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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 17:43

Dans l’histoire des défenses côtières des Blancs-Sablons et de la presqu’île de Kermorvan

L’Ilet, l’Islet ou Ilette, ou Islette

 

Référence cadastrale actuelle : ILETTE : N° 000 H 549, 3 303 m², commune du Conquet depuis 1961, auparavant dépendait de la paroisse, puis de la commune de Ploumoguer.

 Ilette-Kermorvan-vue-generale-1.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Vue générale de l’Ilet à basse-mer (morte-eau), octobre 2010, la langue de blocs

de pierre découvrant à marée basse s'appelait autrefois "la Tranche"

 

De quand datent les « fortifications » de l’Ilet ?

 

Les chroniques disent qu’en 1207 les partisans de Jean Sans Terre, roi d’Angleterre,  construisirent près du Conquet un fort château, firent de la ville et du port une forteresse et y laissèrent garnison (Ogée, Dictionnaire). Pierre de Dreux, duc de Bretagne a délogé les Anglais du Conquet et par précaution a fait raser forteresse et château. Ce château, sans doute une motte de terre surmontée d’une tour en bois était-il bâti sur l’Ilet, j’en doute.

Durant les siècles suivants, l’isle du Conquest (presqu’île de Kermorvan) est fréquemment occupée par des troupes, et même fortifiée en 1595 et de 1614 à 1627, (j'y reviendrai), sans qu’il soit question de l’Ilet.

 

Carte de Jérôme Bachot 1624 ingénieur ordinaire du roi (Louis XIII) en Bretagne. La presqu’île de Kermorvan est nommée Isle du Conquest, l’îlot n’a pas de nom particulier sinon qu’il se termine par la « pointe du Vieux Château ». (détail).

 BACHOT-ILET-DETAIL.jpg

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 De même sur la carte de Jan Béchec en 1628 (détail).

 Lisle-bechec-1628.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    

Et aussi sur cette autre carte de Jan  Béchec (détail). 

 

Presquile.jpg 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vauban entre en scène :

Le 1er mai 1694, Vauban est nommé par Louis XIV commandant de la place de Brest, il se fait aussitôt présenter par l’ingénieur Mollart, le tableau des batteries faites et à faire autour de Brest, pour lesquelles il a laissé des instructions en 1688-89, lors d’un précédent séjour.

Sur l’Islette, il y a un parapet d’artillerie percé de 6 embrasures, mais qui n’abrite que 4 canons. Il est prévu d’en faire un autre à 8 embrasures pour 6 canons, et 2 mortiers.

 

Puis vient le duc d'Aiguillon :

Le danger anglais s’étant éloigné, les batteries sont désarmées, elles seront à nouveau activées (et faites refaites pour certaines) lors de la guerre de Sept-Ans (1756-1763), sous l’impulsion du duc d’Aiguillon, gouverneur de Bretagne.

 

Un état de 1757-58, (fond Langeron), dénombre pour l’Islet de Kermorvan, deux canons de 12, un de 18, un de 24, deux de 36 et un mortier. Le personnel d’armement de la batterie  (existant ou prévu) se compose d’un lieutenant, d’un maître-canonnier, de deux aides-canonniers, de trois personnes dites « gens du port », d’un capitaine garde-côtes, et de 40 canonniers gardes-côtes. C’est probablement à cette époque qu’ont été construits ou restaurés, un corps de garde à l’entrée au sud de l’îlot, une poudrière, une guérite, un four à rougir les boulets, une guérite,  une plateforme pour mortier et deux terrasses d’artillerie

 

ilet-plan-cg.jpg

 

 

 

 

ilet-plan-fourbeau-guerite.jpg

 

 

 

 

 

 Le corps de garde de 1757, la guérite, le fourneau

à rougir les boulets, à réverbère et à trois rainures.

Le corps de garde se trouvait à l'emplacement actuel

du fort d'entrée de l'Ilet.

 

 

 

La guerre prend fin en 1763, le traité de paix sera catastrophique pour la France et il entraînera la disparition de la flottille de barques de commerce conquétoise.  ilet-lermorvan020.jpg

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Photo ci-dessus (oct 2010) : en haut la guérite en ruine, à sa droite la plateforme pour le mortier. Sur la terrasse d'artillerie (haute), en contrebas de la guérite, l'emplacement approximatif du four à rougir les boulets.

 

Guerre des Insurgents, indépendance des Etats-Unis d'Amérique du Nord

La paix précaire avec l’Angleterre sera de courte durée puisqu’en 1778, les deux nations sont à nouveau en guerre à propos de l’Indépendance des Etats-Unis d’Amérique. Les défenses côtières sont remises en état. Une inspection  à la batterie de l’islet de Kermorvan y trouve deux canons de 22, un canon de 12 et un mortier en état, deux canons de 36 et un canon de 12 bons pour le rebut.

 

1783, la guerre se termine, l’ennemi n’a pas attaqué les abords de Brest, mais dix ans plus tard, la Révolution française attire à nouveau sur nos côtes la menace anglaise.

 

Epoque révolutionnaire, la République

 

1791, inspection menée par des commissaires envoyés par le directoire exécutif à Brest.

N°7, Isle de Kermorvan. Le corps de garde est en bon état, un mortier de 12 monté, deux canons de 22 sur affûts de côte. Un canon à terre, 41 gargousses en papier, 30 bombes (pour le mortier), 40 boulets, deux barils de poudre de 200 livres chacun.

 

1793, 2 avril, guerre avec l’Angleterre, procès-verbal des commissaires nommés pour la vérification des forts et batteries de la côte depuis Toulbroc’h jusqu’à et non compris l’Aber-Ildut.  l’Ilette : le mortier a besoin d’être rebattu, les bouches sont sa plupart sans oreilles et par conséquent inutiles. Il y a deux canons montés qui sont de calibre différents mais si évasés qu’on ne peut les reconnaître facilement, ce qui est très dangereux. Un des canons ne vaut rien et un autre resté à terre est mauvais. Cette batterie pourrait contenir quatre canons, nous les croyons très utiles. Nombre d’hommes prévus : cinquante. (Au mois de juin il en manque encore seize, au mois d’août, il n’y a plus sur la batterie qu’un gardien et un instructeur, pas de canonnier)

 

Au XIXe.  Vers 1840, sous Louis-Philippe 1er, roi des Français, la politique belliqueuse de son ministre Adolphe Thiers à l'égard des Anglais nous fait craindre une nouvelle guerre avec nos voisins d'outre Manche. De gros travaux de fortifications concernent Paris, mais aussi un vaste plan de défense côtière est mis à l'étude. A partir de 1846, des forts ou fortins, nommés aussi redoutes ou réduits commencent à garnir le littoral français. La-presqu-ile-et-le-phare-de-Kermorvan_-20---Copie.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le fort de l'Ilet vers 1900, (détail de carte postale) on repère très bien la guérite (intacte) sur la hauteur et les galeries de fusillade de part et d'autre du fort.

 

Atlas des bâtiments militaires 1854 :

Batterie de l’Ilet :  réduit. Construit en 1847 dans la batterie de 1757, caserne d’artillerie, et logement du gardien. Prévu pour 1 officier et 20 hommes, magasin à poudre de 4 400 kg, en bon état.

 

Un autre document nous indique que le fort de l'Ilet est un modèle 1846, type N°2, prévu pour 40 hommes et armé de huit canons, qu'il a été érigé en 1849, déclassé en 1876, déclassement validé en 1889.

Une note silet-Kermorvan-fortin-ext.jpgur un plan précise qu'il a été remis au T.P (?) le 26/10/1898.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ci-dessus, le fort, état actuel, octobre 2010, vu du passage de basse-mer, ci-dessous, vue du fort à l'intérieur de l'enceinte. 

ilet-kermorvan-fort-int-1847.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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ilet-Kermorvan-porte.jpg

 

Le fronton de l'entrée porte la date de 1847. Comme au moyen-âge la porte était protégée par un fossé avec pont-levis, on voit très bien les réas des câbles de contrepoids. Dans le passage il y avait une herse surmontée d'un "assommoir", découpe horizontale dans le plafond qui permettait depuis la terrasse, de faire tomber des pierres sur un assaillant engagé dans le corridor!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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ilet-Kermorvan-guerite.jpg--

Les ruines de la guérite

sur le haut du rocher.

Une vue magnifique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ilet-kermorvan-plt-mortier.jpg

 

 La plateforme du mortier.

Sorte de canon en forme de marmite, permettant de lancer des bombes en tir courbe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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kermorvan-ilet-29-OCT010.jpg

 

 La terrasse d'artillerie

basse, ses canons protégeaient la baie des Blancs-Sablons.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fin provisoire du sujet.

 

ATTENTION A NE PAS SE LAISSER SURPRENDRE SUR L'ÎLOT PAR LA MAREE MONTANTE!

 

                                               jpc: octobre 2010.

 

 

 

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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 18:17

MONUMENTS HISTORIQUES LE CONQUET

 

Dans le compte-rendu du Conseil Municipal du 5 octobre, joint à la « Feuille Info » du 14 octobre 2010, monsieur Marcel Quellec, adjoint à la culture, la communication et le patrimoine,  informe que la demande d’inscription aux monuments historiques des vitraux de Robert Micheau-Vernez (église du Conquet), sera présentée à la DRAC courant octobre.

 

Voilà qui est une excellente nouvelle pour notre patrimoine.

 

Ce que je ne savais pas, mais peut-être étais-je le seul? C’est que l’église Sainte-Croix est déjà riche de monuments historiques classés (outre le vitrail de la Passion, inscrit au titre du mobilier le 22 avril 1938)

 

Il s’agit

-Du tombeau de Dom Michel Le Nobletz qui l’a été le 10 novembre 1906. (Document de référence du 24 novembre 1906)

-Des statues du portail en 1914 :

 

 Document :

Ministère de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts

Sous-secrétariat d’Etat des Beaux-Arts

Division des Services d’Architecture

Monuments Historiques

Antiquités et objets d’art

 

FINISTERE

CONQUET (Le)

EGLISE

                                                       ARRÊTE

 

Le Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts

Vu la loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques

Vu la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat

Vu la loi du 13 janvier 1912

 

Sur la proposition du Sous-Secrétaire d’Etat des Beaux-Arts

La commission des Monuments historiques entendue,

Arrête :

Article 1er – Les objets mobiliers ou immeubles par destination ci-après désignés sont classés parmi les monuments historiques :

 

-Saint Jean, statuette, pierre, XVe siècle

-Ecce Homo, statuette, pierre, XVe siècle

-Vierge Mère, statuette, pierre XVe siècle

 

Article 2 – Le présent arrêté sera notifié au Préfet et au Maire, qui seront responsables, chacun en ce qui le concerne, de son exécution.

 

                                     Paris, le 4 décembre 1914

 

                     Pour le Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts et par délégation

                                      Le Sous-Secrétaire d’Etat et des Beaux-Arts

                                                    Signé Albert Dalimier

 

 

 

On peut facilement admettre qu’en décembre 1914, la municipalité avait d’autres soucis que de faire la publicité de ce classement et qu’il soit tombé dans l’oubli.

 

Pour mémoire voici les trois « statuettes en question », j'en ai déjà parlé sur ce blog.

 

 001.JPG

 1/ Statue nommée ici "Vierge Mère", ailleurs Sainte-Marine, ailleurs Saint-Mathieu, en fait non identifiée, mais provenant de l'église de Lochrist.

 012.JPG

 2/ A droite, Ecce homo, ou Christ aux liens, ou Christ de pitié

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

013.JPG

 

3/  A gauche, "Jean sans tête"

Saint Jean Evangéliste.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

egl-st-jean-tete.jpg

 

 

 

            

 

Maintenant que la statue a recouvré sa qualité de monument historique classé, il serait bon que la tête volage reprenne sa place sur les épaules du "saint", dont elle n'est éloignée que de quelques centaines de mètres.

 

Je compte sur Marcel Quellec, adjoint à la culture, à la communication et au patrimointe pour oeuvrer dans ce sens.

 

                                                     JPC

 

 

                           

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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 10:04

LA MAISON AU CADRAN SOLAIRE

Le 12 février 1970, en plein centre du Conquet, une bâtisse ancienne tombait sous le coup des pelleteuses.

C’était la maison au cadran solaire.

 

maison-cadran-demol-12-2-1970.jpg
Travaux de démolition,
photo Louis Jestin, correspondant du "Télégramme".  Cliché légendé : Maison de tonton Joseph.








