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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 14:11

Article complété le 28 février 2011, par des extraits des archives du quotidien Ouest-Eclair

 

Au début des années 1970, ma tante Elisa Causeur me racontait cet épisode : « le 30 avril 1923,  Joseph Floch, capitaine au long-cours, sa femme Hortense née Cuillandre (demi-sœur de la narratrice), et leurs enfants Marie-Ange, Jo, et Nénette, venant de Dakar avaient débarqué à Brest du paquebot mixte Lipari, avant de rejoindre leur maison du Conquet.

 

Le lendemain matin, les parents virent arriver en trombe les enfants dans leur chambre, criant : le Lipari est dans les Blancs-Sablons, le Lipari est dans les Blancs-Sablons! Croyant d’abord à une farce, il leur fallut bien se rendre à l’évidence en montant à l’étage. Le paquebot était bien au milieu de la grande plage de sable qu’ils apercevaient de la fenêtre ».

 

*Joseph Floch, né à Molène en 1882  a épousé au Conquet le 26 mai 1910, Marie Hortense Zéphirine Cuillandre. Un mariage qui sur demande du Parquet de Brest au maire du Conquet a pu être célébré avant l’expiration des délais légaux de publication. Joseph Floch, capitaine au long-cours devant reprendre la mer à Limerick (Irlande) le 2 juin, à bord de son trois-mâts Neuilly. Leur aînée Marie-Ange, fit au moins un voyage vers l’Amérique du Sud avec ses parents, alors qu’elle était toute petite fille. Elle gagna à bord du Neuilly le titre de cap-hornière dont elle fut toujours fière.

Dans son salon au Nr1 rue Aristide Lucas, Marie-Ange Floch devenue madame Morvan, eut jusqu’à la fin de sa vie une maquette du trois-mâts. (Pour mémoire, le Neuilly a été coulé en Atlantique pendant la guerre 14-18 par le sous-marin allemand U90).

Entre temps, Joseph Floch, était devenu  pilote à Dakar où il  est  mort, ainsi que son épouse, de la fièvre jaune.

 

LA MESAVENTURE DU LIPARI : (Source principale le journal La Dépêche).

 

J’ai déjà évoqué cette mésaventure dans divers documents, la première fois dans une brochure « Le Conquet » que j’avais réalisée à la demande de Marcel Le Bars, au profit du tout nouveau Comité de Jumelage. (Edition du 23 mars 1978).

 

lip-LE-CONQUET1978.jpg














L’accident :

 

Le Lipari est un paquebot-mixte de 16 130 tonnes, appartenant à la compagnie des Chargeurs-Réunis. Au moment des faits, il assure la ligne Buenos-Aires, Rio de la Plata, Dakar, Gijon, La Pallice, Brest, Le Havre, Anvers et Hambourg.

Pour mémoire, les cheminées des navires des Chargeurs Réunis portent une bande claire, frappée de 5 étoiles rouges, symbolisant les cinq continents desservis par les lignes de la compagnie.

Le 30 avril 1923, à 20h, il quitte le port de commerce de Brest après y avoir laissé quelques passagers et 400 tonnes de viandes congelées. Le commandant se nomme Néron, le pilote brestois qui va faire la traversée jusqu’au Havre, est Alexandre Josse du Conquet. Les vents sont orientés sud-suroît, jolie brise, la mer est belle. La route s’annonce tranquille, le vapeur passe les Vieux Moines à 21h55. Les feux du chenal du Four sont clairs. La navigation ne pose aucune difficulté au pilote chevronné qu’est Alexandre Josse. Soudain, à 22h30, alors que le bateau est bien sur l’alignement Kermorvan-Saint-Mathieu à 158°,  et avant que le feu de Men Tensel (Kéréon) ne passe par le travers de celui de la tourelle des Platresses, une secousse ébranle le navire qui prend une légère gîte sur tribord puis se relève, donnant l’impression d’avoir franchi un obstacle. Le commandant fait stopper immédiatement les machines, le bateau continue un moment sur son erre.

 lip-pilot-josse.jpg



Le pilote Alexandre Josse, (collection famille Taniou).























Une importante voie d’eau s’est déclarée dans la coque, on verrouille à la hâte les portes étanches et les moyens de pompage sont mis en œuvre. Néron et ses officiers   prennent la décision de retourner à Brest, l’eau montant toujours dans le compartiment machines. Conseillé par le pilote,  l’échouement aux Blancs-Sablons devient la seule issue pour éviter le naufrage.  Une heure du matin le 1er mai, le Lipari, deux ancres mouillées par l’arrière, est positionné perpendiculairement au rivage. Mais vers 4 heures du matin poussé par le vent et le courant le navire force pour se mettre en travers, la chaîne bâbord casse, puis la tribord chasse. Le bateau se stabilise,  échoué l’avant vers Le Conquet, parallèle à la plage.

