Jeudi 14 janvier 2010 4 14 /01 /Jan /2010 10:19

 UN NOUVEAU COURRIER POUR LES ILES
(Version provisoire en attendant d'autres documents) 

ENEZ EUSSA II (1961-1992)

Voir sujet précédent : Enez Eussa 1



La presse en août 1960 :  le remplaçant de L'Enez Eussa 1 est en cours de construction.

 

La construction du « micro-paquebot » qui a été confiée aux Ateliers de La Perrière à Lorient entre maintenant en voie d’achèvement puisque l’Enez Eussa N°2 sera mis à l’eau le mois prochain, vraisemblablement le 3 septembre. Il restera alors à le doter de ses moteurs et à d’en achever les aménagements intérieurs. Il est bien entendu difficile d’énoncer une date d’entrée en service, mais celle-ci pourrait se situer vers la fin de l’année ou au début de 1961.

Que sera le nouveau navire ?  Tout d’abord sa ligne sera incontestablement plus moderne que celle de l’aïeul, et ses aménagements seront incomparablement plus confortables et plus luxueux.

 

Le bateau qui jauge 300 tonneaux, est long de 43 mètres, large de 7 mètres, et doté de deux moteurs développant chacun 360 cv. Son tirant d’eau sera de 2,80 mètres environ,

Le pont principal comprendra, d’avant en arrière, les salons de 1ère classe, les bureaux PTT, le réfectoire et la cuisine. L’entrepont contiendra les logements (individuels) de l’équipage, la cale, longue de 10 mètres, la salle des machines, et les locaux des passagers de 2ème classe.

Au total il pourra recevoir, comme son prédécesseur, 350 passagers durant l’été et 250 durant l’hiver.



La mise à l'eau du nouveau courrier des îles à Lorient : 


Samedi 3 septembre 1960
, le nouvel « Enez-Eussa » a été mis à l’eau avec succès, dans le bassin long du port de pêche de Lorient, sous une pluie battante.

Après que la marraine, madame Piquemal, (épouse de l’ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées du Finistère), eut brisé la traditionnelle bouteille de champagne sur l’étrave du nouveau navire, celui-ci fut doucement acheminé par le slipway jusqu’à son élément naturel, où il ne tarda pas d’y flotter. Il fut ensuite dirigé par les remorqueurs de Kéroman jusqu’au quai voisin de la base sous-marine, le long duquel il fut amarré. C’est là qu’il va recevoir ses installations intérieures avant de procéder à ses essais de moteur et d’être mis en service. A cette occasion d’ailleurs une cérémonie solennelle d’inauguration aura lieu.

 

 

A Ouessant on attend avec impatience l'Enez-Eussa II

Bulletin d’information ouessantin :

 

-Dimanche 12 février 1961

 

C’est le jeudi 16 février que l’Enez-Eussa II fera son premier voyage de Brest à Ouessant, en passant par Le Conquet et Molène. Aux personnalités et à la centaine d’invités qui auront la chance de participer à ce voyage inaugural, se joindront, s’ils le désirent, les collégiens regagnant leur île pour les vacances des Gras. L’Enez quittera Brest à 7h45, il est annoncé au Conquet pour 8h45, où il embarquera aussi des invités. A 9h il prendra la direction d’Ouessant. Son arrivée au Stiff est prévue pour 10h ½. Mais si l’état de la mer le permet, il viendra à Lampaul. Malheureusement la mer sera basse et par conséquent l’Enez ne pourra venir à quai dès son arrivée, c’est pourquoi la cérémonie de la bénédiction est reportée à  15h l’après-midi. A partir de 13h les îliens pourront visiter le bateau.

Le départ est fixé à 15h30, arrivée à Molène à 16h30, débarquement des invités, vin d’honneur et allocutions…


Le portrait du capitaine Le Bot

enz-le-bot-chieze.jpgEn attendant que les journalistes et romanciers décrivent chacun à sa façon le nouveau bateau, voici un portrait du capitaine tel que l’a vu l’auteur d’un roman « La Dame d’Ouessant » dont la revue « Mon Ouvrage », commence la publication. « C’est un homme d’une cinquantaine d’années, de taille moyenne, le buste épais, le crâne à demi chauve. Un visage paisible de bon joueur de boules, un veston de petit bourgeois. « Voilà en effet, les apparences.  Mais nous savons que sous cet extérieur paisible se cache une âme forte, celle d’un vrai marin qui ignore les crises de nerfs, mais dont le courage et la clairvoyance ne sont jamais en défaut.

Dessin ci-contre de Jean Chièze, publié dans les Cahiers de l'Iroise.

 









Le voyage inaugural


- Bulletin d'information ouessantin : jeudi 16 février, "le départ de l’Enez-Eussa est prévu pour 7h45, aux invités qui embarquent à Brest, se sont joints quelques Ouessantins qui auront, eux aussi, l’honneur d’inaugurer le nouveau bateau.

En cours de route nous le visitons d’avant en arrière et du haut en bas. Il est vraiment bien aménagé. Tout est agréable à l’œil et pratique.

Au Conquet l’Enez reçoit à son bord, le préfet, l’évêque monseigneur Favé, monsieur Colin et de nombreuses personnalités… Vers 10h 1/2, nous sommes au Stiff. Là un bon groupe d’Ouessantins nous attend mais la mer est si basse que l’Enez doit rester au milieu de la baie.

