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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 15:16

L'ANCIEN ABRI DU CANOT DE SAUVETAGE - Place Saint-Christophe.

 

En écho au compte-rendu du Conseil Municipal du 19 septembre 2012, joint à la « Feuille Info » du Conquet datée du 27 septembre, concernant l’acquisition par la municipalité  du bâtiment de la place Saint-Christophe, premier abri du canot de sauvetage en 1866-67, voici un historique du bâtiment que le maire du Conquet en 1961, le jugeant inesthétique, voulait faire raser pour édifier à sa place un « calvaire de style breton ».

st-xtof-abri-coop001.jpg

 

Ceci en complément d’un article concernant la chapelle et la place Saint-Christophe que j’ai publié sur ce blog le 4 février 2009.

 

Les débuts difficiles de la station de sauvetage du Conquet

 Partout, pouvoirs publics, municipalités et personnes privées apportent leur aide désintéressée à l'implantation d'abris et à l'installation de canots, partout sauf au Conquet où l'affaire se présente mal.

L'ingénieur général des Ponts et Chaussées chargé par son administration de trouver dans le département les terrains convenables à l'installation de cabanes-abris pour canots de sauvetage, déclare qu'au Conquet l'endroit le plus propice à cet effet est: "... un petit plateau situé à la pointe Saint-Christophe, entre le chemin de ronde qui contourne le port et la falaise qui borde le rivage, terrain sans propriétaire connu, réputé inutilisable et donc sans valeur marchande.."  D'un point de vue pratique, pire eut été impossible à trouver! Mais ce n'est pas cela qui provoque la colère des élus. Le conseil municipal, par la voix de son maire (François Marie Podeur) réagit sur l'appartenance du terrain: "Cet espace a de tout temps appartenu à la commune du Conquet, si on le lui enlève, il faut payer un dédommagement". (Evoquant l’existence en ce lieu de la chapelle Saint-Christophe, détruite vers 1855, et réputée alors bien communal).

La situation en dépit des interventions du préfet reste bloquée de longs mois, enfin un compromis est signé en août 1866: il stipule que la commune reste propriétaire du terrain dont elle rentrera en jouissance le jour où cessera la destination spéciale "Poste de sauvetage". la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés paiera par an 5 francs de location dont quarante annuités d'avance. La construction de la cabane-abri peut commencer dès le versement des deux cents francs.

 

Les difficultés de lancement du canot persistent (1867-1890)

Pendant toutes ces années le canot de sauvetage est toujours remisé sur son chariot dans sa cabane-abri du plateau Saint-Christophe. Pour le mettre à l'eau il faut toujours réquisitionner les chevaux d'une ferme afin de l'amener au Drellac'h et gréer des palans de retenue pour le faire descendre la cale ouest, puis bien souvent réatteler les chevaux pour une traversée à marée basse du port ... (en 1886, au cours d'une mise à l'eau de nuit, un homme qui aide à la manoeuvre glisse, les deux jambes écrasées par une roue du chariot il ne survivra pas)....

 

Pourtant fin 1876, a été inaugurée la digue Saint-Christophe, on aurait pu penser à un transfert immédiat de l'abri du canot à l'enracinement de la falaise et à la construction d'une rampe en pente douce pour la descente du chariot, mais pas du tout... Cependant, en 1873, lors des travaux, l’ingénieur en chef du département du Finistère « avait été invité à faire opérer la translation de la maison abri du canot de sauvetage » (SCSN séance du 4 sept 1873).

 

 Le maire  (Hippolyte Levasseur)  dans un courrier du 23 février 1889 au président du comité local de sauvetage, constate que "l'impossibilité de mise à l'eau du canot à toute heure de marée est un lourd handicap en cas de naufrage à basse-mer de vives eaux", à témoin cet exemple qu'il cite: "Il y a 17 ou 18 mois, le vaisseau Le Fulminant a touché une roche pour ainsi dire à l'entrée du Conquet. Ce navire aurait été perdu si la mer avait été grosse et l'équipage aurait couru de grands dangers s'il n'avait pu prendre place dans les canots du bord. Le canot de sauvetage n'aurait pu se porter au secours des naufragés, le peu de solidité des fonds dans le port ne permettant pas au chariot de dépasser la mi-marée aux époques de syzygies.

 

Maternité occasionnelle :  par suite de mauvais temps ou de manque de vent, la traversée Béniguet-Le Conquet ayant pris plus de temps que prévu, Elisa Lannuzel, épouse de Jean-Louis Causeur, venue sur le continent pour accoucher chez des parents, a donné naissance à mon grand-père Jean Causeur dans cet abri du canot de sauvetage au matin du 26 janvier 1877. (JPC).

 

CONSTRUCTION D'UN NOUVEL ABRI

L'année 1890, le canot est installé dans un nouvel abri à l'enracinement du môle St Christophe (actuel vivier et magasin de mareyeur). Les mises à l'eau sont dès lors plus faciles et  plus rapides, cependant à grande marée basse le canot n'est toujours pas opérationnel. Cette situation perdurera  pendant plus de quarante ans...

 

LA QUESTION DE LA PROPRIETE DU PREMIER BATIMENT :

 

Dès le transfert du canot dans son nouvel abri, les Ponts et Chaussées s’installent dans une moitié de l’ancien local. L’autre partie est occupée par le canon lance-amarres et ses apparaux, auparavant remisés dans une cabane au Drellac’h. (Les fusils et canons lance-amarres de la SCSN sont sous la responsabilité des douaniers et manœuvrés par eux)

DRELLACH-CABANE.jpg

Sous la croix blanche, la cabane du fusil et du canon lance-amarres, non loin du poste de la douane.

