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7 août 2009 5 07 /08 /août /2009 18:40

LA POINTE SAINTE-BARBE

Autour de la Pointe Sainte-Barbe.

 

A l’extrémité ouest du domaine de La Rochedurant, famille Mol, se dressait une petite chapelle privée dépendant du manoir, qui lui, se trouvait près de la pointe Saint-Christophe, lieu-dit Trémichel.

Cet édifice avait été dédié à sainte Barbe, comme la chapelle de la pointe à Roscoff, sans doute parce que la martyre chrétienne était censée protéger les habitants riverains de la mer des incursions ennemies.

 

Ci-dessous : la carte de Jérôme Bachot de 1624, mentionne bien chapelle Ste-Barbe et pointe Ste-Barbe.


Bachot---Copie.jpg

















Batterie et corps de garde

 

J’ai déjà eu l’occasion par ailleurs de mentionner la batterie de la pointe Sainte-Barbe, établie au cours du XVIIe siècle, réaménagée par Vauban à la fin de ce même siècle et rénovée au milieu du XVIIIe par le duc d’Aiguillon, gouverneur de Bretagne. J’en reparlerai à propos des garnisons au Conquet sous la Révolution et l’Empire.

Les batteries côtières de ce type ont été désarmées en 1823, puis l’inspection militaire les a déclassées en 1857, avant de les remettre aux Domaines qui les ont plus tard mises en vente.

 

L’hôtel Sainte-Barbe

 

 Le tourisme estival et le goût des bains de mer commencent  à séduire une population aisée qui cherche à la fin du XIXe siècle à résider  en villégiature sur les côtes.

 

Au Conquet c’est un nommé Guillaume Quiniou de Brest, qui fait l’acquisition du corps de garde Sainte-Barbe en 1891, pour y ouvrir un hôtel-restaurant, tout en sollicitant en avril 1892, l’autorisation d’établir des cabines de bain sur la plage de Portez.

Pour faciliter l’accès à son établissement, il demande à la municipalité l’amélioration du chemin qui conduit de la place du Marché à la pointe Sainte-Barbe. Le maire Hippolyte Levasseur accepte l’idée mais à condition que les propriétaires riverains partagent les frais des travaux. Le ton monte entre l’ancien magasinier de la Marine et le maire. En février 1893, Levasseur se plaint au procureur de la République en se disant « outragé par le sieur Quiniou, qui est venu depuis peu ouvrir une espèce de café-restaurant à la pointe Sainte-Barbe, a fait une mauvaise spéculation, s’en est aigri, et s’en prend à tout le monde. »

Il faut préciser que sous prétexte d’éviter des accidents, le maire venait de prendre un arrêté interdisant sur le chemin vicinal N°2, la circulation des voitures suspendues. L’accès à l’hôtel ne pouvait donc se faire pour les clients qu’à pied !




 
















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HOTEL SAINTE-BARBE

A l’entrée du port du Conquet

LE SEUL HOTEL SUR LA PLAGE

TH. QUINIOU, propriétaire

Splendide panorama sur l’océan, vue sur les îles Molène, Béniguet, Ouessant et les phares des Pierres-Noires, de Kermorvan, d’Ouessant etc…

ETABLISSEMENT POUR BAINS DE MER

Cabines sur la grève et dans la propriété

TABLE D’HOTE A MIDI ET A SIX HEURES DU SOIR

Déjeuner 2 FR – Dîner 2 FR 50

CONSOMMATIONS DE CHOIX

REPAS DE NOCES ET DE SOCIETE

ECURIES ET REMISES

Routes neuves de 6 et 7 mètres de largeur conduisant à l’entrée de l’établissement

 

 

En 1898, Louis Besson, déjà propriétaire de l’hôtel de Bretagne, prend la suite de Quiniou. Le 17 février 1899, il étend son bien à un vague communal près de l’hôtel, que lui cède la mairie.

