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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 11:16

MARASME ECONOMIQUE ET PAUVRETE AU CONQUET AU XIXe SIECLE

DEUXIEME PARTIE

 

Pauvres – indigents – mendiants

 

Définitions de dictionnaire (internet)

 

La pauvreté est l'insuffisance de ressources matérielles, comme la nourriture, l’accès à l’eau potable, les vêtements, le logement, et des conditions de vie en général, le non accès à l’éducation, à l’exercice d’une activité valorisante, l’absence de respect reçu des autres citoyens.

 

Indigent : c’est celui qui est privé de ressources suffisantes, qui manque des choses les plus nécessaires:

 

Mendiant : il peut s’agir d’une situation temporaire ou d’un quasi-métier avec son savoir-faire, ses usages, sa réglementation. Les enfants peuvent mendier, seuls ou en compagnie d’adultes. Le mendiant est habituellement sans domicile fixe et se déplace dans la campagne ou dans une ville

 

Dans les documents municipaux que j’ai utilisés pour cet exposé, les termes sont employés les uns pour les autres, et désignent des individus dans le besoin qui vivent du pain de la charité.

 

 

De la misère au Conquet tout au long du siècle.

 

On sait par une note municipale qu’en 1806, la ville fourmille de pauvres, qu’il faudrait pouvoir placer à Brest,  pourquoi ?  tout simplement parce qu’ils ne sont pas Conquétois d’origine. Ces individus sont venus s’établir au Conquet pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire, dans l’espoir de trouver du travail en remplaçant les Conquétois absents.

 

On aurait pu penser que la paix revenue, chacun regagne sa commune mais ce n’a pas été semble-t-il le cas.

 

Des études plus globales sur la pauvreté dans le Finistère évaluent pour les communes rurales, environ ¼ de gens aisés ou riches, ½ d’individus qui suffisent à leurs besoins, ¼ de personnes qui doivent être assistées 

 

Qui sont les pauvres ? :

 

L’Etat-civil ne nous donne que des renseignements fragmentaires. Dès qu’un individu cesse une activité qui lui permettait de vivre et de nourrir sa famille, quelle que soit cette activité, il est réduit à la misère. L’âge est aussi un facteur de déchéance sociale. Les veuves, représentent un fort pourcentage d’indigentes, et avec elles leurs enfants. 

 

 Deux cas : la famille Soliman, le père est instituteur, il meurt en 1832, la femme a un emploi à la mairie qui lui permet de survivre avec ses enfants (admis en souvenir du père élèves gratuits à l’école), elle devient factrice, puis en 1844, à la suite de la création d’un nouveau bureau, elle n’est pas retenue comme distributrice à la poste. La voilà au chômage, indigente.

C’est le cas aussi de Gabriel Mazé, une vie active de maître charpentier de marine au Croaé, quand il ne peut plus travailler, on le retrouve mendiant à 67 ans.

 

 

Exemples dans l’Etat-Civil

 

1828, décès de Anne Falhon, indigente née au Conquet, veuve, 76 ans, déclaration par son fils charretier à Brest et par un voisin couvreur

1829, 11 février décès de Annette Le Moing, 67 ans, veuve, mendiante.

1830, 14 mars, décès de François Cornen, mendiant, 72 ans, né à Lanildut, déclaration par son fils.

1857,  30 août, Françoise Kermaïdic, veuve, mendiante, 73 ans, née à Kerangoff, domiciliée au Conquet

1857, 18 décembre, Jean Kervran, mendiant 72 ans, né à Ploumoguer, domicilié au Conquet

1860, 11 février, Paul Marie Cornen, mendiant, 75 ans, né à Molène, domicilié au Conquet

1870, Gabrielle Mazé, indigente, 59 ans, née à Prat Melou.

 

Une rue dédiée aux indigents :

 

 Recensement de 1856, Rue Dom Michel Le Nobletz, Balcon Yves, pêcheur,  57 ans, sa femme Humbert Françoise est mendiante, ses deux filles 16 et 9 ans, mendiantes, le fils 7 ans, mendiant.

 

Podeur François, marin, 52 ans, vit avec sa femme et sa belle-mère qui est indigente, dans la même maison qu’un nommé Bergot, 65 ans, marin, y logent aussi Marie Vincente Le Duff, mendiante, 52 ans, sa fille naturelle, 19 ans, mendiante, + d’autres, toute la rue….

 

Mazé Gabriel, ancien charpentier de marine du Croaé, 67 ans, mendiant y vit avec sa femme Marie Perrine Cariou, et son dernier fils, Théodore, 11 ans.



 La rue Dom Michel Le Nobletz, avec la chapelle ND de Bon-Secours.

 













 

A deux reprises dans le siècle, les disettes (famines) se font plus cruellement ressentir

 

Une première période catastrophique autour de 1816-17

 

L’enquête préfectorale du 8 juin 1816  demande aux municipalités de dresser un état des pauvres de leur commune, en constatant leur situation, leurs infirmités, leurs ressources, leur âge, ainsi que le nombre de leurs enfants. Ceci pour isoler les individus vraiment dans la nécessité de mendier, à qui le maire pourrait délivrer des permis de quêter. Les autres devant chercher du travail.

 

Le résultat : en mars 1817, pour une population évaluée à 1 100 ou 1 200 individus, on dénombre 160 pauvres dont 74 étrangers,   en juin : leur nombre a augmenté : 180 ou 200 pauvres, plus un certain nombre de pauvres honteux.

 

Le conseil municipal est d'avis que les pauvres qui ne sont pas originaires du Conquet, soient renvoyés dans leurs communes d'origine par la gendarmerie

 

La croissance de la misère est attribuée à de mauvaises récoltes qui génèrent l’augmentation du prix des céréales.

 

Une explication aux mauvaises récoltes de ces années-là

 

La décennie 1810-19 a été selon des scientifiques  la  plus froide des 500 dernières années,  On a assisté à des dérèglements climatiques qui ont eu des effets sur les récoltes et ont provoqué des disettes dans de nombreuses régions du monde.

