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27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 14:21

HISTOIRE DE LA "RADIOMARITIME" A LA POINTE DE BRETAGNE

-OUESSANT RADIO : RADIOTELEGRAPHIE
-GOUESNOU RADIO : RADIOTELEGRAPHIE
-BREST-LE CONQUET : RADIOTELEPHONIE ET RADIOTELEGRAPHIE

INTRODUCTION : QUAND LES BATEAUX « NE PARLAIENT PAS »

 

Avant l’invention de la radio, on connaissait l’heure de départ d’un navire et ensuite il fallait attendre qu’il soit arrivé à destination pour apprendre le récit de son voyage.

 

Les seules nouvelles intermédiaires pouvaient venir de navires rencontrés, ou d’identifications aux passages  à vue des phares ou des sémaphores.

 

Pigeons-voyageurs

 

A la fin du XIXe le lâcher de pigeons-voyageurs depuis des navires n’était pas une nouveauté mais les grands paquebots en ont amélioré la pratique, comme on peut le lire dans cet article du journal « Le  Yacht » daté du samedi 8 avril 1899 :  « le service des dépêches par pigeons voyageurs entre les paquebots de la ligne Le Havre New-York vient d’entrer, après sa période d’essais, dans l’application et déjà des passagers ont pu l’utiliser.

 

Pour transmettre les dépêches, la Compagnie Transatlantique s’était bornée pendant les trois voyages d’expériences de La Touraine, La Normandie et La Champagne, àOSA-OUESSANT-transat-la-provence.jpg l’envoi de papiers pelures sur lequels les passagers inscrivaient directement leurs messages.

Le  système Ledier a amélioré le service : les messages sont  photographiés, réduits et enfermés dans un petit tube de caoutchouc attaché à une des plumes du pigeon. Un pigeon peut emporter 54 dépêches du modèle : « Paquebot …..  à bord le…. plus 10 lignes »

 

 


LES TRANSMISSIONS
: quelques dates repères

 

-30 thermidor an II (17 août) 1794, première utilisation officielle du télégraphe optique de Claude Chappe pour annoncer à la Convention Nationale la reprise du village du Quesnoy.

 

-1837, invention du télégraphe électrique attribuée à Cooke et Wheatstone

 

-1844, établissement de la première ligne télégraphique (65 km) utilisant le procédé mis au point par Samuel Morse entre Washington et Baltimore (U.S.A). Le physicien américain utilisait l'électro-aimant inventé par les savants français Ampère et Arago, mais il reste surtout célèbre par son alphabet codé en points et en traits qui a donné à la radiotélégraphie son nom commun, "le morse".

 

-1876 expériences de transmission de la parole par Graham Bell, elles aboutiront à l'invention du téléphone.

 

-1895 de nombreux savants expérimentent la transmission sans fil, l'histoire a mis en avant celui qui a su "commercialiser" la T.S.F, un jeune italien expatrié en Angleterre, Guglielmo Marconi.

 

 

Camille Papin Tissot

 

En France, c’est à Brest que la radiotélégraphie a fait ses « premiers pas » grâce à Camille Tissot. J’ai eu la chance en 1969, de découvrir ce savant oublié, dans un article des « Cahiers de l’Iroise », écrit par Charles Yves Peslin.  Aujourd’hui réhabilité et honoré,  un site internet richement documenté  lui est consacré :  www.camille-tissot.fr. Le portrait de Camille Tissot, mort pour la France en 1917 figure au cénotaphe de la pointe Saint-Mathieu.

 

Camille Tissot, né le 15 octobre 1868 à Brest, entré à l’école navale en 1884 à l’âge de 16 ans,  il est lieutenant de vaisseau et  professeur de physique et chimie à l'Ecole Navale lorsqu’il  réalise fin 1898, une liaison par T.S.F entre le sémaphore du Parc au Duc, à l'entrée de la Penfeld et le vaisseau-école Borda  mouillé à un mille de là. Tissot renouvelle son expérience devant le ministre de la Marine Lockroy, en visite à Brest le 11 avril 1899.


Brest :OSA-PARC-AU-DUC.jpg
Le sémaphore du Parc au Duc à l'entrée de la Penfeld
 OSA-BORDA.jpg


Brest, le navire-école Borda sur rade.














