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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 13:48

Canot de sauvetage "Patron Aristide Lucas"
En station au Conquet de 1964 à 1998

    EXTRAIT DE "LE CONQUET : HISTOIRE DU SAUVETAGE EN MER" / (JPC Inédit)

LE QUATRIEME CANOT DE SAUVETAGE A MOTEURS : « PATRON ARISTIDE LUCAS »

 

Construit par les Chantiers Navals de Normandie, Lemaistre Frères à Fécamp, il vient en 1964 remplacer au Conquet le Rigault de Genouilly avarié sur son chariot en 1962 lors d'une mise à l'eau et irréparable. L’abri de la pointe Sainte-Barbe est resté vide pendant deux longues années.

 

Le lancement du Patron Aristide Lucas

 

Gros titre du journal le « Progrès du Havre » du mardi 24 septembre 1963 : « Les Chantiers Navals de Normandie, Lemaistre Frères à Fécamp ont effectué, samedi dernier la mise à l’eau d’un canot de grand sauvetage construit pour le compte de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés, dont l’administrateur délégué est le commandant Durand-Gasselin. Ce canot dont la silhouette rappelle le « Onésime-Frébourg » de la station de Fécamp, issu de ces mêmes chantiers, porte le nom de « Patron-Aristide-Lucas » et est destiné à la station du Conquet… Avant la livraison il sera procédé à une série d’essais sous le contrôle de messieurs les ingénieurs du service de la Surveillance de la Marine. Ainsi d’ici quelques jours le Patron Aristide Lucas dont la conception et la construction font honneur aux Chantiers Navals de Normandie, ira renforcer la flotte de la S.C.S.N et sera un outil précieux entre les mains de ceux qui ont accepté la mission d’assurer la sécurité en mer et de « sauver ou périr »

De nombreux mois vont s’écouler avant que le bateau qui semble fin prêt sur la photo qui accompagne l’article, ne rejoigne le port du Conquet, puisqu’il n’y  arrivera qu’en début mai 1964.


arilucjnalhavre.jpg


arilucfecamp.jpg
Le Patron Aristide Lucas au chantier à Fécamp. (Photo Le Progrès du Havre)
Il porte le nom d'Aristide Lucas en mémoire du patron du canot de sauvetage Nalie-Léon-Drouin, décédé en 1940.


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sns-ariluc-essais-neuf.jpg

Le canot neuf pendant ses essais. Photo SCSN Paris.













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L’arrivée au Conquet  seulement sept mois et demi plus tard

 

On peut lire dans « Le Télégramme » du 2 mai 1964 : « Le Conquet était en fête hier après-midi ; à 15h30, escorté d'une kyrielle de bateaux de pêche pavoisés, le nouveau canot de sauvetage  Patron Aristide Lucas faisait fièrement son entrée dans la baie. »

 

Parti de Fécamp le bateau avait fait une première escale à Cherbourg, puis une autre à Roscoff. Le rendez-vous étant prévu vers 14h à l’entrée du Conquet, Louis Marec et son équipage, en avance sur l’horaire ont attendu devant Corsen que les bateaux venant à leur rencontre apparaissent devant Kermorvan pour finir leur route.

A bord du navire pour  la traversée Fécamp-Le Conquet, il y avait : un pilote de la flotte, un administrateur de la SCSN : le commandant Durand-Gasselin, le patron Louis Marec, le sous-patron Alexis Vaillant, et un canotier Auguste Lucas (dit “Jean Luc”).


ARILUCARRIVE.jpg
L'arrivée au Conquet le 1er mai 1964, photo Le Télégramme.




 










Principales caractéristiques du canot

 

Construction bois. Insubmersible et auto-redresseur. Longueur 14,20 mètres, largeur 4,12 mètres, déplacement 20 tonnes, propulsé à 9,5 noeuds par deux moteurs Baudouin de 75 chevaux entraînant chacun une hélice. Il est équipé d’un poste de radiotéléphonie PNQ11 de 32w.


CSLANGL---Copie.jpgLe canot de sauvetage Patron Aristide Lucas  en haut de sa rampe de lancement (Photo Michel Langlois 1966).
L'abri  sur pilotis est encore dans son état d'origine. Les travaux de 1970 (allongement du môle Saint-Barbe) et de 1991, (construction du quai Vauquois) ont depuis modifié son environnement.
 





