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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 09:24

LA PRESQU'ILE DE KERMORVAN
CHRONOLOGIE HISTORIQUE SIMPLIFIEE

 

Dénommée "Isle du Conquet", elle a emprunté son nom actuel aux seigneurs de Kermorvan (Trébabu), qui en furent propriétaires.

La presqu’île de Kermorvan fut au temps de la civilisation mégalithique, un centre monumental des plus importants, avec allées couvertes, dolmens, menhirs, cromlec’h. 

 

Il n’en reste malheureusement plus grand chose.

 

L’allée couverte de l’entrée de l’isthme était ignorée des archéologues, jusqu’aux travaux entrepris par le génie militaire lors de l’alerte de Fachoda en 1898 qui faillit déclencher une guerre entre la France et l’Angleterre. Fachoda, ville du Soudan sur le Nil, occupée par le capitaine Marchand mais qu’il dut sous la pression diplomatique, remettre à lord Kitchener, maréchal britannique.

 


Paul Duchatellier décrit en 1903 le monument.  En débarquant à la petite cale, nous avons trouvé sur notre gauche une allée couverte, bien ruinée par la construction d’un chemin de ronde et de retranchements en terre qui la couvrent en partie. Trois des six pierres qui en sont encore visibles portent des sculptures (cupules). Les restes de ce monument se composent de trois piliers qui sont sur le côté gauche du sentier allant du passage à la ferme de Kermorvan et de deux autres piliers et de la table qu’ils portent engagés sous un énorme retranchement haut de 10 mètres coupant l’isthme à cet endroit.

(Espace occupé par le blockhaus allemand qui fermait l’entrée de la presqu’île)

 

 

 

 

 

 




"Pierre à cupules", fragment d'un des piliers de l'allée couverte de l'isthme (photo 1978. jpc)














Duchatellier énumère ensuite les petits menhirs qu’il découvre dans la lande, déplore la destruction en 1830 du vaste cromlec’h par un capitaine du génie qui voulait une place nette pour faire faire l’exercice à ses troupes. Il n’en reste qu’un menhir de 2,60 mètres, à l’est des ruines de la ferme. C’était un cromlec’h  pentagonal de 50 mètres de long sur 35 mètres de large. Il se composait de 8 menhirs ayant à l’intérieur 3 menhirs en ligne droite. (Voir description du chevalier de Fréminville au début XIXe)

 


Reste du
cromlec'h près
des ruines de
la ferme
(photo Jpc 1978
)















Disparus aussi les deux dolmens : un plus petit ayant une table de 4 m x 3,50 m, et un plus grand avec une table de 5,55 m x 3,60 m, ils ont été détruits par les Allemands et passés dans les concasseuses du mur de l’Atlantique.

 







Aujourd’hui nous déplorons la disparition de ces témoins des époques préhistoriques, mais on peut lire des opinions divergentes : autour de 1830, J.F Brousmische qui écrivit un Voyage dans le Finistère exprime ainsi son aversion pour le « mégalithique » : « Trop peu versé dans la science des monuments d’un peuple regardé comme primitif, j’admets la réalité de ceux que l’on voit à Kermorvan, tout en avouant qu’ils sont peu propres à prêter du charme aux constructions druidiques. Les constructions abruptes de Kermorvan n’ont rien qui parle à l’imagination. Il faut vraiment être doué d’une organisation toute particulière pour trouver des beautés dans des pierres informes, y voir un monument, un temple à la divinité. Il est vrai que, pour célébrer les mystères de Teutatès, pour lui offrir les sanglants holocaustes qu’il réclamait,… le hideux sanctuaire de Kermorvan était un lieu que pouvaient désirer et choisir les barbares ministres de ces fureurs ».

 

 

kerm-butte-isthme-new-001.jpg

 

Dans un effondrement de la falaise est de Pors Seillon, au-dessous du sentier côtier, les restes d'un probable monument mégalithique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Emigrations des Bretons insulaires au VIe siècle


J’ai déjà évoqué  Tugdual, breton émigré, débarqué dans l’anse de Pors-Pabu, on pourra se souvenir de cet épisode en faisant une halte à la petite plage de sable blanc au retour de l’Ilet vers le phare de Kermorvan.

