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15 septembre 2009 2 15 /09 /septembre /2009 16:52

Les morts mystérieuses de l’hôtel de Bretagne

 

L’hôtel de Bretagne est tenu en 1865 par Auguste Joubert et sa femme Virginie Catherine Pétrement. L’établissement assure aussi le service des dépêches et offre deux places de voyageurs entre Le Conquet et Brest dans une voiture à deux roues. En 1872, madame Joubert est veuve quand elle fait construire une aile nord à l’hôtel.

 



L'hôtel de Bretagne dans la Grand-Rue















Au recensement de 1881, Louis Désiré Besson, est gardien de batteries, il habite avec  son épouse Eugénie Menguy et ses enfants, Grand-Rue au Conquet. (On sait seulement de lui qu’il a été condamné par un tribunal des Armées en 1862 pour vol d’effets militaires). Entre 1881 et 1885, le couple achète l’hôtel  de Bretagne pour l’exploiter. Virginie Aimable Joubert et sa mère « veuve Joubert » sont parties au bout de la rue,  tenir l’hôtel du Lion d’Or.

 


Ci-dessous, l'hôtel du Lion d'Or à une époque plus récente quand il était tenu par Mr Forest
.



















En 1885, Besson a 47 ans, il est hôtelier, sa maisonnée se compose de lui-même, de sa femme, 38 ans, de ses deux fils Paul et Jules et d’une domestique Eugénie Marie Roussel âgée de 17 ans.

 

Un client de l’hôtel disparaît, on retrouve son corps presque deux ans plus tard.

 

Dans la première quinzaine de juillet 1885, un maquignon normand, marchand de chevaux, séjourne au Conquet pour affaires, il a pris pension à l’hôtel de Bretagne quand, sans raison, le 12 du mois,  il disparaît.  « On » sait  qu’il avait alors une grosse somme d’argent sur lui, deux mille francs, soit pour acheter des bêtes, soit le produit de la vente d’animaux ?

L’histoire ne le précise pas.

 

En l’absence de tout témoignage, de tout indice, l’enquête des gendarmes est vite close, deux années ou presque passent.

 

Le 3 mai 1887, vers 5 heures du soir,  Jérôme Leizour cultivateur à Kerzoniou (commune de Plougonvelin, secteur de Toul an Ibil) fait, non loin de sa ferme, dans une petite garenne sur le bord du chemin qui conduit à la route N°12 (Brest-Le Conquet), une macabre découverte : des restes humains.

 

Il s’empresse de prévenir le garde-champêtre Jean François Grall. Alerté le procureur de la République arrive à Plougonvelin le soir même ou le lendemain et ouvre une enquête. Au vu de la blouse bleue remarquable des marchands de bestiaux, qui enveloppe encore les ossements, les gendarmes pensent immédiatement être en présence des restes de Le Hoult – Courval, disparu du Conquet en 1885.

 

Ils en ont rapidement la certitude puisque le registre des décès de Plougonvelin porte sans équivoque,  à la date du 5 mai 1887, l’inscription du décès du maquignon :   « un squelette humain reconnu comme étant celui de Le Hoult Eugène Emeric dit « Courval », disparu du Conquet le 12 juillet 1885… né à Sap canton de Vimoutiers dans l’Orne, âgé de 53 ans, fils de défunt Théodore et de Le Charpentier Nathalie Eugénie, époux de Bouteiller Désirée Florence… signé Keriguy, maire »

 

L’examen de la dépouille par un médecin légiste n’apporte rien. Le Hoult est inhumé dans le cimetière de Plougonvelin et les gendarmes se bornent à constater que la sacoche contenant les deux mille francs et qui aurait dû accompagner le corps, a disparu. Louis Besson ne semble pas avoir été soupçonné.

 

 

Les années passent, Louis Besson fait en 1896 de grands travaux à l’hôtel de Bretagne qu’il agrandit. (déclaration de construction d’une maison Grand-Rue, en remplacement d’une autre maison section A282, entrepreneur Migot) Et comme l’argent ne lui manque semble-t-il pas, il achète en 1898 au propriétaire Guillaume Quiniou, l’hôtel Sainte-Barbe et des terrains y attenant.