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LOCALISATION-MAISON-CADRAN.jpg
 

La rue Lieutenant Jourden (ex Grand-Rue) aujourd'hui (2010).
La ligne A-B au sol représente l'emplacement de la maison au cadran.
En février 1970, l'actuel magasin de vêtements était une crêperie.



















Dans le passé de la maison au cadran

Au cadastre de 1841 elle figure sous le numéro 249, appartenant à madame veuve Arnoult, demeurant à Pont-L’abbé. Cette personne possède à cette époque  beaucoup de terres et maisons sur la commune du Conquet.



cadastre-centre-ville-conquet.jpg


 














Ci-dessous, sur le dessin de Louis Le Guennec d’après Lesage (1848), elle viendrait en continuation de celle sur le bord droit du croquis. Il ne nous est donc pas possible de savoir si elle possédait en façade, à cette époque,  un cadran solaire rectangulaire.



pl-du-marche-lg.jpg


 








X









Nombreuses représentations au début du XXe siècle

Cartes postales début 1900. Depuis 1841, le bâti donnant sur la Grand-Rue, entre les parcelles 247 et 251 a subi des modifications aux extrémités, mais la maison au cadran qui datait sans doute des XVII-XVIIIe siècle a gardé ses volumes d’origine.Le-bourg_-27---Copie.jpg








 



















Le cadran solaire était un rectangle gravé et peint sur le crépi du mur, marqué de lignes obliques figurant les heures du jour. L'ombre du bâton métallique projetée sur la surface claire permettait une lecture approchée de l'heure solaire.

Observons depuis la place du Marché,  l’extrémité de la Grand-Rue, côté gauche en allant vers Brest.
A l’angle du Casse-Cou, (rampe Lombard), la boucherie Floch, (encadrement sombre) qui fait aussi café et hôtel, avec écurie et remise. On lit sur le panonceau à hauteur du premier étage : « A la Descente des Voyageurs », « On sert à manger à toute heure », « Prix très modérés ».


Dans l’angle droit en bas de la carte postale, on identifie un bric-à-brac d’objets « en devanture de l’épicerie mitoyenne qui fait débit de boissons à emporter, vend œufs, beurre...  Le panneau vertical vante la « Crème Eclipse »

 
boucherie alim


La carte postale suivante,  jour de marché, une belle étude de costumes à faire. Devant l’épicerie, deux élégantes en robes blanches, châles noirs et cheveux savamment coiffés. Les gamins sont en sabots. Plus loin, toujours à gauche de la Grand-Rue, surmontant la tente dressée au-dessus d’un étal, on distingue sur le mur blanc, le cadran solaire gradué et son bâton métallique.  Un gros tas de fagots encombre la rue devant la maison suivante qui est une boulangerie.

 

ELD-0018

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EP--0006
 Ci-dessus, sur cette carte postale de qualité médiocre, on distingue la porte de l'épicerie, très encombrée. J'ai localisé le cadran par une petite étiquette.



gd rue avec balai

Autre carte postale, ci-dessus, la rue est dégagée, un homme nettoie le caniveau. A gauche on identifie bien l’alimentation, on lit sur le panneau mural qu’elle fait aussi charcuterie, puis la maison au cadran, puis la boulangerie et une enfin une très grande maison de facture plus récente. Plus loin, de l’autre côté de la place, l’hôtel de Bretagne.


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gd rue procession 



















Ci-dessus, procession de la Fête-Dieu, les façades sont tendues de draps blancs, ici on distingue bien en haut à gauche, le cadran solaire et son bâton. On remarque un défaut d'entretien certain, un gros morceau de crépi est tombé.

grand-rue-degagee.JPG

Autre vue de la grand-rue en enfilade. La charrette arrive devant la porte de la boulangerie. Première entrée sur la droite, une femme en robe noire et coiffe blanche debout et un personnage assis à une table. Sur certaines cartes on lit au-dessus de la porte sur une enseigne le mot "Hôtel" mais aussi le mot "Forge". Cette carte a été timbrée en 1907
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Le-bourg_-marche-est-ouest.jpg




















Ci-dessus, un mardi matin, une vue du marché d'Est en Ouest

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GD RUE EST OUEST 32




















Une autre vue du même bout de la Grand-Rue, un tas de gravats devant la maison au cadran semble indiquer qu'elle est en travaux. Devant l'épicerie, un faisceau d'havenaux pour la pêche à la crevette.

Pour terminer, ci-dessous, cette carte expédiée du Conquet le 4 mai 1926. Sur un panneau au-dessus de la porte de la maison au cadran, il me semble lire le mot "Café".

boucherie-alim-carte-bleue-boulang.jpg




















Je n'ai pas de photos ou de cartes postales représentant ce secteur du Conquet depuis 1930. Si vous en possédez ou si vous tenez des récits ou des souvenirs concernant ce quartier, merci de m'en faire part et je compléterai cet article.    JPC / janvier 2010.




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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 09:49

 LES CHAPELLES DU CONQUET - ND DE POULCONQ

 

La trève de Lochrist, paroisse de Plougonvelin abritait quelques chapelles publiques ou privées.

 

Chapelle de Poulconq : chapelle privée dédiée à Notre-Dame, dépendance du manoir des Le Veyer de Poulconq.

(En ce qui concerne la famille Le Veyer de Poulconq, lire les ouvrages de Yves Luzlac, Chroniques oubliées des manoirs bretons etc…)


Poul Conq : la zone marécageuse en bas du Conquet, en opposition à Gorre Conq, "montagne" du Conquet, le haut de la côte, actuellement place de Brest.


Reste des murs de la
chapelle de Poulconq
(Propriété privée)
(2009)















La chapelle n’était qu’un petit oratoire en bord de mer, d'accès peu aisé.  En 1647, frère Cyrille Le Pennec écrit :" la mer entre dedans aux grandes marées parce qu'on a laissé ruiner le quai qui l'environnait..."  On y découvre parfois des enfants abandonnés comme cette petite fille "trouvée le vingtième de janvier 1690 contre la chapelle de Poulconq, de laquelle on ignore le père et la mère", et baptisée "Marie" par le recteur à qui on l'a amenée

 

Epoque révolutionnaire : en 1791, tous les ecclésiastiques ne se sont pas encore soumis au serment de fidélité à la constitution du Royaume. Les prêtres sont divisés entre « assermentés, constitutionnels ou jureurs » et « réfractaires ». Ces derniers sont majoritaires dans l’ouest de la France.

 

Texte du serment de juillet 1790 : je jure de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution du royaume, décrétée à l’Assemblée Nationale, et acceptée par le roi, d’être fidèle à la Loi et au Roi, et de remplir avec zèle et impartialité les fonctions de mon office »

 

Devant l’agitation réfractaire, la Constituante autorise l’exercice du culte célébré par des prêtres réfractaires, mais seulement comme une pratique « tolérée ».

 

Le 26 mai 1791: Pierre Renaud, Jacques Tilly, Esprit Du Faur, Michel Helcun, Jean René Prat et quelques autres « révolutionnaires conquétois » présentent un placet à la municipalité dans lequel ils dénoncent Jacques Le Gall, ci-devant vicaire de Lochrist et Marc ci-devant vicaire du Conquet pour une assemblée suspecte qui s'est faite le 24 mai en la chapelle de Poulconq. Le Gall convoqué devant le maire explique qu'il ne s'agissait pas d'autre chose que d'une messe qu'il y célébrait, à la demande d'un particulier comme l'autorise la loi.

 

Après la fuite du roi Louis XVI dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, la restriction de l’exercice du culte s’amplifie. Début juillet, les prêtres qui ont refusé le serment ont trois jours pour se rendre à Brest en état d’arrestation.

Margueritte Du Bosq, agissant pour le ci-devant seigneur de Poulconq, est invitée à fermer la chapelle de Poulconq.

Margueritte Du Bosq (ou Dubosq), veuve de Laurent Créac’h, bourgeoise aisée, intervenant dans les affaires religieuses, dans les procès, dans des partages fonciers, est semble-t-il une « figure du Conquet » à la fin du XVIIIe siècle.

 

L'inventaire de la chapelle fait le 17 janvier 1793 recense: 12 bouts de cierges, une nappe d'autel, deux aubes, un tapis d'autel, une chasuble avec étole et manipule blanche, une autre rouge, une autre noire, une autre violette et blanche, 5 devants d'autel de différentes couleurs, 7 nappes d'autel, quatre amicts, un cordon, quelques essuie-mains, du petit linge de calice, et deux cloches descendues depuis décembre 1792.

La citoyenne Du Bosq qui détient les clés est alors interrogée le maire François Monté et l'Agent National César François Mazé-Launay*, sur la disparition d'un calice. Elle répond l'avoir fait amener à Quimper par la citoyenne Carquet.


*(Article en préparation : la famille Mazé-Launay et Le Conquet)
 

Contestation de propriété

 

3 floréal an III (mars 1795) : la municipalité déclare que le bâtiment lui appartient, ayant toujours été considéré comme un bien public. "La chapelle est absolument dans la grève, au point qu'on ne peut la fréquenter que dans la morte-eau. Cette chapelle n'a toujours été entretenue que par les âmes pieuses de la commune, nous ignorons son origine et ne connaissons pas la personne qui prétend aujourd'hui s'en emparer, en s'en disant propriétaire".

 

La citoyenne Du Bosq qui détient les clés est alors interrogée le maire François Monté et l'Agent National César François Mazé-Launay, sur la disparition d'un calice. Elle répond l'avoir fait amener à Quimper par la citoyenne Carquet.

 
Bâtiment agricole ou dépendance

En 1818, le bail de la ferme de Poulconq est consenti par monsieur le comte d’Augier à Pierre Podeur pour 360 francs. La chapelle à l’époque a perdu sa fonction religieuse.
 

Au cadastre de 1841, elle est qualifiée de masure N°589, avec le terrain en bord de mer, Parc ar Chapel N° 588, elle appartient à madame veuve Arnoult à Pont-Labbé. Le manoir N° 590 est toujours à monsieur d'Augier à Paris


Potager

Après la perte de son toit, et de la partie haute de ses murs, la nef de la chapelle est devenue un petit jardin bien abrité, clos de murs.

 


L'accès public à la grève (2009)












L’accès à la grève :

Après de longs démêlés avec l’administration, les gestionnaires de l’usine Tissier obtiennent en 1875, moyennant finances, l’autorisation de barrer l’anse de Poulconq par un mur et de la combler. A condition entre-autres, de laisser un passage public de la route de Brest à la grève, et de ménager à l'extrémité, un accès en pente douce, accessible aux charrettes fréquentant le port du Conquet.

                                                                                     JPC, novembre 2009

 

 

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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 09:37

« TOUL AL LOGOT »

Trou des souris





JOURNEES DU PATRIMOINE

19 ET 20 SEPTEMBRE 2009

 

Dans le cadre des journées du patrimoine, des bénévoles de l’association PHASE (Plougonvelin, Histoire et Avenir, Souvenir et Ecoute) ont été à la disposition des visiteurs sur le site de l’ancienne batterie de Toul al Logot, pour leur donner toutes les explications nécessaires à la compréhension de cet élément de défense côtière.

Le site de Toul al Logot, traversé par le GR34 est accessible toute l'année. Les promeneurs qui circulent sur le sentier côtier, trouveront des panneaux explicatifs de l'historique de la batterie et des travaux en cours. Pour des raisons evidentes de sécurité, il est impératif de ne pas franchir les barrières délimitant le chantier de fouilles.  
 

 

 



 
Pour se rendre à Toul al Logot, à partir de la route de Brest, rejoindre le parking de la stèle FFI au Cosquer, puis continuer à pied par le GR34 en direction de Porsmilin.
































Rappels historiques :

 

Située sur une pointe rocheuse entre les plages de Porsmilin et de Pors Ki, cette batterie armée de quatre canons,  si elle n’a pas été, semble-t-il, édifiée par Vauban a très certainement fait l’objet d’un réaménagement et d’un complément d’équipement dans les années 1680-1690, à l’instigation du maréchal, chargé par Louis XIV d’assurer la défense du port de Brest, contre de sérieuses menaces anglaises.

 

En appui du fort de Bertheaume, la batterie de Toul al Logot empêchait tout mouillage de flotte ennemie dans la baie et tout débarquement de troupes sur la plage du Trez-Hir qui était en outre battue par la batterie des Longs-Sablons et par deux batteries de flanquement Nord (le belvédère) et sud (Saint-Yves).

