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26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 16:44

Lors de la « Foire à la Brocante » du Conquet le 22 juillet 2010, j’ai fait l’acquisition d’une carte postale représentant le contre-torpilleur Etendard. (Edition CH et G). La carte a été expédiée de Rochefort le 21 janvier 1910 par un marin du bord à l’un de ses amis à Nantes.

 

Jusque là rien à voir avec Le Conquet.

 

Présentons quand-même le navire :

L’Etendard est un contre-torpilleur, c’est-à-dire un navire destiné à défendre une escadre, un convoi ou un port contre les attaques de torpilleurs ennemis. Celui-ci est un navire de la classe Branle-Bas, d’une longueur de 58 mètres, pour un déplacement de 339 tonnes.

L’Etendard est propulsé par deux chaudières, entraînant deux machines « Compound », actionnant deux hélices. La puissance est de 6 800 cv, la vitesse de 27 nœuds.

Son armement de guerre consiste en un canon de 65 mm, 6 canons de 47 mm et deux tubes lance-torpilles de 450 mm . L’équipage est de 75 hommes.     

  etendard ct  

 Le contre-torpilleur a été construit à Bordeaux : mis sur cale en décembre 1905, lancé le 20 mars 1908 et admis au service seulement en février 1909.  Un délai bien long pour un petit bateau, sauf si plusieurs  navires identiques étaient en construction en même temps. (Les spécialistes confirmeront).

 

Le lien avec Le Conquet se trouve gravé sur le Monument aux Morts de la commune, année 1917, où est mentionné le décès d’Yves Mazé, « mort pour la France ».

 

Sa famille : le père Yves Marie Mazé, est originaire de Saint-Pierre Quilbignon. Avant de s’installer au Conquet il a épousé Marie-Yvonne Leven, peut-être de Plougonvelin ?

Yves Mazé a 28 ans quand son épouse met au monde, le 23 février 1876, un garçon que l’on prénomme aussi Yves Marie.

Yves Mazé père meurt jeune, à 37 ans, il est alors cultivateur et demeure dans une ferme à Kernaffrant. L’enfant n’a pas dix ans. Je ne sais pas ce que sa mère et lui deviennent par la suite.

 

COMPLEMENT D'INFORMATIONS, communiqué début juin 2011, par Stéphane Vaillant, extraites de sa généalogie maternelle :

Mariage à Plougonvelin des parents d'Yves Marie Mazé : le 22 août 1873 de Mazé Yves, majeur, âgé de 24 ans, né le 4 juillet 1848 à Saint-Pierre Quilbignon, cultivateur, demeurant au Conquet, fils de  Mazé Pierre Marie, cultivateur et de Marie Yvonne Cloatre (décédéee le 24 février 1860 à Plouarzel)  et de  Leven Marie Yvonne, majeure, âgée de 30 ans, cultivatrice, née le 11 mars 1843 à Ploumoguer, demeurant à Plougonvelin, fille de Leven Jean Louis, décédé le 13 février 1853 à Îles du Salut, Guyanes Françaises, et de Jézéquel Marie Françoise, décédée le 25 octobre 1846 à Ploumoguer.

Témoins au mariage : Ollivier Mazé cousin du marié 23 ans, cultivateur à St Pierre Quilbignon, Jacques Le Meur, beau-frère du marié, 59 ans, cultivateur au Conquet, Tanguy Kermaïdic, beau frère de la mariée 35 ans, cultivateur à Plouarzel.

   

Rien de plus, jusqu’à retrouver Yves Marie Mazé, matricule N°836 au Conquet, embarqué sur le contre-torpilleur Etendard en 1917, quartier-maître fusilier à 41 ans. (A l'occasion je chercherai son dossier militaire aux Archives départementales à Quimper)

 

Le drame de la nuit du 24 au 25 avril 1917


L’Etendard  qualifié « torpilleur d’escadre », affecté à la flottille de patrouille de la Mer du Nord, est alors commandé par le lieutenant de vaisseau Pierre Auguste Georges Mazaré. En patrouille dans les bancs de Flandre,  il a essayé de s’opposer seul, à un raid de torpilleurs allemands visant le port de Dunkerque. Touché par un projectile dans sa soute à munitions, il a explosé tuant ou noyant tout son équipage.  Quelques corps ont été retrouvés les jours suivants dont celui du commandant le 11 juillet, mais pas celui d’Yves Mazé. Le navire a été perte totale. Son épave a été localisée entre Dunkerque et Nieuport, par 51.06N 002.29W, par huit mètres de fond

(Voir carte sur le site //dkepaves.free.fr/html/etendard/htm)

 

Le jugement concernant régularisation de la mort des marins de l’ « Etendard » a été prononcé par le Tribunal de Rochefort le 12 février 1918 et transcrit à la mairie de Rochefort le  21 février 1918. C’est donc là que se trouve la liste des disparus. 71 ou 75 hommes selon les sources.

La transcription du décès d’Yves Marie Mazé dans le registre d’état-civil du Conquet, (année 1917) est réduite à une simple mention marginale.

