Mardi 19 avril 2011 2 19 /04 /Avr /2011 10:01

Le naufrage aux Pierres Noires du Magnificent

 

Depuis la reprise des hostilités avec les Anglais, des escadres britanniques, fortes de quelques vaisseaux se relaient en Iroise pour contrarier les sorties et les entrées des navires de guerre du port de Brest et empêcher le passage des convois de ravitaillement.

 

Incursions anglaises :

Les Anglais, proches de  la côte et des îles, profitent de toutes les occasions pour envoyer des chaloupes à terre, causer des dégâts ou se ravitailler. A Saint-Mathieu par exemple, le 23 messidor an XI, ils essayent de rentrer dans le poste des signaux. Le gardien armé d’une hache met la petite troupe ennemie en déroute. Elle s’enfuit après avoir commis quelques avaries au mât du télégraphe.  Le 18 brumaire an XIV, une lettre du maire du Conquet à monsieur de Caffareli, préfet maritime, nous renseigne sur le préjudice subi par le fermier de Beniguet.  En résumé : « le sieur Corric (bourgeois et armateur conquétois), propriétaire de l’île de Béniguet, par bail du 12 prairial an X, la loua pour 6 ans à René Bergot, moyennant une somme annuelle de 100 francs, payable d’avance à compter du 8 vendémiaire an XI.

Le dit Bergot s’étant transporté dans cette île avec une nombreuse famille en bas-âge, y fit bâtir un logement, s’occupa ensuite de défricher la terre, avec beaucoup de peine et de dépense. Au début de l’an XII, époque où la guerre était survenue avec les Anglais, ceux-ci commencèrent à fréquenter cette île pour y puiser de l’eau.  Comme  cette fréquentation donnait quelque inquiétude aux chefs militaires, en station au Conquet, il fut forcé d’en abandonner la culture, sans même pourvoir enlever ses meubles… Pour comble de malheur, les Anglais ont ensuite incendié son habitation, enlevé les choux et les panais qu’il avait en terre. »

Pour le malheureux Bergot revenu malgré lui sur le continent, et sa pauvre famille dans la misère, le maire du Conquet demande une indemnité au gouvernement.

 

La perte du Magnificent

Dans ce cadre du début de l’an XII, à la fin du Consulat, se place l’évènement suivant : Napoléon Bonaparte est à quelques semaines du « senatus-consulte » du 18 mai 1804, qui va le proclamer « Empereur des Français ».

 

Le Magnificent  était un vaisseau anglais de 74 canons, classe Ramillies, construit en 1767 à Depford (U.K), d’environ 1 600 tonneaux, pour une longueur de 51 mètres, portant un équipage de 600 hommes. Refondu entre 1798 et 1800, il assurait au mois de mars 1804 (germinal an XII), avec trois autres vaisseaux, le blocus de Brest, pour empêcher les convois de munitions et de vivres d’entrer et de sortir du grand port du Ponant.

 

Le capitaine anglais Williams H. Jervis, qui devait un peu s’ennuyer à tirer des bords en Iroise, aperçut en se rapprochant de la côte, un convoi réfugié sur rade du Conquet, attendant un moment favorable pour se glisser jusqu’à Saint-Mathieu et de là,  longer la côte afin d’aller se mettre sous la protection des batteries de Bertheaume avant de gagner Brest. Ce groupe de navires venant du nord,  était composé d’un certain nombre de bâtiments marchands, escortés par trois canonnières de l’Etat, et la flûte la Salmonde, armée en guerre.

 

Dans la nuit du 24 mars, Jervis se décida à remonter le chenal du Four pour attaquer le convoi français, mais un fort courant défavorable et un mauvais temps menaçant, le contraignirent à faire demi-tour. Affronté à des vents d’ouest violents, le commandant du Magnificent essaya de contourner les roches extérieures des Pierres Noires (trying to get round the outermost of the Black Stones), mais son navire heurta un récif non mentionnée sur sa carte. Le vaisseau naufragea en peu de temps.

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BHC0534, Loss of the Magnificent, 25 mars 1804. National Maritime Museum. Greenwich.

Oeuvre de John Christian Schetky.

