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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 16:32

 

 

En ce mois de juin 2010, on commémore l’invasion de la France par les Allemands, il y a 70 ans, et l’appel historique du général Charles de Gaulle.

 

A cette occasion voici un extrait de la brochure « Le Conquet dans la guerre 1939-1945 » publiée le 10 septembre 1994, pour le 50e anniversaire de la libération du Conquet.

 

Rédacteur Jean Pierre Clochon, avec la collaboration de messieurs Christian Couture, Jacques Bazire, Armand Cudennec, Joël Provost et Georges Cureau.

 

 

Suite de l'article précédent.

 

Dans le même ouvrage mais en fin de document :

 

Un Conquétois dans les Forces Françaises Aériennes Libres (FAFL)

 

Jean Auguste Le Bris  

Fils de Yves Le Bris, marin-pêcheur et de Françoise Falhun, demeurant venelle du Drellac’h, Jean Auguste Le Bris est né au Conquet en 1920. Engagé au début 1940, il est élève à l’école de pilotage de l’Armée de l’air à Ploujean-Morlaix. L’avance allemande contraint l’école à se replier vers l’aérodrome de Quimper-Pluguffan.

 

Jean Le Bris tient alors un cahier journalier (qui nous a été prêté en 1994, ainsi que quelques documents par la famille Le Bris, lors de la rédaction de la brochure) dont nous donnons ici des extraits.

 

 

le-bris-j-a-ident.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le départ de Ploujean

Les convois se forment avec une lenteur désespérante. Nous sommes entassés dans des camions avec nos armes, chacun a un fusil « Gras » et six balles en plomb de 11m/m. Nos Lucioles, nos Moths, nos Potez 60, nous survolent et nous précèdent à Pluguffan (près de Quimper). Dans ce vieux bourg ou j’ai passé d’heureux jours, je vis maintenant des heures angoissantes. L’ennemi pénètre en Bretagne par le nord de Nantes qui est prise. Nous voilà serrés dans son étau qui se fait d’heure en heure, de minute en minute plus pressant. Enervés comme des fauves en cage qui sentent la mort avancer, nous attendons des ordres qui ne viennent pas. Nous sommes le 18 juin.

 

Le voyage vers l’Angleterre

Notre commandant a pris une décision, enfin ! Avec moins d’inquiétude et davantage de foi en notre étoile, nous embarquons sur le Trébouliste, un dundée mauritanien, tout le matériel que nous pouvons. Le reste fait la joie des Douarnenistes qui se jettent dessus en silence, avec fébrilité. Toute la place est nettoyée plus vite que nous le voulons. Me voilà sur le pont d’un bateau qui doit m’emmener vers la liberté et … les aventures. Sous un clair de lune sinistre et par instants obscurci par de bas nuages, nous levons l’ancre. Les voiles montent lentement dans la  mâture, les poulies grincent, le cabestan résonne sous la chaîne qui en frappe régulièrement le tambour. Le moteur chauffé depuis déjà un moment halète plus sourdement. Lentement, lentement, le bateau lourdement chargé glisse sur une mer d’huile. Une brise fraîche suffit à peine à gonfler légèrement les lourdes voiles tannées. A une heure et demi nous passons devant le môle où nous distinguons des ombres. Quelques voix nous parviennent. Puis une vibrante « Marseillaise » jaillit de nos poitrines.

 

C’est notre dernier adieu au sol de France. Je ne dirai pas que le repos qui suivit fut des plus réconfortants, mais je me suis quand même allongé et j’ai pendant quelques temps pu fermer mes yeux alourdis par la fatigue de la journée précédente. Cela ne m’a pa empêché de voir les longues flammes rouges qui dévoraient les réservoirs du Poulmic. Pauvre Bretagne, toi aussi tu connais les horreurs de la guerre ! Le matin nous surprend, comme le Trébouliste avance lentement, devant la pointe Saint-Mathieu. Ainsi c’est en Angleterre que je vais, chose que j’ignorais quand j’ai embarqué.

 

Devant mes yeux encore alourdis de sommeil, défile la côte du Conquet. Evidemment c’est loin, la brume est légère et un grand nuage noir venant de Brest obscurcit l’atmosphère, mais je puis quand même distinguer la tour blanche du phare de Kermorvan ; je devine les maisons du Conquet. Je vois, mais c’est plutôt par la pensée le toit rouge de « chez nous », maman devant la porte. Le petit bateau là-bas, n’est-ce pas papa qui ramasse ses casiers ? En tout cas c’est un Conquétois ou un Molénais. Si je pouvais seulement lui donner un message pour mes parents. Mais le destin m’emporte plus loin. Le phare des Pierres Noires est perdu de vue. Molène et Ouessant défilent, derniers remparts de la terre bretonne contre les assauts de la Manche, derniers rochers du Finistère et de la côte où s’est passée la plus heureuse part de mon existence. »

 

Le Trébouliste débarquera le lendemain ses passagers à Falmouth à savoir, 2 officiers, 21 sous-officiers, et 85 caporaux et soldats de l’école de pilotage numéro 23, sous les ordres du capitaine Pinot et accompagnés de leur aumônier l’abbé Godard.

