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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 18:51



1/ 18 JUIN 1940 : le drame du Vauquois

 

 

Extrait de Le Conquet dans la guerre 39-45

De l’Occupation juin 1940 à la Libération septembre 1944

(Jean Pierre Clochon)

 

JUIN 1940, quelques repères chronologiques

 

-14 juin : les Allemands entrent dans Paris déclarée "ville ouverte".

-15 juin : le général De Gaulle quitte Brest pour l’Angleterre à bord du torpilleur Milan

-16 juin : les Britanniques évacuent Brest en abandonnant leur matériel au bord des routes et sur les quais. Cependant c'est un beau dimanche, les gens se promènent entre les alertes aériennes. Ces alertes sont fréquentes, depuis le 14 les avions allemands sèment des mines en Iroise, dans le Goulet  et même en Rade de Brest.

-17 juin : Reynaud transmet à Pétain ses fonctions de « Président du Conseil ».

-17 juin matin : Le général Charbonneau reçoit une lettre officielle de service lui confiant la défense du camp retranché de Brest.

 

Les Allemands entrent en Bretagne...

 

18 au matin, 10h45 : Le général Robert Altmayer, chef de la Xe Armée, installé à Rennes, téléphone au vice-amiral Traub à la Préfecture Maritime « Les Allemands, une vingtaine de motocyclistes et quelques autos-mitrailleuses défilent en ce moment sous mes fenêtres. Attendez- vous à les voir arriver à Brest dans la soirée. »

La flotte de guerre reçoit l'ordre d'appareiller.

 

 

Le port de Brest se vide

 

A 8 heures du matin le 18 juin 1940 l’armée allemande commence à traverser Rennes et fonce vers l’ouest. A Brest c’est la débandade, soldats et marins embarquent à la hâte sur les navires de guerre et cargos en partance. Ceux qui restent sabordent les bateaux incapables de prendre la mer, incendient les dépôts de carburant et détruisent tous les matériels militaires qui pourraient servir plus tard aux Allemands.

 

L’or de la Banque de France (900 tonnes) entreposé dans un bunker au Portzic  est embarqué du 16 juin au soir au 18 juin à 18 heures sur les croiseurs-auxiliaires (paquebots armés) El Djezaïr, El-Kantara, Ville-d’Alger, Ville- d’Oran et sur le Victor-Schoelcher.

 

Les avisos de la Défense du littoral reçoivent l’ordre de prendre à leur bord les marins des batteries côtières et, une partie des archives du 2e dépôt de la Marine.

 

La deuxième escadrille d’avisos de la Défense du littoral est composée des navires : Somme, Suippe, Vauquois, Coucy, Elan, Commandant-Duboc et Commandant-Rivière.

 





L'aviso le Vauquois












 
A 16h45 la Suippe quitte Brest et se poste pour attendre le reste de la flottille près de la Vandrée. A 19h45 elle est rejointe par la Somme et le Vauquois. Une demi-heure plus tard, sans nouvelles des autres navires, deux des avisos mettent le cap vers le chenal du Four destination l’Angleterre, tandis que le commandant de la Somme décide de se joindre à un convoi de 14 sous-marins escortés par le Jules-Verne, convoi qui arrivera à  Casablanca quelques jours plus tard.

 


Le Vauquois saute sur une mine

 




















21h00: Le Vauquois qui navigue à 4/500m sur l'arrière de la Suippe et à 40 mètres plus à l'est, est secoué par une violente explosion. Il vient de toucher une des mines magnétiques dérivantes lâchées la veille par des avions allemands. Le navire se trouve alors à l'ouvert du port du Conquet, très près de  la tourelle de la Vinotière. Le bâtiment se casse en deux à la hauteur de la cheminée, l'avant coule presque instantanément, l'arrière chavire et s’engloutit deux minutes plus tard tandis que les chaudières explosent.

 


La Suippe a stoppé aussitôt et ses embarcations descendent à la mer pour tenter de sauver les naufragés qui se débattent dans les épaves et le mazout.

la Suippe, dessin publié dans Mers et Colonies.