 

Selon un rapport anglais, des embarcations de l’escadre britannique se précipitèrent aussitôt au secours du Magnificent et les 600 hommes du bord furent tous sauvés, les malades et les estropiés en premier, puis les marins et les officiers et enfin, comme il convient dans les naufrages, le capitaine William H. Jervis, dont on rapporte qu’il a perdu 1 500 livres sterling dans l’accident. (Convoqué plus tard devant la cour martiale de l’Amirauté britannique, il ne reçut aucun blâme).

 

La version française diffère.

Dans un courrier adressé au sous-préfet à Brest, au préfet à Quimper et au préfet maritime à l’Amirauté, le maire du Conquet écrit le 5 germinal an XII, « l’un des vaisseaux ennemis fit hier, environ neuf heures du matin naufrage sur des rochers à deux lieues de notre port, par des vents d’ouest devenus forts. Tout l’équipage ne put se rendre à bord des autres vaisseaux, de façon à ce qu’une partie fut obligée de se réfugier à la dite île de Béniguet, distante d’une lieue du Conquet.

Les autorités civiles et militaires ayant eu connaissance de leur refuge, le commandant du Conquet envoya une dépêche à Brest pour avoir des ordres afin de se rendre sur la dite île.

Le général major étant arrivé ce matin, il a de suite fait passer de la troupe  qui a fait soixante-neuf anglais prisonniers, qui ont été amenés au Conquet.

Les bâtiments du convoi qui étaient ici en relâche ont pu par cet embarras de l’ennemi, les vents étant devenus favorables, se rendre à Brest. Ils étaient chargés de grains et de bois de construction ».

Et le maire en profite pour réclamer une fois de plus une digue pour la protection du port du Conquet.

 

Il semblerait que tous les marins naufragés anglais n’ont pas été capturés par cette expédition militaire, puisque le 15 germinal, soit une douzaine de jours plus tard, le préposé à l’Inscription Maritime, Bienaimé Labbé de Blanchard organise avec cinq marins une descente à Béniguet où il fait prisonniers 16 marins rescapés d’un vaisseau anglais naufragé. Ce dernier ne peut être que le Magnificent. Pour leur action, Labbé et ses hommes ont reçu du gouvernement une gratification de 125 francs.

 

On peut quand même s'étonner que ce drame n'ait occasionné aucune victime. Mais si cela fut, tant mieux.

 

Sources: National Maritime Museum Greenwich UK,    http://www.nmm.ac.uk/collections

                  Archives Municipales, Le Conquet.

 

                                                                                  JPC Avril 2011.

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Mardi 12 avril 2011 2 12 /04 /Avr /2011 21:17

J'ai déjà eu l'occasion de mentionner dans un article le vapeur  "Travailleur", navire à passagers, remorqueur occasionnel et successeur de la "Louise"  comme vapeur postal régulier entre Le Conquet, Molène et Ouessant.

Le Travailleur, construit à Brest en 1883 a appartenu à différents armateurs : Pennors, puis Peugeot et Cie et à partir de 1896 à la S.A des Vapeurs Brestois. Jauge 32 tx, machine de 45 cv à l'origine, remplacée par une plus puissante de 183 cv. Nombre de passagers autorisés : 250 en rade de Brest, 150 en mer. Le Travailleur a fini sa carrière en 1921.

  

  La mésaventure décrite ici est une compilation de différents articles du journal "Ouest-Eclair", ancêtre de "Ouest-France" dont la rédaction a mis en ligne sur Internet, les copies numérisées, pour le plus grand bonheur des chercheurs et historiens,

 

1/ Une excursion mouvementée à bord du Travailleur

 Ouest-Eclair du  mardi 15 juin 1909

Un vapeur échoué

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Le vapeur Travailleur un jour d'été à la cale du Fret en rade de Brest ( cp coll Jpc)

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Le Travailleur à Quélern en rade de Brest

 

  La Compagnie des Vapeurs Brestois qui organise tous les dimanches des excursions en mer, avait désigné le vapeur Travailleur qui fait actuellement le service régulier entre Ouessant et Le Conquet pour se rendre à l’île de Sein.

Le Travailleur était parti le matin avec 57 passagers et aucun incident n’était venu troubler la traversée. La journée avait été splendide, la mer aussi calme qu’elle peut l’être dans ces parages dangereux, et à 4 heures de l’après-midi, les passagers s’étaient tous embarqués à la cale de l’île pour regagner Brest.

