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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 11:07

Texte de la conférence du mardi 1er décembre 2009, organisée par la médiathèque de Plougonvelin à  l'Espace Keraudy. 
Jean Pierre Clochon  : "je vais vous présenter une période assez sombre de l’histoire du Conquet, qui se déroule en gros de la fin du XVIIIe siècle à la fin du XIXe siècle".


MARASME ECONOMIQUE ET PAUVRETE AU XIXe SIECLE AU CONQUET  


PREMIERE PARTIE :
 

 

Cette période se caractérise par une étonnante variété de régimes politiques successifs en France.

 

•         La fin de l’Ancien Régime, Louis XV puis Louis XVI

•         Une révolution 1789 (chute de la royauté)

•         La Première République, puis le Directoire, le Consulat

•         Le 1er Empire avec Napoléon 1er

•         Retour à la royauté après Waterloo : deux rois de France, Louis XVIII et Charles X

•         Une révolution : 1830

•         La royauté se maintient : Louis Philippe 1er,  roi des Français

•         Une révolution : 1848

•         La Seconde République

Le coup d’état de décembre 1851, fait de Louis Napoléon Bonaparte le prince-président, qui prend bientôt le titre d’Empereur.

•         Second Empire, Napoléon III chute avec la guerre de 1870, (Camp de Conlie, commune de Paris

•         La 3e République s’impose difficilement, mais dure longtemps

 

 

Ces bouleversements politiques n’ont aucune répercussion sur la vie municipale conquétoise, les maires sont des notables, pas des hommes politiques, ils sont nommés par les préfets et semblent indifférents aux changements de gouvernement en France. Ils les acceptent en apparence sans état d’âme.

 

Pour s’en convaincre : Jean Marie Le Guerrannic, le père,  conseiller municipal et maire depuis l’an VIII. (directoire, consulat,  puis périodiquement jusqu’en 1837)

 

Sous le 1er Empire, Le Guerrannic,  le 5 décembre 1813, fait chanter un Te Deum en mémoire et action de grâces de l’heureux avènement de Napoléon à l’Empire Français et quelques mois plus tard alors que l’empereur est à l’île d’Elbe, il assure  Louis XVIII  de... "la vive joie dont sont pénétrés les habitants du Conquet de l'évènement heureux qui leur a rendu leur souverain légitime et les a délivrés de la tyrannie odieuse sous le joug de laquelle ils gémissaient depuis trop longtemps."  

 

 Son fils Jean Marie Le Guerrannic (fils), conserve la mairie de 1843 à 1859 ce qui le contraint à prêter serment à quatre régimes différents, au roi Louis Philippe d’abord : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la Charte constitutionnelle et aux lois du royaume » puis le 6 mars 1848 à la République : «  Citoyens, la monarchie vient de succomber et le gouvernement républicain lui a succédé, saluons avec orgueil l’étendard de la liberté, vive la République, vive l’ordre et la liberté ! » au prince-président Louis Napoléon Bonaparte à la veille de son accession à l’Empire: « Monseigneur, nous sommes heureux de joindre nos voix aux acclamations unanimes de la France et d’adresser à votre Altesse Impériale le juste tribut de notre reconnaissance pour les bienfaits que vous doit le pays dans lequel vous avez ramené la paix et la tranquillité Consolidez votre œuvre providentielle en acceptant l’Empire auquel vous convie la volonté nationale ; nos cœurs forment le même vœu ».

 

Et il ne manque pas de féliciter Napoléon III  en faisant chanter en Juin et juillet 1859, deux Te Deum pour les victoires de Magenta et Solferino (« boucherie » ayant entraîné la création de la « Croix-Rouge » par Henri Dunant.

« Sire, pénétrés d’un profond sentiment d’admiration pour les pages glorieuses que l’Armée Française sous l’habile commandement de Votre Majesté vient d’ajouter à sa courte mais décisive campagne d’Italie. Pénétrés aussi d’une vive reconnaissance pour cette paix si opportune que Votre Majesté a offerte avec une loyauté chevaleresque qui n’appartient qu’à un grand monarque, le Conseil Municipal de la commune du Conquet, monsieur le Juge de Paix du canton de Saint-Renan et monsieur l’instituteur du Conquet prennent la liberté de déposer aux pieds de votre auguste personne l’hommage de leur inaltérable dévouement à Sa Majesté Napoléon III et à sa dynastie bien-aimée.

