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5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 20:59

FREMAD, 10 mois d'escale imprévue.

 


Détresse et sauvetage du Fremad 14/16 janvier 1973 :

 

 

14 janvier 1973, violente tempête... 18h22, le cargo belge Mineral Ghent signale à Radio-Conquet qu'en compagnie d'un navire allemand, il essaie de porter assistance à un yacht avec lequel ils n'ont aucun contact radio,  position 4824N 0522W. Ce yacht a lancé des fusées rouges. 22h55, l'escorteur Le Savoyard de la Marine Nationale prend la relève des cargos mais comme eux, vu l'état de la mer, ne peut faire que du stand-by. Alerté le canot de sauvetage de Ouessant (Patron François Morin) ne peut être lancé, impossible de le sortir de l'abri en raison des rouleaux qui déferlent sur sa rampe.

 

15 janvier matin, le canot de sauvetage Patron François Morin appareille à la faveur d'une accalmie. Aux dernières nouvelles on sait que le yacht, une unité ancienne d'environ vingt mètres, et qui ne possède pas d’émetteur radio, dérive en avarie de barre sur la route des cargos à une dizaine de milles dans le nord d'Ouessant. Rafales de vent à 45 noeuds, houle force 5 à 6.

En cours de matinée le canot qui, guidé par divers cargos, a rejoint le yacht, réussit à prendre à son bord  3 femmes et 6 enfants qu'il rapatrie sur Ouessant. Les 5 hommes sont restés à bord du bateau dont on sait maintenant qu'il se nomme le Fremad .

 

Dans les heures qui suivent on perd sa trace  Radio-Conquet diffuse (en français, en anglais et en télégraphie morse) un avis de recherche: "Sans nouvelles du Fremad, yacht britannique de type ancien,  longueur environ 20 mètres, coque noire avec timonerie à l'arrière, deux mâts, sans radio, en dérive dans l'impossibilité de gouverner, position non définie, aux abords d'Ouessant".

 

Le 16 janvier en fin de matinée c'est un autre voilier ancien, le Bel Espoir  du père Jaouen, qui  repère le Fremad. Le caboteur La Paimpolaise de l'armement  Garnier (Paimpol) se trouve dans les parages et  va tenter le remorquage. Opération difficile, son safran étant bloqué le Fremad embarde en grand à bâbord à chaque traction. La remorque va casser dix fois. Vers 23 heures le convoi double les Pierres Noires quand le filin casse encore. Le Fremad part en dérive vers les Bossemen, le drame semble inévitable, l'équipage réussit cependant à mouiller l'ancre, avant que le bateau n'aille sur les roches. La Paimpolaise ne peut se risquer à aller le rechercher là.

 

Le canot de sauvetage du Conquet est alors requis. Louis Marec à la barre, le Patron Aristide Lucas quitte Le Conquet le 17, à 1h25 du matin. Trois-quarts d'heure plus tard il a rejoint le Fremad à un demi mille dans l'ouest du Bossemen ouest.  La remorque est passée, non sans mal, le canot a ses défenses arrachées et un morceau de lisse écrasé. L'ancre de l’Anglais est filée par le bout, (elle sera récupérée quelques jours plus tard), le convoi fait route sur Le Conquet. Le canot tire par à-coups complètement sur tribord pour contrarier les embardées du yacht.

A 3h30 les deux bateaux sont devant l'entrée du Conquet. A une centaine de mètres de la passe, pour parer le bout de la digue, j’ai vu Louis Marec lancer le canot à fond, droit sur le mur de béton, le Fremad a amorcé alors sa courbe à bâbord et s’est  retrouvé juste devant l'entrée du port. Longeant le mur à pleine vitesse le canot lui a coupé la route  à l'extrémité du môle, puis virant vers le débarcadère l’a obligé à pivoter en force pour venir à quai. Du beau travail! mais un pari audacieux sur la solidité de la remorque.
Equipage du canot de sauvetage pour cette intervention :
Patron Louis Marec, sous-patron Alexis Vaillant, canotiers titulaires : Joseph Vaillant, Jean Claude Vaillant, Marcel Vaillant, Jean Yves Le Guen, volontaire : Guy Floch, treuilliste non embarqué : Jopic Floch.


Le canot de sauvetage Patron Aristide Lucas à l'époque de cet accident de mer.

Louis Marec est à la barre, Alexis Vaillant referme la chaîne de sécurité de la rambarde.
Photo JPC







 Voilà donc le Fremad à l'abri au Conquet, les Anglais sont surpris d'être sur le continent, ils croyaient avoir été pris en remorque par le canot d'Ouessant et être arrivés dans cette île où ils auraient retrouvé femmes et enfants.