Le pilote était monté à bord pour aider le navire à sortir des récifs qui forment une couronne autour de l’île, et une fois que le Travailleur se trouva à un mille au large, le pilote regagna son bateau et rejoignit la terre. Le capitaine venait de prendre la barre du gouvernail lorsque soudain, deux secousses violentes se firent sentir. Le navire venait de s’échouer sur une roche, et sa coque avait une large déchirure par laquelle l’eau entrait en abondance. La mer baissait en ce moment et il ne fallait pas songer à déséchouer le navire.

La situation était plutôt critique, et lorsque le capitaine ordonna de mettre les deux canots à la mer, un commencement de panique s’empara des passagers ;  tous se précipitèrent sur les deux embarcations, voulant de force y embarquer, et il fallut tout le sang-froid de quelques personnes présentes pour empêcher qu’une catastrophe se produisit.

On résolut de faire embarquer d’abord les femmes et les enfants ; dans la précipitation du moment un de ces derniers tomba à la mer, mais fut aussitôt sauvé par monsieur Malteste, chirurgien dentiste à Brest.

Du reste ce moment d’affolement fut de courte durée et les passagers comprirent bien vite qu’il n’y avait pas de péril imminent : le vapeur avait fait fonctionner sa sirène et les bateaux de l’île de Sein ayant entendu cet appel, accouraient tous au secours du Travailleur.

Quelques passagers embarquèrent sur des bateaux qui les conduisirent à Audierne, d’autre prirent place dans le sloup Mouate ( ? peut-être la Mouette des Ponts-et-Chaussées ?), qui s’engagea à les conduire à Brest ; enfin les derniers retournèrent à l’île de Sein, et attendirent les secours qui ne pouvaient pas tarder à arriver.  En effet, le sémaphore signalait l’accident qui venait de se produire, à la fois à la Préfecture Maritime et à la Compagnie des Vapeurs Brestois. Cette dernière envoyait immédiatement un autre de ses navires, le Cotentin, pour ramener les passagers.

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Le sémaphore du raz de Sein qui signala l'accident aux autorités et à l'armement (Cp coll Jpc)

 

Pour comble de malheur, une brume intense s’éleva dans la nuit, aux alentours de l’île, et ce ne fut qu’hier matin, vers cinq heures, que le Cotentin put enfin aborder. Il prit aussitôt les voyageurs qui étaient restés sur le Travailleur, au nombre d’une trentaine, et les ramena à Brest hier à dix heures.

Quand au Travailleur qui, à la marée montante, vers huit heures du soir, avait pu se déséchouer par ses propres moyens, il a réussi à rentrer à Brest dans la nuit et va entrer en réparations, ses avaries étant graves. Finalement, tout accident a pu être évité, mais les promeneurs ont plutôt gardé un mauvais souvenir de cette journée et de cette nuit passée en mer à la belle étoile.

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Le Travailleur, de face bord à quai, et le Cotentin à couple,  au port de commerce à Brest (Cp coll Jpc)

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Le Cotentin ici sur rade d'Ouessant, Cp coll Jpc

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Ouest-Eclair du 23 novembre 1909

L’accident du Travailleur, les suites judiciaires

On se rappelle l’accident survenu cet été au Travailleur. Le navire était parti de Brest le 13 juin au matin avec une soixantaine de passagers, parmi lesquels le capitaine de vaisseau Jaurès commandant le Gloire, pour une excursion à l’île de Sein … Un rapport sur cette affaire fut adressé au ministre de la Marine, qui, après avoir pris l’avis de la Commission des Naufrages, vient de prendre les décisions suivantes.  La responsabilité de la Compagnie est complètement mise hors de cause. Le capitaine au cabotage S. inscrit au Conquet, qui commandait le Travailleur est reconnu coupable d’avoir abandonné la barre du gouvernail, alors que le navire se trouvait dans une zone dangereuse. Pour ce fait il est renvoyé devant un tribunal maritime commercial qui siégera à Brest le 2 décembre prochain, sous la présidence de monsieur Cadiou, administrateur de l’Inscription Maritime. Le pilote C. de l’île de Molène est également reconnu coupable d’avoir débarqué trop tôt du navire et de l’avoir quitté alors qu’il se trouvait encore dans la zone de pilotage. Conformément à la loi de 1806, le pilote est renvoyé devant le tribunal correctionnel de Quimper.