Des études récentes accusent deux éruptions volcaniques, l’une en 1809, volcan non identifié, et l’autre les 10 et 11 avril 1815, celle du volcan Tambora en Indonésie.

 

Les effets de l’éruption du Tambora sur le climat terrestres (source Internet)
 En l’espace quelques mois les poussières et aérosols, projetés dans la stratosphère se répandirent dans l’atmosphère terrestre ce qui provoqua des modifications climatiques pendant plusieurs années à l’échelle planétaire.  A ces altitudes en effet, le dioxyde de soufre se transforme en gouttelettes d'acide sulfurique, gouttelettes qui agissent alors comme un véritable parasol réduisant l'énergie solaire reçue au sol.

Ainsi, avec l'éruption du Tambora il y eut un an plus tard, en 1816, une année sans été. En effet, cet été fut froid et pluvieux aux Etats-Unis et en Europe, avec pour conséquences des récoltes désastreuses à l’origine de famines. En France, le mois de juillet présenta un déficit de température moyenne mensuelle de 3 °C et à Paris, la pluviosité y atteint 2 à 3 fois la norme mensuelle calculée sur de longues périodes.


La misère n’est pas l’apanage du Conquet :

1830, Armand Duchâtellier évalue pour l’année 1830 le nombre des mendiants dans le Finistère à 32 000, pour 500 000 habitants.

 

Une autre période désastreuse 1845-47

 

1845, hiver froid, été pluvieux, mauvaises récoltes de céréales, doublées de la maladie de la pomme de terre (des milliers de morts en Irlande), 1846, printemps et été secs et très chauds,  manque d’eau … 1845-46-47, sont considérées comme des années de disette. De plus en 1847, une grosse crise économique sévit en France. Elle fut l’un des déclencheurs de la Révolution de 1848.

 

Dans le journal l’Océan du 16 janvier 1847, journal des Intérêts maritimes et constitutionnels :

Saint-Pol - Roscoff la misère est à son comble, il y a des troubles dus à la cherté des grains

Saint-Renan, l’hectolitre de blé est à 35 francs

Pont-Labbé, troubles engendrés par la population qui s’oppose à l’exportation de pommes de terres.

 

Un bilan en 1847, le 18 février : il existe dans la commune pour 1 249 habitants :

-Pauvres valides sans travail, 50

-Mendiants et invalides, 125 (hommes femmes et enfants en bas-âge et incapables de travailler)

-Pauvres honteux 36.

 

Ces pauvres sont dans une misère telle, que la charité publique est forcée de leur venir en aide, mais dans ces moments les secours sont pour ainsi dire insignifiants.

 

Dans le même temps le maire poursuit des pistes pour trouver des grains aux meilleurs prix.

Il écrit le 15 mars 1847 à des négociants du Havre, les Mazurier le Jeune et fils.

Les malheureux du Conquet sont plongés par la cherté des grains dans la misère la plus profonde. Ayant su que votre place est surchargée de grains et farines*, je viens, au nom de l’humanité vous prier de bien vouloir me faire connaître par retour du courrier, à quel prix pourriez-vous me procurer le quintal de froment en grains et en farine, afin que je puisse vous autoriser, si toutefois il vous convenait de me rendre ce service signalé, à faire venir quelques quintaux de chaque espèce. J’attendrai votre réponse avec la plus vive impatience. En attendant agréez, messieurs, mes civilités très empressées. Le Guerrannic fils.

 

*Pour la première fois semble-t-il on assiste à l’importation de céréales étrangères et particulièrement de blé russe. Sans doute des cargaisons ont-elles été débarquées et stockées au Havre.

 

1851, population 1 370 habitants, dont 22 militaires et marins et 43 mendiants.

 

L’assistance aux pauvres

 

Aide alimentaire

 

-Par leurs concitoyens : (1817), le tiers des ménages de la commune est hors d’état de faire aucune aumône, vu la cherté des grains. Il faudrait prélever sur les habitants les plus riches un secours de 300 francs par semaine pour fournir à peine une livre de pain par jour à chaque pauvre.

Le maire et le conseil ont décidé à leur grand regret qu’ils ne peuvent prendre aucun moyen coercitif pour faire fournir aux pauvres du pain

 

-Par la municipalité :

 

Distribution de pain

 

-Le 14 juillet 1816, fête dans diverses villes de France pour célébrer l’anniversaire  de l’heureuse arrivée de sa majesté Louis XVIII sur le sol de la patrie … réunion à huit heures le matin des fonctionnaires publics et habitants notables, puis tout le monde se rend à la grand-messe à l’église de Lochrist. Le maire de retour à la mairie a fait des distributions de pain aux pauvres nécessiteux de la commune.

 

-Premier mai 1821, à l’occasion des fêtes célébrées pour la naissance du duc de Bordeaux, (petit-fils du futur Charles X),  la municipalité a fait distribuer pour cent francs de pain aux pauvres.

 

Et ainsi à chaque célébration « nationale ».

 

Une fausse joie, les oranges.

Dans la nuit du 17 au 18 décembre 1821, un navire chargé d’oranges a péri sur la pointe de Penzer. Des caisses de fruits sont arrivées à la côte, mais interdiction d’y toucher, la fièvre jaune sévissant en Espagne. Sous les yeux de la population, tout ce qui de l’épave est venu à la côte a été brûlé. La douane accompagnée du sergent de police Jean Ely a perquisitionné chez les particuliers, a confisqué et a détruit une assez grande quantité d’oranges.

(Voir dans ce blog, l’évocation de ce fait-divers, dans la rubrique « choléra »)

 

 Fourniture d’emploi

 

Carrières, la municipalité qui manque toujours autant de ressources pour venir en aide aux nombreux malheureux du Conquet pense alors, vers 1840,  à ouvrir de nouvelles carrières de pierres plates (schistes), dans les terrains incultes de Pors-Feunteun (Le Bilou) et de Portez qui lui appartiennent.

 

Double but : faire entrer de l’argent pour subvenir aux besoins des pauvres en vendant les pierres aux communes environnantes et fournir du travail aux carriers qui seront payés pour les pierres de 25 cm à 1,25 m, un centime par pièce ou un franc par cent et pour celles de 1,25 m et au-dessus, deux centimes par pièce. On accusera plus tard les carriers d’avoir complètement détruit le relief rocheux naturel prolongeant en mer la pointe Sainte-Barbe  et offrant au Conquet un rempart contre la houle de sud-ouest.

