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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 17:08

 

Le bizlou, bislou ou bilou

(Bil, pluriel Bilou, signifie hauteur ou pointe)

 

La préhistoire

La trace d’habitat dans le secteur du Bilou est fort ancienne puisque remontant au moins au mésolithique  (aux environs de – 8 000 av J.C). C’est Armand Cudennec, voisin du site qui y a repéré (après des pluies, dans le champ labouré voisin de son domicile) les silex taillés. Il en a recueilli de pleines bourriches. Après une identification des pièces par l’archéologue départemental du Finistère, plusieurs années ont passé. Ce n’est qu’en 1999 qu’une prospection de surface et des sondages ont été réalisés par le service régional de l’Archéologie de Bretagne, avant la création d’un lotissement sur le gisement.

En ce qui concerne ce sujet il faut consulter l’article : « Le Mésolithique moyen en Finistère, nouvelles datations pour le groupe de Bertheaume », par Stéphane Blanchet, Olivier Kayser, Grégor Marchand et Estelle Yven. Paru dans le Bulletin de la Société préhistorique française,  2006, tome 103, N°3, p 507-517.

 Accessible via Internet parhttp://www.persee.fr/web

 

Autre trace préhistorique plus récente puisque de l’âge du Bronze :  le coffre funéraire du Bilou, composé de six dalles de micaschiste avec grenats était enfoui dans un tertre très bas, surmontant une carrière voisine du Bilou, avec comme mobilier intérieur des restes d’ossements et des galets de grève.  Démonté et transporté au musée préhistorique finistérien à Penmarc’h il y est toujours est exposé. (Date de la découverte ?)

 

Plus près de nous, le manoir du Bizlou, autre écriture pour Bilou. On trouvera la chronologie des familles ayant possédé le manoir du Bizlou sous l’Ancien régime, dans l’ouvrage d’Yves Lulzac, « Chroniques oubliées des manoirs bretons », Nantes 1994, pages 5 à 12.

Dans le passé de la famille de Kersulguen, les historiens rappellent volontiers ce drame du 29 juin 1718, quand Vincent de Kernatous, propriétaire du manoir du Prédic, avec l’aide efficace du seigneur du Bizlou, écuyer  Hervé de Kersulguen (parfois dit « Henri »), son parent, assassina son locataire, maître François Le Duff, avocat au parlement.

Condamnés à mort par contumace, les deux compères furent pendus en effigie à Saint-Mathieu, on ne les aurait jamais revus. (Archives du Finistère, série 11B).

 

On note dans l’Etat-Civil du Conquet le décès à 53 ans, en 1747 d’écuyer François Corentin de Kersulguen capitaine de Ploumoguer et de Trébabu, seigneur du Bilou, veuf de Marie Thérèse de Kerleau dame du Bilou.

Comme tous les nobliaux du Conquet au XVIIIe, les Kersulguen vivaient de peu, et le manoir fut bientôt réduit à l’état de ferme, loué à des métayers puis vendu.

   A4 BILOU hameau-copie-1

Le cadastre de 1841 nous montre la parcelle 1855 (actuellement en bordure de la rue de La Tour d’Auvergne), comportant une maison et les bâtiments de ferme, appartenant à Jean Martin Leven qui en exploite les terres.

Sur ce même cadastre, on note à proximité : N° 1351, parc ar Milin Avel, le champ du moulin à vent. Moulin dit du « Renar», du « Cruguel », ou parfois du « Bilou ». Et également une mention Ar Mengleus, la carrière, sans doute comblée puisque la parcelle 1357 est référencée « pâture ».

Louis Le Guennec (+1935), en dit seulement : « le petit manoir du Bizlou, autrefois aux Kersulguen, s’appuie sur une tour ronde découronnée ». (Le Finistère Monumental).

 

Pors feunteun , la crique de la fontaine.

 Au temps de la navigation à voile, les capitaines cherchaient sur les côtes des lieux de mouillages faciles, à proximité de sources ou de fontaines vers lesquelles ils pourraient expédier leurs canots avec des matelots chargés de remplir des tonneaux d’eau douce, pour la consommation du bord. Ces « aiguades » ils les répertoriaient soigneusement pour les fréquenter en sûreté, en fonction des vents et des courants.

 FONT-BIL-BLG-copie-1.jpg

La fontaine du lavoir du Bilou, à sec et à demi comblée (juin 2011)

 

On connaît le Feunteun Aod de la pointe du Raz, fontaine de la grève, dont le nom prononcé en français a donné Fontenoy. Le raz de Sein a porté un temps le nom de raz de Fontenoy.

Pors Feunteun a aussi porté le nom de Pors Doun (= profond),  sans doute des bateaux calant peu d’eau pouvaient-ils s’approcher au plus près de la côte.

D’autres points d’eau locaux pouvaient être utilisés par les navires de passage, fontaine de Portez, sources dans l’aber du Conquet (Cosquies), fontaine entre la pointe de Kermorvan et les Blancs-Sablons etc…

La petite plage dite aujourd’hui du Bilou pouvant être un point de débarquement pour l’ennemi en cas de conflit, Vauban décida d’y établir une batterie côtière, dite batterie de Pors Feunteun. Délaissée, puis réhabilitée en 1758, la batterie se composait d’une terrasse d’artillerie, d’un petit corps de garde, d’une poudrière, d’une guérite et d’un four à rougir les boulets.Cette année-là, 4 canons de 18 armaient la batterie, qui était commandée par un enseigne et un aide-canonnier de Marine, les "gens du port" de Brest étaient 3, un garde-magasin complétait le personnel "militaire de carrière", la milice garde-côte se composait d'un capitaine et de 24 canonniers.

