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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 10:01

Le naufrage aux Pierres Noires du Magnificent

 

Depuis la reprise des hostilités avec les Anglais, des escadres britanniques, fortes de quelques vaisseaux se relaient en Iroise pour contrarier les sorties et les entrées des navires de guerre du port de Brest et empêcher le passage des convois de ravitaillement.

 

Incursions anglaises :

Les Anglais, proches de  la côte et des îles, profitent de toutes les occasions pour envoyer des chaloupes à terre, causer des dégâts ou se ravitailler. A Saint-Mathieu par exemple, le 23 messidor an XI, ils essayent de rentrer dans le poste des signaux. Le gardien armé d’une hache met la petite troupe ennemie en déroute. Elle s’enfuit après avoir commis quelques avaries au mât du télégraphe.  Le 18 brumaire an XIV, une lettre du maire du Conquet à monsieur de Caffareli, préfet maritime, nous renseigne sur le préjudice subi par le fermier de Beniguet.  En résumé : « le sieur Corric (bourgeois et armateur conquétois), propriétaire de l’île de Béniguet, par bail du 12 prairial an X, la loua pour 6 ans à René Bergot, moyennant une somme annuelle de 100 francs, payable d’avance à compter du 8 vendémiaire an XI.

Le dit Bergot s’étant transporté dans cette île avec une nombreuse famille en bas-âge, y fit bâtir un logement, s’occupa ensuite de défricher la terre, avec beaucoup de peine et de dépense. Au début de l’an XII, époque où la guerre était survenue avec les Anglais, ceux-ci commencèrent à fréquenter cette île pour y puiser de l’eau.  Comme  cette fréquentation donnait quelque inquiétude aux chefs militaires, en station au Conquet, il fut forcé d’en abandonner la culture, sans même pourvoir enlever ses meubles… Pour comble de malheur, les Anglais ont ensuite incendié son habitation, enlevé les choux et les panais qu’il avait en terre. »

Pour le malheureux Bergot revenu malgré lui sur le continent, et sa pauvre famille dans la misère, le maire du Conquet demande une indemnité au gouvernement.

 

La perte du Magnificent

Dans ce cadre du début de l’an XII, à la fin du Consulat, se place l’évènement suivant : Napoléon Bonaparte est à quelques semaines du « senatus-consulte » du 18 mai 1804, qui va le proclamer « Empereur des Français ».

 

Le Magnificent  était un vaisseau anglais de 74 canons, classe Ramillies, construit en 1767 à Depford (U.K), d’environ 1 600 tonneaux, pour une longueur de 51 mètres, portant un équipage de 600 hommes. Refondu entre 1798 et 1800, il assurait au mois de mars 1804 (germinal an XII), avec trois autres vaisseaux, le blocus de Brest, pour empêcher les convois de munitions et de vivres d’entrer et de sortir du grand port du Ponant.

 

Le capitaine anglais Williams H. Jervis, qui devait un peu s’ennuyer à tirer des bords en Iroise, aperçut en se rapprochant de la côte, un convoi réfugié sur rade du Conquet, attendant un moment favorable pour se glisser jusqu’à Saint-Mathieu et de là,  longer la côte afin d’aller se mettre sous la protection des batteries de Bertheaume avant de gagner Brest. Ce groupe de navires venant du nord,  était composé d’un certain nombre de bâtiments marchands, escortés par trois canonnières de l’Etat, et la flûte la Salmonde, armée en guerre.

 

Dans la nuit du 24 mars, Jervis se décida à remonter le chenal du Four pour attaquer le convoi français, mais un fort courant défavorable et un mauvais temps menaçant, le contraignirent à faire demi-tour. Affronté à des vents d’ouest violents, le commandant du Magnificent essaya de contourner les roches extérieures des Pierres Noires (trying to get round the outermost of the Black Stones), mais son navire heurta un récif non mentionnée sur sa carte. Le vaisseau naufragea en peu de temps.

 389648_full_570x326-1-.jpg

BHC0534, Loss of the Magnificent, 25 mars 1804. National Maritime Museum. Greenwich.

Oeuvre de John Christian Schetky.

 

Selon un rapport anglais, des embarcations de l’escadre britannique se précipitèrent aussitôt au secours du Magnificent et les 600 hommes du bord furent tous sauvés, les malades et les estropiés en premier, puis les marins et les officiers et enfin, comme il convient dans les naufrages, le capitaine William H. Jervis, dont on rapporte qu’il a perdu 1 500 livres sterling dans l’accident. (Convoqué plus tard devant la cour martiale de l’Amirauté britannique, il ne reçut aucun blâme).