Fondation de la SNSM :
1967 : pour mémoire la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés (SCSN) fusionne avec les Hospitaliers Sauveteurs Bretons (HSB).  Les coques des embarcations de la SCSN étaient peintes en vert, celles des HSB en bleu. En leur souvenir, la Société Nationale de Sauvetage en Mer (SNSM) a attribué la couleur verte aux coques de ses canots tous temps et la couleur bleue à celles des vedettes de toutes catégories.


sns ariluc lanc jpc v 1970

                     Vers 1970-72, photo JPC, le canot est toujours dans sa version d'origine.

Des améliorations :

En février 1974, à Camaret, pose d’un radar, puis du 3 au 6 juillet 1974, immobilisation à Camaret au chantier Lastennet, pour l'installation d'un rouf sur le poste de pilotage.

ari-nb-alexis.jpg


Remontée du canot avec son rouf sur le poste de pilotage, le radar est en place. Louis Marec (casquette), Alexis Vaillant (pull SNSM) et un jeune homme non identifié.
Photo JPC vers 1975.



 








Une cure de rajeunissement et du confort :

En 1983
,  20 ans après son lancement, le Patron Aristide Lucas subit à Saint-Malo une refonte complète. Une timonerie en alu et verre remplace le rouf de 1974 et deux moteurs neufs sont posés, des Baudouin D6 106 de 140 cv chacun. Ces moteurs sont plus légers que les précédents, le canot lève plus le nez, mais ne gagne rien en vitesse.



sns-ariluc-lanc-1983-et-ouessantine.jpgSeptembre 1983, lancement de l'Aristide Lucas, pour une alerte "planche à voile en difficulté" devant le Trez-Hir.
A droite la vedette des phares et balises Velleda.  Photo JPC.

 

 

 







Numeriser.jpg


Photo sans date : de gauche à droite : Henri Le Borgne, (canotier), Armand Cudennec (vice-président), Camille Gélébart,(plongeur)  Jacqueline Daniel (trésorière), Joël Provost, (président), Jean Marie Le Bris (patron), Marcel Vaillant, (patron), René Lopin, (mécanicien-treuilliste), Patrick Le Borgne, (canotier).



















CHARIOTEAU.jpg 
Photo JPC, vers 1985
Le canot a été descendu à l'eau. A cette époque le pneumatique n'était pas encore installé sur le toit de la timonerie.

Le chariot attend d'être remonté.







La manoeuvre de remontée du canot consistait à le poser en marche arrière sur le chariot immergé, la chaîne centrale était fixée sur un croc à l'arrière du canot, les deux élingues croisées étaient tournées sur les taquets tribord et bâbord. La lisse bâbord appuyée sur le balestron (mât métallique) indiquait que la quille du canot était bien posée dans l'axe du chariot. (Photos de détails à venir dans une suite à cet article)

Anecdotes :
Le 24 avril 1990, le Cross-corsen demande la sortie du canot pour une intervention en mer. Impossible de remonter la porte de l'abri au-delà d'un mètre cinquante. L'enrouleur est cassé. A 19h le président déclare le canot indisponible. L' Aristide Lucas restera coincé jusqu'au 1er juin à 10h15.

Le 11 novembre 1991, le Cross-Corsen demande la sortie du canot pour assister un voilier en panne de moteur vers les Pierres Noires, le Patron Aristide Lucas est lancé, mais dès qu'il flotte, le patron s'aperçoit que la barre ne répond plus, le canot est remis sur son chariot et hissé, on s'aperçoit qu'un safran s'est détaché et a disparu. Le lendemain, Patrick Le Saout, surveillant de port le retrouvera, en plongée.

Le 6 juillet 1992, le canot est mis à l'eau le temps de la vérification d'une roue de chariot défectueuse.
Ceci fait, le chariot est remonté pour test, mais arrivé à la porte de l'abri, il dévale la pente en "roue libre".
Les serres-câbles ayant glissé, libérant la cosse de fixation au chariot. Le chariot qui n'a pas déraillé sera remonté un peu plus tard, et le canot regagnera son abri le 8 juillet.

