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20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 11:08

LE CONQUET ET LA GUERRE DE 1870

  

Origines de la guerre : une prétention prussienne au trône d’Espagne200px-Franz_Xaver_Winterhalter_Napoleon_III-1-.jpg vacant, un courrier de renonciation signé par le roi de Prusse : « la Dépêche d’Ems », trafiquée par le chancelier Otto von Bismarck, un coup de colère du ministre français des Affaires Etrangères, Agenor duc de Gramont, prince de Bidache. Et voilà!  La France, prétendument insultée,  déclare la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870. Napoléon III indécis et malade laisse faire.

 

L’armée française est d’abord battue en Alsace, puis le 2 septembre, encerclé dans Sedan Napoléon III fait hisser le drapeau blanc de la capitulation. Fait prisonnier, il est amené en captivité à Cassel.

   
Napoléon III empereur, par Franz Winterhalter                                                                 






Le 4 septembre, Gambetta à Paris annonce la déchéance de l’Empire et le retour à la République
. Les Prussiens progressent dans une France qui n’a quasiment plus d’armée régulière. La guerre continue.

 

A l’arrière il faut organiser la défense. Des courriers échangés entre le préfet du Finistère et  le maire du Conquet,  nous éclairent sur la mobilisation locale. Le Conquet à la fin du Second-Empire, 1 364 habitants, maire François Podeur,

Le 10 septembre,  le préfet, Ernest Camescasse  écrit : « la défense nationale est une oeuvre à laquelle tous les citoyens doivent aujourd’hui concourir. Prenez dans la garde nationale sédentaire, les chasseurs ou les braconniers, tous hommes habitués au fusil, faites en une ou des compagnies d’élite. Préparez-vous à faire couper les routes et chemins de quelque importance, et cela aux bons endroits. Les cantonniers seraient des chefs utiles pour des escouades de paysans gardes nationaux, qui ne pouvant avoir de fusils, seraient armés de pelles et de pioches.

 

Le 13 septembre, la « Patrie est en danger » nos armées ne suffisent plus a tenir tête aux envahisseurs. Dans le Finistère, on en est toujours à organiser la garde nationale. Il faut que les hommes aient un uniforme le plus simple possible, une blouse bleue avec un brassard et la cocarde nationale au chapeau. Quant aux armes, faute de mieux, chacun pourra se servir de son fusil de chasse ou se procurer des armes blanches. Trouvez dans la garde nationale ou en dehors d’elle des volontaires sachant bien manier un fusil, valides, énergiques et honnêtes. On en fera des compagnies de 50 hommes qui marcheront au commandement, là où il faudra. Les volontaires seront habillés et armés de fusils de précision qui leur seront délivrés le moment venu.

 

Au 16 septembre l’effectif de la garde nationale du Conquet recense 178 hommes, dont 17 officiers et sous-officiers.

Capitaine Faustin Rigollet, 56 ans, ancien sergent-major au 60e RI, commerçant

Second-capitaine,  Frédéric Tissier, manufacturier

Lieutenants, Jacques Porcheur , retraité, Jean Daban, commis

Sous-lieutenants, Dominique le Bourc’h, négociant, Prosper Le Guerrannic, trésorier des Invalides

Sergent-major, Jean Rampal, receveur buraliste

Sergent-fourrier,  Laurent Crenn, instituteur

Sergents,  Gabriel Lescop, domestique, Henri Le Coat, commerçant, Martin Hir, retraité, Gabriel Lescop, domestique, Hervé Poullaouec, commerçant, Auguste Migot, ébéniste, Gabriel Page, retraité, Yves Piriou, maçon, Louis Perfezou, rentier.

 

Ce jour-là la commune a reçu en dotation 40 fusils qui doivent servir à l’instruction des membres de la garde nationale.

 

Vers la fin du mois de septembre, François Tissier, directeur de l’usine d’iode, remplace Podeur comme maire, sans qu’il y ait eu d’élections municipales.

 

Le souci du gouvernement de la République est de trier dans la garde nationale ceux qui pourraient faire de « vrais soldats combattants ». Le 18 septembre, le préfet s’adresse à nouveau au maire : « le gouvernement vous confie une nouvelle mission. Le ministère de l’Intérieur a ordonné la création dans le sein de la garde nationale, de compagnies détachées qui pourront être appelées à faire un service hors de la commune.  En dehors des volontaires de tous âges vous prendrez en commençant par les plus jeunes French_Garde_Nationale_soldier_with_Tabatiere_rifle_1870-1-.jpg

1-les célibataires

2-les veufs sans enfants

3-les mariés sans enfants

4-les mariés et les veufs avec enfants.