Le commandant du cargo Henry-Mory (de l’Union Industrielle et Maritime) vient de recevoir à son bord 14 marins qui lui ont été envoyés du Conquet La Ouessantine vedette des Phares et Balises : « … aussitôt après l'explosion, la Suippe est venue sur la gauche a mouillé à 21h09 à 1 300m dans le 315 de la Vinotière et à 1 000m environ de l'épave, et a mis à l’eau ses embarcations ».

 

L’intervention du Nalie Léon Drouin 

 

Au Conquet de nombreuses personnes ont été témoins du drame, d'autres se sont précipitées à Sainte-Barbe au bruit de l'explosion, le canot de sauvetage a été aussitôt lancé aux ordres du patron Morvan, qui remplace Aristide Lucas malade. La marée basse retient les autres bateaux échoués. Seul un petit canot de 4/5m, appartenant à un marin de Tréglonou pourra être glissé jusqu'à l'eau et armé par des volontaires, il ira se joindre aux recherches.

 


Le canot de sauvetage "Nalie Léon Drouin" sur sa rampe de lancement.











Onze survivants sont recueillis par la Suippe, l'un d'entre eux décédera à l'hôpital de Falmouth. (La Suippe, aviso de 1918, 604 tonneaux, 76m, 5 000 cv, 20 noeuds, 4 pièces de 100mm, 2 de 65mm)

 

 

21h55, une nouvelle déflagration fait bouillonner l’eau là où le Vauquois a disparu, ce sont sans doute ses grenades sous-marines qui ont explosé. Le capitaine de corvette Lewden, commandant la Suippe, considérant qu'il n'y a plus d'espoir de recueillir des hommes vivants, et  conscient que son navire est lui-même très exposé, rappelle ses canots et s'éloigne vers l'Angleterre. (La Suippe touchée par une bombe allemande coulera le 14 avril 1941 devant Falmouth).

 

La difficile hospitalisation des rescapés

 

Le canot de sauvetage Nalie-Leon-Drouin rallie Le Conquet  avec 8 naufragés et accoste à la Pierre Glissante. Monsieur Jean Taburet vice-président et secrétaire du comité  de sauvetage rédige le rapport de la sortie du canot : « Les blessés, l’équipage et le pont du canot sont couverts de mazout. Avec d’infinies précautions le docteur H. Taburet du Conquet et le docteur Gay de Brest débarquent les marins du Vauquois et leur donnent les premiers soins. Sur des brancards on les porte dans le hall de l’hôtel Sainte-Barbe en attendant qu’à minuit, deux ambulances de la Marine les mènent à l’Hôpital Maritime à Brest. Sur ces huit blessés dont un seul pouvait se tenir debout, sur ces huit blessés sans ceintures de sauvetage, qui presque tous présentaient des fractures, combien sans l’extraordinaire rapidité des secours, combien auraient rejoint les quelques cent vingt hommes qui à un mille de terre dorment de leur dernier sommeil ? Le patron Morvan et ses hommes, sauveteurs de profession : Guillimin, Abily … ou d’occasion, ont bien mérité de l’humanité et de la France. »

 

 

Version du journal La Dépêche :

« Le canot de sauvetage ramena au Conquet huit marins plus ou moins blessés, qui reçurent les soins du docteur Taburet. Celui-ci ordonna leur transfert à l’Hôpital Maritime de Brest. Les difficultés de communication obligèrent l’autocar qui les transportait à s’arrêter à Saint-Renan où les blessés reçurent les soins dévoués des religieuses, puis furent conduits le lendemain à l’Hôpital Maritime ».

 

 

 

Deux témoignages 

 

Monsieur Albert Berthou : « avec mon frère nous avons aidé à sortir les blessés du canot de sauvetage accosté à sa cale de lancement. A l’aide de civières on les portait sur le camion Magueur. Soudain des avions sont arrivés. Nous avons tous eu peur et nous sommes partis en courant, tandis que certains des blessés criaient : « …ne nous laissez pas, ne nous laissez pas ! » Les avions allemands se sont éloignés sans tirer. »

 

