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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 17:43

VERS 1850, LES "PAIMPOLAIS" IMPORTENT AU CONQUET LA PÊCHE AUX CRUSTACES.

Le Conquet une activité maritime éteinte.

 

Le Conquet : au milieu du XIXe siècle, nous l’avons fait remarquer dans un dossier sur les municipalités, et à travers les écrits de  Flaubert et Brousmische,  Le Conquet est une ville triste, qui ne s’est pas relevée des guerres de la Révolution et de l’Empire et dont la flottille de commerce florissante jusqu’aux années 1770, n’a pas trouvé un second souffle la paix revenue.

 

Le recensement de 1851 dénombre 1 370 habitants dont 22 militaires et marins et 43 mendiants. Le chiffre de la population tient compte des nombreux ouvriers qui travaillent à la construction des forts entre les Blancs-Sablons et Saint-Mathieu et dont plusieurs résident temporairement au Conquet.

 

 

Sur ce chiffre de 1 370, 587 hommes et femmes ont une activité liée à l’agriculture. Les pêcheurs n’atteignent pas la dizaine d’individus, ce sont :

 

-Michel Le Borgne, pêcheur et cabaretier, 38 ans, habitant rue Saint-Roch, ainsi que son matelot Yves Salaun, 27 ans. (Michel Le Borgne se perdra quelques années plus tard dans le Fromveur avec le Vengeur)

-François Podeur, 47 ans, habitant rue Saint-Christophe ainsi que son matelot Pierre Guiziou 62 ans, les fils Podeur : François, 27 ans, Yves, 21 ans et Pierre 15 ans sont aussi qualifiés de pêcheurs, ils ont pu embarquer à tour de rôle avec leur père.

-François Richard, 29 ans, habitant rue Dom-Michel.

 

Loguivy de la Mer, quartier maritime de Paimpol :

 

Si Le Conquet végète dans la morosité, un autre bourg périclite, il se situe dans les Côtes-du-Nord, se nomme Ploubazlanec et se décline en deux sites portuaires, Porz-Even et Loguivy-de-la-Mer.

 

Pl-loguivi.jpg


Loguivy vers 1900






« Loguivi à l’entrée du Trieux est une petite anse sablonneuse, dominée par des collines et défendue par des roches. Ses pêcheurs sont extrêmement industrieux : on les rencontre à plus de dix lieues à la ronde. Leurs bateaux excellents pour la grosse mer ont une longueur de cinq mètres pour une largeur de 2,20 mètres, avec des mâts plus longs que l’embarcation. Ils se présentent donc comme courts et très larges. Leur avant est taillé en coin, leur mâture est celle des flambarts, très forte avec un foc. »

 

 


Pl-plan-amiral-paris.jpg

Petit lougre "paimpolais" dessin du lieutenant  de vaisseau Armand Pâris.














Les pêcheurs de Loguivy pratiquent aux casiers la capture des langoustes et des homards. Leur effort de pêche a été si intense qu’avant le milieu du XIXe siècle, ils ont épuisé leurs eaux côtières. Traqués par la misère, ils commencent à s’éloigner vers l’ouest pour explorer de nouveaux fonds. On les rencontre en 1844-45 dans le quartier maritime de Morlaix. Ainsi sur le rôle de la  Marie-Françoise, de Ploubazlanec,  à Roland Le Hégarat, on lit : « vu à Roscoff allant à la pêche le 27 avril 1844 … Il est signalé au patron que la pêche aux écrevisses et homards est interdite dans le quartier de Morlaix du 1er mai au 1er août 1844, conformément à l’arrêté du préfet maritime du 21 mars 1843 ». On trouve des mentions identiques sur les documents de bord de trois autres de ses compatriotes. Nos Loguivyens doivent donc continuer leur prospection vers l’ouest.

 

Attention, ce ne sont pas des dizaines de navires qui se déplacent en « meutes», mais seulement des pionniers, qui isolés ou à deux ou trois, tentent leur chance avec leurs tout petits bateaux.