 

La version française diffère.

Dans un courrier adressé au sous-préfet à Brest, au préfet à Quimper et au préfet maritime à l’Amirauté, le maire du Conquet écrit le 5 germinal an XII, « l’un des vaisseaux ennemis fit hier, environ neuf heures du matin naufrage sur des rochers à deux lieues de notre port, par des vents d’ouest devenus forts. Tout l’équipage ne put se rendre à bord des autres vaisseaux, de façon à ce qu’une partie fut obligée de se réfugier à la dite île de Béniguet, distante d’une lieue du Conquet.

Les autorités civiles et militaires ayant eu connaissance de leur refuge, le commandant du Conquet envoya une dépêche à Brest pour avoir des ordres afin de se rendre sur la dite île.

Le général major étant arrivé ce matin, il a de suite fait passer de la troupe  qui a fait soixante-neuf anglais prisonniers, qui ont été amenés au Conquet.

Les bâtiments du convoi qui étaient ici en relâche ont pu par cet embarras de l’ennemi, les vents étant devenus favorables, se rendre à Brest. Ils étaient chargés de grains et de bois de construction ».

Et le maire en profite pour réclamer une fois de plus une digue pour la protection du port du Conquet.

 

Il semblerait que tous les marins naufragés anglais n’ont pas été capturés par cette expédition militaire, puisque le 15 germinal, soit une douzaine de jours plus tard, le préposé à l’Inscription Maritime, Bienaimé Labbé de Blanchard organise avec cinq marins une descente à Béniguet où il fait prisonniers 16 marins rescapés d’un vaisseau anglais naufragé. Ce dernier ne peut être que le Magnificent. Pour leur action, Labbé et ses hommes ont reçu du gouvernement une gratification de 125 francs.

 

On peut quand même s'étonner que ce drame n'ait occasionné aucune victime. Mais si cela fut, tant mieux.

 

Sources: National Maritime Museum Greenwich UK,    http://www.nmm.ac.uk/collections

                  Archives Municipales, Le Conquet.

 

                                                                                  JPC Avril 2011.

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13 avril 2010 2 13 /04 /avril /2010 16:58

Un vapeur échoué sur la roche du Cromic, (près de l'île Litiry, le 13 octobre 1911.

 

Article à lire sur le site de "La Mer en Livres" Le Conquet.

 

www.la-mer-en-livres.fr

                         

                                       JPC

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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 19:07


Toulon 1911, Quatre conquétois tués par l'explosion du cuirassé "Liberté"

Le 25 septembre 1911, le cuirassé Liberté était en compagnie d’une vingtaine de grosses unités de l’escadre de Méditerranée au mouillage sur rade de Toulon. Vers 5h30 du matin, après une série d’explosions, un violent incendie se propagea de l’avant vers l’arrière du navire. Un peu avant 6h, le cuirassé était entièrement détruit par une très violente explosion qui causa aussi dommages et victimes sur des navires voisins (République, Suffren, Vérité, Carnot, Léon Gambetta, Ernest Renan, Jules Michelet, Amiral Aube, Marseillaise). On estime à 300 le nombre total des morts et disparus. 


 
800px-Liberte_French_Battleship_LOC_04282u-1-.jpg


Le cuirassé Liberté, photo source Wikipedia















La perte du Liberté, a été souvent décrite et commentée, le site Internet le plus documenté en textes, photos et analyses se trouve à mon avis sous l’adresse.

                                              www.site-marius-autran.com.

On peut consulter aussi         www.cuirasseliberte.over-blog.com  (photo ci-dessous)



Epave-Liberte.jpgL'épave du Liberté
 

 













En relisant des extraits du journal « Le Courrier du Finistère »** que m’avait recopiés Alain Tanguy quand il se documentait pour l’ouvrage « Le Conquet, l’album du siècle », j’ai retrouvé ceci que je vais titrer :

 

L’explosion du cuirassé Liberté provoque la mort de quatre conquétois.