 

Le Conquet et les « Plantagenêt »

 

C’est au milieu du XIIe siècle que l’île du Conquet prend de l’importance, et ce à cause d’une femme : Aliénor d’Aquitaine. Aliénor qui, dit-on, s’était mal conduite en Terre Sainte où elle avait accompagné son mari Louis VII, fut répudiée au retour. Ce qui aurait pu n’être qu’un règlement de compte familial tourna en catastrophe pour la monarchie française. Aliénor qui possédait la Guyenne et le Poitou, se remaria bientôt avec Henri Plantagenêt, duc de Normandie, comte d’Anjou, du Maine et de Touraine et qui par succession (un peu forcée) devint roi d’Angleterre en 1154

 


                                 Aliénor d'Aquitaine (image Wikipédia)











A la voile à cette époque et pour bien des siècles ensuite, on ne faisait pas le Four et le raz de Sein dans la même marée. Il fallait s’arrêter pour attendre le bon courant, mais aussi pour se ravitailler en eau et en vivres. Les mouillages des Blancs-Sablons, de la rade du Conquet, de Porsliogan accueillaient des flottes de passage qui pouvaient se ravitailler en eau douce aux nombreuses « aiguades », et en nourriture, achetée aux riverains ou prise de force.

 



Entre Pors-Pabu et Kermorvan, en contrebas du chemin côtier,
"L'aiguade" de Kermorvan, la source-fontaine est aujourd'hui abritée par un petit bâtiment. 






Les bateaux anglais joignant le royaume et la Normandie aux provinces  du sud-ouest de la France devinrent nombreux à s’arrêter au Conquet. Leur escale fut plus facile lorsque Henri II eut conquis la Bretagne et confié son gouvernement à son fils  Geoffroy Plantagenêt.

 

Après la mort de Richard Cœur de Lion, fils d’Aliénor et de Henri II, devenu roi d’Angleterre au décès de son père,  les affaires des Plantagenêt se dégradent sous le règne de son frère Jean Sans Terre. Celui-ci confronté à Philippe-Auguste, perd les uns après les autres les territoires possédés par ses parents. En octobre 1206, il tente un ultime coup de force, débarque à La Rochelle, ravage et brûle l’Anjou puis le pays de Rennes tout en  essayant de rallier à lui des seigneurs bretons, mais battu et poursuivi par l’armée de Philippe-Auguste il regagne le Poitou puis La Rochelle où il embarque pour ne plus jamais revenir sur le continent. Cependant il n’abandonne pas, si on en croit l’historien  Ogée toutes prétentions sur la Bretagne car Jean sans Terre fait construire en 1207 par ses partisans, près du Conquet, un fort château.  Les Anglais font de la ville et du port une forteresse et  y laissent garnison.

 


 On peut admettre que c'est à cet endroit à l'entrée de l'isthme de Kermorvan que s'élevait sur une butte semblable le "château" construit par
les soldats de Jean sans Terre. Sans doute une
simple tour.
(Photo Jpc 1978)




Reprise du Conquet par le duc de Bretagne 1218

 

Pierre de Dreux fait duc de Bretagne par Philippe-Auguste (après son mariage avec la princesse Alix, fille du duc défunt Geoffroy), aurait réduit à l’impuissance Conan de Léon, et chassé les derniers anglais des côtes de Bretagne. En 1218, son armée a, dit-on, délogé les Anglais du Conquet et par précaution  a fait raser forteresse et château. (C’est par Pierre de Dreux que les « hermines » ont été introduites sur le blason de la Bretagne).

 

On fait l’impasse sur la « Guerre de Succession de Bretagne » qui commence en 1341 à la mort du duc Jean III et s’inscrit ensuite dans le cadre générale de la guerre de Cent-Ans entre Français et Anglais. La région du Conquet, zone stratégique d’importance, est moult fois, prise et reprise par les Anglo-Bretons et les Franco-Bretons. Le sujet est bien trop vaste pour être traité dans notre contexte.

 

Minorité d’Anne de Bretagne   


(Anne de Bretagne, image Wikipédia


 le duc François II meurt en septembre 1488 dans un climat de troubles. Il laisse le trône ducal à sa fille Anne, une gamine de onze ans. Il est hors de propos de décrire ici toutes les intrigues qui se nouent et les pressions qui s’exercent contre la jeune fille par les différents partis bretons, français, anglais, voire espagnols qui convoitent le duché de Bretagne. Dès la fin de 1488 une armée française conduite par le vicomte de Rohan assiège et prend la forteresse de l’île du Conquet tenue par les partisans de la duchesse. Rohan y laisse Thomas de Kerasred comme capitaine et lui donne pour défendre l’île, de l’artillerie et des gens de pied.