 

Comment les Loguivyens ont-ils eu connaissance de fonds de pêche propices, aux abords du Conquet ? Par les bateaux de Le Guerrannic, armateur conquétois, qui transportent les langoustes pêchées par les Molénais jusqu’aux ports de la Manche,  et le bouche à oreille des caboteurs paimpolais transitant par le Four et l’Iroise et faisant régulièrement escale au Conquet.

 

Le précurseur :

 

Le 2 mai 1849, un homme se présente devant le syndic de l’Inscription Maritime au Conquet. Il se nomme Jean Marie Vidament, il est âgé de 33 ans, né et résidant dans la commune de Ploubazlanec. Il vient faire viser le rôle de son bateau la  Marie-Jeanne, jaugeant 1,43 tonneau, pour une longueur d’environ 5 mètres, un bateau presque neuf puisque construit à Loguivy en 1848. Son équipage est composé d’Yves Daniel, matelot 33 ans, de Jean Marie Camus également matelot, et de Jean Marie Corfdir, 12 ans, mousse.

Vidament qui a ses casiers avec lui, va pendant 5 mois, les poser le long des côtes proches du Conquet et sans doute aux environs des Pierres-Noires. Que fait-il de sa pêche ? Faute de certitudes, on peut admettre qu’il la vend à des mareyeurs locaux (Brest), ou bien qu’il la cède à des voiliers caboteurs de passage, comme cela se fera plus tard, mais on en reparlera.

Pl-ct-bato-koub.jpg

Un bateau "koubané" dans le port du Conquet, vers 1850, ce n'est pas un "Paimpolais"











Une autre question se pose, Vidament et son équipage dormaient-ils comme les Kerhorres dans le bateau « koubané », c'est-à-dire avec une voile installée sur un espar pour faire tente, ou avaient-ils pris une location chez un particulier. Je pense que la deuxième hypothèse est la bonne.                                



 Pl-loguivi-carte.jpg














Les suivants :

 

L’année suivante, trois bateaux escalent au Conquet, la Marie-Jeanne à Vidament, la Marie-Anne (1,90 tonneau) à Jean Lorguen,  et la Marie (1,56 tonneau)  à Jacques Quéréel. Quéreel ne s’attarde pas, il poursuit jusqu’à l’île de Sein où il a décidé de tenter sa chance..

Un gros sloup de 18 tonneaux, le Saint-Pierre, armateur Moran et Caous, vient cette même année 1850 faire la saison de pêche à l’île de Sein, mais comme le patron Vincent Caous ne connaît pas le secteur, il embauche Yves Salaun de Plouhinec, matelot à 110 francs par mois, pour la période du 23 mars 1850 au 1er mai 1850, afin de lui servir de pilote. Le reste de l’équipage est « à la part ».

 Pl-ct-drella-plus-ancien.jpg



A part la guérite de douanier,
Le Conquet tel qu'il pouvait l'être à l'arrivée des "Paimpolais".

Les quais et cales étaient terminés depuis 1844.






Le mouvement est lancé et s’amplifie lentement. Chaque année désormais, 5 ou 6 petites embarcations de Loguivy arrivent au Conquet au printemps et en repartent à l’automne.

A la différence de l’île de Sein où l’arrivée de ceux que l’on appelle alors « Paimpolais » donna lieu à de mémorables échauffourées entre nouveaux arrivants et pêcheurs locaux, au Conquet la population sédentaire semble avoir accueilli sans animosité, (c’est sûr), mais avec une certaine indifférence ces migrants saisonniers. La querelle pour décider du lieu d’implantation de la nouvelle église mobilise alors toutes les énergies conquetoises. Lorsque j'ai fait cette étude il y a une vingtaine d'années, je n'ai pas trouvé dans les registres municipaux de mentions concernant les nouveaux arrivants. 


Les familles :

 

Venus seuls les premières années, les « Paimpolais » se font rapidement accompagner par leurs familles. Leurs petits lougres ou petits sloups étant trop exigus pour accueillir des passagers, c’est à bord de voiliers caboteurs, aussi du quartier de Paimpol que les familles transitent à l’aller comme au retour.