 

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Un bateau pilote le S.4, grand-voile et flèche hissés dans le port de l'île de Sein (Cp coll Jpc)

 

Une violente tempête secoue les côtes du Finistère, fin novembre et début décembre 1909

  Ouest-Eclair du 6 décembre 1909

Le ravitaillement des îles

Le vent s’est un peu calmé dans la journée d’hier, mais les averses de grêle ont continué à tomber…

Depuis le 27 novembre, le vapeur Travailleur qui fait le service postal entre Ouessant et Le Conquet, n’a pu sortir de ce dernier port. On est sans inquiétude au sujet d’Ouessant où se trouvent en réserve de nombreuses provisions de vivres, mais il n’en est pas de même de l’île Molène  - où le vapeur fait escale à chaque voyage – et où l’on craint que les habitants ne souffrent de la faim si l’on ne peut bientôt aller à leur secours.

  (Durant cette période, le capitaine Louis S. est resté bloqué à son domicile d’Ouessant, son procès a dû être retardé de quelques jours).

  

Ouest-Eclair du 8 décembre 1909

L’affaire du Travailleur, Condamnation du capitaine

Le tribunal maritime commercial s’est réuni hier après-midi sous la présidence de monsieur Cadiou, administrateur de l’Inscription maritime pour juger le capitaine au cabotage Louis S.

âgé de 30 ans, originaire de l’île d’Ouessant, inscrit au Conquet…

Le capitaine S. ne connaissant qu’imparfaitement les parages de l’île de Sein qui, comme on le sait, sont fort dangereux, la Compagnie lui donna l’ordre de prendre un pilote qui devait rentrer et sortir le navire. L’ordre fut ponctuellement exécuté. Le pilote C. prit le bateau au large pour le faire rentrer à l’île, où il arriva sans incidents à onze heures du matin.

A quatre heures, le navire se disposait à partir pour rentrer à Brest. Le temps était beau et la mer très calme. Confiants dans la sécurité que paraissait offrir la traversée, le capitaine et le pilote avaient un peu trop fêté leur rencontre, et d’après tous les témoignages des passagers, se trouvaient en état voisin de l’ivresse au moment du départ.

A environ un mille de l’île, alors que l’on se trouvait encore dans des passages dangereux, le pilote voulut descendre dans son bateau pour regagner l’île ; le capitaine quitta la barre pur aller faire ses adieux à son compagnon. A ce moment le navire talonna et vint s’échouer sur une roche.

Il y eut un moment d’affolement. Les passagers se précipitèrent dans les canots du bord que l’on mit à la mer, et ce ne fut que grâce à quelques officiers de Marine qui se trouvaient parmi les passagers que la panique fut enrayée. Le capitaine avoue lui-même à l’audience qu’il avait perdu la tête et que l’ordre de « machine en avant » qu’il donna à ce moment était absolument contraire à la manœuvre qu’il y avait lieu d’effectuer.

On lit les dépositions de messieurs Bodet, notaire à Brest, Simonnet, ingénieur civil, Jaurès, capitaine de vaisseau (frère de l’homme politique Jean Jaurès- ndlr), toutes sont conformes ; du reste le capitaine reconnaît parfaitement l’accusation d’ivresse qui lui est reprochée.

De très bons renseignements sont fournis sur son compte, aussi le président s’efforce de démontrer à l’inculpé dans quel cas grave il s’est mis alors qu’il avait charge de vies humaines, et qu’il se trouvait dans des parages réputés pour être excessivement dangereux. Du reste si le temps avait été mauvais, il est probable que c’est une catastrophe que l’on aurait eu à enregistrer.

Le capitaine S. dont l’attitude à l’audience est excellente demande l’indulgence de ses juges et déclare regretter ce qui s’est passé.

Après une courte délibération le tribunal condamne le capitaine de commerce S. à trois mois de prison et à six mois de suspension de commandement. Toutefois, en raison des bons antécédents de l’accusé, le tribunal lui accorde pour la prison, l’application de la loi de sursis.

Je ne sais pas pour le moment le sort qui fut réservé au pilote C.  Jpc avril 2011.