 

Du Stiff au bourg, certains viennent par la route directe, d’autres par la nouvelle route de Pen ar Land… Vin d’honneur chez B. Ticos, banquet à la Duchesse-Anne, discours aussi pleins d’esprit que de substance.  L’Enez est arrivé à Lampaul mais il reste très loin dans la baie. Quelques rares privilégiés ont eu la chance de pouvoir le visiter. Mgr Favé s’avance au bout de la cale « Princesse » et bénit l’Enez-Eussa en présence des personnalités et d’une foule nombreuse.  Et c’est le départ pour Molène. Ce soir, vendredi, la télévision aura montré à la France entière, ce que beaucoup de Ouessantins n’auront pas vu."


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L'Enez-Eussa au débarcadère du Stiff.
(Collection Evelyne Lucas)



















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Ci-dessous,vers 1964-65, photo Bernard Rivière, embarquement au Conquet par les canots du bord.

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Ci-dessous :
Le Conquet,  l'Enez va appareiller pour Molène et Ouessant.
Photo Bernard Rivière (qui se trouve sur le canot bâbord). On distingue un marin qui attend l'embarcation auprès des portemanteaux (bossoirs), débordés.




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Même voyage que ci-dessus, les passagers ont débarqué de l'Enez, accosté au débarcadère du Stiff. Photo Bernard Rivière.
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Ci-dessous , série de photos, collection Evelyne Lucas., le marin à casquettes et lunettes étant son père, Prosper Lucas.

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L'Enez-Eussa II une longue carrière  1961-1992

Anecdote, un accostage impossible :

-Chaud soleil hier, mais houle d’une ampleur inaccoutumée, titrait « Le Télégramme » du jeudi 26 novembre 1970.

On n’a pu relever le gardien du phare des Pierres Noires au large de Saint-Mathieu, Guy Tallec n’a pu se faire remplacer par le « montant » Yves Penlan.

Alors que sur terre il faisait admirablement beau toute la journée d’hier, le soleil darda même de chauds rayons en ce 25 novembre… en mer par contre la situation n’a pas suivi ce courant. Une forte houle de sud a sévi pendant presque toute la journée au large de Saint-Mathieu et en Iroise, provoquant de sérieuses perturbations dans le trafic et chez les marins-pêcheurs. C’est ainsi que le courrier Enez-Eussa qui assure la ligne Brest-Le Conquet-Ouessant, n’a pu accoster hier matin à la nouvelle digue du Conquet, battue et malmenée par les flots. Il a dû se réfugier plus au nord, près de la plage des Blancs-Sablons et c’est la vedette des Ponts-et-Chaussées Iroise, patron Yves Daouben d’Argenton qui a dû assurer le transport des passagers et du fret jusqu’à bord.

 

-Je me souviens très bien de cette matinée où une petite flottille de chalutiers guilvinistes, habitués des relâches au port du Conquet se trouvait comme à l’accoutumée en pêche, au large des Pierres-Noires. Soudain vers 9 heures, la mer s’est mise à grossir avec une très forte houle venant du large, on a parlé de creux de cinq à six mètres.

Les petits bateaux (15 – 18 mètres), chaluts vite remontés, ont fait route sur Le Conquet pour y chercher l’abri. Arrivés sur rade, force leur fut de constater qu’il était impossible d’accoster à la digue neuve. La seule solution était de ressortir et de faire route Camaret. J’ai encore dans le souvenir l’image du « Mon ami Pierre » de Lesconil, dressé l’étrave en l’air, en passant la tourelle des Renards, avant de replonger dans le creux de houle, l’hélice presque hors de l’eau. Enfin leur transit s’est passé sans incident. (JPC).



Un drame : une passagère tombe à la mer :

L'Enez-Eussa effectuera ses rotations sans accident majeur (à ma connaissance, compléter si nécessaire) jusqu'à ce triste jour du 16 janvier 1974

 

Les faits :
Vents d'ouest 45 à 50 noeuds avec violentes rafales, tournant au noroît, mer très forte à grosse, visibilité 2 à 5 milles. Au milieu de l'après-midi, l'Enez Eussa quitte le port du Stiff  avec une vingtaine de passagers. A 17h45, une passagère souffrant de mal de mer sort sur le pont en dépit de l'interdiction formulée par le capitaine Raoul. Le bateau se trouve alors à un demi-mille dans le sud-ouest de Charles-Martel. Un paquet de mer balaye le navire, l'adolescente est emportée par dessus bord. Le capitaine de l'Enez avise aussitôt Radio-Conquet mais précise qu'il ne peut faire demi-tour la mer est trop grosse avec des creux de 7 à 8 mètres. Radio-Conquet contacte directement par téléphone le patron du canot de sauvetage, Louis Marec.


Le Patron-Aristide-Lucas lancé dans des conditions épouvantables franchit Penzer en sous-marin, suivi sur la côte par la population du Conquet.  Il fait nuit, la visibilité est nulle dans les grains, le patron Louis Marec préoccupé par la sécurité de son canot ne s'attarde pas à l'endroit de l'accident, la mer y déferle avec trop de force. Impossible de faire demi-tour vers Le Conquet, impossible d'aller se réfugier à Camaret. Au ralenti dans une mer d'enfer, en prenant le goulet par la passe sud, le P.A Lucas fait route Brest où il arrive tard dans la nuit. Les canotiers rentrent en taxi, un équipage réduit viendra chercher le canot une fois la tempête apaisée (17 janvier au matin). Le corps de la jeune fille (16 ans) sera retrouvé une quinzaine de jours plus tard en baie de Camaret.

 

(Patron Louis Marec, sous-patron Alexis Vaillant, canotiers Marcel Riou, Jean Yves Le Guen, Jean Le Bris, volontaires : Joseph Larsonneur, Jean Charles Bernugat. Treuilliste non embarqué : Joseph Floch).

