Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 18:08

LA PERTE DU LANGOUSTIER ANGLAIS « NICOLE »

2-3 novembre 1965

 

Au petit matin du mercredi 3 novembre 1965,  la vedette Ouessantine des Ponts et Chaussée revenait de Kéréon sur Le Conquet pour y débarquer le gardien Serge Thibault, permissionnaire. Selon la presse : « à la hauteur de la balise du Grand Corlieu, le patron Cuillandre aperçut un navire échoué sur le Garic-ar-Normand. Aussitôt il alerta Radio-Conquet ». La station n’ayant reçu aucun appel de détresse dans la nuit, la  Ouessantine s’approcha au plus près d’un bateau de pêche, nommé Nicole, abandonné empalé dans les roches. Les marins de la vedette apercevant de la fumée sortant de la cheminée de la ferme de Béniguet, (inhabitée à l’époque), l’annexe, montée par Jean Carvac et Auguste Perhirin fut envoyée à terre aux renseignements.

 

Les deux hommes découvrirent les naufragés auprès du feu qu’ils avaient allumé dans l’âtre de la maisonnette pour se réchauffer. Ils étaient Anglais.

p-nicole-penzance-tg-klein.jpg

Photo Télégramme (Klein) 

 

Comment en étaient-ils arrivés là ?       D’abord le bateau Nicole, était un ancien langoustier d’Audierne, construit à Douarnenez en 1957, d’une longueur de 14,50 mètres, pour 24 tonneaux de jauge, acquis quelques mois auparavant, en mai 1965 par Richard Barhow, de Penzance en Cornouailles.  Ce dernier pêchait les langoustes du côté des Scillies, son vivier en contenait ce jour-là 600, ainsi que des crabes, qu’il avait pris l’habitude de venir vendre à Audierne.

 

La pêche terminée, le Nicole avait quitté les Scillies le 2 novembre en soirée pour la France, avec un vent de nord-nordet soufflant à quarante noeuds et une mer forte. La Manche fut traversée cependant sans problèmes. Le bateau avait descendu la Helle, et pris le chenal du Four, quand aux abords des Pourceaux, le moteur cala une première fois, fut relancé par le mécanicien, et stoppa à nouveau. Le vent et les courants entraînèrent le langoustier dans le dédale des roches de Béniguet et il finit par talonner sur le récif dit « Karreg a Normand ».

Suffisamment près de la côte pour que Barhow et ses quatre compagnons puissent gagner la terre sains et saufs. Les Anglais auraient le temps de leur dérive lancé des appels « mayday » par radio mais qui ne furent pas reçus par la station du Conquet, pas plus que par l’Avant-Garde du Conquet,  qui, selon la presse se trouvait dans les parages à l’heure du drame

La Ouessantine prit à son bord les marins du Nicole pour les transférer au Conquet où ils furent accueillis et réconfortés à l’Abri du Marin, par monsieur et madame Julien Le Bras.

 

nic-ouessantine---Copie.jpg

 La Ouessantine dans le port du Conquet quelques années plus tard (Photo JPC) 

 

Au moment où la vedette quittait Béniguet arrivait le canot de sauvetage Patron Aristide Lucas, piloté par Louis Marec et qui n’intervint donc pas. P-nicole-penzance-arriere.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après avoir été accueilli par le directeur Joseph Quéré à la station radio, d’où il put communiquer avec Land’s End radio pour prévenir sa famille et celles de ses matelots de leur mésaventure, Barhow souhaita retourner sur les lieux du naufrage pour tenter de sauver ce qui pouvait l’être. Il s’y rendit donc à bord du canot de sauvetage qui était accompagné du Christian-Marie, patron Jean Le Bris et de l’Avant-Garde, patron Jacky Vaillant. Mais sur place, la mer était trop forte pour approcher de l’épave que les vagues défonçaient un peu plus à chaque coup de boutoir. Le Nicole fut donc déclaré « perte totale ».

 

ffu-quere-cam-baron.jpg

  La station radio du Conquet à cette époque : Louis Baron au télex, Jean Cam à la phonie et debout le chef de centre Joseph Quéré. (Coll JPC)

 

L’article du Télégramme se termine ainsi : « Il est à noter que l’épave du Nicole ne présente aucun danger pour la navigation. Par ailleurs « à quelque chose malheur est bon » dit le proverbe. En effet l’endroit du naufrage fait partie du cantonnement pour langoustes et homards grainés, récemment préconisé par les marins-pêcheurs du Conquet, la cargaison du Nicole constitue en vérité un apport de reproducteurs inattendu.»