La Marine sait alors que les Anglais expérimentent avec un certain succès les communications à grande distance entre les navires, au moyen du télégraphe sans fil de Marconi. « En attendant, dit un commentateur début septembre 1899, monsieur Tissot continue ses expériences de TSF entre divers points de la côte. Un appareil va être installé dans le grand phare de Trézien (hauteur 84 mètres). Il serait en effet intéressant de pouvoir communiquer par le télégraphe sans fil entre le littoral du chenal du Four et Ouessant car les ruptures des communications par câbles télégraphiques sous-marins sont nombreuses, dues au mauvais temps. » 

 

On lit dans  « Le Yacht »  du 12 septembre :

« Les expériences de monsieur Tissot entre Trézien et  Le Stiff d’Ouessant ont été réussies (11 milles marins) ». Et dans le journal du 2 octobre, « les essais continuent avec succès entre le nouveau phare de l’île Vierge et le Stiff distants de 23 milles marins. Les appareils utilisés sont des « Ducretet ». C’est un très beau résultat à adapter sur nos grands croiseurs d’escadres. » En fait les appareils dits « Ducretet » ont été conçus par le savant russe Popov (inventeur de l’antenne) et améliorés par le français Ducretet.

 OSA-OUESSANT-carte-tissot.jpg

 


















Dès lors les performances ne cessent de s’améliorer, chaque état essayant de devancer les états rivaux ou ennemis potentiels, car bien sûr, les premiers intéressés par ce nouveau mode de communication à distance sont les militaires. Le journal "Le Finistère" s'en fait l'écho le 12 janvier 1901, « des essais de télégraphie ont eu lieu entre des bâtiments de l'escadre de la Méditerranée, c'est une révolution dans la transmission des ordres, la portée est de 18 à 20 milles. » Deux mois plus tard l'escadre de l'Atlantique effectue des exercices semblables.

 

La T.S.F est entrée dans l'histoire maritime.

 

1901 :  Le Yacht du 6 juillet :  " l ‘emploi de la télégraphie sans fil dans la Marine. Tous les bâtiments amiraux des deux escadres et plusieurs croiseurs ont reçu les installations voulues pour ce mode de communication. Ils ont  commencé des exercices avec les postes installés sur le littoral d’où ils s’éloignaient : Fort Saint-Louis à Toulon, Ouessant et Saint-Mathieu près de Brest.

Dans la marine française, les essais ont été faits par Tissot avec du matériel fabriqué par Eugène  Ducretet, maintenant les appareils les plus répandus sur les bâtiments de guerre sont ceux de Rochefort, ingénieur-constructeur à Paris. Ils sont robustes et puissants et donnent toute satisfaction. La portée des signaux est environ 30 milles mais tous les opérateurs sur la fréquence peuvent écouter…" (donc pas de confidentialité dans les messages)portrait-camille_2.jpg


 

Tissot plus tard docteur ès-sciences, fut professeur à l’Ecole Supérieure d’Electricité à partir de 1912, l’année même où il fut promu capitaine de frégate. (Voir site Internet mentionné plus haut).

Portrait de Camille Tissot au cénotaphe de la pointe Saint-Mathieu
(Photo collection famille Tissot)




OUESSANT-RADIO. VERSION SIMPLIFIEE.

A OUESSANT-RADIO, les opérateurs n'ont jamais pratiqué que la télégraphie (Morse)
 

Dans un contexte qui commence à se réglementer naît la première station de TSF maritime en France : les Postes et Télégraphes prennent à la Marine le contrôle d’une station expérimentale sur l'île d'Ouessant en 1904. Au début son rôle n'est pas très bien défini, une circulaire précise simplement ceci : "jusqu'à ce que de nouvelles dispositions soient prises, la station radiotélégraphique d'Ouessant assurera exclusivement l'échange des télégrammes officiels émanant de la Marine et prendra part, sur la demande des autorités maritimes aux expériences que les navires de guerre ou les autres postes terrestres de la Marine pourront avoir l’intention d’effectuer avec le poste d’Ouessant.”

 

Une attention toute particulière est prêtée au précieux matériel, trois feuillets d'instructions précisent les règles d'entretien des instruments .."Le matin avant toute chose l'antenne est descendue, examinée, et son isolateur soigneusement frotté, d'abord avec un linge sec puis avec un linge imbibé de pétrole. Les bâtons d'ébonite du bas de l'antenne reçoivent les mêmes soins, ainsi que l'isolateur d'entrée de poste. La bobine Rochefort, le condensateur, les socles, la table de transmission elle-même font l'objet d'un nettoyage semblable. Il convient de ne jamais perdre de vue qu'un isolement parfait est indispensable pour obtenir de longues portées et éviter des accidents, etc."