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Le 17 janvier 1974, la tempête apaisée, un équipage réduit est venu à Brest chercher le canot de sauvetage, que l'on voit ici quittant le port de commerce, route Le Conquet. (photo JPC)

Anecdotes : 24 avril 1991,  Desserte de Molène et Ouessant, une liaison pirate.


Article du journal Le Télégramme :  "Les marins du SMD (Service Maritime Départemental), poursuivent leur mouvement de grève en ce qui concerne la desserte de Molène et Ouessant... L' Enez-Eussa III est resté encore à quai hier... Aujourd'hui il va tout de même se passer quelque chose. En pleine illégalité : une liaison entre le continent et les îles par un bateau du SMD. Une liaison pirate! le navire qui appareillera à 10h au port de commerce de Brest, ne sera pas l' Enez-Eussa III , mais son prédécesseur, pourtant placé hors service, bien qu'en état de prendre la mer (il est d'ailleurs question de l'utiliser cet été entre Camaret et les mêmes îles. Tout en poursuivant leur action, les marins du SMD ont décidé d'assurer une rotation afin de livrer des vivres aux îliens et de ramener sur le continent une centaine de personnes bloquées là-bas. Mais attention, nous n'embarquerons aucun voyager à Brest ni au Conquet, prévient le secrétaire général du syndicat. Pourquoi l'Enez-Eussa II plutôt que son successeur qui vient d'être inauguré ? "Il n'est pas encore en conformité avec l'administration prévient le leader syndical...etc...

Eté 1991, trois bateaux du SMD en panne

Article découpé sans la date, dans le journal Le Télégramme : Le Service Maritime Départemental en "rade"
"Les pannes tombent toujours mal. A fortiori s'agissant du trafic avec les îles lorsque les touristes arrivent sur nos côtes. Après l'Enez-Eussa III qui n'avait pu appareiller jeudi matin en raison d'une avarie relativement bénigne, c'est le Fromveur qui a connu samedi matin un problème de réducteur sur le moteur tribord alors qu'il arrivait à Ouessant, il a cependant rejoint l'île débarquant ses passagers. Le Fromveur est alors rentré sur Brest sur une seule ligne d'arbre, à vitesse réduite... L' Enez-Eussa II, désarmé en mai dernier, s'est substitué au Fromveur le samedi après-midi. Mais le dimanche matin, peu après avoir quitté le quai à Brest à 8h30, l'ancêtre de la ligne a aussi déclaré forfait. Voilà donc les trois unités du SMD à nouveau à l'amarrage. Tous les espoirs se portaient alors sur l' Enez Eussa III  dont les travaux de remontage touchaient à leur fin.
Le dernier né du service départemental a pu en effet quitter Brest à midi avec les 75 passagers de l'Enez II.

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L'Enez a été rejoint dans la flottille du Service Maritime Départemental par la vedette Bugel Eussa, puis par le Fromveur (1977) 


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L'Enez et le Fromveur dans la baie du Stiff.
Carte postale YCA












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Par grande marée, l'Enez ne pouvait pas entrer dans le port du Conquet, il mouillait à l'extérieur et ses deux canots faisaient les navettes. On distingue d'autres passagers à l'embarcadère de la digue Sainte-Barbe. Ils attendent le Bugel Eussa dont le tirant-d'eau était moindre. Photo JPC (septembre 1975)



Ci-dessous, l'Enez se présente  pour accoster au débarcadère de la digue Sainte-Barbe.
Par vents forts ou forts courants la manoeuvre n'était pas toujours aisée.  Elle nécessitait parfois plusieurs tentatives. (Le navire n'était pas équipé de propulseur d'étrave). Photo JPC.

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La fin de l'
Enez :

Avec la mise en service de l' Enez Eussa III, l' Enez sera réformé en 1991/1992 et désarmé à quai à Brest.

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Un des derniers voyages, l'escale au Conquet, au quai Vauquois, (1991)
Photo JPC








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1992, le bateau est désarmé à Brest, premier bassin, sur le grill de carénage. Photo JPC

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Juillet 1993, au quai est du premier bassin, photo JPC

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La fin de l'
Enez :
Avec la mise en service de l' Enez Eussa III, l' Enez sera réformé en 1991/1992 et désarmé à quai à Brest.

-Un projet avorté :
Des armateurs lui envisageront une seconde vie sur les côtes d'Afrique, à Madagascar. Convoyé à Concarneau, les travaux s'avèreront trop coûteux.


L'Enez à Concarneau quelques semaines avant son "océanisation" Photo JPC

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-Le sabordage :

Le 6 septembre 1997, l' Enez Eussa, deuxième du nom, sera remorqué par le chalutier Amalthée jusqu'à 2 miles dans le sud du Guilvinec aux abords de Basse-Spinec, 47 45 322 N et 04 18 339 W,  et sabordé pour servir de récif artificiel et de site d'entraînement aux les écoles de plongée. L'épave serait actuellement cassée en trois morceaux.

                                                  Fin provisoire de rédaction / JPC 14/01/09

Ajout : dans le magnifique site de Pascal Moreau, phares et épaves dans la région de Sein et du sud-Finistère, vers la fin du diaporama, l'auteur vous présente des photos de l'épave de l'Enez-Eussa prise en 2007.


Pour étoffer cet article, confiez-moi vos souvenirs, (de marins du bord, ou de passagers), vos photos et autres documents. Par mail :
jean.pierre-clochon@wanadoo.fr. Contact téléphonique 06 83 31 53 12.