 
Il ne reste plus qu’à attendre à la marée haute du jour, les remorqueurs envoyés par la Préfecture Maritime, le Courageux, le Mastodonte et l’Athlète avec du matériel de pompage.


lip lipari sec 2 spectateurs 2

Le Lipari dans la matinée du 1er mai 1923. La circulation d'eau coulant le long de la coque indique qu'un moteur auxiliaire tournait toujours.
(Photo Léonie Raguénès).






Toute la journée du 1er mai, les tentatives de déséchouage du paquebot se soldent  par des échecs. En début d’après midi, le Rapide des Vapeurs Brestois est venu prendre les passagers restant à bord pour les conduire à Brest, (il n’en restait que 9 à destination du Havre). Le Lipari étant toujours resté bien droit dans ses lignes, personne à bord n’a couru de danger.


lip-lipari-avec-tugs.jpg
Le Lipari et deux remorqueurs de la Marine. Au fond on aperçoit l'Ilet. (Photo Léonie Raguénès)











Deux autres essais de déséchouage ont été tentés le 2 mai à la marée haute du matin et à celle du soir, mais sans succès


lip-lipari-sec-spectateurs.jpg
Le bateau est complètement au sec.
De nombreux curieux se sont approchés au plus près de la coque.
(Photo Léonie Raguénès)

 







Les marées perdant de leur amplitude, il fallut bien se résoudre à attendre une période plus favorable pour de nouvelles tentatives.

 

Les causes supposées de l’accident :

 

Le pilote et le commandant du Lipari absolument certains de n’avoir pas dévié des alignements d’une route sûre, ont déclaré avoir eu l’impression de passer sur une épave.

A sec à la marée du 2 mai en fin de matinée, les témoins ont pu constater à une dizaine de mètres de l’étrave, un peu au-dessus de la quille, une éraflure et une déchirure et au niveau des machines, une deuxième déchirure, mais en partie enfouie dans le sable. Impossible de faire un constat de l’intérieur, la cale N°1, remplie de viande congelée étant entièrement noyée.

Un autre témoignage parle d’un renfoncement des tôles à l’avant, correspondant à un tirant d’eau de 5 mètres, alors que le navire en calait 6,65. Ce qui confirmerait l’idée d’un choc avec une épave, celle d’un navire coulé pendant la guerre 14-18. La presse cite les noms des Mentor, Macropontis, Lake Borgne et Memling, disparus dans cette  zone.

 

La commission d'enquête composée quelques jours plus tard se composera d'un capitaine et d'un lieutenant de vaisseau désignés par la préfecture maritime, de messieurs Pontin, administrateur de l'Inscription Maritime, et Kervello, inspecteur de la navigation  (Ouest-Eclair)

 

Les sondages autour des Platresses : les Platresses se trouvent au milieu du chenal du Four entre Corsen et l'entrée de Laberildut.

 

Dès le 3 mai, les services hydrographiques de la Marine effectuent une reconnaissance sous-marine dans le secteur des Platresses. Une roche inconnue jusqu’alors est localisée dans un cercle de 50 mètres de rayon, dont le centre se trouve à 1 150 mètres dans le 112 de la tourelle des Platresses. (Avis aux Navigateurs N°114)

 

Ouest-Eclair, le 5 mai, la canonnière Belliqueuse du port de Brest s'est rendue hier au point où le Lipari a touché et après avoir effectué des sondages a découvert non pas une épave mais une roche inconnue, située dans un cercle de 50 m de rayon....etc...

 

Le 7 mai l’Avis aux Navigateurs N°117, précise : chenal du Four, fonds de 6,30 mètres découverts dans le Sud74Est de la tourelle des Platresses, à 800 mètres.

 

Cette roche sera considérée comme la cause de l’accident du Lipari, alors que, dit-on, le commandant et le pilote restent persuadés d’avoir touché une épave.