La pauvre duchesse n’a bientôt plus qu’une issue pour sauver la Bretagne de la ruine totale, c’est d’épouser le prétendant le plus fort, en  l’occurrence lle roi de France Charles VIII, ce qui est fait le mardi 6 décembre 1491.

 



Réunion de la Bretagne à la France
 :

 

 L’acte d’union est signé sous François 1er  époux de Claude de France, en 1532. Puis François de Valois leur fils devient dauphin et duc de Bretagne. A sa mort c’est Henri son frère, qui hérite des titres et en 1547, lorsqu’il monte sur le trône de France sous le nom de Henri II, la Bretagne est définitivement française.

 

Comme celui de son père, le règne de Henri II est placé sous le signe de la guerre. Conflits avec l’Espagne (Bourgogne) et avec l’Angleterre comme de coutume.

 

Dans ce contexte : le débarquement anglo-flamand de  juillet 1558 : c'est du chemin côtier bordant au nord-est la presqu'île de Kermorvan, que la vue générale sur la baie et la plage des Blancs-Sablons est la plus belle.

 

Philippe II d’Espagne, par intérêt politique vient d’épouser la reine d’Angleterre, la catholique Marie Tudor. La France est prise en étau entre les Pays-Bas espagnols, l’Angleterre et l’Espagne.

Les flottes ennemies menacent les côtes de Bretagne. La défense s’organise. Les « montres » recensent les futurs combattants et évaluent leurs forces.

Le 24 août 1557,   Convocation du ban et de l’arrière-ban de l’évêché de Léon pour la sénéchaussée de Saint-Renan en laquelle est capitaine Guillaume du Châtel,  sieur de Kersimon. (Pour mémoire la garde-côte en Bretagne a été créée par mandement du duc François II en 1483).

 

Circonstances et événements : 

 

Cette année-là dans une guerre qui se déroule surtout dans le nord de la France, les côtes françaises subissent quelques attaques.

 

Attention : Nous connaissons l’affaire suivante essentiellement par l’enquête faite au nom du Roi un an plus tard, à la demande des victimes, pour être indemnisées ou exonérées de divers impôts. Donc forcément les chiffres des pertes déclarées sont gonflés.

 

L’agression principale est dirigée contre Brest, le 29 juillet 1558, une flotte anglo-espagnole, d’une centaine de vaisseaux portant de 7 500 à 9 000 hommes, opère le débarquement des troupes soit à Bertheaume selon certains, soit aux Blancs-Sablons selon d’autres. Cette deuxième hypothèse est la seule cohérente.

 


Le débarquement aux Blancs-Sablons vu par Jim et Joël Sévellec, Histoire de Brest. Le Télégramme 1955.












-Les troupes ennemies ont débarqué en matinée à bord de bateaux plats (15), lorsque la mer a été suffisamment basse aux Blancs-Sablons.

 

-EIles ont traversé la ria du Conquet quand elle était à sec, c’est-à-dire sans doute vers 9-10 heures, par le gué entre le Cosquies et le Croaé.

 

-Une bande s’est dirigée vers le port du Conquet, incendiant les 37  bateaux présents, équipés d’artillerie, et mettant le feu aux quatre coins de la bourgade

 

-Une autre bande a dû faire route vers Lochrist.

 

-Le gros de la troupe a progressé directement vers Saint-Mathieu, dans l’idée de  poursuivre vers Plougonvelin  et Brest car le but de l’opération militaire était de venger la reprise de Calais par les Français, de ravager Brest et ses alentours et éventuellement de s’emparer de la ville.

