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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 14:44

UNE AFFAIRE D’ASSASSINAT AU CONQUET

 

En 1979, je posais dans le bulletin communal du Conquet, à la suite de ma petite chronique historique, une question aux lecteurs. « Quelqu’un sait-t-il pourquoi un nommé « Goulven Helegoen* » du Conquet a été condamné à mort et exécuté en 1859 ? »

 

Cette curiosité me venait d’un feuillet trouvé dans des papiers d’archives municipales. Daté du 18 juin 1859, il portait l’en-tête de l’Administration de l’Enregistrement et des Domaines, bureau de  Saint-Renan et était adressé au maire du Conquet. On y lisait  … « [concernant] Goulven Helegoen, condamné à la peine de mort, quels sont ses héritiers, en quelle situation est leur fortune personnelle ? ».

 

La question est restée sans réponse pendant plusieurs années, quand la lecture du journal « L’Océan » de 1858 m’a éclairé sur le sinistre fait divers. Voici donc l’histoire telle que j’ai pu alors la reconstituer :

 

Du soc de la charrue au couteau de la guillotine

 

Le 6 décembre 1858, triste lundi matin froid et humide, Guillaume Kerlédan agriculteur à Plougonvelin, emprunte avec sa charrette un petit chemin creux près du hameau de Trémeur pour se rendre aux champs. La voie est étroite, boueuse,  le cheval peine à tirer l’attelage, quand soudain Kerlédan l’arrête. Ce n’est pas une ornière plus profonde qui  motive son geste mais la présence d’une masse sombre à même le sol, à l’ouverture d’un champ. En maugréant, et inquiet en même temps, Kerlédan met pied à terre et s’approche prudemment de « la chose ». Bientôt ses cris alertent quelques paysans déjà au travail dans les champs voisins. Un petit groupe d’hommes et de femmes entoure ce qui s’avère être le cadavre ensanglanté d’un homme manifestement assassiné. Un badaud plus courageux que les autres retourne le corps qui porte une vilaine plaie à la nuque. Tous reconnaissent « Locrouan » surnom de Jacques François Thomas, journalier agricole et à l’occasion marchand de cochons.

Quelqu’un court jusqu’au bourg prévenir et chercher de l’aide. Le docteur Leseleuc arrive sur les lieux quelques temps plus tard et note dans son rapport que « le dénommé Thomas a été frappé par derrière à l’aide d’un objet pointu comme un coin en fer, la violence du coup a été telle que le crâne s’est brisé en de nombreux fragments, plusieurs esquilles s’en sont détachées ».

 

L’enquête des gendarmes démontre que Thomas n’était pas connu pour avoir des ennemis, une vengeance est écartée comme mobile possible. Par contre tout le monde savait qu’il avait l’habitude de garder sur lui ses économies. Thomas devait payer vers la mi-décembre, les deux-tiers d’une maison dont il faisait l’achat. On pouvait donc penser qu’il avait dans ses poches les 600 francs du futur règlement. La fouille des vêtements du mort n’ayant pas livré le moindre centime, les gendarmes concluent que le vol a motivé le crime.

 

L’enquête s’oriente dans ce sens, un témoin livre un détail important. Le témoin c’est Etienne, un gamin de sept ans, fils de Jacques François Thomas, qui vivait seul avec son père dans une petite maison de la rue « Marie Lagadec » au Conquet. L’enfant rapporte qu’il a été réveillé dimanche matin,  bien avant l’aube, par des coups frappés à la porte. Il a entendu son père se lever, puis parler à un certain Goulven, s’habiller et quitter la maison avec ce visiteur matinal. Depuis le gamin ne l’a pas revu. Goulven… Goulven… le bruit court vite, on murmure, on chuchote, on se rappelle d’une histoire vieille de quatre ans, quand Goulven Hélégoët avait forcé la porte d’entrée de la maison de Marie-Jeanne Le Cloâtre, puis les battants de son armoire pour lui voler ses économies. Et puis les langues se délient, d’aucuns vont raconter aux gendarmes que Thomas et Hélégoët se fréquentaient pas mal ces derniers temps, certains « savaient » que  Locrouan avait demandé à son compère de lui avancer les 300 francs qui lui manquaient  pour  l’achat de la maison, révélant par là qu’il possédait le principal de la somme.

 

Sans preuves, mais accréditant ces rumeurs, les gendarmes arrêtent Goulven Hélégoët. Celui-ci niant farouchement toute participation au crime, c’est sur sa femme que s’acharne le juge de paix de Saint-Renan. Accusée de complicité, menacée de prison ou pire, Marie-Anne Le Bihan ne résiste pas longtemps. Elle avoue que son mari lui a raconté avoir commis le meurtre, que l’argent est dans un sabot caché dans leur grange et qu’il a emporté le cadavre au loin avec sa charrette. Goulven Hélégoët, confondu par la dénonciation, innocente son épouse qui est aussitôt relâchée et raconte sa première version des faits :

« Le dimanche 5 décembre, je me suis levé vers 3 heures du matin et je me suis rendu chez Thomas. A 4 heures nous sommes partis pour chercher des porcs à Plougonvelin. Arrivés près du village de Trémeur nous avons dû passer dans un champ pour éviter la boue dont le chemin était rempli. Lorsque Thomas escalada le fossé, je lui assenai un vigoureux coup de bâton sur la tête qui le renversa, puis je le frappai de deux autres coups lorsqu’il fut à terre. Pensant qu’il était mort, je lui ai pris son argent que je suis venu cacher chez moi ».

 

Cette déposition ne satisfait pas le juge de paix car le rapport du docteur mentionnait qu’autour du cadavre la terre n’était ni éboulée, ni remuée ou piétinée et que les vêtements du défunt n’étaient pas en désordre. Le docteur mis au courant de la déclaration d’Hélégoët certifie alors que « trois coups de bâton, même vigoureusement assénés ne pouvaient pas casser une boîte crânienne d’une aussi horrible façon »

 

A nouveau interrogé, sans doute au tribunal correctionnel à Brest,  Goulven Hélégoët  livre alors la vérité : « sur sa demande, j’avais promis à Thomas de lui prêter 300 francs que je tenais cachés dans une grange à Kermergant, nous pouvions, s’il le voulait,  passer les prendre en allant à Plougonvelin. Sans se méfier Thomas est entré avant moi dans le pen-ty ». La suite est horrible, digne d’un film d’épouvante : Hélégoët a ramassé sur le sol un soc de charrue et maniant avec une violence inouïe cette arme peu commune, il a fracassé le crâne de son comparse. Puis après l’avoir délesté de ses 600 francs, il l’a transporté avec sa charrette dans le chemin de Trémeur où il a été découvert par Kerlédan.

 

Le procès d’assises se tint à Quimper en avril 1859. Sans hésiter, les jurés réclamèrent la tête du prévenu. Hélégoët qui n’avait plus dit mot depuis ses aveux, semblait indifférent à tout le tapage fait autour de sa personne. Il ne réagit pas plus quand le président du tribunal énonça la sentence de mort. Le samedi 4 juin 1859, à six heures du matin, Goulven Hélégoët, cultivateur âgé de quarante-quatre ans, a été accompagné à la guillotine par l’abbé Téphany, secrétaire de l’évêque et aumônier de la maison de justice. Le journaliste de « L’Océan » écrit dans son compte-rendu du 6 juin : « Hélégoët est mort dans les sentiments les plus chrétiens, il ne cessait pendant le trajet de la prison à l’échafaud, de demander pardon à Dieu et aux hommes, du crime affreux qu’il avait commis ».

 

Notes :

 

-Sauf pour le billet de la mairie  "Helegoen", j’ai adopté l’écriture Hélégoët pour l’ensemble du texte, sachant que l’on trouve le nom écrit sous diverses formes : Alégoët, Alégoat, Hellégoët, Halégoët etc... venant à l’origine de Haleg : le saule et Coat : le bois.

 

-Quel besoin avait Hélégoët de venir à pied à 4h du matin au Conquet chercher Thomas pour aller à Plougonvelin, puisqu’il dit qu’ils avaient convenu d’aller ensemble à Plougonvelin chercher des porcs. Un rendez-vous vers Trovern aurait été plus cohérent.

Kermergant est un hameau proche de la pointe de Penzer.

Donc : Hélégoët se lève à 3h, quitte presque aussitôt  Kermergant et arrive au Conquet à 4 h, après plus 2 km de marche à travers la campagne. Puis il propose à son compère de repasser par Kermergant,  (ce qui fait un détour), avant d’aller à Plougonvelin.

