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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 10:22

GOUESNOU-RADIO - FFW 


J’ai tenu à inclure ce chapitre car plusieurs des opérateurs cités dans ce qui suit, ont poursuivi leur carrière à la pointe des Renards, ayant établi leur domicile au Conquet.

 

 

L'urgente nécessité de communiquer avec les navires en mer s'impose dès la Libération de Brest réussie par l'armée américaine en septembre 1944. La station radio d’Ouessant est inutilisable et irréparable, les PTT doivent parer au plus urgent pour rétablir le lien entre la terre et la mer.

 

Une opportunité se présente :

Pour communiquer avec ses sous-marins, l'amirauté allemande bombardée à Brest avait installé à Gouesnou au lieu dit Pen-Hoat, une station radio  Elle n'eut, paraît-il, à peine le temps de s'en servir avant l'arrivée des troupes US. 

 



 En tracé rouge, l'ancienne voie ferrée de Brest à Gouesnou puis Plabennec où un embranchement la scindait en deux, un tronçon vers Lannilis et les Abers, un autre vers Lesneven et au delà.

En 1945 les PTT occupent ce qui reste des constructions
, deux baraques en bois et un petit atelier en béton. La plus grande des baraques devient salle de trafic, elle est équipée de deux émetteurs SFR de 500 Watts, de deux récepteurs et d'un téléphone. La veille  500 kc/s se fait sur le récepteur 1, l'autre est réservé aux fréquences de dégagement 425 et 454 kc/s.

 

Les deux émetteurs sont devant l'opérateur à environ 1,50 mètre, le changement de fréquence se fait au moyen d'une grosse tige d'acier actionnée depuis le poste de veille, en faisant, par un mouvement de va et vient, tourner un tambour muni d'ergots à l'intérieur de l'émetteur, pour sélectionner la fréquence désirée. (Marcel Coat, qui a vécu cette période héroïque, m’a précisé que ces émetteurs provenaient de camions où ils étaient installés différement, ce qui explique le bricolage des perches pour changer de fréquence) 


 







Ci-contre, les deux tiges métalliques actionnées par l'opérateur pour changer de fréquence sans devoir quitter son siège.

La salle de trafic fait environ 6m X 4m

Dans la pièce de gauche un lit de repos dont le matelas brûlé en son milieu était un des rares objets rescapé d'Ouessant-Radio.















Le service commercial à Gouesnou s’ouvre le 1er octobre 1945, avec six opérateurs, le service se fait à deux le matin, un l'après-midi et un la nuit de 20 heures à 7 heures. 

Le 30 novembre, une note de service signée par Roi, Le Din, Balavoine, Joseph Quéré, Fercoq et Sarazin nous révèle leurs noms. Le trafic radio reçu des navires est téléphoné au Central de Brest et les observations météos en provenance des navires sont téléphonées à Guipavas.

 

1946, le 10 août, Lhermitte, directeur du service de la TSF à Paris signe avec un monsieur Floc’h de Gouesnou, l’acte d’acquisition d’une parcelle de 1 600 m² pour y construire des logements provisoires. Le terrain est limité à l’ouest par la ligne du chemin  de fer départemental, au sud et à l’est par la route de Plabennec, au nord par la propriété Floc’h.

 

Les bâtiments construits en bordure de la route Gouesnou-Plabennec se composent de  deux logements de trois pièces en rez-de-chaussée avec sanitaires et bûchers en appentis, adossés à la face arrière.

  

1948 ou 49, le chef de centre se nomme Marquebienne (je ne suis pas sûr de l’orthographe, sa signature est difficile à déchiffrer, Marcel Le Bars m'a écrit Marquebielle). Le personnel se compose de Germain, Baudet, Roi, Balavoine,  Marcel Le Bars et Le Din. Avant l'arrivée de Marquebienne, Germain (55 ans en 1945) faisait office de chef de poste.


L’existant bâti comporte alors les pavillons de la route de Plabennec, un pavillon double  et un pavillon simple au centre.

 

La cabane est située au milieu d'une prairie, les opérateurs viennent prendre leur service en sabots ou en bottes, en 1947 ou 48, un chemin empierré permettra une liaison facile entre les divers bâtiments.  Un détail d'importance, la veille se fait au casque, il n'y a pas de haut-parleur et le WC se trouve à l'extérieur adossé au pignon du bâtiment. Conscience professionnelle oblige, les opérateurs appelés à faire la veille seuls, ont accroché à une pointe dans ce WC un casque avec un long fil passant par un vasistas au ras du plafond. Ainsi la veille peut être assurée en toutes circonstances.


