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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 18:14

DES VOITURES A CHEVAUX AU TRAMWAY

 

Jusqu'au début du XXe siècle les transports entre Le Conquet et Brest se font soit par bateau, soit par voitures à chevaux : charrettes ou tombereaux pour les marchandises, cabriolets ou diligences pour les voyageurs.

L'édition de 1844 du Guide du voyageur pour le département du Finistère, mentionne que de Brest au Conquet circule le lundi et le vendredi, avec un départ de Brest à 4 heures du soir, la voiture suspendue Imbert. Et que les lundi, mardi et vendredi, la voiture suspendue Keromnes, 7 places, fait aussi le trajet. Le départ des deux véhicules se fait a Brest, 4 rue du Rempart.

 

On peut citer pour mémoire, quelques noms de "commissionnaires" conquétois : 1867 : Joubert, tenancier de l'hôtel de Bretagne, met en service une voiture à deux roues pour le transport des dépêches» en plus du cocher elle pourra accuei1lir deux passagers. En 1875 sa veuve Virginie Pétrement, poursuit cette activité en mettant en circulation une voiture destinée à faire le service régulier des voyageurs entre Le Conquet et Brest. Cette dame et sa fille, Aimable Joubert,  ont laissé l’hôtel de Bretagne à Louis Besson pour prendre le Lion d’Or.

                                   (Au milieu : l'hôtel Forest) 


D'autres suivront : Guiziou en 1876, Menguy en 1877,  une note municipale nous dit qu’il est invité le 9 juin à présenter pour expertise, au commissaire de police à Brest, la voiture publique qu'il compte mettre en circulation. Le 3 juillet, Menguy a son autorisation. Le 2 octobre 1878, même procédure pour Mathieu Le Bars.
 

Le Bars meurt jeune, laissant à sa femme Perrine Le Gall son entreprise de "voiturier". La veuve Le Bars qui doit subvenir aux besoins de ses cinq petits enfants, fait marcher son commerce avec énergie. En 1886, elle est entrepreneur de diligence et possède trois voitures : une à deux roues tirée par un cheval, une autre à quatre roues et un cheval, une autre à quatre roues et deux chevaux. Hélas elle subit la perte consécutive de plusieurs chevaux. En juin 88 un autre cheval meurt, la dame est dans une détresse extrême. Avec l'aide d'un secours municipal elle s'en sort. Au début de l'année 1903, elle a en propre une voiture à deux roues, tirée par un petit cheval bai, âgé de dix ans, "Bibi", elle est de plus associée avec des hôteliers brestois pour l'exploitation de la diligence l'Hirondelle qui assure tous les jours le trajet entre la Grand-Rue au Conquet où la dame Le Bars a ses écuries et la rue Algésiras à Brest. L'hiver départ du Conquet vers 7h du matin, au retour, départ de Brest vers 16h. L'été le service est doublé. La durée d'un "aller" est d'environ deux heures et demi. Le trafic "voyageurs" se résume à environ 10 passagers par jour 1'hiver, 20/25 passagers l'été.

Son fils François cocher, sa fille Amélie cuisinière et trois domestiques cochers, forment le personnel de l'entreprise « veuve Le Bars », entreprise qui se voit brutalement contrainte à disparaître quand le 28 juin 1903 arrive bruyamment au Conquet le premier voyage du tramway électrique. François Le Bars ouvre alors l'hôtel du Commerce au Conquet.

 
Ci-contre, l'hôtel du Commerce - Grand-rue.

En 1901, un nommé Pierre Manac’h, commissionnaire au Conquet, possède une voiture à deux roues, de 3e classe, tirée par « Jacq », un étalon de 6 ans.

 

Les tramways :

Le 6 juin 1898 on assiste à Brest au voyage inaugural de l' « omnibus-tramway urbain » sur une ligne unique Pont National-rue Inkermann (Saint-Marc). En 1901 le réseau compte trois lignes dont 1'une amène les voyageurs à destination du Conquet, jusqu'à Saint-Pierre-Quilbignon, où ils n'ont plus qu'à attendre le passage de l'Hirondelle,

     

        Le tramway "de ville" arrivant à la porte du Conquet, à Recouvrance

Celui qui s’impatiente en ce début de siècle en guettant l'arrivée de la guimbarde, sait peut-être que depuis 1897, année où les risques de guerre avec l'Angleterre étaient grands, la construction d'une voie chemin de fer entre Saint-Pierre et Le Conquet a failli être réalisée, dans le but stratégique d'amener rapidement soldats et munitions jusqu'aux forts de la défense côtière en cas d'alerte…