 

-La rue « Marie Lagadec », (entre le haut du casse-cou et la rue Saint-Christophe), actuelle rue Aristide Briant. Je n’ai jamais trouvé la moindre information concernant cette « Marie Lagadec ».

 

-Hélégoët prétend qu’ils allaient chercher des porcs à Plougonvelin, à pied.  Ils les auraient ramenés comment ?

 

-Surnom Locrouan : peut-être une déformation de Locournan, nom local de Saint-Renan

 

-La durée : La scène se passe le dimanche 5 décembre 1858 à partir de 3h du matin. L’agriculteur Kerlédan est dit trouver le cadavre le 6 au matin., donc Hélégoët l’a transporté avec sa charrette de Kermergant au chemin de Trémeur dans la nuit du 5 au 6.

Trémeur est un hameau de Plougonvelin proche de la route Plougonvelin - Saint-Mathieu, vers l’ancien centre émetteur de Radio-Conquet.

 

-« Mort en… demandant pardon … » phrase journalistique usuelle dans ces circonstances.

 

 

Jean Pierre Clochon

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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 10:48

La tortue du « Janua Caeli »

 

Sur cette carte postale des Editions Jos Le Doaré, on identifie à droite Le Roturier, caseyeur construit à Camaret en 1931, jaugeant 8,46 tonneaux et équipé d’un moteur diesel de 12 cv. Bateau  acquis par Louis Marec en 1950.

Un peu à gauche et gité sur tribord, le Janua Caeli construit en 1927 à Camaret pour Joseph Le Boité, acquis en 1929 par Michel Guillimin, puis appartenant en 1952, époque de la photo, à Yves et Alexis Vaillant. Le Janua Caeli  jaugeait 8,10 tonneaux et était propulsé par un moteur Baudouin de 10 cv.

 

La tortue luth : Le 29 juin 1948, l’équipage du Janua Coeli, (Michel Guillimin patron et ses matelots François Cam et Alexis Vaillant),  relevait ses casiers au large des Pierres Noires. Les trois hommes ont été intrigués par une carapace à fleur d’eau et ont identifié aussitôt une tortue qu’ils ont remontée à bord. Débarqué au Conquet, l’animal rare dans les eaux bretonnes, a été reconnu comme une tortue luth, d’une longueur d’1,75 mètre et d’un poids de 450 kilos. Bien vivante, la bête qui lors de sa capture portait un « poisson-pilote » long de 20 centimètres, collé sur sa tête, a été acheminé dans un bac vivier par camion ou par train ? jusqu’au musée océanographique de Biarritz.

(Source :  Le Télégramme de Brest)


Les enfants du Conquet semblent plus intéressés par le photographe que par la tortue. Photo collection JPC.
























Une autre vue du même sujet, le Janua Coeli est sans doute le bateau échoué à droite de la photo. On remarque que la cale Est du Drellac'h explosée à la dynamite par les soldats allemands en août 1944 n'est toujours pas reconstruite.
  (Photo collection JPC)




























Contribution de Stéphane Vaillant, petit-fils d'Alexis Vaillant

La deuxième tortue luth,

Le 14 août 1973, Alexis Vaillant, cette fois à bord du San Josef, a ramené au Conquet une tortue luth, morte, trouvée en mer du côté des Pierres Noires.

Ci-dessous, deux photos de la tête de la tortue luth de 1973, (Collection familiale).






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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 18:14

DES VOITURES A CHEVAUX AU TRAMWAY

 

Jusqu'au début du XXe siècle les transports entre Le Conquet et Brest se font soit par bateau, soit par voitures à chevaux : charrettes ou tombereaux pour les marchandises, cabriolets ou diligences pour les voyageurs.

L'édition de 1844 du Guide du voyageur pour le département du Finistère, mentionne que de Brest au Conquet circule le lundi et le vendredi, avec un départ de Brest à 4 heures du soir, la voiture suspendue Imbert. Et que les lundi, mardi et vendredi, la voiture suspendue Keromnes, 7 places, fait aussi le trajet. Le départ des deux véhicules se fait a Brest, 4 rue du Rempart.

 

On peut citer pour mémoire, quelques noms de "commissionnaires" conquétois : 1867 : Joubert, tenancier de l'hôtel de Bretagne, met en service une voiture à deux roues pour le transport des dépêches» en plus du cocher elle pourra accuei1lir deux passagers. En 1875 sa veuve Virginie Pétrement, poursuit cette activité en mettant en circulation une voiture destinée à faire le service régulier des voyageurs entre Le Conquet et Brest. Cette dame et sa fille, Aimable Joubert,  ont laissé l’hôtel de Bretagne à Louis Besson pour prendre le Lion d’Or.

                                   (Au milieu : l'hôtel Forest) 


D'autres suivront : Guiziou en 1876, Menguy en 1877,  une note municipale nous dit qu’il est invité le 9 juin à présenter pour expertise, au commissaire de police à Brest, la voiture publique qu'il compte mettre en circulation. Le 3 juillet, Menguy a son autorisation. Le 2 octobre 1878, même procédure pour Mathieu Le Bars.
 

Le Bars meurt jeune, laissant à sa femme Perrine Le Gall son entreprise de "voiturier". La veuve Le Bars qui doit subvenir aux besoins de ses cinq petits enfants, fait marcher son commerce avec énergie. En 1886, elle est entrepreneur de diligence et possède trois voitures : une à deux roues tirée par un cheval, une autre à quatre roues et un cheval, une autre à quatre roues et deux chevaux. Hélas elle subit la perte consécutive de plusieurs chevaux. En juin 88 un autre cheval meurt, la dame est dans une détresse extrême. Avec l'aide d'un secours municipal elle s'en sort. Au début de l'année 1903, elle a en propre une voiture à deux roues, tirée par un petit cheval bai, âgé de dix ans, "Bibi", elle est de plus associée avec des hôteliers brestois pour l'exploitation de la diligence l'Hirondelle qui assure tous les jours le trajet entre la Grand-Rue au Conquet où la dame Le Bars a ses écuries et la rue Algésiras à Brest. L'hiver départ du Conquet vers 7h du matin, au retour, départ de Brest vers 16h. L'été le service est doublé. La durée d'un "aller" est d'environ deux heures et demi. Le trafic "voyageurs" se résume à environ 10 passagers par jour 1'hiver, 20/25 passagers l'été.

Son fils François cocher, sa fille Amélie cuisinière et trois domestiques cochers, forment le personnel de l'entreprise « veuve Le Bars », entreprise qui se voit brutalement contrainte à disparaître quand le 28 juin 1903 arrive bruyamment au Conquet le premier voyage du tramway électrique. François Le Bars ouvre alors l'hôtel du Commerce au Conquet.

 
Ci-contre, l'hôtel du Commerce - Grand-rue.

En 1901, un nommé Pierre Manac’h, commissionnaire au Conquet, possède une voiture à deux roues, de 3e classe, tirée par « Jacq », un étalon de 6 ans.

 

Les tramways :

Le 6 juin 1898 on assiste à Brest au voyage inaugural de l' « omnibus-tramway urbain » sur une ligne unique Pont National-rue Inkermann (Saint-Marc). En 1901 le réseau compte trois lignes dont 1'une amène les voyageurs à destination du Conquet, jusqu'à Saint-Pierre-Quilbignon, où ils n'ont plus qu'à attendre le passage de l'Hirondelle,

     

        Le tramway "de ville" arrivant à la porte du Conquet, à Recouvrance

Celui qui s’impatiente en ce début de siècle en guettant l'arrivée de la guimbarde, sait peut-être que depuis 1897, année où les risques de guerre avec l'Angleterre étaient grands, la construction d'une voie chemin de fer entre Saint-Pierre et Le Conquet a failli être réalisée, dans le but stratégique d'amener rapidement soldats et munitions jusqu'aux forts de la défense côtière en cas d'alerte…

La tension internationale diminuant, le projet de relier par rail Le Conquet à Brest n'a pas disparu, au contraire. L'idée commence à se concrétiser en 1900, par la création d’un comité d'initiative des Tramways Electriques du Finistère, composé d'Hippolyte Levasseur manufacturier et maire du Conquet, et de nombreuses personnalités brestoises. Ce comité, préférant la traction électrique à la vapeur, lance une souscription pour intéresser le public à l'aventure : c'est un succès, les actions à 100 francs s'enlèvent avec enthousiasme. Le 22 octobre 1900 l'objectif financier est atteint. Les travaux commencent bien avant le décret officiel d'autorisation qui ne paraît au Journal Officiel que le 19 septembre 1902, alors que les rails sont déjà posés jusqu'à La Trinité. L'usine électrique de Ponrohel (Porsmilin) se construit rapidement et dresse au-dessus des arbres sa haute cheminée de briques rouges. Motrices et wagons sont livrés par la société Thomson-Houston. Pour éviter tout phénomène d'induction sur le câble télégraphique transatlantique qui suit sur 8 kilomètres  la route départementale, entre le croisement de Déolen et Brest, le retour de courant ne pouvait pas se faire par les rails comme pour le tramway urbain. Les motrices du Conquet ont donc été équipées de deux perches glissant sur deux lignes aériennes, l'une amenant le courant aux appareils, l'autre servant au retour de ce même courant, au lieu d'une seule pour le tram de ville.