 



Extrait d'un plan du XIXe, en "a" le corps de garde, en "b" une guérite ronde, en "c" le four à rougir les boulets, en "d" la poudrière, en "e" une guérite de veille, en "g" la carrière, en "f" la plateforme de tir avec les emplacements de quatre canons."







Comme la plupart des batteries côtières rendues obsolètes par les progrès de l’artillerie, Toul al Logot a été remise aux domaines en 1857. Le corps de garde fut « maison d’habitation » jusqu’à la fin du XIXe siècle.


(Texte extrait d'un document de présentation écrit par les responsables de Phase)

 

Intervention de PHASE :

 

Dans le cadre de la commémoration en 2007, du tricentenaire de la mort de Vauban, les responsables de PHASE ont entrepris des recherches d’archives concernant Toul al Logot et ont commencé les premiers défrichages pour dégager l’esplanade de la batterie enfouie dans une végétation très dense, de prunelliers, ronces, fougères…

 

Première campagne :

 

Au mois de juin 2008, après avoir obtenu toutes les autorisations nécessaires, une équipe d’une douzaine de bénévoles a réalisé la première tranche de travaux de mise en valeur du site. Dégagement du parapet de tir, de la plateforme, du magasin à poudre, de la guérite de veille.  En dépit d’une recherche minutieuse, il n’a pas été possible de retrouver le moindre élément du four à rougir les boulets, pourtant localisé sur le plan. La campagne de fouille terminée et une fois la voûte de la poudrière bien étayée par les services municipaux de Plougonvelin, le chantier a été mis en sommeil en juillet 2008. Les « trouvailles », tessons de poteries, boutons d’uniformes, petit boulet etc… feront l’objet d’une prochaine exposition.

 

 

La plateforme et le parapet qui abritait quatre canons.











Fin des travaux été 2008

TOUL-LOGOT26-JUIN-08-001---Copie.jpg

La poudrière a été entièrement dégagée et fouillée.















Deuxième campagne



Etat février 2009 

Le pignon du corps de garde pris dans le lierre, l'épine noire et les ronces 




















Côté nord du GR34. Après un difficile défrichage en mars-avril dû à la densité des buissons d’épine noire, (spern du), entremêlés de ronces,  les mêmes bénévoles de PHASE, ont passé le mois de juin 2009 à exhumer les ruines de l’ancien corps de garde, pour en dégager le plan au sol.


Courant mars 2009
, le président de Phase et quelques bénévoles à l'ouvrage.












 



Comme l’année précédente, le chantier a été arrêté début juillet.



Eté 2009, fin des travaux de l'année :

Corps de garde, vue intérieure avec le foyer de la cheminée.

Le bâtiment sur deux étages, pouvait accueillir 15/20 canonniers.









005---Copie.jpg

Septembre 2009

 Ci-dessus : vue partielle du site, le pignon du corps de garde, la poudrière. Au fond le rocher de Bertheaume
.

Les pyramides au premier plan, qui étonnent les promeneurs, sont faites des cailloux, issus des déblaiements et bien rangés pour une éventuelle et future utilisation. 


 


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La poudrière septembre 2009.

















Troisième campagne

 

Pas encore planifiée, elle concernera sans doute en 2010, l’inventaire d’une petite carrière proche, d’où a été extraite une partie des pierres de construction des bâtiments de la batterie. En attendant il faut entretenir le site contre la reprise de la végétation.







 

Pour tout renseignement concernant PHASE, pour connaître ses travaux en cours, en archives ou de terrain,  pour adhérer à l’association, consulter son site   www.phase-iroise.fr

 

                                       JPC, bénévole de l’association PHASE 

Un autre but de promenade dans le même esprit, la batterie de Lanildut, en bordure du GR34 qui mène vers Melon, réhabilitée en 2000-2004 par l'association Aber-Ildut Loisirs et Culture, elle a reçu en 2007 une réplique de canon côtier. Des canons de Marine du même genre, équipaient la batterie de Toul al Logot.

Le canon de la batterie de Lanildut.

                            
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7 août 2009 5 07 /08 /août /2009 18:40

LA POINTE SAINTE-BARBE

Autour de la Pointe Sainte-Barbe.

 

A l’extrémité ouest du domaine de La Rochedurant, famille Mol, se dressait une petite chapelle privée dépendant du manoir, qui lui, se trouvait près de la pointe Saint-Christophe, lieu-dit Trémichel.

Cet édifice avait été dédié à sainte Barbe, comme la chapelle de la pointe à Roscoff, sans doute parce que la martyre chrétienne était censée protéger les habitants riverains de la mer des incursions ennemies.

 

Ci-dessous : la carte de Jérôme Bachot de 1624, mentionne bien chapelle Ste-Barbe et pointe Ste-Barbe.


Bachot---Copie.jpg

















Batterie et corps de garde

 

J’ai déjà eu l’occasion par ailleurs de mentionner la batterie de la pointe Sainte-Barbe, établie au cours du XVIIe siècle, réaménagée par Vauban à la fin de ce même siècle et rénovée au milieu du XVIIIe par le duc d’Aiguillon, gouverneur de Bretagne. J’en reparlerai à propos des garnisons au Conquet sous la Révolution et l’Empire.

Les batteries côtières de ce type ont été désarmées en 1823, puis l’inspection militaire les a déclassées en 1857, avant de les remettre aux Domaines qui les ont plus tard mises en vente.

 

L’hôtel Sainte-Barbe

 

 Le tourisme estival et le goût des bains de mer commencent  à séduire une population aisée qui cherche à la fin du XIXe siècle à résider  en villégiature sur les côtes.

 

Au Conquet c’est un nommé Guillaume Quiniou de Brest, qui fait l’acquisition du corps de garde Sainte-Barbe en 1891, pour y ouvrir un hôtel-restaurant, tout en sollicitant en avril 1892, l’autorisation d’établir des cabines de bain sur la plage de Portez.

Pour faciliter l’accès à son établissement, il demande à la municipalité l’amélioration du chemin qui conduit de la place du Marché à la pointe Sainte-Barbe. Le maire Hippolyte Levasseur accepte l’idée mais à condition que les propriétaires riverains partagent les frais des travaux. Le ton monte entre l’ancien magasinier de la Marine et le maire. En février 1893, Levasseur se plaint au procureur de la République en se disant « outragé par le sieur Quiniou, qui est venu depuis peu ouvrir une espèce de café-restaurant à la pointe Sainte-Barbe, a fait une mauvaise spéculation, s’en est aigri, et s’en prend à tout le monde. »

Il faut préciser que sous prétexte d’éviter des accidents, le maire venait de prendre un arrêté interdisant sur le chemin vicinal N°2, la circulation des voitures suspendues. L’accès à l’hôtel ne pouvait donc se faire pour les clients qu’à pied !




 
















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HOTEL SAINTE-BARBE

A l’entrée du port du Conquet

LE SEUL HOTEL SUR LA PLAGE

TH. QUINIOU, propriétaire

Splendide panorama sur l’océan, vue sur les îles Molène, Béniguet, Ouessant et les phares des Pierres-Noires, de Kermorvan, d’Ouessant etc…

ETABLISSEMENT POUR BAINS DE MER

Cabines sur la grève et dans la propriété

TABLE D’HOTE A MIDI ET A SIX HEURES DU SOIR

Déjeuner 2 FR – Dîner 2 FR 50

CONSOMMATIONS DE CHOIX

REPAS DE NOCES ET DE SOCIETE

ECURIES ET REMISES

Routes neuves de 6 et 7 mètres de largeur conduisant à l’entrée de l’établissement

 

 

En 1898, Louis Besson, déjà propriétaire de l’hôtel de Bretagne, prend la suite de Quiniou. Le 17 février 1899, il étend son bien à un vague communal près de l’hôtel, que lui cède la mairie.

(Je publierai prochainement, Louis Besson et les morts mystérieuses de l’hôtel de Bretagne).




















Après le décès de la jeune veuve Paul Besson, née Marie Roué, l’hôtel Sainte-Barbe sera acquis je crois par un monsieur Tresneau.

 





















Des travaux d’agrandissement sont effectués après la guerre 14-18, puis dans les années 1970 et enfin 1990 nous a légué la verrue actuelle.



 ART-0119.jpg
 
            Agrandissement des années 1920, vu de la rue.



Vue depuis la corniche Sainte-Barbe















 Le hall

















Etat vers 1980-90
(photo JPC)
















Etat actuel, août 2009, bâtiment à l'abandon après un projet immobilier avorté. Photo JPC








L’ancien vivier, débarcadère de basse-mer.

 

Avant la construction d’un vivier en maçonnerie, l’accostage des petits bateaux était possible par beau temps, auprès du rocher nommé « la Pierre Glissante ». Mais faute d’un chemin praticable pour parvenir en haut de la pointe, les manutentions de marchandises ou les embarquements-débarquements de personnes étaient fort limités.


Sous la pointe Sainte-Barble deux petits sloups attendent sans doute le flot pour entrer dans le port. Derrière eux le rocher de la Pierre Glissante.













Vers 1865-70, les mareyeurs paimpolais ont édifié un vivier-bassin pour y stocker langoustes et homards pêchés localement, avant de les embarquer, pour la vente,  sur des sloups à destination généralement de Cherbourg.





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L'ancien vivier et sa rampe d'accès (vers 1920)














Le vivier très exposé aux vagues, a dû être souvent détérioré et les crustacés blessés ou dispersés. En 1875, il est mentionné « abandonné ». Délaissé par les pêcheurs, il est devenu pour de nombreuses décennies « débarcadère de basse-mer », prolongé par un petit quai qui permettait l’accostage de canots et relié au sommet de la pointe par un chemin d’accès d’une largeur d’environ deux mètres.

Jusqu’à la construction du quai Vauquois, on en distinguait encore quelques traces sous la cale de lancement du canot de sauvetage.

 

Accident de mer :

1922, dans le Courrier du Finistère du 14 janvier. Le sloup Notre Dame de Lourdes qui assure le service entre le continent et Quéménès quittait le port du Conquet le 3 janvier par un fort vent. Ne pouvant atteindre l’île, le sloup rebroussa chemin. Il allait rentrer au port quand une saute de vent le jeta sur les rochers de la Pierre Glissante où il se brisa. L’équipage composé des matelots Yves Marie Paugam et René Jaouen fut sauvé par le canot de sauvetage Lieutenant Pierre Géruzez, le patron Eugène Floc’h avait pu regagner seul la terre ferme.

Bateau perdu plus 1 500 Francs de marchandises.

 

Inscription Maritime Le Conquet : Notre Dame de Lourdes : 4,74 tonneaux, 8 ans, bornage, équipage 2, du Conquet sur Quéménès avec des vivres, naufrage le 3 janvier à la pointe Sainte-Barbe, par tempête de noroît, a été désemparé de sa grand-voile, navire perdu équipage sauf.

 

  

 

La première digue Sainte-Barbe

 

Aussi loin qu’on remonte dans l’histoire marititime du Conquet, la question de la protection de la rade est évoquée, mais n’aboutit jamais. Un premier pas a été franchi avec l’édification du môle Saint-Christophe en 1873-76, mais en dépit de projets pharaoniques envisagés surtout dans la première moitié du XIXe siècle, la rade du Conquet au début du XXe, reste toujours ouverte aux vents et aux vagues.

Le journaliste Charles Léger publie dans « La Dépêche » du 18 avril 1921 - sous le titre :

- Le Port du Conquet

- Un problème dont la solution se fait attendre

-Deux siècles de discussions stériles  -

Un rappel des projets et contre-projets qui ne se sont jamais concrétisés et fait le point sur une avancée notable récente.

« Le ministère des Travaux Publics a pris en considération la construction d’un môle partant de la pointe Sainte-Barbe et se dirigeant vers le nord-ouest, qui nécessiterait une dépense de 180 000F environ. Le conseil municipal, par délibération du 14 juillet 1920 a voté une contribution de 45 000F. Par suite le conseil général du Finistère a voté une subvention de 45 000F pour l’exécution du projet dont le service départemental d’Ouessant sera le premier à tirer profit. L’Etat doit couvrir le reste des frais.

Ainsi donc, pour le plus grand bien du Conquet, voici des travaux d’amélioration qui pourront, semble-t-il, être entrepris très prochainement ! Oui mais, il faut encore compter sur ceux que cela ne satisfait point…car la race n’en est point éteinte !!! Toute la question est là, la Pierre Glissante sera-t-elle en-dedans ou au-dehors du môle ? Depuis plus de six mois on s’efforce vainement de s’entendre, au grand dam des intéressés. »

 

Les travaux finalement ne débuteront qu’en 1923, en 1925 ils n’ont pas beaucoup avancé, ils s’achèveront en 1926. A cette époque la flottille de pêche du Conquet se compose de 75 bateaux pour un total de 470 tonneaux.