(Je publierai prochainement, Louis Besson et les morts mystérieuses de l’hôtel de Bretagne).




















Après le décès de la jeune veuve Paul Besson, née Marie Roué, l’hôtel Sainte-Barbe sera acquis je crois par un monsieur Tresneau.

 





















Des travaux d’agrandissement sont effectués après la guerre 14-18, puis dans les années 1970 et enfin 1990 nous a légué la verrue actuelle.



 ART-0119.jpg
 
            Agrandissement des années 1920, vu de la rue.



Vue depuis la corniche Sainte-Barbe















 Le hall

















Etat vers 1980-90
(photo JPC)
















Etat actuel, août 2009, bâtiment à l'abandon après un projet immobilier avorté. Photo JPC








L’ancien vivier, débarcadère de basse-mer.

 

Avant la construction d’un vivier en maçonnerie, l’accostage des petits bateaux était possible par beau temps, auprès du rocher nommé « la Pierre Glissante ». Mais faute d’un chemin praticable pour parvenir en haut de la pointe, les manutentions de marchandises ou les embarquements-débarquements de personnes étaient fort limités.


Sous la pointe Sainte-Barble deux petits sloups attendent sans doute le flot pour entrer dans le port. Derrière eux le rocher de la Pierre Glissante.













Vers 1865-70, les mareyeurs paimpolais ont édifié un vivier-bassin pour y stocker langoustes et homards pêchés localement, avant de les embarquer, pour la vente,  sur des sloups à destination généralement de Cherbourg.





RIV-3868.jpg

L'ancien vivier et sa rampe d'accès (vers 1920)














Le vivier très exposé aux vagues, a dû être souvent détérioré et les crustacés blessés ou dispersés. En 1875, il est mentionné « abandonné ». Délaissé par les pêcheurs, il est devenu pour de nombreuses décennies « débarcadère de basse-mer », prolongé par un petit quai qui permettait l’accostage de canots et relié au sommet de la pointe par un chemin d’accès d’une largeur d’environ deux mètres.

Jusqu’à la construction du quai Vauquois, on en distinguait encore quelques traces sous la cale de lancement du canot de sauvetage.

 

Accident de mer :

1922, dans le Courrier du Finistère du 14 janvier. Le sloup Notre Dame de Lourdes qui assure le service entre le continent et Quéménès quittait le port du Conquet le 3 janvier par un fort vent. Ne pouvant atteindre l’île, le sloup rebroussa chemin. Il allait rentrer au port quand une saute de vent le jeta sur les rochers de la Pierre Glissante où il se brisa. L’équipage composé des matelots Yves Marie Paugam et René Jaouen fut sauvé par le canot de sauvetage Lieutenant Pierre Géruzez, le patron Eugène Floc’h avait pu regagner seul la terre ferme.

Bateau perdu plus 1 500 Francs de marchandises.

 

Inscription Maritime Le Conquet : Notre Dame de Lourdes : 4,74 tonneaux, 8 ans, bornage, équipage 2, du Conquet sur Quéménès avec des vivres, naufrage le 3 janvier à la pointe Sainte-Barbe, par tempête de noroît, a été désemparé de sa grand-voile, navire perdu équipage sauf.

 

  

 

La première digue Sainte-Barbe

 

Aussi loin qu’on remonte dans l’histoire marititime du Conquet, la question de la protection de la rade est évoquée, mais n’aboutit jamais. Un premier pas a été franchi avec l’édification du môle Saint-Christophe en 1873-76, mais en dépit de projets pharaoniques envisagés surtout dans la première moitié du XIXe siècle, la rade du Conquet au début du XXe, reste toujours ouverte aux vents et aux vagues.

Le journaliste Charles Léger publie dans « La Dépêche » du 18 avril 1921 - sous le titre :

- Le Port du Conquet

- Un problème dont la solution se fait attendre

-Deux siècles de discussions stériles  -

Un rappel des projets et contre-projets qui ne se sont jamais concrétisés et fait le point sur une avancée notable récente.