 

Entretien des chemins vicinaux, utilisation des chômeurs indigents à l’extraction et au transport des pierres, pour la réfection des chemins vicinaux. Mais la commune qui par exemple a voté en janvier 1847 une somme de 150 francs pour financer cette opération voit vite l’argent épuisé et se trouve dans l’impossibilité de faire un plus grand sacrifice.

 

Aide exceptionnelle

 

Loterie de 1847,  la commune compte alors 1 249 habitants dont 212 sont plongés dans la  plus grande détresse.

 

Organisation d’une loterie : « je propose dit le maire, 800 billets à 50 centimes pièce, les bénéfices seront utilisés à l’achat de pain pour les malheureux ».

 

Le maire sollicite le comte de Las Cases député du Finistère à Paris, pour demander à la famille royale « quelques lots pour soulager notre profonde misère, nous les recevrons, dit-il, avec la plus vive reconnaissance et nous bénissons le ciel d’avoir élevé une dynastie dont la sollicitude constante est de veiller au bonheur de tous les Français. 

La reine Louise Marie Amélie de Bourbon, princesse des Deux-Siciles,  expédie une caisse qui, reçue le 16 mars 1847, renferme un sachet de satin blanc, brodé soie et or, et une cassette en velours brun surmontée d’un médaillon de soie de couleur.

 Les autres lots sont une génisse d’un an, une montre d’argent, une quantité assez considérable de pain* et tous les objets mobiliers que les habitants de la commune se feront le plaisir d’offrir.

 

*Au vu de la date, il est probable que Le Guerrannic a pu obtenir grains ou farines des Mazurier du Havre, voir plus haut.

 

Autour de 1855, pour la fête du 15 août, la suppression des surtaxes d’octroi a empêché la caisse communale de voter des secours aux pauvres. Pour marquer la sainte Marie,  seront employés pour les indigents les 50 francs versés par l’empereur. Pour le remercier les habitants sont invités à pavoiser et à illuminer. Le maire regrette de ne pouvoir venir en aide aux familles des victimes de la guerre de Crimée.

 

 

L’aide aux pauvres est toujours parcimonieuse, faute d’argent dit-on, mais  par contre il n’y a aucun problème majeur, pour trouver l’argent nécessaire à la construction d’une église neuve :

 

Pour mémoire : devis pour la construction de l’église :

 Le coût des travaux s'est élevé à     62380 Francs,  ainsi financés:
 Souscription populaire   31 932 F
Fonds de la fabrique        4 000 F

 Secours départemental    3 000 F

Emprunt                         15 000 F

Complément de l'Etat       8 448 F

 

 

Scolarisation des enfants « indigents », élèves « gratuits » 

 

Le décret du 3 brumaire an IV stipule qu’il y ait  une école au moins par canton.

-Chaque école sera divisée en deux sections, une pour les filles, l’autre pour les garçons.

-Les  instituteurs seront examinés par un jury d’instruction primaire, sur présentation des administrations municipales, par les administrations départementales.

-Ils auront droit à un logement

-Leur traitement sera réduit à une rétribution payée par les élèves (taux fixé par département)

-Un quart des élèves pourra être exempté de rétribution, par l’administration municipale, à titre d’indigents.

 

L’école au Conquet est installée le 21 germinal an XII, elle accueille aussi les enfants de Plougonvelin et de Trébabu.

 

Loi Guizot : 28 juin 1833 pour la première fois, toutes les communes françaises sont tenues de pourvoir à l’entretien des maîtres et des écoles.

Les maîtres ajouteront au traitement assez modique versé par la commune, la rétribution scolaire payée par ceux des parents d’élèves qui ne sont pas indigents, soit 1f pour la plus petite classe, 1,50 f pour la seconde, 2f pour la troisième section.

 

C’est le maire et son conseil municipal qui dressent la liste des enfants admissibles gratuitement à l’école primaire, par suite de l’impossibilité où se trouvent leurs parents de payer la rétribution mensuelle.

23 août 1835, liste des enfants indigents admis, (entre 6 et 15 ans), 41 garçons et 44 filles

Traitement fixe pour l’instituteur 200 f par an

Indemnité de logement car la maison d’école n’est pas habitable 200 f

 

1844, les admis indigents sont : 29 garçons (21 familles), 12 filles (12 familles))

 

Classe de l’instituteur 24 garçons payants

Salle d’asile (maternelle) 20 garçons et 15 filles, 10 payants,

Classe de l’institutrice : 6 garçons, 34 filles, 26 payants.

 

1861-64, le plancher de la classe communale des garçons est à 50 cm au dessous de la rue, d’où une humidité permanente, la lumière est faible, les enfants n’y voient rien l’hiver, cependant 64 enfants viennent se grouper chaque jour dans ce réduit obscur.




 Bâtiment donné à la municipalité par Fréderic Tissier et sa mère en 1877, à usage de mairie et d'école.













Il faudra attendre Jules Ferry instituant
 l’école publique, laïque, gratuite et obligatoire, pour voir disparaître la catégorie "élèves indigents", en 1881-82.

 

Je raconterai prochainement dans ce blog, l’histoire de l’école publique au Conquet.

 

 

Pauvreté temporaire, cas des pêcheurs.

 

Les pêcheurs conquétois sont des saisonniers, (voir sur ce blog « les Paimpolais » si de Pâques à septembre, les crustacés, langoustes et homards ont été abondants et les prix satisfaisants, l’hiver sera facile à supporter. Dans le cas contraire beaucoup de marins et leurs familles seront en grandes difficultés.

On peut ajouter à cela la réputation des femmes « paimpolaises », cigales plus que fourmis, qui dépensaient sans compter l’argent des jours fastes, et l’hiver venu se trouvaient réduites à solliciter la charité publique.

 

En 1897, la liste des 28 patrons pêcheurs est annotée, sans doute par le syndic des gens de mer, trois noms sont qualifiés d’indigents.