 

 

2 / Un voyage du Conquet à Molène à bord du Travailleur en 1910

 

Le n°2 de la Bretagne Touristique, daté du 15 mai 1922 propose un article de Charles Le Goffic  : « Une excursion à Molène ». En voici quelques morceaux choisis, tout en précisant que les Cahiers de l’Iroise d’avril-juin 1961 en ont présenté une version résumée.

 

1910, sans doute l’été. « Départ du Conquet à bord du Travailleur, capitaine Gourvès, homme jeune de 35 ans environ, de aille moyenne, mais solidement planté. Type de celte brun. Figure énergique, fortement hâlée, espadrilles, béret, un bout de cigarette collé à la lèvre supérieure. Lui-même est à la barre. Il ne serait pas prudent en effet, fût-ce par beau temps, de confier le navire à un subalterne dans le passage du Four… (Ndlr. Jean Gourvès, 46 ans, domicilié au Conquet,  patron du Travailleur est mort dans son sommeil, la nuit du 4 au 5 novembre 1916, dans le poste d’équipage du navire)

C’est la pointe du matin, et les phares sont encore allumés. Pont encombré de sacs, de barriques, même d’animaux (un taureau et trois vaches). Impossible d’y circuler, il n’y a de place que sur la dunette. Avec nous sont embarqués des soldats de l’infanterie coloniale, des permissionnaires de la Marine, des officiers rejoignant leur garnison d’Ouessant, un lot d’élégantes parisiennes , des voyageurs de commerce… des Ouessantines (une douzaine)…

 

Les îles très basses sur l’horizon pour la plupart sont encore noyées dans la brume. C’est Béniguet que l’on aperçoit d’abord, ouatée de fumée. Encore la devine-t-on plutôt qu’on ne l’aperçoit à travers ce brouillard orange dû à la combustion des algues… Il faut être dans la Helle pour discerner nettement Molène.

 

La voici enfin, développant sous le svelte campanile de l’église et la grande tour carrée du sémaphore, son amphithéâtre de maisons blanches, presque toutes à un étage, signe d’une aisance relative. L’entrée du port est quelque peu obstrué par le Trois Pierres, récif farouche qu’il faudrait éclairer – ou faire sauter ; le Travailleur y ramasse un gentil coup de roulis ; une paille à côté de la danse qui vous y attend en hiver. Mais le port lui-même, un havre naturel, en forme de conque, protégé vers la mer par le Lédénès… est le plus sûr, sinon le plus accessible de tout l’archipel.

 

Le Travailleur mouille à 50 mètres du môle, noir de monde, de femmes surtout et d’enfants… Une grande chaloupe montée par deux hommes,  le Pini, se range le long du bord et commence le déchargement des colis à destination de Molène. Il y en a de tous gabarits et de tous les calibres ; mais surtout des sacs, marqués aux initiales rouges ou noires des destinataires et contenant leur provision de pain de la semaine – le dit pain fabriqué et livré à crédit par le boulanger du Conquet qui vient tous les trimestres se faire régler. Certains ménages ne paient même qu’à l’année, après avoir vendu leur soude… Vers 1902 ou 1903, un boulanger audacieux qui s’était établi à Molène a dû fermer boutique presque aussitôt, le combustible qu’il fallait faire venir du continent, lui coûtait trop cher...

Le capitaine du Travailleur règle à chaque escale le patron du Pini, c’est toujours 40 sous, que le vapeur soit mouillé à 40 m ou à 200 m du môle ».

 

Il y a beaucoup d’autres choses intéressantes dans cet article rédigé par Le Goffic en 1922 à partir de ses notes de 1910. Possédant le numéro 2 de la « Bretagne Touristique », j’y puiserai à l’occasion.

                                          

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 Le Travailleur à gauche, le Cotentin à droite, en instance de départ un jour pluvieux (si on considère les parapluies noirs, ou très ensoleillé si on se réfère aux ombrelles blanches),  au port de commerce à Brest. (photo collect. Jpc, origine inconnue).

 

                                                                       JPC avril 2011

 

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Mercredi 2 mars 2011 3 02 /03 /Mars /2011 14:08

Des chevaux pour les îles par l' André-Yvette

 

L'André-Yvette, gabare Lampaulaise construite en 1936, assurant des transports divers dans le quartier maritime de Brest.

