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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 19:34

   CHAPELLE ET PLACE SAINT-CHRISTOPHE

 

Personnage légendaire d’Asie Mineure, "Christophe" a été adopté comme « saint patron » par les voyageurs en général et les marins en particulier. De nombreux édifices religieux lui ont été dédiés, en particulier dans les ports.

 

Au Conquet on lui consacra, sans doute au XVe siècle, une chapelle sur la pointe la plus escarpée de l’aber. Sa haute flèche effilée servait d’amer aux navigateurs. Chapelle paroissiale, elle était ouverte au culte public (A l’inverse, la chapelle Sainte-Barbe et la chapelle de Poulconq étaient des oratoires privés).  Un desservant y célébrait les messes quotidiennes, où se pressaient les gens du port et de la ville, l’église paroissiale se trouvant éloignée de deux kilomètres au bourg de Lochrist, rassemblait les fidèles surtout le dimanche.

 

              Dessin un peu fantaisiste, mais rendant compte de la "flèche effilée de la chapelle 

Epoque révolutionnaire, restriction à l'exercice du culte...
(Extraits de « La période révolutionnaire au Conquet, et de Monuments religieux au Conquet JPC, inédits).

 

A partir de la mi-juillet, l'arrêté du 2 juillet 1791 relatif à la clôture des églises et chapelles autres que les églises paroissiales, et à l'arrestation des prêtres non conformistes ou réfractaires, est en voie d'exécution.

17 juillet, une nouvelle circonscription de paroisses regroupe environ 3000 "âmes":

Le Conquet, Lochrist , Plougonvelin, Saint-Mathieu, Plougonvelin, et  Trébabu.                                                

Seule la chapelle St Christophe reste ouverte au culte, (on ne peut pourtant pas dire qu'elle soit au centre de la circonscription)... La messe prévue initialement le dimanche matin à 6h, sera peu après et, sur demande du curé Corre au bureau municipal, retardée à 6h30 ou 7h, "pour la commodité des habitants de Plougonvelin les plus éloignés" !... C'est l'abbé Marc qui est chargé de célébrer les offices.

 

Troubles à Saint-Christophe. Le 29 septembre 1791, Le Gléau, prêtre assermenté dit la messe à Saint-Christophe quand soudain, au moment où il prépare le calice, un homme se lève de la foule des fidèles et crie: "ne touchez pas!" C'est Le Gall prêtre réfractaire qui interdit à son confrère la célébration de l'Eucharistie. Joignant le geste à la parole il monte à l'autel, Le Gléau qui sait l'hostilité de la communauté à son égard se retire, Le Gall achève l'office...

 Cet incident et sa suite : Corre, curé responsable de la circonscription de paroisse, demande simplement à la municipalité "d'écrire à Le Gall qu'il soit plus circonspect dans ses propos et qu'il ne dise pas la messe sans autorisation..

 

Durant toute la période révolutionnaire, la chapelle Saint-Christophe sert aussi de salle de réunion, de bureau de vote, de salle communale… En prairial An II, pour satisfaire aux lois de la République, elle est déclarée « Temple de la Raison ». Toutes les statues et mobiliers rappelant la religion catholique, lui sont ôtés.


 

           Lever de côte de Beautemps-Beaupré, alignement de l'entrée du port du Conquet. 1816.

Vers le milieu du XIXe siècle, il semble que la chapelle ne soit ouverte, qu’à l’occasion de cérémonies particulières ou de fêtes.

                                                                                              Lithographie de Côme (1834)

Le 27 juillet 1846, à 9 heures du matin, le bedeau qui prépare une cérémonie commet une imprudence. Un cierge en tombant provoque un incendie qui détruit deux paires de rideaux  en coton rouge croisé, avec boutons dorés, une nappe d’autel avec sa garniture, un voile garni de dentelles, la niche des bouquets de fausses fleurs, et endommage l’autel lui-même.

Cet incident est en vérité bénin, mais les autorités s’inquiètent pour le bâtiment.  On lit dans le compte-rendu d’une séance du conseil municipal du 11 avril 1847, Jean Marie Le Guerrannic étant maire : « le conseil considérant que le clocher de la chapelle Saint-Christophe menace ruine depuis longtemps et qu’il est dangereux pour les fidèles de laisser subsister les choses en cet état, considérant en outre que les murs côtiers sont en mauvais état et qu’une voûte creusée par la violence des flots existe sous le bâtiment, ce qui peut occasionner un prochain éboulement déclare à l’unanimité, autoriser monsieur le maire à appeler dans le plus bref délai possible, monsieur l’architecte de l’arrondissement pour donner son avis sur l’état entier de cette chapelle. »

L’architecte apporte comme réponse, que le clocher menace de s’effondrer sur la chapelle, au moment où on s’y attend le moins. Le préfet du Finistère publie un arrêté le 18 avril 1847, interdit le culte dans la chapelle Saint-Christophe.