 P-nicole-penzance-002-breche.jpg

Dans le même quotidien le 6 novembre : « La mer s’étant apaisée, des pêcheurs conquétois se sont rendu hier matin autour de l’épave du Nicole, toujours échouée sur le rocher du Normand à l’île Béniguet. Ils ont pu constater que la fin du bateau anglais était proche. A chaque marée, la mer recouvre le langoustier que les vagues ont pratiquement démoli.

P-nicole-penzance-002-pont.jpg 

 Il est à noter que l’équipage du Nicole a fait escale hier au Conquet. Il se trouvait à bord d’un bateau de pêche du Guilvinec qui faisait route vers l’Angleterre ».

 

Et dans Le Télégramme du 10 novembre, « La tempête a continué son œuvre et aujourd’hui, il ne reste plus que le moteur gisant lamentablement parmi les varechs découvrant à cette grande marée."

---------

On m’a dit que les langoustes « anglaises » n’avaient pas été perdues pour tout le monde… Il m'a été raconté depuis, qu'en effet le pillage du vivier défoncé à la masse par un impatient avait rapporté à certains pêcheurs conquétois des pêches "miraculeuses"... Sauf que les langoustes vendues au mareyeur local avaient été refusées par le grossiste de Roscoff, elles sentaient le gasoil!

 

Les photos de l'épave proviennent d'un dossier confectionné par Louis Jestin correspondant du Télégramme au Conquet à l'époque de l'accident.

 

   beniguet (2)

 

 

   

beniguet.jpg

 En fonction d'une marque portée sur une carte marine par le pilote Le Boïté et sur les indications de Jean Marie Le Bris (Kerivin) qui se trouvait à bord du canot de sauvetage du Conquet lors de sa première intervention, la croix rouge que j'ai portée sur la carte doit être le lieu approximatif du naufrage du Nicole .             

------------------------------------------------------------------------------------------

 

LA PERTE DU CASEYEUR CONQUETOIS « AVANT-GARDE »

20 janvier 1966

 

Quelques mois plus tard, le jeudi 20 janvier 1966, l’ Avant-Garde le langoustier conquétois (cité dans le naufrage du Nicole), qui se trouvait au mouillage sur rade du Conquet était entraîné par la tempête avec son corps-mort et se disloquait dans la grève de Trémichel, (aujourd’hui comblée, au pied de la falaise sous le bâtiment occupé par la coopérative des pêcheurs). Le jeune patron Jacky Vaillant avait acquis ce bateau âgé de dix ans,  à Audierne,  l’année précédente.

De l’épave remorquée dans l’arrière-port par l’Enfant d’Arvor, patron Yves Le Gall, le Petit-Yvon, patron Charles Bernugat et Stereden-Breiz, patron Yves Quéméneur et avec l’aide de Louis Marec, seul le moteur put être récupéré. Les engins de pêche et du matériel de sécurité nageant dans le gasoil avaient été sauvetés juste après l’accident.

 p-avant-garde-reduit.jpg

Dans l’article du Télégramme  (vendredi 21 janvier 1966) d’où est extrait ce commentaire, le patron Vaillant précise qu’il s’est rendu le mercredi soir à bord de son bateau dans l’intention de le rentrer à l’abri de la digue Saint-Christophe mais que le moteur a refusé de démarrer, il a dû regagner la terre en se contentant de renforcer le mouillage.

 

Le commentaire des professionnels du port à l’unisson : Si la digue Sainte-Barbe avait été prolongée… Elle ne le sera qu’en 1969-70, j’ai déjà traité ce sujet dans ce blog

 

pcm-avant-garde.jpg

 

 

 

 

 

Photo anonyme, collection JPC.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avant-Garde   :

BR7505, en provenance d'Audierne, 20.54  tx, moteur Baudouin  120 cv / Patron armateur Jacky Vaillant.                                         

Fin de l'article : 10 décembre 2011. JPC

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de jean.pierre-clochon@wanadoo.fr
  • Le blog de jean.pierre-clochon@wanadoo.fr
  • : Sujet : histoire locale du Conquet et histoire maritime d'un point de vue plus général. Mise en ligne de mes dossiers constitués à partir de recherches dans toutes sortes de documents et d'archives depuis 1970. Je demande seulement qu'en cas d'utilisation de tout ou partie d'un dossier, la source en soit citée, et que pour une utilisation commerciale j'en sois informé. JPC
  • Contact

Recherche