 

 

Avec quels atouts, avec quels handicaps la commune du Conquet va-t-elle rentrer dans le XXe siècle ?

 

 

La pêche dynamisée : les « Paimpolais » cessent leurs migrations estivales à Sein en 1898, la ressource étant épuisée. Sur les traces des Camarétois, les pêcheurs Conquétois vont se lancer dans l’aventure de la pêche au large, jusqu’aux côtes d’Espagne et du Portugal, mais surtout en direction de l’Angleterre. (voir le sujet traité dans ce blog)

 

Côté aménagements portuaires, c’est le statut-quo, rien depuis la digue Saint-Christophe en 1876. En dépit de multiples projets avortés, Le Conquet est toujours un aber sans protection, qui s’ensable. Il n’y a plus aucun armateur au commerce.

 

La population augmente (1650 habitants) avec les naissances chez les « Paimpolais » et aussi avec le rattachement au Conquet des îles et îlots de Béniguet, Quéménès, Litiry, Trielen, Bannec distraits de Ploumoguer le 24 avril 1900.

 

L’usine d’iode Tissier continue à fonctionner avec une trentaine d’ouvriers et la noria des bateaux goémoniers de Landéda et Plouguerneau.

(1903 : rattachement (provisoire) de domicile administratif de 52 familles de goémoniers de la région de Plouguerneau, au Conquet, problème avec le gendarme conquétois)

 

Une activité commence à pointer, le tourisme, villas, hôtels et bientôt 1903, la ligne de tramway avec Brest, il faut dire que le maire, Hippolyte Levasseur y a donné de l’élan, il fut un temps président de la chambre de commerce de Brest.

 

Dernière note, pessimiste : l’abbé Le Chat recteur du Conquet à la fin d’un historique de la ville écrit en septembre 1936. « Aujourd’hui le port du Conquet traverse une crise plus sévère que toutes les autres et dont il ne se relèvera peut-être jamais, les deux industries côtières de l’iode et de la pêche sont gravement menacées :  Bientôt elle aura vécu la vieille cité maritime pour devenir simplement une petite station balnéaire et touristique … retrouvant un peu de mouvement, de gaité, d’animation factice pendant les jours d’été… pour devenir petite ville morte et lugubre pendant les sombres jours d’hiver ».

 

                                               JPC, décembre 2009

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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 11:07

Texte de la conférence du mardi 1er décembre 2009, organisée par la médiathèque de Plougonvelin à  l'Espace Keraudy. 
Jean Pierre Clochon  : "je vais vous présenter une période assez sombre de l’histoire du Conquet, qui se déroule en gros de la fin du XVIIIe siècle à la fin du XIXe siècle".


MARASME ECONOMIQUE ET PAUVRETE AU XIXe SIECLE AU CONQUET  


PREMIERE PARTIE :
 

 

Cette période se caractérise par une étonnante variété de régimes politiques successifs en France.

 

•         La fin de l’Ancien Régime, Louis XV puis Louis XVI

•         Une révolution 1789 (chute de la royauté)

•         La Première République, puis le Directoire, le Consulat

•         Le 1er Empire avec Napoléon 1er

•         Retour à la royauté après Waterloo : deux rois de France, Louis XVIII et Charles X

•         Une révolution : 1830

•         La royauté se maintient : Louis Philippe 1er,  roi des Français

•         Une révolution : 1848

•         La Seconde République

Le coup d’état de décembre 1851, fait de Louis Napoléon Bonaparte le prince-président, qui prend bientôt le titre d’Empereur.

•         Second Empire, Napoléon III chute avec la guerre de 1870, (Camp de Conlie, commune de Paris

•         La 3e République s’impose difficilement, mais dure longtemps

 

 

Ces bouleversements politiques n’ont aucune répercussion sur la vie municipale conquétoise, les maires sont des notables, pas des hommes politiques, ils sont nommés par les préfets et semblent indifférents aux changements de gouvernement en France. Ils les acceptent en apparence sans état d’âme.

 

Pour s’en convaincre : Jean Marie Le Guerrannic, le père,  conseiller municipal et maire depuis l’an VIII. (directoire, consulat,  puis périodiquement jusqu’en 1837)

 

Sous le 1er Empire, Le Guerrannic,  le 5 décembre 1813, fait chanter un Te Deum en mémoire et action de grâces de l’heureux avènement de Napoléon à l’Empire Français et quelques mois plus tard alors que l’empereur est à l’île d’Elbe, il assure  Louis XVIII  de... "la vive joie dont sont pénétrés les habitants du Conquet de l'évènement heureux qui leur a rendu leur souverain légitime et les a délivrés de la tyrannie odieuse sous le joug de laquelle ils gémissaient depuis trop longtemps."  

 

 Son fils Jean Marie Le Guerrannic (fils), conserve la mairie de 1843 à 1859 ce qui le contraint à prêter serment à quatre régimes différents, au roi Louis Philippe d’abord : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la Charte constitutionnelle et aux lois du royaume » puis le 6 mars 1848 à la République : «  Citoyens, la monarchie vient de succomber et le gouvernement républicain lui a succédé, saluons avec orgueil l’étendard de la liberté, vive la République, vive l’ordre et la liberté ! » au prince-président Louis Napoléon Bonaparte à la veille de son accession à l’Empire: « Monseigneur, nous sommes heureux de joindre nos voix aux acclamations unanimes de la France et d’adresser à votre Altesse Impériale le juste tribut de notre reconnaissance pour les bienfaits que vous doit le pays dans lequel vous avez ramené la paix et la tranquillité Consolidez votre œuvre providentielle en acceptant l’Empire auquel vous convie la volonté nationale ; nos cœurs forment le même vœu ».

 

Et il ne manque pas de féliciter Napoléon III  en faisant chanter en Juin et juillet 1859, deux Te Deum pour les victoires de Magenta et Solferino (« boucherie » ayant entraîné la création de la « Croix-Rouge » par Henri Dunant.