29 mai 1993, au cours d'un lancement, le chariot déraille en fin de course et tombe de la cale. Il faudra faire venir de Brest un puissant camion-grue pour le remettre en place.


sns-ariluc-canotiers-abri-oct-92.jpg















Devant la porte de l'abri, en octobre 1992 : Didier Quentel, René Lopin, Jean Pierre Clochon, Jean Claude Lucas, Jacqueline Daniel  (trésorière), Armand Cudennec, (vice-président), Joël Provost (président) Marcel Vaillant, Jean Michel Le Lann, Jean Claude Vaillant, Patrick Le Borgne , François Le Drévès, Joseph Vaillant.

PALABRI.jpg
Le canot, (antennes radio et mâtereau avant rabattus), et son chariot entraient de justesse dans l'abri. Le canotier à l'avant, en l'occurence Yvon Vaillant,  patron-suppléant, n'aura que quelques centimètres de marge, au-dessus de sa tête, au passage du linteau de porte.On remarque et c'est toujours le cas, que l'inscription rouge sur fond blanc Société Centrale de Sauvetage des Naufragés, ancêtre de la SNSM a été consérvée au fronton de l'abri. (Photo JPC)















sns-ariluc-visite-drellach.jpg

Eté 1995, le public peut visiter le canot à quai au Drellac'h, à l'occasion d'une manifestation nautique. Photo  JPC.













sns-ariluc-brest-arsenal.jpg
Le Patron Aristide Lucas aux fêtes de Brest 96. Photo JPC.















Ci-dessous, photo d'août 1996
Au mouillage sous la digue, le canot neuf  "Ile d'Ouessant", immobilisé sur ennuis moteurs.CHARIOTSEUL .



Pour mémoire : la longueur de rails entre l'enrouleur de treuil et le bas de la cale est de 110 mètres.










De l'abri au corps-mort :

Au cours des années 1995-96, puis 97,  la mise à l'eau du canot de sauvetage devient de plus en plus problèmatique, voire dangereuse.

sns-ariluc-treuil-jean-bris.jpg
Dans l'abri aux murs très dégradés, le treuil et le moteur Baudouin DB2.
Aux manettes Jean Bris patron du canot et treuilliste. Il a succédé dans cette dernière activité à  Jopic Floc'h.








- La cale de lancement, rails usés et piliers de soutènement dégradés (particulièrement lors des travaux du quai Vauquois quand un chaland de dragage était amarré sur l'un de ces piliers). Elle vibre lors de la descente des 20 tonnes du canot et des 5/6 tonnes du chariot, inquiétant fort l'équipage à bord.
-Le chariot est fatigué, ses roues se grippent facilement.
-La porte, un vrai calvaire pour la remonter! Chaque canotier avant le lancement, donne une dizaine de tours de manivelle, puis le dos de la main écorché, céde la place au suivant...
-L'affaissement des rails au passage de la porte, et en bout de course, limite la pente initiale et le canot peine à franchir le seuil de son abri.

Une première solution fut de rehausser les rails en butée, sous les roues arrières du chariot. Mais bientôt cela ne suffit plus. Il  fallut même demander, lors d'un départ en intervention, au public présent de pousser sur le chariot pour qu'il consente à sortir du hangar.


sns-ariluc-abri-roue-chariot.jpg


Dans l'abri, du matériel bien rouillé. (Trois photos Michel Langlois)
 

(A propos de la cale, l'équipage n'était autorisé à descendre du canot que lorsque la cale était placée et calée à la masse sous la roue arrière droite du chariot)

















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sns ariluc chariot rouille abri


L'intérieur de l'abri , à gauche l'escalier qui permettait à l'équipage de monter à bord du canot.  On distingue en bouts de rails les pièces rajoutées pour surélever les roues arrières du chariot et améliorer la vitesse de sortie au passage du seuil de la porte.




















sns ariluc abri chariot

L'état du chariot justifiait les craintes du comité local.