 

-Les chefs de l’expédition n’avaient pas le temps de laisser leurs troupes traîner dans les pillages et sauf peut-être les seigneurs qui avaient débarqués leurs chevaux, les soldats étaient à pied. Connaissant l’équipement d’un fantassin de l’époque, cuirasse, casque, lourde épée, ou lance, il ne pouvait pas se charger de beaucoup de butin, donc pas de pillage systématique mais tueries pour voler de la monnaie et des petits objets d’or et d’argent,  et vandalisme à grande échelle par le feu. Un commentaire dit : «  ce fut une véritable invasion de sauvages, dévastant tout avec une telle furie, montrant bien qu’ils étaient plus désireux de sang que de butin »

 

-En fin d’après-midi Guillaume du Châtel arrive avec 9 000 hommes, les seigneurs du voisinage du ban et de l’arrière-ban de Léon de la sénéchaussée de Saint-Renan, rassemblés à la hâte, accompagnés d’habitants de la région armés de fourches, de piques, de haches etc.. 

Le gros de la meute des assaillants qui se trouve alors vers Plougonvelin, avec le dessein de poursuivre vers Brest comme nous l’avons dit, s’empresse de regagner les vaisseaux qui en fin de jusant sont descendus jusqu’à Saint-Mathieu et avec le flot ont fait mouvement en suivant l’avance des soldats jusque devant Bertheaume.  Les troupes de Du Châtel s’accrochent aux Anglais qui ne subissent pas trop de pertes, mais 500 Flamands attardés sont taillés en pièces.

 

Bilans de l’enquête (14 août 1558) : Ordonnée par monseigneur le duc d’Etampes (Jean de la Brosse, duc d’Etampes, comte de Penthièvre et gouverneur de Bretagne),  et dirigée par Jean Le Prestre seigneur de Lezonnet, avec pour témoins le seigneur de Carné, lieutenant pour le roi à Brest, Guillaume du Châtel, Allain Le Louet, Jean Poncelin, Kerleau seigneur de Kerleau, Kerleau de Kerdreanton, Goulven Lomelin, capitaine du Conquet, Robert Kerfaingily.

-Lochrist-Plougonvelin : 12 maisons restent sur 450 (c’est à dire la trêve de Lochrist avec Le Conquet)

-Plougonvelin : 220  maisons brûlées

-Saint-Mathieu : 50  maisons et une partie de l’abbaye brûlées.

 

En laissant les chiffres de côté, ce que l’on peut dire c’est que les maisons « ordinaires » avaient des toits couverts de chaume (gleds), donc elles étaient faciles à incendier. Les maisons « rescapées » avaient des toits en ardoises, c’était de petites maisons fortes. Les assaillants n’avaient pas le temps d’en faire le siège, non plus que de chercher dans les caves voûtées les cachettes où les Conquétois mettaient à l’abri leurs biens les  plus précieux.

 

Ce que l’on sait c’est que les ruines furent bien vite relevées, on n’a aucune idée du bilan des victimes dans la population. Lorsque les seigneurs répondent à l’enquête du Roi, ils ne chiffrent que leurs pertes matérielles. Le préjudice total a été évalué à 200 000 livres.

 

1577 – 1625, défense de l’île du Conquet.

 

Cadre des guerres de la Ligue. On se place là dans le cadre des guerres de religion. Après la mort du roi de France Henri III, assassiné, c’est Henri de Navarre, adepte de la religion réformée qui est héritier du royaume.

Le duc de Mercoeur gouverneur de Bretagne est fervent partisan des Guise, alors pendant neuf années, de 1589 à 1598 (Edit de Nantes), la Bretagne est traversée, foulée, pillée par la troupe française, catholique ou huguenote, par la troupe espagnole et par la troupe anglaise.

 En 1592, 5 à 6 000 ligueurs assiègent Brest défendue par René de Rieux, seigneur de Sourdéac, rallié à la cause royaliste. Pour mémoire c’est en 1594 que les Espagnols favorables aux ligueurs s’installent dans la presqu’île de Crozon (pointe des Espagnols). L’année suivante, Sourdéac, inquiet des menaces du bandit Guy Eder de la Fontenelle sur les côtes, fait mettre la presqu’île du Conquet en état de défense sous la conduite du sieur de Kerouvien.

Ceci n’était pas inutile car La Fontenelle cette même année 1595 s’est présenté devant le goulet de Brest avec une flotte menaçante pour attaquer le château de Brest. Sourdéac avec une armée navale plus imposante réussit à lui barrer la route. (Guy Eder de la Fontenelle sera torturé et roué en place de Grève à Paris en 1602).

 


 Fortifications d'entrée de la
presqu'île de Kermorvan fin XVIe siècle.