 

Un exemple, le patron Louis Le Goaster accueille à son bord au Conquet le 22 novembre 1856, 2 femmes et 7 enfants qu’il doit déposer à Paimpol. Le départ est sans doute retardé à cause de la météo, car les passagers n’arrivent à destination que le 27 novembre, sans qu’une escale ne soit mentionnée sur le rôle. Le Courier des Iles qui transporte une cargaison de homards, reprend la mer et va livrer sa marchandise à Cherbourg.

 

Ceci nous amène à commenter l’organisation des Loguivyens. Trois ou quatre hommes sur chaque embarcation, pêchent  à la ligne l’appât, grondins ou vieilles, qui servira à garnir les longs casiers cylindriques (1,20 mètre), qui appareillés deux à deux, sont les pièges destinés à capturer langoustes et homards. Les prises sont conservées en viviers maçonnés ou flottants, jusqu’au passage des sloups caboteurs, équipés de viviers, qui collectent les crustacés pour les livrer, toujours vivants,  à Granville, Cherbourg, Honfleur ou Le Havre, la destination finale étant souvent Paris. Nous connaissons plusieurs de ces sloups, outre le Courrier des Iles à Le Goaster, le Saint-Pierre à Morand et Caous, la Sophie à Daniel et Vidament etc.

 Pl-an-durzunel-ct.jpg


An Durzunnel, réplique de canot loguivyen (association Communes, de Lanmodez) arrive au Conquet au printemps 1985, lors d'une reconstitution d'un voyage de "Paimpolais".








Anticipant ce qui se produira plus tard au Conquet, Yves Vidament arrive à Molène l’été 1852. La saison de pêche finie, il rentre chez lui, puis revient l’année suivante avec deux bateaux, un lougre de pêche qu’il confie à un équipage de Molène et un sloup de transport, avec lequel il rassemble les pêches de ses compatriotes du Conquet et de Molène et les achemine vers la Normandie. Yves Vidament pour les nécessités de son commerce transfère son domicile à Molène.

 

Je disais plus haut que des familles venaient passer la saison estivale au Conquet, les registres d’état civil en fournissent des preuves. Les actes portent la mention « en résidence au Conquet pendant l’époque de la pêche ». Par exemple, décès le 12 juillet 1855 de Jean-Marie Gendrot, 2 ans,  né et domicilié à Ploubazlanec, fils de Joseph Gendrot et Marie-Yvonne Vidament.

Dame du Conquet d'origine loguivyenne, portant la coiffe de Paimpol, photo vers 1920                                  
 

Pl-vieille-pol.jpg























La sédentarisation :

 

La saison s’étirant de plus en plus, quelques groupes familiaux, après s’être interrogés sur l’opportunité de rentrer à Loguivy seulement pour quatre ou cinq mois d’hiver, décident de s’établir définitivement au Conquet. Cette sédentarisation se produit entre 1856 et 1860.

Au recensement publié en 1856, aucun « Paimpolais » ne figure sur la liste nominative de la population. En 1861, on repère entre 12 et 15  familles installées dans les maisons du «quai » et des rues adjacentes.

Le premier mariage « mixte » a été célébré en 1860, Jacques Quéréel épousant sa logeuse Marie Louise Perrot, débitante de boissons.

Si les nouveaux venus ont pu se loger si près du port, c’est que nombre de maisons étaient vides de tout occupant.

 

 

Familles de pêcheurs, d’origine loguivyenne recensées au Conquet en 1861

(Population totale 1 324)

 

Rue Dom-Michel : 

-Quéréel Yves, 36 ans, et Marie Louise Perrot, sa femme, aubergiste, 34 ans

 

Rue Saint-Christophe :

-Le Goaster Louis, 35 ans, Jeanne Camus sa femme et leurs 5 enfants

 

Rue Marie-Lagadec :

-Menguy Jean, 43 ans, Margueritte Goaster sa femme et leurs 5 enfants

 

Le quai :

-Gendrot Joseph, 32 ans,  sa femme et leurs 4 enfants

-Morvan Olivier, 37 ans, Pélagie Goaster sa femme, leurs 3 enfants et Marie-Jeanne Corfdir leur domestique

-Quéreel Pierre, 26 ans pensionnaire chez Morvan Olivier

-Goaster Pierre, 46 ans, Margueritte Derrien, sa femme, leurs 5 enfants et Françoise Riou, leur domestique.