 

 

L'hôtel Sainte-Barbe
vers 1900













La mort de madame Besson, suicide ou crime ?

 

On peut lire dans le journal  « Le Finistère » du 12 juillet 1899 : Le Conquet.- Est-ce un crime ?

 

 « Le parquet de Brest a fait la semaine dernière une descente au Conquet sur la réquisition du maire. La dame Besson, femme du propriétaire de l’hôtel de Bretagne est décédée le 5 juillet, dans des conditions qui ont paru singulières. Son mari a averti le maire qu’il l’a découverte pendue. Le médecin a déclaré l’avoir trouvée couchée sur le lit, la tête dans les oreillers. Une corde coupée pendait à côté du lit, attachée à un portemanteau. Des ecchymoses nombreuses ayant été constatées sur le cadavre, le parquet a fait mettre au secret le mari de la défunte.

 « L’affaire se complique encore, écrit le journaliste,  car on se rappelle qu’en 1885, un riche maquignon normand disparut au cours d’une nuit passée à l’hôtel de Bretagne. On retrouva son cadavre 27 mois plus tard dans un bois voisin. Une somme de 2 000 francs lui avait été soustraite. On prétend que Besson ne serait pas étranger à l’affaire. On explique même le meurtre de sa femme, très expansive et menaçante quand elle avait bu, par le désir de la faire taire à jamais sur cet ancien crime. »

 

Louis Besson est arrêté, puis son procès commence

 

Emprisonné donc début juillet 1899, Besson est devant la cour d’assises du Finistère à Quimper le 5 janvier 1900.

 

Rappel des faits et audition des témoins

 

Compte-rendu extrait du journal « Le Finistère »  du 8 janvier et jours suivants.

-7e affaire –

Les époux Besson tenaient un hôtel au Conquet. Depuis plusieurs années ils vivaient en mésintelligence. La femme avait pris l’habitude d’intempérance et s’enivrait presque journellement. Pour cette raison, son mari semble parfois s’être livré sur elle à des voies de faits. A diverses reprises Besson lui avait dit : « crève donc, crève donc ! », à quoi elle répondait « tuez-moi, tuez-moi ! ». Aussi le domestique Jézéquel avait-il dit à la cuisinière : « Tout ceci finira par un malheur et vous verrez que nous serons appelés comme témoins. »

Le mercredi 5 juillet, vers 1 heure 30 de l’après-midi, la femme Besson se trouvait encore sous l’influence de la boisson. Une querelle s’éleva entre elle et son mari. Celui-ci lui dit : « tu ne mérites pas d’abri, vermine. La mer serait ta place ! » Il ajouta qu’il regrettait de ne pas avoir son revolver.


Jules Besson, le fils, monta sa mère dans sa chambre au premier étage où, il l’enferma comme on en avait l’habitude quand elle était ivre. Le domestique Jézéquel et la femme Pastol, la cuisinière, intervinrent, prirent Besson père par le bras et l’empêchèrent de suivre sa femme. Il voulut à ce moment descendre à la cave où l’on a découvert depuis le rouleau de corde dont une partie semble avoir été coupée, pour suspendre le corps de la victime. Jézéquel et la cuisinière l’ayant retenu, il s’écria « quatre autres à ma place seraient au bagne maintenant ! ». (Phrase pour le moins sibylline). Louis Besson fit alors monter par son fils du cognac à sa femme en lui disant « porte lui cette bouteille, qu’elle crève au moins ! ». Mais il ne paraît pas que la femme Besson ait bu de son contenu puisque l’autopsie de son corps pratiqué quatre heures plus tard a démontré qu’il n’existait dans son estomac aucune trace d’alcool.

Environ une demi-heure plus tard, Besson prit la clé de la chambre de sa femme que son fils avait remise en place, et s’y rendit. Un instant après qu’il y eut pénétré, on entendit au rez-de-chaussée un bruit lourd comme la chute d’un corps. L’accusé ne  nie pas avoir jeté sa femme à terre mais, c’était à ce qu’il prétend, en ouvrant brusquement la porte derrière laquelle elle se trouvait. Il redescendit bientôt après avoir fermé la porte à clé.