Ce 1er avril 1970, le bateau, patron-armateur Jean-Paul Monot, fait escale au Conquet pour y embarquer des chevaux à destination du lédénès de Molène. Je me trouvais à la cale Saint-Christophe, d'où ces trois photos.

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Le cheval sanglé est prêt à être hissé. On aperçoit le patron de l'André-Yvette, derrière le mât, aux commandes du treuil.

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 Guidé par le matelot au palan de retenue, et maintenu dans l'axe par quatre hommes, le cheval descend vers la cale de la gabare.

gab andre yvette cheval 1

Un peu d'agitation au passage de l'hiloire de cale. Mais tout se passera bien.

 

Je crois me souvenir qu'il y avait deux ou trois chevaux à embarquer pour le voyage.

 

                                                                               JPC/ 2 mars 2011 (Photos JPC)

 

Le naufrage de la gabare Notre-Dame de Trézien

 

Le 3 avril 1981, je me trouvais de service à la station radiomaritime du Conquet (Radio-Conquet). Passant devant une fenêtre, un peu après 11 heures, j'eus le regard attiré par un grand mât sortant de l'eau entre le pied du phare de Kermorvan et la tourelle de la Louve. Il n'y était pas quelques temps auparavant.

Par radio j'interrogeais un caseyeur du Conquet qui approchait du port  Le patron, après s'être dérouté,  me répondit qu'il n'y avait personne dans l'eau autour du mât mais qu'il voyait un canot à godille monté par deux hommes, passant l'extrémité de la digue Sainte-Barbe.

Quelques temps plus tard on apprenait que la gabare Nd de Trézien de Lampaul-Plouarzel venait de faire naufrage.

Un petit article dans " LeTélégramme" du lendemain rapportait que "Hier matin vers 11h, le sablier Nd de Trézien, gabare construite en 1948 et appartenant aux frères Jean et Victor Guichoux de Lampaul-Plouarzel, a fait naufrage à l'entrée du port du Conquet près de la tourelle de la Louve, à 400 mètres de la pointe de Kermorvan. La gabare chargée de sable devait gagner Landerneau.

En passant à proximité de la pointe de Kermorvan, à la suite pense-t-on d'une avarie de barre, elle talonna une tête de roches, la marée étant basse à cette heure.

Les deux marins réussirent à prendre place dans l'annexe amarrée à l'arrière du sablier avant que celui-ci ne coule."

gab nd trezien ech porscave

Le sablier Nd de Trézien à Porscave quelques temps avant son naufrage (1).

gab nd trezien ech porscave 2

Le sablier Nd de Trézien à Porscave peu de temps avant son naufrage (2)

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Le sablier Nd de Trézien à Porscave, peu de temps avant son naufrage.

 

L'échec du renflouement :

 

Une fois le navire allégé d'une partie de son sable, la tentative de renflouement s'est organisée. La manoeuvre devait consister à soulever le bateau et le remorquer à l'échouage dans le port du Conquet ou éventuellement à Portez.

Cinq navires étaient présents : deux gabares en fer, la Reine des Abers et le Falleron, deux gabares en bois, Fleur de Mai et ?, plus un coquillier-goémonier de Laberildut.

 

gab nd trezien nauf 1

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gab nd trezien nauf 2

La Reine des Abers positionnée au-dessus du Trézien (dont on distingue le mât sur l'avant du petit navire de pêche), devait servir de flotteur, la Fleur de Mai  aurait tiré en pointe en direction du port du Conquet.

Mais dès le début de l'opération, la Reine des Abers et son encombrant colis sous-marin ont été emportés par le courant de flot. Le sablier en fer tournoyant sur lui-même a dépassé le phare, en direction de l'Ilet.

Les câbles ou chaînes supportant le Trézien ont été largués ou cisaillés et la gabare est partie définitivement au fond, à 0,7 mille de la pointe de Kermorvan, sans espoir de récupération.

 

                                                                     JPC / 2 mars 2011 (Photos JPC) 

 

  Additif :  quelques temps plus tard, je n'ai pas retenu la date, c'était au tour de la Fleur de Mai de couler chargée de sable, sur son corps-mort dans l'Aber-Ildut. Une fois la cale vidée, la Reine des Abers a été positionnée comme flotteur au-dessus de la gabare immergée et des plongeurs ont installé des citernes gonflables pour décoller la coque du fond. Cette fois l'opération a réussi, la Fleur de Mai a été ramenée au sec à Porscave et quelques semaines plus tard elle reprenait du service.