Mademoiselle J. Magueur :   Les blessés ont reçu les premiers soins du docteur Taburet et dans la soirée, ma mère madame Magueur a pris la décision de les transporter avec son camion de livraisons jusqu’à un hôpital de Brest. Madame Degroote l’accompagnait. En chemin elles ont appris que l’ennemi était aux portes de Brest, qu’entrer dans la ville était dangereux, voire impossible. C’est donc vers Saint-Renan que se sont dirigées les deux dames avec leurs malheureux blessés. Les religieuses ont d’abord refusé d’admettre les marins, leur hôpital étant déjà saturé… enfin, après de multiples difficultés, mesdames Magueur et Degroote ont réussi à les convaincre et les victimes du Vauquois ont pu recevoir des soins. »

 

Un transfert providentiel

 

Il concerne monsieur Emile Estrade, médecin militaire,  qui a reçu en un premier temps l’ordre d’embarquer sur le Vauquois.  C’est donc sur ce navire qu’il a déposé ses bagages personnels. Un contrordre de dernière minute l’a affecté au Jules Verne  ravitailleur de sous-marins.

C’est ce qui explique qu’un sac à son nom ayant été récupéré à la côte du Conquet quelques temps après le naufrage du Vauquois, sa famille ait été informée de sa probable disparition.

 

 

Bilan officiel du drame 

 

Morts ou disparus :

-         7 officiers dont le capitaine de  corvette Villebrun, commandant du navire.

-       21 officiers-mariniers

-     107 quartiers-maîtres et marins dont beaucoup des services à terre de l’Arsenal.

 

Deux personnes du Conquet ont trouvé la mort dans cette tragédie : Jean Yves-Marie, 39 ans, maître-principal fourrier à bord du Vauquois, et Bernugat Jean-Théophile, 28 ans, quartier-maître chef à bord du Vauquois, la mer a rendu son corps le 30 juin 1940.

D’autres corps ont été retrouvés en mer ou sur les grèves les jours suivants, dont celui de Roger Martial Villebrun, le commandant de l’aviso.

 

Le Vauquois

Le Vauquois construit en 1918 par les « Chantiers de la Loire » à Saint-Nazaire et mis en service le 12 août 1919. Du type aviso classe « Amiens », il porte le nom d’une commune de l’Argonne martyre de la guerre 14-18.

Principales caractéristiques :

850 tonnes, 72 mètres de long (ou 74,90 mètres selon les sources) pour 8,70 mètres de large, et 3,20 mètres de tirant d’eau. Puissance 5 000 chevaux fournie par deux chaudières au mazout, entraînant deux hélices. Vitesse 20 nœuds. Armement : deux canons de 138 mm, (ou de 145 mm selon les sources) un canon anti-aérien de 75 mm, quatre mitrailleuses et  une vingtaine de grenades sous-marines.





En 1931, alors que le Vauquois était affecté à l’entraînement des élèves de l’Ecole Navale, l’amicale des anciens combattants du 46e RI dont le siège est toujours à Vauquois (Meuse), a obtenu de devenir la marraine du navire.

 

Le Vauquois était au Havre, en représentation officielle de la Marine,  le 21 mai 1935 pour l’inauguration du paquebot Normandie.

 

Pendant la guerre civile d’Espagne, le Vauquois a escorté des convois, et assuré la libre circulation dans le sud du golfe de Gascogne pour les navires marchands.

 

 







Le quai  « Aviso Vauquois » 

 

Le nouveau quai du Conquet inauguré le 16 septembre 1990 a été baptisé « Aviso Vauquois » en mémoire du dramatique naufrage survenu cinquante ans plus tôt. Le Vauquois avait été cité à l’ordre de l’armée de mer par l’amiral Darlan, à Vichy le 16 mai 1941 : « Sous le commandement du capitaine de Corvette Villebrun, a assuré pendant dix mois de guerre (septembre 1939 - juin 1940) le dur service de surveillance des abords de Brest et de la protection des convois militaires anglais. A sauté sur une mine magnétique dans le chenal du Four, le 18 juin 1940, lors de l’évacuation de Brest et a disparu avec la plus grande partie de son équipage et de ses passagers. »  Une plaque a été dévoilée en présence de l’amiral Ferri, adjoint au préfet maritime, et de nombreuses personnalités. Un détachement de marins en armes ainsi que la musique des équipages de la flotte participaient à cette cérémonie qui connut un moment d’intense émotion lorsque le patrouilleur Chacal sortit en mer pour déposer une gerbe sur le lieu même du naufrage du Vauquois.