Après la mort de Henri IV, la minorité de Louis XIII est entachée par la « ligue des princes » qui sévit pendant la régence de Marie de Médicis. Catholiques et protestants fortifient les places fortes relevant de leurs commandements. Un très riche document transcrit par E. Delécluse (dans le bulletin de la Société Académique de Brest de 1883-84), nous décrit par le menu, l’organisation des fortifications de l’isle du Conquet, leur démantèlement sur ordre de Richelieu, et le procès qui s’en suivit. (J’y reviendrai)




Ci-dessus, extrait de carte de Jean Le Béchec 1628, cartographe du Conquet

 


      Ci-dessus, carte Lallemand de Betz,  XVIIe siècle.

1688-95, implication de Vauban

 

Lorsqu’il est nommé commandant de la place de Brest le 1er mai 1694, Vauban n’arrive pas en pays inconnu. Quelques années plus tôt, en 1688, il y est déjà venu en inspection, préconisant entre autres choses de bâtir une tour sur le rocher de Bertheaume et, proposant de fortifier les deux côtés de la presqu’île de Kermorvan, pour mettre à couvert la rade du Conquet d’une part, et la baie des Blancs-Sablons d’autre part. En partant Vauban avait confié l’exécution des travaux à l’ingénieur Niquet.

 

1757-58, construction des batteries, des forts et des redoutes (duc d’Aiguillon).

 

Au printemps de 1755, le duc d’Aiguillon, gouverneur de Bretagne, passe trois mois à inspecter le littoral pour mettre en place une réforme efficace de la garde-côtes. Puis le 23 mai 1756, il est au Conquet pour y préparer l’installation du régiment de Brie dont une compagnie de grenadiers est sur le point d’arriver. Pendant la guerre de Sept-Ans, 1756-1763, ont été construits ou rénovés :

Le magasin général du Cosquies

Les corps de garde de Sainte-Barbe, les Renards, Pors-Feunteun (le Bilou), Porsliogan

La batterie de Kermorvan

Les batteries de 15 et 13 aux Blancs-Sablons

Les redoutes des Blancs-Sablons.

 

La construction des forts au XIXe siècle

 

1840, Thiers, ministre des affaires étrangères de Louis-Philippe  prend la décision d’améliorer les défenses de Paris et des côtes de la Manche et de l’Atlantique en raison des  menaces de guerre avec l’Angleterre dues à une lutte d’influence entre les deux nations en Egypte et en Syrie. La construction effective des forts ne commencera qu'en 1846 et se prolongera une dizaine d'années.

 On sait (pour mémoire) qu’une des raisons de la construction de la ligne de tramway électrique Brest-Le Conquet en 1903 fut celle de « pouvoir amener rapidement troupes et matériels des casernes brestoises aux forts de la côte en cas de menaces ennemies.

 

Le fort de l'Ilet édifié sur le site des anciennes batteries Vauban et d'Aiguillon.
Accessible à marée basse.

(Consulter les heures de marée avant de s'y rendre)






 

 

1846-49, édification et mise en service du phare de Kermorvan (sujet déjà traité)

 

1898, Fachoda, menace de guerre anglo-française, travaux du Génie à Kermorvan, remise en état des chemins de ronde (déjà évoqué au début de cet article)

 


Carte d'Etat Major (détail)
1907



















 

1940-44, occupation allemande

Construction du mur de l’Atlantique, reddition de la garnison le 10 septembre 1944. (J’en reparlerai).

 

 

Dans les rochers
, près de la fontaine entre Pors-Pabu et le phare, la "piscine", petite retenue d'eau douce, construite par les soldats allemands, pour l'usage courant et la baignade.







 

1961, rattachement administratif de la presqu’île de Kermorvan au Conquet

 

 

1967, projet de construction de 500 maisons de vacances sur la presqu’île de Kermorvan par le groupe Schneider, en accord avec les propriétaires et le soutien de la municipalité conquétoise. Ceci devant être accompagné d’une route sur remblai à la place de la passerelle, avec mise en eau de toute la partie est de la ria sur 75 hectares, comprenant un bassin de plaisance à flot et des installations ludiques liées au nautisme.