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Samedi 9 janvier 2010 6 09 /01 /Jan /2010 19:07


Toulon 1911, Quatre conquétois tués par l'explosion du cuirassé "Liberté"

Le 25 septembre 1911, le cuirassé Liberté était en compagnie d’une vingtaine de grosses unités de l’escadre de Méditerranée au mouillage sur rade de Toulon. Vers 5h30 du matin, après une série d’explosions, un violent incendie se propagea de l’avant vers l’arrière du navire. Un peu avant 6h, le cuirassé était entièrement détruit par une très violente explosion qui causa aussi dommages et victimes sur des navires voisins (République, Suffren, Vérité, Carnot, Léon Gambetta, Ernest Renan, Jules Michelet, Amiral Aube, Marseillaise). On estime à 300 le nombre total des morts et disparus. 


 
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Le cuirassé Liberté, photo source Wikipedia















La perte du Liberté, a été souvent décrite et commentée, le site Internet le plus documenté en textes, photos et analyses se trouve à mon avis sous l’adresse.

                                              www.site-marius-autran.com.

On peut consulter aussi         www.cuirasseliberte.over-blog.com  (photo ci-dessous)



Epave-Liberte.jpgL'épave du Liberté
 

 













En relisant des extraits du journal « Le Courrier du Finistère »** que m’avait recopiés Alain Tanguy quand il se documentait pour l’ouvrage « Le Conquet, l’album du siècle », j’ai retrouvé ceci que je vais titrer :

 

L’explosion du cuirassé Liberté provoque la mort de quatre conquétois.

 

« «  Le Conquet compte quatre victimes dans la catastrophe du Liberté, Yves Gabriel Le Goaster, François Lamour, Claude Quinquis, et Jacq. Seul le corps de Claude Quinquis, quartier-maître de la République, était arrivé en gare (du tramway) lundi à 3h30, les autres corps n’ayant pu être retrouvés. Monsieur Penhors administrateur de la Marine, monsieur l’adjoint-maire Le Roy, et le clergé, avaient reçu le corps de Quinquis au milieu d’une assistance recueillie. Le convoi s’était acheminé vers la mairie et, sur le parcours, les habitants avaient arboré le drapeau national cravaté de crêpe (étoffe noire). Une chapelle ardente attendait à la mairie le cercueil du quartier-maître Quinquis.

 

Mardi à dix heures avait lieu la levée du corps en présence de la famille, de l’administrateur Penhors, représentant la Marine, du sous-préfet Julien-Sauve, représentant le gouvernement, et de monsieur Le Roy, adjoint-maire, entouré des conseillers municipaux.

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Les dégâts sur la République, source Internet, www. cuirasseliberte.over-blog.com












L’église était comble, l’absoute fut donnée par le recteur qui annonça qu’un service solennel sera chanté vendredi, service offert par les marins et soldats de toutes armes, en activité ou en retraite.

 

Au cimetière, le sous-préfet parla au nom du gouvernement pour glorifier les héroïques marins morts pour la Patrie et prodigua à l’assistance des paroles de consolation et d’encouragement.

Monsieur Penhors, administrateur de l’Inscription Maritime, parla de deuil de la nation entière, en particulier celui de la Bretagne, à laquelle appartiennent près des trois-quarts des victimes de la terrible catastrophe. Il glorifia les héroïques sauveteurs qui accoururent au premier appel, [marins] de la République, de la Démocratie, du Léon Gambetta, et qui allèrent ainsi participer au sacrifice de leurs frères de la Liberté. En quelques mots émus, il adressa un dernier adieu au victimes du Conquet : « Quartier-maître Quinquis, et vous aussi, Lamour, Jacq, Le Goaster, qui n’auraient probablement pas la consolation de venir au pays natal dormir votre dernier sommeil, vous êtes morts pour la Patrie, à votre poste de combat, à l’ombre du drapeau auquel vous avez sacrifié votre vie. Le souvenir de votre sacrifice héroïque restera impérissable dans nos cœurs ».

 

Après lui, le capitaine de vaisseau Lahalle**, comme doyen des militaires du Conquet, voulut dire un dernier adieu à ces vaillants marins qui, comme leurs ancêtres guerriers, ont sacrifié leurs vies pour la Patrie. Ils raniment chaleureusement le courage des jeunes qui se destinent à la carrière maritime. Puis s’adressant aux victimes de la Liberté, il continua : « Et maintenant Quinquis, et vous tous, braves enfants de la Bretagne que la mer a enseveli dans son sein, au revoir … chez Dieu. Demandez-lui pour nous, la grâce de bien servir notre Patrie et de mourir pour elle ». Fin de l’article de presse » »

 

Notes : 
L'état d'esprit est celui qui précède  la guerre 14-18. Après avoir évoqué un possible sabotage par un ennemi infiltré, on admettra que l'explosion du Liberté était due à l'instabilité de la poudre B, poudre à canons, stockée par tonnes, dans les magasins d'artillerie du navire.


*Le Courrier du Finistère 1880-1944, principal organe de la presse catholique du Finistère. Adversaire acharné du maire du Conquet, le très « républicain » Hippolyte Levasseur.

**Lahalle, voir sur ce blog, l’article consacré à cette famille.

 

Cet article pourrait être complété par des documents ou des souvenirs (photos), possédés par les familles de ces quatre marins. Il manque en particulier le prénom de monsieur Jacq, et l’identification des navires sur lesquels se trouvaient les trois disparus.

 

                                                   JPC,  9 janvier 2010.

 

 

                                                           

 

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Jeudi 7 janvier 2010 4 07 /01 /Jan /2010 15:00


LE CONQUET

        JEUX INTER-QUARTIERS

                                          26 JUIN 1966

 

Au mois d’avril 1966, on assiste au Conquet à la relance du Syndicat d’Initiative, et à la création d’un Comité des Fêtes. Paul Roué est élu président du comité, assisté de René Le Treut,  vice-président, de madame d’Hervé, secrétaire, de Yves Toullec secrétaire-adjoint etc…

Réunis le 10 mai à la mairie, les deux organismes évoquent un programme de manifestations estivales envisageables : fête inter-quartiers, feu d’artifice, fête folklorique, régates…

 

Tous se mettent d’accord pour commencer par des « Jeux inter-quartiers » la date est fixée au dimanche 26 juin, à 14h30, place de l’Eglise.