La tension internationale diminuant, le projet de relier par rail Le Conquet à Brest n'a pas disparu, au contraire. L'idée commence à se concrétiser en 1900, par la création d’un comité d'initiative des Tramways Electriques du Finistère, composé d'Hippolyte Levasseur manufacturier et maire du Conquet, et de nombreuses personnalités brestoises. Ce comité, préférant la traction électrique à la vapeur, lance une souscription pour intéresser le public à l'aventure : c'est un succès, les actions à 100 francs s'enlèvent avec enthousiasme. Le 22 octobre 1900 l'objectif financier est atteint. Les travaux commencent bien avant le décret officiel d'autorisation qui ne paraît au Journal Officiel que le 19 septembre 1902, alors que les rails sont déjà posés jusqu'à La Trinité. L'usine électrique de Ponrohel (Porsmilin) se construit rapidement et dresse au-dessus des arbres sa haute cheminée de briques rouges. Motrices et wagons sont livrés par la société Thomson-Houston. Pour éviter tout phénomène d'induction sur le câble télégraphique transatlantique qui suit sur 8 kilomètres  la route départementale, entre le croisement de Déolen et Brest, le retour de courant ne pouvait pas se faire par les rails comme pour le tramway urbain. Les motrices du Conquet ont donc été équipées de deux perches glissant sur deux lignes aériennes, l'une amenant le courant aux appareils, l'autre servant au retour de ce même courant, au lieu d'une seule pour le tram de ville.

 

Un ouvrage de référence : Louis Coudurier, « De Brest au Conquet par le Chemin de Fer Electrique », imprimerie de la Dépêche Brest 1904. Réédition Les Amis de Saint-Mathieu 1995. Voir également sur le site de Phase-Iroise (lien sur la page d’accueil de ce blog), le diorama de la conférence d’Alain Cloarec sur le tramway du Conquet en 2008, à Plougonvelin.



 

Le 28 juin 1903 la ligne est inaugurée. Elle relie Saint-Pierre (place de l’Eglise) au Conquet, (un embranchement à la sortie de Brest dessert Sainte-Anne du Portzic à  partir de 1908),  en un peu plus d'une heure. C'est immédiatement un succès populaire, surtout les jours fériés. (100.000 voyageurs dans chaque sens la première année);.

(Gare de Saint-Pierre, le bâtiment existe toujours)

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Au Conquet le "Terminus provisoire" document :

Installation du terminus du tramway au Conquet.

Mairie du Conquet, pièces éparses.

Brest le 11 juin 1903,

Compagnie des Tramways Electriques du Finistère à monsieur le maire du Conquet :

En suite de notre conversation d’hier, nous avons l’honneur de solliciter de votre bienveillance, l’autorisation

1/ de clore au moyen d’une palissade en planches, l’extrémité de la voie d’évitement qui vient d’être posée sur la place du champ de foire du Conquet. Cette clôture devant servir à protéger la voiture qui stationnera en cet endroit pendant la nuit.

2/ de construire à proximité de cette voie une cabane en bois destinée à faciliter notre service d’exploitation au point de vue de la délivrance des billets, l’enregistrement des bagages etc…

Ces deux constructions n’auront qu’un caractère provisoire et ne resteront élevées que jusqu’au moment où notre compagnie pourra entrer en possession du terrain pour lequel une demande d’expropriation a été lancée. Veuillez agréer, monsieur le maire etc… signé Isidore Marfille, administrateur délégué.

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Les Brestois découvrent alors les plages de Trégana, du Trez-Hir, du Conquet, de Ploumoguer (Blancs-Sablons). De nombreuses villas se construisent en bordure de mer. Les prix des terrains montent. La gare du Conquet avec son hangar à motrices est édifiée en 1904, on l'a vue disparaître avec regret vers 1985 (à préciser).

                                                                  (La gare du Conquet)



















En 1908, une nouvelle gare terminus est inaugurée à Brest-Recouvrance, à l’endroit dit « porte du Conquet.
.

 

En juin 1910, un conseiller municipal de Brest se plaint en séance de la défectuosité du service postal entre Le Conquet et Brest, service qui n’existe qu’une seule fois par jour, par voiture (à cheval), alors que des départs ont lieu chaque heure, en chaque sens, par un tramway électrique desservant les deux localités. Il demande à ce que le service soit immédiatement amélioré, que la fréquence des échanges soit doublée, et que l’administration des Postes utilise le moyen rapide qui est à sa disposition. Il est entendu, et quelques mois plus tard, le 1er février 1911, par contrat avec le ministère des Postes et Télégraphes,  la Compagnie des Tramways Electriques se voit confier le transport des dépêches. A cette occasion les voitures circulent pavoisées.

