqueur
Cormoran

Photo JPC










Enfin, stabilisé et étanché, le caboteur norvégien est prêt à être remorqué à Brest




Photo prise peu de temps avant le départ en remorque vers Brest. JPC.


















Epilogue

Remorqué à Brest, l’Oy Trader a subi quelques travaux complémentaires, puis a été mis en vente par les Domaines. Il a trouvé acquéreur, je ne me souviens pas si c’était pour être ferraillé ou remis en état. Un patron-pêcheur du Conquet, Yves Le Gall a obtenu le contrat de remorquage et, avec la Flèche Blanche, a convoyé l’ex-Norvégien, jusqu’au Havre il me semble.

 




La Flèche Blanche
au Conquet à une époque plus récente que l'évènement décrit ici. Photo JPC













Quand au Pax-Vobis, il a eu une fin dramatique, puisque en septembre 1980, le bateau s’est perdu corps-et-biens en Manche avec son patron Jos Guilcher et ses deux matelots.


ANNEXE NR 1
Extraits du journal  Le Flot de la DCAN cité plus haut.

La DCAN a été sollicitée en août 1976 pour réaliser le renflouement du caboteur.
A la mi-septembre 1976 débuta l'opération effective qu'il était prévu de mener en trois phases :
1/ Redresser le bâtiment en le laissant reposer toujours sur le fond
2/ Faire flotter le bateau en profitant d'une grande marée et le rapprocher du rivage
3/ Remettre le chargement dans l'axe du bateau pour le maintenir en position droite stable, en prévision d'un remorquage ultérieur.

Le 13 septembre, le Pélican et le Cormoran amène sur les lieux de l'échouage, les matériels nécessaires à l'opération : objectif immédiat préparer le retournement.
-Assurer l'étanchéité des parties hautes
-préparer l'installation du flotteur, citerne de 150 tonnes qui devra assurer le retournement
-ceinturer le bâtiment de deux élingues doublées de 60 mm de diamètre et les capeler sur le flotteur

Le 8 octobre à 17 heures, l' Oy Trader sortait doucement de l'eau, la gîte était réduite de 90° à 22°
Profitant de la marée basse de 23h, les équipes (tous les personnels étaient volontaires pour continuer le traail de nuit), réussirent à reprendre l'amarrage du flotteur. Le samedi 9 au matin la gîte n'était plus que de 15°. Le chantier était alors suspendu jusqu'à la grande marée suivante du 22 octobre.

Nuit de lundi 11 à mardi 12 octobre : violente tempête, le mouillage du Pélican cède, l'équipage lance le moteur pour éviter d'aller à la côte, mais un filin se prend dans l'hélice du bateau qui est drossé dans les rochers. A marée basse les dégâts constatés semblent irréversibles : le gouvernail qui n'a plus de gouvernail que le nom, l'hélice qui lui fait concurrence, la ligne d'arbre qui se prend pour une sinusoïde. Et pourtant en une semaine tout est paré grâce à la collaboration de nombreux services de l'Arsenal, dont les Bâtiments en Fer, l'Atelier des Machines, le poste 8, les Mouvements Généraux et l'Atelier des Gréements. Le jeudi 21 octobre à 15h15, le Pélican flotte à nouveau, aidé en cela par la gabare de la DP La Prudente. Puis il est remorqué à Brest par l' Utile.

Le Pélican est de retour sur le site le 24 octobre à 13 heures. En soirée l'élingue du flotteur qui est coincé sous l'épave se brise. La citerne revient en surface, c'est un échec pour l'équipe de travaux.

La semaine suivante est consacrée au pompage du gasole dans différentes soutes et compartiments  de l' Oy Trader. A l'arsenal à Brest on prépare un nouveau flotteur et de nouvelles élingues.

Les travaux reprennent le 15 novembre. Le 22 tout est en place à 11h pour un nouvel essai de renflouement.
-Le flotteur se remplit d'air
-11h15, début du pompage
-11h45, une secousse
-12h, la gîte n'est plus que de 5°, mais l'épave pique du nez
-Au fur et à mesure que l'eau de la cale est évacuée, le nez se relève
-15h, assiette nulle et gîte de 20°, le caboteur a atteint les conditions optimales qui permettront de l'amener sur la plage.
-17h30, le Cormoran a échoué l' Oy Trader à l'étale de pleine mer, l'épave est désormais sauvée. Deux brèches sont ménagées dans la coque pour éviter que le bateau ne reflotte.

Après des travaux de sécurisation complémentaires qui ne sont pas décrits dans l'article, le 16 décembre 1976 à 11 heures, l'épave remise à flot est prise en remorque par le Valeureux de la DP et amarrée en rade-abri à 20h.


REMERCIEMENTS DE PLOUMOGUER /

Quelques temps plus tard, le maire de Ploumoguer? monsieur Martin ?a réuni à la mairie, pour une cérémonie conviviale, les équipes du Chantier R ayant collaboré au relevage de l'épave de Kerhornou et a remercié très chaleureusement l'ensemble du personnel de la DCAN pour le travail réalisé dans des conditions souvent très pénibles.


ANNEXE 2, par l'intermédiaire de Roger Coguiec, monsieur Roland Grard que je remercie, nous a fait parvenir une photo de l' Oy Trader au temps où il s'appelait Frendo et une photo aérienne  du caboteur en mauvaise posture.

Frendo_2-1-.jpg

















Le Frendo petit cargo caboteur, de 570 tx pour une longueur de 45 mètres, propulsé par un moteur Stork de 660 hp à une vitesse maximale de 10,6 noeuds, appartenait à l'armement A/S Frendo de Bergen en Norvège avant de devenir l' Oy Trader.


Oy-Trader-1-.jpg


















Seconde photo fournie par monsieur Grard, l' Oy Trader en errance avant d'être pris en remorque par le Pax Vobis (Photo d'origine journal "Ouest-France" selon le donateur)

                                                     Fin de mise à jour JPC 9 mars 2010

                                                    

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