 

Au programme :

 

-Tir à la corde, quand 3 joueurs d’une équipe ont passé sous le jet d’eau, l’équipe adverse est déclarée vainqueur.

 

-Bataille de polochons, sur une poutre. Equipes de 5 joueurs, le dernier joueur restant sur la poutre donne la victoire à son équipe.

 

-Concours de buveurs de lait, chaque équipe comporte une jeune fille et un gars. Il faut effectuer un parcours en landau, monter sur le podium, mettre la bavette au buveur, l’asseoir sur les genoux et lui donner le biberon.

 

-Remplissage de bouteilles, minimum 3 joueurs par équipe. Le trajet se fait à vélo en tenant un verre d’une main. Aller prendre de l’eau au seau, le transvaser dans une bouteille, les joueurs se relaient quand ils veulent.

 

-Basket-ball à vélo, 6 joueurs par équipe. Passer à une distance indiquée du panier, lancer le ballon dans le panier sans mettre pied à terre. Est déclarée gagnante l’équipe qui aura mis le plus de ballons dans le panier. Chaque fois qu’un joueur met pied à terre, on enlève un point à son équipe.

 

-Jeu des costauds, 1 joueur par équipe. Les 2 adversaires  attachés par la ceinture à une corde coulissant dans une poulie doivent prendre des objets placés sur une table ou un tabouret et les déposer sur une autre table placée à une certaine distance. Est déclaré vainqueur le joueur qui aura placé le premier deux objets sur la table.

 

-Course avec des pneus, ou transport de pneus. 3 joueurs par équipe, épreuve chronométrée. Un tas de 12 pneus à transporter 2 par 2 en les faisant rouler. Le trajet à parcourir est indiqué. L’épreuve est terminée quand les pneus sont remis en place comme au départ.

 

-Gymkana en cyclo. 2 joueurs par équipe. 1 joueur près d’une table où sont disposés des objets. Il doit en placer un sur le plateau que tient à la main son coéquipier, chaque fois que celui-ci passe devant lui. Est déclaré vainqueur celui qui a ramené le plus d’objets dans le meilleur temps. Pénalisation de 5 secondes chaque fois que le cyclomotoriste mettra pied à terre ou pour chaque objet qui tombe.

 

-Voiture chargée,  2 joueurs par équipe. Effectuer un circuit en chargeant un certain nombre d’objets disparates dans une voiture à bras. Epreuve chronométrée. Pénalisation de 10 secondes pour tout objet non ramené.

 

-Epreuve culturelle, 20 questions par enveloppe. Temps maximum pour répondre aux questions 6 minutes. 

 

Bientôt quatre équipes furent inscrites : La digue, la campagne, la ville-Est, la ville-Ouest. Les récompenses annoncées, pour l’équipe gagnante 100 francs, pour la seconde 50 francs, pour la troisième 30 francs, pour la quatrième 20 francs

 

Le mardi 28 juin, le « Télégramme » titrait : « Jeux inter-quartiers du Conquet : une belle réussite ».

 

« Ciel gris et menaçant certes tout au long de cet après-midi de dimanche. Cependant un public nombreux et intéressé, des équipes jouant dans le meilleur esprit et une organisation parfaite ont fait remporter un beau succès aux fêtes inter-quartiers locales.

 

A la bataille de polochons on vit se distinguer l’équipe des marins-pêcheurs, avec particulièrement le sympathique et robuste matelot « Miche » le Lorrain qui a préféré la grande bleue à sa province natale.

 

Le tir à la corde souleva l’enthousiasme du public, chacun encourageant les défenseurs de son quartier, scandant en cadence de bruyants « ho-hisse ».  On assista à des luttes épiques dans le « jeu des costauds » où Pierrot Richou, nouveau retraité de la « traction SNCF » fit honneur à son ancien métier en disposant, non sans efforts, de son courageux adversaire, Job André.

De son côté, Jean Larsonneur, représentant Le Conquet dans les machines du leader-ship « France », éliminait en finale le valeureux Félicien Dupont, de l’équipe du port qui, très décontracté, (un peu trop peut-être) n’avait pas quitté sa cigarette tout au long de la dure épreuve.

 

Aux traditionnelles questions culturelles menées par Yves Toullec, plein de malice dans ses interrogations (n’est-il pas directeur d’école ! certains de nos intellectuels séchèrent sur des questions bien simples pourtant. Telle celle-ci : une île célèbre de l’océan Atlantique ? mais Béniguet voyons !  Est-il besoin de rappeler le fameux et historique défilé des Conquétois dans les rues de Brest le 14 mai 1965. (Voir dans ce blog « Béniguet, champ de tir ? »).

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Le comité et les équipes lors de la remise des prix. Photo Le Télégramme

















De nombreuses personnalités suivirent le déroulement des épreuves…

 

Vers 18h, monsieur Paul Roué, l’actif président du Comité des Fêtes, remettait aux équipes les prix attribués.

Première équipe au classement : celle du quartier Ville-Est, composée de Guy Menguy, Pierre et Michel Kermarrec, Richou (père et fils), Maurice Lansonneur, Pierrot Lucas, Jean Larsonneur, Joël Raguénès, R. Lunven.