Le dernier lancement :

Finalement, en raison de tous ces inconvénients et surtout du risque encouru par les canotiers lors des descentes et remontées, le comité local SNSM du Conquet a décidé d'installer le canot Patron Aristide Lucas sur un corps-mort à l'abri de la digue Sainte-Barbe. Une page dans l'histoire de la station était tournée

sns ariluc dernier lanc 1997Le 4 juillet 1997, pour la dernière fois le canot Patron Aristide Lucas descend à la mer sur son chariot. Il sera désormais embossé à flot sous la digue Sainte-Barbe. A l'arrière, en veste rouge, le président Didier Quentel. Photo JPC






















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arilucmouill1.jpg







Le canot sur son mouillage, chaîne à l'avant maillée sur un anneau de la digue Sainte-Barbe, deux aussières à l'arrière sur chaîne traversière. Photo JPC















Une fin d'activité difficile :

Les dernières années du bateau au Conquet n'ont pas été une partie de plaisir pour ses équipages et surtout pour les mécaniciens. Rares ont été les sorties ou le canot est rentré au port sur ses deux moteurs. Mais enfin, vaille que vaille, toutes les missions ont été effectuées, en dépit aussi d'entrées d'eau dans le peak arrière qui allourdissait la marche du navire.

Une dernière intervention :

La dernière intervention de sauvetage du Patron Aristide Lucas a eu lieu le 9 octobre 1998. Le canot Patron Aristide Lucas est ce jour-là requis par le Cross-Corsen pour une évacuation sanitaire à l’île Molène. Départ 13h30 du Conquet avec une équipe de pompiers, le temps est beau, la mer belle, le canot est de retour au Conquet vers 16h. Sa remplaçante la vedette de 1ère classe SNS 105, arrivée de Saint-Malo au Conquet le 8 octobre après un voyage plein de péripéties, n'était pas en état de reprendre la mer.

Un bilan : en 34 ans de station au Conquet, le Patron Aristide Lucas a effectué entre 150 et 200 interventions tant de sauvetage que d'évacuations sanitaires. (Faute d'archives complètes, il n'est pas possible d'avoir un compte précis).

   

Le désarmement et le transfert au Cross-Corsen

 

Le Patron Aristide Lucas est désarmé pendant quelques mois au Croaé dans l’aber du Conquet. Puis dans une grisaille boucailleuse bien bretonne, le 3 avril 1999, en début d’après-midi, il franchit une dernière fois le bout du môle Sainte-Barbe.
A la barre Louis Marec, le patron qui a amené voici 35 ans le canot neuf au Conquet. La lueur jaune-orange de quelques fumigènes mélée à la brume rend le spectacle encore plus triste. La Jeanne Pierre  l’accompagne dans son dernier voyage. Mis au sec sur une grève à Porscave dans Laber-Ildut, le bateau a été gruté sur un plateau de remorque routière quelques jours plus tard et installé devant les grilles du Cross-Corsen.


arilucrteporsca.jpgLe Patron Aristide Lucas en route pour Porscave (Lampaul-Plouarzel). Le temps s'est levé...

Le bateau a encore fière allure. A l'avant  Jean Pierre Lucas, François Drévès, Patrick Le Borgne Camille Gélébart. A la porte de la timonerie, Raymond Lucas, Jean Pierre Clochon. A l'arrière, Marcel Vaillant, Marcel Riou, Jean Marie Le Bris et Henri Le Borgne. (Photo SNSM Le Conquet)




LOUISMAREC.jpg
 
Patron au premier jour, patron au dernier jour, Louis Marec a repris du service pour convoyer le désormais "vieux canot" dans sa dernière traversée maritime.
(3 avril 1999, photo JPC)




 























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Vingt tonnes au croc de la grue  "Ouest-Manutention" d'Henri Clochon, le Patron Aristide Lucas est définitivement sorti de son élément marin. (Photo JPC)



               















Ci-dessous, le convoi arrive devant le Cross-Corsen, destination finale du Patron Aristide Lucas (photo JPC)
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PALCROSCO.jpg

Quelques temps plus tard, l'ancien canot de sauvetage du Conquet a repris des couleurs vives, grâce aux pinceaux de quelques dévoués et courageux bénévoles. Photo JPC












Aujourd'hui le Patron Aristide Lucas est toujours entretenu par d'anciens canotiers du Conquet, en particuliers de descendants d'Aristide Lucas, avec l'aide logistique de la municipalité de Plouarzel.

A cet article fera suite prochainement un complément de photos, et une évocation des sorties les plus mémorables du "Patron Aristide Lucas". En dépit d'une importante collection de photos, je n'en possède pratiquement pas de la période entre 1974 et 1983, lorsque seulement un rouf couvrait le poste de pilotage, mais vous en avez peut-être ?

           JPC, membre de la SNSM du Conquet depuis 1988, canotier titulaire depuis 1992. 




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