 

De l’Angleterre  à la Syrie

 

Jean Le Bris va alors avec ses camarades séjourner dans différents camps avant d’être affecté en juin 1941 à Shawbury où il reprend le pilotage sur bimoteur Airspeed Oxford.

Sergent-chef de l’armée de l’air, il obtient son brevet militaire de pilote d’avion le 6 septembre 1941. En janvier 1942 il est envoyé en Afrique à Fort Lamy, puis en Syrie.

 

 

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La mort de Jean Le Bris

Pilote de la France Libre, sergent-chef au groupe Picardie, Jean Auguste Le Bris est mort en service aérien le 4 août 1944 à Petah-Tiqva en Palestine. Inhumé d’abord à Rayak au Liban, son corps a été ramené au Conquet en 1950.

 

Concernant le langoustier Trébouliste et l’école de pilotage.

 

Document : Source : René Pichavant, Clandestins de l’Iroise, (1940-1942), Editions Morgane, 1982.

Dans la nuit du 18  au 19 juin 1940, répondant à l’appel du Général de Gaulle, les 115 élèves des écoles de Pilotage du Mans et de Vannes ont embarqué par canots au port de Douarnenez pour l’Angleterre sur le Trébouliste, un langoustier de 118 tonneaux, dont le patron était François L’Helguen. Le 20 juin, le langoustier mouille à Newlyn avant de rejoindre Falmouth. Les élèves et moniteurs constitueront l’ossature des unités de des Forces Aériennes Françaises libres et 35 d’entre eux disparaîtront au Champ d’honneur. C’est le lieutenant Edouard Pinot  (surnommé Bouboule car il avait été le mécanicien de Guynemer) qui commandait l’école élémentaire de pilotage du Mans replié à Morlaix devant l’avance allemande. Il réussit à rassembler ses moniteurs et les élèves ainsi que tout son armement défensif. En Angleterre, il fit fonction d’instructeur des pilotes. Edouard Pinot est Compagnon de la Libération.

 

Autre document source  Internet : « Chemins de Mémoire.gouv »

L'odyssée du «Trébouliste»

Le lieutenant de réserve d'aviation Pinot, ancien combattant de 14-18, commandait l'école élémentaire de pilotage du Mans. Sous la contrainte des événements, l'école dut se replier à Morlaix. Face à l'avancée allemande, le lieutenant Pinot entraîna alors ses élèves vers le Finistère. Sans instruction, il décida d'éviter à tout prix la capture de ses hommes. Il prit donc contact avec un patron pêcheur de Douarnenez, François Lelguen, disposant d'un langoustier à voiles de 50 tonneaux, équipé d'un moteur auxiliaire de 60 CV, prêt à gagner l'Angleterre. L'aventure était risquée car un sous-marin allemand avait envoyé par le fond un autre langoustier de Douarnenez 15 jours auparavant. 115 élèves-pilotes décidèrent de suivre leur chef et embarquèrent le 18 juin 1940 à 23 h 15 à bord du «Trébouliste».

 

Le 20 juin, à midi, le bateau mouillait au large de Newlyn, avant de gagner Falmouth. Les hommes du «Trébouliste» seront parmi les premiers éléments des futures Forces Aériennes Françaises Libres. 36 d'entre-eux tomberont au combat, dans les cieux d'Angleterre, de France, d'Allemagne, mais aussi sur le front russe.

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commentaires

malhomme christian 24/08/2012 20:57

Bonjour,

Douze Douarnenistes egalement a bord en dehors des aviateurs , six d'entre eux sont morts pour la France et les six autres ont combattu pour une France libre dans la premiere D.F;L ou dans la
marine sur le "Surcouf" et le croiseur leger "Triomphant" ...

Mon pere Maurice Malhomme entre autres avec son ami COSMAO (BIR HAKEIM ET MONTE CASSINO au passage ) et Raoul Malhomme mon oncle 16 ans lors de son depart furent des survivants de cette
escapade...Mon grand pere a ete arreté de ce fait par la gestapo sur denonciation au motif de : Gauliste et communiste pour un sejour douloureux à Buchenwald ou etait inscrit : " A chacun son du "
.... la grand mere continua via le réseau de resistance : "LIBE NORD" le combat à sa façon en cachant des aviateurs canadiens et americains sur Douarnenez dont le dernier : le Cdt Armstrong a pu
rejoindre l'angleterre grace a ses services sur le BREIZ IZEL .( hébergé un mois pour favoriser et aider à son evasion ) .

la vraie resistance finalement a travaillé dans l'ombre et est donc meconnue aujourd'hui et c'est bien naturel semble t'il ?!!!...

" l'oubli comme je le repete à present finit par prendre la place du souvenir" et l'histoire de ce fait se construit de la sorte !

Toujours est il que la plaque commemorant le depart du Trebouliste au Rosmeur à Douarnenez les a definitivement oubliés semble t il ces Douarneniste des Forces libres et combattantes et je me pose
à cause de la resistance de cet oubli à ce jours quelques questions car le temps passe ?

Devoir de memoire oblige cependant et ne cesserai de le rappeler . Merci à vous et sincèrement . Christian Malhomme .

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