 

Sources : Etat-civil Le Conquet, fiche SGA Mémoire des Hommes, pré-dossier concernant Pierre-Auguste-Georges Mazaré composé par Rémy Le Martret (vice-président association Aux-Marins) et bien sûr le forum http://pages14-18.mesdiscussions.net dans lequel j’ai mentionné l’existence d’un livre « L’épopée de l’Etendard » probablement écrit par le chanoine Pol Aubert, aumônier de l’Ecole Navale, paru aux éditions « Livre du Marin » Paris VIIe,   mais dont je n’ai vu qu’une copie de la couverture

 

*** Additif : 8 juin 2011 : Stéphane Vaillant, passionné d'histoire du Conquet,  petit-fils et neveu de deux patrons de canots de sauvetage du Conquet, Alexis et Marcel Vaillant, fidèle lecteur de ce blog, a déniché une édition originale de l'ouvrage "L'Epopée de l'Etendard", en a fait l'acquisition et a eu l'aimable attention de me l'offrir.

 

L'ÉPOPÉE   DE   L'   «  ÉTENDARD » par Pol Aubert 

 EXTRAITS PAGES 9 à 11

 Les « 300 tonnes » déjà vieillis à la déclaration de la Grande  Guerre, mais où il faisait bon vivre , en raison de l’esprit de corps étroit qui régnait dans les flottilles furent employés à bien des besognes, convoyages, escorte, garde du littoral.  C'est dans l'accomplissement de cette dernière mission que l'Etendard trouva une fin glorieuse, au large de Dunkerque  dans la nuit du 24 au 25 avril 1917. Le récit de ce drame rapide est ainsi, exposé dans le rapport du chef de division des flottilles de la mer du Nord :

L’Etendard, qui était de garde assez loin de Dunkerque, mais assez près de la côte, aperçut dans les ténèbres des navires qui venaient de la direction de Dunkerque. Etait-ce l'ennemi qui venait de bombarder la ville? Etait-ce une force alliée poursuivant l'ennemi ou cherchant à lui couper le chemin du retour? Dans le doute, le devoir était de faire d'abord le signal de reconnaissance, signal lumineux qui décou­vrait l'Etendard, puis, si la réponse se faisait attendre, de lancer le signal d'alerte et d'en­gager le combat. Le commandant Mazaré n'hésita pas, et, en fait, les deux signaux de reconnaissance et d'alerte furent aperçus de différents observateurs à terre et en mer. Main le signal d'alerte fut fait au milieu d'une trombe de feu, réponse immédiate de l'ennemi au signal de reconnaissance. Une torpille atteignit l'Etendard sous sa passerelle, une colonne de flammes monta jusqu'à 100 mètres de haut. L'ennemi stoppa un moment dans le but de capturer des survivants, mais nos renforts arrivaient et il prit la fuite. Des recherches immédiates furent faites sur les lieux et tout autour. La douzaine de corps que nous avons retrouvés et parmi lesquels celui de Perrichon sont ceux du personnel

dont le poste de combat était à l'arrière (1). Le navire est coupé en deux. L'avant, com­plètement couché sur le côté, n'est plus qu'un amas de débris de tôles. Il n'y a plus de passe­relle et les scaphandriers n'ont pas pu encore dégager les corps qu'enferme ce chaos. L'arrière est droit ; l'extrémité du mâtereau émerge seule portant le pavillon national; nous avons recueilli, détaché de la coque et flottant près du pavillon, le tableau portant l'inscription : « Honneur et Patrie! »

L'Etendard fut cité à l'ordre de l'armée; voici la citation qui parut au Journal officiel du il mai 1917 : Le torpilleur d'escadre Etendard, sous l'action énergique de son commandant, le lieu­tenant de vaisseau Mazaré, s'est toujours dis­tingué par sa belle tenue militaire et son ardeur. A péri glorieusement dans un combat inégal contre plusieurs destroyers allemands dans la nuit du 24-25 avril 1917.

Sur un navire si simple, le comman­dant était tout, et la valeur du ba­teau dépendait directement de la sienne propre. L'Étendard fut favorisé sur ce point… etc… (127 pages)

(1) Voici les noms de ces marins ; Charles Perrichon, enseigne de vaisseau de 2° classe; Yves-Marie Cleck, second-maître; Alain Kerichard, second-maître; Marcel Vandenbusche, quartier-maître four­rier; Maurice Poulard, quartier-maître T. S. F.; Jean Boulic, quartier-maître chauffeur; François Caroff, matelot mécanicien; Ange Bolorel, matelot torpilleur; Eugène Thomas, matelot fusilier; Pierre Grabey, chauffeur breveté; Eugène Grand, quartier-maître électricien ;|Albert Boisson, mécanicien principal de 2e classe ; Louis Victor Couraux, matelot fusilier ….etc..

 

 

Sur le monument aux morts de la commune de Plougonvelin est gravé le nom de Claude Barbu, né à Brest le 17 février 1891, quartier-maître canonnier à bord de l’Etendard et qui a aussi disparu dans l’explosion du navire.

 

TORP-CL-BB2.jpg

 

 

 

 

 

                                                                      

               Un autre torpilleur de la classe Branlebas, l 'Oriflamme.

 

 

                                                         JPC 25 juillet 2010/complément 8 juin 2011 

 

 

 

 

 

 

 

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commentaires

Nicole Bonnet 11/09/2010 17:27


Je trouve ces documents supers et je suis trés contente d'être "tombée" dessus. Je connais le Conquet depuis l'age de 9 ans. J'en ai 58 et beaucoup de noms cités me sont trés familiers.
Merci à vous.


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