 

« «  Le Conquet compte quatre victimes dans la catastrophe du Liberté, Yves Gabriel Le Goaster, François Lamour, Claude Quinquis, et Jacq. Seul le corps de Claude Quinquis, quartier-maître de la République, était arrivé en gare (du tramway) lundi à 3h30, les autres corps n’ayant pu être retrouvés. Monsieur Penhors administrateur de la Marine, monsieur l’adjoint-maire Le Roy, et le clergé, avaient reçu le corps de Quinquis au milieu d’une assistance recueillie. Le convoi s’était acheminé vers la mairie et, sur le parcours, les habitants avaient arboré le drapeau national cravaté de crêpe (étoffe noire). Une chapelle ardente attendait à la mairie le cercueil du quartier-maître Quinquis.

 

Mardi à dix heures avait lieu la levée du corps en présence de la famille, de l’administrateur Penhors, représentant la Marine, du sous-préfet Julien-Sauve, représentant le gouvernement, et de monsieur Le Roy, adjoint-maire, entouré des conseillers municipaux.

  republique-3-1-.jpg


Les dégâts sur la République, source Internet, www. cuirasseliberte.over-blog.com












L’église était comble, l’absoute fut donnée par le recteur qui annonça qu’un service solennel sera chanté vendredi, service offert par les marins et soldats de toutes armes, en activité ou en retraite.

 

Au cimetière, le sous-préfet parla au nom du gouvernement pour glorifier les héroïques marins morts pour la Patrie et prodigua à l’assistance des paroles de consolation et d’encouragement.

Monsieur Penhors, administrateur de l’Inscription Maritime, parla de deuil de la nation entière, en particulier celui de la Bretagne, à laquelle appartiennent près des trois-quarts des victimes de la terrible catastrophe. Il glorifia les héroïques sauveteurs qui accoururent au premier appel, [marins] de la République, de la Démocratie, du Léon Gambetta, et qui allèrent ainsi participer au sacrifice de leurs frères de la Liberté. En quelques mots émus, il adressa un dernier adieu au victimes du Conquet : « Quartier-maître Quinquis, et vous aussi, Lamour, Jacq, Le Goaster, qui n’auraient probablement pas la consolation de venir au pays natal dormir votre dernier sommeil, vous êtes morts pour la Patrie, à votre poste de combat, à l’ombre du drapeau auquel vous avez sacrifié votre vie. Le souvenir de votre sacrifice héroïque restera impérissable dans nos cœurs ».

 

Après lui, le capitaine de vaisseau Lahalle**, comme doyen des militaires du Conquet, voulut dire un dernier adieu à ces vaillants marins qui, comme leurs ancêtres guerriers, ont sacrifié leurs vies pour la Patrie. Ils raniment chaleureusement le courage des jeunes qui se destinent à la carrière maritime. Puis s’adressant aux victimes de la Liberté, il continua : « Et maintenant Quinquis, et vous tous, braves enfants de la Bretagne que la mer a enseveli dans son sein, au revoir … chez Dieu. Demandez-lui pour nous, la grâce de bien servir notre Patrie et de mourir pour elle ». Fin de l’article de presse » »

 

Notes : 
L'état d'esprit est celui qui précède  la guerre 14-18. Après avoir évoqué un possible sabotage par un ennemi infiltré, on admettra que l'explosion du Liberté était due à l'instabilité de la poudre B, poudre à canons, stockée par tonnes, dans les magasins d'artillerie du navire.


*Le Courrier du Finistère 1880-1944, principal organe de la presse catholique du Finistère. Adversaire acharné du maire du Conquet, le très « républicain » Hippolyte Levasseur.

**Lahalle, voir sur ce blog, l’article consacré à cette famille.

 

Cet article pourrait être complété par des documents ou des souvenirs (photos), possédés par les familles de ces quatre marins. Il manque en particulier le prénom de monsieur Jacq, et l’identification des navires sur lesquels se trouvaient les trois disparus.

 

                                                   JPC,  9 janvier 2010.

 

 

                                                           

 

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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 12:01

Le Souffleur était un aviso à roues, construit à Indret d’après les plans de Gervaise. Commencé en juin 1847, il est mis à l’eau le 17 septembre 1849, et armé le 1er septembre 1850 .
Longueur 49 mètres, largeur 8 mètres 32, largeur à l’extérieur des tambours 14 mètres 80,  machine de 200 chevaux, 2 bouches à feu.

Stationnaire à Brest du 1er septembre 1850 au 18 avril 1854, armé en guerre part le 4 mai 1854 pour la Baltique, revient à Brest en septembre. Nombreux voyages aux côtes de France, croiseur en Manche pendant la guerre de 1870, puis en station à Brest jusqu’au 12 juillet 1887, il devient alors bâtiment de servitude à l’arsenal jusqu’en 1899.