 

 

OUVERTURE OFFICIELLE DE OUESSANT-RADIO

 

Décret du 28 septembre 1904.

Le Président de la République Française décrète :

"... Est autorisé l'échange des télégrammes privés entre les navires en mer et les stations radiotélégraphiques situées sur le littoral de la France, de l'Algérie et de la Tunisie qui seront désignées à cet effet par le Ministre du Commerce, de l'Industrie et des Postes et Télégraphes..."

                                   Signé: Emile Loubet

 

Arrêté du 7 octobre 1904.

Le Ministre du Commerce, de l'Industrie et des Postes et Télégraphes  arrête

"... La station radiotélégraphique d'Ouessant est ouverte à partir du 10 octobre 1904 à l'échange  avec les navires en mer, des correspondances privées originaires ou à destination de la France, de la Corse, de l'Algérie, de la Tunisie, de la principauté de Monaco et des vallées d'Andorre.."

                                   Signé: Georges Trouillot

 

 

Le poste de télégraphie sans fil d'Ouessant est uniquement chargé de la transmission des télégrammes, il n'a donc aucune relation avec le public et n'a pas à assurer la taxation des télégrammes, ni leur remise. En attendant le raccordement électrique au poste électro-sémaphorique de Ouessant-Stiff, tous les télégrammes provenant des navires sont à porter au sémaphore pour être acheminés par le réseau général.

 

 

Le service permanent,  est assuré par trois commis plus l'ouvrier Georget, chargé de la maintenance et de la réparation des matériels. Un seul agent est de service à la fois, le premier fait la journée de 8 heures à 19 heures, le second fait la nuit de 19 heures à 8 heures le lendemain matin, le troisième est de repos. Un retraité de la marine (Conan) assure l’entretien du mât, des drisses et de l’antenne. L'un des trois commis, monsieur Gourvenec est désigné comme responsable du service. C'est à lui de régler les dépenses d'éclairage, de chauffage, de nettoyage des locaux et en général toutes les dépenses à la charge des receveurs des bureaux des Postes et Télégraphes, à l'aide d'une indemnité de 800 francs.

Les indemnités pour travail de nuit sont payées au tarif ordinaire, et les agents perçoivent une prime mensuelle de 15 francs pour "manipulation d'appareils perfectionnés".

Les agents et l’agent mécanicien (monsieur Morice qui a dû remplacer Georget) d’Ouessant TSF, auront droit à une indemnité de logement de 100 francs par an, comptée à partir du 1er janvier 1907. Cette indemnité de logement tiendra lieu de frais de séjour.  .         

 

 

Correspondances des navires allemands

 

Le Yacht, samedi 1er avril 1905, le paquebot Hambourg ayant à son bord l’empereur d’Allemagne,  a passé samedi matin à 7 heures au large de Créac’h, route au sud-sud-ouest, escorté par le croiseur Friedrich-Karl. Monsieur Magné inspecteur de la télégraphie sans fil à Paris, s’était rendu au poste d’Ouessant pour surveiller la transmission des dépêches impériales. On sait que le poste d’Ouessant n’appartient plus à la Marine qui l’a créé mais a fait retour à l’administration des Postes et Télégraphes. La Marine a conservé jusqu’ici le poste de TSF de la pointe du Raz de Sein. »

 

L'Administration des P et T passe en juillet 1906, un accord avec la compagnie de navigation allemande :

          Hamburg-Sud-Amerikanisch-Dampfschiff-Fahrts-Gesellschaft,

dont le siège social est à Hambourg, Holzbrucke 8. Il a été décidé que les navires de la compagnie munis d'appareils de TSF, pourront transmettre à Ouessant les télégrammes à destination de pays quelconques y compris la France. (Dépôt de garantie déposé par la compagnie à Paris 44)

Les navires sont le Cap Blanco/ DCB et le Cap Ortegal/ DCO, un troisième navire, le Cap Vilano, en construction entrera en service fin août prochain.

Les appareils allemands sont de marque Telefunken d'une portée officielle de 200 kilomètres mais qui peuvent trafiquer en réalité à 250 et même à 300 kilomètres. Dans les mois suivants, plusieurs autres compagnies allemandes bénéficieront du même contrat. Dont la compagnie Hamburg-Amerik-linie. L'itinéraire de ses paquebots vers New-York est le suivant : départ de Hambourg le jeudi avec escales à Southampton et Cherbourg le vendredi. Au retour de New-York, escales à Plymouth et Cherbourg le jeudi pour le Deutchland,  et le vendredi pour les autres.Photo-25-SS-Deutschland-500-1-.jpg

 


Le paquebot allemand Deutchland, photo source
Internet.