                                             Vive l’Empereur »

 

 

Le premier maire « politique » au Conquet sera Frédéric Tissier, républicain et franc-maçon élu en 1876.

 

UNE COLLECTION  DE HANDICAPS :

 

Si heureusement elle ne traverse pas de crise politique, la commune du Conquet est au début du XIXe siècle lourdement pénalisée par une collection de handicaps :

 

-Son isolement

-L’héritage désastreux d’un passé récent

            Vie maritime éteinte

             Séquelles de la Révolution et de l’Empire

-Une production agricole insuffisante

-Une forte proportion de pauvres, indigents et mendiants dans la population

 

 

Le Conquet petite commune isolée au bout du monde

 

a l’extrême ouest du département, Le Conquet est une toute petite commune de 480 ha environ, bordée sur la rive nord de l’aber du Conquet par la commune de Ploumoguer, à l’est-nord-est, dans la zone de Kerjan par la commune de Trébabu, et à l’est et au sud par la grande commune de Plougonvelin, plus de 1800 hectares. A l’ouest c’est la mer.


cadastre-1841-Blog.jpg












 Cadastre de 1841





















Des chemins existent
entre Le Conquet et Plougonvelin mais les échanges commerciaux entre ces deux communes étant insignifiants, leur intérêt économique est négligeable.

 

Les liaisons avec la sous-préfecture et le chef-lieu de canton sont médiocres : pas de route directe vers Brest, elle ne sera achevée qu’aux environs de 1860, en longeant sur un remblai la rive sud de l’étang de Kerjan, après avoir cassé les têtes de roches.

 Assemblage1---Copie---Copie--4-.jpg



En rouge, la "Grande route du Conquet à Saint-Renan.I l n'y a pas de passage possible le long de la berge sud de l'étang de Kerjan.







Pour aller à Brest il faut prendre la direction de Saint-Renan par la route dite de grande circulation, départementale N°4. Mais par endroits, c’est à peine plus qu’une voie charretière avec, dès la sortie du Conquet un passage difficile depuis l’anse de Poul Conq jusqu’au franchissement du barrage  de Kerjan, passage fréquemment transformé en bourbier par la pluie ou les grandes marées.

Les rouliers y restent souvent envasés. Une fois passée cette épreuve du charretier embourbé, les attelages sont confrontés avec la rude côte qui mène vers Trébabu. Des chevaux y ont succombé à la suite d’efforts trop violents. En sens inverse : des accidents plus ou moins graves arrivent continuellement dans la descente de Kerjan, quand les chevaux ne peuvent plus retenir les tombereaux lourdement chargés, qui versent.

 

carte-depart-4.jpg Parcours en 1821 du messager Soliman. Il doit se rendre à la sous-préfecture les lundis et vendredis. A l'aller il amène les dépêches de Ouessant, Molène, Le Conquet, Plouzané. Au retour il ramène les courriers pour ces localités.
Trajet : Le Conquet, Kerjan, Kerzeveon, Plouzané, La Trinité, Saint-Pierre, Recouvrance, traversée de la Penfeld par le bateau du passeur et Brest.  





plan-kjan.jpgLa route de Brest a été ouverte vers 1860, en cassant les têtes de roches le long de la berge de l'étang de Kerjan et en établissant un remblai carrossable
 (Le pont tournant de Recouvrance a été inauguré par Napoléon III en 1861)







ELD-0027.jpg


 

Rappelons que pour se rendre à Ploumoguer, le passage se faisait à marée basse, par le gué entre le Croaé et le Cosquies, au niveau de la passerelle actuelle. (Détail de carte postale)






























Côté port, aucune infrastructure portuaire, hors les quais ou cales du Drellac’h construits 1835-44 et le môle Saint-Christophe édifié entre 1873 et 76


pil-port-lvue-generale-1850.jpg
Dessin (détail) du Conquet vers 1850, sans doute par Ernest Le Guerrannic. Les quais du Drellac'h sont terminés, la chapelle Saint-Christophe a perdu son clocher, le toit en bâtière de la tour Est de la maison des Seigneurs est tombé depuis 1847.