 

 Inauguration du service postal


                                                                            Ci-dessous le chef de gare Corouge et sa famille
1911 Personnel de la Compagnie habitant au Conquet

 

Corouge Adolphe, chef de gare,  chemin du Croaé

Quinquis Jean Marie, conducteur, rue Poncelin

 

Bréhier François, employé, rue Kerdacon

Simon Jean Marie, employé, rue Saint-Christophe

Gahaignon Eugène, employé, rue Kerdacon

Balc’h Yves, employé, rue Poncelin

Gélébart François, employé Grand-Rue

Floc’h Adrien, employé,  rue Saint-Mathieu

Laurent François, menuisier, quai du Drellac’h

 

Pendant la guerre 14-18, le tramway fut un temps arrêté. En l'absence des hommes partis au front, c'est une femme, madame Rivoallon qui conduisait la voiture à chevaux menant voyageurs et marchandises à Brest.

 

Après la guerre, 1'activité du tram s'essouffle, le Conseil Général rechigne à subventionner une compagnie dont la situation financière s’aggrave chaque jour, la ligne est menacée de disparition. Un voyageur mécontent s’exprime dans les colonnes de  la « Dépêche » le 25     novembre 1919 : « Sur la question d’arrêter l’exploitation des tramways et de la remplacer par un service d’autobus, constitue une pure régression en civilisation, qui ne paraît pas pouvoir être raisonnablement envisagée… » ce même lecteur conseille pour diminuer les frais «  que l’on donne donc toutes les facilités à la compagnie pour assurer son exploitation en supprimant la clause imbécile qui l’oblige à garder en hiver un personnel trop nombreux. »
(Ci-contre, l'arrêt de Pen ar Ménez)

(Ci-contre le tram à l'étang de Kerjan)




















Cependant le tramway électrique se survit encore dix bonnes années. L’exploitation a été reprise en 1922 par la Cie des Chemins de Fer Départementaux.  Ce n'est que le 20 septembre 1932 que le service est officiellement supprimé. Aussitôt la gare de Recouvrance est modifiée pour accueillir les autobus de la Compagnie des Chemins de Fer Départementaux, adjudicataire de la ligne. Au Conquet, même chose, les billets pour les cars sont délivrés dans l’ancienne gare du tramway. Progressivement les rails sont démontés. Lors de travaux récents près du croisement de Kerjan, les ouvriers ont encore déterré quelques sections de rails.

 



Ci-dessus :  le bout de la ligne du tramway à l'entrée de la Grand-Rue, à droite la maison d'Hortensius Tissier, à gauche  peu visible, la grille d'entrée de Beauséjour. Après avoir déposé ses voyageurs à la gare, le tram poursuivait jusqu'à la hauteur de la rue Bernard (actuelle Louis Pasteur). Là, un aiguillage l'orientait sur les rails à droite qui le ramenaient dans le hangar à motrices, ou sur la voie de départ vers Brest.

 

Accidents :

Le tramway pendant sa trentaine d’années d’activité, n’a pas été exempt d’incidents ou d’accidents, en voici quelques uns :

-Journée du jeudi 1er octobre 1903, à 11h39 du matin, la voiture N°5, conduite par le nommé Gouzard, venant de la station de Saint-Pierre et de dirigeant sur Le Conquet, marchand à une allure très modérée, était arrivée à la hauteur du poteau « 90 à 100 m » de l’arrêt de Saint-Aouen, lorsqu’un porc qui se trouvait sur la voie ferrée a été écharpé par le tramway. Il a eu les deux pieds de derrière plus ou moins broyés. Il nous a été impossible de connaître le nom du propriétaire de l’animal blessé. L’accident a eu deux témoins : le général Orcel et monsieur Jacques Orcel de Vannes. Cette note est signée par Gallou, receveur à Saint-Pierre.


-Le Courrier du Finistère, 28 janvier 1906. Tamponné par un tramway, un accident est arrivé mardi soir sur la ligne des tramways du Conquet.  Le tram arrivant à 6h20 a rencontré, couché en travers sur la voie, dans les environs de Saint-Aouen, un sieur P. domestique.  En état d’ivresse complète, il n’a pu être aperçu à temps par le conducteur qui pourtant avait serré les freins à bloc. Il est probable que c’est le marchepied qui a dû heurter violemment le corps de P. Il en est résulté deux fractures des côtes, sans compter une plaie au crâne, mais celle-ci sans aucune gravité. Etant donné qu’il était impossible de soigner utilement le blessé au Conquet, le maire a ordonné son transport à l’hôpital civil de Brest.