BILOU-PLAN-2-blg.JPG

Batterie de Pors-Feunteun, d'après le plan du Génie-1817- Archives de la Marine -  série Z Brest   - 1 : four à rougir les boulets, 2 : corps de garde, 3 : guérite, 4 : terrasse d'artillerie

 

BILOU-PLAN-1817-blg.jpg

Plan du corps de garde, carton du génie, 1817, série Z, archives de la Marine (Brest)

 

Le 2 avril 1793,  sur le procès verbal des commissaires nommés pour la vérification des forts et batteries de la côte, depuis Toulbroc’h jusqu’à et non compris l’Aber-Ildut, on lit : " Port-Feunteun, cette batterie est complètement abandonnée, les pierres des plateformes ont été enlevées…"

1793, 15 juin, des travaux sont commencés : "à Pors-Fontaine où les pièces seront dans peu de jours montées, il n’y a pas de corps de garde, ni de maison à plus de deux portées de fusil. Ou il faut nous envoyer une tente, ou il faut bâtir un corps de garde en planches. Signé Kerbabu.

 

Une maison capable d'accueillir une trentaine de canonniers, avec un magasin à poudre en pignon, a été bâtie peu après, en même temps que celle de Toul al Logot en Plougonvelin.

Il n’est pas dit que la batterie de Pors Feunteun ait jamais eu à tirer un coup de canon, encore moins de lancer des boulets rougis au feu, mais pour un ennemi approchant du Conquet, entre la batterie de Porsliogan et celle des Renards, elle avait un effet dissuasif d’approche.

Comme toutes les petites batteries côtières, elle a été désarmée en 1867, puis à la fin du XIXe vendue par les l’administration des Domaines à des particuliers, comme résidence d’habitation.

maison-bilou-blg.JPG

 

maison-bilou-blg-2.JPG

Je n’ai que de très mauvaises photos du bâtiment bien exposé sur sa pointe. (Quelqu'un a-t-il mieux?)Pendant la guerre 1939-45, considérant qu’il était un repère trop visible pour les avions anglais ou américains venant bombarder Brest, les Allemands l’ont fait sauter à l’explosif. Il était alors dit « maison Tournès ». 

 (Ci-dessous, l'ancienne entrée de l'enceinte de la batterie, cachée sous le lierre. (2011)

LE-BILOU--l-entree-batterie--2011.jpg

Depuis, la lande de ronces, de spern-du (prunelliers), de fougères, ne cesse d’envahir les ruines. Seule la guérite d’origine, qui a été revêtue de ciment, quoique « taguée »,  monte toujours fidèlement la garde.

guerite-blg.jpg

 

 La terrasse d’artillerie au parapet empierré, facile d’accès il y a peu d’années, disparaît aujourd’hui sous la végétation. On en distingue vaguement la courbure depuis la plage du Bilou et de mer.

     pte bilou plateforme artillerie Blg

Carrières :

 

 A4 PORS FEUNTEN blg

La falaise de la crique a été longtemps exploitée comme carrière de pierres plates : les dalles du Conquet. En 1841, la municipalité (Lombard) qui manque toujours autant de ressources pour venir en aide aux nombreux malheureux du Conquet, pense alors à ouvrir de nouvelles carrières de pierres plates (schistes), dans les terrains incultes de Pors Feunteun (Le Bilou) et de Portez qui lui appartiennent. Double but : faire entrer de l’argent pour subvenir aux besoins des pauvres en vendant les pierres aux communes environnantes et fournir du travail aux carriers qui seront payés pour les pierres de 25 cm à 1,25 m, un centime par pièce ou un franc par cent et pour celles de 1,25 m et au-dessus, deux centimes par pièce. On accusera plus tard les carriers d’avoir complètement détruit le relief rocheux naturel prolongeant en mer la pointe Sainte-Barbe  et offrant au Conquet un rempart contre la houle de sud-ouest.  On a vu récemment les dalles de schistes disparaître des trottoirs du Conquet au nom de la modernité.

 

Bilou-zone-de-carrieres-blg.jpg

 

Récolte du goémon

La grève du Bilou était accessible aux charrettes de goémoniers, qui pouvaient venir directement sur le sable avec leurs attelages pour charger le précieux engrais. Pourtant on distingue en haut de falaise un mur empierré qui semble bien avoir supporté une pierre de davied (Voir le chapitre davied sur ce blog)

bilou-mur-davied-blg.jpg

 

 Erosion

Aujourd'hui la grève du Bilou, contournée par le GR34 est une petite plage familiale bien tranquille même si l'érosion due aux infiltrations des pluies dans les failles du schiste et les coups de boutoir des tempêtes provoque régulièrement l'hiver des effondrements de blocs rocheux, au détriment des portions sablonneuses.

 bilou effondrements

 

 (Photos couleur, JPC 2010-2011)                               JPC : juin 2011

 

                                                                                                                                                     

 

 

 

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commentaires

xav 04/08/2016 13:56

super. j'adore le conquet

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