« Sire, pénétrés d’un profond sentiment d’admiration pour les pages glorieuses que l’Armée Française sous l’habile commandement de Votre Majesté vient d’ajouter à sa courte mais décisive campagne d’Italie. Pénétrés aussi d’une vive reconnaissance pour cette paix si opportune que Votre Majesté a offerte avec une loyauté chevaleresque qui n’appartient qu’à un grand monarque, le Conseil Municipal de la commune du Conquet, monsieur le Juge de Paix du canton de Saint-Renan et monsieur l’instituteur du Conquet prennent la liberté de déposer aux pieds de votre auguste personne l’hommage de leur inaltérable dévouement à Sa Majesté Napoléon III et à sa dynastie bien-aimée.

                                             Vive l’Empereur »

 

 

Le premier maire « politique » au Conquet sera Frédéric Tissier, républicain et franc-maçon élu en 1876.

 

UNE COLLECTION  DE HANDICAPS :

 

Si heureusement elle ne traverse pas de crise politique, la commune du Conquet est au début du XIXe siècle lourdement pénalisée par une collection de handicaps :

 

-Son isolement

-L’héritage désastreux d’un passé récent

            Vie maritime éteinte

             Séquelles de la Révolution et de l’Empire

-Une production agricole insuffisante

-Une forte proportion de pauvres, indigents et mendiants dans la population

 

 

Le Conquet petite commune isolée au bout du monde

 

a l’extrême ouest du département, Le Conquet est une toute petite commune de 480 ha environ, bordée sur la rive nord de l’aber du Conquet par la commune de Ploumoguer, à l’est-nord-est, dans la zone de Kerjan par la commune de Trébabu, et à l’est et au sud par la grande commune de Plougonvelin, plus de 1800 hectares. A l’ouest c’est la mer.


cadastre-1841-Blog.jpg












 Cadastre de 1841





















Des chemins existent
entre Le Conquet et Plougonvelin mais les échanges commerciaux entre ces deux communes étant insignifiants, leur intérêt économique est négligeable.

 

Les liaisons avec la sous-préfecture et le chef-lieu de canton sont médiocres : pas de route directe vers Brest, elle ne sera achevée qu’aux environs de 1860, en longeant sur un remblai la rive sud de l’étang de Kerjan, après avoir cassé les têtes de roches.

 Assemblage1---Copie---Copie--4-.jpg



En rouge, la "Grande route du Conquet à Saint-Renan.I l n'y a pas de passage possible le long de la berge sud de l'étang de Kerjan.







Pour aller à Brest il faut prendre la direction de Saint-Renan par la route dite de grande circulation, départementale N°4. Mais par endroits, c’est à peine plus qu’une voie charretière avec, dès la sortie du Conquet un passage difficile depuis l’anse de Poul Conq jusqu’au franchissement du barrage  de Kerjan, passage fréquemment transformé en bourbier par la pluie ou les grandes marées.

Les rouliers y restent souvent envasés. Une fois passée cette épreuve du charretier embourbé, les attelages sont confrontés avec la rude côte qui mène vers Trébabu. Des chevaux y ont succombé à la suite d’efforts trop violents. En sens inverse : des accidents plus ou moins graves arrivent continuellement dans la descente de Kerjan, quand les chevaux ne peuvent plus retenir les tombereaux lourdement chargés, qui versent.

 

carte-depart-4.jpg Parcours en 1821 du messager Soliman. Il doit se rendre à la sous-préfecture les lundis et vendredis. A l'aller il amène les dépêches de Ouessant, Molène, Le Conquet, Plouzané. Au retour il ramène les courriers pour ces localités.
Trajet : Le Conquet, Kerjan, Kerzeveon, Plouzané, La Trinité, Saint-Pierre, Recouvrance, traversée de la Penfeld par le bateau du passeur et Brest.  





plan-kjan.jpgLa route de Brest a été ouverte vers 1860, en cassant les têtes de roches le long de la berge de l'étang de Kerjan et en établissant un remblai carrossable
 (Le pont tournant de Recouvrance a été inauguré par Napoléon III en 1861)







ELD-0027.jpg


 

Rappelons que pour se rendre à Ploumoguer, le passage se faisait à marée basse, par le gué entre le Croaé et le Cosquies, au niveau de la passerelle actuelle. (Détail de carte postale)






























Côté port, aucune infrastructure portuaire, hors les quais ou cales du Drellac’h construits 1835-44 et le môle Saint-Christophe édifié entre 1873 et 76


pil-port-lvue-generale-1850.jpg
Dessin (détail) du Conquet vers 1850, sans doute par Ernest Le Guerrannic. Les quais du Drellac'h sont terminés, la chapelle Saint-Christophe a perdu son clocher, le toit en bâtière de la tour Est de la maison des Seigneurs est tombé depuis 1847.



 

Héritage désastreux d’un passé récent

 

 -Une vie maritime éteinte

 

Pour mémoire, Le Conquet n’ayant rien jamais rien eu  à exporter, et un minimum à importer pour sa seule population, la flottille conquétoise s’était constituée  dès le XIVe siècle de transporteurs qui allaient chercher principalement le sel aux salines de l’ouest (Aunis, Saintonge), pour la Normandie : Honfleur sel de consommation pour Paris ou l’Artois - Picardie (salaisons de poissons)


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Type de barque conquétoise du XVIIIe siècle, dessin de Nicolas Ozanne.
 















Le traité de Paris  du 10 février 1763 qui a exonéré les Anglais et leurs alliés de taxes à l’exportation de marchandises depuis les ports français, a ruiné notre commerce de petit cabotage. Les navires anglais, plus gros porteurs, avec des équipages moins nombreux, aux salaires moindres, ont emporté les marchés. La flottille conquétoise qui avait atteint au milieu du XVIIIe une bonne quarantaine de navires, a fondu rapidement.

 

Les armateurs ont porté leurs spéculations vers Brest, les marins ont suivi.

 

La guerre de d’Indépendance des Etats-Unis d’Amérique, grande dévoreuse d’équipages, avec les escadres françaises  rentrant à Brest, désemparées, moins par les combats navals (bataille d’Ouessant 27 juillet 1778) avec les Anglais,  que par les ravages du typhus (Retour à Brest de la croisière sur les côtes d’Espagne de la flotte d’Orvilliers), a vu périr des milliers de matelots.

