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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 11:05

 Le Conquet dans la guerre 1939-1945

Ouvrage publié pour le 50e anniversaire   de   la libération de la ville. Septembre 1994. (Epuisé).

Rédaction : Jp Clochon avec la collaboration de
Jacques Bazire, Christian Couture, Armand Cudennec
Joël Provost et Georges Cureau.









En réponse à des questions sur la stèle commémorative de la plage de Porsliogan, voici extrait de cet ouvrage :

5/6 juillet 1943

Le crash du WELLINGTON X, anglais. Ho630 Sh8c

 

Le port de Brest où sont basés les grands navires de guerre allemands qui écument l'Atlantique, constitue une cible prioritaire pour l'aviation alliée.


La mission

Le registe d'opérations du 466e groupe de la R.A.F, rapporte que le 5 juillet 1943, huit bombardiers britanniques Wellington X décollent entre 22h05 et 22h11 de la base de Leconfield, pour aller mouiller des mines au large de la pointe du Toulinguet. Le Wellington X est un bombardier standard, équipé de deux moteurs Hercules de 1 675cv chacun, doté d'une vitesse maximale de 483 km/h, son autonomie est d'environ 3 000 km pour un plafond de 6 710 mètres. Il peut emporter 2 250 kg de bombes, son armement consiste en 4 mitrailleuses.


L'équipage habituel d'un Wellington est de 6 hommes, mais pour cette mission ils ne sont que 5... à savoir :

Pilote :           Lieutenant-colonel J.J Owen  (Anglais)

Navigateur :   Lieutenant E.H Swain            (Anglais)

Bombardier :  Lieutenant  F. Darbyshire      (Anglais)

Radio :           Sous-lieutenant A.M Long    (Canadien)

Mitrailleur :    Sous-lieutenant J.F Ray         (Anglais)

 

Cette nuit-là, la visibilité est bonne, environ 25 km, les côtes françaises parfaitements identifiées, le groupe de bombardiers largue ses mines à la position prévue entre 1h17 et 1h27 puis fait demi-tour pour regagner l'Angleterre. 7 avions rentrent sans problèmes à Leconfield (75 km à l'est de Leeds), le 8e est porté manquant. (HF 601 ou H0 630 selon les sources)



Un bombardier Vickers Wellington X.
(Image Internet)















Le crash à Porsliogan

Pourquoi cet avion, venant du Toulinguet ou environ est-il venu se poser sur l'eau  et sombrer à Porsliogan, après avoir survolé Lochrist à très basse altitude? Nous n'avons pas de réponse à cette question. Avion touché par la DCA du côté de Camaret, avaries de moteurs, erreurs de navigation, l'ayant amené au-dessus des DCA vers Berheaume, puis au-dessus de Kéringar?


Les souvenirs des témoins (collectés en 1990-94)

Un habitant de Lochrist, rapporte avoir été réveillé par des tirs de DCA et le bruit de moteur d'un avion volant très bas, le 6 juillet vers 1h30 du matin. S'étant levé, il dit avoir vu un appareil pris dans des  faisceaux de projecteurs, être touché de plein fouet par des tirs allemands et s'abattre dans la mer.


Joseph Floc'h : « j'ai entendu un avion passer très bas au-dessus de chez moi à Lochrist, puis plus rien, le bruit de moteur s'était arrêté..

 Le lendemain, je suis allé à la grève de Porsliogan par le petit chemin du Bilou. Dans la crique au nord de Porsliogan, là ou arrive le ruisseau, il y avait un canot en caoutchouc, orange, avec autour un liquide jaune orange, (liquide fluorescent utilisé pour se faire repérer en cas de naufrage au large)..

On m'a dit alors, mais je n'ai rien vu, que le seul homme vêtu d'une combinaison d'aviateur s'était tué en tombant de la falaise qu'il essayait d'escalader. Les autres étaient en tricots et caleçons, ils avaient été provisoirement enterrés dans le sable..

J'ai vu quelques jours plus tard le train d'atterrissage de l'avion exposé par les Allemands à l'entrée de la cour de l'école Dom Michel. »

 

Jean Le Bris, « parlant des trois aviateurs en sous-vêtements, Hervé Cléach (menuisier à Lochrist) qui les a mis en bière, disait qu'ils avaient été tués par balles. Le quatrième vêtu en aviateur s'était tué en tombant, il avait tenté de monter par le côté droit de la faille, très escarpé, alors que le gauche était en pente douce.. De Kérivin on a vu l'avion passer en feu, puis le bruit de moteur s'est arrêté mais on n'a pas entendu de crash.... par contre on entendait les soldats allemands qui hurlaient.