Vous arrêterez provisoirement votre recherche à la limite de 40 ans d’âge. Dans l’intérêt de la patrie, il faut être prêt à tout, et je compte sur votre patriotisme pour assurer de ceci l’exécution rapide. S’ils devaient s’éloigner de la commune, plus de 24 heures, ils seraient assimilés à la troupe de ligne pour la solde et pour l’indemnité de route.

Cette organisation est différente de celle des tirailleurs, purement volontaires.


Uniforme de mobile de la garde nationale française, 1870
Source internet, site anglais. 






Le 24 septembre : le conseil général du Finistère vient de voter un emprunt de 600.000 francs pour l’achat d’armes destinées à la défense du pays. Cet emprunt sera réalisé par voie de souscription et émis en obligations de 100 francs au porteur, ou nominatives, au choix des souscripteurs.

 

Les Prussiens se font plus menaçants. Les provinces de l’Ouest qui n’attendaient pas la guerre sont toujours aussi peu prêtes.

 

Tours, le 1er octobre 1870, dépêche télégraphique, le ministre de l’Intérieur à messieurs les

préfets, circulaire,  sont mobilisés :

1/ Tous les volontaires qui n’appartiennent ni à l’armée régulière, ni à la garde mobile

2/ Tous les Français de 21 à 40 ans, non mariés ou veufs sans enfants

Le 2 octobre, Faustin Rigollet qui a rejoint « le camp de Brest », demande par dépêche télégraphique, qu’un garçon de Trébabu, mobilisé, lui amène son cheval.

 

  gambetta-1-.jpg





Le 7 octobre,
 Léon Gambetta quitte Paris  en « montgolfière ». La ville estencerclée par les Prussiens, afin organiser la résistance à l’ennemi.
Ci-contre, le ballon "Armand-Barbès", traînant deux grandes écharpes blanches, s'élève au dessus de la capitale. Le ministre se rend à Tours pour organiser la levée en masse sur la Loire.

 







Le 20 octobre, le sous-préfet de Brest, H. Caurant, réunit en une « compagnie »,  les mobilisés du Conquet, de Ploumoguer, de Plougonvelin, de Trébabu et de l’île Molène, soit environ une centaine d’hommes.  Le maire de Molène annonce aussitôt que les hommes valides de l’île sont tous marins, déjà requis au service de l’Etat,  il n’y a qu’un seul cultivateur susceptible de mobilisation mais il est infirme et petit de taille.

A Trébabu il y a 24 mobilisables, mais au final seulement 18 mobilisés. Guy de Kersauson retenu au premier comptage est exempté la semaine suivante pour myopie, et les autres, l’un parce que « tuteur », le reste « épileptique, idiot, ankilose bras gauche, taie sur l’œil droit, faible constitution »

A Plougonvelin, il y a 30 mobilisables, 32 à Ploumoguer.  Dans les mobilisables du Conquet on en réforme 8 : pour « hernie à gauche », « opacité cornée droite », « atrophie main droite », « rachitisme », « gibbosité (bosse), « idiotisme » « staphylome postérieur double »


La  compagnie des communes :
 Finalement la compagnie est créée, le préfet (21 octobre) rappelle que les gardes nationaux mobilisés doivent pourvoir à leurs frais d’habillement et d’équipement. La préfecture fait confectionner des effets d’uniformes pour les céder soit aux communes, soit aux citoyens au prix de revient. Pour ceux des mobilisés qui ne peuvent pas payer, on verra plus tard.

 

La compagnie comporte  24 officiers et sous-officiers,
Capitaine Jean Daban, 26 ans, du Conquet,
Lieutenant Prosper Le Guerrannic du Conquet,
Sous-lieutenants René Cloâtre de Ploumoguer, Louis Marie Jézéquel de Plougonvelin,
Sergent-major, Louis Marie Pochard du Conquet,
Fourrier, Guillaume Cloâtre de Ploumoguer. 
6 sergents, 2 du Conquet, 1 ploumoguer, 2 de Plougonvelin, 1 de Trébabu. 12 caporaux, 5 de Ploumoguer, 4 du Conquet, 2 de Plougonvelin, 1 de Trébabu.

Et sans doute, 100-125 soldats.
 