 

Tous les petits ports du Léon ont été touchés par la faveur faite aux Anglais : Enquête de 1774, paroisse de  Plouzané : le recteur déplore que la décadence du commerce et de la navigation a fait affluer à Plouzané  une foule de marins dans la nécessité de mendier venus de Porspoder et autres paroisses voisines.

 

Au Conquet la situation est catastrophique :

 

Mai 1790, Dans une adresse à l’assemblée nationale, les notables du canton du Conquet évoquent : … des maisons presque désertes, des chaumières éparses, souvent tombant en ruine, habitées par une espèce pauvre et souffrante qui, assoupie dans l’inaction …est constamment malheureuse,  Dans cet état passif de stagnation et d’apathie, elle offre le spectre effrayant de la misère…

 

Pendant le blocus des côtes par les Anglais, on ne pouvait pas s’attendre à une reprise des activités commerciales. Après les temps troublés de la Révolution et de l’Empire, le port du Conquet ne se relève pas.

 

CABOTAGE / Des armateurs qui, comme François Tissier, directeur de l’usine d’Iode et la famille Le Guerrannic, marchands de vin, arment quelques caboteurs, ne trouvent pas de capitaines ni de matelots conquétois pour en former les équipages. Ils font alors appel à des marins du quartier du Conquet, … (Quartier du Conquet, créé en 1734, fermé en 1930 : syndicat du Conquet, d’Ouessant, de Porspoder, de Labervrac’h,), ou de quartiers voisins.

Exemples, le « Frédérick » à Tissier est commandé par Martin Malgorn d’Ouessant, le « Saint-François » par Yves Stéphan aussi d’Ouessant, l’ »Amélina » à Le Guerrannic a pour capitaine Cézar Le Gall de Porspoder… Ces bateaux font du cabotage national ou international (Pays de Galles), et ne passent quasiment jamais au Conquet.

 

GOEMON-IODE/ On pourrait s’attendre qu’avec le développement de la fabrique d’iode, de nombreux Conquétois soient devenus marins-goémoniers, eh bien non ! pas un seul entre 1830 et 1955.

 

PÊCHE/  Quant à pratiquer le métier de la pêche, ce n’était pas une activité conquétoise au XVIIIe siècle, puisqu’on disait n’y pas trouver de poisson à acheter, même les jours de carême. La famille Le Guerrannic a en copropriété à Molène avec des Molénais, quelques petits bateaux de pêche.

 

Il  faudra attendre les années 1850 pour voir s’installer au Conquet une population de pêcheurs venue de Loguivy de la Mer, y introduire la pêche des crustacés aux casiers. Sans conflit avec une concurrence locale inexistante (voir sujet traité dans ce blog « Les Paimpolais »

 

Des séquelles de la Révolution et de l’Empire : tissu urbain sinistré, maisons en ruines, rues défoncées.

 

Les menaces étrangères qui pèsent sur la France révolutionnaire et sur la 1ère République (20 sep 92), d’abord la coalition Autriche-Prusse en 1791, puis l’entrée en guerre de l’Angleterre en février 1793, amènent des troupes en garnison sur nos côtes, toujours pour la protection avancée de Brest. C’était déjà le cas à l’époque de Vauban et dans d’autres situations, mais en général l’alerte passée, les soldats étaient démobilisés.

 

Cette fois c’est pendant près de 25 ans que la ville du Conquet va être occupée par des soldats, canonniers gardes-côtes, troupes de ligne, légions de Volontaires, gendarmerie, équipages des canonnières en station au port, corsaires…

 

-Organiser l’accueil des militaires est le casse-tête quotidien de la municipalité. La ville est dépourvue de caserne, hormis les quatre petits corps de garde de Sainte-Barbe, de la Pointe des Renards, de Pors-Feunteun, et de Porsliogan. Ainsi quand le 2e bataillon du 39e régiment de l’Ile de France arrive le 1er juillet 1791, il n’y a aucun bâtiment convenable pour  loger les soldats, donc le maire, dans l’urgence les place chez des particuliers, puis on désigne comme casernes la maison d’Olivier Cornec rue Poncelin, deux maisons à Le Dall-Quéréon à Gorre-Conq, (Charles Marie Le Dall de Kéréon a été guillotiné sous la Terreur à 19 ans) et on leur attribue comme corps de garde une petite maison sur la place au milieu du Conquet appartenant à madame veuve Tanguy Provost,.

 

Je pourrais multiplier les exemples de réquisitions.

 

Ceci, dit le président du canton en l’an VIII, ne serait que demi-mal si l’état avait versé régulièrement le loyer pour ses militaires, mais c’est loin d’être le cas. Des propriétaires depuis 6 ou 7 ans qu’ils logent des troupes chez eux, n’ont pas reçu un centime et donc n’ont fait aucune amélioration  ou réparation urgente à leurs maisons, ce qui fait qu’il y en a de nombreuses qui menacent ruine.

 

La présence des soldats en ville se double d’un climat d’insécurité

 

Toujours des soucis avec la troupe, le 16 vendémiaire an IX, le maire Christien Créac’h se plaint que les 161 hommes de la Légion des Volontaires et des 45 hommes d’un détachement d’infanterie pèse trop lourd sur sa commune, car ils viennent en plus de la 11e  compagnie d’artillerie pour la garde-côte qui est au Conquet depuis trois ans. « Les habitants s’en plaignent beaucoup car ils ont acquis tant de connaissance de ce pays et font tant de liaison avec les mauvais sujets de l’endroit que des vols très multiples et très conséquents se commettent…  les militaires armés quittent leurs postes la nuit et courent la campagne volant et semant la terreur. » Et, le 27 pluviôse an IX, entre huit et neuf heures du soir, Marie Michelle Quéouron, commerçante, est assassinée par des inconnus. Cette dame est la mère de François Monté, (notable, boulanger, et un temps maire du Conquet).