(Photo extraite de Marines -  Bruno Corre, l'ouvrage contient d'autres documents sur le Souffleur)


Commandant en 1873, lieutenant de vaisseau Thiebault

                       en 1874, capitaine de frégate Paqué

                       en 1876, capitaine de frégate Regnier-Vigouroux.

 

L’accident du Souffleur

Le récit suivant est essentiellement composé à partir de documents des archives du Service Historique de la Marine à Brest, compilés en 1991-1992. (JPC)

 

1875, 2A 601, Troisième République. Lettres du vice-amiral, baron Méquet, commandant la Marine à Brest, au ministre, l’amiral de Montaignac de Chauvance.

   tableau-miriel-souffleur.jpg

16 novembre 1875.

 Le Souffleur qui a quitté Brest le 15 novembre à 9 heures et ½ pour porter secours au bâtiment russe Neutral a touché en passant entre les roches des Moines et Saint-Mathieu. Une forte voie d’eau s’est déclarée et le commandant (capitaine de frégate Paqué) a réussi à échouer son navire à 400 mètres de l’entrée du Conquet vers 11 heures 45. L’eau envahissant le navire. Il a fallu évacuer le Souffleur, ce qui a été fait sans le moindre accident. Le bateau est complètement submergé à marée haute, il découvre jusqu’au pont à marée basse, il est droit sur un fond de sable et de galets. Toutes les ressources du port de Brest en pompes et scaphandriers sont sur place, ainsi que les vapeurs Flambeau, Porteur et la citerne Le Mirage.

La rade de Brest se trouve démunie de stationnaire et on se propose de réarmer l’Alecton.

La photo ci-dessus est celle d'une lithographie que madame Miriel (le Cosquies) m'a permis de photographier en 1991. Le dessin bien que fantaisiste dans la chronologie de l'évènement, fourmille de détails intéressants : Un brick-goélette à l'échouage, mais on ne voit pas la digue Saint-Christophe pourtant terminée en 1873, le voilier à la hauteur de la roue à aubes tribord du vapeur, porte à son mât le pavillon de pilote. C'est bien entendu le commandant du navire qui se tient sur la passerelle, devant la cheminée qui fume alors que les chaudières envahies d'eau étaient éteintes depuis longtemps....
Lettre du 17 novembre, le 16 on a réussi à faire avancer le Souffleur d’une centaine de mètres. On a vidé les compartiments avant et arrière mais au flot le bateau s’est rempli à nouveau. On n’a pas découvert la voie d’eau qui est tout à fait dessous. Comme elle s’est produite à la suite d’un léger choc, on présume de plus en plus que le Souffleur a touché une épave. Les opérations vont recommencer aujourd’hui, je demande l’Euménide à Lorient.

Autre lettre du 17, au ministre  à Versailles pour demander une ou deux pompes rotatives de la plus grande puissance  mais inférieure à la force de 40 cv qui est celle de nos locomobiles.

 

Le 17 à 6 heures et demi du soir, le Souffleur est rapproché à 50 mètres de la jetée Saint-Christophe, il échoue dans 1 mètre d’eau à basse mer. La voie d’eau semble localisée sous le cylindre bâbord. Mais plus tard dans la soirée, au flot : « la porte du compartiment avant a cédé, le bateau est maintenant envahi d’eau, il s’est mis en travers, parallèle à la jetée et s’est incliné sur bâbord.

 

Le 18, l’Euménide, le Phoque et le Flambeau sont sur place, ainsi que le Porteur mais celui-ci a des ennuis de machine et sa coque est en mauvais état.

 

C’est alors que l’on émet l’hypothèse que le Souffleur a touché l’épave du vapeur Gabrielle naufragé le 9 novembre 1874 sur la pointe de Penzer, le Phoque va faire des sondages.  Le commandant du Souffleur, Paqué est un habitué des lieux et le pilote était à bord lors de l’accident.

Les opérations de sauvetage sont dirigées par Paqué et l’ingénieur Saglio.

 

Lettre du 19 novembre, on a réussi à flotter le Souffleur et à le rentrer dans le port du Conquet.  On annonce du mauvais temps de sud-ouest. Le bateau est maintenant échoué à 100 mètres dans l’est de la jetée Saint-Christophe, à 50 mètres de terre.