 

Un ouvrage de référence : Louis Coudurier, « De Brest au Conquet par le Chemin de Fer Electrique », imprimerie de la Dépêche Brest 1904. Réédition Les Amis de Saint-Mathieu 1995. Voir également sur le site de Phase-Iroise (lien sur la page d’accueil de ce blog), le diorama de la conférence d’Alain Cloarec sur le tramway du Conquet en 2008, à Plougonvelin.



 

Le 28 juin 1903 la ligne est inaugurée. Elle relie Saint-Pierre (place de l’Eglise) au Conquet, (un embranchement à la sortie de Brest dessert Sainte-Anne du Portzic à  partir de 1908),  en un peu plus d'une heure. C'est immédiatement un succès populaire, surtout les jours fériés. (100.000 voyageurs dans chaque sens la première année);.

(Gare de Saint-Pierre, le bâtiment existe toujours)

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Au Conquet le "Terminus provisoire" document :

Installation du terminus du tramway au Conquet.

Mairie du Conquet, pièces éparses.

Brest le 11 juin 1903,

Compagnie des Tramways Electriques du Finistère à monsieur le maire du Conquet :

En suite de notre conversation d’hier, nous avons l’honneur de solliciter de votre bienveillance, l’autorisation

1/ de clore au moyen d’une palissade en planches, l’extrémité de la voie d’évitement qui vient d’être posée sur la place du champ de foire du Conquet. Cette clôture devant servir à protéger la voiture qui stationnera en cet endroit pendant la nuit.

2/ de construire à proximité de cette voie une cabane en bois destinée à faciliter notre service d’exploitation au point de vue de la délivrance des billets, l’enregistrement des bagages etc…

Ces deux constructions n’auront qu’un caractère provisoire et ne resteront élevées que jusqu’au moment où notre compagnie pourra entrer en possession du terrain pour lequel une demande d’expropriation a été lancée. Veuillez agréer, monsieur le maire etc… signé Isidore Marfille, administrateur délégué.

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Les Brestois découvrent alors les plages de Trégana, du Trez-Hir, du Conquet, de Ploumoguer (Blancs-Sablons). De nombreuses villas se construisent en bordure de mer. Les prix des terrains montent. La gare du Conquet avec son hangar à motrices est édifiée en 1904, on l'a vue disparaître avec regret vers 1985 (à préciser).

                                                                  (La gare du Conquet)



















En 1908, une nouvelle gare terminus est inaugurée à Brest-Recouvrance, à l’endroit dit « porte du Conquet.
.

 

En juin 1910, un conseiller municipal de Brest se plaint en séance de la défectuosité du service postal entre Le Conquet et Brest, service qui n’existe qu’une seule fois par jour, par voiture (à cheval), alors que des départs ont lieu chaque heure, en chaque sens, par un tramway électrique desservant les deux localités. Il demande à ce que le service soit immédiatement amélioré, que la fréquence des échanges soit doublée, et que l’administration des Postes utilise le moyen rapide qui est à sa disposition. Il est entendu, et quelques mois plus tard, le 1er février 1911, par contrat avec le ministère des Postes et Télégraphes,  la Compagnie des Tramways Electriques se voit confier le transport des dépêches. A cette occasion les voitures circulent pavoisées.

 

 Inauguration du service postal


                                                                            Ci-dessous le chef de gare Corouge et sa famille
1911 Personnel de la Compagnie habitant au Conquet

 

Corouge Adolphe, chef de gare,  chemin du Croaé

Quinquis Jean Marie, conducteur, rue Poncelin

 

Bréhier François, employé, rue Kerdacon

Simon Jean Marie, employé, rue Saint-Christophe

Gahaignon Eugène, employé, rue Kerdacon

Balc’h Yves, employé, rue Poncelin

Gélébart François, employé Grand-Rue

Floc’h Adrien, employé,  rue Saint-Mathieu

Laurent François, menuisier, quai du Drellac’h

 

Pendant la guerre 14-18, le tramway fut un temps arrêté. En l'absence des hommes partis au front, c'est une femme, madame Rivoallon qui conduisait la voiture à chevaux menant voyageurs et marchandises à Brest.

 

Après la guerre, 1'activité du tram s'essouffle, le Conseil Général rechigne à subventionner une compagnie dont la situation financière s’aggrave chaque jour, la ligne est menacée de disparition. Un voyageur mécontent s’exprime dans les colonnes de  la « Dépêche » le 25     novembre 1919 : « Sur la question d’arrêter l’exploitation des tramways et de la remplacer par un service d’autobus, constitue une pure régression en civilisation, qui ne paraît pas pouvoir être raisonnablement envisagée… » ce même lecteur conseille pour diminuer les frais «  que l’on donne donc toutes les facilités à la compagnie pour assurer son exploitation en supprimant la clause imbécile qui l’oblige à garder en hiver un personnel trop nombreux. »
(Ci-contre, l'arrêt de Pen ar Ménez)

(Ci-contre le tram à l'étang de Kerjan)




















Cependant le tramway électrique se survit encore dix bonnes années. L’exploitation a été reprise en 1922 par la Cie des Chemins de Fer Départementaux.  Ce n'est que le 20 septembre 1932 que le service est officiellement supprimé. Aussitôt la gare de Recouvrance est modifiée pour accueillir les autobus de la Compagnie des Chemins de Fer Départementaux, adjudicataire de la ligne. Au Conquet, même chose, les billets pour les cars sont délivrés dans l’ancienne gare du tramway. Progressivement les rails sont démontés. Lors de travaux récents près du croisement de Kerjan, les ouvriers ont encore déterré quelques sections de rails.

 



Ci-dessus :  le bout de la ligne du tramway à l'entrée de la Grand-Rue, à droite la maison d'Hortensius Tissier, à gauche  peu visible, la grille d'entrée de Beauséjour. Après avoir déposé ses voyageurs à la gare, le tram poursuivait jusqu'à la hauteur de la rue Bernard (actuelle Louis Pasteur). Là, un aiguillage l'orientait sur les rails à droite qui le ramenaient dans le hangar à motrices, ou sur la voie de départ vers Brest.

 

Accidents :

Le tramway pendant sa trentaine d’années d’activité, n’a pas été exempt d’incidents ou d’accidents, en voici quelques uns :

-Journée du jeudi 1er octobre 1903, à 11h39 du matin, la voiture N°5, conduite par le nommé Gouzard, venant de la station de Saint-Pierre et de dirigeant sur Le Conquet, marchand à une allure très modérée, était arrivée à la hauteur du poteau « 90 à 100 m » de l’arrêt de Saint-Aouen, lorsqu’un porc qui se trouvait sur la voie ferrée a été écharpé par le tramway. Il a eu les deux pieds de derrière plus ou moins broyés. Il nous a été impossible de connaître le nom du propriétaire de l’animal blessé. L’accident a eu deux témoins : le général Orcel et monsieur Jacques Orcel de Vannes. Cette note est signée par Gallou, receveur à Saint-Pierre.


-Le Courrier du Finistère, 28 janvier 1906. Tamponné par un tramway, un accident est arrivé mardi soir sur la ligne des tramways du Conquet.  Le tram arrivant à 6h20 a rencontré, couché en travers sur la voie, dans les environs de Saint-Aouen, un sieur P. domestique.  En état d’ivresse complète, il n’a pu être aperçu à temps par le conducteur qui pourtant avait serré les freins à bloc. Il est probable que c’est le marchepied qui a dû heurter violemment le corps de P. Il en est résulté deux fractures des côtes, sans compter une plaie au crâne, mais celle-ci sans aucune gravité. Etant donné qu’il était impossible de soigner utilement le blessé au Conquet, le maire a ordonné son transport à l’hôpital civil de Brest.


-Le Courrier du Finistère, 7 août 1909, broyé par le tramway. Le tram venait de quitter Le Conquet dimanche soir à 6 h1/2. Un peu plus loin que La Trinité, un homme sortit d’un débit de boissons, trébucha et tomba sur la voie. Le conducteur ne put arrêter son véhicule. L’homme fut d’abord roulé par le chasse-pierres, puis coincé entre  ce dernier et les roues. Lorsqu’on put le dégager, il avait la cage thoracique broyée. La victime n’était connue dans le pays que sous le nom de « Ma Jésus ». C’était un journalier de Saint-Pierre Quilbignon âgé de 55/60 ans.