Deuxième équipe : celle du port, avec Roland Kernéis, Jacques et Jo Larsonneur, Lucien Le Bras, Jean-Yves Le Guen etc…

Troisième équipe, celle de Ville-Ouest, avec Job André, Michel Gac, Auguste Bossard etc…

Puis en lanterne rouge, malgré leur courage, les équipiers de Banlieue-Campagne, pourtant bien entraînés par Michel Léon, Eugène Paugam, P. Hobé, Claude Le Hir etc… (Eugène Paugam et l’équipe de Lochrist, remporteront le tournoi en 1967, à Lochrist précisément)

 

Nous ne pouvons que féliciter  le dévoué Comité des Fêtes et Joël Bastard (Radio-Conquet) qui s’est dépensé sans compter au micro.

 

Le service d’ordre discrètement assuré par messieurs Tanguy, gendarme et Emile Trébaol, garde-champêtre  fut des mieux assurés.

 

Ajoutons qu’à l’Ambiance, le Comité des Œuvres Laïques du Conquet, Roland Saos, président, Daniel Odeyé, vice-président, Cadiou trésorier et J. Le Corvaisier  secrétaire, avait de son côté organisé une matinée dansante au profit des œuvres sociales. Elle fut aussi une jolie réussite, à la satisfaction des nombreux couples qui ont participé et, des organisateurs.

 

Souhaitons que Le Conquet soit aussi favorisé en distractions chaque dimanche.

 

 L’article du Télégramme n’est pas signé mais je pense qu’à l’époque le correspondant local était Louis Jestin.

 

 

A la suite de ce succès, une grande fête nautique inter-plages s’est déroulée au port, à proximité de la digue Saint-Christophe, le dimanche 31 juillet 1966.

 

Quatre équipes, le port, Blancs-Sablons 1 et 2, et Portez, rassemblant 35 concurrents, se sont affrontées dans des épreuves comme : tir à la corde en canot, bataille de polochons sur une poutre placée au-dessus de l’eau entre deux annexes, relais à la nage, course à la godille etc…

 

L’équipe du port conduite par Roland Kernéis, l’a emporté devant Blancs-Sablons 1 de Jean-Yves Kermarrec, Blanc-Sablons 2 de Pierre Le Bihan et Portez de Bernard Morinay et Marc Gillier.

 

 

 ftes-quart-66-001.jpg

 

 Deux concurrents s'affrontent à coups de polochons sur un madrier établi entre deux canots

Photo Le Télégramme 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                          
                                                                                                                       JPC, janvier 2010.

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Samedi 2 janvier 2010 6 02 /01 /Jan /2010 17:30

Une gabare au Conquet :
le "Paul-Georges"


PAUL-GEORGES-BRENTERC-H.jpg

Le Paul-Georges à la cale Saint-Christophe, tableau de A. Brenterc'h au début des années 1950.
Collection particulière.













Le Conquet, à l’inverse de Lampaul-Plouarzel
, n’a jamais été au XXe siècle,  un port d’armement de gabares, c’est-à-dire de navires armés aux transports côtiers dans une zone géographique limitée, autour de leur port d’attache.

Entre 1900 et 1923, un seul armateur pour cette activité, mon grand-oncle Joseph Causeur, d’abord avec l’Eclipse, puis l’Espérance, puis le Petit-Jean.gbr-esperance.jpg


A la mort de Job Causeur en 1923, il n’y a plus de gabare conquétoise, jusqu’à l’arrivée du Paul-Georges, huit ans plus tard.


(A gauche, l'Espérance





Le Paul-Georges : sloup à voiles et à moteur
,  Construit au chantier Keraudren à Camaret, lancé en 1931 pour le compte d’un monsieur Marrec qui le met en vente un an plus tard.

Chez le propriétaire, deux acheteurs s’affrontent. Lancées à 90 000 francs, les enchères montent. Finalement à 125 000 francs, madame Prosper Gouachet l’emporte sur son concurrent du Fret.

Le Paul-Georges vient donc au Conquet remplacer le Pierre-Marie, sloup borneur appartenant à la famille Gouachet de Molène.

 

Le bateau : coque en bois, BR 5556, 27.75 tx, armé au bornage pour les transports de marchandises, navigue à la voile avec le gréement classique des gabares : foc et trinquette, grand-voile et flèche. En l’absence de vent ou pour les manœuvres, un moteur Bolinder de 20 cv assure la propulsion du navire. Tandis qu’un treuil attelé à un moteur Bernard placé sur le pont permet à l’aide d’un mât de charge, l’embarquement et le débarquement des marchandises.

Le Bolinder sera remplacé plus tard par un Baudouin de 40 cv

 gbr-plg-burd-1.jpg



Le Paul-Georges à l'échouage dans le port du Conquet (photo Burdin)












                                                                                                                             
gbr-plg-burd-2.jpg
Le
Paul-Georges à l'échouage dans le port du Conquet (Photo Burdin 2)
















L’équipage du Paul-Georges se compose de trois hommes, le patron et deux matelots.  (Pendant longtemps : Prosper Gouachet, son frère et un matelot, parfois son fils).

La nourriture à bord alternait le lard-pommes de terre et le congre séché, préparé en ragoût.

 

Curieusement le patron Prosper Gouachet, n’habitait ni au port, ni même au Conquet, mais à Plougonvelin, bourg d’origine de madame Gouachet. Il faisait son trafic à vélo.

 

Le premier passage commercial du Paul-Georges au Conquet, eut lieu le 4 mai 1932, le sloup venait sur lest de Molène. Il est reparti avec 36 tonnes de sels de soude de l’usine Tissier, à destination de Brest.

 

Aux armements de 1939/40 : patron Prosper Gouachet, né en 1900.