Les domestiques le virent un peu plus tard aller à la cave puis remonter une seconde fois à l’étage où il resta environ 8 minutes. Redescendu de nouveau, il resta seul pendant quelques temps dans une salle du rez-de-chaussée de l’hôtel et, entre 2 heures et demi et 3 heures moins le quart, il monta une troisième fois, pénétra dans la chambre de sa femme et presque aussitôt se mit à crie en appelant son garçon (d’hôtel) : « Jean Marie, Jean Marie, venez vite, venez vite ! »

Jézéquel se doutant bien qu’un malheur était arrivé ne voulut pas monter sans la cuisinière. Dans un cabinet noir attenant à la chambre et dans lequel Besson avait l’habitude de coucher, ils aperçurent, à la tête du lit, le cadavre de la femme, le dos tourné vers la porte, reposant sur la jambe gauche qui était repliée sous le corps, tandis que la jambe droite était allongée en avant. Les deux bras pendants étaient appuyés sur le matelas. La tête un peu renversée en arrière était retenue par une corde dont une extrémité passait par dessous le menton sans faire le tour du cou et dont l’autre extrémité s’enroulait aux patères d’un portemanteau fixé dans la cloison au-dessus du lit. Besson coupa alors la corde, le corps retomba sur le lit et l’accusé prit alors l’attitude d’un homme vraiment peiné.

 

Le docteur Pethiot, officier de l’Etat-civil appelé pour constater le décès eut, après l’examen du cadavre, la certitude que la femme Besson venait d’être tuée par une main étrangère et, cette conviction, il l’a nettement exprimée à plusieurs reprises au cours de l’information.

La justice immédiatement avertie se transporta au Conquet et il fut procédé à l’autopsie. Elle permit au médecin légiste d’affirmer que la mort était due à l’asphyxie pulmonaire et que cette asphyxie n’avait pas pour cause unique et principale la strangulation au moyen de cette corde, qui n’avait laissé sur le cou, d’un seul côté, qu’un sillon peu profond et de 11 centimètres de longueur. L’instruction n’a fait que confirmer cette opinion.

 

Appelé à se prononcer à nouveau après avoir pris connaissance du dossier, le médecin expert a énergiquement soutenu qu’il était impossible que la strangulation au moyen de la corde eut, à elle seule, amené la mort et que, des circonstances et constatations matérielles, on devait forcément conclure que la corde avait été placée autour du cou par une main étrangère et criminelle.

 

Bien que la femme Besson ait à trois reprises différentes, antérieurement, tenté de se suicider,  mais alors elle était sous l’emprise de la boisson (et il est certain qu’au moment de sa mort, elle n’était pas ivre), on ne saurait admettre la version de Besson  qui nie énergiquement le crime dont il est accusé et qui prétend que la mort de sa femme est liée à une pendaison volontaire. Elle a été tuée, et lui seul qui l’a approchée dans les conditions qui viennent d’être rappelées depuis le moment où elle est montée dans sa chambre, peut être l’auteur de sa mort.

 

A ce moment du procès d’assises, le journaliste n’a pas le moindre doute, l’instruction et les rapports médicaux sont concordants, Besson est coupable. Il ne reste à la dernière audience qu’à prononcer la sentence.

 

Mais toutes les certitudes de notre journaliste sont balayées en un rien de temps. Dépité, il bâcle son compte-rendu du verdict en quelques lignes.

« Avant l’ouverture de la séance, une scène émouvante se passe entre Besson et ses deux fils. Ils se dirigent brusquement vers  leur père qui les étreint avec effusion en disant « mes pauvres enfants, mes pauvres enfants ! » Ils pleuraient,  tous les trois gémissaient, les enfants disaient « mon pauvre père ! ». L’aîné des fils s’est trouvé mal pendant ces moments. »

 

Louis Besson est acquitté

 

Monsieur Bouessel, procureur de la République représentant le ministère public,  commence l’interrogatoire, Besson nie toutes les accusations contre lui et soutient que sa femme s’est suicidée. On entend ensuite les témoins à charge et à décharge. Trois médecins déposent, deux dans le sens du meurtre, le troisième, le docteur Bremaud penche pour le suicide. Après une plaidoirie de maître Maurer, avocat de Besson, le jury se retire pour délibérer. Il rentre quelques minutes plus tard : Besson est acquitté ! En descendant du banc des accusés, Besson en larmes s’écrie : « Je suis innocent ! » et il étreint ses enfants qui le serrent. La scène est vraiment touchante. Le vieillard (il a 62 ans) quitte le tribunal en s’appuyant sur ses enfants. L’émotion lui paralysant toutes ses forces.