-Le Courrier du Finistère, 21 août 1909, déraillement. Dimanche soir un déraillement qui n’a heureusement causé aucun accident de personnes, a eu lieu près de la gare du Trez-Hir, à la suite d’un tamponnement avec un cheval abandonné sur la route. Le cheval fut tué et une voiture du train a déraillé.

Ci-dessus, la gare du Trez-Hir, (Lieu-dit : Toul an Ibil), la maison existe toujours

-Saint-Pierre Quilbignon, le 19 septembre 1910

J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que dans la soirée d’hier, il s’est produit sur notre ligne de Brest au Conquet, un accident mortel dans les circonstances suivantes :

A 9h15, un train conduit par le conducteur Balc’h, rentrait au Conquet et était arrivé au lieu dit Talabay, à 7 ou 800 mètres avant la gare. Balc’h qui marchait sans courant, la voie étant à cet endroit en pente, venait de franchir une courbe assez prononcée, lorsqu’il aperçut à 4 mètres à peine devant lui, un homme couché sur la voie. Il fit aussitôt fonctionner son frein électrique et le train s’arrêta presque sur place. Néanmoins le chasse-corps heurta l’homme. Lorsqu’on le releva sans avoir eu besoin de toucher à la voiture, on constata qu’il ne donnait plus signe de vie.  La victime (fracture du crâne), se nomme François  T. 51 ans, domestique, sans domicile fixe.  T. sortait de prison depuis peu de jours, c’était un ivrogne invétéré. Une fois déjà on l’avait trouvé couché sur la voie près de la gare du Trez-Hir, mais le train avait alors pu stopper sans le toucher.

Hier encore il était en état complet d’ivresse. J’avais été obligé de requérir les gendarmes pour l’éloigner de la gare où il causait du scandale.

Le conducteur Balch ne peut être rendu responsable de cet accident que l’on doit attribuer qu’à la courbe prolongée que venait de franchir le train. Les fêtes annuelles du Conquet qui avaient lieu hier, nous avaient obligés à prolonger notre service le soir, en raison du retard apporté à l’horaire par l’affluence des voyageurs. Aucune personne ne se trouvait sur les lieux au moment de l’accident et le train qui allait remiser, était vide. Signé l’administrateur-délégué.



-Le Courrier du Finistère, 10 juillet 1915, affreux accident. Le 1er juillet, monsieur S. sur la route du Conquet conduisait une charrette attelée de deux chevaux. A hauteur de l’usine, il croisa un tramway. Le cheval de tête prit peur et la charrette se trouva en travers de la route. En passant le tramway happa le petit Jean S., âgé de 7 ans qui était assis sur le côté gauche de la charrette. Traîné sur un parcours de plusieurs mètres, et pris sous le chasse-pierres, le malheureux petit avait cessé de vivre quand on put le dégager.

-Le Courrier du Finistère, 28 septembre 1929, accident mortel, dimanche 22 vers 13 heures, Gabriel C. domestique à Trielen, avait pris place sur la plate-forme d’une voiture du petit tram du Conquet. Légèrement pris de boisson, il perdit l’équilibre, tomba et roula sous le convoi. Il fut relevé, le crâne fracturé, un bras et une jambe broyés, la poitrine enfoncée. Le malheureux ne tarda pas à succomber.


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Pour l’anecdote :

Voiture automobile : la première voiture à essence appartenant à une personne du Conquet et déclarée à la mairie, fut en 1910, une LN 12-14 cv, 4 cylindres, type Phaeton, équipée de roues à pneumatiques, construite en 1908.
Le propriétaire était un certain Georges Ramel, originaire de Paris, voyageur de commerce, demeurant rue Kerdacon prolongée.
Un lecteur aurait-t-il une photo de ce type de véhicule? 
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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 15:33

                         PHARE DE KERMORVAN



 



La construction du phare de Kermorvan s'inscrit entre celle du phare de Saint Mathieu (1835) et celle du phare des Pierres Noires allumé en 1872.

 

Les études et avant-projets commencent en 1841-43

Règne de Louis Philippe  (1830-1848)

Municipalité de Charles Lombard (1838-1843)

 

19 avril 1844, une dépêche ministérielle autorise la construction d’un phare à l’extrémité de la pointe de Kermorvan

25 février 1845, le Génie Militaire et les Ponts et Chaussées s’accordent sur l’établissement d’un feu fixe qui ne gênera pas le tir des batteries placées plus haut.


Ci-contre : la batterie haute et la batterie basse vues de la galerie du phare. (Etat actuel - 2006)










Le phare projeté devra donner avec celui de Saint-Mathieu l'alignement exact du chenal du Four. Pour remplir sa mission, sa portée sera de 12 milles marins, la lanterne sera donc placée à environ 16 ou 17 mètres au-dessus des pleines mers d’équinoxe.

 

Le phare de l’île Noire en baie de Morlaix, tour carrée terminée par une plate-forme horizontale servant de soubassement à la lanterne est choisi comme modèle. Intérieurement le phare comportera 4 pièces destinées à servir de cave, de magasin, de dépôt d'huile, et de logement des gardiens.

 


Début du chantier,
toujours sous Louis-Philippe

Municipalité de Jean Marie Le Guerrannic (1843-1859)

 

La construction commence fin 46 ou début 1847, la pierre de taille vient de Laberildut, elle est déchargée dans la grève du Conquet par des gabares de Lampaul-Plouarzel. (Imaginons le trajet des attelages qui véhiculent les lourds blocs de granit. Ils doivent chercher un chemin pas trop pentu pour sortir de la grève,  sans doute celui derrière le magasin du Génie (à l’ouest de l’actuelle passerelle) et revenir sur plus d’un kilomètre par la route qui va de Lanfeust à la pointe de Kermorvan)

 

Seconde République: (1848-1852)

 

La tour est achevée au printemps 1849, les équipements sont installés aussitôt. Le phare est servi par deux personnes, un gardien et sa femme recrutée comme gardien-auxiliaire.

 Kermorvan est officiellement allumé le 1er Juillet 1849, en même temps que Le Toulinguet près de Camaret et un peu après le Minou.

 

La construction du pont en arche qui relie le phare à la pointe commence peu après, la réception définitive des travaux a lieu le 31 octobre 1849.

 

La date de construction du fort : "1846", inscrite au-dessus de la porte d'entrée pose problème, ce fort aurait été construit en même temps que le phare, c'est-à-dire bien avant les autres forts environnants. Plus tard, en 1898,  son déclassement par l'armée, permettra aux Phares et Balises d'y aménager un logement pour les gardiens.

 

 

Le phare de Kermorvan, phare à terre toujours accessible, n’a pas d’histoire particulière connue.

 

Endommagé pendant la guerre 1939-45, il a été remis en état aussitôt après la Libération : remplacement des glaces et de la lanterne, mise en place d'une machine de rotation neuve etc.  La cloche de brume, dont l'équipement est placé sur la galerie, était irréparable, elle a été remplacée plus tard par une sirène de brume).

 

Pêcheur, marin de commerce, puis gardien de phare, Albert Gouarzin, né au Conquet en 1905, a été affecté au phare de Kermorvan après sa remise en état, le 1er octobre 1946. Il y est resté 22 ans.

 

Le dernier gardien de Kermorvan a été Jacques Le Noret. Après son décès, la surveillance et la maintenance du phare ont été assurées par madame Le Noret, gardien-auxiliaire.

 

Le phare est entièrement automatisé depuis 1994

 

 

Le phare de Kermorvan aujourd'hui

 

EXTRAIT DE L'ALMANAC'H DU MARIN BRETON

 

Phare de Kermorvan: tour carrée blanche, sommet noir. Position 4821,7N 0447,3W.

Hauteur du feu au-dessus des pleines mers d'équinoxe: 20 mètres

Portée de la lumière: 22 milles

Rythme du feu: un éclat blanc toutes les 20 secondes

Sirène de brume: un son toutes les 60 secondes

 

Le feu de Kermorvan forme avec le feu de Saint Mathieu et le feu directionnel de Saint Mathieu, l'alignement 158° du Chenal du Four.






Dans la tour du phare de Kermorvan, la chambre





                                                                                               L'escalier à vis qui monte à la lanterne
                             L'optique de la lanterne







L'entrée du port du Conquet vue du haut du phare, à gauche la crique de Porz Seillon, témoin de tant de naufrages au cours des siècles passés.