Matelots : Charles Gouachet né en 1896 à Molène, Léon Le Bousse né en 1901 à Molène, Joseph Marie Lansonneur né en 1920 au Conquet. Salaires 1/3 au bateau 2/3 à l’équipage.

 

Jusqu’à son désarmement en 1953, la gabare a assuré des transports  de marchandises, dans une zone comprise entre Audierne et Labervrac’h, bien que son rôle en 1938-39 lui autorise une navigation jusqu’à 65 milles du port d’attache (Le Conquet) : soit de l’île de Batz au nord, à Concarneau au sud.

 

gbr plg dechrgt
Déchargement ou chargement, à l'échouage du Paul-Georges,  dans un tombereau tiré par trois chevaux. On remarque que la "vergue de charge"
a remplacé la corne de la voile. (Collection JPC)






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gbr-non-identif-dechrgt.jpg

Même scène que ci-dessus. Embarquement ou débarquement de sacs.
(Collection JPC)












Principaux déchargements au Conquet :

Soude brute des îles pour l’usine Tissier

Galets des îles et sables pour le bâtiment

Charbon en remport de Brest

Produits chimiques de Landerneau (acide sulfurique) pour l’usine Tissier

 

Exportations du Conquet :

Bois de chauffage pour les îles

Produits chimiques de l’usine Tissier (sels de soude) pour Brest et Landerneau

 

A noter un contrat en 1934 pour le désensablement du Port-Rhu à Douarnenez, le Paul-Georges ne rentrait au Conquet qu’en fin de semaine..

 

Pour exemple d’activité sur l’année 1933 :

 

Entrées au Conquet par le Paul-Georges

Sable, 1 voyage, 40 tonnes

Galets, 22 voyages, 885 tonnes (contrat pour la construction des batteries de Saint-Mathieu)

Soude brute, 8 voyages, 336 tonnes

Charbon, 11 voyages, 453 tonnes

Bétail, 1 voyage, 10 tonnes

Acide de Landerneau, 5 voyages, 114 tonnes

(Sur le quai à Landerneau, les manutentions de marchandises se faisaient par wagonnets sur rails, tirés par un cheval aveugle)

 

Sorties du Conquet par le Paul-Georges

Sels de soude, 2 voyages 80 tonnes

Touries vides, 2 voyages 10 tonnes

Bois pour les îles, 1 voyage, 20 tonnes

 

Le bateau dans l’année a fait d’autres voyages mais sans escale au Conquet, par exemple des voyages de goémon engrais entre Molène et Guipavas pour les besoins de l’agriculture.  A noter aussi dans les rotations du Paul-Georges, des transports de moutons, de vaches ou de chevaux. Il y avait dans le pavois du sloup une portière que l’on ouvrait pour pousser les bêtes à l’eau, à peu de distance du rivage, qu’elles gagnaient à la nage.

Sa capacité de transport était de 40/45 tonnes pour les galets et charbon, de 55 tonnes pour la soude brute et les résidus de soude.

 gbr-pier-mari-ou-plg-gris.jpg


Gabare non identifiée, chargée de bois à feu dans le port du Conquet
Est-ce le Paul-Georges? (Carte postale)












Les proportions de chaque type de marchandises débarquées au Conquet variaient selon les années. Si un vapeur venait livrer directement au Conquet 200 ou 300 tonnes de charbon anglais, le nombre de voyage du Paul Georges pour aller en chercher au parc à charbon de Brest, diminuait d’autant.

 

Années de guerre :

 

Le mort du "Paul-Georges"... La gabare Paul-Georges, sloup à moteur appartenant à Prosper Gouachet de Plougonvelin est réquisitionnée le 26 janvier 1941 pour le service de l'armée allemande, aux transports de personnels et de marchandises entre Le Conquet, Brest,  et Ouessant.

 

« Un jour, (récit recueilli auprès de madame Gouachet, femme de l'armateur), le bateau venait de quitter Saint-Christophe avec des marchandises. A son bord l'équipage habituel plus le soldat allemand de surveillance. Soudain des tirs d'armes automatiques venant d’un exercice en cours du côté du Cosquiès crépitent. Un projectile traverse le tableau arrière de la gabare. le soldat allemand assis à sa place habituelle s’écroule, la cuisse arrachée, blessé à mort. Eclaboussés de sang, les marins du Paul-Georges  reviennent à quai où, ils sont d'abord arrêtés comme présumés coupables de meurtre. L’enquête révèle rapidement que le soldat a été tué par des tirs d'exercices de l'armée allemande.

(Une note aux archives municipales concernant la fin de la réquisition du Paul-Georges et une demande d'indemnisation pour réparations à faire au bateau,  permet de situer cet évènement dans la deuxième semaine d'avril 1941.)


gbr paul georges allemand
Le Paul-Georges
sous réquisition allemande, avec un soldat allemand en surveillance, assis sur la lisse du tableau arrière (milieu).
Coll. Madame Gouachet.








Une version un peu différente est racontée par des témoins conquétois dont Jean Goaster, « le bateau venait de quitter le quai quand des soldats, qui peut-être avaient loupé l'appareillage, ont tiré autour du sloup pour attirer l'attention du patron et le faire revenir à la cale, un projectile a atteint l'Allemand à bord du Paul-Georges. Quand le soldat a été débarqué, il était toujours vivant mais perdait beaucoup de sang. Faute de soins immédiats, il est mort là, sur le quai, d'hémorragie. »

 

Autre anecdote, sans date. Après un mitraillage du Paul-Georges sous pavillon allemand, par des avions anglais, madame Gouachet s’est rendue, courant de grands risques, à la Kommandantur de Beauséjour et a obtenu du commandant allemand de la place, que le bateau puisse naviguer sans le pavillon à croix gammée.