 

A l’accostage à la digue Sainte-Barbe, interprète improvisé à bord du Fremad, j'ai appris les raisons du drame. En pleine tempête en Manche, soudain de l'eau a jailli dans une cabine aménagée dans la cale, provoquant la panique à bord. Précipitation générale pour découvrir l'origine de la supposée voie d'eau, le barreur, capitaine du navire, a lui-même  abandonné la timonerie pour descendre aux nouvelles et pour découvrir que l'eau ne venait pas de l'extérieur mais de l'intérieur du navire, qu'elle n'était pas salée mais douce et s'écoulait de la citerne d'eau potable dont la matière plastique venait de se fissurer, accident bénin mais qui en a entraîné un plus grave. Personne ne tenant plus la barre, le safran battant comme une porte de tribord à bâbord est venu toucher l'hélice qui y a coincé une de ses pales sous un renfort de tôle.

 

La réparation, effectuée, navire au sec sous la « Maison des Seigneurs »,  quelques jours plus tard par Eugène Paugam charpentier de marine, aidé de l’équipage et de quelques bénévoles, n’a duré que
quelques heures.


.

 

Le Fremad au sec, on remarque les dégâts à l'avant du
navire
Photo JPC



























 
Pourtant le séjour des Anglais au Conquet va s'éterniser de nombreux mois : procès avec l'armateur de la Paimpolaise, explosion du moteur, renoncement d'équipiers.


Longtemps incertaine, l'issue du procès en dommages et intérêts (70 000 francs) initié par l'armateur de la Paimpolaise au propriétaire du Fremad, a finalement tourné en faveur du navire anglais.
                                                                                                                                    

 


Le Télégramme du 3 mars 1973.




























La "poisse" continue, le moteur explose

Le soir même de ce 3 mars, le moteur diésel du Fremad explosait à la mise en route, heureusement ne faisant aucune victime. Une accumulation de gaz dans l'unique cylindre en aurait été la cause. Pendant ce temps, la solidarité conquétoise se donnait à fond pour venir en aide aux Anglais. Je ne peux pas citer ici au risque d'en oublier, les noms de tous ceux qui ont exprimé leur générosité à cette occasion. Il fut donc possible de transférer, pour les réparations de la quille dont un morceau avait été arraché par un câble de La Paimpolaise, et le remplacement de divers pièces de l'étrave, au chantier naval Auguste Tertu à Rostellec (Le Fret, rade de Brest).




Avant le départ pour Rostellec, bavardant à la lisse, à droite JPC, à gauche André Le Gall, matelot du Gwerc'hez ar Mor.
(photo Ouest-France)


























En route pour la rade de Brest, le 7 mars 1973, en remorque du Gwerc'hez ar Mor des frères Marcel et Christian Riou.
(Photo Ouest-France)





Les mois suivants furent consacrés à négocier avec le constructeur du moteur sa part de responsabilité et arriver à un accord de frais partagés, et de même avec le fournisseur de la cuve à eau douce, neuve et défectueuse, cause de l'accident. Et puis vint le temps pour Allan Hutchinson de composer un nouvel équipage afin de reprendre son tour du monde trop tôt interrompu.


A son retour au Conquet, le Fremad a été installé dans l'avant-port, bridé sur trois corps-morts.
(Photo JPC)











Le départ du Fremad :

 


Dans la matinée du 2 (ou du 3) décembre 1973, après 10 mois passés au Conquet, le bruit courut en ville que le Fremad allait appareiller à 14 h. Amis et curieux descendus au port n’ont pu que constater, les heures passant, que rien ne se décidait à bord. En fait un équipier avait été contrait d’urgence de se faire arracher une dent, et ensuite l’ancre crochée au fond refusait de monter à bord.

Les "partants" : Allan Hutchinson, armateur, sa femme et leurs quatre enfants, Bob le skipper professionnel, Mike, Jean-Louis et sa fiancée Fern, Georges médecin marseillais, Pierre le mécanicien et Liliane de Quimper qui n'a jamais navigué, (13 à bord, 14 avec le chien).

La nuit était bien tombée, les badauds avaient déserté la digue Sainte-Barbe quand l’équipage se décida à couper le câble et à laissier filer la dernière ancre au fond..  Quelques minutes plus tard le Fremad, franchissait le bout de la digue en actionnant sa corne de brume. En fait je fus seul à lui répondre avec la mienne. Les feux du navire anglais ont mis longtemps à disparaître dans le sud-ouest, la nuit était glaciale.




Le Fremad dans les heures qui précédent le départ, à bord de l'Etoile Filante,

canot goémonier de

Samuel Pengam ancien gardien de Béniguet, l'équipage et les passagers s'apprêtent à
embarquer sur le Fremad
(Photo JPC)





































Nouveau drame : Au cours de la traversée vers les Antilles un équipier a disparu en mer.


L'oubli :

Les nouvelles du Fremad ont rapidement cessé de parvenir au Conquet. Quelques années plus tard, de service à la station radio, j’ai été informé par un navire de pêche, qu’il se portait à la rencontre d’un navire de type ancien qui demandait assistance. C’était le Fremad qui dérivait en Manche à court de carburant.  Je ne sais rien concernant le bateau revenu en Angleterre. Mais peut-être un lecteur pourra-t-il combler ce vide.
                                                         JPC


 

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