**************************************************************************

 

A terre, sur la commune du Conquet il existe un autre phare : le « feu de Lochrist », tour octogonale blanche, sommet rouge, située près du village de Lochrist, sur la hauteur entre Le Conquet et Saint-Mathieu. Ce phare est à occultations blanches (2+1) de 12 secondes, il est à combiner avec celui de Kermorvan comme suit : venant du nord-ouest :  suivre le feu de Lochrist par le feu de Kermorvan, alignement 137.5 puis faire route au 113 en prenant la tourelle du Faix par le phare du Stiff pour rejoindre la partie nord du Chenal du Four, près de la Pointe de Corsen  Le feu de Lochrist est électrifié depuis sa construction, il n’a jamais eu de gardien.

 

Site à consulter également

www4.culture.fr/patrimoines/patrimoine_architectural_et_mobilier

 

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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 11:55

   LA MALLE-POSTE BREST-LE CONQUET



















Cette carte-postale légendée
:

Anniversaire de la fondation de l'orphelinat des sous-agents et ouvriers des P.T.T
Fête de la Mutualité Postale Internationale des 19-20 avril 1908

pourrait ne pas attirer notre attention, si on ne lisait, sous le coude du personnage à la première fenêtre, "Brest" et sous la fenêtre fermée derrière lui, "Le Conquet".
La malle-poste, tirée par cinq chevaux porte également sur son panneau avant (un mot illisible) "du Chemin de fer" et sur le plan incurvé au-dessus des petites roues, une inscription avec le mot "Brestoise".

-- En 1908, ce véhicule faisait-il toujours le service postal entre Brest et Le Conquet, sachant que le tramway assurait le service des voyageurs entre les deux localités depuis 1903. Mais officiellement le tramway n'a obtenu le transport des dépêches et colis qu'en 1911 (j'en reparlerai)

--Où se passe la scène? Où avait lieu cette année 1908, la "Fête de la Mutualité Postale Internationale",  fête pour laquelle on aurait transporté ce véhicule représentatif d'une époque (serait-ce "l'Hirondelle"?). 

--Un exemplaire de cette carte-postale était récemment en vente sur "Internet", par un collectionneur belge. Est-ce un indice? Je suis bien sûr preneur de  toute information sur le sujet.  JPC


 

 

 

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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 19:34

   CHAPELLE ET PLACE SAINT-CHRISTOPHE

 

Personnage légendaire d’Asie Mineure, "Christophe" a été adopté comme « saint patron » par les voyageurs en général et les marins en particulier. De nombreux édifices religieux lui ont été dédiés, en particulier dans les ports.

 

Au Conquet on lui consacra, sans doute au XVe siècle, une chapelle sur la pointe la plus escarpée de l’aber. Sa haute flèche effilée servait d’amer aux navigateurs. Chapelle paroissiale, elle était ouverte au culte public (A l’inverse, la chapelle Sainte-Barbe et la chapelle de Poulconq étaient des oratoires privés).  Un desservant y célébrait les messes quotidiennes, où se pressaient les gens du port et de la ville, l’église paroissiale se trouvant éloignée de deux kilomètres au bourg de Lochrist, rassemblait les fidèles surtout le dimanche.

 

              Dessin un peu fantaisiste, mais rendant compte de la "flèche effilée de la chapelle 

Epoque révolutionnaire, restriction à l'exercice du culte...
(Extraits de « La période révolutionnaire au Conquet, et de Monuments religieux au Conquet JPC, inédits).

 

A partir de la mi-juillet, l'arrêté du 2 juillet 1791 relatif à la clôture des églises et chapelles autres que les églises paroissiales, et à l'arrestation des prêtres non conformistes ou réfractaires, est en voie d'exécution.

17 juillet, une nouvelle circonscription de paroisses regroupe environ 3000 "âmes":

Le Conquet, Lochrist , Plougonvelin, Saint-Mathieu, Plougonvelin, et  Trébabu.                                                

Seule la chapelle St Christophe reste ouverte au culte, (on ne peut pourtant pas dire qu'elle soit au centre de la circonscription)... La messe prévue initialement le dimanche matin à 6h, sera peu après et, sur demande du curé Corre au bureau municipal, retardée à 6h30 ou 7h, "pour la commodité des habitants de Plougonvelin les plus éloignés" !... C'est l'abbé Marc qui est chargé de célébrer les offices.

 

Troubles à Saint-Christophe. Le 29 septembre 1791, Le Gléau, prêtre assermenté dit la messe à Saint-Christophe quand soudain, au moment où il prépare le calice, un homme se lève de la foule des fidèles et crie: "ne touchez pas!" C'est Le Gall prêtre réfractaire qui interdit à son confrère la célébration de l'Eucharistie. Joignant le geste à la parole il monte à l'autel, Le Gléau qui sait l'hostilité de la communauté à son égard se retire, Le Gall achève l'office...

 Cet incident et sa suite : Corre, curé responsable de la circonscription de paroisse, demande simplement à la municipalité "d'écrire à Le Gall qu'il soit plus circonspect dans ses propos et qu'il ne dise pas la messe sans autorisation..

 

Durant toute la période révolutionnaire, la chapelle Saint-Christophe sert aussi de salle de réunion, de bureau de vote, de salle communale… En prairial An II, pour satisfaire aux lois de la République, elle est déclarée « Temple de la Raison ». Toutes les statues et mobiliers rappelant la religion catholique, lui sont ôtés.


 

           Lever de côte de Beautemps-Beaupré, alignement de l'entrée du port du Conquet. 1816.

Vers le milieu du XIXe siècle, il semble que la chapelle ne soit ouverte, qu’à l’occasion de cérémonies particulières ou de fêtes.

                                                                                              Lithographie de Côme (1834)

Le 27 juillet 1846, à 9 heures du matin, le bedeau qui prépare une cérémonie commet une imprudence. Un cierge en tombant provoque un incendie qui détruit deux paires de rideaux  en coton rouge croisé, avec boutons dorés, une nappe d’autel avec sa garniture, un voile garni de dentelles, la niche des bouquets de fausses fleurs, et endommage l’autel lui-même.

Cet incident est en vérité bénin, mais les autorités s’inquiètent pour le bâtiment.  On lit dans le compte-rendu d’une séance du conseil municipal du 11 avril 1847, Jean Marie Le Guerrannic étant maire : « le conseil considérant que le clocher de la chapelle Saint-Christophe menace ruine depuis longtemps et qu’il est dangereux pour les fidèles de laisser subsister les choses en cet état, considérant en outre que les murs côtiers sont en mauvais état et qu’une voûte creusée par la violence des flots existe sous le bâtiment, ce qui peut occasionner un prochain éboulement déclare à l’unanimité, autoriser monsieur le maire à appeler dans le plus bref délai possible, monsieur l’architecte de l’arrondissement pour donner son avis sur l’état entier de cette chapelle. »

L’architecte apporte comme réponse, que le clocher menace de s’effondrer sur la chapelle, au moment où on s’y attend le moins. Le préfet du Finistère publie un arrêté le 18 avril 1847, interdit le culte dans la chapelle Saint-Christophe.

Un plan intérieur est dressé à cette occasion, il y est noté que la chapelle peut accueillir 457 personnes sur une surface au sol de 152 m2.

 

J’en reparlerai, mais il faut mentionner que l’église paroissiale à Lochrist, n’est pas en meilleur état, elle menace ruine.

 

En 1850, le clocher de la chapelle est tombé. Des réparations pour une valeur de 500 francs sont faites à Saint-Christophe, mais cinq ans plus tard, un document municipal avoue que les travaux n’ont servi à rien. Cette année-là, 1855, est votée la construction d’une église neuve en ville du Conquet.




Le bulletin diocésain de 1907 précise que
l’église Saint-Christophe a été démolie en 1857. On sait que la première pierre de l’église neuve a été posée le 29 janvier 1856, et qu’elle a été consacrée le 25 avril 1858. S’il y avait des pierres réutilisables, issues de la démolition de Saint-Christophe, elles ont été incluses dans les travaux de l’église Sainte-Croix







Dessin (détail) d'Ernest Le Guerrannic vers 1850, la chapelle a perdu son clocher


Un vide d’une dizaine d’années. Débarrassé des déblais de la chapelle, l’espace est devenu la place Saint-Christophe, vide de tout édifice, réputé propriété communale, jusqu’au moment où :

 

Le 17 septembre 1865, l'empereur Napoléon III signe à Compiègne le décret reconnaissant comme établissement d'utilité publique, l'oeuvre fondée à Paris sous le nom de:

              

Société centrale de sauvetage des naufragés

 

Les débuts difficiles de la station de sauvetage du Conquet

(Extrait d’un ouvrage sur la station de sauvetage du Conquet, que j’ai rédigé au fil du temps, mais resté inédit. JPC).