 19-1----Copie.jpg

 Ci-dessus, pendant l'occupation, le Paul-Georges à l'échouage avec à bord deux soldats allemands en uniformes.

Collection Loïc Malgorn - Ouessant.

  Après la Libération, l’activité du Paul-Georges s’est réduite à la pêche du sable, soit à l’entrée de Laberildut (sable blanc pour le bâtiment), soit sur le banc du Minou (sable jaune pour amender les champs)

 gbr-plg-a-bord.jpg



A bord du Paul-Georges en 1947
Quelques dames de la famille du patron font le voyage vers Molène,
en compagnie de monsieur Lefèvre ingénieur de l'usine Tissier et d'un de ses collègues, qui vont évaluer la qualité des goémons de l'année et les espoirs de récolte.
Photo, collection madame Gouachet.




gbr plg a bord equipage
Peut-être à la même époque, une photo de l'équipage du Paul-Georges accompagné d'un enfant










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gbr-plg-cale-carree.jpg

Le Paul-Georges embossé à Saint-Christophe. A l'origine la coque était peinte en totalité "vert-anglais", avec à la flottaison une bande blanche, puis une ligne rouge entre la coque et la lisse, et un liston blanc.
Carte postale Jos Le Doaré, vers 1950

Désarmé en 1953, le Paul-Georges a été acquis par Charles Pavot d’Argenton, en mai 1956, pour le transport du goémon..

                                                 JPC, janvier 2010


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Mardi 29 décembre 2009 2 29 /12 /Déc /2009 11:58

Le naufrage du Mathieu-Bihen
 
Juillet 1950

 

Le 16 juillet 1950, en route du Conquet sur Molène, l’équipage d’un langoustier remarque des épaves près de la roche des Pourceaux. Les pêcheurs réussissent à crocher dans une vergue. Celle-ci porte un numéro : 3100. Dès leur arrivée au port, ils avisent le syndic de leur découverte. Celui-ci s’empresse de téléphoner à l’administrateur de l’Inscription Maritime à Brest, l’informant qu’une barque semble coulée près des Pourceaux. Il est alors environ 10h30.

Sans délai le canot de sauvetage est lancé et fait route vers le lieu présumé du sinistre.

A 13h, le Jean-Charcot est de retour à Molène avec trois corps que les sauveteurs ont pu dégager des filets du bateau naufragé, que l’on a identifié comme étant la pinasse Mathieu-Bihen, DZ 3100 de Douarnenez.

 

Tandis que les canots de sauvetage Jean-Charcot et Docteur-Paul-Le Dien du Conquet continuent les recherches d’éventuels survivants ou de corps, bientôt rejoints par le remorqueur Rhinocéros de la Marine Nationale, l’administrateur de l’Inscription Maritime arrive au Conquet.

Il obtient du patron de la pinasse Bir-Hakeim de Douarnenez les renseignements suivants : le 15 juillet vers 18h15, le Mathieu-Bihen prenait le chenal du Four pour se rendre en pêche dans le nord d’Ouessant. Le patron du Bir Hakeim qui comptait se rendre du côté du Créac’h, (Depuis le matin la météo avait signalé un coup de vent de sud-ouest, les sémaphores avaient hissé une boule noire dans leur mâture),  avait renoncé à faire route pêche et était revenu au  Conquet en relâche.

 

Quant au Mathieu-Bihen, il avait continué sa route. Vers 19h, il y eut quelques grains violents qui rendaient nulle la visibilité. Les veilleurs des sémaphores de Saint-Mathieu et de Molène, ne pouvaient rien distinguer. C’est probablement à ce moment-là ou plus tard au cours de la nuit, que la pinasse égarée parmi les roches, heurta à vive allure le récif du Grand-Pourceau, et sans doute coula presque immédiatement, faisant douze victimes.

 

Dans l’après-midi du 17 juillet, trois pinasses de Douarnenez, et deux langoustiers de Molène et du Conquet ont tenté de renflouer le Mathieu-Bihen, en vain. La coque qui avait beaucoup souffert n’a pu résister à la pression de l’eau, l’étrave s’est ouverte et le navire a coulé à nouveau à 200 ou 300 mètres au sud du Grand-Pourceau.

Les sauveteurs ont pu constater la violence du choc, puisque la tête de la roche du naufrage était elle-même ébréchée.

 

Quelques temps plus tard une nouvelle tentative a réussi, et l’épave du  Mathieu-Bihen a été ramenée au Conquet.
 

 mathieubihen



L'épave du Mathieu-Bihen au sec dans le port du Conquet











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mathieu-bihen-photo-2.jpg

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math-bih-3.jpg




Le drame a interpellé les autorités maritimes. Elles s’expriment :
 

 

Il serait désirable que des navires d'une certaine importance aient à bord, même si ce n'est pas réglementaire, un petit poste de radiophonie. Dans le cas présent, si cela avait été, le patron du Mathieu-Bihen aurait peut-être eu le temps de prévenir Radio-Conquet qui lui aurait dépêché les secours nécessaires. Des vies humaines auraient été sauvées.

 

Juillet 1950, les bâtiments de Radio-Conquet sont alors en construction, mais la station fonctionne déjà en radiotéléphonie dans deux cabanes provisoires.  La sauvegarde de la vie humaine en mer sera, pour elle,  pendant cinquante ans une activité majeure. (Voir sujet Communications radiomaritimes dans ce blog).

 

(Article à compléter par un extrait de carte marine situant « Les Pourceaux » et par une photo de pinasse douarneniste autour de 1950 ; il est vraisemblable que les deux navires étaient des sardiniers ou des maquereautiers)

 

JPC décembre 2009.

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