Les jours suivants :

Les déchirures de la coque sont alors bien identifiées, il y en a trois,  une de 40 centimètres sur 20 centimètres,  parallèle à l’axe du navire et deux autres de 6 à 8 centimètres. Le bateau a coulé à nouveau à cause du mauvais temps. Mais les réparations sont jugées possibles.

 

Les deux bateaux-pompes le Mirage et le Clairon sont bien utiles, mais à cause du mauvais temps les deux bugalets sont à l’abri au fond du port.


A la demande du major de la Flotte, un grill de carénage est construit en quelques jours, le 24 novembre le Souffleur est échoué sur le platin avec une gîte favorable aux travaux. Ceux-ci sont rapidement menés, le 26 novembre, le Faou, l’Euménide et le Flambeau sont prêts à remorquer le Souffleur à Brest, à 2 heures de l’après-midi le convoi met en route. A 6 heures 30 le Souffleur est à Brest, l’Euménide s’en retourne aussitôt à Lorient.

souffleur dessin  

   La litho ci-dessus extraite d'un journal de l'époque (non identifié), est légendée : "Brest, l'Euménide remorque l'aviso le Souffleur dans le port, d'après le croquis de Mr Recoing, lieutenant d'infanterie de Marine". En fait le convoi vient de sortir du Conquet.
Les travaux consécutifs au séjour sous l’eau du navire seront longs, on prévoit au minimum trois mois, il faudra en particulier démonter et mettre à terre les chaudières. (Ce qui sera fait et le Souffleur remis en état aura encore une longue carrière devant lui)

 

Le bateau mis en sécurité à Brest,  il est temps pour l’Amirauté de convoquer la commission d’enquête, mais il convient de laisser quelques jours de repos au commandant qui est exténué. Dans une lettre du 7 décembre, le ministre de la Marine demande au vice-amiral commandant à Brest, « concernant les propositions d’avancement à l’équipage du Souffleur, veuillez me faire parvenir les propositions dont il s’agit. Je vous donne la même autorisation concernant les marins vétérans dont vous me signalez la belle conduite »

 

On note dans ce même dossier un télégramme de sympathie et de remerciements au commandant Paqué et à l’équipage du Souffleur. Message venant de Saint-Petersbourg, signé par le président Pogreboff de la Société d’Encouragement du Commerce et de l’Industrie, « Pour s’être portés au secours du navire russe Coquette ( ?) »

 

++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++

Je dois à monsieur Didier Cadiou les documents suivants, extraits de "Le Journal Illustré" N° 48 du 28 novembre 1875, pages 381-82  (Ajout février 2011)

La perte du Souffleur

Dans la nuit de dimanche à lundi, un trois-mâts russe était signalé en détresse dans les parages de l’île de Molène. Le Souffleur reçut l’ordre de se porter à son secours. Il appareilla aussitôt.

Vers neuf heures du matin, il quittait son mouillage. Comme les opérations de sauvetage nécessitent la plupart du temps des travaux de force, outre son équipage ordinaire, le Souffleur avait embarqué 54 novices de la division, ce qui portait son effectif à 180 hommes environ.

En passant vers onze heures et demi entre la pointe Saint-Mathieu et le récif des Moines, on ressentit à bord un long frôlement, une sorte de déchirement sans secousses dont on ne put s’expliquer la cause. Aussitôt les hommes de la machine signalèrent une voie d’eau, et le navire commença à se remplir avec une rapidité effrayante. Dans cette circonstance critique une seule chance de salut restait : gagner au plus vite la plage la plus rapprochée où l’on pût trouver un abri. C’est à ce parti que se décida, avec une prompte détermination monsieur le capitaine de frégate Paqué, commandant du Souffleur. Il fit mettre le cap sur Le Conquet. Mais la mer étant basse, le Souffleur dont le tirant d’eau augmentait à chaque instant, ne put gagner le port, et échoua près de la pointe Sainte-Barbe ; ce fut là que s’effectua dans le plus grand ordre, le sauvetage de l’équipage. Il ne s’était pas écoulé un quart d’heure depuis l’accident de la pointe Saint-Mathieu. On se mit à enlever du navire tout ce qu’il était possible d’emporter. Les effets de tout l’équipage, officiers et matelots furent sauvés. Les canons eux-mêmes furent débarqués ; on allégea du mieux que l’on put le navire ; mais rien n’y fit, et à marée haute le Souffleur fut entièrement couvert par la mer.

