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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 12:01

Le Souffleur était un aviso à roues, construit à Indret d’après les plans de Gervaise. Commencé en juin 1847, il est mis à l’eau le 17 septembre 1849, et armé le 1er septembre 1850 .
Longueur 49 mètres, largeur 8 mètres 32, largeur à l’extérieur des tambours 14 mètres 80,  machine de 200 chevaux, 2 bouches à feu.

Stationnaire à Brest du 1er septembre 1850 au 18 avril 1854, armé en guerre part le 4 mai 1854 pour la Baltique, revient à Brest en septembre. Nombreux voyages aux côtes de France, croiseur en Manche pendant la guerre de 1870, puis en station à Brest jusqu’au 12 juillet 1887, il devient alors bâtiment de servitude à l’arsenal jusqu’en 1899.


(Photo extraite de Marines -  Bruno Corre, l'ouvrage contient d'autres documents sur le Souffleur)


Commandant en 1873, lieutenant de vaisseau Thiebault

                       en 1874, capitaine de frégate Paqué

                       en 1876, capitaine de frégate Regnier-Vigouroux.

 

L’accident du Souffleur

Le récit suivant est essentiellement composé à partir de documents des archives du Service Historique de la Marine à Brest, compilés en 1991-1992. (JPC)

 

1875, 2A 601, Troisième République. Lettres du vice-amiral, baron Méquet, commandant la Marine à Brest, au ministre, l’amiral de Montaignac de Chauvance.

   tableau-miriel-souffleur.jpg

16 novembre 1875.

 Le Souffleur qui a quitté Brest le 15 novembre à 9 heures et ½ pour porter secours au bâtiment russe Neutral a touché en passant entre les roches des Moines et Saint-Mathieu. Une forte voie d’eau s’est déclarée et le commandant (capitaine de frégate Paqué) a réussi à échouer son navire à 400 mètres de l’entrée du Conquet vers 11 heures 45. L’eau envahissant le navire. Il a fallu évacuer le Souffleur, ce qui a été fait sans le moindre accident. Le bateau est complètement submergé à marée haute, il découvre jusqu’au pont à marée basse, il est droit sur un fond de sable et de galets. Toutes les ressources du port de Brest en pompes et scaphandriers sont sur place, ainsi que les vapeurs Flambeau, Porteur et la citerne Le Mirage.

La rade de Brest se trouve démunie de stationnaire et on se propose de réarmer l’Alecton.

La photo ci-dessus est celle d'une lithographie que madame Miriel (le Cosquies) m'a permis de photographier en 1991. Le dessin bien que fantaisiste dans la chronologie de l'évènement, fourmille de détails intéressants : Un brick-goélette à l'échouage, mais on ne voit pas la digue Saint-Christophe pourtant terminée en 1873, le voilier à la hauteur de la roue à aubes tribord du vapeur, porte à son mât le pavillon de pilote. C'est bien entendu le commandant du navire qui se tient sur la passerelle, devant la cheminée qui fume alors que les chaudières envahies d'eau étaient éteintes depuis longtemps....
Lettre du 17 novembre, le 16 on a réussi à faire avancer le Souffleur d’une centaine de mètres. On a vidé les compartiments avant et arrière mais au flot le bateau s’est rempli à nouveau. On n’a pas découvert la voie d’eau qui est tout à fait dessous. Comme elle s’est produite à la suite d’un léger choc, on présume de plus en plus que le Souffleur a touché une épave. Les opérations vont recommencer aujourd’hui, je demande l’Euménide à Lorient.

Autre lettre du 17, au ministre  à Versailles pour demander une ou deux pompes rotatives de la plus grande puissance  mais inférieure à la force de 40 cv qui est celle de nos locomobiles.

 

Le 17 à 6 heures et demi du soir, le Souffleur est rapproché à 50 mètres de la jetée Saint-Christophe, il échoue dans 1 mètre d’eau à basse mer. La voie d’eau semble localisée sous le cylindre bâbord. Mais plus tard dans la soirée, au flot : « la porte du compartiment avant a cédé, le bateau est maintenant envahi d’eau, il s’est mis en travers, parallèle à la jetée et s’est incliné sur bâbord.

 

Le 18, l’Euménide, le Phoque et le Flambeau sont sur place, ainsi que le Porteur mais celui-ci a des ennuis de machine et sa coque est en mauvais état.

 

C’est alors que l’on émet l’hypothèse que le Souffleur a touché l’épave du vapeur Gabrielle naufragé le 9 novembre 1874 sur la pointe de Penzer, le Phoque va faire des sondages.  Le commandant du Souffleur, Paqué est un habitué des lieux et le pilote était à bord lors de l’accident.

Les opérations de sauvetage sont dirigées par Paqué et l’ingénieur Saglio.

 

Lettre du 19 novembre, on a réussi à flotter le Souffleur et à le rentrer dans le port du Conquet.  On annonce du mauvais temps de sud-ouest. Le bateau est maintenant échoué à 100 mètres dans l’est de la jetée Saint-Christophe, à 50 mètres de terre.

Les jours suivants :

Les déchirures de la coque sont alors bien identifiées, il y en a trois,  une de 40 centimètres sur 20 centimètres,  parallèle à l’axe du navire et deux autres de 6 à 8 centimètres. Le bateau a coulé à nouveau à cause du mauvais temps. Mais les réparations sont jugées possibles.

 

Les deux bateaux-pompes le Mirage et le Clairon sont bien utiles, mais à cause du mauvais temps les deux bugalets sont à l’abri au fond du port.