-Le Courrier du Finistère, 7 août 1909, broyé par le tramway. Le tram venait de quitter Le Conquet dimanche soir à 6 h1/2. Un peu plus loin que La Trinité, un homme sortit d’un débit de boissons, trébucha et tomba sur la voie. Le conducteur ne put arrêter son véhicule. L’homme fut d’abord roulé par le chasse-pierres, puis coincé entre  ce dernier et les roues. Lorsqu’on put le dégager, il avait la cage thoracique broyée. La victime n’était connue dans le pays que sous le nom de « Ma Jésus ». C’était un journalier de Saint-Pierre Quilbignon âgé de 55/60 ans.

-Le Courrier du Finistère, 21 août 1909, déraillement. Dimanche soir un déraillement qui n’a heureusement causé aucun accident de personnes, a eu lieu près de la gare du Trez-Hir, à la suite d’un tamponnement avec un cheval abandonné sur la route. Le cheval fut tué et une voiture du train a déraillé.

Ci-dessus, la gare du Trez-Hir, (Lieu-dit : Toul an Ibil), la maison existe toujours

-Saint-Pierre Quilbignon, le 19 septembre 1910

J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que dans la soirée d’hier, il s’est produit sur notre ligne de Brest au Conquet, un accident mortel dans les circonstances suivantes :

A 9h15, un train conduit par le conducteur Balc’h, rentrait au Conquet et était arrivé au lieu dit Talabay, à 7 ou 800 mètres avant la gare. Balc’h qui marchait sans courant, la voie étant à cet endroit en pente, venait de franchir une courbe assez prononcée, lorsqu’il aperçut à 4 mètres à peine devant lui, un homme couché sur la voie. Il fit aussitôt fonctionner son frein électrique et le train s’arrêta presque sur place. Néanmoins le chasse-corps heurta l’homme. Lorsqu’on le releva sans avoir eu besoin de toucher à la voiture, on constata qu’il ne donnait plus signe de vie.  La victime (fracture du crâne), se nomme François  T. 51 ans, domestique, sans domicile fixe.  T. sortait de prison depuis peu de jours, c’était un ivrogne invétéré. Une fois déjà on l’avait trouvé couché sur la voie près de la gare du Trez-Hir, mais le train avait alors pu stopper sans le toucher.

Hier encore il était en état complet d’ivresse. J’avais été obligé de requérir les gendarmes pour l’éloigner de la gare où il causait du scandale.

Le conducteur Balch ne peut être rendu responsable de cet accident que l’on doit attribuer qu’à la courbe prolongée que venait de franchir le train. Les fêtes annuelles du Conquet qui avaient lieu hier, nous avaient obligés à prolonger notre service le soir, en raison du retard apporté à l’horaire par l’affluence des voyageurs. Aucune personne ne se trouvait sur les lieux au moment de l’accident et le train qui allait remiser, était vide. Signé l’administrateur-délégué.



-Le Courrier du Finistère, 10 juillet 1915, affreux accident. Le 1er juillet, monsieur S. sur la route du Conquet conduisait une charrette attelée de deux chevaux. A hauteur de l’usine, il croisa un tramway. Le cheval de tête prit peur et la charrette se trouva en travers de la route. En passant le tramway happa le petit Jean S., âgé de 7 ans qui était assis sur le côté gauche de la charrette. Traîné sur un parcours de plusieurs mètres, et pris sous le chasse-pierres, le malheureux petit avait cessé de vivre quand on put le dégager.

-Le Courrier du Finistère, 28 septembre 1929, accident mortel, dimanche 22 vers 13 heures, Gabriel C. domestique à Trielen, avait pris place sur la plate-forme d’une voiture du petit tram du Conquet. Légèrement pris de boisson, il perdit l’équilibre, tomba et roula sous le convoi. Il fut relevé, le crâne fracturé, un bras et une jambe broyés, la poitrine enfoncée. Le malheureux ne tarda pas à succomber.


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Pour l’anecdote :

Voiture automobile : la première voiture à essence appartenant à une personne du Conquet et déclarée à la mairie, fut en 1910, une LN 12-14 cv, 4 cylindres, type Phaeton, équipée de roues à pneumatiques, construite en 1908.
Le propriétaire était un certain Georges Ramel, originaire de Paris, voyageur de commerce, demeurant rue Kerdacon prolongée.
Un lecteur aurait-t-il une photo de ce type de véhicule? 
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