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Le mât de la Fleur de Mai émerge à bâbord de la Reine des Abers. ( Photo JPC)

 

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Mardi 1 mars 2011 2 01 /03 /Mars /2011 15:29

LA GABARE AVIATEUR-MERMOZ  ET LE CONQUET

 

La gabare "Aviateur-Mermoz", a été construite à Camaret en 1937 au chantier Keraudren. Sloup à tape-cul ou dundee à voile et à moteur, ce bateau de charge a été équipé à l'origine d'un petit moteur Baudouin DB3 de 36 cv, la voile était alors prépondérante,  puis en 1946 d'un Baudouin de 75 cv, et enfin en 1972 d'un DK6 de 150 cv.

 

Navire de transport d'une longueur de 18 mètres, jaugeant 30 tonneaux, le navire a été baptisé ainsi en mémoire de Jean Mermoz, figure emblématique de l'Aéropostale, disparu dans l'Atlantique-sud le 7 décembre 1936.

 

Son activité essentielle a été la pêche du sable jaune au Minou, du maërl et du sable blanc aux abords de Molène et à l'entrée de Laberildut, où se trouvait d'ailleurs son port d'attache.

 

Livraisons de sable et de maërl au Conquet : A la demande d'agriculteurs locaux, l'Aviateur-Mermoz venait occasionnellement livrer des amendements marins pour les besoins des terres.

La gabare qui avait travaillé le matin à marée basse sur les bancs, remontait avec le flot dans le port du Conquet jusqu'à avoir assez d'eau pour accoster à la cale Saint-Christophe, après avoir tourné le bateau cap au nord. Les tracteurs positionnaient alors leurs remorques en marche arrière, et le déchargement commençait.  A l'époque de mes photos, 1980-1992, le patron-armateur se nommait Corolleur, un seul matelot formait l'équipage.

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  L'Aviateur-Mermoz manoeuvre pour se mettre bâbord à quai

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Opération de déchargement, le patron est au treuil.

 

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 Opérations de déchargement (suite)

 

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 Un tracteur plein va s'éloigner, on distingue sur le haut du quai des remorques vides en

attente. 

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Le patron aux manettes du treuil, le crapaud vidé dans la remorque du

tracteur va replonger dans la cale... (il manque le bruit du moteur,  

 des câbles, des chaînes et des poulies grinçantes)

 

Une mésaventure.

Je me trouvais en famille sur la plage des Blancs-Sablons, en 1980 ou 81?, une brume de chaleur épaisse empêchait de voir la mer. Soudain le voile cotonneux s'estompa, une gabare

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était à demi immergée à quelques centaines de mètres du bord. Plus loin des bateaux attendaient pour lui porter secours.

Que s'était-il passé?, panne de moteur?, surcharge de sable, erreur de navigation?

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 Une marée plus tard, les rouleaux déferlants vers la plage avaient eu raison du mât d'artimon et de la timonerie.

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 Il en fallait plus pour décourager les sauveteurs. A l'aide de ballons et de tonnes métalliques, avec la participation de la gabare en fer "Reine des Abers", du coquillier-goémonier Racleur d'Océan et du fileyeur Marie-Sophie, l'Aviateur-Mermoz fut ramené dans l'Aber-Ildut et remis en état. Le patron du bateau ne jugea pas nécessaire de replacer le mât d'artimon.

 

La fourniture d'engrais marins aux agriculteurs du Conquet a repris comme avant 

 

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  L'aviateur-Mermoz dépourvu de son mât d'artimon et sans radar

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  En cours de déchargement

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 Vidée de son sable, la gabare fait route l'Aber-Ildut.

 

L'Aviateur-Mermoz à Molène 

J'ai pris les deux photos suivantes à Molène en juillet 1987

Sur le quai mise en sacs du petit goémon récolté à marée basse et séché pendant plusieurs jours. Les sacs sont empilés sur la gabare pour être acheminés vers une usine du continent sans doute par Porscave (Lampaul-Plouarzel).

AVM-molene-goem-quai-07.87.jpg

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AVM molene goem bato

 

 

Au Conquet, à propos du quai Vauquois. 1992.