Par contre les navires français semblent bouder la station, en 1905 déjà, les opérateurs d'Ouessant se plaignent de ne pouvoir délivrer les messages, aux paquebots qui ne répondent pas à leurs appels. Les paquebots de la Transat, préfèrent les stations étrangères et surtout lorsque celles-ci améliorent la portée de leurs émissions.

 

En 1907, trois paquebots français la Provence, la Savoie et la Lorraine sont munis d'appareils à longue distance. Ils peuvent communiquer avec Cap Cod (Massachussets) et Poldhu (Angleterre), jusqu'à environ 3 000 kilomètres. Il n'y a donc interruption de la liaison radiotélégraphique que quelques heures pendant la traversée de l'Atlantique;

 

Un effort est cependant fait vers nos nationaux :

Télegramme: 1908

OFF= Ouessant de Paris n° 57944 87 25/6 0530

Ingénieur à commis responsable TSF d'Ouessant

Bateaux Compagnie Transatlantique échangeront à partir samedi 27 juin communications radiotélégraphiques avec vous. Appelez  La Touraine indicatif  LT qui partira du Havre samedi 8 heures du matin dès que supposerez dans votre rayon d'action. Surveillez attentivement ses appels qui seront OSA. Faites l'impossible pour entrer en relation.

Recevez tous ses radios dans les mêmes conditions que ceux des bateaux allemands et passez lui ceux que vous aurez pour elle. Provision de garantie déposée.OSA-OUESSANTla-touraine.jpg

 



















Les archives ayant disparu, on ne connait pas le volume du trafic de Ouessant-Radio. L’administration des Postes et Télégraphes juge au début des années 1910 que l’avenir du service commercial est assuré puisqu’elle met en construction à Ouessant l’année suivante un bâtiment d’exploitation « moderne ».

 

 UN TEMOIGNAGE.

 

L'écrivain  Bernard Kellerman qui vivait à Ouessant à cette époque, nous a laissé dans son roman "La Mer", un descriptif original de la station de radiotélégraphie fréquentée par son héros.

 

   Extraits de Kellerman.. LA MER. 1910.

 

"Enfin, c'était Stiff. Son petit phare jaune nageait comme recroquevillé dans une ampoule, la cabane de la station de T.S.F était accroupie dans la lande balayée, comme une bête grise ébouriffée. Même dans le soleil, Stiff avait un aspect si désolé, si désert et si oppressant que le mouvement du coeur s'y ralentissait. Mais aujourd'hui c'était un désert sublunaire qui répandait l'effroi. Et comme le drapeau noir se dressait méchamment sur le sémaphore! Ici la tempête me poussait devant elle comme un paquet, elle me portait par intervalles, et finalement je réussis tout juste à me couler de pierre en pierre, à quatre pattes. J'étais à bout de souffle et j'avais le mal de mer à force d'épuisement quand j'atteignis la station de T.S.F. Je martelais les volets de fer.


Monsieur Boucher était là. Dieu merci! Il se jeta contre la porte.

-Tirez donc! cria-t-il.

-Mais je tire! répondis-je.

La porte se referma, comme poussée par un ressort. Est-ce qu'à deux hommes nous ne serions pas en état d'ouvrir une misérable porte? M. Boucher passa un gourdin dans l'entrebâillement, je tirai, et la porte vola avec fracas contre la paroi. Elle y resta comme vissée....

-On dit qu'il y a un navire en détresse, monsieur Boucher?

-Regardez par ce hublot. Il est là en bas. Ne le voyez-vous pas?  Un bateau de pêche".

 

Le narrateur quitte alors la cabane et descend le chemin qui mène à l'abri du canot de sauvetage du Stiff.

 

Plus loin dans le récit, nouvelle visite :

"J'allais donc à Stiff à la station de T.S.F.. Monsieur Boucher maniait le levier et les éclairs verts jaillissaient entre les conducteurs polis, ronflant et crépitant. Par moment le vapeur avec qui nous parlions était tout près et nous pouvions voir son oriflamme de fumée à l'horizon. Mais souvent ils étaient loin. "S'il vous plaît, donnez-nous votre point!" Trr-trr-tac-tac-trr -c'était son point. Dieu nous assiste, où était-il? Il était encore à l'ouest des Açores..."