 

Partout, pouvoirs publics, municipalités et personnes privées apportent leur aide désintéressée à l'implantation d'abris et à l'installation de canots, partout sauf au Conquet où l'affaire se présente mal.

L'ingénieur général des Ponts et Chaussées chargé par son administration de trouver dans le département les terrains convenables à l'installation de cabanes-abris pour canots de sauvetage, déclare qu'au Conquet l'endroit le plus propice à cet effet est : «   un petit plateau situé à la pointe Saint-Christophe, entre le chemin de ronde qui contourne le port et la falaise qui borde le rivage, terrain sans propriétaire connu, réputé inutilisable et donc sans valeur marchande… »  D'un point de vue pratique, pire aurait été impossible à trouver!


 

 Mais ce n'est pas cela qui provoque la colère des élus. Le conseil municipal, par la voix de son maire réagit sur l'appartenance du terrain: "Cet espace a de tout temps appartenu à la commune du Conquet, si on le lui enlève, il faut payer un dédommagement"

 

La situation en dépit des interventions du préfet reste bloquée de longs mois. Enfin un compromis est signé en août 1866 : il stipule que la commune reste propriétaire du terrain dont elle rentrera en jouissance, le jour où cessera la destination spéciale "Poste de Sauvetage".

Pour l'occupation du terrain la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés paiera par an 5 francs, dont quarante annuités d'avance. Le conflit se termine dès le versement des deux cents francs.

 

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En bref :

-Le premier canot de sauvetage du Conquet, inauguré en 1867, est resté dans l’abri de la place Saint-Christophe jusqu’en 1890, date où il a été transféré dans un nouvel abri à l’enracinement de la digue Saint-Christophe. (J’en reparlerai)

-En 1890, les Ponts et Chaussées ont aussitôt occupé le bâtiment laissé vide. Plus tard, ils l’ont partagé avec le bureau du port et un local pour la Douane. Puis la coopérative des pêcheurs s’y est

installée.

-En 1999, le bâtiment était inoccupé, la municipalité a alors envisagé d’y transférer le musée du Conquet, fermé lors des travaux de Beauséjour. Le loyer demandé par les Ponts et Chaussées était exorbitant, le projet est resté sans suite.

 

-Le Comptoir Maritime a repris le bail depuis.

 

A noter pour la petite histoire, que le maire du Conquet, au début des années 1960 a cherché à faire détruire le bâtiment, pour disait-il, dresser sur la place un calvaire de style breton.



 
            Sans doute un jour de "Fête-Dieu" à une date non précisée



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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 18:12

FÊTE DE LA VICTOIRE 1914-1918

 

La paix signée, les politiques et le haut Etat-Major de l’armée,  pensent qu’il est temps de rendre hommage aux soldats et marins qui ont combattu et vaincu l’envahisseur. De grandes cérémonies sont organisées avec des défilés de troupes françaises et alliées dans les villes grandes et petites, et en particulier le 14 juillet 1919 à Paris, où le défilé militaire est grandiose.

 

La date du 14 juillet pour la commémoration, n’est pas celle retenue partout en France. Nous avons quelques photos réalisées au Conquet, sans doute l’été 1919, mais sans certitude du jour. La foule est massée sur les trottoirs de la Grand-Rue,  le long et en face de la grille de Beauséjour.

 Le cortège avec en tête un porte-drapeau suivi d’hommes portant des bouquets de fleurs, passe sous un arc de triomphe fleuri, portant la dédicace « Hommage aux vainqueurs », sur la droite des « décorés » qui précèdent les marins, on distingue des musiciens. Plus loin dans la rue une banderole rend « Honneur aux poilus »






Ci-dessus, photo collection Roger Coguiec





Photo : collection Pauline Rivoallon dont le père portant
    un chapeau breton se trouve à gauche sur le cliché         





 




                                    

                                    
   

 
 Ci-contre, détail du groupe des personnalités, le monsieur à grande barbe blanche serait Fernand Ferron,             propriétaire du "manoir du Cruguel", pointe des Renards.


Les provinces retrouvées

Une photo montre un groupe d’enfants du Conquet, portant des costumes bretons, alsaciens et Lorrains. La photo a été donnée au musée du Conquet il y a une douzaine d’années, par Sœur Jacqueline Andrieux, communauté de Saint-Jean, Saint-Brieuc. Dans son courrier, elle précisait être née en 1916 et avoir environ 3 ans sur ce cliché, donc cela confirme la date 1919.

Jacqueline Andrieux est repérée par le numéro 3, sa sœur Anne-Marie (Nico), numéro 2 et sa sœur Georgette, numéro 1.  Deuxième rangée à droite, elle croit reconnaître Louis Taburet,

 

   



                                        

                                                    
                                                    
Sur la dernière photo,  la foule a envahi la rue. Au premier plan : trois fillettes, la plus grande au milieu est la France avec son bonnet phrygien, à sa droite portant un bonnet blanc c’est la Lorraine, et à sa gauche portant la coiffe noire à cocarde, voici l’Alsace. Trio symbolique du retour à la France des deux provinces de l’est, confisquées par les Allemands après la guerre de 1870.

Photo communiquée par monsieur Granjean 








(Photos disparues) rétablies 19/10/2009


Peut-être avez-vous en votre possession d’autres photos de cette journée, ou bien en connaissez- vous la date exacte? Merci de me le signaler. JPC

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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 15:57

PÊCHE. DESTRUCTION DE  « NUISIBLES»

 

On lit dans la presse locale : « La Dépêche » et le « Courrier du Finistère » 

 

-23 décembre 1922 – A propos de pieuvres : ces maudites pieuvres ont fait bien des ravages cette année, surtout sur les côtes nord de notre département, de Morlaix au Conquet. Un crédit de 5 000 francs vient d’être ouvert et inscrit au budget de 1923 par le Conseil Général du Finistère, en vue d’intéresser les pêcheurs à la destruction de ces animaux. Il est fort probable que des primes à la destruction seront instituées, à raison de 0,20 franc par kilogramme de pieuvres rapporté.


3 mars 1923 –
Destruction des phoques- On s’est plaint à juste titre du préjudice causé à l’industrie de la pêche par des phoques qui ravagent les engins de pêche pour dévorer les poissons qui s’y trouvent retenus.

En vue d’encourager la chasse de ces animaux nuisibles à la pêche, le ministre a décidé que leur capture et leur destruction donneraient droit à la même prime que celle qui est actuellement accordée pour la capture et la destruction des marsouins et des bélougas. Cette prime est de 2,50 francs par tête de phoque détruit, après vérification par les autorités maritimes locales.

 

Le commentaire d’ « Henriette » : «  1922-23, ouf ! je l’ai échappé belle. »

Henriette est une jeune phoque qui un beau matin de mars 2002, a été surprise dans l’herbe, entre la rive du port et le bord de la route du quai Vauquois, non loin du magasin de marée. Légèrement blessée elle a été recueillie par les sauveteurs de la SNSM, dans un bac à filets, en attendant qu’une heure plus tard une équipe d’Océanopolis vienne la prendre en charge. Après un stage en bassin au Moulin-Blanc, elle a été relâchée en mer et n’a plus donné de nouvelles depuis.

Un mystère demeure, elle n’a jamais voulu nous dire si elle allait en ville, ou si elle en revenait ! Elle a été baptisée « Henriette », en raison de l’intérêt qu’elle paraissait éprouver pour Henri, l’un de ses sauveteurs.

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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 17:31

LE PHARE DES PIERRES NOIRES

           

-L’idée de faire de Brest un grand port transatlantique commence dans les années 1855-60, sous le règne de Napoléon III. En même temps que les projets du nouveau port de commerce naissent sous la plume des ingénieurs, il apparaît nécessaire de rendre l’accès au Goulet plus facile et plus sûr pour les grands voiliers et les vapeurs en établissant des phares sur les plateaux dangereux d’Armen et des Pierres Noires.

La commission des Phares et Balises commence ses études pour les deux sites, le 21 mai 1860. L’histoire longue et mouvementée de la construction d’Armen est racontée, à peine romancée, par Henri Queffelec dans « Un feu s’allume sur la mer ». Moins connue, l’édification d’un phare sur le groupe des Pierres Noires ne fut pas plus aisée.

 

-La commission du 21 mai 1860, présidée par Reynaud directeur des Phares et Balises adopte  la proposition de construction d’un phare équipé d’un feu de 3e ordre, de 10 milles de portée environ et s’élevant à 20 mètres au-dessus du niveau des plus hautes mers. Le phare sera établi sur la roche du Diamant, ou sur tout autre tête de roche en cas de difficultés, il sera servi par deux gardiens. Cette proposition émane de l’amiral Jurien de la Gravière.