 Autant qu’on a pu en juger par une visite au scaphandre, c’est dans le compartiment des machines et des chaudières que la voie d’eau s’est déclarée. Elle ne peut être aveuglée à l’extérieur vu l’ensablement du navire.  Et d’autre part les pompes envoyées du port de Brest sont insuffisantes à épuiser l’eau entre deux marées, dans un temps assez court pour permettre une visite à l’intérieur du navire.

Mercredi on remarquait au Conquet les petits vapeurs de la direction du Port : le Porteur, le Flambeau, le Phoque, la Citerne, envoyés au secours du Souffleur. Dans l’après-midi, après avoir vidé du mieux qu’on a pu les compartiments extrêmes de l’aviso, on est arrivé à lui passer à l’arrière sous la quille, une chaîne qui a été raidie d’un côté par le Flambeau, de l’autre par le Porteur. On a pu ainsi soulager un peu le navire qui a été traîné de 150 à 200 mètres vers le port du Conquet.

Le Souffleur ne s’est pas échoué sur la pointe de Penzer ; mais en passant au large de cette pointe il a rencontré une épave qui a crevé ses fonds, non loin de la quille par bâbord. On suppose que l’épave doit être le grand mât de la Gabrielle, vapeur perdu en 1874 et dépecé sur la pointe de Penzer. Ce grand mât qui n’avait pas pu être enlevé était resté sous l’eau dans une position qui devait faire croire qu’il ne nuirait pas. Il a fallu que le mauvais temps de ces derniers jours le redressât pour le rendre dangereux.

Perte-du-Souffleur.-Le-Conquet.-1875-1-.jpg

 

 

  Lithographie de Auguste Mayer (Brest 1805-90)

  En 1875, le peintre illustrateur faisait partie de la    commission pour la mise en place d'un Musée

pour la ville de Brest.

 

  

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

25 février 2011 / JPC.

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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 12:01

Le Souffleur était un aviso à roues, construit à Indret d’après les plans de Gervaise. Commencé en juin 1847, il est mis à l’eau le 17 septembre 1849, et armé le 1er septembre 1850 .
Longueur 49 mètres, largeur 8 mètres 32, largeur à l’extérieur des tambours 14 mètres 80,  machine de 200 chevaux, 2 bouches à feu.

Stationnaire à Brest du 1er septembre 1850 au 18 avril 1854, armé en guerre part le 4 mai 1854 pour la Baltique, revient à Brest en septembre. Nombreux voyages aux côtes de France, croiseur en Manche pendant la guerre de 1870, puis en station à Brest jusqu’au 12 juillet 1887, il devient alors bâtiment de servitude à l’arsenal jusqu’en 1899.


(Photo extraite de Marines -  Bruno Corre, l'ouvrage contient d'autres documents sur le Souffleur)


Commandant en 1873, lieutenant de vaisseau Thiebault

                       en 1874, capitaine de frégate Paqué

                       en 1876, capitaine de frégate Regnier-Vigouroux.

 

L’accident du Souffleur

Le récit suivant est essentiellement composé à partir de documents des archives du Service Historique de la Marine à Brest, compilés en 1991-1992. (JPC)

 

1875, 2A 601, Troisième République. Lettres du vice-amiral, baron Méquet, commandant la Marine à Brest, au ministre, l’amiral de Montaignac de Chauvance.

   tableau-miriel-souffleur.jpg

16 novembre 1875.

 Le Souffleur qui a quitté Brest le 15 novembre à 9 heures et ½ pour porter secours au bâtiment russe Neutral a touché en passant entre les roches des Moines et Saint-Mathieu. Une forte voie d’eau s’est déclarée et le commandant (capitaine de frégate Paqué) a réussi à échouer son navire à 400 mètres de l’entrée du Conquet vers 11 heures 45. L’eau envahissant le navire. Il a fallu évacuer le Souffleur, ce qui a été fait sans le moindre accident. Le bateau est complètement submergé à marée haute, il découvre jusqu’au pont à marée basse, il est droit sur un fond de sable et de galets. Toutes les ressources du port de Brest en pompes et scaphandriers sont sur place, ainsi que les vapeurs Flambeau, Porteur et la citerne Le Mirage.

La rade de Brest se trouve démunie de stationnaire et on se propose de réarmer l’Alecton.