"Alors  M. Boucher posait sur sa calvitie l'étrier d'acier portant le récepteur, il épiait le tic-tac et écrivait les mots. Nous pouvions entendre tout ce que Lizard télégraphiait aux grands transatlantiques qui impriment chaque jour un journal. De la sorte nous étions informés de tout ce qui occupait le monde...  .. Les fils de notre antenne oscillaient et cliquetaient et le vent rasait la lande déserte. Trois de nos petits rats qui habitaient la station (il y en avait dix-sept) jouaient devant la porte. Mais la mer déferlait. Dès qu'il faisait sombre, la lande devenait blanche comme dans le clair de lune, deux fois, puis elle flambait une fois, rouge comme de la mousse en flammes. C'était le feu de Stiff. Quand M. Boucher sortait pour prendre une gorgée d'air, il apparaissait deux fois, comme un fantôme de craie, puis se transformait en un démon rouge."

 

 OSA-OUESSANT-ILE-CARTE.jpg


OUESSANT, LA NOUVELLE STATION

 

Le trafic commercial le justifiant, une grande station moderne avec des bâtiments « en dur », est ouverte à Ouessant en 1911, deux pylônes de 75 mètres écartés de 150 mètres supportent l'antenne, une nappe verticale.  Ouessant émet et reçoit toujours sur l'onde de 600 mètres,  (500 kc/s). Les émissions se faisant sur une bande très large, on pouvait les capter selon l'éloignement de la source entre 400/500 et 700/750 mètres de longueur d'onde. Ouessant et Land's End radio ne pouvaient travailler ensemble sans se gêner, heureusement le trafic n'était pas très encore très conséquent ce qui limitait les conflits d'antenne. Le registre américain Wireless Telegraph Stations in the World édition de 1912, nous précise que l’indicatif radio de Ouessant (qui fut OSA et deviendra FFU), était à cette époque UOS, et que sa portée nominale était de 375 milles.OSA-PLAN.jpg

 


Extrait du plan de situation de la station d'Ouessant
Document 1929















OSA-OUESSANTstation-1912.jpg





Ouessant, la nouvelle station











OSA-OUESSANTstation-1912---2.jpg



La station d'Ouessant près du bourg de Lampaul

















Jusqu'à la guerre 1914-1918, le trafic des stations existantes concerne essentiellement les paquebots qui relient les grands ports d'Europe aux Amériques, ou traversent la Méditerranée vers les possessions françaises d'Afrique du Nord, mais les grands voiliers de commerce, les vapeurs et les gros navires de pêche s’équipent progressivement en radiotélégraphie.


OSA-yacht-arm-.jpg
Yacht armé et équipé de la TSF patrouillant sur les lieux de pêche pendant la guerre 1914-1918










RAPPORTS AVEC LA MARINE : Conflits Ouessant-Radio et Marine de l’Etat

 

Un exemple extrait de la revue « Le Yacht » du samedi 8 avril 1911.

 

Brest le 4 avril : Depuis mardi, l’escadre a évolué dans la brume ente Sein et Ouessant. Elle a regagné Brest jeudi vers 4 heures du soir.

A propos des navires dans la brume, l’escadre s’est trouvée très gênée par les émissions du poste de TSF d’Ouessant qui contrariait les communications de l’amiral Aubert à ses bâtiments alors que ceux-ci naviguant  sans se voir dans les parages d’Armen, se trouvaient en assez mauvaise posture. L’amiral signala alors au poste d’Ouessant « Prière de faire silence vous gênez l’escadre qui se trouve dans la brume ». Rappelons que le poste d’Ouessant a été cédé par la Marine aux Postes et Télégraphes. Nous nous élevâmes ici même contre cette faiblesse de la Marine qui avait tout fait, mis au point, pour se dessaisir ensuite au profit d’une administration étrangère et nous prédîmes qu’un jour ou l’autre il en résulterait des difficultés. Voici en effet la réponse stupéfiante faite à l’amiral Aubert par le fonctionnaire des PTT préposé au bureau d’Ouessant : « Monsieur je n’ai pas transmis trois mots en tout depuis dix minutes, vous et les postes de la flotte n’avez pas cessé un seul instant rendant mes explorations impossibles. Il y a aussi des paquebots dans la brume. Il n’est pas besoin que Rochefort, Lorient et Cherbourg se passent des dépêches sans fil, ils ont des fils entre eux, ils n’auraient pas besoin de troubler les communications des navires qui sont dans la brume. C’est à eux qu’il faut dire d’être moins loquaces. » Nous nous en serions voulus de changer un mot de cette stupéfiante réponse qui vient si bien à l’appui de notre thèse que la Marine aurait dû conserver toutes les stations côtières de TSF. Ainsi notre escadre peut se mettre au plein pourvu que quelques paquebots étrangers qui ont toute la largeur de l’entrée de la Manche puissent échanger des messages privés quelconques avec Ouessant. Il est vrai que les paquebots paient bien. Remarquons que l’escadre employait des émissions à faibles étincelles peu gênantes, et que l’amiral Aubert qui s’est fait rabrouer par un employé subalterne n’est nullement responsable des abus que peuvent commettre les postes de Cherbourg, Lorient et Rochefort. En outre on ne voit pas bien en quoi les émissions du poste d’Ouessant peuvent aider les paquebots dans la brume. A l’heure actuelle elles peuvent tout au plus leur brouiller les signaux horaires de la Tour Eiffel.