 

A partir de 1978, acquisition progressive de la presqu’île de Kermorvan et des dunes des Blancs-Sablons par le Conservatoire du Littoral, pour les protéger des projets immobiliers ressurgissant régulièrement et arrêter la dégradation de la dune des Blancs-Sablons (camping sauvage, moto-cross)


Aujourd'hui la presqu'île de Kermorvan, totalement préservée, partagée entre la balade et l'agriculture, est l'un des sites du Finistère les plus fréquentés par les promeneurs et ceci en toutes saisons

 

                                                                                                                JPC 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 17:40

SAINT TUGDUAL :

 

Au temps de l’immigration bretonne insulaire vers le continent, VIe siècle.

 

(De nombreux ouvrages traitent des  raisons de la venue en Armorique d’émigrants bretons, dans les années 450-550. Voir par exemple La Bretagne des Saints et des Rois, Ve - Xe siècle, André Chédeville, Hubert. Editions d’Ouest-France 1984.)

 

Saint Tugdual est sans doute, l’un des saints les plus populaires, en Bretagne.

 

Né au Pays de Galles à la fin du Ve siècle, mais ayant beaucoup vécu en Irlande, fils de Pompée sœur du comte Riwal, il passe en Armorique, accompagné de sa mère, de sa sœur sainte Sève et de 72 moines dont saint Ruellin, saint Guevroc (Guirec), saint Goneri, saint Leovan et saint Briac, sans doute tout son monastère, ceci vers l’an 525. La troupe aborde une petite plage de l’Isle du Conquet (presqu'île de Kermorvan),  qui se nomme depuis Porz Pabu.

 


A droite, statue (XVIIIe)  de Saint-Tugdual dans l'église de Trébabu.











    
                                                                           
Ci-dessous, bannière de procession, église de Trébabu
                                                                                                                                                                                            
Relation de la traversée selon Albert Le Grand :

 

Tugdual et ses compagnons fuyant l’île de Bretagne, se rendirent au havre prochain et y trouvèrent un vaisseau équipé de tout ce qui luy estoit requis, et, dedans, y  avoit de jeunes gens de bonne façon, l’un desquels qui sembloit estre le maistre et capitaine des autres, salüant le saint lui dit : « Dieu vous garde, homme de Dieu, et toute vostre compagnie ; montez à la bonne heure dans ce vaisseau ; sinon que nous vous attendions, il y a longtemps que nous serions portez en la Bretagne Armorique. » Les saints entrèrent dedans, et, les ancres levées, on mit les voiles au vent, qui fut si favorable que, le lendemain, à trois heures après midy, ils furent rendus sains et saufs à la côte de Léon, et mirent pied à terre, en l’isle de Ker-Morvan devant Le Conquest, en la paroisse de Plou-Moguer, et, aussi-tost, le vaisseau qui les avoit portés disparut, avec tout son attirail et équipage, si soudainement qu’ils ne s’en purent apercevoir : ce qui leur fit connoistre que c’estoit une faveur spéciale de Dieu, qui les avoit miraculeusement passez à travers l’océan, dont ils rendirent grâce à sa divine Majesté .


 






















L'église de Trébabu, reconstruite en 1757-58, état actuel.

Tugdual installe alors une partie de ses moines dans une vallée proche : Trébabu, (Lan Pabu in Plebe Macoer), puis part à ses aventures qui feront de lui le fondateur de l’évêché de Tréguier et  l’un des "Sept Saints de Bretagne". La région était alors gouvernée par son cousin Deroch, fils de Riwal

Son surnom « pabu » signifie tout simplement « pab = père », appellation courante des chefs religieux à l’époque. Tugdual est donc à l’origine de Saint-Pabu, de Pabu près de Guingamp etc.  Tugdual serait mort à Tréguier vers 558. Une légende bretonne certifie qu’il a été pape à Rome, mais le Vatican n’en a pas trace.
                                            JPC

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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 19:34

   CHAPELLE ET PLACE SAINT-CHRISTOPHE

 

Personnage légendaire d’Asie Mineure, "Christophe" a été adopté comme « saint patron » par les voyageurs en général et les marins en particulier. De nombreux édifices religieux lui ont été dédiés, en particulier dans les ports.