Le préfet à Quimper, comme le sous-préfet à Brest communiquaient avec le maire du Conquet, par dépêche postale par courrier à cheval pour le moins urgent, et par dépêche télégraphique en urgence. Une dépêche télégraphique mettait environ une heure et demi pour le trajet Quimper-Le Conquet et un peu moins d’une heure pour Brest-Le Conquet. (Par le réseau électro-sémaphorique).

 

 

L’armée de Bretagne. Le comte Emile de Keratry, est nommé général en chef de l’Armée de Bretagne.  Le 25 octobre, les compagnies mobilisées de l’arrondissement de Brest défilent devant lui sur le Cours d’Ajot.  Le Conquet reçoit 22 fusils de munitions avec baïonnettes, mais les préparatifs traînent. Le 31 octobre, le sous-préfet expédie au Conquet des ballots de flanelle pour confectionner des ceintures et des effets d’habillement pour la compagnie de mobiles.
On sait que Gambetta se méfiait des Bretons dans lesquels il ne voyait que des chouans, prêts à se retourner contre la république pour rétablir la royauté. D’où ces lenteurs.

 

29 et 31 octobre, le moment du départ va venir. Ayez soin, dit le sous-préfet, que chaque homme ait, un gilet de tricot ou autre vêtement de dessous chaud, un pantalon de drap, deux paires de souliers dont l’une lui sera remboursée, chaque soldat se présentera selon l’ordre du général « les cheveux coupés », (sans doute pour ne pas ressembler à des chouans). Les joueurs de musette ou biniou doivent apporter leurs instruments, ils jouiront d’un supplément de solde. Les officiers ont à se pourvoir d’urgence des objets de campement nécessaires : tente, cantine… En même temps les maires sont invités à lancer une souscription pour procurer un drapeau à la légion de l’arrondissement de Brest.

Les tambours et clairons appartenant aux communes seront emportés par les compagnies mobilisées.

 

Finalement le départ des mobilisés de Brest, s’est effectué le 7 novembre dans l’après-midi. Des effets militaires ont dû arriver au Conquet après leur départ, car le 14 novembre,  on fait retour à la sous-préfecture de 90 vareuses, 4 képis, 14 paletots, 4 ceinturons, 5 pantalons, 4 plaques, 4 fourreaux de baïonnettes, 13 gibernes.

 

Le 8 novembre, la mobilisation est étendue à tous les hommes de 21 à 40 ans, mariés ou veufs avec enfants.
 gn-mobiles.jpg

 

Le 25 novembre, le sous-préfet réclame Vincent Blevens, réputé réfractaire de la garde nationale mobilisée. Quelques jours plus tard, il est arrêté au Conquet et remis à la municipalité de Saint-Renan par  Auguste Migot, ébéniste, sergent de la garde sédentaire, pour être conduit à Brest.

 

La mobilisation ayant entraîné des dépenses pour la commune, la municipalité est autorisée à s’imposer extraordinairement par addition au principal des contributions directes, 20 centimes pendant cinq ans à partir de 1871 pour faire face au contingent imposé dans les dépenses militaires. (29 novembre)

                                                                                             Gardes Mobiles Bretons 1870                                                                                          Grande de histoire de la Commune (G. Soria)

                                                                      

L’armée de Bretagne est regroupée à Conlie près du Mans
, où elle stagnera, sans équipements, sans armes, dans la boue et la neige, ravagée par les maladies, fièvre typhoïde, variole, affaiblie par le froid et la faim, jusqu’au 19 décembre, date où, les soldats les mobiles-des-departements.jpgplus faibles quitteront « kerfank » et seront repliés sur Rennes. Le reste sera taillé en pièces par les Prussiens à la bataille du Mans, 10-11 janvier 1871. Le général Chanzy fera porter aux Bretons, armés de vieux fusils rouillés et de cartouches périmées, la responsabilité de la défaite. 

 

                Mobilisés des départements. (Source internet)











La « guerre de 70 » s’achève avec la capitulation de Paris le 28 janvier 1871
.

14 000 marins avaient été affectés à la défense de la ville. L’état-civil du Conquet nous informe du décès de Yves Le Ber,  matelot de 3e classe des Equipages de la flotte,  mort le 24 janvier 1871, d’Etienne Mazé, 2e régiment de marins, mort le 24 mai 1871, tous les deux à l’hôpital militaire du Sénat au Val de Grâce
Je n’ai pas trouvé d’autres mentions du genre.

 

                                                                   Jean Pierre Clochon, décembre 2009.

 

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