« Le ministère des Travaux Publics a pris en considération la construction d’un môle partant de la pointe Sainte-Barbe et se dirigeant vers le nord-ouest, qui nécessiterait une dépense de 180 000F environ. Le conseil municipal, par délibération du 14 juillet 1920 a voté une contribution de 45 000F. Par suite le conseil général du Finistère a voté une subvention de 45 000F pour l’exécution du projet dont le service départemental d’Ouessant sera le premier à tirer profit. L’Etat doit couvrir le reste des frais.

Ainsi donc, pour le plus grand bien du Conquet, voici des travaux d’amélioration qui pourront, semble-t-il, être entrepris très prochainement ! Oui mais, il faut encore compter sur ceux que cela ne satisfait point…car la race n’en est point éteinte !!! Toute la question est là, la Pierre Glissante sera-t-elle en-dedans ou au-dehors du môle ? Depuis plus de six mois on s’efforce vainement de s’entendre, au grand dam des intéressés. »

 

Les travaux finalement ne débuteront qu’en 1923, en 1925 ils n’ont pas beaucoup avancé, ils s’achèveront en 1926. A cette époque la flottille de pêche du Conquet se compose de 75 bateaux pour un total de 470 tonneaux.


Le môle Sainte-Barbe en cours de construction

 












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Les travaux n'avancent pas vite, photo prise le 29 août 1925. Quelques barres et piquets de fer émergent à marée haute.
Au fond on distingue bien la villa de Toul al Louarn









Accident de mer : 1926, naufrage de la Sonde le 2 juin. Trois bâtiments de l'Etat faisant de l'hydrographie mouillent sur rade du Conquet, vers trois heures du matin les vents tournent au noroit en tempête, le vapeur Sonde chasse sur ses ancres et vient se jeter à l'ouest de la nouvelle jetée dite "Pierre Glissante", sa coque est trouée. Le vapeur l'Utile lui envoie une remorque et fait "en avant", la Sonde glisse du rocher où elle s'est échouée, mais aussitôt en eau libre, coule à pic. Le canot de sauvetage du Conquet est sorti mais les hommes de la Sonde ont été récupérés par les autres bâtiments de l'Etat.



 L'Enez-Eussa (1) doit rester à l'extérieur du port et envoyer ses canots transborder les passagers au débarcadère de l'ancien vivier.







Môle et débarcadère.









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A l'extrémité du môle
















L'Enez-Eussa doit rester à l'extérieur du port et envoyer ses canots transborder les passagers au débarcadère de l'ancien vivier.

Puis après 1932 à la cale du canot de sauvetage.






Août 1944, destruction partielle du môle Sainte-Barbe par les soldats allemands

 

Le 7 août 1944, Les Allemands dynamitent les ouvrages portuaires du Conquet,  les quais du Drellac’h s’effondrent,  le môle Saint-Christophe présente une brèche à l’enracinement, le môle Sainte-Barbe est ouvert par deux grandes brèches, l’abri du canot de sauvetage s’écroule sur le canot Nalie-Léon-Drouin, la cale de lancement est sévèrement touchée.

 



Les deux brèches causées par les soldats allemands.































Réparation des ouvrages portuaires

 

Les remises en état tardent : on peut lire dans le registre des délibération du Conseil Municipal, à la date du 14 avril 1946  « … les pêcheurs du Conquet sollicitent la réparation de la cale de débarquement du port, l’obstruction des brèches des deux digues, dégâts causés par les évènements de guerre, la construction d’une cale d’accostage, le prolongement de la digue Sainte-Barbe sur une longueur de 100 mètres environ, allant vers le noroît de cette digue, ainsi que le prolongement d’une vingtaine de mètres par une petite digue, de la falaise partant de Kermorvan et venant recouvrir la basse aux Filets, pour assurer l’abri aux bateaux de fort tonnage et leur permettant de se livrer à une pêche plus intensive.