Le môle Sainte-Barbe en cours de construction

 












_


Les travaux n'avancent pas vite, photo prise le 29 août 1925. Quelques barres et piquets de fer émergent à marée haute.
Au fond on distingue bien la villa de Toul al Louarn









Accident de mer : 1926, naufrage de la Sonde le 2 juin. Trois bâtiments de l'Etat faisant de l'hydrographie mouillent sur rade du Conquet, vers trois heures du matin les vents tournent au noroit en tempête, le vapeur Sonde chasse sur ses ancres et vient se jeter à l'ouest de la nouvelle jetée dite "Pierre Glissante", sa coque est trouée. Le vapeur l'Utile lui envoie une remorque et fait "en avant", la Sonde glisse du rocher où elle s'est échouée, mais aussitôt en eau libre, coule à pic. Le canot de sauvetage du Conquet est sorti mais les hommes de la Sonde ont été récupérés par les autres bâtiments de l'Etat.



 L'Enez-Eussa (1) doit rester à l'extérieur du port et envoyer ses canots transborder les passagers au débarcadère de l'ancien vivier.







Môle et débarcadère.









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A l'extrémité du môle
















L'Enez-Eussa doit rester à l'extérieur du port et envoyer ses canots transborder les passagers au débarcadère de l'ancien vivier.

Puis après 1932 à la cale du canot de sauvetage.






Août 1944, destruction partielle du môle Sainte-Barbe par les soldats allemands

 

Le 7 août 1944, Les Allemands dynamitent les ouvrages portuaires du Conquet,  les quais du Drellac’h s’effondrent,  le môle Saint-Christophe présente une brèche à l’enracinement, le môle Sainte-Barbe est ouvert par deux grandes brèches, l’abri du canot de sauvetage s’écroule sur le canot Nalie-Léon-Drouin, la cale de lancement est sévèrement touchée.

 



Les deux brèches causées par les soldats allemands.































Réparation des ouvrages portuaires

 

Les remises en état tardent : on peut lire dans le registre des délibération du Conseil Municipal, à la date du 14 avril 1946  « … les pêcheurs du Conquet sollicitent la réparation de la cale de débarquement du port, l’obstruction des brèches des deux digues, dégâts causés par les évènements de guerre, la construction d’une cale d’accostage, le prolongement de la digue Sainte-Barbe sur une longueur de 100 mètres environ, allant vers le noroît de cette digue, ainsi que le prolongement d’une vingtaine de mètres par une petite digue, de la falaise partant de Kermorvan et venant recouvrir la basse aux Filets, pour assurer l’abri aux bateaux de fort tonnage et leur permettant de se livrer à une pêche plus intensive.

 

La situation n'évolue pas, les transbordements de passagers au Conquet se font toujours par canots, pour le deuxième  Enez Eussa mis en service en 1962


Allongement de la digue Sainte-Barbe avec plate-forme d'accostage

Le 2 juin 1967, on pouvait lire dans Le Télégramme un article de Louis Jestin sous le titre « Le projet d’allongement de la digue Sainte-Barbe est entré dans une phase décisive. Les travaux pourraient commencer bientôt ». 
Notre correspondant local y écrivait : « 
Les navires de pêche, petits caboteurs, les viviers à crustacés, les nombreux yachts et plaisanciers, trouveront sur notre rade un abri absolument sûr par tous les temps »

Débutés fin mars 1969, les travaux ont été réalisés par l’entreprise Marc une quinzaine de mois, le môle initial de 70 m avait été prolongé de 140 mètres, tel que nous le voyons aujourd’hui.




Une route d'accès pour les engins a été établie depuis la rue Sainte-Barbe, par derrière et à hauteur du toit de l'abri du canot de sauvetage.
Les travaux peuvent commencer. (Article du Télégramme)
Printemps 1969. 











Photo Louis Jestin, les travaux sont déjà bien avancés, une grue place les cubes de bétons de protection externe de l'ouvrage











Jour de l'inauguration, photo Louis Jestin pour Le Télégramme
















Le 15 avril 1970, jour de l’inauguration par le préfet du Finistère, la plupart des pêcheurs du Conquet, dont trois conseillers municipaux, se sont refusés à pavoiser et à assister à la cérémonie. La profession ainsi que nombre de Conquétois étaient hostiles à un projet du maire : un barrage routier qui aurait remplacé la passerelle du Croaé, (J’en reparlerai).

 

Inauguration de la digue Sainte-Barbe, photo Louis Jestin pour Le Télégramme









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Les travaux de la digue Sainte-Barbe sont terminés, le baliseur Georges de Joly est venu relever la bouée qui marquait provisoirement l'entrée sud du port.
Photo JPC









L'Enez-Eussa (2) s'apprête à accoster au bout de la nouvelle digue.














A marée basse de vives eaux, le"courrier"  ne peut accéder à l'éperon du môle. Les transferts de passagers se font par les deux canots du bord à partir de la cale de lancement du canot de sauvetage.


Photo JPC















 Photo vers 1975, JPC. L'Enez (2) est mouillé à l'extérieur de la digue.














Avec l'arrivée Bugel Eussa puis du Fromveur (1977), les accostages à toute heures de marées deviennent possibles à l'extrémité de la digue, sauf par tempête.



Photo JPC
















Une protection jugée insuffisante et encore des projets


Depuis, il a bien fallu se rendre à l’évidence que, si la digue Sainte-Barbe protège en partie la rade du Conquet, par tempête de sud à ouest, et fort coefficient, elle n’arrête que peu la houle du large et quasiment pas le ressac renvoyé par les falaises en pente de la presqu’île de Kermorvan
.


Une tempête en 2008, photos JPC

















 


















Donc, depuis bientôt trente ans, la protection du port du Conquet est un sujet d’actualité … au point mort !


Fin provisoire de rédaction , je rajouterai des photos et commentaires ultérieurement. JPC. Août 2009.
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10 juillet 2009 5 10 /07 /juillet /2009 17:47
La maisonnette de la pointe des Renards.

Après la fermeture de Radio-Conquet, de nombreuses personnes cherchaient à savoir si la « petite maison de la Pointe» serait à vendre.
Certains l’auraient voulue, pour la garder intacte et y venir contempler et entendre la mer, d’autres pour la transformer en une résidence plus ou moins vaste selon les rêves des interlocuteurs.


Invendu, situé en zone protégée, le bâtiment est resté en l’état, puis le pylône qui le domine a été réduit d’une dizaine de mètres. L’ensemble héberge aujourd’hui un relais de radiotéléphonie mobile.


 


Le relais de téléphonie mobile.
(photo, juillet 2009, Jpc)





































A quoi  donc a servi ce bâtiment inhabitable et jamais habité ?

 

Après la Libération de 1944, les liaisons téléphoniques avec les îles par câbles sous-marins, étaient sujettes à de nombreux incidents, interrompant tout conctact entre elles et le continent.  
L’administration des Postes – Télégraphes et Téléphones décida pour remédier aux coupures,  d’établir des circuits de secours par radiotéléphonie, en « Ondes Très Courtes (OTC) », donc Très Hautes Fréquences, (VHF, pour Very High Frequencies en anglais). Ce fut le cas pour Sein, Molène et Ouessant.

 

Des équipements d’essais ont été installés en 1948 dans le grenier de la poste du Conquet, rue Poncelin.  Leur fonctionnement donnant toute satisfaction, l’exploitation a pu commencer le 21 novembre 1948 pour Conquet-Molène, et le 13 juin 1949 pour Conquet-Ouessant.

  

Des améliorations ont été apportées par la suite à la qualité des liaisons: concernant la liaison Brest-Molène (par Le Conquet), on lit dans le « Bulletin des Services Radioélectriques d’octobre 1951 » : liaison Brest-Molène, mise en service le 31 août, à titre d’essai, d’un matériel VHF fonctionnant en veille sous 48 volts, avec un débit de 500 milliampères. Fonctionnement correct depuis sa mise en service, le rapport signal bruit a été amélioré de 6 décibels.

 

Même si les équipements du Conquet, fonctionnant comme un simple relais téléphone/radio, ne nécessitaient pas de personnel d’exploitation, le grenier de la poste ne pouvait être qu’un lieu d’accueil temporaire. C'est pourquoi, dans le cadre de la construction du centre radiomaritime de la pointe des Renards, un bâtiment avait été prévu pour les héberger

 

Toujours en 1951, le bâtiment destiné à abriter l’ensemble des équipements des liaisons VHF avec Ouessant, Molène et prochainement l’île de Sein est pratiquement terminé, son aménagement a été entrepris au cours du mois de septembre. Ainsi donc est née ce que les opérateurs du Conquet appelaient :  la cabane des OTC.


 

















La "cabane des OTC", dans son état d'origine














Liaisons  avec les îles du littoral
 
: la  liaison continent-île de Sein a été équipée au cours du mois d’octobre de matériel analogue à celui pour les liaisons avec les îles Chausey.  Ouessant, Molène et Yeu sont déjà pourvues.

L’installation de Sein est alimentée par la centrale de l’administration des Ponts et Chaussées et par le fait qu’il a été possible de fixer l’antenne sur un des pylônes du radio-phare, les équipements terminaux ont pu, du côté continent, être installés à la station radiomaritime de la pointe du Renard au Conquet et dans le local qui abrite déjà les équipements qui desservent Ouessant et Molène.

Pour l’instant, l’ensemble du circuit est exploité à partir de Brest, il semble que, pour l’avenir l’exploitation doit être effectuée à partir de Quimper, la majorité des communications avec Sein provenant de cette dernière ville ou de villes très voisines (Audierne). (Ndlr, c’est ce qui a été bientôt fait)

 

En 1957, les liaisons sont sensiblement améliorées en transférant tous les échanges radios avec les îles dans la bande des 80 Mc/s  (80 mHz, environ 4 mètres de longueur d’onde, c’est toujours de la VHF), pour éviter les contestations avec la télévision.

 

Un service de secours, donc épisodique.

 

Lorsque la liaison par câble sous-marin fonctionne, la liaison radio est en veille, inactive.


N’oublions pas que le téléphone automatique en France, ne se généralisera (lentement) qu’à partir du début des années 1970. Exemple : un abonné en France ou ailleurs, arrive sur le pupitre de l’opératrice de Quimper, qui appelle « la dame du téléphone » de l’île de Sein et lui demande un numéro dans l’île. La connexion entre demandeur et demandé se fait par un jeu de « jacks » à enficher.

En cas de problème sur le câble sous-marin, la liaison radio par Le Conquet est activée. Pour les deux abonnés au téléphone, demandeur et demandé, en apparence rien de changé, sauf que toute personne disposant alors d’un « transistor à bande marine » pouvait écouter à la radio, les communications privées.

 

Une ligne directe entre les standards téléphoniques de Sein, Molène et Ouessant arrivait sur les pupitres des opérateurs du Conquet, permettant aux dames des PTT de signaler tout dérangement avec le continent.

 



1965, une violente tempête a plié plusieurs pylônes dont celui-ci qui a enjambé le toit des OTC.

















On aperçoit à droite, côté mer,  une construction en béton, sans toit, ce fut pendant de longues décennies, "l'incinérateur". Toutes les archives y étaient brûlées, passé le temps officiel de conservation.  Lorsque c'était la dame qui s'occupait de l'entretien de la station qui assurait ce travail, elle devenait bien entendu la "vestale". Il va sans dire que nombre de formules télégraphiques, à demi calcinées ont atterri sur la plage de Portez emportées par un vent de sud facétieux.

Un élément incontournable du décor.



Photo Pet T, de 1988 semble-t-il.


































Je ne me souviens pas quand, -mais sans doute lorsque les liaisons téléphoniques câblées  avec les îles, ont été doublées par des faisceaux  hertziens- les émetteurs-récepteurs de la cabane des OTC ont été démontés. La maisonnette est restée vide pendant de très longues années.

Même si la maintenance des équipements OTC n’était pas assurée  par les personnels  de la station radio, mais par des techniciens d’autres services des PTT, en particulier par un monsieur Masson, Raymond Coz,  Conquétois, responsable technique à FFU durant plusieurs décennies, doit se souvenir du démontage de ces installations de secours téléphonique avec les îles.
Ci-dessous, en 1996, le bâtiment est vide de tout équipement.