A propos de l'antenne :  au tout début l'antenne unifilaire était tendue entre un mât en bois et le local technique. Très vite elle a été installée entre deux pylônes métalliques de part et d'autre de la cabane. Bonne aubaine pour les opérateurs. Dans la baraque il y avait bien une chaudière mais pas de charbon, la pénurie consécutive à la guerre perdurait. La direction des Services Radioélectriques a fourni à ses employés une hache et des scies et le grand mât en bois est passé en petits morceaux  dans la chaudière.

 

Pendant ce temps (1948) Radio-Conquet sortait de l’ombre (ou du silence), j’en reparlerai plus loin.

 

Dans les notes de service du cahier d’ordres de Gouesnou, j’ai relevé celle-ci, 25 février 1948 : Service du marché par la voiture automobile : « Je rappelle que la charge utile limite de la camionnette FB12 de la station est 300kg. Dans ces conditions, les jours de marché, la voiture ne devra prendre à son bord qu’une personne par famille du personnel  de la station, à concurrence de cinq passagers et du conducteur, Pierre (Marcel) Floch.

 

1949, le personnel de Gouesnou et du Conquet relevait du même chef de centre, l’effectif cumulé Gouesnou-Le Conquet mentionne 19 noms, Germain, Roi, Jacob, Moisson, Caldini, Marcel Le Bars*, Guenno, Albert Berthou,  G. Berthou, Kersaudy, Chabrat, Pleiber, Marcel Coat, Pierre Kerdreux,  Jean Tromeur, Jegou,  Jean Cam, Floc’h, Balavoine. Cette année là on note la mise en service du premier télétype (Creed) à Paris BCR, y sont raccordées les stations de Saint-Lys, Gouesnou, Saint-Nazaire et Marseille. (En bleu ceux de Gouesnou à cette date)

 

*Marcel Le Bars, qui m’a communiqué ses souvenirs, lorsque nous étions ensemble à la pointe des Renards,  avait  quitté Gouesnou-Radio en décembre 1950, nommé inspecteur à Alger-Radio. De retour plusieurs années après, il a terminé sa carrière comme adjoint au chef de centre à Radio-Conquet.

 

Au 10 mars 1950, le tableau de service de Gouesnou répertorie : 1 chef de centre, 1 chef de section exploitation, 2 inspecteurs exploitation, 5 inspecteurs-adjoints exploitation, 1 inspecteur-technicien, 1 ouvrier d’état radio-électricien.

 

Droit de pacage :

Un autre détail aujourd'hui amusant, par note de service du 29 mai 1951, signée par le Directeur des Services Radioélectriques on apprend que monsieur Germain, inspecteur, PTT de la station de Gouesnou,  autorisé jusqu’à cette date à laisser pacager son troupeau sur une partie du terrain du centre radioélectrique, se voit retirer cette faveur, au profit d’un nommé Prigent, agriculteur voisin. Marcel Coat précisait que dans le personnel de Gouesnou il y avait des anciens de Ouessant-Radio, et que les moutons qui étaient engraissés dans l’enceinte de Pen-Hoat, provenaient de l’île.

 

 

Ce document "du pacage a l'intérêt de nous montrer le plan de la station de Gouesnou.


































Gouesnou radio FFW émettra et recevra les messages des navires en mer pendant environ sept ans 1945-1952, et seulement en radiotélégraphie (morse). 


La mission de Gouesnou-radio
, en continuité de celle d’Ouessant, consistait en :

- un service commercial d’échange de télégrammes avec les navires en mer

- un service lié à la sauvegarde de la vie humaine en mer :

 

Prévention :  

   -- diffusion de bulletins météorologiques

   -- diffusion d’avis urgents aux navigateurs (Avurnavs)

   -- veille de sécurité permanente sur la fréquence 500 kc/s

 

Traitement des accidents de mer

-- lien incontournable entre le navire en difficulté, les navires sauveteurs, les secours à terre etc.

 

Les avis aux navigateurs, que ce soit ceux de FFW ou d’autres stations, hier ou aujourd’hui, n’ont jamais bénéficié d’une écoute très attentives des opérateurs de bord.

 

Juste pour exemple, le 6 novembre 1950, le navire hollandais Wiebold Bohmer qui rentrait de nuit à Brest sans pilote, a heurté la roche Mengam dans le Goulet. Le feu de la tourelle était en panne depuis deux jours, mais un avurnav était diffusé par Gouesnou-Radio. Par chance le navire sérieusement avarié et faisant eau, a pu rejoindre la cale sèche de Brest où il a été plus tard réparé.

 

Je compléterai cet article par des récits d’accidents de mer, traités par Gouesnou-Radio FFW.

 

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