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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 19:22

UN LIEU-DIT  DU CONQUET : PORTEZ (francisé en Portaise)

 

 

Signification du nom : Aucune traduction valable à ce jour, sinon que, comme le pour le « Portez » de Locmaria-Plouzané, on y note la racine « portz », qui signifie, anse, baie, crique… Portez est en effet une anse peu profonde entre les pointes de Sainte-Barbe et du ou (des) Renard(s), aujourd’hui bien ensablée. Les photos du début du siècle et jusqu’à la prolongation de la digue Sainte-Barbe (1970), nous montrent un
estran rugueux fait de roches et de galets, impropre au mouillage de bateaux, même petits.
.

 



Extrait du cadastre de 1841.



Parc ar exercis :
ancien terrain de manoeuvre des soldats de la batterie de Sainte-Barbe















543 : cette parcelle  "Ar Balizen", devait son nom à un amer dont je n'ai trouvé nulle part une autre mention. 













Une des photos les plus anciennes de la grève de Portez. Vers 1900, une seule maison construite entre la descente à la "plage" et l'hôtel Sainte-Barbe.









Jusqu’à la fin du XIXe siècle, Portez est connue par sa source et son lavoir, d’une part et par les carrières de pierres de schiste qu’on y exploite d’autre part.

 

Au hasard des documents municipaux et autres :

 

1732, au cours de l’enquête concernant un procès fait à Laurens Mazé-Launay, « à la fontaine de Portez, plusieurs femmes en parlent en lavant du linge au doué ». Le lavoir était alors assez vaste pour que plusieurs lavandières s’y trouvent en même temps.

 

1806, registre municipal : il importe de mettre un tuyau quelconque dans le conduit de la source de Portaise.

 

1829, registre municipal : l’eau de ruissellement qui descend du Cruguel s’est perdue en de multiples filets a travers les couches de schistes : «  il est urgent que l’on travaille à recouvrer et réunir une source qui a pris différentes directions depuis peu de temps et qui prive les habitants d’une eau saine. Cette source se trouve au lieu-dit Portaise, contre la grève. A la pleine mer des grandes marées, on ne peut y puiser de l’eau ».  Le conseil municipal vote un crédit de 200 Francs pour les travaux.

 

1832, registre municipal :  "considérant que les carriers exploitent depuis longtemps les carrières de Portaise pour les pierres dites du Conquet, il serait juste d’y appliquer une taxe. Les pierres font de 5 à 8 pieds de long".

 

1835, registre municipal  : "les décombres et immondices répandus dans les rues ainsi que dans les venelles et routes, seront déposés en la grève de Portaise ou sur le terrain vague qui avoisine cette grève"

 

1839, registre municipal,  3 novembre : "il sera ouvert sur les terrains incultes, situés aux lieux-dits Pors-Fontaine (Le Bilou), et Portaise, des carrières pour extraire les pierres plates, dites du Conquet, et servant à la confection de pavés et de dalles".

 

La municipalité (Charles Lombard, maire) qui manque toujours autant de ressources pour venir en aide aux nombreux malheureux du Conquet pense alors à ouvrir de nouvelles carrières de pierres plates (schistes), dans les terrains incultes de Pors Feunteun (Le Bilou) et de Portez qui lui appartiennent. Double but : faire entrer de l’argent pour subvenir aux besoins des pauvres en vendant les pierres aux communes environnantes et fournir du travail aux carriers qui seront payés pour les pierres de 25 cm à 1,25 m, un centime par pièce ou un franc par cent et pour celles de 1,25 m et au-dessus, deux centimes par pièce. On accusera plus tard les carriers d’avoir complètement détruit le relief rocheux naturel prolongeant en mer la pointe Sainte-Barbe  et offrant au Conquet un rempart contre la houle de sud-ouest.


La reculée de falaise verticale qui forme la petite grève dite du « Paradis » est le résultat de l’exploitation de la principale carrière en ce lieu.
"Beaucoup de petites plages sont appelées "Paradis" en divers lieux, en raison de l'abri du vent que l'on peut y trouver, et peut-être d'un meilleur ensoleillement ou d'un sable plus fin".



Sous l'ancien corps de garde transformé en hôtel, la falaise verticale d'une des carrières de schiste conquétoises.

On remarque des cabines de bains à gauche de l'escalier taillé par les carriers pour descendre dans la grève du Paradis à basse mer.




1860 : la carrière du Paradis a dû être abandonnée, car un arrêté municipal est pris "contre les ordures qu'il est prévu de jeter dans la carrière délaissée, située sur la grève de Portaise, près de la batterie de Sainte-Barbe. 


1863 : Concernant la baignade.

"L'an 1863, le 20 août, nous, maire de la commune du Conquet (Finistère), vu les dispositions de l'article 8 du titre 2 de la loi  du 19 juillet 1791 et de l'article 46 du titre 1er de la même loi. Vu la loi du 18 juillet 1837.
Considérant qu'il est dans nous attributions de déterminer les endroits où nul individu ne peut se baigner sans être vêtu, de prévenir et de réprimer toutes obcénités de la part des baigneurs et de déférer aux tribunaux compétents ceux qui commettraient quelques actions contre la décence publique, avons arrêté et arrêtons ce qui suit :
-article 1er, il est défendu à toute personne de se baigner dans le port du Conquet ni ses abords, depuis le Croaé jusqu'à la grève de Portèze, sans être vêtue d'un costume complet. Il est pareillement défendu de sortir et de montrer nu hors de l'eau.
-article 2, les contraventions au présent arrêté seront constatées par procès-verbaux et leurs auteurs poursuivis devant les tribunaux pour être punis conformément aux lois.