                                                                                      
                                                                                                        
Anecdote : Remontant un après-midi de la plage de Portez, à l'époque du tournage de la série télévisée "Dolmen", j'ai assisté à ce scénario amusant. Le grillage entourant le pied du pylône désaffecté, était ouvert en plusieurs endroits. Un adolescent était déjà grimpé à mi-hauteur du pylône, un autre le suivait un peu plus bas. Soudain, le second garçon se mit à interpeller à grands cris et gestes son compagnon, l'incitant à descendre au plus vite. Il venait d'apercevoir au-dessus de l'entrée de l'ancienne salle d'exploitation de Radio-Conquet le panonceau bleu-blanc-rouge, marqué "Gendarmerie", ainsi que les véhicules (utilisés pour les besoins du film). Quelques minutes plus tard, les deux jeunes gens filaient à toutes jambes par le sentier côtier.



La gendarmerie et les véhicules.
Tournage de la série "Dolmen"
Photo Jpc 2004.












                                                                                   

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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 19:22

UN LIEU-DIT  DU CONQUET : PORTEZ (francisé en Portaise)

 

 

Signification du nom : Aucune traduction valable à ce jour, sinon que, comme le pour le « Portez » de Locmaria-Plouzané, on y note la racine « portz », qui signifie, anse, baie, crique… Portez est en effet une anse peu profonde entre les pointes de Sainte-Barbe et du ou (des) Renard(s), aujourd’hui bien ensablée. Les photos du début du siècle et jusqu’à la prolongation de la digue Sainte-Barbe (1970), nous montrent un
estran rugueux fait de roches et de galets, impropre au mouillage de bateaux, même petits.
.

 



Extrait du cadastre de 1841.



Parc ar exercis :
ancien terrain de manoeuvre des soldats de la batterie de Sainte-Barbe















543 : cette parcelle  "Ar Balizen", devait son nom à un amer dont je n'ai trouvé nulle part une autre mention. 













Une des photos les plus anciennes de la grève de Portez. Vers 1900, une seule maison construite entre la descente à la "plage" et l'hôtel Sainte-Barbe.









Jusqu’à la fin du XIXe siècle, Portez est connue par sa source et son lavoir, d’une part et par les carrières de pierres de schiste qu’on y exploite d’autre part.

 

Au hasard des documents municipaux et autres :

 

1732, au cours de l’enquête concernant un procès fait à Laurens Mazé-Launay, « à la fontaine de Portez, plusieurs femmes en parlent en lavant du linge au doué ». Le lavoir était alors assez vaste pour que plusieurs lavandières s’y trouvent en même temps.

 

1806, registre municipal : il importe de mettre un tuyau quelconque dans le conduit de la source de Portaise.

 

1829, registre municipal : l’eau de ruissellement qui descend du Cruguel s’est perdue en de multiples filets a travers les couches de schistes : «  il est urgent que l’on travaille à recouvrer et réunir une source qui a pris différentes directions depuis peu de temps et qui prive les habitants d’une eau saine. Cette source se trouve au lieu-dit Portaise, contre la grève. A la pleine mer des grandes marées, on ne peut y puiser de l’eau ».  Le conseil municipal vote un crédit de 200 Francs pour les travaux.

 

1832, registre municipal :  "considérant que les carriers exploitent depuis longtemps les carrières de Portaise pour les pierres dites du Conquet, il serait juste d’y appliquer une taxe. Les pierres font de 5 à 8 pieds de long".

 

1835, registre municipal  : "les décombres et immondices répandus dans les rues ainsi que dans les venelles et routes, seront déposés en la grève de Portaise ou sur le terrain vague qui avoisine cette grève"

 

1839, registre municipal,  3 novembre : "il sera ouvert sur les terrains incultes, situés aux lieux-dits Pors-Fontaine (Le Bilou), et Portaise, des carrières pour extraire les pierres plates, dites du Conquet, et servant à la confection de pavés et de dalles".

 

La municipalité (Charles Lombard, maire) qui manque toujours autant de ressources pour venir en aide aux nombreux malheureux du Conquet pense alors à ouvrir de nouvelles carrières de pierres plates (schistes), dans les terrains incultes de Pors Feunteun (Le Bilou) et de Portez qui lui appartiennent. Double but : faire entrer de l’argent pour subvenir aux besoins des pauvres en vendant les pierres aux communes environnantes et fournir du travail aux carriers qui seront payés pour les pierres de 25 cm à 1,25 m, un centime par pièce ou un franc par cent et pour celles de 1,25 m et au-dessus, deux centimes par pièce. On accusera plus tard les carriers d’avoir complètement détruit le relief rocheux naturel prolongeant en mer la pointe Sainte-Barbe  et offrant au Conquet un rempart contre la houle de sud-ouest.


La reculée de falaise verticale qui forme la petite grève dite du « Paradis » est le résultat de l’exploitation de la principale carrière en ce lieu.
"Beaucoup de petites plages sont appelées "Paradis" en divers lieux, en raison de l'abri du vent que l'on peut y trouver, et peut-être d'un meilleur ensoleillement ou d'un sable plus fin".



Sous l'ancien corps de garde transformé en hôtel, la falaise verticale d'une des carrières de schiste conquétoises.

On remarque des cabines de bains à gauche de l'escalier taillé par les carriers pour descendre dans la grève du Paradis à basse mer.




1860 : la carrière du Paradis a dû être abandonnée, car un arrêté municipal est pris "contre les ordures qu'il est prévu de jeter dans la carrière délaissée, située sur la grève de Portaise, près de la batterie de Sainte-Barbe. 


1863 : Concernant la baignade.

"L'an 1863, le 20 août, nous, maire de la commune du Conquet (Finistère), vu les dispositions de l'article 8 du titre 2 de la loi  du 19 juillet 1791 et de l'article 46 du titre 1er de la même loi. Vu la loi du 18 juillet 1837.
Considérant qu'il est dans nous attributions de déterminer les endroits où nul individu ne peut se baigner sans être vêtu, de prévenir et de réprimer toutes obcénités de la part des baigneurs et de déférer aux tribunaux compétents ceux qui commettraient quelques actions contre la décence publique, avons arrêté et arrêtons ce qui suit :
-article 1er, il est défendu à toute personne de se baigner dans le port du Conquet ni ses abords, depuis le Croaé jusqu'à la grève de Portèze, sans être vêtue d'un costume complet. Il est pareillement défendu de sortir et de montrer nu hors de l'eau.
-article 2, les contraventions au présent arrêté seront constatées par procès-verbaux et leurs auteurs poursuivis devant les tribunaux pour être punis conformément aux lois.

Sera le présent arrêté, publié au son du tambour et affiché dans toute l'étendue de la municipalité, afin qu'aucun n'en prétende cause d'ignorance.

                            Signé François Podeur.

1888, registre municipal  novembre :  "un éboulement considérable s’est produit à la source de Portez". C’est sans doute après cet incident que la source a été retrouvée et captée à son emplacement actuel, et qu’ont été faits le chemin  pour y descendre et le « quai » dallé qui permet d’y accéder par toute marée. Le petit lavoir aujourd’hui quasi comblé par quelques grosses pierres et galets, date de la même époque.

 


Au début du XXe, un couple bien élégant revient de la source de Portez.
















Dans les dernières années du XIXe, la ville du  Conquet est devenue une station de bains de mer très fréquentée l’été. Dès 1888, la municipalité à travers son maire Hippolyte Levasseur, appelle les pouvoirs publics à réaliser « un chemin de fer économique dans l’arrondissement de Brest » et qui desservirait bien sûr Le Conquet.(
Le tramway électrique sera inauguré en 1903 seulement, voir cet article)

 


Conquétoises en costume local et élégantes à grands chapeaux posent pour le photographe.
A droite en haut, la villa "Bellion".










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1891-92 Le corps de garde de Sainte-Barbe mis en vente par l'administration des Domaines, pour le transformer en hôtel-restaurant et, par la même occasion demande l’autorisation d’implanter des cabines de bains sur la plage de Portez.

 

1899, le conseil municipal de la commune du Conquet prend à la date du 7 mars 1899 une délibération tendant à l’établissement d’un droit fixe de 10 Francs sur les cabines de bains installées à la grève de Portez.
Le ministère des Travaux Publics intervient dès juin, pour signifier à la commune du Conquet qu’elle n’est pas qualifiée pour percevoir un droit quelconque sur le domaine public maritime.

Je ne sais pas comment l’affaire s’est terminée, mais je présume que l’administration des Travaux Publics a détourné la perception de la taxe à son profit.



Les cabines de bains, installées sur un talus en haut de grève. Au second plan, la résidence de monsieur Petit-Cuenot, Ker an Aod.

Dans les cabines de bains, les estivants remisaient leurs matériels de plage, chaises longues, parasols... et de pêche, épuisettes, paniers...


Début XXe :

On assiste  progressivement à la construction de villas-résidences d’été, le long de la corniche de Sainte-Barbe.


La grève de Portez dans les années 1920-30. Des villas commencent à garnir "la corniche". Cette photo de qualité médiocre, a le mérite de montrer l'estran "caillouteux", un petit sloup échoué dans les roches (à gauche en bas), ne sera pas "à l'aise" au flot s'il y a le moindre clapot.
 





Après 1920, l'hôtel Sainte-Barbe a connu une première extension et les cabines de bains gagnent de plus en plus sur le haut de grève








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La villa "Bellion", construite selon son propriétaire actuel entre 1905 et 1910

Vue depuis
la grève.











Jeunes filles du Conquet au bain, sans doute à Portez, vers 1920. Trois d'entre elles portent les ceintures de sauvetage en liège toilé, en usage sur les bateaux de pêche à l'époque.









Portez : les défenses du mur de l'Atlantique - 1940-44 (article à compléter).
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Après la guerre 39-45


Cp, éditions Jos Le Doaré, entre 1955 et 1960,
Le sable a gagné sur l'estran, sans doute depuis l'édification de la première digue Sainte-Barbe en 1925, mais tout le haut de grève n'est que blocs de roches et galets. Les cabines de bains en nombre plus restreint sont haut perchées, hors d'atteinte des grandes marées.




Ci-dessous, autre vue de la même époque, à marée haute, la zone sablonneuse n'existe plus.

A mi-côte, un pan de mur neuf, les Allemands avaient ouvert une brèche dans le mur précédent et dégagé un espace pour la manoeuvre de leurs camions lors de la construction des blockhaus. L'excavation est visible sur la carte postale précédente.



L'abandon de la source de Portez.

Quant à la source de Portez, son eau a été déclarée "non potable" dans les années 1980 à la suite d'analyses bactériologiques. Ainsi a cessée la noria des promeneurs remontant de la source avec leur précieuse bouteille d'eau, ou même, pour les Brestois venus en week-end,  le casier de six litres pour la semaine.

Dans les toutes dernières années, l'escalier en béton construit par les Allemands pour descendre à la source de Portez s'est effondré, et des gros cailloux ont rempli le petit lavoir marin.



Les escaliers "allemands" écroulés", au bout du sentier dallé, l'eau de la source coule toujours, tandis que la roche suintante se verdit de mousses.

Etat actuel (fin juin 2009) Photo JPC.









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Le joli petit lavoir encombré de grosses pierres, qu'il serait bon de pouvoir enlever. Les carriers d'antan n'auraient pas été longs à les concasser pour les extraire. Photo JPC













-- Pour en finir provisoirement : une vue de la plage de Portez, fin juin 2009, photo JPC







Et un souvenir de mars 2008 : mais où est donc passée la plage? Photo JPC.



















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9 juin 2009 2 09 /06 /juin /2009 19:18

LES PRESBYTERES DE LOCHRIST ET DU CONQUET

 

Ethymologie : du latin ecclésiastique « presbyterium » qui désigne l’ordre des prêtres, le sacerdoce, puis le lieu où se tiennent les prêtres. Le mot a d’abord désigné la partie du sanctuaire réservée au clergé dans les anciennes basiliques, puis l’habitation du clergé dans une paroisse (1456-57) . Sens qui s’est imposé. (Le Robert, dictionnaire historique de la langue française, Alain Rey.)

 

 

LE PRESBYTERE DE LOCHRIST

 

Du temps où l’église se trouvait à Lochrist, le presbytère y était attenant. Vendu comme bien national pendant la Révolution, il devient la propriété de la famille Provost. En l’an XII avec le retour des prêtres, Joseph Provost loue le presbytère à la commune pour y loger le desservant de l’église de Lochrist, Jacques le Gall, pour 90 francs/an. En 1808, le loyer du vicaire est payé à madame Provost. Le bâtiment sera quelques années plus tard racheté par la commune et mis en vente en 1859 pour couvrir les frais d’achat du nouveau presbytère de la rue Kerdacon. L’ancien presbytère de Lochrist est aujourd’hui une résidence privée.