 

AVM-1992-COULEUR-2.jpg

La gabare avait mouillé sur rade, un énorme paquet de goémon, remonté avec son ancre pend sur son avant tribord.

 AVM 1992 COULEUR

 Le bateau est positionné par le surveillant de port, au dessus d'une butte restée après le dragage, en face du  plan incliné du nouveau quai Vauquois.

.AVM 1992 COULEUR 3

En action. 

 

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Deux photos supplémentaires.

AVM BREST MAT

L' Aviateur-Mermoz à Brest dans les année 1975-80

AVM CAMARET MAT

 

L' Aviateur-Mermoz à Camaret dans les années 1975-80

 

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L' Aviateur-Mermoz a cessé ses activités en 1995, vendu à une association "IC les voiles", il semble que sa restauration ait connu des problèmes.

 

Je suis preneur d'informations concernant sa situation actuelle pour clôturer cet article.

 

           JPC 1er Mars 2011.  Photos JPC. 

 

Gabare-Aviateur-Mermoz-2-.jpg

 Je remercie Bernard Hily de m'avoir fourni cet article du "Télégramme" du 30 juillet 1997, relatant le départ du "Mermoz" pour la plaisance, quartier maritime du Havre. Reste à connaître la situation actuelle du navire.

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POUR INFORMATION aux lecteurs : mes articles anciens concernant l'accident du Souffleur en 1875, et l'échouage du Lipari aux Blancs-Sablons en 1923, ont été revus et complétés ces jours derniers.

 JPC

 

 

Publié dans : VIE MARITIME
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Mardi 4 janvier 2011 2 04 /01 /Jan /2011 14:32

Un pionnier de l’aviation au Conquet en 1908

 

Ferdinand Ferber est né à Lyon en 1862. Sorti de « Polytechnique », il choisit  la carrière militaire, lieutenant d’artillerie puis capitaine en 1893. Dès 1898, il se passionne pour l’aviation alors débutante. Ses premières expériences se font sur planeur. Pour se consacrer à sa passion, il quitte l’armée et entre chez le fabricant de moteurs d’avions « Antoinette ». Puis pour diverses raisons il doit réintégrer l’armée.

Sa reprise de service est fixée au 20 août 1908 au 18e bataillon d’artillerie à Brest. En juillet il est déjà sur place car une notice en anglais d’Ernest Jones* nous apprend que le capitaine L.F Ferber a effectué ses premiers vols à Brest le 22 juillet 1908, 10 mètres, puis 30 mètres, 50 mètres et enfin 150 mètres sur le Ferber IX, de sa construction, reproduction d’un modèle de 1905. Le 25 juillet, il améliore sa performance avec un vol de 300 mètres.

 

Un article du quotidien L’Ouest-Eclair, nous précise que « Ferber a fait ses premières expériences à la grève des Blancs-Sablons au Conquet avec un appareil haut-planeur  et qu’il a donné une conférence avec projection sur l’aérostation au Casino de Brest ».

 

Après quelques mois à Brest, de nouveau en congé de l’armée, Ferber s’est consacré entièrement à la mise au point de nouveaux engins et a participé sous le nom de « De Rue » à plusieurs meetings aériens.

 

Le 22 septembre 1909, au cours de démonstrations à Boulogne sur Mer, l’aile gauche de son biplan heurte le sol, l’appareil capote. Ferdinand Ferber pris en dessous est écrasé par son moteur et décède quelques minutes plus tard.

 

Notes :

*De nombreux sites Internet font référence à Ferdinand Ferber et aux pionniers de l’aviation, dont celui cité plus haut http://earlyaviators.com. On trouvera sur ces sites la photo de l’aviateur et de ses avions, ainsi que tous les renseignements techniques utiles à la connaissance du sujet.ferberdaveport-1-.jpg

Photo extraite de earlyaviators et légendée "ferberdaveport"

 

Le journal L’Ouest-Eclair (archives accessibles à partir du site de Ouest-France) a publié de nombreux articles sur le sujet à partir du 23 septembre 1909, lendemain de la mort de l'aviateur.

 

Toutes informations concernant les essais de Ferber aux Blancs-Sablons (alors sur la commune de Ploumoguer) seraient les bienvenues pour compléter cet article.

                                            Janvier 2011 / JPC


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