 

-Le 13 septembre 1860, l’ingénieur qui vient de visiter la roche du Diamant est très pessimiste, le caillou est difficile d’accès et surtout sa surface n’est pas très conséquente. Il faudra, dit-il, amener des pierres par flottage pour consolider le massif rocheux et le surélever pour pouvoir y travailler. Le massif principal du Diamant ne s’élève qu’à trois mètres au-dessus du niveau des hautes mers, en le dérasant à cette côte on pourrait avoir une plate-forme de onze mètres sur quatorze. Il déconseille l’entreprise à ses supérieurs, leur exposant l’avantage d’un chantier sur la Grande Pierre Noire, à 500 mètres environ dans le nord-est du Diamant, qui est un îlot de soixante-dix mètres sur trente avec dans son nord-est une petite crique d’accostage avec une sorte de cale naturelle. Il n’est pas écouté, on lui rétorque que le Diamant est de toutes les roches du plateau des Pierres Noires, celle dont il importe le plus de signaler la position.

 

25 octobre 1861, une note précise que le Diamant a été désigné par la commission nautique comme occupant la place la plus favorable pour l’établissement d’un feu. La côte nord-ouest de la roche présente une paroi lisse contre laquelle les gabares pourraient se tenir à l’abri, quelques temps plus tard, en février 1862, un plan du phare et un devis sont établis

 

Puis les années défilent et rien ne se passe

 

-Enfin un décret ministériel du 3 mai 1865 autorise la construction d'un phare sur la roche du Diamant. Les travaux du port du port de commerce de Porstrein à Brest  sont en cours, il devient urgent de baliser le plateau des Pierres Noires.

 

-8 juin 1866, un arrêté préfectoral autorise le dépôt de matériel et la construction de cabanes d'ouvriers sur l'île Béniguet, propriété de la famille Launay et tenue en ferme par François Causeur. Un accord est passé entre les propriétaires (mademoiselle Louise Launay au Conquet et monsieur Mazé-Launay, 11 rue de la Rampe à Brest) et leur fermier d’une part et, les Ponts et Chaussées d’autre part, pour une superficie d’un hectare. Sont alors retenus pour la fourniture des matériaux : Michel Prat, maître-carrier à Lanildut pour les pierres de taille et les moëllons de parement et de blocage, Perès, entrepreneur à Brest pour le granit de Kersanton. Les pierres viennent de Brest et de Lampaul-Plouarzel par gabares. (Plus tard une petite cale sera construite dans la grève à Béniguet pour faciliter leur débarquement et une petite voie ferrée sera installée pour faire traverser l’île aux matériaux, la cale existe toujours.)

Les travaux du phare sont rattachés à ceux du port Napoléon, ce qui permet aux Ponts et Chaussées d’utiliser les services du remorqueur à vapeur Porstrein pour amener les barges de travaux au Diamant.

 

-Campagne d'été 1866 du 17 mai au 19 août,  14 débarquements sur la roche pour 66 heures de travaux, piquage et arasement du rocher, réalisation de 30 mètres-cubes de maçonnerie. Les durées de séjour moyennes sur la roche, possibles à mi-marée seulement, ont été de 4 heures ¾, le séjour le plus long de 7 heures. Les jours de mauvais temps ou de forts courants les ouvriers sont employés à la construction de la tourelle "Fornic" (édifiée du 29 juin au 22 juillet 1866).

Une autorisation préfectorale autorise pour les travaux de maçonnerie du phare, l’extraction de pierres des grèves de Béniguet entre la crique de Louediguet et la roche d’Ar Men Alec.

 

-Hiver 1866-Printemps 1867, la roche du  Diamant est presque continuellement inaccessible, les maçonneries sont emportées par les vagues.

 

-Par décision ministérielle du 29 juin 1867: le phare sera construit sur la Grande Pierre Noire, (îlot plus conséquent, 70m X 30m). Le Diamant ne sera signalé que par une tourelle en maçonnerie. Le transfert du chantier est effectif le 3 juillet 1867. Les plans du nouveau phare portent la date du 25 juillet.

 

-31 mai 1868 la base du phare est terminée. Pendant la campagne 1868, la roche a été accostée 83 fois par les hommes et 77 fois par les gabares.

 

-Fin 1869, la tour s'élève à 10 mètres au-dessus des hautes mers.

 

-Fin 1870, pose de la corniche.

 

-28 septembre 1871 la lanterne est en place, les aménagements intérieurs sont presque terminés.

 

-Octobre 1871, printemps 1872, période d'essais, formation des gardiens, finitions intérieures.

 

-A zéro heure le  1er mai 1872, Nicolas Kerfriden, fait jaillir officiellement le premier éclat rouge du nouveau phare des Pierres Noires.

 

 

 

Annonce hydrographique

Océan Atlantique Nord

Feu à éclipses sur les Pierres-Noires (Finistère)

 

Le Ministre des travaux publics porte à la connaissance des navigateurs qu’à partir du 1er mai 1872, on allumera un nouveau feu dans une tour récemment construite sur la grande roche des Pierres Noires, côté nord de l’Iroise, Finistère.

Le feu sera rouge à éclipses se succédant de 10 secondes en 10 secondes;  il sera élevé de 27m50 au-dessus du niveau des plus hautes mers, et, avec une atmosphère claire, on pourra le voir à une distance de 12 milles.

L’appareil d’éclairage sera dioptrique ou à lentilles, et du troisième ordre.

La tour, qui est en maçonnerie, est élevée de 25 mètres au-dessus du sommet de la roche, et sa position est donnée par 48°18’40’’  Nord, 7°15’6’’ Ouest * .

Le phare n’a pas pu être établi sur l’extrémité et l’écueil de la Basse-Roux en est éloigné de 500 mètres environ dans le sud-ouest.

 

* Aujourd’hui les coordonnées géographiques sont  48 18 40 N et 04 54 55 W, le phare n’a pas bougé mais la référence de méridien a été changée.

 

 

Les Kerfriden des Pierres-Noires : Louis Le Cunff, journaliste, poète et écrivain a publié chez André Bonne en 1954 un ouvrage intitulé Feux de Mer, où racontant sa participation à une relève au phare des Pierres Noires à bord de La Helle, il en profite pour évoquer l’histoire familiale des Kerfriden. Georges Kerfriden alors gardien-chef aux Pierres Noires lui sert de guide.
Le chapitre d’une trentaine de pages est dédicacé à Georges et Louis-Eugène Kerfriden, gardiens au phare des Pierres Noires, en souvenir de leur père Eugène Kerfriden et de leur grand-père Nicolas Kerfriden qui veillèrent depuis 1871 sur le feu des Pierres Noires et à tous ceux des tours en mer et des bateaux-feux.

 

Le ravitaillement et la relève des gardiens était assurés à l’origine par des voiliers de pêche, sous contrat avec les Phares et Balises, le premier sloup à moteur assurant le service a été la Reine des Anges dont le patron était Aristide Lucas. Au début du phare, le service se faisait (temps permettant) tous les dix jours, puis seulement tous les quinze, ce que les gardiens déploraient. Le pain moisissait, le beurre devenait rance.  Un nouveau contrat passé avec Aristide Lucas  a fixé les relèves à trois fois par mois, le 2, le 12 et le 22. Mais l’hiver il est arrivé que les mêmes gardiens restent bloqués l’hiver sans vivres frais pendant 20, 25, voire 30 jours. Plus tard ce sont les vedettes des Phares et Balises, La Helle, l’Iroise, la Ouessantine, la Velleda et la Blodwenn qui ont assuré les relèves des gardiens et l’entretien des phares.

 

Evacuation difficile d’un gardien blessé 1939. Annales de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés.

Depuis un an, le canot de sauvetage de la station du Conquet a répondu à six appels de détresse. A trois reprises les 21 mai, 2 juin, et 14 août, il a prêté assistance à des bateaux de pêche en difficultés. Mais c'est surtout le 22 janvier 1939 que le patron Aristide Lucas s'est signalé en affrontant une tempête d'une violence exceptionnelle pour aller au phare des Pierres Noires faire la relève d'un gardien blessé. Les sauveteurs ont dû lutter pendant quatre heures contre une mer démontée, le patron a dû manoeuvrer avec beaucoup de décision et une extrême prudence pour approcher d'un plateau de roches sur lequel brisaient des lames furieuses. Le succès a couronné l'audace des braves marins du Conquet qui font si bon usage du puissant canot à moteurs dont nous avons doté leur station.