                                                                                                                             

Extrait du cadastre de 1841.
Lochrist, l'église et le presbytère

















LES PRESBYTERES DU CONQUET

 

Lorsque l’église est transférée au Conquet, il faut héberger à proximité les prêtres qui vont la desservir à partir d’avril 1858.

Un don à la municipalité (François Podeur, maire) de mademoiselle Marie Margueritte Launay en 1859 (4 septembre)  permet l’achat d’une maison qui deviendra le presbytère. Mademoiselle Launay a offert 3 000 francs, le reste du solde a été apporté par la vente du presbytère de Lochrist.

(Mademoiselle Marie Margueritte Mazé-Launay était la fille de Noël Mazé-Launay et de Marie Créac’h. Née au Conquet, elle y est décédée à 78 ans, propriétaire, vivant de ses rentes, en 1870)

 

 

La maison du presbytère, rue Kerdacon (actuelle rue de Verdun) :

 

Cette maison et ses dépendances, répertoriée au cadastre de 1841, appartient alors aux quatre enfants héritiers de Louis Marie Désiré Jacolot, notaire, et de sa femme demoiselle Désiré Victoire Marie Provost (belle-sœur de Jean Marie Le Guerrannic fils, alors maire du Conquet). La propriété est vendue pour 5 000 f en 1842 à Charles Bérubé, percepteur des impôts à Lambézellec, demeurant au Conquet.

 

Sollicités par la municipalité du Conquet en 1859, les propriétaires Bérubé, père et fils et madame Caroff acceptent de vendre leur bien pour 4 997 F 50, valeur estimée par l’expert Stanislas Poullaouec de Ploumoguer. Une note du 25 novembre 1859 nous indique que le curé du Conquet est déjà locataire dans la susdite maison.

 

L’acte de vente du 11 juin 1860, donne une description assez complète des lieux :

 

Une maison couverte d’ardoises, avec un rez-de-chaussée composé d’une cuisine au bout sud et d’une salle au bout nord et séparée par une entrée ayant une porte à l’est sur la rue Kerdacon et une autre à l’ouest sur l’arrière. Le premier étage est fréquenté par un escalier de pierre et composé de deux chambres à feux (chambres avec cheminées), une à chaque bout et d’un cabinet au milieu. Un grenier est fréquenté par un escalier en bois. La maison fait 12 mètres sur la rue et 6 mètres de profondeur.

A l’ouest, autre maison couverte d’ardoises avec rez-de-chaussée et un étage.

Une maison à buée (buanderie) ayant une porte au sud, cour close, puits, petit appentis, crèche ayant une grande porte sur la rue Kerdacon.

 

Tout ce qui précède est au cadastre sous le numéro 168

Jardin entouré de murs de trois mètres, cadastré numéro 169

Courtil terre labourable, cadastré numéro 170

 

La propriété est bornée au sud par une terre à mademoiselle Mazé-Launay, à l’ouest par une terre à la famille Le Bourc’h et au nord par la propriété de monsieur Charles Morain.

 

En 1902, le presbytère de la rue Kerdacon est dans un tel état de délabrement qu’il est à peine habitable. En 1904, les discussions sur le bâtiment et son éventuelle reconstruction ou sa donation à la fabrique, n’aboutissent sur rien de concret. A une date que j’ignore, la maison a été vendue à des particuliers, a été restaurée, et a pris le nom de  villa « Les Tamaris ». Une plaque émaillée sur la façade en témoigne toujours.

 

 

 Un hébergement provisoire :

 

Des locaux de l’école Dom Michel accueilleront pendant quelques temps, le domicile des prêtres qui ont abandonné la rue Kerdacon.

 

Le presbytère de la rue Lieutenant Jourden (ex Grand-Rue)

 

Actuel n° 24. Au cadastre de 1841, c’est une maison qui appartient à madame Marie Jeanne Claudine Guéguen, veuve Jean-Marie Le Vessel, et à ses enfants. La façade donne sur la Grand-Rue. Côté nord, un grand jardin se prolonge en surplomb du Drellac’h.

Devenue propriété du notaire Prosper Marie Michel*, la demeure a été donnée à la cure par madame Michel, après le décès de son mari, en 1916.


 












Le presbytère, rue Lieutenant Jourden
(2009)














En 2009 c’est toujours le presbytère, occupé par le recteur de la paroisse, Jean Paul Gélébart.


 Note :
 Le Courrier du Finistère, 16 septembre 1916. "Nous avons eu le regret d'apprendre la mort de monsieur Prosper Michel, ancien notaire, décédé lundi matin. Les obsèques ont eu lieu mercredi, au milieu d'une foule de parents et d'amis que l'église pouvait à peine contenir, et par le maintien de cette nombreuse assistance, par son recueillement, on sentait l'hommage respectueux rendu à l'homme de bien dont toute l'existence a été, pour ses concitoyens, un modèle de bonté, de droiture et de vie chrétienne.
Monsieur le chanoine Grall, curé de Ploudalmézeau, présida à la levée de corps, la messe fut célébrée par monsieur le chanoine Lejacq, curé de Crozon. Monsieur le chanoine Cozic, curé de Lesneven donna l'absoute et conduisit le corps au poétique cimetière de Lochrist, où il repose à côté du monument à Le Gonidec.
En monsieur Michel, le Courrier du Finistère perd un ami affectueux de toujours et la société de la presse libérale du Finistère un administrateur aussi dévoué qu'éclairé.

 

 

 

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25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 18:37

L’église de Lochrist, trêve de la paroisse de Plougonvelin.

 

Le village d’origine s’étant installé sur une hauteur en retrait de la côte, c’est tout naturellement qu’on y trouva au XIe ou XIIe siècle la première église, dédiée à la « Sainte-Croix ». Bâtiment sommaire puis reconstruit moult fois, l’origine de celui qui nous intéresse ne m’est connu que par une mention dans un registre d’état-civil. (Voir aussi article sur Lochrist)


« L'édifice dont la construction a commencé vers l'an 1500, deux cents ans plus tard, ne possède toujours pas de flèche de clocher, faute d’argent. »

 


Ajout de la flèche :

 

Le monument est achevé grâce à une généreuse donatrice et au concours bénévole de certains paroissiens : l'évènement est rapporté par le recteur de l'époque dans le registre de l'état-civil de 1727 : "La même année que dessus, a été finie la tour de l'église de Lochrist qui était imparfaite, puisqu'elle était élevée seulement jusqu'à la première chambre, et est demeurée dans cet état plus de deux cents ans, et elle a été rendue dans l'état où elle est à présent sans qu'il n'en ait rien coûté à la fabrique de Lochrist,  ni aux habitants du Conquet.

Les tréviens de la campagne, plus zélés, ont fait le charroi gratis et cela par les soins du recteur qui régnait en ce temps et les deniers d'une personne dévote qui mérite qu'on prie pour le repos de son âme.

                                 Resquescat in pace"

 


Dessin de Le Guennec, d'après Lesage, vers 1848


eglise-loch-guennec.jpg

Sépulture de Dom Michel Le Nobletz :

 

Après sa mort le 5 mai 1652 au Conquet,le corps de  Dom Michel Le Nobletz, exposé un temps dans la chapelle Saint-Chrisophe,  fut inhumé dans l’enfeu de la famille du Halgouët, en l’église de Lochrist.  Le 25 juin 1701, en présence de monseigneur Le Neboux de La Brosse, évêque et comte de Léon, ses restes furent transférés dans un tombeau en marbre situé dans le chœur.  En 1750, Caffieri sculpta la statue en pierre blanche du missionnaire agenouillé en prière, placée sur le tombeau.

Le tombeau de Dom Michel Le Nobletz dans l'église du Conquet a été classé "monument historique" par arrêté du Ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts  du 10 novembre 1906.

Confrérie du Rosaire : Archives de Léon, B1686, document disparu.
Aveu fourni par Paul Siviniant et Tanguy Le Drast, marguilliers de l'église de Lochrist, au nom de la dite église de la Confrérie du Rosaire qui y est érigée et du général de la paroisse de Plougonvelin pour les maisons presbytérales de Lochrist et de Plougonvelin, les halles et étaux situés à Lochrist et diverses terres.

L'organisation de la trêve :

 

Elle a à sa tête le recteur, assisté de plusieurs prêtres, elle est administrée par le « général de paroisse », composé du recteur et de plusieurs laïcs.

 

Pour donner un exemple, en 1763 le « général de la trêve de Lochrist-Le Conquet » se compose de :

Guillaume Carquet,    recteur                  
René François Le Verge, marguillier               

Maître Noël François Le Gléau,  procureur fiscal de St Mathieu

 Laurent Créac'h, Marc Du Bosq, Francois Provost, Joseph Lamour, Guillaume Siviniant, Corentin Lannuzel, Pierre Floc'h, Jacques Podeur, Guillaume Le Scao, François Menguy,   membres, tous anciens marguilliers ou syndics.

(Syndic: il désigne le représentant de la communauté, élu pour un an, chargé de défendre les intérêts de ses concitoyens auprès du seigneur suzerain. Le marguillier est lui aussi élu pour un an, il est chargé de la gestion financière et de la défense des intérêts de l'église.)

 

Les marguilliers sont au Conquet généralement des bourgeois, gens de mer. Si par exemple on regarde la liste des marguilliers de 1755 à 1763:

     1755...  François Provost

     1756...  Michel Helcun

     1757... Yves Masson

     1758... Yves Le Hir

     1759... Hervé Morain

     1760... Joseph Lamour

     1761... Pas de candidat (temps de guerre)

     1762... Pas de candidat (temps de guerre)

     1763... René François Le Verge

Tous sont capitaines de commerce, ayant des parts dans des barques.

 

Les réunions du conseil de paroisse se tiennent le dimanche matin après la grand-messe, dans une salle au-dessus de la sacristie. Le registre des délibérations se trouve dans un coffre fermé par trois serrures : le recteur a une clé, le marguillier une autre et l'un des membres du conseil la troisième.

 

On peut préciser que si en période calme la fonction de marguillier ou de syndic est acceptée comme un honneur pour celui qui est élu, en période troublée (en particulier occupation du Conquet par des troupes en temps de guerre), la charge est fuie par tous comme génératrice d'innombrables soucis. Pendant la guerre de 7 ans, (1756-1763), en janvier 1762, Philibert Le Hir, bourgeois et armateur, élu à son insu, syndic du Conquet s'est retrouvé emprisonné dans le colombier de Sainte-Barbe, par ordre de monsieur de Woarem, brigadier des armées du Roi, commandant au Conquet, pour n'avoir pas fourni les chevaux nécessaires à monsieur de Serrou, officier au corps royal d'artillerie au  Conquet.

 

Les prêtres :

 

Les différents prêtres de la paroisse, tirent une partie de leurs revenus de fondations faites par des particuliers à l’église. Pour exemple :

Nomination d’un prêtre à Lochrist :

Le 24 mars 1730, comparaît maître Jean François Fyot , sous-diacre, demeurant au Conquet, lequel nous a exposé que le jour-même, noble et discret messire Guillaume Carquet, recteur de Lochrist, discret messire Hervé Le Bris, prêtre curé de Lochrist, messire Jean Baptiste du Mescam, prêtre de Lochrist, et les sieurs Yves Cleirec, Allain François Provôt, François Le Bars, Ollivier Prigent, François Ollivier, Corentin Lannuzel et Barthelemy Ely, tous habitants et composant la « maire-voye » et corps politique de la dite trêve de Lochrist, lui ont accordé par délibération du dit jour, pour lui servir de titre clérical, les revenus de 9 livres de rente à prendre annuellement sur la fondation de 60 livres de rente annuelle léguée par fond d’héritage à l’église de Lochrist par demoiselle Marie Anne Mareau le 23 mars 1720. A charge de dire ou de faire dire pendant sa vie durant, chaque année, à l’autel marqué par la dite fondation, 6 messes à chant.

Pour la prise de possession, il est entré dans l’église,  a pris de l’eau bénite, et a adoré le Saint-Sacrement de l’autel.

 

Epoque de la Révolution, interdiction du culte, prêtres réfractaires et assermentés :

 

A l’époque de la Révolution, l’église est fermée au culte, et utilisée un temps comme atelier salpêtrier, étape dans la production de poudre à canon. Je traiterai une autre fois de l’exercice du culte au Conquet sous la Révolution et l’Empire).