 

(Ne cherchez plus la tourelle des Platresses, laissée à l’abandon par les Phares et Balises, elle s’est écroulée début décembre 2007)

 

Anecdote Ouest-Eclair du 4 mai 1923, querelle de pilotes

Ces jours derniers, vers 5h45 du matin environ, les nommés Quéméneur Jean, 45 ans, pilote et le Boité François, 25 ans, aspirant pilote, se rencontraient sur la digue du Conquet. Ils avaient eu maintes fois des disputes à propos du pilotage ; l'aspirant reprocha une fois de plus à son aîné d'avoir touché le prix d'un pilotage qu'il avait effectué pour le Lipari. La discussion ne tarda pas à s'envenimer et Le Boité envoya un violent coup de poing sur la figure de son adversaire qui se précipita sur lui. Survint à ce moment le frère de monsieur Le Boité qui saisit Quéméneur à la taille et le jeta à terre et mit fin ainsi à la bataille. Ce dernier a porté plainte à la gendarmerie contre les deux frères Le Boité. Une enquête est ouverte.

 

Le problème de la cargaison de viandes congelées :

 

Au départ de Brest, il restait à bord du Lipari 3 421 tonnes de marchandises dont une bonne partie de bœuf congelé, d’Argentine. Aussitôt que les machines ont été arrêtées, les viandes sont entrées en décomposition. Les premiers jours après l’échouage, des barges ont été amenées le long du bord pour procéder au déchargement du navire.

 

Ouest-Eclair, Brest le 5 mai, la plus importante compagnie britannique de sauvetage maritime, la Salvage Association vient d'envoyer sur les lieux de l'échouage l'ingénieur Thomas. Celui-ci est venu en hydravion de Falmouth à Saint-Miche en Grève où il avait à faire, comptant poursuivre jusqu'au Conquet. L'hydravion est tombé en panne,Thomas a poursuivi de Saint-Michel au Conquet en voiture.

 

Ouest-Eclair : Brest le 7 mai, monsieur Nizy père, ingénieur en chef de la compagnie des Chargeurs Réunis est arrivé hier à Brest avec les pleins pouvoirs pour confier à telle société de sauvetage qu'il choisira, le renflouage du Lipari, des propositions ont été faites par plusieurs sociétés mais il est plus que probable que l'opération sera confiée à une compagnie danoise ou anglaise. L'ingénieur anglais, Thomas, spécialiste de ce genre d'opérations, représentant la Salvage Association, est toujours à Brest. D'autre part des milieux bien informés nous ont dit que l'amirauté britannique enverrait incessamment un matériel de bateaux flotteurs pour soulager le navire...
D'après des spécialistes, la question délicate entre toutes est celle de la stabilité du navire au moment de son départ. On craint que vu sa grande longueur et la courbure de sa coque, il ne se couche tout à fait : ceci constituerait en même temps le plus grand souci des sauveteurs...

Le déchargement du navire a commencé, les marchandises sont transbordées sur des chalands qui les transportent au port de Brest, d'où elles sont expédiées par wagon à destination d'Ivry sur Seine. Des vapeurs caboteurs sont attendus pour prendre en transbordement une certaine quantité de viandes.

 

Brest le 8 mai, huit chalands font le va-et-vient vers  la glacière de Brest où les viandes sont stockées avant expédition. Les Chargeurs Réunis ont affrété la Glaneuse de l'entreprise Gourio pour chercher des marchandises du Lipari et remorquer les chalands. La Compagnie Nantaise de Navires à Vapeur va faire venir un bateau qui chargera 750 tonnes de marchandises pour Le Havre à chaque voyage.

 

Ouest-Eclair. Brest le 10 mai, les travaux de la compagnie anglaise "The all seas marine salvage and C°, seront dirigés par le commandant Young.  Quatre flotteurs doivent arriver d'Angleterre.

 

Brest le 12 mai, le Lipari est enfoncé dans le sable jusqu'à la moitié de son gouvernail, il souffre de la tempête. Deux chalands amarrés le long du bord ont brisé leurs aussières, et sont venus à la côte. Jeudi il fut impossible de communiquer avec le navire, le canot de liaison était sans cesse refoulé sur la plage par de très fortes lames.

 

On note en attente à Brest le vapeur de sauvetage danois Ema Z Svitzer, venu spécialement de Gibraltar, il n'aura pas à intervenir et repartira vers Lisbonne.

 

Le dimanche 13 mai, la morte-eau interrompt les travaux. 1 600 tonnes de bœuf, impropres à la consommation sont jetées par-dessus bord. Elles excitent cependant la convoitise des riverains qui tentent de s’emparer de quartiers de viande. On assiste à des échauffourées entre douaniers et gendarmes d’une part, population de l’autre. Des tonneaux de suif entreposés sur la dune sont copieusement pillés. A l’école les enfants chantonnaient Grèce (graisse), capitale Lipari. (Lipari d’où le bateau tire son nom est une des îles Eoliennes près de la Sicile, donc italienne).  On m’a assuré que pendant la guerre 39-45, certaines familles avaient encore des réserves de suif du Lipari.