 

Les menaces anglaises s’intensifiant sous l’Empire   : de nouvelles troupes arrivent en renfort  Un jour le maire qui a déjà placé 445 soldats du 70e régiment, doit faire face à l’arrivée de 2 compagnies de 135 hommes chacune. Impossible répond-il à l’autorité militaire de les accepter ici, la plupart des militaires présents  n’ont pas de lit et dorment sur la paille ».

 

Déjà en avril 1793, le citoyen Thomas qui commande le 3e bataillon  des Côtes-du-Nord signale aux officiers municipaux et au maire le mauvais état d’une caserne au Conquet où sont logés ses hommes : couverture du toit crevée, quand il pleut l’eau tombe même dans les lits. Les vents y arrivent de tous côtés, et l’on ne peut faire de feu sans être aveuglé par la fumée, faute de quelques carreaux qui manquent aux fenêtres.

 

 J’ajouterai que les unités de soldats sont accompagnées de  prétendues blanchisseuses, qui troublent l’ordre public. Un conseiller municipal se plaint que les ébats de ces dames avec les soldats dans les champs, gâtent  beaucoup les blés.

 

 

1815, après Waterloo, fin des guerres. Le Conquet, ville ravagée se vide de ses militaires.

 

La ville

Les troupes ont quitté Le Conquet depuis une quinzaine d’année quand Jean-François Brousmische écrit :

 

On est frappé de tristesse en entrant au Conquet. Cette ville ne sera bientôt plus qu'une misérable bourgade…, la ville du Conquet semble une solitude. Sur trois maisons, c'est à peine si l'on en trouve une qui soit habitable ; la ronce et le lierre couvrent les débris des autres. Le Conquet est, de plus, la ville la plus mal pavée du Finistère.

(Le texte intégral de Brousmische sur Le Conquet et celui de Flaubert se trouvent sur ce blog)

 

Gustave Flaubert : Le Conquet, grand bourg paisible dont les habitants semblent partis, ne vaudrait pas la peine de s’être dérangé pour le voir s’il n’y avait non loin l’abbaye démantelée de Saint-Mathieu…

 

Et le maire,  Faustin Rigollet en 1881 : beaucoup de maisons sont inhabitées, en ruines, ou occupées par des indigents.

 

 

Les rues : Elles ont été défoncées par les lourds attelages militaires, transportant vivres et munitions. En 1813, quelques subsides permettent de repaver la Grand-Rue, On restaure un peu la rue Bernard avec des cailloux et des pierres de grève, que l’on va chercher à Beniguet, quant aux autres, la rue Etroite, la rue Kerdacon, la rue Saint-Christophe et la rue Neuve, elles sont dans un tel mauvais état que le budget de la commune ne peut rien y faire.

 

Bien plus tard dans le siècle, on ne voit pas beaucoup d’amélioration, la rue Bernard qui sert pour les rouliers qui se rendent  de Lochrist vers la grève de Ploumoguer est dans un état si déplorable que les piétons en hiver ne peuvent la fréquenter. De plus il se fait le long de cette rue des dépôts de fumier qui anticipent sur la voie publique.

 

 

Une constante tout au long du siècle

 

Manque d’hygiène, Insalubrité

 

D’un bout à l’autre du siècle, les rues et chemins sont encombrés de fumiers en dépit des règlements municipaux. Par exemple en 1838, « Défense de déposer les fumiers ou immondices sur les voies publiques, les fosses d’aisance ne pourront être vidées que la nuit et nettoyées de même et au plus tôt de 9h à 10h le soir. Les fumiers laissés dans la rue seront confisqués.

 

1848, Le puits : « chaque jour je reçois des plaintes sur l’état de l’eau de ce puits qui est la seule dont puissent profiter les habitants du Conquet.

Souvent on a retiré de cette eau des chats morts, des chiens, des rats et une foule d’immondices. Vous comprendrez, citoyen sous-commissaire que pour la santé publique, cet état de chose ne peut plus durer. Quelques temps plus tard, une pompe est installée sur le puits (Voir ce sujet traité dans ce blog, la place du Marché, le puits, la pompe)



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La place du Marché avec le puits central.
Dessin de Louis Le Guennec, d'apès Lesage.
(On note l'effet "grand-angle")











Vers la fin du siècle, la place du Marché est toujours aussi peu accueillante : en 1884, François Crenn membre du conseil municipal propose d’empêcher les eaux sales de séjourner dans la Grand-rue où les cochons  et les oies viennent journellement se vautrer, de combler le ruisseau à partir de la pompe et de le remplacer par une canalisation qui irait aboutir au Casse-Cou et à la mer. Robert Menguy qui pourtant n’habite pas loin,  rétorque que le ruisseau est peu profond et qu’il suffit de prendre ses précautions pour y passer sans incident.

A propos des cochons, il en est de non-muselés qui divaguent dans les rues, attaquent les passants et les mordent. La ville devait être parfois une vraie ménagerie, dans les années 1832-33,  on relève de nombreux arrêtés contre les divagations des  animaux. La fourrière se trouvait alors chez madame veuve Hérault (ou Ayraud), 60 centimes jour et 1 franc nuit pour les chevaux, 50 centimes jour ou nuit pour les bêtes à cornes, (vaches, moutons), et de même par pourceau.

La grève de Portez et le terrain vague avoisinant sont désignés comme décharge pour les décombres et immondices.

 

Le manque d’hygiène est aussi mis en cause à l’occasion de la propagation de maladies.

 

24 mai 1890, lettre du maire au sous-préfet de Brest. « Les fièvres typhoïdes et fièvres muqueuses peuvent être considérées comme endémiques dans notre localité. Il en existe toujours quelques cas et cette année il ne semble pas que ces cas doivent être plus nombreux que les années précédentes. Depuis plusieurs semaines on a constaté un seul malade, un enfant fréquentant l’école des garçons. Le dénouement a été fatal, mais ce triste évènement peut être attribué en bonne partie à un défaut d’hygiène et à des imprudences et, d’autre part au peu de ressources dont pouvait disposer la famille du jeune malade. Il n’y a donc pas lieu de s’alarmer ».