La photo ci-dessus est celle d'une lithographie que madame Miriel (le Cosquies) m'a permis de photographier en 1991. Le dessin bien que fantaisiste dans la chronologie de l'évènement, fourmille de détails intéressants : Un brick-goélette à l'échouage, mais on ne voit pas la digue Saint-Christophe pourtant terminée en 1873, le voilier à la hauteur de la roue à aubes tribord du vapeur, porte à son mât le pavillon de pilote. C'est bien entendu le commandant du navire qui se tient sur la passerelle, devant la cheminée qui fume alors que les chaudières envahies d'eau étaient éteintes depuis longtemps....
Lettre du 17 novembre, le 16 on a réussi à faire avancer le Souffleur d’une centaine de mètres. On a vidé les compartiments avant et arrière mais au flot le bateau s’est rempli à nouveau. On n’a pas découvert la voie d’eau qui est tout à fait dessous. Comme elle s’est produite à la suite d’un léger choc, on présume de plus en plus que le Souffleur a touché une épave. Les opérations vont recommencer aujourd’hui, je demande l’Euménide à Lorient.

Autre lettre du 17, au ministre  à Versailles pour demander une ou deux pompes rotatives de la plus grande puissance  mais inférieure à la force de 40 cv qui est celle de nos locomobiles.

 

Le 17 à 6 heures et demi du soir, le Souffleur est rapproché à 50 mètres de la jetée Saint-Christophe, il échoue dans 1 mètre d’eau à basse mer. La voie d’eau semble localisée sous le cylindre bâbord. Mais plus tard dans la soirée, au flot : « la porte du compartiment avant a cédé, le bateau est maintenant envahi d’eau, il s’est mis en travers, parallèle à la jetée et s’est incliné sur bâbord.

 

Le 18, l’Euménide, le Phoque et le Flambeau sont sur place, ainsi que le Porteur mais celui-ci a des ennuis de machine et sa coque est en mauvais état.

 

C’est alors que l’on émet l’hypothèse que le Souffleur a touché l’épave du vapeur Gabrielle naufragé le 9 novembre 1874 sur la pointe de Penzer, le Phoque va faire des sondages.  Le commandant du Souffleur, Paqué est un habitué des lieux et le pilote était à bord lors de l’accident.

Les opérations de sauvetage sont dirigées par Paqué et l’ingénieur Saglio.

 

Lettre du 19 novembre, on a réussi à flotter le Souffleur et à le rentrer dans le port du Conquet.  On annonce du mauvais temps de sud-ouest. Le bateau est maintenant échoué à 100 mètres dans l’est de la jetée Saint-Christophe, à 50 mètres de terre.

Les jours suivants :

Les déchirures de la coque sont alors bien identifiées, il y en a trois,  une de 40 centimètres sur 20 centimètres,  parallèle à l’axe du navire et deux autres de 6 à 8 centimètres. Le bateau a coulé à nouveau à cause du mauvais temps. Mais les réparations sont jugées possibles.

 

Les deux bateaux-pompes le Mirage et le Clairon sont bien utiles, mais à cause du mauvais temps les deux bugalets sont à l’abri au fond du port.


A la demande du major de la Flotte, un grill de carénage est construit en quelques jours, le 24 novembre le Souffleur est échoué sur le platin avec une gîte favorable aux travaux. Ceux-ci sont rapidement menés, le 26 novembre, le Faou, l’Euménide et le Flambeau sont prêts à remorquer le Souffleur à Brest, à 2 heures de l’après-midi le convoi met en route. A 6 heures 30 le Souffleur est à Brest, l’Euménide s’en retourne aussitôt à Lorient.

souffleur dessin  

   La litho ci-dessus extraite d'un journal de l'époque (non identifié), est légendée : "Brest, l'Euménide remorque l'aviso le Souffleur dans le port, d'après le croquis de Mr Recoing, lieutenant d'infanterie de Marine". En fait le convoi vient de sortir du Conquet.
Les travaux consécutifs au séjour sous l’eau du navire seront longs, on prévoit au minimum trois mois, il faudra en particulier démonter et mettre à terre les chaudières. (Ce qui sera fait et le Souffleur remis en état aura encore une longue carrière devant lui)

 

Le bateau mis en sécurité à Brest,  il est temps pour l’Amirauté de convoquer la commission d’enquête, mais il convient de laisser quelques jours de repos au commandant qui est exténué. Dans une lettre du 7 décembre, le ministre de la Marine demande au vice-amiral commandant à Brest, « concernant les propositions d’avancement à l’équipage du Souffleur, veuillez me faire parvenir les propositions dont il s’agit. Je vous donne la même autorisation concernant les marins vétérans dont vous me signalez la belle conduite »