 

Une note de sa hiérarchie à monsieur le Chef de Poste de la station d’Ouessant :

En examinant vos procès verbaux radiotélégraphiques, je vois que certains agents font suivre leurs constatations de réflexions inutiles, dans le genre de celles-ci, “le service de la station de Kerlaer parait être assurée par un impotent”.. “Il a décidement l’oreille paresseuse”  PV 161 du 12 septembre courant.

Je vous prie de faire remarquer aux agents qu’ils n’ont pas à consigner leurs réflexions sur les PV et qu’ils doivent se borner à constater les faits.

        Vous voudrez bien les en aviser par la voie de l’ordre.

         Paris le 18 septembre 1912, P.  l’Ingénieur etc...

 OSA-kerlaer.jpg


 La station "Marine" de l'Arsenal de Brest, Kerlaer, indicatif TQF, émet aussi sur 600 kc/s avec une portée de 700 milles. (1910)
Je n'ai trouvé que cette photo, sur un site Internet américain, et je ne sais pas exactement où était située cette station. Vers la Maison-Blanche ou les Quatre-pompes? Peut-être. 


















Et aussi :

Circulaire n° 54, (18/9/1913) Au cours des enquêtes effectuées à la suite de réclamations du ministère de la Marine, il a été constaté que le personnel des stations de l’adminitration se livrait parfois à des observations importunes ou désobligeantes envers les stations de ce département. De pressantes recommandations sont adressées aux agents des stations de l’administration pour que leurs rapports avec leurs correspondants quels qu’ils soient et quelle que soit leur attitude restent toujours empreints de la plus grande correction. ...

 

OUESSANT ET LA RADIOGONIOMETRIE

Le poste civil d’Ouessant, conjugué par téléphone avec le gonio (Marine) de Pen ar Roc’h, assurait le service d’émissions du gonio en même temps que son service commercial. Lorsque Pen ar Roc’h recevait une demande de relèvement il en avisait Ouessant. Celui-ci interrompait immédiatement ses transmissions par brume ou temps bouché, pour assurer le service goniométrique. Cette prestation fut facturée 6 francs par relèvement en 1920.

 

OUESSANT ET LE SERVICE METEOROLOGIQUE

 

Service météo.  Note du chef de centre aux opérateurs : il arrive que des opérateurs de navires nous demandent le temps qu’il fait. La charge d’un pareil service ne nous incombant pas, nous pouvons refuser de fournir ces renseignements .. Il est cependant préférable de les fournir si on peut le faire. Des observations complètes comportent des renseignements relatifs au ciel, au temps, à l’état de la mer, à la direction et à la force du vent, à la pression, à la température: exemple.. Ciel nuageux, temps clair, mer agitée, forte brise de N.E, bar 766, ther 15.

Pour s’orienter, il importe de savoir que la façade du poste est orientée exactement Nord-Est, (45° avec le nord). Pour obtenir la direction du vent, il faut s’éloigner un peu des bâtiments.

(Ajout en  marge d'un cahier d'ordres, le service météorologique officiel sera ouvert le 1er janvier 1923).

 

 1er mai 1920 Avis de tempête, les avis de tempête établis par le bureau central météorologique sont transmis sur 600m par les stations de Cherbourg, Brest-Mengam, Lorient, Rochefort, Toulon et Ajaccio.. Ils affectent la forme TTT suivi de Manche tempête NW, Bretagne tempête SW etc..  L’Administration appelle l’attention du personnel sur l’importance qu’il y a au point de vue de la sécurité des navires en mer à ce que votre station n’entrave pas en quoi que ce soit les retransmissions de ces avis.