 

24 mai 1890  A signaler « plusieurs cas de fièvres muqueuses, pas plus nombreux que l’année dernière. Ils sont dus comme ailleurs, au défaut d’hygiène des habitants, à la misère, au manque de propreté de certaines habitations. Comme aussi au défaut d’aération de certains quartiers de la ville que la municipalité se propose d’assainir, aussitôt que l’autorité préfectorale l’aura autorisée à contracter l’emprunt de 5 000 Francs pour des travaux de voierie. »

 

 

Des ressources agricoles insuffisantes, un territoire cultivé exigu, (371 ha de terres labourables sur 488 ha). Des marchés et foires peu importants.

 

 

1810, à propos des récoltes

-1 000 habitants, 199 abs au service de mer et de terre.

-6 000 quintaux de 100 livres est la quantité nécessaire à la consommation des habitants, à 100 quintaux celle des animaux domestiques, à 346 quintaux ordinaires pour l’ensemencement de 173 journaux. Chaque quintal semé rapporte sept quintaux = 6 446 quintaux nécessaires.

 

La récolte de grains n’est jamais suffisante, les habitants se pourvoient au petit marché hebdomadaire des grains apportés par les marchands de Ploumoguer, Plougonvelin et Trébabu.

 

-1825, la commune du Conquet est la moins commerçante de tout le canton de Saint-Renan et de celui de Ploudalmézeau : par conséquent les marchés n’y sont rien. (L’octroi est peu lucratif).

 

                     Marché en 1849, 2 foires, 10 mai et 23 septembre

                            1 grand marché 1er mardi de juillet

                            Marchés ordinaires tous les mardi matin

 

On vend dans les foires : froment, orge, orge fromenté, seigle, chevaux, vaches, moutons, porcs, lard, graisse, sabots, fruits, tamis et cribles, beurre, œufs, laines, poteries de Lannilis, indiennes, mouchoirs, tabliers, petite mercerie.

 

Marchés ordinaires, froment, orge, orge fromenté, seigle, lard, beurre et œufs.

 

-Cependant les terres des environs du Conquet sont très fertiles ; la location en est aussi élevée qu'à Plouguerneau, qu'à Cléder ; on se demande, quelle est la cause de la misère apparente qui se fait remarquer ici, sans qu'on puisse résoudre cette question. (Brousmische 1830). Le goémon qui fait l’engrais du pays existe en abondance.

 

En 1851,  pour 1 370 habitants, la population agricole est de 587 hommes et femmes.

 

-Cultures pratiquées : céréales, choux, panais (sorte de carotte), pommes de terre (assez peu semble-t-il). Plus élevage.

 

L’octroi,  est une taxe perçue sur les marchandises à l’entrée dans une ville ou un bourg : comme il y en a peu, l’octroi ne rapporte pas grand-chose.

 

Recette de l’octroi, receveur Delaunay

pour 1813 : 1 880 francs

pour 1814 : 1 367 francs

pour 1817 :   457  francs

pour 1818 :   465 francs

pour 1819 :   937 francs

pour 1820 :   961 francs

pour 1821 :   941 francs

pour 1822 :   905 francs


 Copie-de-finistere-carte-19e.jpg

 Les paysans éleveurs de chevaux se débrouillent bien. Leurs bêtes remportent des prix dans les foires de la Martyre. Ainsi, en août 1821, les sieurs Jean Marie Lannuzel, Yves Floc'h, Goulven Le Bras, et Ambroise Le Ven ont remporté plusieurs médailles.

 



FIN DE LA PREMIERE PARTIE

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13 janvier 2009 2 13 /01 /janvier /2009 13:01

Liste des professions d’hommes au Conquet au milieu du XIXe établie d’après un recensement en 1851 pour la Garde Nationale. N’y figure aucun ecclésiastique, ils en sont dispensés. La population totale du Conquet est alors de 1 370 personnes. Les « Paimpolais » arrivés récemment et progressivement au Conquet ne sont pas encore recensés.

(Article à compléter)

 

CULTIVATEURS; 97

AIDES CULTIVATEURS; 34

JOURNALIERS; 37

JARDINIERS; 1

CARRIERS; 8

PIQUEURS DE PIERRES; 5

TAILLEURS DE PIERRES; 4

COUVREURS; 7

MENUISIERS; 11

EBENISTES; 3

TONNELIERS; 3

FORGERONS; 5

CHARRONS; 3

MACONS; 12

CONTRE-MAITRE MACON; 1

ENTREPRENEURS; 2

OUVRIER; 1

MANŒUVRES; 3

CONTRE-MAÎTRE; 1

SERRURIERS; 3

CORDONNIERS; 9

PERRUQUIERS; 1

TISSERAND; 1

BOULANGERS; 2

BOUCHERS; 2

CABARETIERS; 8

MARCHANDS; 2

NEGOCIANT; 1

COMMERCANT; 1

COMMIS NEGOCIANTS; 3

NOTAIRE; 1

CLERC; 1

JUGE DE PAIX; 1

PERCEPTEUR; 1

EXPERT; 1

INSTITUTEUR; 1

ADMINISTRATEUR; 1

GENDARME; 1

CAPITAINE DES DOUANES; 1

LIEUTENANT D ORDRE; 1

BRIGADIERS; 3

SOUS BRIGADIER; 1

EMPLOYES; 3

PREPOSES; 5

ANCIEN PREPOSE; 1

SOUS PATRON DU CANOT; 1

MATELOT; 1

ADMINISTRATEUR DE LA MARINE; 1

CAPITAINES AU LONG-COURS; 3

CAPITAINES DE COMMERCE; 3

CAPITAINES AU CABOTAGE; 3

PILOTE LAMANEUR; 1

MARINS; 20

INSPECTEUR DES SIGNAUX; 1

GUETTEUR DE SEMAPHORE; 1

GARDIEN DE BATTERIES; 1

MAITRE CANONNIER (E.R); 1

COMMIS AUX TRAVAUX DE

FORTIFICATIONS; 1

MAIRE; 1

FACTEUR RURAL; 1

DOCTEUR; 1

PROPRIETAIRES; 5

DOMESTIQUES; 7

BEDEAU; 1

MENDIANTS (DU CONQUET); 2

TOTAL GENERAL; 365

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