-Corfdir Constant, 40 ans, Marie-Yvonne Gendrot sa femme, leurs deux enfants et leur domestique Marie Riou (15 ans).

-Quément Guillaume, 38 ans, Marie-Jeanne Jouazean sa femme et leurs trois enfants

-Lucas Jean-Louis, 52 ans, Marie-Yvonne Thélou sa femme, et 8 enfants, 4 d’un premier mariage, 4 du second.

-François Evenou, 30 ans, Marie-Noël Gendrot sa femme.

 

Rue Poncelin

-Pochard François (à vérifier) 36 ans, Marie-Anne Gendrot sa femme et leurs 5 enfants

 

Nous en somme avec cette liste à une soixantaine d’individus. Avec de nouvelles naissances dans ces familles, déjà pour la plupart nanties de plusieurs enfants, la « communauté « paimpolaise » va rapidement s’accroître dès  la deuxième puis la troisième génération.

 

La flottille s’étoffe lentement, elle bénéficie maintenant d’un abri significatif avec la digue Saint-Christophe enracinée sous la pointe du même nom. L’ouvrage long de 94 mètres pour une largeur de 4 mètres possède une cale en plan incliné, de 5 mètres de large, qui lui est accolée. La construction a duré de 1873 à 1876.

 

 1866-67, pour mention,  j’en reparlerai, installation de l’abri du canot de sauvetage en haut de la « montagne Saint-Christophe »


                                  Sur le quai du Drellac'h les pêcheurs préparent les Pl-drellach-nasse-copie-1.jpgcasiers à langoustes.
















Migration saisonnière à l’île de Sein

 

Connaissant la réputation de « bougeote » des « Paimpolais », il ne fallait pas compter sur leur stabilisation définitive. Au début des années 1870, le groupe du Conquet prend l’habitude d'aller chaque été passer quelques mois à l’île de Sein. Les hommes partent avec leurs bateaux et leurs engins de pêche, fin avril -  début mai. Les familles suivent à bord de La Paix, un flambart de 9 tonneaux appartenant à Yves Marie Gendrot, mareyeur au Conquet.

 

En 1875 par exemple, le 28 avril, Gendrot arrive à Sein avec à son bord madame Louis Le Goaster et ses deux enfants, plus Marie-Olive Morvan et mademoiselle Grovel.

Le 3 mai, autre voyage avec 9 passager(e)s, le 10 mai, 11 passager(e)s,  le 18 mai, 1 passager(e), le 7 juin, 3 passager(e)s. A chaque retour, La Paix ramène au Conquet poisson frais et crustacés.

(Un flambart est un petit bateau côtier à deux mâts, commun sur les côtes de la Manche)

 Pl-sein.jpg

 

Mouillage à l'île de Sein vers 1900















Il y a des viviers maçonnés à la pointe Sainte-Barbe pour recevoir les langoustes et homards avant leur expédition. Ils ont, semble-t-il, été fort dégradés cette année 1875, avec sans doute beaucoup de pertes de crustacés. Ils n’ont jamais été restaurés et sont devenus « le débarcadère de la Pierre Glissante », jusqu’à la construction en 1932, de la cale du canot de sauvetage à moteurs. Les langoustes et homards ont été alors hébergés dans des viviers flottants, sortes de grandes caisses à claires-voies, mouillées sur rade.DEBARCADERE-PIERRE-GLISSANTE-GRIS.jpg

 

Les anciens viviers
de la pointe Sainte-Barbe. Trop exposés à l'époque où la digue n'existait pas ils ont rapidement été abandonnés











A la fin septembre, La Paix ramène la «colonie » au Conquet en plusieurs voyages. Certaines années, il y a comme passagers supplémentaires, les enfants nés pendant le séjour à l’île.