 

Le local est convoité par l’armée : le 20 mars 1908, le lieutenant-colonel Mouy, chef du Génie, s’adresse au maire du Conquet : « J’ai l’honneur de vous faire connaître que le général commandant le 11e corps d’armée, m’a donné l’ordre d’étudier dans quelles conditions pourrait être installé au Conquet, un poste destiné au logement des militaires se rendant à Ouessant ou en revenant.

Le gardien de batteries du Conquet m’a rendu compte que vous seriez assez disposé à mettre à la disposition de l’autorité militaire la partie de l’ancienne cabane du canot de sauvetage actuellement occupée par le service des Ponts et Chaussées.

Je vous prierai de vouloir bien me faire connaître dans quelles conditions pourrait se faire cette mutation et avec qui il y aurait lieu de traiter pour arriver à une solution ».1-ABRI-CS-1-P-ET-C.jpg

 

Le vice-amiral Duperré, président national de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés – SCSN, que l’on interroge sur la propriété du local est bien embarrassé pour répondre, il ménage la chèvre et le chou :

« Je ne sais pas à qui appartenait le terrain autrefois »

« Il y a d’une part la commune du Conquet à laquelle je désire être agréable, qui réclame la propriété du terrain et d’autre part le service des Ponts et Chaussées qui nous rend de nombreux services et avec qui je tiens à conserver les meilleures relations et qui veut garder la jouissance de son magasin.

 

Il m’est bien difficile de prendre une décision qui léserait assurément les intérêts de l’une ou l’autre des parties.

Le mieux est pour la commune du Conquet est de prendre un accord avec le service des Ponts et Chaussées, j’espère que la chose n’est pas impossible ».

 2-st-xtof--abri-p-et-c.jpg

Le bâtiment porte à son fronton au-dessus du portail "Ponts et Chaussées"

 

Le 6 avril 1908,  l’ingénieur des Ponts revient à la charge. « Monsieur le maire, j’ai l’honneur de vous faire connaître que la partie de l’ancien abri du canot de sauvetage que nous occupons est très utile, car ce magasin est le seul assez sec pour y remiser le ciment et les objets craignant l’humidité et y faire coucher l’été le personnel occupé aux travaux de balisage. Par contre nous pourrions cesser d’utiliser le petit bâtiment dans lequel était remisé autrefois le canon porte-amarres de sorte qu’il serait possible que la SCSN cède à la commune la partie de l’abri actuellement occupé par ce canon, lequel reviendrait à son ancien local.

Je pourrais si vous le désirez proposer cette solution au président de la SCSN. »

 

Le 20 juin 1908, la situation est clarifiée, l’ingénieur Vicaire des Ponts et Chaussées, confirme que la commune peut affecter aux troupes de passage la moitié du local, en l’entretenant en bon état, le reste restant magasin des Ponts.

 

Détournement d’utilisation par la commune

La partition semble donner satisfaction à chacun, quand bien des années plus tard, en 1930, l’ingénieur Lambert s’emporte contre la municipalité conquétoise : « Depuis 1928, la commune a affecté à usage d’habitation la moitié du magasin qui est occupé par des gens sales, d’une inconduite notoire, au détriment du bâtiment. Nous P et C, avons beaucoup de matériel en dépôt : pétrole, bois de pitchpin, ciment, fers, outillage et vous pouvez vous rendre compte que notre local est trop exigu ».

« J’ai donc le regret d’être obligé pour toutes les raisons invoquées ci-dessus de vous prier de bien vouloir faire évacuer les personnes logées, dans le délai le plus court possible, afin de rendre au service des Ponts et Chaussées la totalité de la place dont il a besoin.

J’ajoute qu’en cas d’incendie, la responsabilité de la commune se trouverait engagée, un magasin ne devant pas constituer un logement.

 

Par la suite les Ponts et Chaussées, y ont autorisé un bureau pour la Douane et un autre pour le maître de port. (Ci-dessous :  1, bureau du port ; 2, bureau de la Douane)

ELD-0043--DETAIL.JPG

Après la guerre 1939-45, ils ont concédé à  la « Coopérative des Pêcheurs » un espace de 18 mètres carrés comme entrepôt.

 ch-abris-cs-0.jpg

Etat des lieux vers 1955, la porte ouverte, surmontée d'un mât de pavillon est celle donnant sur le bureau de la Douane.

En 1999, la partie « magasin » du bâtiment était inoccupée, la municipalité a envisagé d’y installer le « musée du Conquet », fermé lors des travaux de transfert de la Mairie à Beauséjour. Le loyer demandé par les Ponts et Chaussées était exorbitant, le projet est resté sans suite.

 

Depuis la « Coopérative Maritime » y a réinstallé son magasin.

st-xtof-abri-coop006.jpg

 

Sources : Histoire du sauvetage en mer au Conquet (JPC), archives SCSN, archives municipales et divers. 5 octobre 2012 ; JPC.

(Photos JPC, collection cartes postales JPC)

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commentaires

VINCENT 05/10/2012 19:01

Merci pour cet article passionnant !les imbéciles ont toujours existes semble-t-il !

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