         


 







Ci-dessus, accostée au pied du phare en 1952, peut-être la vedette "La Helle" .  
A droite et ci-dessous, transbordements de matériels.


















                                                                                         
                                                                                                                        Un gardien monte au phare (1951-52 ?)


Samedi 18 septembre 1965, un gardien des Pierres Noires emporté par la mer.

 

Commentaire du journal « Le Télégramme » du lundi 20 / « Un drame s’est joué samedi matin au phare des Pierres Noires  où l’un des gardiens a été emporté par les flots après être tombé de la plate-forme. Il s’agit de monsieur Bernard Avril, 29 ans, domicilié à la pointe Saint-Mathieu. Il était 10h55, le second gardien, monsieur Guy Le Berre, chef de quart, originaire du Conquet, s’aperçut tout à coup que son compagnon avait disparu. Bientôt de la passerelle, il le vit dans l’eau au pied du phare. Il se précipita alors pour lui lancer une bouée de sauvetage. Monsieur Avril s’y agrippa durant quelques instants, mais ne parvint pas à se maintenir, car la mer était absolument démontée. Monsieur Le Berre alerta alors Le Conquet-Radio. Peu après les canots de sauvetage  Patron Aristide Lucas  du Conquet et Jean Charcot de Molène prirent la mer pour rechercher le malheureux gardien de phare. Un hélicoptère de la protection civile se rendit également sur les lieux, ainsi que les palangriers douarnenistes Poullandard et Dahut… les recherches furent abandonnées à 16h30, la vedette Iroise des Phares et Balises y avait aussi participé, elle a également effectué la relève au phare des Pierres Noires, ramenant sur le continent monsieur Le Berre… 

Le départ des gardiens.
 
 
Le phare des Pierres Noires a été électrifié en 1984 et automatisé en 1992. Les gardiens ont alors regagné le continent. Monsieur Jakez Riou, dernier à quitter le phare, a évoqué dans diverses circonstances, combien cet abandon lui a été pénible.

                                                                                                                  JPC

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29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 17:56

PENHEP -  BEAUSEJOUR - MAIRIE

 

Place de Brest. Dans les temps anciens, c’était l’entrée de la ville du Conquet, le lieu se nommait Gorre-Conq, (de gorre = hauteur), par opposition à Poul Conq, le marais d’en bas du Conquet. Gorre Conq dans les actes notariés était aussi nommé « Montagne du Conquet ».

 

Les seigneurs de Gorre-Conq-Penhep y avaient leur manoir. Plus tard ce fut la place d’armes avec un corps de garde. L’endroit était fort animé, particulièrement lors des deux foires annuelles de mai et de septembre. Le marché aux chevaux s’y tenait. C’est là aussi qu’arrivait et repartait la diligence de Brest.

 

Au milieu du XIXe siècle, tous les terrains au sud de la place de Brest étaient des pâtures et  des terres labourables, à divers propriétaires (voir cadastre de 1841). Seulement deux petites parcelles paraissent loties (413-414), elles appartiennent  alors à madame veuve Taburet de Saint-Renan et
donnent sur la rue Bernard (rue Pasteur).


Je l’ai évoqué dans les chapitres consacrés à la famille Tissier, François Benoît Tissier achète dans les années 1850,  pièce à pièce, toutes les parcelles, qui réunies en un vaste ensemble vont constituer son domaine de Penhep. La grande maison bourgeoise dite « château de Penhep » a été construite en 1859-60. Mademoiselle Marie Tissier de Saint-Albin en hérite en 1886. Après son divorce en 1922 elle vend son bien à un photographe brestois : Nicolas Goaëc, domicilié 12 rue Jean Jaurès à Brest.

 

Le Conquet depuis l’arrivée du tramway en 1903, attire estivants et touristes. Nicolas Goaëc entreprend de transformer la maison Tissier en un hôtel ouvert à une clientèle aisée, bien situé en entrée de ville (gare du tramway) et à proximité des plages et du port.

Les cuisines sont installées en sous-sol, un discret monte-charge, caché dans une fausse armoire, amenait les plats jusque dans la salle de restaurant  en entresol. Il existait encore lors de la transformation du bâtiment en 1999-2000. Goaëc fait construire un garage pour abriter les automobiles des clients et en terrasse aménage « l’annexe », une série de quelques chambres supplémentaires. Le personnel de l’hôtel se compose de Goaëc et de son épouse, plus trois employés.

Il fallait un nom au nouvel établissement : Hôtel du Beauséjour a été inscrit sur sa façade, on aurait pu attendre quelque chose de plus original, mais bon… Nicolas Goaëc a tenu son affaire pendant une dizaine d’années puis, à l’âge de la retraite, a quitté Le Conquet en 1931-32.  Aucun repreneur ne s’étant présenté, l’hôtel a été un moment fermé puis la Ville de Brest en a fait l’acquisition en 1935, pour y héberger l’été, des colonies de vacances.

 

On m’a certifié qu’après la Guerre d’Espagne, des républicains espagnols y ont été placés en résidence surveillée. Je n’en ai pas trouvé confirmation (alors si quelqu’un peut compléter cet article, merci).

 

Pendant la guerre 1939-45, les Allemands ont établi une de leurs  « Kommandantur » dans l’ancien hôtel. Lors des combats pour la Libération du Conquet début septembre 1944, plusieurs soldats allemands ont été tués en divers lieux de la commune et enterrés provisoirement dans le parc de Beauséjour, non loin d’un « bassin rectangulaire », selon la mémoire locale. Après la guerre, les corps ont semble-t-il été exhumés et transférés au cimetière militaire de Lesneven.

 

En 1946, la vie a repris son cours, les petits colons de la ville de Brest reviennent passer les étés au Conquet. Une cantine et des dortoirs sont édifiés le long du mur qui longe la rue Bernard. Un gardien et sa famille vivent à l’année dans un des pavillons symétriques construits par Tissier à l’entrée de la cour d’honneur de sa maison.

Je crois savoir qu’il y avait à l’intérieur de la propriété une ferme dont les tenanciers exploitaient les terres (merci de me renseigner à ce sujet, j’intégrerai ici les informations qui pourront m’être apportées).

 

En 1975, le bâtiment de Beauséjour, ne correspond plus aux exigences d’un accueil convenable pour des enfants et leurs moniteurs, la ville de Brest ferme sa Colonie de Vacances, et le domaine reste à l’abandon pendant de nombreuses années. Seules les petites salles des anciens dortoirs sont prêtées à diverses associations locales, pour des réunions ou des fêtes occasionnelles. Je me souviens en particulier d’ « arbres de Noël » de la station Radio-Conquet et en 1980, nous avons avec quelques  amateurs d’histoire locale, organisé dans l’une des salles une exposition de cartes postales, photos et objets anciens, qui a connu à l’époque  un joli succès.

 

En 1988, la municipalité conquétoise (François Le Borgne, maire)  prend d’abord une option, puis fait l’acquisition de l’ensemble de la propriété de Beauséjour.


                                                                                 


 même année, une association « Gouel ar Mor » qui a organisé les fêtes de la mer au Conquet en 1985 et 87, décide de réinvestir une partie des bénéfices réalisés lors de ces manifestations, dans une action culturelle. Ainsi est née l’idée d’un musée. Grâce à la diligence de madame Berthou, conseillère municipale, l’association a eu à disposition le petit bâtiment « maison de gardien de Beauséjour » qui, restauré et aménagé par des bénévoles, a  de 1989 à mai 1999, abrité le « musée du Conquet, histoire locale et histoire maritime ». L’Office du Tourisme occupant le bâtiment symétrique de l’autre côté de la grille d’entrée, bâtiment qui avait été remise à voitures (à chevaux), du temps de François Tissier.

Le village de Vacances, bungalows en bois, a été construit dans la partie basse du parc en 1989, sauf erreur. 



La nouvelle mairie
 : mise en chantier en 1999, la nouvelle mairie a été inaugurée en l’an 2000, le bâtiment qui abritait le musée a été rénové et attribué à l’Office du Tourisme,  l’autre petit bâtiment à l’entrée est devenu salle d’expositions temporaires. Quant au musée, faute d’un local approprié, il a disparu tout simplement.  A noter que le sous-sol de la mairie, domaine des anciennes cuisines, a été fort bien aménagé, pour recevoir des expositions et des manifestations culturelles, en particulier le salon annuel « Le Conquet, la mer en livres ». Tout naturellement ce lieu un peu mystérieux, où l’on accède (en baissant la tête) par une petite porte voûtée s’appelle Espace Tissier.

                                                                                                                   
Si vous voulez apporter des compléments à cet article, comme à tous les autres d'ailleurs, faites le moi savoir. JPC

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