 

 

OUESSANT ET LA SAUVEGARDE DE LA VIE HUMAINE EN MER

 

L’action des opérateurs de la station pendant les tempêtes de décembre 1929 en est une belle illustration, sanctionnée par une lettre de félicitations du ministre des PTT, le 10 janvier 1930.

Monsieur Germain Martin, est heureux de signaler qu’au cours des évènements dont il s’agit, le personnel des stations côtières s’est pleinement montré à la hauteur de sa tâche et a rempli avec le plus grand dévouement et sans défaillance le rôle d’auxiliaire de la navigation qui lui est confié. (communiqué de presse).

Le directeur du service de la TSF à monsieur le chef de centre de la station d’Ouessant Radio :

 

En vous communiquant ci-joint une note publiée par la presse, j’adresse au chef de centre ainsi qu’aux agents de la station mes félicitations et mes remerciements. Je leur demande de continuer leurs efforts pour maintenir la bonne réputation du service radiotélégraphique français. Signé Picault.

 

Le chef du poste d’Ouessant se nomme Lestautte, il a dû succéder à Le Poupon,  le personnel d’antenne se compose de messieurs Chabbal, Gaudin, Germain, Koch, Nicolas, Page, Peyregue, Richard, Roi.

 

La Dépêche de Brest titrait le 6 décembre 1929, « un record de SOS a dû être battu hier. Fouaillée par l’ouragan de ces jours derniers dont la violence augmentait encore, la mer impétueusement déchaînée, mit en péril de nombreux bâtiments… »  et la tempête continua plusieurs jours encore.

 

Parmi les navires les plus touchés on relève :

 

L'Helen victime d'un accident de machine réclamait assistance..

Voici deux messages captés par Ouessant-Radio concernant l'Helen:

"Du steamer Asturias à 7h45,par 46 44N et 6 50W, le vapeur danois Helen, ses machines complètement désemparées demande assistance"

"Du vapeur anglais Sabor à 10h30, nous sommes près du vapeur Helen, mais le temps est trop mauvais pour passer une remorque. Le remorqueur Iroise s’est porté au secours de l’Helen dont le second-capitaine avait disparu. Le récit de ce drame de la mer a donné naissance au film « Remorques » avec Jean Gabin et Michèle Morgan, le remorqueur Mastodonte de la DP, tenait le rôle de l'Iroise.

 

Pendant ce temps le navire espagnol Galdames demandait assistance. L’Iroise ayant recueilli l’équipage de l’Helen (dont le capitaine, un doigt arraché et le bosco la cage thoracique enfoncée, s’est porté à son secours et l’a escorté jusqu’à Brest

 OSA-OUESSANT-galdames.jpg




Le remorqueur Iroise (commandant Malbert) escorte le Galdames jusqu'à Brest
















A noter aussi :

Le vapeur italien Casmona qui à minuit, heure de ses appels, se trouvait par 49 35N et 3 14W, au nord-ouest de Paimpol, handicapé par une importante voie d'eau.

 

Le vapeur italien Johnny, désemparé par voie d'eau et avarie de machine par 49 17N et 3 28W, à 4h15 du matin (nord des 7 îles).

 

L'Andalucia Star, gros cargo anglais ou espagnol, en difficultés par 49 17N et 4 31W, (au nord de l'île de Batz à 7 heures du matin)

 

L'Essex Heath, autre steamer anglais, qu'une avarie de gouvernail mettait en péril vers 13h35 au large de Saint-Mathieu. Le remorqueur Auroc'h allait probablement secourir ce dernier navire, le plus rapproché de Brest.

 

Peu après, la direction du port (D.P) faisait appareiller l'Hippopotame, avec mission de porter assistance au Casmona, qu'il ne devait pas rencontrer et qui avait coulé, abandonné par son équipage.  A 19h20 hier soir, Ouessant-Radio recevait le message suivant du vapeur anglais Artanza : ". vapeur Casmona abandonné, épave dangereuse pour la navigation à 15 milles dans le nord du feu de Triagoz..."

 

Au cours de  la même tempête, le trois-mâts goélette Berthe se trouvait  à 13 heures à 3 milles dans le nord ouest du Stiff, lorsqu'il hissa le pavillon de détresse.