 

Un naufrage :

 

L’année suivante, la communauté « paimpolaise » est en deuil, le sloup « Trois-Frères » fait naufrage le 22 mars 1876, aux abords de Béniguet. Le patron Olivier Morvan né à Ploubazlanec en 1824 et son fils Jean-François novice, né à Sein en 1862 ont péri. Il semble que le matelot Alphonse Le Borgne de Lambézellec ait été sauvé.  Trois ans plus tard Pélagie Le Goaster veuve Morvan fait construire l’Etoile de Mer, qu’elle confie au patron Jean Marie Riou né à Ploubazlanec en 1854.

 

Fréquentation de l’île de sein :

 

L’année 1879, 8 bateaux du Conquet font la saison à Sein,

 

Etoile de Mer, lougre cité plus haut, armement veuve Morvan, patron Jean Marie Riou

Léontine,  armement Pierre Marie Le Goaster, patron François Marie Le Goaster

Trois Frères, armateur/patron Yves Le Goaster

Elisabeth, armateur/patron Jean Marie Mainguy

Saint-Jean-Baptiste, armateur/patron Jacques Marie Le Goaster

Saint-François, armateur Riou et Le Berre, patron Jean François Riou

Saint-Yves, armateur/patron Félix Marc

Marie-Pauline, armateur Gendrot, patron François Grovel

 

Plus La Paix au bornage qui fait de nombreux allers-retours.

 

Les types de bateaux :

 

Ces bateaux sont des sloups (un mât, foc et grand-voile) ou des lougres, (deux mâts, foc, misaine et taille-vent bômé). Ils sont presque tous construits par Olivier Derrien de Loguivy et quelques uns par Pilvin de Paimpol.

 

Pour donner deux exemples parmi la liste ci-dessus :

-Le plus grand est le Saint-Jean-Baptiste, 3,58 tonneaux, longueur 6 mètres, largeur 2,30 mètres et creux 1,28 mètre, c’est un sloup non ponté, à arrière carré, construit par Derrien pour Jacques Le Goaster. C’est en 1879 sa première campagne, puisqu’il a été mis à l’eau le 7 mai

 

-L’Elisabeth, est un lougre de 2,30 tonneaux,  construit par Derrien en 1873, avec faux tillac, mais sans vaigrage ni serrage. Il mesure 5,38 mètres pour 2,29 mètres de large et 0,91 mètre de creux.

 

Cette année 1879, ne restent au Conquet l’été que La Seine, sloup à Jean Marie Le Bris, et les deux bateaux pilotes, le Robuste patron Pierre Le Goaster, et le Saint-Paul, patron Pierre Kervarec.

 

En 1881 la population du Conquet est 1 330 individus, habitant 231 maisons. Les pêcheurs sont au nombre de 33.

 Pl-lquai-drellach.jpg

Le quai du Drellac'h
vers 1900


















On lit dans le « Finistère » du 28 octobre 1879, les résultats de la pêche des crustacés ont été déplorables cette année à cause du mauvais temps. Si l’hiver est rigoureux, la misère sera grande parmi notre population maritime. L’année suivante, on lit dans le même journal à la date du 6 novembre : «Sein -  la pêche des crustacés a été pitoyable cette année dans nos parages. » et le 16 avril 1881, « Sein- quelques semaines avant l’arrivée des Paimpolais … quant aux langoustes et aux homards, leur disparition est vraiment effrayante … il faut limiter les tailles… » 

Une violente tempête sévit à la mi-septembre 1880, elle dure du 13 au 19 et cause beaucoup de dégâts. A Camaret  dans la seule journée du 14 septembre, six chaloupes sont jetées à la côte au Veryach et détruites. A l'île de Sein, trois embarcations ont disparu du port, on ne sait ce qu'elles sont devenues. Presque tous les pêcheurs de Paimpol ont perdu leurs casiers à langoustes, leurs filets, leurs palangres. Plusieurs d'entre eux n'osent plus se pourvoir à neuf d'engins de pêche qu'ils craindraient de perdre encore. Et comme la saison est fort avancée, ils songent à s'en retourner après une campagne désastreuse. Nos îliens n'ont pas été plus heureux (le "Finistère" du 29 septembre).