 

 

Ce qui reste du Vauquois aujourd’hui 

 

Des recherches sous-marines par des plongeurs de l’association Archisub, menées en 1998, ont retrouvé l’épave à proximité de la Grande-Vinotière, dans son nord-ouest. Les plongeurs ont inventorié un certain nombre d’éléments du Vauquois : un canon avant, une chaudière, des structures métalliques de l’avant, divers matériels et des douilles d’obus, des structures de la partie arrière, le canon arrière, les hélices etc…  Une tentative pour ramener en surface un certain nombre d’objets provenant de l’aviso, destinés à être exposés au public avec les commentaires de circonstance, s’est perdue dans le dédale des autorisations administratives.

  

Voir le site de François Floch

http://www.pagesperso-orange.fr/vauquois.sno

            

 

2/ L'épave du Vauquois et le projet de stèle commémorative

 

En fin d'année 2005, Michel Cloâtre et François Floch, plongeurs d’Archisub,  m'ont fait part, connaissant mon intérêt pour l'histoire locale, de leur désir de relancer une action en mémoire des disparus du Vauquois. L'idée nouvelle étant de remonter une hélice du navire et de l'exposer sous forme de stèle commémorative, en un lieu proche du site du naufrage.

 

L’état des lieux :

Mercredi 25 janvier 2006.

Je me suis rendu sur le site de l'épave du Vauquois avec les deux plongeurs d'Archisub.

Michel Cloâtre et François Floch à bord de la vedette de ce dernier.

Coefficient de morte-eau 38-40, étale de basse-mer 13h, hauteur d'eau 19m.

Les hélices ayant été balisées par eux la veille, les bouées sont apparues en surface vingt

minutes avant la renverse de courant. Les deux plongeurs ont pu travailler au fond pendant les 40 minutes où le courant s'est annulé.

L'opération consistait ce jour-là, à contrôler l'état des arbres d'hélice, mesurer leur diamètre et tenter de dégager la pale de la seconde hélice en partie enfoncée dans le sol.

Les hélices sont des « quatre pales » ayant une envergure d’environ 2,20 mètres.

 

Bilan : les arbres font 20 cm de diamètre, ils tiennent aux hélices et disparaissent à l'autre extrémité dans des parties métalliques de machine. Il n'a pas été possible de dégager complètement (à la pioche) la pale en partie enfouie, le sol tassé est trop dur. L'arbre de cette hélice porte à environ trois mètres de sa bague, une forte entaille régulière, comme faite au chalumeau. (On s'est alors souvenus avoir lu que dans les années 50-60,  un ferrailleur avait demandé la concession de l’épave pour en récupérer les métaux nobles. Le matériel de plongée de l'époque devait être insuffisant pour mener à bien l'entreprise.)

 

Je ne décrirai pas ici toutes les démarches effectuées par les porteurs du projet de stèle, à savoir l’association Archisub et l’association Aux Marins (en la personne de son président l’amiral Léaustic),  pendant le premier semestre 2006.  Mais je puis dire que les accords de principe et/ou la proposition d’aide technique, du DRASM (Département des recherches archéologiques subaquatiques et  sous-marines), de la Préfecture Maritime, du Groupement des Plongeurs Démineurs, du Club local de Plongée, du personnel maritime des Phares et Balises etc…) étaient acquis au 31 août 2006. 

 

Ce jour-là le maire du Conquet écrivait au président du Conseil Général : « Vous m’obligeriez en me faisant connaître votre point de vue quant à l’opportunité de réaliser ce projet, et en diligentant vos services afin que nous étudions ensemble le site d’érection de la stèle, sur le terre-plein « commerce » du port départemental, quai Vauquois, ou terre plein situé au sud de la digue Sainte-Barbe… certain de pouvoir compter sur votre soutien pour mener à bien une démarche de mémoire chère au cœur des Conquétois… »

 

Et puis « silence radio », tout s’est arrêté là de façon incompréhensible.

 

                                                                     JPC

Le cénotaphe de la pointe Saint-Mathieu honore la mémoire de 17 morts ou disparus  du Vauquois, en compagnie d'environ 700 autres marins morts pour la France. 
                               
www.auxmarins.com  


 

 

 

 

 

 

 

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