 

La situation n'évolue pas, les transbordements de passagers au Conquet se font toujours par canots, pour le deuxième  Enez Eussa mis en service en 1962


Allongement de la digue Sainte-Barbe avec plate-forme d'accostage

Le 2 juin 1967, on pouvait lire dans Le Télégramme un article de Louis Jestin sous le titre « Le projet d’allongement de la digue Sainte-Barbe est entré dans une phase décisive. Les travaux pourraient commencer bientôt ». 
Notre correspondant local y écrivait : « 
Les navires de pêche, petits caboteurs, les viviers à crustacés, les nombreux yachts et plaisanciers, trouveront sur notre rade un abri absolument sûr par tous les temps »

Débutés fin mars 1969, les travaux ont été réalisés par l’entreprise Marc une quinzaine de mois, le môle initial de 70 m avait été prolongé de 140 mètres, tel que nous le voyons aujourd’hui.




Une route d'accès pour les engins a été établie depuis la rue Sainte-Barbe, par derrière et à hauteur du toit de l'abri du canot de sauvetage.
Les travaux peuvent commencer. (Article du Télégramme)
Printemps 1969. 











Photo Louis Jestin, les travaux sont déjà bien avancés, une grue place les cubes de bétons de protection externe de l'ouvrage











Jour de l'inauguration, photo Louis Jestin pour Le Télégramme
















Le 15 avril 1970, jour de l’inauguration par le préfet du Finistère, la plupart des pêcheurs du Conquet, dont trois conseillers municipaux, se sont refusés à pavoiser et à assister à la cérémonie. La profession ainsi que nombre de Conquétois étaient hostiles à un projet du maire : un barrage routier qui aurait remplacé la passerelle du Croaé, (J’en reparlerai).

 

Inauguration de la digue Sainte-Barbe, photo Louis Jestin pour Le Télégramme









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Les travaux de la digue Sainte-Barbe sont terminés, le baliseur Georges de Joly est venu relever la bouée qui marquait provisoirement l'entrée sud du port.
Photo JPC









L'Enez-Eussa (2) s'apprête à accoster au bout de la nouvelle digue.














A marée basse de vives eaux, le"courrier"  ne peut accéder à l'éperon du môle. Les transferts de passagers se font par les deux canots du bord à partir de la cale de lancement du canot de sauvetage.


Photo JPC















 Photo vers 1975, JPC. L'Enez (2) est mouillé à l'extérieur de la digue.














Avec l'arrivée Bugel Eussa puis du Fromveur (1977), les accostages à toute heures de marées deviennent possibles à l'extrémité de la digue, sauf par tempête.



Photo JPC
















Une protection jugée insuffisante et encore des projets


Depuis, il a bien fallu se rendre à l’évidence que, si la digue Sainte-Barbe protège en partie la rade du Conquet, par tempête de sud à ouest, et fort coefficient, elle n’arrête que peu la houle du large et quasiment pas le ressac renvoyé par les falaises en pente de la presqu’île de Kermorvan
.


Une tempête en 2008, photos JPC

















 


















Donc, depuis bientôt trente ans, la protection du port du Conquet est un sujet d’actualité … au point mort !


Fin provisoire de rédaction , je rajouterai des photos et commentaires ultérieurement. JPC. Août 2009.

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commentaires

malik 25/10/2013 17:03

salut merci pour votre blog bon courage

charles jean-jacques 28/08/2010 23:26


merveilleux récit des choses d autres fois auriez vous quelques choses sur le quartier de PENZER bien amicalement pour des recherches perso


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  • : Sujet : histoire locale du Conquet et histoire maritime d'un point de vue plus général. Mise en ligne de mes dossiers constitués à partir de recherches dans toutes sortes de documents et d'archives depuis 1970. Je demande seulement qu'en cas d'utilisation de tout ou partie d'un dossier, la source en soit citée, et que pour une utilisation commerciale j'en sois informé. JPC
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