Toujours dans le « Finistère », 4 mai 1893, « Ile de Sein – Langoustes, les prix sont tombés de 33 Francs à 24 Francs la douzaine. Ce n’est pas que la langouste soit très abondante, c’est que les bateaux qui sont réunis dans notre petit port pour faire cette pêche sont très nombreux. Qu’ils soient de Paimpol, Audierne, Douarnenez ou du Cap, ils vendent toutes leurs langoustes ici, voilà pourquoi les prix baissent. Les Paimpolais sont arrivés, ils sont une trentaine. Puis dernière semaine de mai, « la pêche est bonne, mais il faut aller au large, plusieurs bateaux restent deux à trois jours dehors et reviennent avec 8 à 9 douzaines, joli résultat. » 7 juin, « Les langoustes sont arrivées à la côte, les prix tombent à 15 Francs ».  Première semaine de juillet, les bateaux qui ont été très loin vers le sud-ouest, ramènent 10  douzaines par bateau et par semaine. Ceux qui sont restés sur la  Chaussée de Sein, un peu moins. Vente au prix de 15 à 18 Francs la douzaine.

En août, la flottille s’augmente de la plupart des bateaux du port de Camaret.

Sein le 29 septembre " la pêche est terminée, sur 20 bateaux paimpolais, 10 sont déjà partis".


Dans les courriers de la mairie du Conquet, une note du maire : "L'île de Sein (nous) demande une participation pour la construction de la maison du docteur. Cette année, la commune du Conquet n'a envoyé qu'une très minime proportion de pêcheurs à Sein et ceux-ci semblent de plus en plus abandonner les parages de l'île de Sein en raison de l'appauvrissement des fonds."


Le choléra de 1893

Cette année-là il n’est pas sûr que les Conquétois aient eu l’autorisation de s’installer à Sein, en raison de l’épidémie de choléra.

1893, le Finistère, jeudi 24 août,  Sein –  « Le médecin, le maire de l’île et le syndic viennent de faire afficher un arrêté en vertu duquel tous les bâtiments provenant du Conquet et de Molène devront être mis en observation. Cette mesure sanitaire vient d’être appliquée à un bateau de pêche qui voulait aborder à l’île.

La quarantaine est déjà appliquée à l’île de Molène mais (début septembre) on n'a pas constaté de décès depuis 10 jours. Par contre au Conquet, il y a eu un nouveau mort du choléra.

 

 

Un coup d’œil sur la flottille conquétoise en 1897, aux « Paimpolais » se sont joints des pêcheurs d’autres origines (Bernugat de Sarzeau par exemple, Mellaza de Plouguerneau) et parfois locales.

 

Patron                              Bateau             Jauge    Adresse

Le Goaster       Jean Marie         Sainte-Barbe          6.03         Rue Saint-Christophe

Le Bris            Auguste             Jeune-Joseph         2.27         Le Bilou

Bernugat          Théophile           Nd des Victoires   7.40         Le quai

Riou                 Henri                 Saint-Pierre            6.40         ? (Roué Armateur)

Fréderic           Eugène  Maria                                 ?              Rue Neuve

Le Goaster       Jean Louis          Louise                   1.57         ?

Quéré              Guillaume           Belus                       2.48        Le quai

Betzer              Olivier               Deux-Frères           1.80         Le Croaé

Gendrot           Yves Marie        Sainte-Anne           7.20         Rue Saint-Christophe

Lucas               Yves Marie        Dom-Michel        6.10           Rue Marie-Lagadec

Le Goff            Pierre                 Gardien                 ?              ?

Le Goaster       Jean Louis         Saint-Antoine       6.32           Rue Lombard

Léon                Jean                   Alcide                    1.97         Lochrist

Grovel             Jean                   Nd d’Espérance    7.82         Rue Saint-Christophe

Grovel             François            Marie-Louise         3.81         Le quai

Riou                 Jean François    Dom-Michel          6.10          Rue Saint-Christophe

Lucas               Yves Marie       Saint-Michel          10.10        Sur le quai

Le Goaster       Pierre                        id                                   Co-propriétaire

Morvan            Olivier               Anne                      5.69        Taburet armateur

Riou                 Sylvestre           Trois-Sœurs            5.50         F Menguy armateur

Menguy           Isidore               Nd de Trézien       6.54         Lucas Yves Marie armateur

Mellaza            Guillaume         Marie-Jeanne           ?             ?