 

Héritage désastreux d’un passé récent

 

 -Une vie maritime éteinte

 

Pour mémoire, Le Conquet n’ayant rien jamais rien eu  à exporter, et un minimum à importer pour sa seule population, la flottille conquétoise s’était constituée  dès le XIVe siècle de transporteurs qui allaient chercher principalement le sel aux salines de l’ouest (Aunis, Saintonge), pour la Normandie : Honfleur sel de consommation pour Paris ou l’Artois - Picardie (salaisons de poissons)


BARQUE-OZANNE.jpg

Type de barque conquétoise du XVIIIe siècle, dessin de Nicolas Ozanne.
 















Le traité de Paris  du 10 février 1763 qui a exonéré les Anglais et leurs alliés de taxes à l’exportation de marchandises depuis les ports français, a ruiné notre commerce de petit cabotage. Les navires anglais, plus gros porteurs, avec des équipages moins nombreux, aux salaires moindres, ont emporté les marchés. La flottille conquétoise qui avait atteint au milieu du XVIIIe une bonne quarantaine de navires, a fondu rapidement.

 

Les armateurs ont porté leurs spéculations vers Brest, les marins ont suivi.

 

La guerre de d’Indépendance des Etats-Unis d’Amérique, grande dévoreuse d’équipages, avec les escadres françaises  rentrant à Brest, désemparées, moins par les combats navals (bataille d’Ouessant 27 juillet 1778) avec les Anglais,  que par les ravages du typhus (Retour à Brest de la croisière sur les côtes d’Espagne de la flotte d’Orvilliers), a vu périr des milliers de matelots.

 

Tous les petits ports du Léon ont été touchés par la faveur faite aux Anglais : Enquête de 1774, paroisse de  Plouzané : le recteur déplore que la décadence du commerce et de la navigation a fait affluer à Plouzané  une foule de marins dans la nécessité de mendier venus de Porspoder et autres paroisses voisines.

 

Au Conquet la situation est catastrophique :

 

Mai 1790, Dans une adresse à l’assemblée nationale, les notables du canton du Conquet évoquent : … des maisons presque désertes, des chaumières éparses, souvent tombant en ruine, habitées par une espèce pauvre et souffrante qui, assoupie dans l’inaction …est constamment malheureuse,  Dans cet état passif de stagnation et d’apathie, elle offre le spectre effrayant de la misère…

 

Pendant le blocus des côtes par les Anglais, on ne pouvait pas s’attendre à une reprise des activités commerciales. Après les temps troublés de la Révolution et de l’Empire, le port du Conquet ne se relève pas.

 

CABOTAGE / Des armateurs qui, comme François Tissier, directeur de l’usine d’Iode et la famille Le Guerrannic, marchands de vin, arment quelques caboteurs, ne trouvent pas de capitaines ni de matelots conquétois pour en former les équipages. Ils font alors appel à des marins du quartier du Conquet, … (Quartier du Conquet, créé en 1734, fermé en 1930 : syndicat du Conquet, d’Ouessant, de Porspoder, de Labervrac’h,), ou de quartiers voisins.

Exemples, le « Frédérick » à Tissier est commandé par Martin Malgorn d’Ouessant, le « Saint-François » par Yves Stéphan aussi d’Ouessant, l’ »Amélina » à Le Guerrannic a pour capitaine Cézar Le Gall de Porspoder… Ces bateaux font du cabotage national ou international (Pays de Galles), et ne passent quasiment jamais au Conquet.

 

GOEMON-IODE/ On pourrait s’attendre qu’avec le développement de la fabrique d’iode, de nombreux Conquétois soient devenus marins-goémoniers, eh bien non ! pas un seul entre 1830 et 1955.

 

PÊCHE/  Quant à pratiquer le métier de la pêche, ce n’était pas une activité conquétoise au XVIIIe siècle, puisqu’on disait n’y pas trouver de poisson à acheter, même les jours de carême. La famille Le Guerrannic a en copropriété à Molène avec des Molénais, quelques petits bateaux de pêche.

 

Il  faudra attendre les années 1850 pour voir s’installer au Conquet une population de pêcheurs venue de Loguivy de la Mer, y introduire la pêche des crustacés aux casiers. Sans conflit avec une concurrence locale inexistante (voir sujet traité dans ce blog « Les Paimpolais »

 

Des séquelles de la Révolution et de l’Empire : tissu urbain sinistré, maisons en ruines, rues défoncées.