Tirés aux sémaphores du Stiff et de Créac'h, deux coups de canon annoncèrent un navire en perdition. Bientôt les cloches de Lampaul sonnèrent le tocsin.  A 15 heures, le canot de sauvetage était mis à l'eau dans une mer démontée. Les deux canots de sauvetage de Molène, équipés aussi rapidement, se joignirent bientôt à lui. A 16h15, le vapeur anglais Pitardel Arriaga se dirigeait sur les lieux, mais un quart d'heure plus tard, la Berthe devait être abandonnée.

 

Hier vers 16h, le vapeur français Châteauroux, chargé de houille rentrait à Brest. La tempête n'avait pas été sans malmener ce navire qui a subi de notables avaries.

 

Deux autres S.O.S captés par Ouessant-Radio :

A 3h30 hier matin, Ouessant avait capté des S.O.S du steamer anglais Shandon qui parti en dérive venait de s'échouer à l'entrée de Barrydocks et demandait assistance immédiate.

 

A 10h30, un S.O.S du vapeur Guecho retransmis par Land's End était encore capté par Ouessant-Radio: "S.O.S envoyez d'urgence un remorqueur dans l'ouest de la bouée de Nash Bank. Assistance nécessaire".

 

Après avoir convoyé le Galdamès,  le samedi 7 au soir, nouvelle sortie de l'Iroise.. au secours du Senatore d’Alli,  désemparé de son gouvernail par 47 55N  6 55W,   environ 110 milles dans l'ouest de Brest.. Après 24h de route, le cargo italien fut pris en remorque et ramené à Brest (arrivée le lundi en matinée).

 

 

 

LA FIN DE OUESSANT RADIO

 

Les Allemands prennent possession de l'île le 4 juillet 1940. A la station radio, la vie continue, on peut lire dans le cahier d'ordres..

 

Réglement intérieur : aucune modification n'ayant été apportée au tableau de service, toutes les vacations doivent être effectuées. L'autorisation du chef de Centre est nécessaire pour être dispensé d'une vacation de service.. 24 juillet 1940

 

Discipline : l'article 43 de l'Instruction Générale stipule qu'aucune personne étrangère au service ne doit être admise dans la partie des locaux réservée à l'exécution du service.

En ce qui concerne la station radiomaritime d'Ouessant, cette interdiction s'applique aux troupes d'occupation.

L'accès à la salle d'écoute est donc interdit à tout soldat allemand non muni d'une réquisition ou d'une autorisation régulière, établie par la Kommandantur.

.

Les agents de service refuseront l'entrée de la salle d'écoute à toute personne inconnue ou non qualifiée. En cas d'insistance, ils aviseront le Chef de Centre.

 

Toute infraction à ces prescriptions qui aurait pour conséquence de favoriser ou de permettre l'accès de la salle d'écoute à une personne étrangère au service, sera considérée comme un acte d'indiscipline et fera l'objet d'une demande de sanction sévère contre le ou les agents fautifs.

                        

                               Ouessant Radio 6 août 1940

                                       le Chef de Centre, illisible

 

Suivent les signatures des  agents présents : Germain, Roi, Richard, Artigny, Le Din, Balavoine.

 

Peu de temps après les Allemands ont pris possession des locaux de Ouessant-Radio.

 

On ne sait pas grand-chose de la station pendant l'occupation sinon que les émetteurs auraient été déplacés par les Allemands et que des bombardiers anglais auraient tenté d'atteindre les pylônes et les bâtiments mais sans succès.

 

La Libération : « Le 25 août 1944, les premières troupes allemandes quittèrent l’île pour regagner le continent; le 31, l’évacuation était presque totale, sauf toutefois une équipe chargée de faire sauter la station de TSF, les dynamos du Créac’h, le fort St Michel et diverses installations.

La station de T.S.F fut saccagée, aussi bien les bâtiments eux-mêmes que les dynamos et accus. Quant aux pylônes, bien que minés, ils échappèrent à la destruction. Il en fut de même d’ailleurs du phare du Stiff, le garde champêtre ayant coupé le fil reliant le bâtiment à la mine.  (A travers le passé d’Ouessant, par G.M Thomas, les Cahiers de l’Iroise, avril-juin 1961) »


PROCHAINEMENT :
-GOUESNOU RADIO  
-BREST-LE CONQUET RADIO
                                                                                                      JPC

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commentaires

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  • : Sujet : histoire locale du Conquet et histoire maritime d'un point de vue plus général. Mise en ligne de mes dossiers constitués à partir de recherches dans toutes sortes de documents et d'archives depuis 1970. Je demande seulement qu'en cas d'utilisation de tout ou partie d'un dossier, la source en soit citée, et que pour une utilisation commerciale j'en sois informé. JPC
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