 

  

Louis Besson laisse, semble-t-il, la direction de ses deux hôtels à son fils Paul, dès son retour au Conquet. Paul Besson est alors âgé de 24 ans. Quelques semaines après le procès de son père, le 18 février 1900,  il épouse Marie, fille du boulanger Prosper Roué, la mariée n’a que 16 ans. L’extension de la propriété à Sainte-Barbe continue, le 28 juin 1900, la mairie cède à Paul François Besson un vague communal de 450 m² à la pointe,  entre les chemins vicinaux 1 et 2.


Le malheur continue à s’abattre sur la famille car Paul décède le 18 octobre 1903.

Voilà Marie Roué veuve à 19 ans et maîtresse de deux hôtels au Conquet. Une courte existence pour la jeune femme car elle meurt âgée seulement de 26 ans en 1910 ( V. note). L’hôtel de Bretagne est alors repris par  François Le Bars propriétaire de l’hôtel du Commerce.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 






--


 Quant au second fils du couple Louis Besson / Eugenie Menguy, Jules Louis Besson, né au Conquet en 1881, cuisinier à l'hôtel de Bretagne, ne voulant sans doute pas travailler avec son frère et sa belle-soeur, il préfère s'engager volontaire dans la Marine en 1902. Il a alors 21 ans.
Apprenti-marin à Toulon, il est condamné à deux ans de prison par le Conseil de Guerre le 8 avril 1905 pour faux en écriture et vol d'argent au détriment d'un autre marin. Les faits se sont déroulés à bord de la "Marseillaise". Gracié du restant de sa peine en juillet 1906, Jules Besson est incorporé dans le 2e bataillon d'Infanterie légère d'Afrique à Laghouat en Algérie. De retour au Conquet, le jeune homme y décède le 3 septembre 1908. 
                                                                         JPC 09/2009
Note, ajoutée le 22 avril 2011.

Dans les annonces du journal "Ouest-Eclair" daté du 3 février 1910.

Etude de M. Vichot, avoué licencié à Brest, 24 rue de Siam et de Mtre Andrieux notaire au Conquet.

Vente par licitation judiciaire

En l'étude et par le ministère de Mtre Andrieux, notaire au Conquet, le lundi 21 février 1910 à 2 heures de l'après-midi.

Désignation

1er lot, en la ville du Conque, l'Hôtel de Bretagne , comprenant vaste maison à usage d'hôtel, avec caves, deux grandes salles à manger, café, débit, petite salle, cuisine, billard, 25 chambres, water-closets, grande cour, deux écuries, deux remises, salle de plonge, puits, citerne, lavoir.

Contenance 1000 mètres carrés.

Loué jusqu'au 29 septembre 1918, moyennant 1 500 francs l'an, moitié des impôts en sus.

Vue magnifique sur la mer, situation exceptionnelle pour tout commerce.

Mise à prix 25 000 francs.

2e lot, maison contiguë à l'hôtel, bien située pour un petit commerce, revenu annuel 180 francsMise à prix 2 000 francs.

3e lot, Terrain à bâtir au Conquet, près de l'hôtel Sainte-Barbe, situation pittoresque, 125 m². mise à prix ? francs.

                                                 Voir les affiches. E. Vichot.

 

Dans le même quotidien le 20 février 1910 : vente reportée en raison du décès de madame veuve Besson.

 

L'annonce sera remise en page dans le quotidien du 24 avril 1910.   JPC

 

 

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commentaires

Gérald 03/10/2009 23:07


Bonjour,

Merci pour votre blog il est passionnant ! Je n'imaginais pas toutes ces histoires à l'Hôtel de Bretagne ;-)
Merci, je crois que je vais passer pas mal de temps à lire vos articles !


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  • : Le blog de jean.pierre-clochon@wanadoo.fr
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