Le lendemain Jean Lucas a remorqué avec son bateau le train d'atterrissage qui flottait, il n'avait qu'un 5/7 cv et n'arrivait pas à gagner. Il a attendu la renverse, mais avec le flot il a failli partir de l'autre côté de Kermorvan, heureusement les vents sont venus nord et il a pu rentrer au port. »

 

Essai de reconstitution de l'évènement

Le 6 juillet donc, les Allemands enfouissent 4 corps en haut de grève, dans le sable. On peut semble-t-il reconstituer la fin de la mission du bombardier ainsi :


Touché par la D.C.A ou moteurs en avaries il passe très bas au-dessus de Lochrist et continue à perdre de l'altitude tout en restant parfaitement horizontal. Les aviateurs savent que dans quelques minutes tout au plus l'avion va se poser sur l'eau et que le rivage est proche. Il va falloir s'y rendre : soit avec le radeau en caoutchouc, soit à la nage. Trois hommes se déshabillent, le quatrième (mais peut-être est-ce le pilote toujours aux commandes, reste en combinaison de vol), on ne sait pas ce que fait le cinquième. L'avion touche l'eau sans violence (pas de crash disent certains témoins). Dans la baie de Porsliogan l'épave est à l'abri des tirs à longue portée allemands avant l'arrivée d'éléments motorisés munis d'armes légères. Il fait nuit, les quatre ou cinq hommes mettent le radeau à l'eau, et pagayent vers la plage avec l'énergie du désespoir. Avant d'atteindre le bord, ceux qui sont dévêtus se jettent à l'eau et finissent à la nage au moment où les Allemands arrivent par le haut de la plage, ils font des cibles parfaites et sont abattus dès qu'ils prennent pied sur le sable. Dans leur précipitation les Allemands n'ont pas vu le quatrième qui avait abordé avec le radeau dans la crique au nord. Celui-là dit-on s'est tué en tombant de la falaise qu'il essayait d'escalader.

Du cinquième, le corps n'a pas été retrouvé, mais peut-être était-il déjà mort dans l'avion, touché par la DCA (?) 

(Certains témoins assurent aujourd'hui que les corps ne portaient pas de traces de balles, ce qui démentirait le scénario imaginé ci-dessus, mais alors comment expliquer l'arrivée groupée des cadavres? Si les aviateurs s'étaient noyés en quittant l'épave de l'avion, leurs corps entraînés par les courants n'auraient pas étés retrouvés le jour même et sûrement pas à Porsliogan.)

 

Donc les Allemands enfouissent  les corps dans le sable ce 6 juillet 1943, et interdisent l'accès de la plage à la population, sans doute recherchent-ils encore des survivants éventuels. Le train d'atterrissage de l'avion soulevé par ses gros pneus s'arrache de la carlingue et remonte en surface dans la journée. Il sera remorqué au Conquet comme nous l'avons dit plus haut et exposé à la population dans la cour de l'école.

L'inhumation des aviateurs

 

Le maire Louis Simon, demande aux Allemands l’autorisation d'inhumer les corps des aviateurs alliés au cimetière communal. Comme ils ont abandonné les investigations autour de la grève, ils accordent la permission demandée le 8 juillet au matin. 

 

             Le maire convoque une équipe pour mener à bien l'opération.

               Feuillet mairie, (note de frais).       Travaux du 8 juillet 1943

               Cercueils et mise en bière à Porsliogan  : Hervé Cléach

               Transport de Porsliogan à Lochrist        : Hervé Lannuzel

               Creusement de la fosse                          : Laurent Ropars

 (Certains témoins affirment que les corps ont été transportés de Porsliogan à Lochrist par le camion de madame Magueur).

 

Inhumation des aviateurs le 8 juillet à 14 heures, en présence du maire Simon, du garde-champêtre Pierre Paugam et d'une foule recueillie.

Mademoiselle Paule Jestin :  « j'étais au cimetière avec bien d'autres Conquétois, la cérémonie de l'enterrement était commencée quand un peloton d'Allemands en armes est arrivé. Nous avons eu très peur, on croyait qu'ils allaient nous fusiller.  En fait ils venaient rendre les honneurs militaires aux aviateurs. »

 

      Identification des corps, document mairie du Conquet : 
           4 corps ont  été inhumés à Lochrist dans 4 tombes différentes en 1943
Deux sont identifiés, JJ Owens, matricule 26062 et Swain,  matricule 119477, les deux autres sont notifiés "inconnus".
              
 

Le cimetière de Lochrist abrite toujours les tombes blanches des 4 aviateurs, elles portent les noms de Owen, de Swain, de Long et de Ray. Sans doute les corps ont-ils été exhumés après la guerre pour rendre l'identification possible et déclarer que le corps du disparu était celui du lieutenant Darbyshire.

Le nom du flying-officer Frank Darbyshire figure au tableau du Runnymede Memorial (Egham Surrey) suivi de la mention "assumed lost at sea", 6 july 1943.


       

                            

Une interrogation subsistera toujours, si les Allemands ont tiré sur les aviateurs, on peut se poser la question du "pourquoi"? A cette époque, ce n'était pas dans leurs habitudes, d'éliminer des ennemis désarmés et surtout avant de les avoir questionnés.




 






A la mémoire des aviateurs de la R.A.F
morts pour notre liberté sur ce site,
le 6 juillet 1943

















La DCA allemande abat un avion allemand (sans date)

 

A une date que les témoins ne peuvent préciser, un avion allemand a été abattu par la DCA allemande. René Le Treut qui se trouvait à la fontaine de Portez a vu deux Messerschmidt arriver de la mer, puis lâcher leurs fusées de reconnaissance. Sans doute trop tard car la DCA des Renards tirait déjà. Un des avion, touché, est allé s'écraser vers le fond de l'étang de Kerjan, en bas de Kervinny.


                                                       JPC 

 

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