Sera le présent arrêté, publié au son du tambour et affiché dans toute l'étendue de la municipalité, afin qu'aucun n'en prétende cause d'ignorance.

                            Signé François Podeur.

1888, registre municipal  novembre :  "un éboulement considérable s’est produit à la source de Portez". C’est sans doute après cet incident que la source a été retrouvée et captée à son emplacement actuel, et qu’ont été faits le chemin  pour y descendre et le « quai » dallé qui permet d’y accéder par toute marée. Le petit lavoir aujourd’hui quasi comblé par quelques grosses pierres et galets, date de la même époque.

 


Au début du XXe, un couple bien élégant revient de la source de Portez.
















Dans les dernières années du XIXe, la ville du  Conquet est devenue une station de bains de mer très fréquentée l’été. Dès 1888, la municipalité à travers son maire Hippolyte Levasseur, appelle les pouvoirs publics à réaliser « un chemin de fer économique dans l’arrondissement de Brest » et qui desservirait bien sûr Le Conquet.(
Le tramway électrique sera inauguré en 1903 seulement, voir cet article)

 


Conquétoises en costume local et élégantes à grands chapeaux posent pour le photographe.
A droite en haut, la villa "Bellion".










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1891-92 Le corps de garde de Sainte-Barbe mis en vente par l'administration des Domaines, pour le transformer en hôtel-restaurant et, par la même occasion demande l’autorisation d’implanter des cabines de bains sur la plage de Portez.

 

1899, le conseil municipal de la commune du Conquet prend à la date du 7 mars 1899 une délibération tendant à l’établissement d’un droit fixe de 10 Francs sur les cabines de bains installées à la grève de Portez.
Le ministère des Travaux Publics intervient dès juin, pour signifier à la commune du Conquet qu’elle n’est pas qualifiée pour percevoir un droit quelconque sur le domaine public maritime.

Je ne sais pas comment l’affaire s’est terminée, mais je présume que l’administration des Travaux Publics a détourné la perception de la taxe à son profit.



Les cabines de bains, installées sur un talus en haut de grève. Au second plan, la résidence de monsieur Petit-Cuenot, Ker an Aod.

Dans les cabines de bains, les estivants remisaient leurs matériels de plage, chaises longues, parasols... et de pêche, épuisettes, paniers...


Début XXe :

On assiste  progressivement à la construction de villas-résidences d’été, le long de la corniche de Sainte-Barbe.


La grève de Portez dans les années 1920-30. Des villas commencent à garnir "la corniche". Cette photo de qualité médiocre, a le mérite de montrer l'estran "caillouteux", un petit sloup échoué dans les roches (à gauche en bas), ne sera pas "à l'aise" au flot s'il y a le moindre clapot.
 





Après 1920, l'hôtel Sainte-Barbe a connu une première extension et les cabines de bains gagnent de plus en plus sur le haut de grève








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La villa "Bellion", construite selon son propriétaire actuel entre 1905 et 1910

Vue depuis
la grève.











Jeunes filles du Conquet au bain, sans doute à Portez, vers 1920. Trois d'entre elles portent les ceintures de sauvetage en liège toilé, en usage sur les bateaux de pêche à l'époque.









Portez : les défenses du mur de l'Atlantique - 1940-44 (article à compléter).
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Après la guerre 39-45


Cp, éditions Jos Le Doaré, entre 1955 et 1960,
Le sable a gagné sur l'estran, sans doute depuis l'édification de la première digue Sainte-Barbe en 1925, mais tout le haut de grève n'est que blocs de roches et galets. Les cabines de bains en nombre plus restreint sont haut perchées, hors d'atteinte des grandes marées.




Ci-dessous, autre vue de la même époque, à marée haute, la zone sablonneuse n'existe plus.

A mi-côte, un pan de mur neuf, les Allemands avaient ouvert une brèche dans le mur précédent et dégagé un espace pour la manoeuvre de leurs camions lors de la construction des blockhaus. L'excavation est visible sur la carte postale précédente.



L'abandon de la source de Portez.

Quant à la source de Portez, son eau a été déclarée "non potable" dans les années 1980 à la suite d'analyses bactériologiques. Ainsi a cessée la noria des promeneurs remontant de la source avec leur précieuse bouteille d'eau, ou même, pour les Brestois venus en week-end,  le casier de six litres pour la semaine.

Dans les toutes dernières années, l'escalier en béton construit par les Allemands pour descendre à la source de Portez s'est effondré, et des gros cailloux ont rempli le petit lavoir marin.



Les escaliers "allemands" écroulés", au bout du sentier dallé, l'eau de la source coule toujours, tandis que la roche suintante se verdit de mousses.

Etat actuel (fin juin 2009) Photo JPC.









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Le joli petit lavoir encombré de grosses pierres, qu'il serait bon de pouvoir enlever. Les carriers d'antan n'auraient pas été longs à les concasser pour les extraire. Photo JPC













-- Pour en finir provisoirement : une vue de la plage de Portez, fin juin 2009, photo JPC







Et un souvenir de mars 2008 : mais où est donc passée la plage? Photo JPC.



















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