 

Les menaces étrangères qui pèsent sur la France révolutionnaire et sur la 1ère République (20 sep 92), d’abord la coalition Autriche-Prusse en 1791, puis l’entrée en guerre de l’Angleterre en février 1793, amènent des troupes en garnison sur nos côtes, toujours pour la protection avancée de Brest. C’était déjà le cas à l’époque de Vauban et dans d’autres situations, mais en général l’alerte passée, les soldats étaient démobilisés.

 

Cette fois c’est pendant près de 25 ans que la ville du Conquet va être occupée par des soldats, canonniers gardes-côtes, troupes de ligne, légions de Volontaires, gendarmerie, équipages des canonnières en station au port, corsaires…

 

-Organiser l’accueil des militaires est le casse-tête quotidien de la municipalité. La ville est dépourvue de caserne, hormis les quatre petits corps de garde de Sainte-Barbe, de la Pointe des Renards, de Pors-Feunteun, et de Porsliogan. Ainsi quand le 2e bataillon du 39e régiment de l’Ile de France arrive le 1er juillet 1791, il n’y a aucun bâtiment convenable pour  loger les soldats, donc le maire, dans l’urgence les place chez des particuliers, puis on désigne comme casernes la maison d’Olivier Cornec rue Poncelin, deux maisons à Le Dall-Quéréon à Gorre-Conq, (Charles Marie Le Dall de Kéréon a été guillotiné sous la Terreur à 19 ans) et on leur attribue comme corps de garde une petite maison sur la place au milieu du Conquet appartenant à madame veuve Tanguy Provost,.

 

Je pourrais multiplier les exemples de réquisitions.

 

Ceci, dit le président du canton en l’an VIII, ne serait que demi-mal si l’état avait versé régulièrement le loyer pour ses militaires, mais c’est loin d’être le cas. Des propriétaires depuis 6 ou 7 ans qu’ils logent des troupes chez eux, n’ont pas reçu un centime et donc n’ont fait aucune amélioration  ou réparation urgente à leurs maisons, ce qui fait qu’il y en a de nombreuses qui menacent ruine.

 

La présence des soldats en ville se double d’un climat d’insécurité

 

Toujours des soucis avec la troupe, le 16 vendémiaire an IX, le maire Christien Créac’h se plaint que les 161 hommes de la Légion des Volontaires et des 45 hommes d’un détachement d’infanterie pèse trop lourd sur sa commune, car ils viennent en plus de la 11e  compagnie d’artillerie pour la garde-côte qui est au Conquet depuis trois ans. « Les habitants s’en plaignent beaucoup car ils ont acquis tant de connaissance de ce pays et font tant de liaison avec les mauvais sujets de l’endroit que des vols très multiples et très conséquents se commettent…  les militaires armés quittent leurs postes la nuit et courent la campagne volant et semant la terreur. » Et, le 27 pluviôse an IX, entre huit et neuf heures du soir, Marie Michelle Quéouron, commerçante, est assassinée par des inconnus. Cette dame est la mère de François Monté, (notable, boulanger, et un temps maire du Conquet).

 

Les menaces anglaises s’intensifiant sous l’Empire   : de nouvelles troupes arrivent en renfort  Un jour le maire qui a déjà placé 445 soldats du 70e régiment, doit faire face à l’arrivée de 2 compagnies de 135 hommes chacune. Impossible répond-il à l’autorité militaire de les accepter ici, la plupart des militaires présents  n’ont pas de lit et dorment sur la paille ».

 

Déjà en avril 1793, le citoyen Thomas qui commande le 3e bataillon  des Côtes-du-Nord signale aux officiers municipaux et au maire le mauvais état d’une caserne au Conquet où sont logés ses hommes : couverture du toit crevée, quand il pleut l’eau tombe même dans les lits. Les vents y arrivent de tous côtés, et l’on ne peut faire de feu sans être aveuglé par la fumée, faute de quelques carreaux qui manquent aux fenêtres.

 

 J’ajouterai que les unités de soldats sont accompagnées de  prétendues blanchisseuses, qui troublent l’ordre public. Un conseiller municipal se plaint que les ébats de ces dames avec les soldats dans les champs, gâtent  beaucoup les blés.