 

Le transfert de l’église au Conquet :

 

L’édifice se dégrade. Au milieu du XIXe siècle son état est tel qu’il faut décider, ou bien le détruire et le reconstruire sur place ou bien le transférer au centre de la population agglomérée la plus nombreuse, c’est-à-dire en ville du Conquet.

 

Dilemme qui va pendant de longues années agiter les séances du conseil municipal. La municipalité du Conquet est traditionnellement coupée en deux, et cela était vrai aussi sous l'ancien régime. Il y a ceux de la campagne pour qui Lochrist est le lieu de ralliement, et ceux de la ville pour qui devoir faire les deux kilomètres qui séparent l'église du  centre du Conquet, est un pensum.

 

Si l'église est trop dégradée, excellente occasion pensent le maire Jean Marie Le Guerrannic (fils) et cinq de ses conseillers pour en faire construire une neuve en ville. Les sept conseillers « paysans » y sont farouchement opposés. En novembre 1850, la crise atteint son paroxysme, le maire et ses partisans démissionnent, puis reprennent leurs fonctions, pour défendre avec encore plus d'acharnement leur position.

1851: Les héritiers de mademoiselle Lannuzel de Kerraret offrent un terrain au-dessus du port pour y construire une église, à condition que les travaux  soient engagés avant le 1er mars 1853. Aucun accord municipal n'étant survenu, le legs s'est trouvé annulé, la date limite dépassée.

 

Enfin, le 4 avril 1855, à la faveur ou la défaveur de démissions, le vote du conseil à 6 voix contre 5 impose la construction d'une nouvelle église ... en ville.

Les intéressés voudraient une église pouvant accueillir 1 200 fidèles, pour un coût de construction inférieur à 70 000 francs. Ce qui est impossible de l'avis de l'architecte du département Jugelet.

 

 

Alors se met en place un scénario semble-t-il mûri d'avance : Le Guerrannic, maire du Conquet, marchand de vins et armateur, se propose de vendre pour 5 000 F, à Tissier directeur de l'usine d'iode, le 14 juillet 1855, un terrain en ville du Conquet ce qui est fait le 20 du même mois, par acte établi devant maître Le Roy, notaire au Conquet. Par un autre acte notarié, le même jour, en présence de Michel Patrice Marchand, lieutenant de vaisseau en retraite, et Félix Penfrat syndic des gens de mer,  Tissier offre à la ville du Conquet représentée par l'adjoint-maire François Marie Podeur, le terrain en question pour y construire une église. Le terrain a quarante mètre trente cinq d'ouverture sur la rue Poncelin, et il est mitoyen au nord avec celui de madame Le Coat de Saint-Renan.
Depuis ce jour et à perpétuité, la famille Tissier est titulaire de quatre places réservées dans l'église du Conquet.


 

La construction de l’église : le 25 septembre ,  Jézéquel, menuisier-entrepreneur au Conquet est adjudicataire des travaux. Aussitôt l'église de Lochrist lui est livrée pour démolition et on l'advise qu'il pourra disposer de la chapelle Saint-Christophe pour la démonter le 1er février 1856.

Le 29 janvier 1856, en présence du recteur Le Gloaguen, pose de la première pierre. Le plan du bâtiment a été dressé par l'architecte du département, monsieur Bigot, il est de "style ogival", dans le genre de celui de Landéda récemment achevé.

Les charrois sont faits gratuitement par des paysans ou par des particuliers disposant d'attelages, aidés par des paroissiens bénévoles. Les pierres proviennent de la démolition de l'église de Lochrist, de la chapelle Saint-Christophe et de carrières ouvertes aux Blancs-Sablons et à Laberildut.

Pendant les travaux qui durent 2 ans, la messe est dite dans les chais à vins de Le Guerrrannic, mis à la disposition du clergé et des fidèles.

 

Le coût des travaux s'est élevé à  62 380 Francs,  ainsi financés :

 Souscription populaire       31 932  F

 Fonds de la fabrique           4 000 F

 Secours départemental        3 000 F

 Emprunt                            15 000 F

Complément de l'Etat           8 448 F

 

Cette facture ne tient pas compte du mobilier. Le nouvel édifice, ouvert au culte en 1858,  a reçu deux tableaux : l'un "Assomption de la Vierge" par monsieur Paris Persenet, don du ministère de l'Intérieur, et l'autre "Adoration des bergers" offert par le ministre de l'Instruction Publique et des Cultes.

 

Consécration de l’église du Conquet, translation des restes de Dom Michel Le Nobletz.


Le marché du Conquet se tient "historiquement" tous les mardis. Mais à circonstance exceptionnelle, décision exceptionnelle : en raison de la consécration de l'église le 20 avril 1858, le marché a été décalé au 21.
 

Compte rendu de Jean Marie Le Guerrannic, maire du Conquet...

 

Nous, maire de la commune du Conquet, Finistère....Rapportons que pour consacrer notre église paroissiale, monseigneur Sergent, évêque de Quimper et de Léon était attendu le 19 avril, veille de cette fête brillante et, dès le matin les autorités du Conquet et les "étrangers de destination qui s'y trouvaient" (sic), ont été convoqués pour aller au premier son de cloches recevoir monseigneur l'évêque à son arrivée au Conquet.

Vers trois heures de l'après-midi, Monseigneur fut annoncé. Aussitôt le cortège réuni accompagna le dais, la croix, les bannières et le clergé jusqu'à l'entrée de la ville où le prélat venait de mettre pied à terre. Monsieur Gloaguen, recteur du Conquet, lui adressa une allocution touchante et après une de ces réponses improvisées et pénétrantes de monseigneur, il fut conduit processionnellement à la chapelle où reposaient les restes de Michel Le Nobletz. Monseigneur y pria quelques temps au pied du cercueil et, après avoir donné sa bénédiction, annonça la consécration pour le lendemain.

Puis la procession, musique en tête comme au moment de son arrivée, l'accompagna au presbytère où il reçut aussitôt toutes les autorités locales.

Le mardi 20 avril, la cérémonie protégée par un temps magnifique, commençait à 7 heures 1/2.

Un clergé composé de plus de cinquante prêtres entourait Monseigneur. Le curé archiprêtre de Châteaulin, malgré la distance, s'était joint aux curés de Brest, Saint-Renan, Ploudalmézeau, Ouessant, Plouguerneau etc..

Monseigneur (?), protonotaire apostolique, monsieur Evrard, chanoine secrétaire de l'évêché et monsieur l'abbé Téphany, pro-secrétaire assistaient le pontife consécrateur.

Monsieur le sous-préfet de Brest, le directeur des Douanes, le consul et le vice-consul anglais, monsieur Mével, membre du conseil général, monsieur Miorcec de Kerdanet, secrétaire de la commission nommée pour l'exhumation et la reconnaissance des restes de Michel Le Nobletz, monsieur Bigot, architecte du département, et monsieur L'Ermite de Saint Gonvel, accompagnaient le maire et les autorités du Conquet.

Tout le peuple s'était réuni devant l'église. La Douane et la Gendarmerie étaient sous les armes ayant à leur tête le capitaine et le lieutenant de Bertheaume. Les cérémonies préliminaires une fois terminées, tout le monde entra dans l'église. La musique se fit entendre et pendant un intervalle de suspension du chant religieux, un morceau d'ensemble fut exécuté à la tribune. Monseigneur fit alors la consécration du grand autel (la pierre d’autel est un don de François Tissier, elle porte une dédicace en bas à droite en regardant la nef)  et des douze croix, de murs et des piliers, puis la messe commença. Le pontife officiait et pendant la messe basse, les chants les plus harmonieux se firent entendre. Après le Domine Salvum, monsieur le curé de Brest est monté en chaire, puis la messe terminée, un Te Deum a complété l'auguste cérémonie. A une heure de l'après-midi, monsieur le recteur Gloaguen a réuni à un banquet dans le vaste local de l'église provisoire abandonnée, les 110 personnes qu'il avait invitées à l'honneur de dîner avec Monseigneur l'évêque. Pendant ce temps, le bateau à vapeur et les voitures publiques et particulières avaient répandu dans la ville une foule immense d'étrangers.

A trois heures, le nombreux clergé, le cortège des autorités et la population entière suivirent processionnellement Monseigneur jusqu'au lieu d'où devait partir le corps de Michel Le Nobletz, pour être transféré à l'église.

Des prêtres portaient le cercueil et se renouvelaient de distance en distance, les coins du poêle étaient tenus par messieurs les curés de St Renan, de Ploudalmezeau, d'Ouessant et par monsieur Yven, ancien curé de Plogoff. Le cercueil arrivé à l'église fut déposé entre la chaire et le monument. Quelques instants après, le curé de la paroisse natale du grand missionnaire, monsieur Rivoalen, monta en chaire. L'évêque monta après lui et son allocution terminée, il a fait l'absoute. On a enlevé les cachets qui scellaient la bière, la chape a été découverte, et on a pu voir les traits de Michel Le Nobletz qui étaient exactement reproduits par l'enveloppe de plomb qui contenait ses ossements. Puis le corps a été déposé dans le monument et la cérémonie religieuse s'est ainsi terminée. La musique avant de se séparer est allée donner une sérénade à monsieur le sous-préfet, à monsieur l'évêque et au maire.

Le lendemain, il restait deux autels à consacrer et une dernière solennité devait servir de complément à la fête religieuse. Cette consécration a eu lieu avec les mêmes cérémonies, Monseigneur (?) prélat apostolique et monsieur Mercier, curé de Saint-Louis de Brest ont eu les prémices des deux autels, en y célébrant aussitôt et en même temps le sacrifice de la messe. Puis Monseigneur l'évêque s'est disposé à donner la Confirmation aux personnes qui s'éaient préparées à recevoir ce sacrement et qui ont eu la communion de sa main, à la fin de la messe épiscopale.

Durant ces trois jours les édifices et les maisons particulières étaient pavoisés. Le mardi, jour de la consécration, le navire de l'Etat Le Capelan fut envoyé par ordre de l'amiral préfet maritime, en rade du Conquet. Par une salve il salua l'ouverture de la fête et en même temps on le vit se couvrir de pavillons des formes et des couleurs les plus variées.

Enfin, le soir du même jour, il y eut dans la ville de brillantes illuminations. Ainsi s'est terminée cette fête brillante qui laissera dans les coeurs des impressions ineffaçables.

       Au Conquet le 25 avril 1858

                                                         Le maire : Jean Marie Le Guerrannic.


Un don à l'église :
Par legs testamentaire du 9 mars 1869, Rose Félicité Lombard donne 2 000 francs à l'église du Conquet, à charge qu'il y soient célébrées douze messes par an à perpétuité.

 
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L'église du Conquet, par Maurice Utrillo.

Musée de Sannois.










Un inventaire difficile 1903-1906

L’église au début de ce siècle allait vivre des années lourdes de menaces. Sans doute ces années-là, la paroisse étant dans l’aisance avait-il été question de la doter d’un "Suisse" qui relèverait encore le faste des offices. Sans doute, pour la première fois avait eu lieu le 15 mars 1903, la bénédiction de la mer, cérémonie émouvante, mais la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, allait brusquement rompre les rapports de bon voisinage entre autorités civiles et religieuses. En arriverait-on à fermer les églises ?

En 1905, le maire avait voulu dresser l’inventaire de l’église du Conquet, on l’en empêcha. Il fut ensuite prévu pour le 14 mars 1906 à 9 heures, mais dès l’aube, femmes et enfants avaient pris place dans l’église qui fut refermée ensuite, les hommes entourant le recteur resté à l’extérieur pour attendre l’agent des Domaines qui fut contraint de s’en retourner sans avoir pu pénétrer à l’intérieur. Le lendemain mais par surprise, il fut plus heureux et mena tant bien que mal son inventaire. Malgré cette situation tendue, la messe de minuit de l’année 1906, la seule de la région sera célébrée avec une ferveur inaccoutumée. (Notes Le Boité, secrétaire de mairie).

*Suisse : employé d'église en grand uniforme, chargé d'organiser les cortèges et de veiller au bon déroulement des cérémonies.
 