A la demande du major de la Flotte, un grill de carénage est construit en quelques jours, le 24 novembre le Souffleur est échoué sur le platin avec une gîte favorable aux travaux. Ceux-ci sont rapidement menés, le 26 novembre, le Faou, l’Euménide et le Flambeau sont prêts à remorquer le Souffleur à Brest, à 2 heures de l’après-midi le convoi met en route. A 6 heures 30 le Souffleur est à Brest, l’Euménide s’en retourne aussitôt à Lorient.

souffleur dessin  

   La litho ci-dessus extraite d'un journal de l'époque (non identifié), est légendée : "Brest, l'Euménide remorque l'aviso le Souffleur dans le port, d'après le croquis de Mr Recoing, lieutenant d'infanterie de Marine". En fait le convoi vient de sortir du Conquet.
Les travaux consécutifs au séjour sous l’eau du navire seront longs, on prévoit au minimum trois mois, il faudra en particulier démonter et mettre à terre les chaudières. (Ce qui sera fait et le Souffleur remis en état aura encore une longue carrière devant lui)

 

Le bateau mis en sécurité à Brest,  il est temps pour l’Amirauté de convoquer la commission d’enquête, mais il convient de laisser quelques jours de repos au commandant qui est exténué. Dans une lettre du 7 décembre, le ministre de la Marine demande au vice-amiral commandant à Brest, « concernant les propositions d’avancement à l’équipage du Souffleur, veuillez me faire parvenir les propositions dont il s’agit. Je vous donne la même autorisation concernant les marins vétérans dont vous me signalez la belle conduite »

 

On note dans ce même dossier un télégramme de sympathie et de remerciements au commandant Paqué et à l’équipage du Souffleur. Message venant de Saint-Petersbourg, signé par le président Pogreboff de la Société d’Encouragement du Commerce et de l’Industrie, « Pour s’être portés au secours du navire russe Coquette ( ?) »

 

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Je dois à monsieur Didier Cadiou les documents suivants, extraits de "Le Journal Illustré" N° 48 du 28 novembre 1875, pages 381-82  (Ajout février 2011)

La perte du Souffleur

Dans la nuit de dimanche à lundi, un trois-mâts russe était signalé en détresse dans les parages de l’île de Molène. Le Souffleur reçut l’ordre de se porter à son secours. Il appareilla aussitôt.

Vers neuf heures du matin, il quittait son mouillage. Comme les opérations de sauvetage nécessitent la plupart du temps des travaux de force, outre son équipage ordinaire, le Souffleur avait embarqué 54 novices de la division, ce qui portait son effectif à 180 hommes environ.

En passant vers onze heures et demi entre la pointe Saint-Mathieu et le récif des Moines, on ressentit à bord un long frôlement, une sorte de déchirement sans secousses dont on ne put s’expliquer la cause. Aussitôt les hommes de la machine signalèrent une voie d’eau, et le navire commença à se remplir avec une rapidité effrayante. Dans cette circonstance critique une seule chance de salut restait : gagner au plus vite la plage la plus rapprochée où l’on pût trouver un abri. C’est à ce parti que se décida, avec une prompte détermination monsieur le capitaine de frégate Paqué, commandant du Souffleur. Il fit mettre le cap sur Le Conquet. Mais la mer étant basse, le Souffleur dont le tirant d’eau augmentait à chaque instant, ne put gagner le port, et échoua près de la pointe Sainte-Barbe ; ce fut là que s’effectua dans le plus grand ordre, le sauvetage de l’équipage. Il ne s’était pas écoulé un quart d’heure depuis l’accident de la pointe Saint-Mathieu. On se mit à enlever du navire tout ce qu’il était possible d’emporter. Les effets de tout l’équipage, officiers et matelots furent sauvés. Les canons eux-mêmes furent débarqués ; on allégea du mieux que l’on put le navire ; mais rien n’y fit, et à marée haute le Souffleur fut entièrement couvert par la mer.

 Autant qu’on a pu en juger par une visite au scaphandre, c’est dans le compartiment des machines et des chaudières que la voie d’eau s’est déclarée. Elle ne peut être aveuglée à l’extérieur vu l’ensablement du navire.  Et d’autre part les pompes envoyées du port de Brest sont insuffisantes à épuiser l’eau entre deux marées, dans un temps assez court pour permettre une visite à l’intérieur du navire.

Mercredi on remarquait au Conquet les petits vapeurs de la direction du Port : le Porteur, le Flambeau, le Phoque, la Citerne, envoyés au secours du Souffleur. Dans l’après-midi, après avoir vidé du mieux qu’on a pu les compartiments extrêmes de l’aviso, on est arrivé à lui passer à l’arrière sous la quille, une chaîne qui a été raidie d’un côté par le Flambeau, de l’autre par le Porteur. On a pu ainsi soulager un peu le navire qui a été traîné de 150 à 200 mètres vers le port du Conquet.

Le Souffleur ne s’est pas échoué sur la pointe de Penzer ; mais en passant au large de cette pointe il a rencontré une épave qui a crevé ses fonds, non loin de la quille par bâbord. On suppose que l’épave doit être le grand mât de la Gabrielle, vapeur perdu en 1874 et dépecé sur la pointe de Penzer. Ce grand mât qui n’avait pas pu être enlevé était resté sous l’eau dans une position qui devait faire croire qu’il ne nuirait pas. Il a fallu que le mauvais temps de ces derniers jours le redressât pour le rendre dangereux.

Perte-du-Souffleur.-Le-Conquet.-1875-1-.jpg

 

 

  Lithographie de Auguste Mayer (Brest 1805-90)

  En 1875, le peintre illustrateur faisait partie de la    commission pour la mise en place d'un Musée

pour la ville de Brest.

 

  

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

25 février 2011 / JPC.

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