 

 

1815, après Waterloo, fin des guerres. Le Conquet, ville ravagée se vide de ses militaires.

 

La ville

Les troupes ont quitté Le Conquet depuis une quinzaine d’année quand Jean-François Brousmische écrit :

 

On est frappé de tristesse en entrant au Conquet. Cette ville ne sera bientôt plus qu'une misérable bourgade…, la ville du Conquet semble une solitude. Sur trois maisons, c'est à peine si l'on en trouve une qui soit habitable ; la ronce et le lierre couvrent les débris des autres. Le Conquet est, de plus, la ville la plus mal pavée du Finistère.

(Le texte intégral de Brousmische sur Le Conquet et celui de Flaubert se trouvent sur ce blog)

 

Gustave Flaubert : Le Conquet, grand bourg paisible dont les habitants semblent partis, ne vaudrait pas la peine de s’être dérangé pour le voir s’il n’y avait non loin l’abbaye démantelée de Saint-Mathieu…

 

Et le maire,  Faustin Rigollet en 1881 : beaucoup de maisons sont inhabitées, en ruines, ou occupées par des indigents.

 

 

Les rues : Elles ont été défoncées par les lourds attelages militaires, transportant vivres et munitions. En 1813, quelques subsides permettent de repaver la Grand-Rue, On restaure un peu la rue Bernard avec des cailloux et des pierres de grève, que l’on va chercher à Beniguet, quant aux autres, la rue Etroite, la rue Kerdacon, la rue Saint-Christophe et la rue Neuve, elles sont dans un tel mauvais état que le budget de la commune ne peut rien y faire.

 

Bien plus tard dans le siècle, on ne voit pas beaucoup d’amélioration, la rue Bernard qui sert pour les rouliers qui se rendent  de Lochrist vers la grève de Ploumoguer est dans un état si déplorable que les piétons en hiver ne peuvent la fréquenter. De plus il se fait le long de cette rue des dépôts de fumier qui anticipent sur la voie publique.

 

 

Une constante tout au long du siècle

 

Manque d’hygiène, Insalubrité

 

D’un bout à l’autre du siècle, les rues et chemins sont encombrés de fumiers en dépit des règlements municipaux. Par exemple en 1838, « Défense de déposer les fumiers ou immondices sur les voies publiques, les fosses d’aisance ne pourront être vidées que la nuit et nettoyées de même et au plus tôt de 9h à 10h le soir. Les fumiers laissés dans la rue seront confisqués.

 

1848, Le puits : « chaque jour je reçois des plaintes sur l’état de l’eau de ce puits qui est la seule dont puissent profiter les habitants du Conquet.

Souvent on a retiré de cette eau des chats morts, des chiens, des rats et une foule d’immondices. Vous comprendrez, citoyen sous-commissaire que pour la santé publique, cet état de chose ne peut plus durer. Quelques temps plus tard, une pompe est installée sur le puits (Voir ce sujet traité dans ce blog, la place du Marché, le puits, la pompe)



pl-du-march--lg-copie-1.jpg
La place du Marché avec le puits central.
Dessin de Louis Le Guennec, d'apès Lesage.
(On note l'effet "grand-angle")











Vers la fin du siècle, la place du Marché est toujours aussi peu accueillante : en 1884, François Crenn membre du conseil municipal propose d’empêcher les eaux sales de séjourner dans la Grand-rue où les cochons  et les oies viennent journellement se vautrer, de combler le ruisseau à partir de la pompe et de le remplacer par une canalisation qui irait aboutir au Casse-Cou et à la mer. Robert Menguy qui pourtant n’habite pas loin,  rétorque que le ruisseau est peu profond et qu’il suffit de prendre ses précautions pour y passer sans incident.

A propos des cochons, il en est de non-muselés qui divaguent dans les rues, attaquent les passants et les mordent. La ville devait être parfois une vraie ménagerie, dans les années 1832-33,  on relève de nombreux arrêtés contre les divagations des  animaux. La fourrière se trouvait alors chez madame veuve Hérault (ou Ayraud), 60 centimes jour et 1 franc nuit pour les chevaux, 50 centimes jour ou nuit pour les bêtes à cornes, (vaches, moutons), et de même par pourceau.

La grève de Portez et le terrain vague avoisinant sont désignés comme décharge pour les décombres et immondices.