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A propos des cloches :

 

La plus grosse est aussi la plus âgée, elle a été faite à Brest en septembre 1831 pour l’église de Lochrist, la moyenne et cadette a vu le jour en 1868, la benjamine est jeunette encore puisqu’elle a été baptisée le 15 juillet 1888, c’est sans doute cette cloche qui remplaça celle qui vit le jour au lendemain de la Révolution dans les circonstances suivantes. Le premier messidor an 12, le maire du Conquet écrivait à Caffarelli, préfet maritime à Brest sous le Consulat et l’Empire, pour l’informer que l’une des cloches fondue en 1699 « Jeanne Françoise », était actuellement fêlée et ne pouvait plus appeler les habitants aux armes en cas de débarquement de l’ennemi.

Une cloche neuve est donc fondue et le 17 thermidor an 12 : «  nous, maire de la commune du Conquet, rapportons avoir fait fondre à Brest une cloche pesant 1 285 livres pour servir à la desserte du culte catholique de l’église succursale de cette commune, et a été ce jour bénite par monsieur Poullaouec, curé de Saint Renan et a été de suite mise en place en la tour de l’église dite de Lochrist. Que cette cloche a été d’après une pétition par nous adressée à monsieur Joseph Caffarelli, préfet maritime à Brest, grand officier de la Légion d’Honneur, fondue par le citoyen Beurriée aux dépends de l’Etat, payée en matières délivrées au dit Beurriée par la bienveillance du dit Caffarelli et ce attendu qu’en cas de tentative de descente de l’ennemi ou d’incendie, la dite cloche doit servir pour assembler le peuple qui portera des forces de secours, qu’elle est enfin, une propriété communale.

 

Dans le clocher (1991) :

Cloche côté port :

Faite à Brest en septembre 1831,

Parrain Jean Marie Le Guerrannic, maire

Marraine madame Angelique Marie Jeanne Renée Provost, veuve Pitot (maire).

Monsieur François Tuviser, Recteur

Monsieur  Robert Marie Mazé, trésorier

Faite par Alphonse Viel à Brest

Cloche côté opposé :

En l’honneur de Saint Joseph j’ai été faite pour la paroisse du Conquet en 1868, mon parrain a été monsieur Dominique Masson, ma marraine madame Anne Massé

Monsieur Charles Gras, recteur

Monsieur Alexis Tanniou, trésorier

Faite à Brest par Briens aîné, fondeur.

Il existe au-dessus ce ces deux là, une troisième cloche plus petite.

 

1933 : installation des vitraux, (voir article Micheau-Vernez)  relatant la vie de Dom Michel (Recteur l’abbé Le Chat)

 

Le temps de la guerre 1939-45 :

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Flèche détériorée, toit crevé.





































Le 8 mai 1941, un obus éclate dans la cour de la maison Raguénès, le vitrail de Dom Michel est criblé d’éclats.

1er septembre 1944, un obus frappe le transept, un autre la nef, le troisième endommage le vitrail du chœur.

Dans les jours suivants, le toit de l’église est crevé, le clocher très abîmé. Dans la joie de la Libération, il restait à panser de terribles blessures. Quelques jours plus tard, la flèche qui menaçait ruine est abattue à la hâte. Trop rapidement, puisqu’une pierre tomba, passa à travers le toit et alla briser les fonds baptismaux en marbre rose des Pyrénées.


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Eglise du Conquet, photo prise sans doute, vu la neige exceptionnelle, le 1er mai 1949.















Février 1955 : le vitrail du chœur, représentant la passion du Christ,  est remis en place après avoir été restauré.

La flèche du clocher est reconstruite d’avril à septembre 1955. On a profité des travaux pour électrifier les cloches.

 

Les transformations :

 

Déplacement du tombeau de Dom Michel Le Nobletz (mars-avril 1970)egl-sarcophage-de-dmichel.jpg

 

Rapport de monsieur Le Goaster, recteur :

 

Dans le projet initial, ce déplacement devait s'opérer en même temps qu'on installait l'autel face au peuple (autel des Trépassés), c'est-à-dire en mars 1969. En réalité, la mission paroissiale obligea les ouvriers à scinder  les travaux en deux. Ce n'est que le mardi 31 mars à 18h30 que monsieur Jean Louis Kerguiduff, artisan marbrier à Taulé, me téléphona que ses ouvriers devaient arriver le lendemain. Je n'eus que le temps d'avertir monsieur le maire du Conquet qui ne jugea pas bon d'entrer en relation avec les Beaux-Arts comme prévu, (le tombeau et la statue étant monuments historiques), et avec l'évêché en la personne de monsieur Théodore Gélébart, notaire de l'Officialité Diocésaine. Par ailleurs je pus communiquer avec Monsieur Pierre Kervennic, vicaire général. Toute confiance me fut accordée, moyennant rédaction d'un rapport à faire signer par les témoins.

Donc le mercredi 1er avril 1970, à 13h30, les ouvriers de l'entreprise Kerguiduff de Taulé, à savoir messieurs Jean Kerguiduff, Gilbert Kerguiduff et Jean Quéré, tous trois de Taulé, commencèrent leurs travaux.

L'enlèvement de la statue à l'aide d'un palan fut une opération délicate, mais menée à la perfection. A 16h la dalle supérieure (plus d'une tonne) fut descellée et déposée sur le sol. On découvrit alors  une excavation parfaitement régulière, au fond de laquelle reposait, la tête appuyée sur une traverse de bois, la châsse de plomb contenant les restes de Dom Michel.

 

La châsse sortie, les personnes présentes constatèrent qu'elle répondait exactement à la description faite dans le "Journal de la Paroisse", lors de la reconnaissance canonique des restes en 1902 (pages 10 et 11 : le recteur d'alors, monsieur Henri Le Bihan y écrit..."Je fis alors (après le travail des soudeurs), adapter à la châsse un long cordon rouge qui l'enveloppa de manière qu'aucune ouverture ou section ne puisse se produire, sans que la violation de la sépulture soit évidente, si elle s'opérait jamais, et, à chaque extrémité de ce cordon, j'ai fixé une capsule en étain au fond de laquelle j'ai imprimé sur de la cire rouge le sceau de monseigneur l'évêque de Quimper. De plus sur le plomb même de la châsse, j'ai marqué deux soudures du même cachet, l'un du côté droit sur l'épaule, l'autre du côté gauche, au-dessus du genou de ce cercueil à forme humaine..."

Le 1er avril, nous trouvâmes les cachets, et les capsules d'étain intacts, mais le cordon rouge était pourri.

 

Description de la châsse :

Je rappelle d'abord les vicissitudes de la dépouille mortelle de Dom Michel..... Mort en odeur de sainteté le 5 mai 1652, à l'âge de 75 ans, dans une petite maison devenue la sacristie de l'actuelle chapelle, Dom Michel fut inhumé à Lochrist. C'est en 1701, que monseigneur Pierre Le Neboux de la Brosse, évêque et comte de Léon, fit tirer les reste du cimetière pour les faire déposer en sa présence dans ce cercueil de plomb, qu'il fit ensuite poser sous un tombeau de marbre en l'église de Lochrist. En 1856, l'église fut démontée et pierre après pierre, reconstruite au Conquet. En 1858, le tombeau contenant la châsse de plomb encore intouchée depuis 1701, fut transféré en l'église du Conquet et fixé dans le prolongement du dernier pilier droit de la nef. En 1902, on procéda à l'enlèvement de la statue et de la dalle supérieure, et à la reconnaissance canonique des restes, dans le cadre du procès de béatification. Assèchement de l'intérieur de la châsse, remise dans le sarcophage des restes enveloppés de soie, remplissage du volume restant par du charbon de bois, soudure hermétique: toutes les phases de l'opération sont minutieusement décrites dans le "Journal Paroissial" et certainement dans les pièces jointes en 1902 au dossier de béatification. C'est cette châsse qui fut extraite du tombeau le 1er avril 1970.

Dimensions de l'intérieur du monument: longueur 1,43m, largeur 0,50m, hauteur 0;80m (du sol à la face inférieure de la plaque supérieure). La châsse est de plomb, de forme humaine, sans bras ni jambes, simulant un corps mort "enseveli à la manière des Juifs". La tête était tournée vers l'autel, le visage plus grand qu'un visage naturel ressemble à celui de la statue du monument. La longueur totale est de 1,45m, la largeur de 0,30m au ventre, et de 0,25m à l'extrémité inférieure. Le reste de la châsse entre ces deux extrémités étant un peu aplati et affaissé comme dans un corps mort.

Il est évident pour tous les témoins que la châsse depuis 1902, est restée inviolée. Etaient présents: monsieur l'abbé Charles Le Goaster, recteur,  monsieur Charles Minguy  maire, monsieur Laurent Auffret sacristain, monsieur Jean Kerguiduff marbrier, monsieur Gilbert Kerguiduff marbrier, monsieur Jean Quéré marbrier, tous trois de Taulé, monsieur Louis Jestin officier de police en retraite, correspondant  local du journal "Le Télégramme" et monsieur Prévost secrétaire de mairie, correspondant local du journal "Ouest-France".

Le premier avril 1970, à 20h, j'ai eu l'idée de demander aux deux quotidiens régionaux de faire paraître une annonce dans les éditions du 2, prévenant les Conquétois que le cercueil de Dom Michel serait exposé toute cette journée. Il est venu une foule considérable, du Conquet et d'ailleurs... flashes toute la journée.                                                                  

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Inhumation définitive ?

Le 3 avril, un vendredi à 9 heures, le cercueil réintégra son mausolée, à quelques mètres de l'emplacement précédent, dans l'ancienne chapelle dite "des Trépassés", en présence de monsieur L'abbé Charles Le Goaster, recteur, monsieur L'abbé Pierre Loaëc, curé doyen de Saint Renan, monsieur l'abbé Albert Villacroux, chanoine honoraire, recteur de Plougonvelin, monsieur Charles Minguy, maire du Conquet, monsieur Pierre Laurent, ingénieur général de l'E.D.F, monsieur Louis Jestin du "Télégramme", les trois marbriers et le sacristain.

Le mausolée est désormais scellé dans la direction nord-sud. Le cercueil fut transporté par messieurs Le Goaster, Loaëc et Villacroux prêtres, et par monsieur Minguy, maire. Il fut descendu à l'aide de deux cordelettes au fond de l'excavation, gisant sur deux traverses de bois, la tête au nord.

Le cordon rouge qui entourait le cercueil et unissait les capsules d'étain étant détruit, les sceaux de monseigneur Dubillard étant décollés, je ne jugeai pas utile de replacer ces objets dans le tombeau. Ils se trouvent dans le coffre-fort du presbytère.


(Détail de la tête du sarcophage, photo JPC)

 

Rapport rédigé par monsieur Le Goaster, recteur ;  en foi de quoi tous les témoins ont signé:

      À  Le Conquet, le 30 avril 1970.

 

A la fin des opérations, Charles Minguy ne put s’empêcher en matière de provocation, de claironner en face de mademoiselle Causeur, farouche admiratrice de Dom Michel, « E finita la comedia ! » (Vieille histoire Copy-Causeur).       

 

A propos des statues de la façade

La façade ouest de l'église est ornée de quelques statues intéressantes. Dans l'angle de gauche, un petit saint Yves, dont la tête semble avoir été refaite. Saint Yves était avocat, défenseur des pauvres et des causes difficiles.  Dans l'angle droit, une statue de sainte Barbe,portant sa tour,  sans doute du XVIe siècle, et provenant de la chapelle Sainte-Barbe, proche de la pointe du même nom. Au centre un Christ de pitié, ou Christ aux liens, attendant la mise en croix. De part et d'autre de la porte, une statue féminine non identifée. Ce personnage tient dans sa main une sorte d'écharpe. Un enfant agenouillé, peut-être un ange, à demi couvert par les plis de la robe, tient l'extrémité du large ruban. A droite de la porte, une très belle statue de saint Jean, l'Evangéliste, tenant un livre. A ses pieds, son attribut habituel, un aigle, et devant lui un encrier. Depuis deux ans environ, Jean est "sans tête". A la suite de travaux d'entretien, la tête qui menaçait de se détacher, a été déposée et se trouve dans un local de la mairie. Je pense que la dépense ne serait pas bien grande, pour rendre à saint Jean cet élément essentiel de sa personnalité. D'autant plus que dans l'histoire sainte, c'est saint Jean Baptiste qui a eu la tête tranchée et non pas l'Evangeliste.



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                                  Saint Yves 

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                              Statue  féminine non identifée























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       Saint Jean (avec sa jolie tête bouclée)

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La statue de saint Jean aujourd'hui sans tête.( Restaurée courant 2010)


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                                       Sainte Barbe avec sa tour


                                                                  


                                                                                                             



FIN PROVISOIRE DE REDACTION / JPC

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