Un plan intérieur est dressé à cette occasion, il y est noté que la chapelle peut accueillir 457 personnes sur une surface au sol de 152 m2.

 

J’en reparlerai, mais il faut mentionner que l’église paroissiale à Lochrist, n’est pas en meilleur état, elle menace ruine.

 

En 1850, le clocher de la chapelle est tombé. Des réparations pour une valeur de 500 francs sont faites à Saint-Christophe, mais cinq ans plus tard, un document municipal avoue que les travaux n’ont servi à rien. Cette année-là, 1855, est votée la construction d’une église neuve en ville du Conquet.




Le bulletin diocésain de 1907 précise que
l’église Saint-Christophe a été démolie en 1857. On sait que la première pierre de l’église neuve a été posée le 29 janvier 1856, et qu’elle a été consacrée le 25 avril 1858. S’il y avait des pierres réutilisables, issues de la démolition de Saint-Christophe, elles ont été incluses dans les travaux de l’église Sainte-Croix







Dessin (détail) d'Ernest Le Guerrannic vers 1850, la chapelle a perdu son clocher


Un vide d’une dizaine d’années. Débarrassé des déblais de la chapelle, l’espace est devenu la place Saint-Christophe, vide de tout édifice, réputé propriété communale, jusqu’au moment où :

 

Le 17 septembre 1865, l'empereur Napoléon III signe à Compiègne le décret reconnaissant comme établissement d'utilité publique, l'oeuvre fondée à Paris sous le nom de:

              

Société centrale de sauvetage des naufragés

 

Les débuts difficiles de la station de sauvetage du Conquet

(Extrait d’un ouvrage sur la station de sauvetage du Conquet, que j’ai rédigé au fil du temps, mais resté inédit. JPC).

 

Partout, pouvoirs publics, municipalités et personnes privées apportent leur aide désintéressée à l'implantation d'abris et à l'installation de canots, partout sauf au Conquet où l'affaire se présente mal.

L'ingénieur général des Ponts et Chaussées chargé par son administration de trouver dans le département les terrains convenables à l'installation de cabanes-abris pour canots de sauvetage, déclare qu'au Conquet l'endroit le plus propice à cet effet est : «   un petit plateau situé à la pointe Saint-Christophe, entre le chemin de ronde qui contourne le port et la falaise qui borde le rivage, terrain sans propriétaire connu, réputé inutilisable et donc sans valeur marchande… »  D'un point de vue pratique, pire aurait été impossible à trouver!


 

 Mais ce n'est pas cela qui provoque la colère des élus. Le conseil municipal, par la voix de son maire réagit sur l'appartenance du terrain: "Cet espace a de tout temps appartenu à la commune du Conquet, si on le lui enlève, il faut payer un dédommagement"

 

La situation en dépit des interventions du préfet reste bloquée de longs mois. Enfin un compromis est signé en août 1866 : il stipule que la commune reste propriétaire du terrain dont elle rentrera en jouissance, le jour où cessera la destination spéciale "Poste de Sauvetage".

Pour l'occupation du terrain la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés paiera par an 5 francs, dont quarante annuités d'avance. Le conflit se termine dès le versement des deux cents francs.

 

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En bref :

-Le premier canot de sauvetage du Conquet, inauguré en 1867, est resté dans l’abri de la place Saint-Christophe jusqu’en 1890, date où il a été transféré dans un nouvel abri à l’enracinement de la digue Saint-Christophe. (J’en reparlerai)

-En 1890, les Ponts et Chaussées ont aussitôt occupé le bâtiment laissé vide. Plus tard, ils l’ont partagé avec le bureau du port et un local pour la Douane. Puis la coopérative des pêcheurs s’y est

installée.

-En 1999, le bâtiment était inoccupé, la municipalité a alors envisagé d’y transférer le musée du Conquet, fermé lors des travaux de Beauséjour. Le loyer demandé par les Ponts et Chaussées était exorbitant, le projet est resté sans suite.

 

-Le Comptoir Maritime a repris le bail depuis.

 

A noter pour la petite histoire, que le maire du Conquet, au début des années 1960 a cherché à faire détruire le bâtiment, pour disait-il, dresser sur la place un calvaire de style breton.



 
            Sans doute un jour de "Fête-Dieu" à une date non précisée



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