 

Le manque d’hygiène est aussi mis en cause à l’occasion de la propagation de maladies.

 

24 mai 1890, lettre du maire au sous-préfet de Brest. « Les fièvres typhoïdes et fièvres muqueuses peuvent être considérées comme endémiques dans notre localité. Il en existe toujours quelques cas et cette année il ne semble pas que ces cas doivent être plus nombreux que les années précédentes. Depuis plusieurs semaines on a constaté un seul malade, un enfant fréquentant l’école des garçons. Le dénouement a été fatal, mais ce triste évènement peut être attribué en bonne partie à un défaut d’hygiène et à des imprudences et, d’autre part au peu de ressources dont pouvait disposer la famille du jeune malade. Il n’y a donc pas lieu de s’alarmer ».

 

24 mai 1890  A signaler « plusieurs cas de fièvres muqueuses, pas plus nombreux que l’année dernière. Ils sont dus comme ailleurs, au défaut d’hygiène des habitants, à la misère, au manque de propreté de certaines habitations. Comme aussi au défaut d’aération de certains quartiers de la ville que la municipalité se propose d’assainir, aussitôt que l’autorité préfectorale l’aura autorisée à contracter l’emprunt de 5 000 Francs pour des travaux de voierie. »

 

 

Des ressources agricoles insuffisantes, un territoire cultivé exigu, (371 ha de terres labourables sur 488 ha). Des marchés et foires peu importants.

 

 

1810, à propos des récoltes

-1 000 habitants, 199 abs au service de mer et de terre.

-6 000 quintaux de 100 livres est la quantité nécessaire à la consommation des habitants, à 100 quintaux celle des animaux domestiques, à 346 quintaux ordinaires pour l’ensemencement de 173 journaux. Chaque quintal semé rapporte sept quintaux = 6 446 quintaux nécessaires.

 

La récolte de grains n’est jamais suffisante, les habitants se pourvoient au petit marché hebdomadaire des grains apportés par les marchands de Ploumoguer, Plougonvelin et Trébabu.

 

-1825, la commune du Conquet est la moins commerçante de tout le canton de Saint-Renan et de celui de Ploudalmézeau : par conséquent les marchés n’y sont rien. (L’octroi est peu lucratif).

 

                     Marché en 1849, 2 foires, 10 mai et 23 septembre

                            1 grand marché 1er mardi de juillet

                            Marchés ordinaires tous les mardi matin

 

On vend dans les foires : froment, orge, orge fromenté, seigle, chevaux, vaches, moutons, porcs, lard, graisse, sabots, fruits, tamis et cribles, beurre, œufs, laines, poteries de Lannilis, indiennes, mouchoirs, tabliers, petite mercerie.

 

Marchés ordinaires, froment, orge, orge fromenté, seigle, lard, beurre et œufs.

 

-Cependant les terres des environs du Conquet sont très fertiles ; la location en est aussi élevée qu'à Plouguerneau, qu'à Cléder ; on se demande, quelle est la cause de la misère apparente qui se fait remarquer ici, sans qu'on puisse résoudre cette question. (Brousmische 1830). Le goémon qui fait l’engrais du pays existe en abondance.

 

En 1851,  pour 1 370 habitants, la population agricole est de 587 hommes et femmes.

 

-Cultures pratiquées : céréales, choux, panais (sorte de carotte), pommes de terre (assez peu semble-t-il). Plus élevage.

 

L’octroi,  est une taxe perçue sur les marchandises à l’entrée dans une ville ou un bourg : comme il y en a peu, l’octroi ne rapporte pas grand-chose.

 

Recette de l’octroi, receveur Delaunay

pour 1813 : 1 880 francs

pour 1814 : 1 367 francs

pour 1817 :   457  francs

pour 1818 :   465 francs

pour 1819 :   937 francs

pour 1820 :   961 francs

pour 1821 :   941 francs

pour 1822 :   905 francs


 Copie-de-finistere-carte-19e.jpg

 Les paysans éleveurs de chevaux se débrouillent bien. Leurs bêtes remportent des prix dans les foires de la Martyre. Ainsi, en août 1821, les sieurs Jean Marie Lannuzel, Yves Floc'h, Goulven Le Bras, et Ambroise Le Ven ont remporté plusieurs médailles.

 



FIN DE LA PREMIERE PARTIE

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