 

Au Conquet on lui consacra, sans doute au XVe siècle, une chapelle sur la pointe la plus escarpée de l’aber. Sa haute flèche effilée servait d’amer aux navigateurs. Chapelle paroissiale, elle était ouverte au culte public (A l’inverse, la chapelle Sainte-Barbe et la chapelle de Poulconq étaient des oratoires privés).  Un desservant y célébrait les messes quotidiennes, où se pressaient les gens du port et de la ville, l’église paroissiale se trouvant éloignée de deux kilomètres au bourg de Lochrist, rassemblait les fidèles surtout le dimanche.

 

              Dessin un peu fantaisiste, mais rendant compte de la "flèche effilée de la chapelle 

Epoque révolutionnaire, restriction à l'exercice du culte...
(Extraits de « La période révolutionnaire au Conquet, et de Monuments religieux au Conquet JPC, inédits).

 

A partir de la mi-juillet, l'arrêté du 2 juillet 1791 relatif à la clôture des églises et chapelles autres que les églises paroissiales, et à l'arrestation des prêtres non conformistes ou réfractaires, est en voie d'exécution.

17 juillet, une nouvelle circonscription de paroisses regroupe environ 3000 "âmes":

Le Conquet, Lochrist , Plougonvelin, Saint-Mathieu, Plougonvelin, et  Trébabu.                                                

Seule la chapelle St Christophe reste ouverte au culte, (on ne peut pourtant pas dire qu'elle soit au centre de la circonscription)... La messe prévue initialement le dimanche matin à 6h, sera peu après et, sur demande du curé Corre au bureau municipal, retardée à 6h30 ou 7h, "pour la commodité des habitants de Plougonvelin les plus éloignés" !... C'est l'abbé Marc qui est chargé de célébrer les offices.

 

Troubles à Saint-Christophe. Le 29 septembre 1791, Le Gléau, prêtre assermenté dit la messe à Saint-Christophe quand soudain, au moment où il prépare le calice, un homme se lève de la foule des fidèles et crie: "ne touchez pas!" C'est Le Gall prêtre réfractaire qui interdit à son confrère la célébration de l'Eucharistie. Joignant le geste à la parole il monte à l'autel, Le Gléau qui sait l'hostilité de la communauté à son égard se retire, Le Gall achève l'office...

 Cet incident et sa suite : Corre, curé responsable de la circonscription de paroisse, demande simplement à la municipalité "d'écrire à Le Gall qu'il soit plus circonspect dans ses propos et qu'il ne dise pas la messe sans autorisation..

 

Durant toute la période révolutionnaire, la chapelle Saint-Christophe sert aussi de salle de réunion, de bureau de vote, de salle communale… En prairial An II, pour satisfaire aux lois de la République, elle est déclarée « Temple de la Raison ». Toutes les statues et mobiliers rappelant la religion catholique, lui sont ôtés.


 

           Lever de côte de Beautemps-Beaupré, alignement de l'entrée du port du Conquet. 1816.

Vers le milieu du XIXe siècle, il semble que la chapelle ne soit ouverte, qu’à l’occasion de cérémonies particulières ou de fêtes.

                                                                                              Lithographie de Côme (1834)

Le 27 juillet 1846, à 9 heures du matin, le bedeau qui prépare une cérémonie commet une imprudence. Un cierge en tombant provoque un incendie qui détruit deux paires de rideaux  en coton rouge croisé, avec boutons dorés, une nappe d’autel avec sa garniture, un voile garni de dentelles, la niche des bouquets de fausses fleurs, et endommage l’autel lui-même.

Cet incident est en vérité bénin, mais les autorités s’inquiètent pour le bâtiment.  On lit dans le compte-rendu d’une séance du conseil municipal du 11 avril 1847, Jean Marie Le Guerrannic étant maire : « le conseil considérant que le clocher de la chapelle Saint-Christophe menace ruine depuis longtemps et qu’il est dangereux pour les fidèles de laisser subsister les choses en cet état, considérant en outre que les murs côtiers sont en mauvais état et qu’une voûte creusée par la violence des flots existe sous le bâtiment, ce qui peut occasionner un prochain éboulement déclare à l’unanimité, autoriser monsieur le maire à appeler dans le plus bref délai possible, monsieur l’architecte de l’arrondissement pour donner son avis sur l’état entier de cette chapelle. »

L’architecte apporte comme réponse, que le clocher menace de s’effondrer sur la chapelle, au moment où on s’y attend le moins. Le préfet du Finistère publie un arrêté le 18 avril 1847, interdit le culte dans la chapelle Saint-Christophe.