 

On note dans ce même dossier un télégramme de sympathie et de remerciements au commandant Paqué et à l’équipage du Souffleur. Message venant de Saint-Petersbourg, signé par le président Pogreboff de la Société d’Encouragement du Commerce et de l’Industrie, « Pour s’être portés au secours du navire russe Coquette ( ?) »

 

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Je dois à monsieur Didier Cadiou les documents suivants, extraits de "Le Journal Illustré" N° 48 du 28 novembre 1875, pages 381-82  (Ajout février 2011)

La perte du Souffleur

Dans la nuit de dimanche à lundi, un trois-mâts russe était signalé en détresse dans les parages de l’île de Molène. Le Souffleur reçut l’ordre de se porter à son secours. Il appareilla aussitôt.

Vers neuf heures du matin, il quittait son mouillage. Comme les opérations de sauvetage nécessitent la plupart du temps des travaux de force, outre son équipage ordinaire, le Souffleur avait embarqué 54 novices de la division, ce qui portait son effectif à 180 hommes environ.

En passant vers onze heures et demi entre la pointe Saint-Mathieu et le récif des Moines, on ressentit à bord un long frôlement, une sorte de déchirement sans secousses dont on ne put s’expliquer la cause. Aussitôt les hommes de la machine signalèrent une voie d’eau, et le navire commença à se remplir avec une rapidité effrayante. Dans cette circonstance critique une seule chance de salut restait : gagner au plus vite la plage la plus rapprochée où l’on pût trouver un abri. C’est à ce parti que se décida, avec une prompte détermination monsieur le capitaine de frégate Paqué, commandant du Souffleur. Il fit mettre le cap sur Le Conquet. Mais la mer étant basse, le Souffleur dont le tirant d’eau augmentait à chaque instant, ne put gagner le port, et échoua près de la pointe Sainte-Barbe ; ce fut là que s’effectua dans le plus grand ordre, le sauvetage de l’équipage. Il ne s’était pas écoulé un quart d’heure depuis l’accident de la pointe Saint-Mathieu. On se mit à enlever du navire tout ce qu’il était possible d’emporter. Les effets de tout l’équipage, officiers et matelots furent sauvés. Les canons eux-mêmes furent débarqués ; on allégea du mieux que l’on put le navire ; mais rien n’y fit, et à marée haute le Souffleur fut entièrement couvert par la mer.

 Autant qu’on a pu en juger par une visite au scaphandre, c’est dans le compartiment des machines et des chaudières que la voie d’eau s’est déclarée. Elle ne peut être aveuglée à l’extérieur vu l’ensablement du navire.  Et d’autre part les pompes envoyées du port de Brest sont insuffisantes à épuiser l’eau entre deux marées, dans un temps assez court pour permettre une visite à l’intérieur du navire.

Mercredi on remarquait au Conquet les petits vapeurs de la direction du Port : le Porteur, le Flambeau, le Phoque, la Citerne, envoyés au secours du Souffleur. Dans l’après-midi, après avoir vidé du mieux qu’on a pu les compartiments extrêmes de l’aviso, on est arrivé à lui passer à l’arrière sous la quille, une chaîne qui a été raidie d’un côté par le Flambeau, de l’autre par le Porteur. On a pu ainsi soulager un peu le navire qui a été traîné de 150 à 200 mètres vers le port du Conquet.

Le Souffleur ne s’est pas échoué sur la pointe de Penzer ; mais en passant au large de cette pointe il a rencontré une épave qui a crevé ses fonds, non loin de la quille par bâbord. On suppose que l’épave doit être le grand mât de la Gabrielle, vapeur perdu en 1874 et dépecé sur la pointe de Penzer. Ce grand mât qui n’avait pas pu être enlevé était resté sous l’eau dans une position qui devait faire croire qu’il ne nuirait pas. Il a fallu que le mauvais temps de ces derniers jours le redressât pour le rendre dangereux.

Perte-du-Souffleur.-Le-Conquet.-1875-1-.jpg

 

 

  Lithographie de Auguste Mayer (Brest 1805-90)

  En 1875, le peintre illustrateur faisait partie de la    commission pour la mise en place d'un Musée

pour la ville de Brest.

 

  

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

25 février 2011 / JPC.

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