Riou                 Jacques             Saint-Joachim        5.92         Rue Dom-Michel

Keradanet        Jean                   Le Hir                     2.96         ?

Lucas               Jean Louis         Bernadette               5 .46       Sur le quai

Menguy           Jean                   Joséphine                6.48        Rue Saint-Christophe

Gendrot           Jean                   Saint-Christophe   6.53        Rue Poncelin

Guenaff            Jean François     Sloop Nr1              4.79        Chez Le Bousse, rue St-Christophe

 

Sur le document municipal, une sixième colonne qualifie la condition sociale des pêcheurs, 11 ont la mention « bon », 3 sont « indigents » 1 est « misérable », pour les autres rien n’est indiqué.              


Pl-ste-anne-gendrot.jpg
Ci-Contre, la Sainte-Anne LC 973 à
Yves-Marie Gendrot, en carénage
dans le port de Camaret.






















Le-port-et-les-bateaux_-54.jpg 



au centre : Marie-Jeanne LC 1277 est un goémonier, à Guillaume Mellaza originaire de Plouguerneau.










Je dois à monsieur Pierre Yves Decosse, association Ar Jentilez, un relevé mensuel  concernant les pêches de crustacés pour le quartier maritime du Conquet en 1894-95.
Le quartier maritime du Conquet allait du Trez-Hir (Plougonvelin), à la rive sud de l'Aber-Wrac'h

Octobre 1894

Le Conquet – La pêche des crustacés a été contrariée par le mauvais temps: il a été capturé 31,795 kilogr.  de homards vendu 12,165 francs, 32,102 kilogr. de langouste vendues 35,311 francs et 200 kilogr. de crevettes vendus 300 francs, soit au total 47,776 FR.

Les prix de vente des crustacés ont baissé dans une notable proportion, en raison de la campagne de presse entreprise à la suite d'intoxications survenues par ingestion d'animaux malsains. Les accidents signalés sont évidement causés par les procédés de colorisation employés, par des marchands assez peu scrupuleux pour vendre comme frais, des crustacés morts antérieurement à leur arrivée au  centre d'écoulement. Dans le seul syndicat de l'Aberwrac'h, la perte causée par ces polémiques a atteint plus de 18,000 francs. A l'île Molène, l'exportation des homards et langoustes était jusqu'ici assurée par des bateaux affrétés par les mareyeurs. Dès que les pêcheurs ont constaté que la vente diminuait considérablement, ils ont construit des viviers flottants bien aménagés, ou l'eau se renouvelle à chaque marée et ou les homards et les langoustes vivent très facilement."


L'intégralité des relevés concernant " Un an de pêche en Bretagne Nord" a été mis en ligne par monsieur Decosse sur le site www.arjentilez.canalblog.com  (page d'accueil sélectionnez le sujet dans les propositions à droite en haut de l'écran).



L’abandon définitif de la saison à Sein :

 

Au retour à l’automne, la plupart des pêcheurs désarment leurs navires jusqu’au printemps suivant. Si la saison a été très bonne, les familles peuvent vivre sur leurs réserves, mais si la pêche n’a pas donné convenablement, il faut endurer l’hiver dans la gêne. D’autant plus qu’une réputation colle aux « Paimpolais », ils ne sont, dit-on, pas économes, ils dépensent l’argent quand ils en ont, c'est-à-dire pendant la belle saison et comme la cigale de la fable, l’hiver ils se trouvent fort dépourvus. La misère est souvent leur lot.

 

Les deux derniers bateaux à « faire Sein l’été » sont en 1898, Henri Joseph Riou avec le Saint-Pierre et Théophile Bernugat avec la Notre-Dame des Victoires.

 

Vers l’aventure de la pêche au large :

 

En très peu de temps, 1897-99, la flottille de pêche conquétoise, dynamisée par l’exemple camarétois, va exploser en nombre d’unités et en taille de navires. Ce sera l’objet d’un prochain chapitre. JPC 

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