Un plan intérieur est dressé à cette occasion, il y est noté que la chapelle peut accueillir 457 personnes sur une surface au sol de 152 m2.

 

J’en reparlerai, mais il faut mentionner que l’église paroissiale à Lochrist, n’est pas en meilleur état, elle menace ruine.

 

En 1850, le clocher de la chapelle est tombé. Des réparations pour une valeur de 500 francs sont faites à Saint-Christophe, mais cinq ans plus tard, un document municipal avoue que les travaux n’ont servi à rien. Cette année-là, 1855, est votée la construction d’une église neuve en ville du Conquet.




Le bulletin diocésain de 1907 précise que
l’église Saint-Christophe a été démolie en 1857. On sait que la première pierre de l’église neuve a été posée le 29 janvier 1856, et qu’elle a été consacrée le 25 avril 1858. S’il y avait des pierres réutilisables, issues de la démolition de Saint-Christophe, elles ont été incluses dans les travaux de l’église Sainte-Croix







Dessin (détail) d'Ernest Le Guerrannic vers 1850, la chapelle a perdu son clocher


Un vide d’une dizaine d’années. Débarrassé des déblais de la chapelle, l’espace est devenu la place Saint-Christophe, vide de tout édifice, réputé propriété communale, jusqu’au moment où :

 

Le 17 septembre 1865, l'empereur Napoléon III signe à Compiègne le décret reconnaissant comme établissement d'utilité publique, l'oeuvre fondée à Paris sous le nom de:

              

Société centrale de sauvetage des naufragés

 

Les débuts difficiles de la station de sauvetage du Conquet

(Extrait d’un ouvrage sur la station de sauvetage du Conquet, que j’ai rédigé au fil du temps, mais resté inédit. JPC).

 

Partout, pouvoirs publics, municipalités et personnes privées apportent leur aide désintéressée à l'implantation d'abris et à l'installation de canots, partout sauf au Conquet où l'affaire se présente mal.

L'ingénieur général des Ponts et Chaussées chargé par son administration de trouver dans le département les terrains convenables à l'installation de cabanes-abris pour canots de sauvetage, déclare qu'au Conquet l'endroit le plus propice à cet effet est : «   un petit plateau situé à la pointe Saint-Christophe, entre le chemin de ronde qui contourne le port et la falaise qui borde le rivage, terrain sans propriétaire connu, réputé inutilisable et donc sans valeur marchande… »  D'un point de vue pratique, pire aurait été impossible à trouver!


 

 Mais ce n'est pas cela qui provoque la colère des élus. Le conseil municipal, par la voix de son maire réagit sur l'appartenance du terrain: "Cet espace a de tout temps appartenu à la commune du Conquet, si on le lui enlève, il faut payer un dédommagement"

 

La situation en dépit des interventions du préfet reste bloquée de longs mois. Enfin un compromis est signé en août 1866 : il stipule que la commune reste propriétaire du terrain dont elle rentrera en jouissance, le jour où cessera la destination spéciale "Poste de Sauvetage".

Pour l'occupation du terrain la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés paiera par an 5 francs, dont quarante annuités d'avance. Le conflit se termine dès le versement des deux cents francs.

 

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En bref :

-Le premier canot de sauvetage du Conquet, inauguré en 1867, est resté dans l’abri de la place Saint-Christophe jusqu’en 1890, date où il a été transféré dans un nouvel abri à l’enracinement de la digue Saint-Christophe. (J’en reparlerai)

-En 1890, les Ponts et Chaussées ont aussitôt occupé le bâtiment laissé vide. Plus tard, ils l’ont partagé avec le bureau du port et un local pour la Douane. Puis la coopérative des pêcheurs s’y est

installée.

-En 1999, le bâtiment était inoccupé, la municipalité a alors envisagé d’y transférer le musée du Conquet, fermé lors des travaux de Beauséjour. Le loyer demandé par les Ponts et Chaussées était exorbitant, le projet est resté sans suite.

 

-Le Comptoir Maritime a repris le bail depuis.

 

A noter pour la petite histoire, que le maire du Conquet, au début des années 1960 a cherché à faire détruire le bâtiment, pour disait-il, dresser sur la place un calvaire de style breton.



 
            Sans doute un jour de "Fête-Dieu" à une date non précisée



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