 

Ouest-Eclair : Brest le 14 mai, la tempête de nord-ouest empêche le travail des chalands, on jette ce qu'on peut à la mer, quartiers de boeufs, barils de graisse et de beurre... les pilleurs sont nombreux. Le navire fatigue beaucoup, deux de ses chaudières sont descendues de 8 centimètres;

 

Ouest-Eclair, journal du 17 mai, Brest le 16 : Un premier essai de renflouement a changé le cap du navire de 30°, il est maintenant tourné vers le large et il a avancé un peu, ce qui facilitera beaucoup le travail. On prévoit quand il flottera de l'envoyer jusqu'au banc de Saint-Marc à l'échouage, ou au mouillage en baie de Roscanvel.

 

Le renflouement du Lipari : 

 

Le mercredi 16 mai, jour de grande marée. Pendant l’immobilisation du vapeur, les voies d’eau ont été étanchées provisoirement, la coque asséchée, les machines remises en état.

Au début de l’après-midi les foyers des chaudières sont allumés. Dans la baie, huit remorqueurs sont en attente, prêts à intervenir.  Vers 16 heures la cheminée crache une fumée noire tandis que les deux hélices du paquebot battent la mer. Le seul remorqueur qui s’est attelé au Lipari pour le faire pivoter tend son aussière, le bateau vibre, puis commence à glisser et bientôt il flotte. La foule applaudit. A l’ouvert de la baie, la remorque est larguée. Le Lipari file seul vers Brest pour y entrer en cale sèche.

 

 

Ouest-Eclair du 18 mai. Brest 17 mai, le Lipari qui dans la nuit du lundi au mardi 1er mai après avoir touché une roche dans le chenal du Four avait été échoué dans la plage des Blancs-Sablons a été renfloué hier après-midi (donc le 16)...

 

Le renflouage : la marée n'était hier que seulement du coefficient 83, et le navire s'était échoué par pleine mer, coefficent  113. Les machines étaient complètement en état de marche et les avaries de la coque soigneusement bouchées. Une seule allège de 1500 tonnes, amarrée à bâbord, épaulait le navire.
Pour cette opération, le commodore Young, chargé du renflouement, transmettait  de terre par signaux ses ordres au navire. Le fils du commodore dirigeait à bord cette tentative. Le plan des sauveteurs était de renflouer le navire par ses propres moyens. A cet effet il avait fait mouiller sur l'avant et par le travers tribord de très fortes ancres fournies par le port de Brest. A 15h45, le navire faisait en avant de ses deux machines et virait le câble des ancres ou plus explicitement tirait sur ses ancres, qui servaient de point d'appui. Conjointement un petit remorqueur anglais avait pour but d'aider à l'évolution du Lipari.

Au bout de 30 minutes, les efforts combinés du remorqueur et des ancres, arrivaient arrivaient à faire bouger le navire. Insensiblement le vapeur s'ébranlait. Puis vers 16h25, la vitesse s'accrut et le Lipari semblait se décoller de la gangue de sable qui l'emprisonnait. Bientôt il flottait et lâchant les câbles des ancres, s'éloignait à 200 mètres du rivage. Un hourrah du bateau s'élevait, auquel répondit la foule des curieux rassemblés sur la dune, tandis que le drapeau tricolore était hissé en poupe, en même temps que le pavillon des Chargeurs Réunis. Après avoir abandonné le remorqueur et son allège,  le Lipari par ses propres moyens doubla la pointe de Kermorvan et Saint-Mathieu, et arriva au quai de la Santé à Brest à 18h30.

Les 1 000 tonnes de viande restant à bord seront déchargées avant de mettre le vapeur en cale sèche.

 

Ouest-Eclair du 19 mai, Brest le 18 mai. Le Lipari est au quai de la Santé, au même endroit que lors de son escale du 28 avril. Il rentrera en cale sèche mercredi.
Le remorqueur anglais Vanquisher venu spécialement pour le sauvetage du paquebot a quitté Brest pour Falmouth. L'autre vapeur de sauvetage Lady of the Isles, charbonne et part aujourd'hui pour Penzance.

 

Et toujours la question du charnier :

 

Le samedi 26 mai, la presse rapporte que les tonnes de viandes avariées entassées en haut de plage aux Blancs-Sablons empestent l’air. Une mesure sanitaire d’urgence est prise : l’incinération sur place. Des fours énormes sont creusés dans la dune, à la manière de ceux pour brûler les goémons, mais en plus grands. Pendant plusieurs jours dans un brasier entretenu à l’aide de coaltar, de pétrole, de bois et même de charbon, les chairs et les os se consument dans une odeur infecte.

 

Début juin, la situation reste préoccupante, le surveillant du port du Conquet, Rio, signale aux autorités que de la viande pourrie enfouie dans le sable est découverte par les marées ou exhumée par des animaux, chiens et porcs venus des fermes voisines. La plage sent mauvais, d’autant plus que des pièces de bœuf en décomposition ont été jetées par la mer dans des creux de rochers inaccessibles aux travailleurs. Le 9 juin, les viandes restantes et leurs emballages sont enfouis dans des tranchées profondes, et recouvertes de chlorure de chaux, puis de terre.

 

Ouest-Eclair du 19 mai, quatorze personnes inculpées : ainsi que nous l'avons rapporté à propos du naufrage du Lipari, des bandes de pilleurs se sont abattues de toute la campagne environnante sur la plage des Blancs-Sablons, au Conquet, où elles font ample provisionde denrées de toutes sortes et surtout de colis de graisse. Mais les gendarmes sont intervenus et ont dressé procès verbal à un grand nombre d'entre-eux dont voici les noms...

(la plupart, hommes et femmes,  sont de Lampaul-Plouarzel, les autres de Locmaria-Plouzané, un de Ploumoguer et un de La Trinité.)

Tous ces gens qui étaient venus pour la plupart avec des charrettes, auront à répondre devant les tribunaux, malgré leurs protestations d'ignorance, du délit de vol de marchandises commis au détriment de la Compagnie des Chargeurs Réunis.

 

 

Ouest-Eclair du 20 mai, vol de boîtes de conserves. Pierre P, docker âgé de 38 ans, domicilié à Kerastel en Saint-Pierre Quilbignon, qui travaillait à bord du Lipari  au déchargement des viandes frigorifiées et des conserves de toutes sortes de la cargaison de ce paquebot, s'empara de 38 de ces boîtes, Il s'apprêtait à prendre le tramway lorsque les agents Messager et Queffelien l'appréhendèrent et le conduisirent au commissariat de police où il fut interrogé par le commissaire Lepage et déféré au parquet.

 

Le 15 juin 1923, le Lipari quitta Brest pour Saint-Nazaire où il arriva le même jour, sans doute pour des réparations plus complètes.

 

Je ne sais pas si les estivants de 1923 ont pu profiter en juillet et août d’une plage des Blancs-Sablons assainie, mais le sujet n’intéressait plus la presse.

 

   lipari-navig.jpg

         Le Lipari, carte postale, édition Bloc Frères Bordeaux, non datée.

 

LA FIN DU LIPARI : 8 novembre 1942.

 

Après cet évènement malheureux, le paquebot-mixte des Chargeurs Réunis a continué ses navigations.  Pendant la guerre 1939-45, on le retrouve sous le pavillon du gouvernement de Vichy. Le 7 novembre 1942, il arrive à Casablanca avec les paquebots Savoie et Porthos, venant de Dakar avec des familles de militaires. Le lendemain, débute le débarquement anglo-américain pour libérer l’Afrique du Nord. Les flottes alliées visent particulièrement le Jean Bart à quai dans le grand port marocain, qui leur répond tirant de ses pièces disponibles.

Au bout d’un épi entre les bassins Delande et Delpit, le Jean-Bart est accosté à bâbord, le Porthos, à l’extrémité, le Lipari et la Savoie à tribord. Le Porthos le premier est touché et chavire à quai, le Lipari un peu plus tard se casse en deux et flambe, la Savoie atteinte à son tour coule sur place. (Voir le site http://titanne.free.fr souvenirs de Eugène Le Gall)

Je pense que le bateau a dû être ferraillé après la fin du conflit mondial.


                                               JPC 13 mars 2010 / additions 28 février 2011

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commentaires

Georges 20/05/2010 17:56


Le Lipari ! Quelle aventure ! et tellement bien racontée avec tant de précisions, on vit l'évènement en direct ! on y assiste ! Merci de nous permettre de retourner sur ces épisodes marins qui ont
fait l'actualité et bravo pour votre blog sur lequel je reviendrai sûrement respirer ces effluves du temps passé... Cordialement.


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